Une exploitation agricole à la fin de l’ancien régime :
le domaine seigneurial de Conas

Le 1er Germinal an III est mis aux enchères l’un des plus importants domaines du district de Béziers, celui de Jean-François-Béranger de Thézan, émigré. Il sera le seul ensemble vendu dans le canton de Pézenas comme bien de seconde origine 1.

Le procès-verbal de description et d’estimation préalable, la procédure des enchères donnent de ce patrimoine une première image, que les documents familiaux permettent de préciser 2.

Quelles pouvaient être l’importance relative et la physionomie d’un des plus grands domaines du Piscénois, les modes d’exploitation qui le régissaient, les travaux qui y appelaient hommes et femmes, permanents et saisonniers et enfin les revenus qu’il pouvait procurer ? Tels sont les points que peut éclairer une confrontation de documents publics et privés, afin de ressusciter la vie d’une grande exploitation agricole à la fin de l’Ancien Régime.

Le domaine – ses propriétaires son importance – sa physionomie

Jean-François-Béranger appartient à la famille des Thézan qui, depuis le début du XVIIe siècle, possède la seigneurie de Conas 3. En 1606, par son mariage avec Raymond, Antoinette d’Avanson, fille aînée de Thomas d’Avanson et de Marguerite de Lauzières, a apporté aux Thézan-Poujol les seigneuries d’Espondeilhan, Pézenas et Conas. Raymond, qui appartient à la dix-neuvième génération des seigneurs du Poujol, contractait là un second mariage fort profitable 4. Jean-François-Béranger, dernier seigneur de Conas, participe de sa descendance et de la lignée des Thézan qui, pendant près de deux siècles, ont conservé une seigneurie (Figure 1) que leurs prédécesseurs se sont employés à rassembler 5.

Né le 18 Décembre 1745, il est issu de l’union de Pons X de Thézan et de Claudine-Jeanne-Gabrielle, fille de Joseph-Marie Le Mazuyer, procureur général au Parlement de Toulouse 6. Son père meurt quelques mois après sa naissance, en 1746, à l’âge de 45 ans, laissant cinq enfants, dont Jean-François-Béranger qui a moins d’un an, sous la tutelle de leur mère. Comme son père, capitaine d’un régiment de dragons, et son ancêtre Olivier, qui fut compagnon d’armes du Connétable de Montmorency, Jean-François Béranger suit la carrière des armes. Entré fort jeune au service du roi, lieutenant de gendarmerie de Monsieur, fait chevalier de Saint-Louis, maître de camp de cavalerie puis colonel au régiment de Vermandois, il devient vicomte du Poujol à la mort de son frère François-Eleonor et de sa mère en 1783. L’année suivante il achète la terre et baronnie de Castelnau d’Estrefonds, première baronnie du diocèse de Toulouse, qui lui ouvre la porte des États de Languedoc où il est reçu en qualité de député de la noblesse 7 et épouse Françoise-Antoinette-Louise de Noailles d’Ayen. De cette union naissent trois enfants, dont deux garçons qui meurent avant d’avoir atteint leur premier anniversaire et une fille, Jeanne-Louise, qui sera élevée par sa tante en raison de la mort de sa mère en 1788 et du départ de son père pour l’émigration en Espagne, Angleterre et enfin Allemagne où, en août-novembre 1791, il rejoint l’armée des princes 8.

Le domaine - ses propriétaires son importance - sa physionomie

Jean-François-Béranger appartient à la famille des Thézan qui, depuis le début du XVIIe siècle, possède la seigneurie de Conas 3. En 1606, par son mariage avec Raymond, Antoinette d’Avanson, fille aînée de Thomas d’Avanson et de Marguerite de Lauzières, a apporté aux Thézan-Poujol les seigneuries d’Espondeilhan, Pézenas et Conas. Raymond, qui appartient à la dix-neuvième génération des seigneurs du Poujol, contractait là un second mariage fort profitable 4. Jean-François-Béranger, dernier seigneur de Conas, participe de sa descendance et de la lignée des Thézan qui, pendant près de deux siècles, ont conservé une seigneurie (Figure 1) que leurs prédécesseurs se sont employés à rassembler 5.

Né le 18 Décembre 1745, il est issu de l’union de Pons X de Thézan et de Claudine-Jeanne-Gabrielle, fille de Joseph-Marie Le Mazuyer, procureur général au Parlement de Toulouse 6. Son père meurt quelques mois après sa naissance, en 1746, à l’âge de 45 ans, laissant cinq enfants, dont Jean-François-Béranger qui a moins d’un an, sous la tutelle de leur mère. Comme son père, capitaine d’un régiment de dragons, et son ancêtre Olivier, qui fut compagnon d’armes du Connétable de Montmorency, Jean-François Béranger suit la carrière des armes. Entré fort jeune au service du roi, lieutenant de gendarmerie de Monsieur, fait chevalier de Saint-Louis, maître de camp de cavalerie puis colonel au régiment de Vermandois, il devient vicomte du Poujol à la mort de son frère François-Eleonor et de sa mère en 1783. L’année suivante il achète la terre et baronnie de Castelnau d’Estrefonds, première baronnie du diocèse de Toulouse, qui lui ouvre la porte des États de Languedoc où il est reçu en qualité de député de la noblesse 7 et épouse Françoise-Antoinette-Louise de Noailles d’Ayen. De cette union naissent trois enfants, dont deux garçons qui meurent avant d’avoir atteint leur premier anniversaire et une fille, Jeanne-Louise, qui sera élevée par sa tante en raison de la mort de sa mère en 1788 et du départ de son père pour l’émigration en Espagne, Angleterre et enfin Allemagne où, en août-novembre 1791, il rejoint l’armée des princes 8.

Les Thézan, seigneurs de Conas
Fig. 1 Les Thézan, seigneurs de Conas

Le domaine seigneurial de Conas a peu changé depuis qu’à la fin du XVIe siècle, Thomas d’Avanson s’est employé à reconstituer un fonds Lauzières quelque peu mis à mal pendant les guerres d’Italie où guerroyaient ses maîtres. Il reste circonscrit dans les limites de l’ancien terroir de Conas qui, jusqu’en 1446, date à laquelle cette communauté fut jointe à celle de Pézenas, a formé une entité particulière 9. C’est dire l’ancienneté d’un domaine patiemment construit par les Lauzières à partir de coseigneuries. Depuis cette époque il n’a subi aucune modification sensible, empiète peu sur les terroirs de Castelnau-de-Guers et de Tourbes, pas du tout sur celui de Nézignan-l’Évêque, communes limitrophes. Limité à l’est par l’Hérault, il prend assise sur un amphithéâtre de collines argileuses dont une extrémité, formant promontoire au-dessus du champ d’inondation de la rivière, porte le bourg de Conas. (Fig. 2) Il s’ouvre largement sur une plaine, qu’il a fallu drainer, comme en témoigne le vieu « rec dals canals » et ses ramifications qui collectent les eaux de crues jusqu’à un creux 10 à partir duquel elles sont reconduites jusqu’au fleuve au moment de la décrue. Périodiquement inondées ses parties basses recueillent les limons fertiles mais sont aussi sujettes à des modifications parfois importantes dues au changement de lit du fleuve 11.

Un mémoire des années 1770 12 répartit une superficie totale de 491 sétérées 1 quarton et 8 dextres 13 entre 353 sétérées en plaine et 137 en soubergues 14. Si l’on y ajoute les autres terres que Jean-François Béranger possède dans les communes voisines d’Aumes (118 sétérées), de Castelnau-de-Guers (20) et de Tourbes (3) ce domaine est le second en superficie du Piscénois, sensiblement proche d’ailleurs du domaine de l’Étang, propriété de la Commanderie de ‘Ordre de Malte qui fait 690 sétérées ou encore de celui du marquis de Grimaldi-Vintimille qui, dans les terroirs de Castelnau-de-Guers et de Pézenas, fait 683 sétérées. Il est supérieur aux terres de Monsieur 15 (421 set.) du Chapitre de la Collégiale (222 set.) et de M. de Graves (153 set.). Avec Monsieur, les Thézan, qui détiennent ainsi le fonds laïc le plus important du Piscénois, participent à cette noblesse absentéiste qui ne joue aucun rôle social ou politique dans la communauté piscénoise 16.

Autre originalité des Thézan dans le Piscénois : ils rendent moyenne et basse justice et continuent de percevoir des droits féodaux, bien maigres il est vrai. Ils tiennent leur fief de-Monsieur sous une albergue annuelle de 90 livres 17, mais il est alors réduit à la « portion congrue » puisque « les commissaires du domaine se sont emparés de sa presque totalité sur ses auteurs dans cette terre ». Il se compose de :

Plan schématique du territoire de Conas
Fig. 2 Plan schématique du territoire de Conas

La procédure d’allivrement des biens nobles pour les six derniers mois de 1789 18, d’où sont extraits ces chiffres, estime les revenus féodaux du vicomte à un niveau bien bas : 36 livres Ce qui le place, certes, devant l’abbé d’Aniane (15 livres) ou le sacristain de Saint-Jean (3 liv.), mais loin derrière Monsieur, frère du roi (1.143 liv.) et surtout les gros décimateurs que sont le Chapitre de Pézenas (9.361 liv.), le Commandeur (5.273 liv.), les Chapitres de Béziers (4.512 liv.), Lodève (1.343 liv.) et même Cassan (154 liv.) (Fig. 3). Ici comme ailleurs, les droits féodaux, lorsqu’ils sont perçus 19, symboles de la féodalité, ne représentent plus aucun apport financier.

Mais 90 sétérées de ses terres sont affranchies de toute taille. Ce qui lui vaut de figurer parmi les six propriétaires de biens nobles, après le Commandeur de Saint-Jean de Jérusalem (pour 658 set.), le sr de Mestre de Loubatières (146 set.) et le marquis de BarraI d’Arènes, alors propriétaires du domaine du Parc (96 set.), avant le sieur Mazel et même Monsieur (Fig. 4). Depuis des siècles, les différends ont éclaté entre le seigneur de Conas et les consuls de Pézenas ou de Castelnau-de-Guers s’acharnant à le vouloir faire cotiser aux tailles. Au prix de multiples procès, transactions, concessions sur le droit de pâture, la famille des Thézan a su conserver ces 90 sétérées de terres nobles 20, ce qui ne l’empêche pas d’être, après Monsieur, le plus fort taillable de la communauté. En 1775 elle paie 1.900 livres de taille contre 3.294 pour Monsieur et 1.238 pour Jean de Veirac, seigneur de Paulhan 21.

La fortune des Thézan dans le Piscénois tient donc essentiellement au domaine 22. Sa physionomie précise nous est donnée dans le procès-verbal de « reconnaissances, estimation et division » établi le 3 Février 1793 par Mazuc et Cambon, commissaires experts 23. Le fonds se distribue entre deux groupes d’inégale importance. Le moins étendu, de 118 sétérées, est contigu au moulin de Murles, dans les communes d’Aumes et Montagnac 24. Le second, celui de Conas, en constitue la plus grande partie avec 540 sétérées, divisées en 56 parcelles, soit une superficie de 135 hectares environ. Les relations entre la nature des cultures, le parcellaire et la valeur estimative sont à maints égards intéressantes.

Droits féodaux et dimes levés dans le terroir de Pézenas en 1789
Fig. 3 Droits féodaux et dimes levés dans le terroir de Pézenas en 1789
Répartition des biens nobles en 1790 dans le terroir de Pézenas
Fig. 4 Répartition des biens nobles en 1790 dans le terroir de Pézenas

Champs nus ou complantés et prés occupent près de 90 % de la superficie totale. Les champs nus à eux seuls plus de 50 %. Le reste se distribue à peu près également entre les olivettes et les vignes (Fig. 5).

Répartition des cultures dans le domaine en 1793
Fig. 5 Répartition des cultures dans le domaine en 1793

Ces dernières ont la superficie moyenne la plus faible (2,9 set.), celle des olivettes leur est légèrement supérieure (3,9 set.) alors que la contenance moyenne d’un champ est de 20 set. les plus étendus étant ceux du Brasset au delà de l’Hérault, dans le terroir de Castelnau, de 79 set., de l’Ile de 74 set. ou encore de la Condamine dans la plaine de Conas, de 45 set. Ces trois grandes parcelles sont semées de luzerne. Un seul pré, situé dans l’Ile, fait plus de 100 sétérées ; les autres, de petite superficie, s’éparpillent autour du village. Les champs et les prés se disposent sur les terres basses, amendées par les crues, mais ne sont pas absents des soubergues où, de superficie plus réduite, ils sont toujours complantés d’oliviers. Les plus importants sont ceux de Montferrier (22 set.) et de Canteperdrix (13 set.). Quant, aux vignes, à l’exception d’une seule d’entre elles située en plaine, et aux olivettes, elles se placent uniquement en soubergue. Soit une distribution « classique » des cultures dans un terroir à cheval sur la plaine de l’Hérault et le coteau.

La surface consacrée aux herbages laisse présumer du développement de l’élevage, sans que l’on puisse en apprécier exactement l’importance.

On ne peut assimiler à des jachères les terres ensemencées en luzernes puisqu’elles sont affermées en tant que telles, pendant plusieurs années. Le développement des prairies artificielles semble ici avoir rompu le cycle traditionnel de l’assolement biennal. Ce trait de modernité ne s’accompagne cependant pas d’un développement de la culture de la vigne constaté à la même époque dans la basse vallée de l’Hérault 25. Les intentions manifestées dans le mémoire de 1770 de planter 40 sétérées ne se sont pas concrétisées. La vigne reste très limitée en superficie et on lui demande toujours pour l’essentiel des fruits muscat et le vin pour la consommation domestique. Le domaine des Thézan semble à l’écart des grands courants commerciaux qui, depuis les années 1770, favorisent l’extension du vignoble bas-languedocien.

Au centre de l’exploitation, participant à l’enceinte fortifiée du bourg de Conas, le château 26. Nos experts nous en offrent une description sommaire mais actualisée un corps de logis appelé le château de Cognas, écuries, bergerie, cave, une tour très élevée, très fortifiée, qui servait autrefois de prison pour ceux qui, dans l’Ancien Régime, commettaient quelque crime de lèse-seigneur, surtout pour fait de chasse. De cette tour, il n’a été apprécié que les fondements afin d’obliger l’adjudicataire à la démolir jusques au fondement pour anéantir le souvenir de la féodalité. Des lieux découverts une basse-cour, un puits en état, d’autres dépendances. Le bâtiment d’habitation fait 62 cannes dont les « fermetures des fenêtres sont en fort mauvais état », ceux d’exploitation 90 cannes, l’écurie-bergerie : 15 c.

Au-delà, sur l’Hérault, le moulin bladier consiste en deux tours et un hangar. A chacune desdites tours, il y a deux meules toutes roulantes en bon état. Une des tours est montée en pierres de taille et à l’autre il y a un plancher qui est en mauvais état, de même que celui du hangar. Le pavé et les fermetures du grenier sont aussi en mauvais état. Contenant les deux tours et hangar environ 40 cannes. Le logement du meunier, écurie et son pailler de 16 à 40 cannes. Dans le procès-verbal dressé par nos experts, seuls le moulin et les quelques 8 sétérées en dépendant sont mentionnés comme affermés et estimés en conséquence de la valeur du bail, soit 2 000 livres. Aucune autre mention de fermage, le domaine semble alors se trouver en exploitation directe…

Les modes d’exploitation

Les modes d’exploitation ont beaucoup varié dans le temps depuis le milieu du XVIIIe siècle. Les tuteurs doivent régulièrement rendre compte de leur gestion, ce qui nous vaut une documentation particulièrement abondante 27.

Avant qu’à partir de 1781, Jean-François Béranger ne nous apporte une documentation exceptionnellement précise sur sa gestion, le domaine se distingue mal du patrimoine auquel il est souvent associé dans un bail commun. Il n’en sort que pour quelques unes de ses composantes, quelques terres et les moulins. Ainsi le 20 Août 1743, c’est seulement partie du domaine, ayant appartenu à M. de Bozouls 28, soit 47 set. de terres labourées et 117 de chaumes, qui sont affermés pour 9 ans, à raison de 1 300 livres l’an, à deux cultivateurs de Conas Laurens Boyé et François Mascon. Le fermier précédent, Pierre Vigourel de Nézignan-l’Évêque, avait déjà sous-affermé un mailhol et un pré à divers particuliers. Ces pièces ne participent donc pas à l’adjudication. C’est dire la complexité du système des fermages 1281. Cette complexité apparaît encore en 1744 où l’on voit successivement une vigne et un champ affermés pour 85 livres et une paire de poulets à Jean Baillés de Conas, ou encore une vigne de 6 sétérées, avec réserve du bois d’émondage des oliviers pour le châtelain, à J.-P. Charot, travailleur de Pézenas 29. Quant à Jacques Maraval, jardinier, il paie 110 livres l’an pour le jardin, les terres et bâtiment compris dans le bail, mais doit porter les prunes sèches et les herbes potagères au château.

A cette époque cependant, ces quelques lots mis à part, le gros du domaine de Conas participe aux adjudications de l’ensemble du patrimoine. Le 10 Novembre 1754, contrat est passé entre M. Despanes, tuteur des enfants Thézan, et Jean Sèbe, bourgeois de Peyrous, pour les seigneuries et terres du Poujol, Morcairol 30, Hérépian, Bédarieux, Boussagues, Espondeilhan, Mourèze, Conas, Cessenon et Roquebrun, contre 35 100 livres l’an, payables pour moitié à Noël et pour l’autre à Pâques. Après que proclamations aient été faites au cours de trois dimanches consécutifs dans tous les lieux où les domaines sont situés, les candidats se présentent au château du Poujol, devant le tuteur et M. Gottis, représentant le propriétaire Marie-Joseph-Geneviève de Thézan, baron d’Olargues, alors pensionnaire au Collège Louis le Grand à Paris 31. Gabriel Billière, de Canas, déjà fermier des moulins, offre 30 000 livres du tout, mais son offre est couverte dix-neuf fois par d’autres comme les frères Fescet de Villecelle et de Combes, Paul Rouquet de Bédarieux, trois Piscénois (Guillaume Martin, marchand, Joseph Constant, Couderc). C’est finalement Jean Sèbe, bourgeois de Peyrous, associé pour la circonstance à un négociant de la Tribale, enchérissant quatre fois, qui l’emporte. L’énumération des biens alors affermés dans leur totalité pour quatre années, impressionnante, donne la mesure de la fortune foncière des Thézan : « seigneuries et terres dépendantes des lieux et terroirs du Poujol, terre foraine d’icelui, Mourcairol, Hérépian, le Pradal, Conas, Murles, Aumes, Mourèze, Boussagues, Bouriou, le grand et le petit fief de Bédarieux, les deux maisons dudit Bédarieux, Espondeilhan, Paders, les pièces d’Alignan-du-Vent, les preds de Saint-Martin, Ortes, Cessenon, Roquebrun, les pièces à la dite terre et baronnie d’Olargues, y compris la métairie de Cocombres, le bois sous le château dudit Olargues, la maison habitée par le nommé Parlage, la petite maison dite la prison, le fief de Fraïsse, Valindouces et le Mas Poujol, toutes les mines de charbon de la baronnie de Boussagues 32, les pièces de terre dans le terroir de Castelnau-de-Guers, Nézignan-l’Évêque et Tourbes ». Suit la liste des biens et droits qui ne sont pas compris dans le présent bail, il est vrai minimes. Le domaine de Canas disparaît alors dans l’ensemble du patrimoine.

Seuls les moulins et leurs dépendances font l’objet d’adjudications distinctes. En 1745 est affermé le moulin de Conas et les terres en dépendant pour 1 850 livres, ainsi que celui de Murles affermé le 30 octobre à Jacques Billière, meunier de Pézenas, à raison de 2 000 livres l’an 33. Le 18 Novembre 1758, c’est 10 000 livres que Mascon, le nouveau fermier, s’engage à payer pour « la terre de Canas consistant en un moulin et quatre meules sur la rivière d’Hérault, une bédissière le long de la rivière, champs, près, vignes et olivette, bâtiments et droits seigneuriaux » 34. Il s’engage par ailleurs à entretenir les lieux et s’interdit à couper le bois. Pour un loyer majoré de 2 000 livres lui succède, en 1766, Jean- Baptiste Rocoplan, fermier des moulins de la Roque, appartenant au Sr Mazel, habitant du lieu de Florensac, associé à Français Pezet fabricant de Clermont 35.

En Avril 1775, le domaine est cette fois distribué en trois lots entre trois fermiers. Joachim Martin, marchand apothicaire de Pézenas, prend à bail pour six années le moulin bladier et ses dépendances pour 4 490 livres 36. Antoine Beaulac les 103 sétérées de terre situées au-delà de l’Hérault, les champs du Brasset et de Conas, contre une rente annuelle de 4 850 livres 37. L’essentiel du domaine est dévolu à ferme pour 6 ans à André Beaulac, ménager du lieu de Nizas et son fils aîné, pour la somme de 8 800 livres 38. Le partage de l’afferme en trois lots permet alors de porter son produit total à 18 140 livres.

En 1781 la situation se complique à nouveau. Le moulin et ses dépendances restent toujours affermés, pour 4 000 livres, cette fois à Alexis Guy, meunier de Maureilhan 39. Les champs du Brasset de Conas, sis dans le terroir de Castelnau-de-Guers ne sont plus affermés, alors que les 144 sétérées de l’Ile, couvertes de bois, pâturages, champs et luzernières sont dévolues à Gontié fils ainé, pour 2 299 livres l’an. Enfin 16 pièces de terre en luzernes sont affermées à divers particuliers, parfois associés à deux ou trois, habitant Conas (les Boudou, Gaudion, Baillés, Laucou), Pézenas (Viguier, hôtelier, Prax, propriétaire du Logis du Tapis Vert), ou les villages environnants Tourbes, Alignan-du-Vent, Caux et Castelnau-de-Guers. Elles produisent 1 197 livres 40. La superficie n’est précisée que pour six d’entre elles, mais, considérant qu’il s’agit d’une même culture pratiquée sur des tènements plusieurs fois mentionnés, – champs des Noguiers, de la Clastre, du Brasset, de la Gaze, etc. -, la superficie vouée à ce type de location peut être évaluée à partir des rentes versées. La rente moyenne versée par sétérée étant de 35 livres, ce sont donc environ 34 sétérées qui sont ici concernées. Si l’on ajoute à ces 34 sétérées, louées en luzernières à divers particuliers, les 144 sétérées de l’Île baillées au fils Gontié et les 8 sétérées que constituent les dépendances du moulin 186 sétérées sont affermées sur les 549 du domaine.

L’essentiel de la superficie, soit 66 %, se trouve donc mis cette fois en exploitation directe. Ce qui explique une documentation plus abondante et plus détaillée 41. D’ailleurs, en 1781, la présence de Jean-François Béranger est attestée par nombre de documents. L’un d’eux notamment indique que « le dit chevalier était en pupillarité. A peine eût-il acquis l’âge de minorité qu’il est resté constamment au service de l’État et de Sa Majesté. Ce n’est qu’en 1781 qu’il a pu veiller à ses affaires » 42.

Les travaux et les jours

Cette distinction, qui vient d’être notée, entre la surface exploitée directement et celle mise en fermage est elle-même déterminée par la nature des cultures.

Champs et pâturages sont seuls l’objet d’afferme : 106 sétérées pour les premiers et 80 pour les près de l’Ile. Le ramonet conduit l’exploitation de la totalité des terres de soubergue plantées en olivettes et vignes pour l’essentiel. Les champs nus ou complantés n’y sont certes pas absents, mais les plus belles pièces se trouvent en plaine, au-delà de l’Hérault même (Fig. 6).

Occupation des sols en exploitation directe
Fig. 6 Occupation des sols en exploitation directe

Les cultures arbustives et la vigne, qui ne représentaient que 14,50 % de la superficie d’ensemble du domaine ont une place plus importante dans la portion mise en exploitation directe (18,80 %) pour la raison précédemment indiquée. I) serait intéressant de connaître la quantité de travail qui s’y applique, comparativement à celle prodiguée sur les terres à grains ou à luzernes, malgré une marge d’erreur tenant à l’imprécision de la documentation, en particulier sur les travaux de préparation des sols. Néanmoins, par un pointage des cultures et des tènements, parfois indiqués, on peut avoir une idée de la répartition du travail du personnel temporaire entre ces deux types de culture. Avec 290 journées pour la vigne et 486 pour les oliviers, c’est plus du quart (27 %) de la durée annuelle du travail qui leur est consacré, alors qu’elles occupent moins de 20 % de la superficie. A l’opposé, les champs, qui recouvrent 67,40 % de cette superficie en prélèvent plus de la moitié (52 %). Mais pour chaque type d’activité les variations saisonnières sont importantes. L’activité culturale se déplace, au rythme des saisons, des soubergues en hiver à la plaine au printemps et à l’automne (Fig. 7 : Calendrier des travaux).

Calendrier des travaux
Fig. 7 Calendrier des travaux

Les soins minutieux que réclament la vigne et surtout l’olivier occupent entièrement les deux premiers mois de l’année, au cours desquels les tènements de plaine sont délaissés. Après la taille, le ramassage des sarments et l’échaussage des ceps, une première façon est donnée au vignoble ; la seconde le sera au printemps. Il faudra sans doute tailler à nouveau l’unique vigne de plaine, qui a gelé dans la nuit du 23 au 24 Avril, mais ormis ces circonstances particulières, on n’entre plus dans les vignes de la fin Mai aux vendanges. L’attention portée aux oliviers est à l’opposé quasi constante. Après la récolte, qui commence en Novembre et bat son plein en Décembre, tandis qu’après avoir été lavées et séchées les olives sont portées au moulin en Janvier, les travaux de préparation des sols (piochage, apport de terre nouvelle, fumure) l’émondage, le remplacement des arbres morts se continuent jusqu’au printemps. Les jeunes oliviers seront consciencieusement arrosés par une femme aidée d’un âne durant la saison sèche et un nouveau nettoyage des pieds précèdera la cueillette. Les mois de Mai et d’Août exceptés, le travail des oliviers est permanent (Fig. 8).

C’est à l’automne, qu’après labeur et sillonnage, son semées les céréales d’hiver avoine, blé, orge et seigle. Un sarclage assidu, qui mobilise en Mars-Avril de 15 à 17 femmes, annonce la moisson, en Mai pour l’orge, en Juin pour le seigle et l’avoine et jusqu’aux premiers jours de Juillet pour les blés. Durant huit jours, une équipe de 28 coupeurs, assistés d’autres travailleurs spécialisés dans la confection des gerbiers, le charroi ou la traversée en barque de l’Hérault, – car la plupart des terres ensemencées sont au-delà du fleuve -, parcourt les champs. Après battage sur l’aire, qui a été au préalable soigneusement préparée, une femme assiste le cribleur dont le travail se poursuit jusqu’à la fin du mois. En Septembre seulement sera récolté le gros millet, seule céréale ensemencée au printemps. Le chanvre est mis en terre à la même période sa récolte et son traitement s’échelonnent pendant les mois d’Août et Septembre.

Répartition annuelle des jours de travail par nature de culture 1781-1782
Fig. 8 Répartition annuelle des jours de travail par nature de culture 1781-1782

Les premiers jours d’Août, quatre femmes l’arrachent avant de le noyer. Huit jours plus tard, il est retiré de l’eau et débarrassé de « la lunette », opération délicate qui réclame trente journées d’ouvrières : Les 154 livres ainsi récoltées et apprêtées sont enfin confiées à l’extérieur pour le peignage, à raison d’un sou la livre. Afin d’étaler au maximum la coupe – de Mai à Août – la luzerne est semée, à partir de graines achetées ou récupérées lors d’un repiquage, soit à l’automne soit au printemps. D’Avril à Juin, les foins coupés dans les prés fournissent un appoint appréciable pour le bétail. Les feuillages de peupliers, nombreux sur les rives et dans l’Ile, peuvent lui servir de nourriture complémentaire.

Les dimensions de la surface consacrée aux herbages laissent présumer du développement de l’élevage, sans que l’on puisse en apprécier exactement l’importance. Dans une lettre que les habitants de Conas adressent le 11 Juin 1755 43 à la marquise de Thézan, à Toulouse, rue Sainte-Claire, ils se plaignent de ce que M. Billière, fermier « tien(ne) outre le bétail aratoire nécessaire pour l’afferme, un haras considérable de chevaux ou juments qui dévorent tout le terroir, à votre grand préjudice et au nôtre… ». Il vient d’augmenter son haras du nombre de 8 bêtes, qu’il vient d’acheter, en sorte qu’il a pour le présent 30 chevaux ou juments. Parce qu’ils ne portent que sur quelques mois, les comptes de 1781-82 ne permettent pas de connaître les revenus que le chevalier pouvait retirer de cette activité. Au chapitre des recettes n’apparaissent que trois veaux et les quelques volailles de la ramonette. Dépenses sont engagées pour aménager les écuries, réparer ou graisser les chars et charrettes, confectionner brides et muselières, soigner la vache malade d’un charbon avec de l’huile, du sel et quelque drogue. Mais il est impossible de chiffrer l’importance de ce cheptel. Notons cependant la présence de vaches, qui portent un nom, d’ânes et de mulets. Un seul cheval, semble-t’il, dont le harnachement coûte 6 livres 12 sols, sans doute réservé au chevalier pour ses visites du domaine. Le bétail aratoire ne paraît même pas suffire aux travaux puisque les charrois sont parfois loués, et même une vache « à cause d’une vache malade ». Un nouveau char est cependant fabriqué.

Les ovins sont absents. Il est vrai qu’en 1603 le seigneur de Conas a obtenu l’affranchissement de 90 sétérées contre l’abandon d’un troupeau de 500 bêtes à laine 44. En 1790 il déclare respecter encore cette interdiction, il est le seul d’ailleurs, « alors qu’il existe dans ce moment plus de 32 troupeaux dans ces deux terroirs réunis » 45. Peu développé en exploitation directe, l’élevage paraît par Contre une spéculation particulière dans les terres affermées. Les vingt vaches du fermier Gontié pâturent sur l’Ile. Voulant sans doute le développer, et suivant l’exemple de nombre de féodaux de ce temps, le chevalier entend alors interdire l’accès de ses terres au bétail de la communauté. Le 30 Juin 1781, accompagné de son ramonet et du consul de Conas, il fait pignorer les trois juments, les deux paires de vaches et le cheval de trois cultivateurs du lieu 46. Jouissant du droit de vaine-pâture depuis 1474, les victimes poussent les communautés de Conas et de Pézenas à engager procès.

Ce sont là les seuls indices que nous ayons de la présence de l’élevage, qui devait être importante. La même absence de précisions se retrouve pour la coupe des bois. La mémoire de 1770 47 indique que « les arbres pour la menuiserie et le charronnage y viennent naturellement sur les bords des possessions confrontant l’Hérault et cet article est d’un bon revenu ». En 1775 48… « il n’en a pas été coupé depuis huit ans. Celui qu’on pourrait vendre par triage dans ce moment, sans qu’il y parût trop, pourrait aller à environ 6 000 livres ». Le 18 Janvier 1780, Jacques Dupienne, maître-menuisier de Saint-Thibéry donne 1 800 livres de 620 arbres peupliers 49.

L’association des cultures arbustives à la polyculture céréalière permet l’emploi permanent de 6 hommes et oblige l’appel fréquent à une main-d’œuvre supplémentaire.

La main-d’œuvre et les salaires

Les permanents placés sous l’autorité de Laurens Désirat, agent du chevalier 50, sont au nombre de six le ramonet, Arnaud Guiraud et son fils Pierre, et quatre valets Barthélémy, Joseph Roques, Brigade et Joseph Malaval, qui abandonne sa place en Mars 1783 51. En Octobre, Février et Juin, Désirat leur répartit la « pitance », à raison de 25 livres chacun. Comme eux, la ramonette a droit, mais pour une plus faible part, aux distributions périodiques de denrées. Cette année Désirat a distribué 52 setiers un demi de méteil – le chevalier a vendu l’année précédente pour 3 058 livres de bled et 95 livres de seigle, mais le méteil suffit à la table de sa domesticité – 3 muids, 9 fagelles de vin et 30 feuillettes d’huile 52. A ces revenus en nature s’ajoutent les gages, égaux pour Guiraud et son fils, soit 100 livres chacun, entre 84 et 96 livres pour les autres. La ramonette ne reçoit ni pitance, ni gages. Son mari est payé d’une manière curieusement irrégulière quatre fois 6 livres en Mai-Juin, 48 en Septembre, 27 le 2 Octobre et 1 livre trois jours plus tard… Quant à Désirat, dont les gages ne sont pas mentionnés, il reçoit 15 jours de pitance par mois 53. Si l’on estime au prix du marché la valeur des biens distribués, les revenus en nature de 743 livres – soit 525 livres pour le méteil à raison de 10 livres le setier, 18 livres pour 30 feuillettes d’huile, soit 12 sols la feuillette, enfin environ 200 livres pour un peu moins de 4 muids de vin estimés à 50 livres le muid – sont donc supérieurs aux revenus monétaires, de 630 livres.

Le financement direct de la domesticité ne représente lui-même qu’une faible part des dépenses de main-d’œuvre d’une exploitation qui fait largement appel à une main- d’œuvre extérieure. En 1783, celle-ci a effectué 2.874 journées de travail, qui ont représenté une dépense de 2 740 livres. La moyenne arithmétique de 240 journées par mois, ou de 8 travailleurs supplémentaires par jour – ce qui porterait l’équipe de travail à 14 personnes, 15 avec la ramonette – est sans grande signification, car elle éclipse les fortes variations saisonnières de l’emploi, dont le niveau maximum se place dans les mois d’Avril, Mai, Juin, période des moissons. Ces trois mois exceptés, il se réduit à une moyenne de 114 journées (Fig. 9). Le nombre de journées payées au printemps représente plus de la moitié du total annuel. En Juin, pendant huit jours, 28 coupeurs travaillent de concert avec d’autres. La main-d’œuvre locale ne pouvant y suffire, les moissons attirent chaque année les Montagnards et contribuent à la fixation de quelques uns d’entre eux.

Variations mensuelles de l'emploi et du coût de la main-d'œuvre en 1782
Fig. 9 Variations mensuelles de l'emploi et du coût de la main-d'œuvre en 1782

Le 2 Octobre 1783, le fils du ramonet épouse Marianne, fille de feu Pierre Cauquil, natif de Villelongue au diocèse de Castres 54. Mais si elles abandonnent parfois quelques-uns des leurs dans le bas-pays, les brigades de moissonneurs disparaissent tout aussi rapidement qu’elles sont apparues et la moyenne des mois d’été, automne et hiver n’excède pas 150. Août est même un mois « creux », avec 109 journées seulement. Quant à la vendange, qui n’excède pas quatre jours, elle ne mobilise qu’un personnel supplémentaire de 5 personnes.

La cueillette des raisins est l’affaire d’une main-d’œuvre féminine, d’ailleurs sollicitée tout au long de l’année : les récoltes, certes, des olives, du chanvre, de la luzerne, les travaux délicats d’arrosage ou de destruction des parasites (« ôter la couyoule de l’avoine, le charbon du blé, la bête du seigle »), mais aussi les travaux de préparation des sols : émottage, sarclage, enfin le ramassage des sarments et « l’enfagottage » des branches d’olivier. Près de la moitié de l’ensemble des journées de travail (45 %), effectuées par la main-d’œuvre saisonnière, sont le fait de femmes, qui perçoivent d’ailleurs des rémunérations très inférieures à celles des hommes. L’éventail des salaires est fonction des travaux effectués et leur répartition se fait à leur désavantage. Ainsi les salaires féminins varient de 6 à 12 sous par jour : 6 pour le ramassage des olives, le plus faible, 7 pour faire les fagots de sarments ou d’oliviers ou ôter la mauvaise herbe, 8 pour la vendange, 6 à 10 pour le travail pénible du chanvre. Il plafonne à 12 sous pour la collecte de la luzerne, ou pendant la moisson pour le service du cribleur. Il varie donc du simple au double selon les saisons, mais la moisson est de courte durée… Cette période est d’ailleurs tout aussi favorable aux salaires masculins qui équivalent alors, en moyenne, à cette même époque de l’année, à plus du triple de ceux des femmes. La paye journalière du moissonneur est alors de 2 livres 5 sous celui qui met en gerbes a 5 sous en moins et celui qui conduit le charroi 15 sous. Seul le laboureur est payé une somme supérieure : 2 livres 10 sous. Il est vrai qu’il fournit l’attelage, la mule et l’araire. Le brassier, lui qui n’a que ses bras et sa pioche, est payé 1 livre, quelquefois 2 à 4 sous de plus. Si l’on ajoute à la modicité de ces tarifs, les fortes variations saisonnières de l’offre de travail, on peut imaginer sans peine le faible niveau de vie de la masse des travailleurs ruraux 55.

Les gages versés au personnel permanent, les journées payées aux travailleurs saisonniers représentent les deux-tiers des charges d’exploitation du domaine dont il serait intéressant de connaître le revenu.

Les revenus du domaine

Il serait intéressant de retracer l’évolution du revenu domanial à travers une longue période, mais les changements qui sont sans cesse intervenus dans le mode d’exploitation, sa complexité à certaines périodes et la confusion de la documentation ne l’autorisent malheureusement pas, sans risques d’erreurs. Tout au plus peut-on distinguer trois périodes, en soulignant les relations entre le revenu et le mode d’exploitation, car l’affectation des terres n’a pas varié dans cette seconde moitié du XVIIIe siècle.

Un premier document, avant le partage 56 permet de situer le domaine de Conas, quant à son revenu et à sa valeur en capital, par rapport à l’ensemble des biens Thézan (Fig. 10). Présenté en 18 « domaines » le patrimoine Thézan s’étend sur trente paroisses et sept diocèses. Les principales concentrations de terres et de fiefs se répartissent en trois zones : le rébord méridional des Monts de Lacaune, la moyenne vallée de l’Orb et le Piscénois. Pour chacun d’eux sont mentionnés son rapport annuel et l’estimation de sa valeur. Le revenu annuel de l’ensemble est de 75 094 livres 57 ; le capital est estimé 1 805 600 livres 58. Les terres de Conas-Aumes se situent au second rang derrière celles du Poujol-Morcairol, avec un revenu annuel de 15 940 livres 59 soit 22,22 % contre 19 019. (25,32 %) pour les secondes. Si l’on y ajoute celles d’Hérépian-Lamalou (15,66 %) ces trois « domaines » représentent à eux seuls 63,20 % du revenu patrimonial. Les autres, excepté celui d’Olargues, avec 8,13 %, apportent chacun moins de 5 % à l’ensemble les plus petits apports étant représentés par les fiefs de Bédarieux, Cessenon et Roquebrun 60. Le parallèle entre le revenu annuel et la valeur estimée est tout aussi intéressant. Le domaine de Conas est estimé 280 000 livres 61, celui de Murles 48 800 livres 62. Il ne représente que 18,20 % du capital total, alors qu’il assure plus de 22 % du revenu. Ce rapport est inversé pour les domaines du Poujol et d’Hérépian, où les bois de châtaigniers sont étendus. C’est dire la richesse des terres piscénoises que, dans une lettre du 23 Février 1775 63, Mérigeaux interrogé, s’emploie à souligner.

Répartition des domaines de la famille des Thézan en 1775
Fig. 10 Répartition des domaines de la famille des Thézan en 1775

Le bail général qui va expirer est de 12 000 livres 64 ; le fermier payant en sus les censives et albergues alors que la taille et le vingtième restent à la charge du seigneur. Quelques réparations sont à faire au moulin, mais elles pourront l’être à moindres frais, pour 200 livres, en utilisant les arbres du domaine pour renforcer la bédissière. Sa valeur locative pourrait même être poussée de 2 400 à 4 000 livres « parce qu’il est bien achalandé »… « Les fourrages qui sont dans l’île, sont affermés 3 000 livres. Le fermier estime à 1 000 livres de rente les neuf prés dispersés, pouvant contenir 30 sétérées et 1 600 (ivres les 40 sétérées de luzerne vieille située sur la rive gauche de la rivière du côté de Castelnau. On a ensemencé cette année 60 sétérées blé ou méteil et 30 sétérées d’avoine. L’année dernière on recueillit 500 setiers de blé 65 ou de méteil et 80 sacs d’avoine, le sac est composé de 5 setiers ». Le fermier a en outre récolté 7 muids de vin, 7 à 8 charges d’huile. On pourrait encore planter 40 sétérées en vigne.

Le moulin de Murles et les terres en dépendant sont affermés 3 000 Livres terres de plaine pour 50 sétérées et de soubergue pour 26, outre « un bois qui sous deux à trois ans vaudra 1 000 louis au moins ». En 1775, le produit des affermes est donc bien de 15 000 livres pour les terres de Conas et Murles.

L’entrée d’une partie du domaine en exploitation directe en 1781 va-t-elle conduire à l’augmentation de son revenu ?

Les affermes, avec 8 079 livres, en représentent toujours (‘essentiel. (Fig. 11). S’y ajoute le produit des ventes pour 6 983 (ivres, dont il faut retrancher les charges d’exploitation de 5 231 livres. 80 % du produit des ventes sont assurés par les grains (45 %) vendus sitôt après la moisson, en Août et Septembre, aux boulangers de Pézenas et à divers particuliers et les herbages (environ 35 %) vendus sous différentes formes : foins, fourrages secs, luzernes, herbes d’hiver, chaumes sur pied ou coupés. Ils sont vendus à divers particuliers habitant Conas ou les localités voisines Castelnau de Guers, Tourbes, Alignan du Vent, Neffiès, Nizas, Caux, ou aux bouchers. Les hôtes-cabaretiers préfèrent affermer une luzernière. Le produit financier des olivettes n’est que de 863 livres, pour 6 charges 1/2 d’huile, les noyaux, le marc et le bois d’émondage, vendus eux aussi. On peut tenir pour négligeables les trois veaux vendus aux bouchers, de Marseillan ou d’ailleurs, et les huit paires de poulets remis par la ramonette.

Compte d'exploitation du Domaine de Conas (1781-1782 en livres)
Fig. 11 Compte d'exploitation du Domaine de Conas (1781-1782 en livres)

Au total les ventes font entrer près de 7 000 livres, soit un peu moins que les affermes ; elles représentent moins de la moitié (46,36 %) du revenu total, pour 66 % de la superficie du domaine. L’écart de revenu entre les terres mises en afferme et celles réservées à l’exploitation directe s’explique sans doute par des coûts d’exploitation plus élevés sur les terres de soubergue, au parcellaire morcelé, où dominent les cultures obligeant à de multiples façons, comme la vigne et l’olivier. En 1781, le revenu total paraît s’être dégradé par rapport à ce qu’il était en 1775, mais l’état lacunaire et désordonné de la documentation ne nous permet pas de l’affirmer. Il semble que l’effort du chevalier n’ait pas porté ses fruits et que la famille soit peu touchée par l’esprit d’entreprendre qui anime alors certains aristocrates 66.

Le gros du domaine est vendu en huit jours, du 1er au 19 Germinal de l’An III 67, quelques jours avant celui d’Aumes, le 26 Avril 1794. Deux reventes sur folle enchère seront faites les 29 Fructidor an III et les dernières sétérées aliénées en IV, V et VII, mais seules les premières ventes méritent une analyse approfondie. Estimées 440 662 livres, les 651 sétérées alors décomptées sont finalement vendues pour 2 477 815 livres, soit une moyenne de 3 800 livres la sétérée 68. Comparativement aux autres domaines vendus à la même époque 69, celui de Jean-François Béranger, à la faveur de son morcellement mais sans doute aussi de sa qualité, atteint à la sétérée une valeur moyenne dix fois plus élevée que celui du seigneur du Poujol 70, où il est vrai les châtaigneraies occupent une large place. Mais même les terres du Marquis de Vintimille, voisines de celles des Thézan, bien que vendues plus tard en IV et V, n’atteignent que 445 726 livres pour 683 sétérées, environ 650 livres la sétérée, soit environ six fois moins cher, avec une différence notable entre les terres de plaine et de coteau. Les 234 sétérées que compte le fonds de Vintimille dans le terroir de Pézenas (le Grand et le Petit Devois sur cette rive de l’Hérault) sont vendus plus cher que les 449 sétérées sises au-delà du fleuve dans le territoire de Castelnau-de-Guers. Le caractère de plaine et herbager du domaine de Conas fait prime.

Mais plus que le prix de vente déterminé par le morcellement, le jeu des enchères et le mouvement des prix, les estimations effectuées par les commissaires Mazuc et Cambon sont de meilleurs indicateurs de revenu d’autant plus que précisées par parcelles, elles permettent de définir la place respective des terres de plaine et de soubergue, ainsi que des différentes cultures, dans la composition de ce revenu 71. Si l’on réduit de 22 fois les estimations 72, le revenu global des terres piscénoises peut être évalué à 20 000 livres. La valeur d’estimation moyenne de la sétérée varie du simple au quadruple selon les types de culture. Elle est la plus faible pour les vignes et olivettes, pour lesquels elle varie dans une fourchette de 250 à 700 livres la sétérée. Moyenne pour les champs, selon qu’ils sont complantés (de 2 à 300 livres la sétérée) ou ensemencés en luzerne (de 800 à 850), elle est de 750 à 800 pour les champs et prés, atteint même 1 000 livres pour l’un de ces derniers. C’est dire la qualité que l’on attribue aux herbages en ce XVIIIe siècle finissant. Après les céréales qui ont détrôné les cultures arbustives et la vigne au XVIe siècle 73, les herbages sous différentes formes constituent alors les assises de la fortune foncière des Thézan dans le Piscénois.

La disparition du domaine

Le domaine est divisé « en aussi petits lots qu’il a été possible pour l’avantage de la nation et des acquéreurs ». Seules les 114 sétérées de l’Ile « dans laquelle il y a immensément de beaux arbres de toutes espèces, notamment de beaux peupliers », échappe au morcellement, « à cause de sa position qui exige des dépenses considérables pour la défendre des irruptions de la rivière d’Hérault et une surveillance continuelle » 74. Le château et le moulin sont laissés chacun en un seul lot le fonds ayant jadis appartenu à M. de Bozouls (maison et écuries) 75 est morcelé en cinq. Parce que de plus faible superficie, les champs complantés, les olivettes et vignes de soubergue n’ont pas été divisés ou seulement en deux ou trois morceaux. Par contre, les grandes parcelles de plaine ont été taillées en lots de 3 à 4 sétérées chacun : ainsi, au terroir de Castelnau, le champ du Brasset en 20, un autre en 8 ; au terroir de Conas, la Condamine en 16. Ce morcellement a attiré la foule des enchérisseurs au chef-lieu de district. 91 d’entre eux vont alors se partager les dépouilles. Les enchères paraissent animées et les pièces ne sont pour la plupart emportées qu’à l’extinction du quatrième feu. L’écart constaté, de 5 en moyenne, entre la valeur d’estimation et de mise à prix et la somme que l’on consent effectivement à débourser, influencé avant tout par le mouvement des prix, dépend aussi du tènement, de la superficie et de la nature des cultures la faveur va aux champs et aux prés (plus de 5 fois) comme porteurs des plus gros revenus ; l’intérêt est moindre pour les olivettes et les vignes (de 3 à 4 fois).

Pas de gros acquéreurs extérieurs au milieu. Rares sont les enchérisseurs qui acquièrent plusieurs lots à la fois, dans l’intention de reconstituer l’ancienne parcelle : aussi Paul Mathieu, de Pézenas, qui, pour 34 000 livres, reconstitue à son profit l’olivette de Canteperdrix – la plus belle, il est vrai, puisqu’elle fait 12 sétérées – est-il l’exception. Rares aussi sont ceux qui se groupent pour acquérir le même lot ou deux lots à la fois : Guillaume Bastide, Etienne Cournié, les veuves Caumignage et Tondut, de Castelnau, achètent en commun 4 sétérées du champ de Brasset. Par contre la grande majorité des lots, de 2 à 4 sétérées maximum, trouvent un unique preneur, ce qui explique l’effectif particulièrement nombreux des acheteurs, à la différence des biens du Chapitre vendus quelques mois auparavant au bénéfice d’un seul. Cinq seulement achètent au total plus de 10 sétérées : les Giscard de Neffiès (11 set.), Jean-François Causse de Lézignan-la-Cèbe (14) et les trois Piscénois : Paul Mathieu (11), Jacques Roque (12) et Jean-Antoine Bastide (17,5). Le château et le moulin sont adjugés, le premier pour plus de 720 000 livres à Augustin Granal de Servian, le second pour un peu plus de 30 000 livres à André Joulié de Nézignan le Libre 76. Tous les acquéreurs relèvent des communes limitrophes ou peu éloignées :

Les Piscénois occupent la première place dans un terroir qu’ils dominent d’ailleurs depuis le Moyen-Âge 77. Ils s’intéressent aux tènements de soubergue comme de plaine, à l’exception cependant de ceux limitrophes de la commune de Nézignan-le-Libre, poussent même leur offensive au-delà de l’Hérault, dans le terroir de Castelnau 78. Ces terres sont naturellement l’objet des achats des habitants de cette dernière communauté qui, bien qu’inquiétés par les Piscénois qui leur enlèvent 23 sétérées, y acquièrent 57 sétérées. Mais leur appétit s’arrête au fleuve. Plus dynamiques apparaissent les gens de Nézignan-le-Libre qui, non seulement résistant fortement sur les tènements qui leur sont proches du Grand Monjol, du bois de Brignac, de la Courrège, mais encore poussent leur avantage jusqu’à la Condamine où ils emportent 15 sétérées.

La part des habitants de Conas (22 sétérées) peut être tenue pour négligeable. Il est vrai que quelques mois auparavant, Jean Gaudion, de Conas, administrateur du directoire du district de Béziers, a emporté pour 23 100 livres les 77 sétérées que le Chapitre tenait dans le terroir de Conas. Ce sont encore les Gaudion, Jean et François qui enlèvent l’un 7, l’autre 10 sétérées du domaine Thézan.

Ainsi disparaît, par pulvérisation, avec les résidus de la féodalité qui lui sont attachés, le plus important domaine seigneurial du Piscénois, en même temps que s’accroît un morcellement déjà ancien du terroir, attachant encore plus ses habitants à la cause de la Révolution.

Claude ALBERGE,
Mai 1977.

Notes

  1 Paul Cambon, La rente des biens nationaux pendant la Révolution dans les districts de Béziers et de Saint-Pons, Thèse pour le doctorat en droit, (Montpellier, Juin 1950). Imprimerie spéciale du Paysan du Midi, Montpellier, 1951.
→ Archives Municipales de Pézenas (A.M.P.) Non classé. Procès-verbal de division et d’estimation des biens nationaux de l’émigré Béranger Thézan par Mazuc et Cambon commissaires experts, 3 février 1793.
→ Archives Départementales de l’Hérault (A.D.H.), Série Q.

  2 Nous devons à M. le Duc de Lévis-Mirepoix le privilège d’avoir pu consulter le fonds de la famille Thézan déposé aux archives du château de Léran (Ariège). Qu’il soit ici vivement remercié de son accueil toujours délicieux.

  3 Les premiers seigneurs connus, au début du XIIe siècle, ne relèvent que d’une seule famille, dite de Conas. Vers 1100, Guilhelmus de Coliatis est cité comme témoin au serment fait au vicomte Bernard Aton au sujet du château des arènes de Nîmes (Histoire du Languedoc, Dom Devic et Vaissette, Tome V, p. 764). Il remplit la même mission, le 27 Novembre 1105, au contrat du mariage passé entre Matheline, fille du vicomte Bernard Aton et Arnaud de Béziers (Histoire du Languedoc, Tome V, p. 795) et les 8 et 9 Juin 1112 pour l’accord passé entre son suzerain Bernard Aton et le Comte de Barcelone Raimond (Histoire du Languedoc, Tome V, p. 829). Le 5 Mai 1123 il est associé à Belisarius de Colnatis dans deux actes touchant la vie du même suzerain (Histoire du Languedoc, Tome V, p. 909). Cette famille de Conas se continue jusqu’à la fin du XIVe siècle, avec pour représentants successifs : Guilhelmi (1164) ; Imbert (1270) ; Raymond (1320) ; lmbert (1340). Ce dernier épouse en 1378 Bonnafouse, fille de Roger de Villespassans, mais en 1386 sa femme est veuve et, avec sa fille Simonette qu’elle donne en mariage à Pierre de Brignac s’éteint la lignée des premiers seigneurs de Conas.
→ Mais déjà en 1234 cette famille n’était plus l’unique propriétaire d’une seigneurie partagée entre quatre co-seigneurs. Sans doute la guerre des Albigeois a-t-elle contribué à l’abaissement de la maison de Conas, vassale du vicomte hérétique de Béziers, avec aliénation de partie de ses biens et droits seigneuriaux. La terre de Conas va alors rester divisée entre plusieurs coseigneurs pendant trois siècles, du milieu du XIIe au milieu du XVe siècle.
→ Le 15 Décembre 1270 Raymond Vassadel, seigneur de Cornon et Aymeri de Clermont « coseigneurs pour les deux portions, les trois faisant le tout » font hommage au roi devant le sénéchal de Carcassonne. Ils reconnaissent tenir de leur illustre suzerain le château de Conas, la juridiction moyenne et basse, les censives, usages, droits seigneuriaux, moulins et biens fonds en dépendant « pour raison de tous lesquels droits et propriétés ils doivent payer par indivis avec les autres co-seigneurs dudit Conas une albergue de 20 chevaliers lorsqu’ils en seront requis et, outre ce, le service lors de la convocation du ban comme les autres seigneurs de la sénéchaussée de Carcassonne » (Léran, Fonds Thézan, Liasse 134 n° 12).
→ Le même jour, Odet de Roquefixe et son neveu, Imbert de Conas, co-seigneurs pour le tiers restant, rendent hommage au roi pour leur part de justice moyenne et basse, censives, lods, droits seigneuriaux, chasses et biens fonds, contre une albergue annuelle de 10 chevaliers plus un service personnel lors du ban et arrière-ban. Ainsi la maison de Conas, représentée ici par Imbert, se trouve-t-elle réduite à la « portion congrue » d’une terre qui doit au total trente chevaliers au roi.
→ Le XIVe siècle est pour la seigneurie une période de grandes mutations. Tandis que les vieilles familles seigneuriales issues de la Croisade ou antérieures comme celle de Conas, s’éteignent, d’autres continuent à se la partager. Les Conas et les Cornon jusque dans les annéesl 1380.
→ Les Roquefixe et les Clermont disparaissent plus tôt et leurs biens se fondent dans un même patrimoine.
→ La famille de Cornon, établie avec Raymond, se perpétue, avec pour représentants Othon (1313), Guillaume (1317) et Miracle (1371) jusqu’en 1388, date à laquelle cette dernière épouse noble Pierre de Cases et vend la seigneurie de Conas comprenant moulins, usages et autres appartenances à noble Bertrand de Cases, archevêque de Narbonne et seigneur de Belnès, pour la somme de 850 livres (Léran, Fonds Thézan, 138-17) ; l’année suivante elle lui cède les droits féodaux dont elle jouissait encore (Léran, Thézan, 134-19). Ainsi aux Cornon succèdent les Cases.
→ Deux ans avant cette cession, en 1386, le dernier représentant mâle de la maison de Conas, Imbert, étant décédé, sa femme Bonnafouse lègue ses biens à sa fille Simonette mariée à noble Pierre de Brignac.
→ A la fin du XIVe siècles deux nouvelles familles, les Cases et les Brignac, sont établies dans la succession des Cornon et des Conas. Mais déjà, dans la première moitié du siècle, une autre famille s’y est établie et a réussi par deux mariages, à quatorze ans d’intervalle, à réunir les terres et les droits des Clermont et des Roquefixe.
→ La famille de Clermont est représentée par Aymeri (1262, 1210), puis Rostaing, seigneur de Ceyras, de Lacoste et de Conas (1311 à 1338). Sa fille Marguerite de Clermont-Lodève épouse en 1344 Raymond de Lauzières. Déjà en 1320 Anglois I de Lauzières avait épousé Guillemette de Roquefixe, associée à son père Déodat, le dernier représentant mâle de cette famille, damoiseau et coseigneur de Montagnac et Conas dans un acte de 1301. A quatorze ans d’intervalle, par les mariages du père puis du fils, la famille des Lauzières réunit dans son patrimoine les biens et droits dont jouissaient les Roquefixe et Clermont dans la seigneurie de Conas. Tirant son nom du bourg de Lauzières (Elseria ou Euzeria), près d’Octon (hameau aujourd’hui abandonné et en ruines), dont elle est issue, elle a pour premier représentant connu Flotard, qui teste le 7 des ides de Mars 1173. A la fin du XIVe siècle elle est en pleine expansion, agrandissant son patrimoine des seigneuries de Lacoste, Saint-Guiraud, Ceyras, Soubès et Saint Beauline (près de Cornus en Rouergue). Alors qu’au XVe siècle la branche aînée abandonne le Languedoc pour le Quercy, annexant à son nom celui de Thémines et atteint son apogée à la fin du XVIe avec Pons de Lauzières, marquis de Thémines, sénéchal du Quercy, annexant à son nom celui de Thémines et atteint son apogée à la fin du XVIe avec Pons de Lauzières, marquis de Thémines, sénéchal du Quercy puis gouverneur de Bretagne, la branche cadette, demeurée en Languedoc, poursuit ses agrandissements territoriaux et pousse de nouvelles branches : de Soubès, de Saint-Beaulize et même de Conas… Le fondateur de cette dernière est Pons I de Lauzières, deuxième fils d’Anglesias et Belette N…, qui hérite alors de son père de la terre de Conas et de certains droits sur les seigneuries de Pézenas et de Montesquieu. Elle durera plus d’un siècle et s’éteindra en 1562 à la mort de Pons.
→ Pons 1er, petit-fils d’Anglois, le septième Lauzières connu depuis Flotard, et fils de Guiraud et d’Audette de Saint Beaulize reçoit la terre de Conas. Son frère aîné, Anglois devient seigneur de Lacoste et de Saint-Guiraud. En 1485, sa veuve Saurette N… est tutrice de quatre enfants : Arnaud, l’aîné, Jacques 1er qui est chevalier de Saint-Jean de Jérusalem en 1511, Jacques II et Etienne dont les destinées sont inconnues. Arnaud, qui semble conserver la seigneurie, malgré l’attribution de quelques droits à son frère Jacques II en 1516 et l’aliénation de partie de ses biens, épouse le 11 Avril 1499 Antoinette de Clermont-Nigri, fille d’Amalric, seigneur du Bosc et de Sallèles et de Marguerite de Vissec, qui lui donne quatre enfants. L’aîné, Amalric, disparaît jeune. Jean-Baptiste, lieutenant au gouvernement des ville et château de Laux en Piémont (Lodi-Vecchio près de Lodi) y meurt en 1555, alors que son frère aîné commande la place. Antoine achète bien, en 1543, pour 400 livres, la haute, justice de la seigneurie de Conas, mais c’est le second fils qui, sous le nom de Pons II devient seigneur de Conas. Sous la direction d’un maître tenu éloigné par les affaires d’Italie, la seigneurie connaît alors bien des difficultés avant que sa mort en 1562 ne marque la fin des Lauzières de Conas. La maison de Conas, enfantée par les Lauzières, n’aura duré que trois générations, de 1450 à 1562.

  4 Il avait contracté un premier mariage avec Anne, fille unique de Pierre de Caylus, seigneur de Colombières.

  5 Par son mariage avec Marguerite, Thomas d’Avanson a hérité du fonds Lauzières. Au début du XVIIe siècle, il apparaît comme le seul seigneur de Conas, après s’être employé à augmenter jusqu’à 391 les 230 sétérées héritées des Lauzières. II achète 110 sétérées à noble Biaise de Ferroul, seigneur de Celles et co-seigneur de Conas et 12 sétérées au prieur de Saint- Martin de Conas, constituées par l’ancien cimetière et le champ de la Claustre. Soit une augmentation importante en quelques années, dont il est intéressant de connaître les composantes.
→ L’héritage Lauzières est fait pour l’essentiel de champs, bois et grèves, classées, pour ces dernières, comme « inutiles » de part et d’autre du lit de l’Hérault. Contrastant avec ces terres de grande superficie (l’une d’elles atteint 27 sétérées), quelques lots de champs, olivettes, une seule vigne mais muscate, sur les tènements de soubergue. A l’opposé, le fonds du seigneur de Celles, que d’Avanson vient d’acquérir, est composé en majorité de champs, de dimensions beaucoup plus modestes et dans la plupart des cas implantés d’oliviers voire de nouguiers et s’accroche aux collines. Peut-on faire l’hypothèse, en remontant dans le temps; d’un partage du terroir de Conas entre le seigneur de la plaine et le seigneur du coteau, avant que le premier n’évince le second ? De toute évidence, au XVIe siècle, où se sont multipliés les hommes, la vocation céréalière du fonds Lauzières a été particulièrement profitable à son détenteur. Si l’on excepte les rivages d’Hérault, périodiquement submergés par les crues, qui restent voués aux bois et aux grèves, la conquête du terroir est achevée. Peu de place est laissée au parcours des animaux – les prés sont absents – qui paissent sur les rivages, dans les bois et sur les chemins. C’est l’époque où les fermiers de la boucherie close de Pézenas ont le plus grand mal à trouver des terrains de pâture pour leur bétail. Certes, avec 9 sétérées de vigne de muscat rouge le seigneur pouvait régler ses hôtes, mais son vignoble se réduit à cela. La culture de ‘olivier est plus importante, mais grâce surtout aux 50 sétérées de champs complantés acquises du sieur de Celles. C’est relativement peu, comparé à l’étendue d’un domaine dont l’essentiel est occupé par le champ. D’ailleurs les deux tiers du moulin à blé, qui viennent d’être construites sur l’Hérault, avec leurs quatre meules, marquent dans les paysages la fortune céréalière du seigneur. La plaine de Conas apparaît alors comme le grenier à blé du Piscénois.

  6 F. Pasquier et S. Olive, Le Fonds Thézan aux archives du château de Léran (Ariège), Archives du département de l’Hérault, Tome VIII, Montpellier Lauriol, Imprimeur de la Préfecture, 1913.

  7 Procès-verbal d’adjudication de la terre et baronnie de Castelnau d’Estrefonds, première baronnie du diocèse de Toulouse et de l’hôtel de Castelnau, situé à Toulouse, rue Saint-Jacques près le cloître Saint-Etienne, à la veuve du chevalier de Palarin, pour 80 000 livres (Léran, Fonds Thézan, 87-9).

  8 Son journal d’émigration a été publié par l’Abbé Cau-Durban dans la Revue des Pyrénées en 1903.

  9 André Castaldo, Crises du XIVe siècle et démographie dans la région piscénoise : l’exemple de Conas, Actes du XLVIIIe Congrès de la Fédération historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon, Montpellier, 1976, p. 49-74.

  10 Aujourd’hui appelé « Gourgue » et qui n’est autre qu’un cloaque immonde. Cette dénomination n’apparaît dans aucun des documents que nous ayons consultés.

  11 Michel Christol, Un compoix languedocien du XVIIe siècle. Castelnau-de-Guers en 1680, Acres du XLVIIIe Congrès de la Fédération historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon, Montpellier, 1976.

12 Mémoire concernant la terre de Conas. Non daté (Léran, Fonds Thézan, n° 89).

  13 La sétérée équivaut à environ 25 ares.

  14 Le mémoire ci-dessus mentionné (12) porte dans la marge : « On appelle dans le Bas-Languedoc soubergues les olivettes et les vignes qui sont sur des hauteurs ».

  15 Monsieur a reçu en apanage de son frère Louis XVI la partie du domaine des Conti, achetée à Louis-François-Joseph de Conti le 7 Octobre 1783 pour 11 millions de livres ! Cf. François-Charles Mougel, Les Conti seigneurs de Pézenas, Études sur Pézenas, II n° 1, 1971.

  16 Robert Guiraud, Le Poujol-sur-Orb – 1re Partie des origines à 1789, Mémoire dactylographié 141 pages. Le Château du Poujol lui-même, berceau de la famille n’est plus qu’une résidence temporaire dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.
→ Le mémoire de 1770 donne du château de Conas une image peu confortable :… « (il) est bien bâti en pierres de taille, les murs sont très bons, mais les couvertures, planchers, portes et fenêtres ne doivent pas valoir grand chose… II faudrait, je pense, 10 000 francs pour faire des fenêtres à la mode ».
→ A la différence d’autres nobles terriens, les Thézan n’ont jamais disposé d’hôtel particulier dans l’enclos ou le bourg de Pézenas. Cf. Claude Alberge, Pézenas au début du XVIIe siècle. Le cadre urbain et son contenu social, Actes du XIVIIIe Congrés de la Fédération historique du Languedoc Méditerranéen et du Roussillon, Montpellier, 1976. Par contre un contrat du 22 Avril 1786 mentionne Béranger-Thézan comme habitant à Paris, en son hôtel, rue de Conty, faubourg Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice (A.D.H.Q 875).
→ Leur situation est donc comparable à celle des Conti qui, depuis 1666 ne résident plus à Pézenas, abandonnant la gestion de leur domaine à des administrateurs locaux et aux fermiers. Cf. Mougel, Article cité note 15.

  17 A.M.P. non classé. 28 Février 1790 – Déclaration de M. le Vicomte de Thézan pour son fief de Conas.

  18 A.M.P. non classé.

  19 Dans sa déclaration (note 17) le vicomte écrit : « n’ayant eu à toucher qu’un lods depuis près de vingt cinq ans sur un capital de 500 livres, j’évalue le droit de lods à un revenu annuel de près de 4 livres ».

  20 Ces terres ne doivent pas être allivrées à cause des transactions du 6 Avril 1446, 11 Avril et 16 Xbre 1474, 17 Mai 1603, parce qu’« exemptes à titre onéreux et en dédommagement du prix des sacrifices et cessions faites par le seigneur ». En fait, il a renoncé en 1603 à tenir un troupeau de 500 bêtes à laine. A.M.P. non classé. Voir note 17.

  21 Nicole Vigne, Pézenas en 1775, Mémoire de Maîtrise d’Histoire Moderne, Montpellier 1972.

  22 J.F.B. possède en outre 203 sétérées à Camplong et Boussagues, ce qui fait moins cependant au total que les 2 000 sétérées dont jouit Pons-Marthe, son frère, seigneur du Poujol.

  23 Voir note 1.

  24 Ce moulin, dit de Murles, propriété des Thézan, fait face à celui dit des Prés appartenant au Prince de Conti puis à Monsieur. Le partage des eaux donna lieu à un long et fameux procès.

  25 Jean Sagnes, Mutations de l’agriculture à Agde à la fin du XVIIIe siècle, Actes du XLIIIe Congrès de la Fédération Historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon, Béziers 1970, p. 337-342. Il constate que dans le terroir d’Agde « la culture en plein développement à la fin du XVIIIe siècle est celle de la vigne ». Ce phénomène n’a pas encore touché les terres du seigneur de Conas.

  26 Léran, Fonds Thézan, Liasse 51.

  27 « Compte des sommes appartenant à M. le Chevalier de Thézan dont le recouvrement a été fait de son consentement par moi Antoine Annequin du 27 7bre 1781 au 26 8bre 1782 ». Léran, Fonds Thézan, 146-5.

  28 Voire note 17.

  29 A.M.P. non classé.

  30 Léran, Fonds Thézan, 134 – 29. Transaction entre noble Pons de Lauzières, seigneur de Conas et les consuls de Pézenas, donnant aux habitants de la communauté le droit de vaine-pâture.

  31 Voir note 12.

  32 Lettre de Mérigeaux du 23 Février 1775. Léran, Fonds Thézan, 89.

  33 Léran, Fonds Thézan, 89.

  34 Mentions du château en 1400 – Liasse 134 n° 20 – en 1432 (134-33) et en 1434 (124-24).

  35 Malheureusement confuse parce que non classée dans le détail.

  36 Léran, Fonds Thézan, 89.

  37 Léran, Fonds Thézan, 139 bis 15.

  38 id.

  39 id.

  40 Léran, Fonds Thézan, 89 – 18 Avril 1781.

  41 Léran, Fonds Thézan, 146-5 1781-82 – Compte des sommes appartenant à M. le Chevalier de Thézan, dont le recouvrement a été fait de son consentement par moi Antoine Annequin, du 27 7bre 1781 au 26 8bre 1782.

  42 Léran, Fonds Thézan, 146-5. État des gages du ramonet et domestiques du château de Conas, la présente année 1782, commencé le 30 7bre dud. an pour une année seulement qui prendra fin le 29 7bre 1783. Livre de dépenses pour le domaine et château de Conas du 13 Janvier 1783 au 29 Septembre 1784.

  43 Léran, Fonds Thézan, 134-12 – Mémoire à consulter sur les fiefs de Conas et Pézenas.

  44 Léran, Fonds Thézan, Liasse 51.

  45 Archives Municipales de Pézenas. Non classé. Transaction de 1603. Un accord de même type sera conclu en 1693 avec le Prince de Conti qui abandonne le droit d’entretenir 1 troupeau de 5 à 600 bêtes à laine contre la somme de 600 I. que s’engage à lui verser la communauté de Pézenas. – Cf. Mougel.

  46 Voir note 17.

  47 A.M.P. non classé. Procès entre la communauté de Pézenas et M. de Thézan.

  48 Voir note 12.

  49 Voir note 14.

  50 Léran, Fonds Thézan, Liasse 89.

  51 A.M.P. Registre des baptêmes, mariages et décès de la paroisse Saint-Martin de Conas. 2 Octobre 1783. Laurens Désirat, agent de noble chevalier de Thézan est cité comme témoin au mariage de Pierre, fils d’Arnaud Guiraud, ramonet du château, avec Marianne Cauquil, fille de feu Pierre Cauquil de Villelongue (diocèse de Castres). A ses côtés, Jacques Gaudion, avocat au Parlement, J.P. Beaulac bourgeois de Castelnau et Mathieu Billière, régent des écoles.

  52 État des gages… voir note 41.

  53 Tables de comparaison entre les anciens poids et mesures du département de l’Hérault et les nouveaux poids et mesures, Par M. Fort. A Montpellier, de l’imprimerie d’Auguste Ricard, Thermidor an XIII. Le setier, mesure de Pézenas, fait 4 quartes et 4 pugnères ou boisseaux. Il vaut 63,03 litres, la quarte : 15,76 I. et la pugnère : 3,94 I. Le muid de Pézenas fait 12 pagelles et 24 quartes, il équivaut à 92,41 litres, la pagelle ou lairan à 57,70 I, le quarton à 2,404 I.. La charge de Pézenas qui mesure l’huile fait 6 mesures et 45 feuillettes ou fioles. La charge vaut 69,683 litres, la mesure : 28,281 I. et la feuillette : 0,628 litre.

  54 « Liste des dépenses… » Voir note 41.

  55 Voir note 50.

  56 Léran, Fonds Thézan, Liasse 79 – « État des fermes du patrimoine de M. de Thézan ».

  57 Soit environ 350 000 F 1970. Soit encore, en un an, le gain que réaliseraient 6 générations de brassiers, gagnant 1 livre par jour et travaillant 365 jours par an. Ses revenus fonciers seuls placent les Thézan parmi les 3500 familles nobles les plus riches du royaume, selon la classification opérée par G. Chaussinand-Nogaret dans son ouvrage La noblesse au XVIIIe siècle de la féodalité aux Lumières, Hachette, Collection Littérature et Sciences Humaines, 1975.

  58 Soit environ 8 000 000 de F. 1970.

  59 Soit environ 58 000 F 1970.

  60 Notons là encore la part très faible des droits féodaux dans le revenu seigneurial, qu’il n’est pas toujours possible de distinguer clairement des revenus terriens.

  61 Soit environ 1 260 000 F. 1970.

  62 Soit environ 220 000 F. 1970.

  63 Léran, Fonds Thézan, Liasse 89.

  64 Soit environ 55 000 F. 1970.

  65 Voir note 52.

  66 Son frère, Pons-Marthe, marquis de Thézan, seigneur du Poujol, ne semble guère mieux enclin aux affaires. Le 7 Juillet 1767, par bail devant Jean Cavalié, notaire du Poujol, il reçoit 750 livres l’un du sieur Etienne Giral, architecte, habitant de Montpellier, qu’il autorise, après l’intendant, à « faire recherche des mines de charbon de terre dans les terroirs de Graissessac, Camplong, las Nières et autres dépendances de la baronnie de Boussagues ». (Léran, Fonds Thézan, Liasse 89).

  67 P. Cambon, Ouvrage cité. Et A.D.H. Q 339. 340.

  68 Les terres que Jean-François-Béranger possédait dans les territoires de Camplong et Boussagues ont été vendues en Floréal et Messidor an II.

  69 A l’exclusion des biens de première origine, vendus antérieurement : le domaine de l’Étang, appartenant à la Commanderie de Saint-Jean de Jérusalem, pour 992 636 livres et les terres du Chapitre de Pézenas vendues 182 755 livres. Cf. Michel Peronnet, Les espaces religieux à Pézenas à la fin du XVIIIe siècle, Actes du XLVIIIe Congrès de la Fédération Historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon (Pézenas, ville et campagne, XIIIe-XXe siècle), Montpellier 1976.

  70 Les 2066 sétérées appartenant au frère Pons-Marthe ont été vendues aux enchères en Floréal-Thermidor an II et Vendémiaire-Germinal an III pour 827 871 livres.

  71 Voir « Procès verbal… » note 1.

  72 P. Cambon, Ouvrage cité.

  73 Voir « Procès-verbal… » Note 1.

  74 Dévolu aux Thézan-Poujol à la disparition de cette branche alliée.

  75 En 1793 Nézignan-l’Évêque fut baptisé à la manière républicaine Nézignan-le-Libre.

  76 Transaction de 1146. Voir André Castaldo, note 9.

  77 L’emprise piscénoise dans le terroir de Castelnau a été analysée par Michel Christol, Un compoix languedocien du XVIIe siècle…

  78 P. Cambon, Ouvrage cité.