Une communauté villageoise à la fin du XVIIe siècle, Aumes, à travers son compoix
Une communauté villageoise à la fin du XVIIe siècle,
Aumes, à travers son compoix
p. 19 à 31
Le compoix d’Aumes de 1697 1 qui nous a été conservé est un document précieux qui permet de mieux comprendre la vie du village à cette époque et ses problèmes. Le compoix, comme l’on sait, est un document fiscal, c’est sur lui que s’appuie l’imposition de la taille, principale redevance due à l’état 2. Les archives municipales nous ont permis de retrouver la procédure de son élaboration.
C’est 15 jours après leur élection comme consuls (les deux consuls d’Aumes étaient élus le dimanche de Quasimodo, soit le 13 avril en 1692) que le 27 avril 1692, les sieurs Thomas Bonnaric, premier consul et Guillaume Colombet, deuxième consul, proposent à la communauté de faire faire un nouveau compoix, le précédent datant de 1621. « …a été proposé par ledit consul que le compoix du présent lieu est sy vieux et sy confus par les changements qu’il est impossible de pouvoir faire le rolle des impositions y ayant plusieurs terres qui ne le cotisent point et divers feuillets emportés dudit compoix ce qui donne lieu à plusieurs plaintes aux habitants du lieu et forains même aux coleteurs (= collecteurs) qui ne peuvent point faire la levée des tailles y ayant environ quatre vingt ans dudit compoix de quoy lesdits consuls ont cru ci devoir donner à dire au conseil pour délibérer si on trouve bon de faire procéder à la faction d’un nouveau compoix et arpantement ».
Le conseil de la communauté les ayant approuvés, les consuls entreprennent les démarches nécessaires. Ils obtiennent le 25 septembre 1692 de Monseigneur l’Intendant la permission d’emprunter 30 livres « …pour les frais qu’il convient faire pour l’obtention de l’arrest de la cour des Aydes… » (et finances de Montpellier). Cet arrêt est rendu le 30 mars 1693. Les consuls élus à la Quasimodo de 1696, Anthoine Soulier et Anthoine Lafon poursuivent cette affaire. Le 5 août 1696, ils font approuver par le conseil général des habitants la nomination de noble Louis de Graves Sn de Saint Martin en tant que syndic des habitants forains. Louis de Graves a été nommé par les habitants forains de Pézenas et Montagnac devant Me Fressinet et Caillet, notaires, les dix sept et dernier du mois de Juillet. Cela nous laisse déjà supposer l’importance des habitants forains à Aumes. Puis le 12 août 1696, sur proposition des consuls, le conseil nomme pour estimateurs des biens Me Antoine Leignadier notaire royal de St Pargoire et le Sr Colombié bourgeois de St-Pons de Mauchiens. Les indicateurs des biens, habitants d’Aumes, seront Anthoine Soulier et Louis Cimpeire. Mal leur en prend, le compte-rendu du 10 octobre nous apprend que « …depuis ledit Sr Leignadier est tombé malade et attaqué d’une paralisie qui le met hors d’estat à pouvoir travailler et ledit Sr Colombier a témoigné ne pouvoir non plus y travailler… ». Aussi nomment-ils à leur place comme estimateurs le Sr Villebrun de Pézenas (le même, très probablement, qui a travaillé au compoix de Castelnau-de-Guers) et Maître Guiraud procureur du roy d’Abeilhan. L’arpenteur choisi est le Sr Guiraud maître arpenteur d’Abeilhan. Lors de la réunion du conseil du 28 octobre, les modalités de l’allivrement seront précisées 3. Enfin, le 6 janvier 1697, l’offre de Antoine Enjalvin arpenteur, habitant de Pézenas est acceptée « …il a esté fait plusieurs offres et moins dittes la dernière desquelles a esté faitte par ledit Antoine Enjalvin lequel offre de faire fere ledit nouveau compoix paier l’arpanteur et estimatteurs et faire deux livres de compoix et le faire authoriser le tout à ses frais et despans pour et moyennant le prix et somme de neuf cens livres à la charge par la communauté de paier les indicateurs… ». Le terroir qu’il s’agit d’évaluer avec soin s’étend sur la rive gauche de l’Hérault à l’Est de Pézenas dont le territoire déborde sur la rive gauche de l’Hérault, précisément à la hauteur du village d’Aumes. Situé à l’Ouest de Montagnac, il jouxte au Nord Lèzignan-la-Cèbe et au Sud, Castelnau-de-Guers. Le village est assis dans un vallon qu’entourent au Nord et au Sud des collines découpées dans les marnes pliocènes, rythmées par des replats de calcaires coquillers. Ce vallon débouche sur la plaine bordant l’Hérault, étroite sur le territoire du village. L’estimation des terres est très précise, elles sont divisées en 9 catégories. A Aumes, l’évaluation de la qualité des terres est plus nuancée qu’à Castelnau-de-Guers, où seulement 4 catégories avaient été retenues 4.
Antoine Enjalvin a respecté les directives du conseil de la communauté. Dans le compoix terminé le 1er mai 1698 nous trouvons tout d’abord les biens roturiers possédés par Mr le Prieur d’Aumes 5, puis ceux de Madame Demboize 6. Dans l’ordre alphabétique des propriétaires, viennent ensuite les biens des habitants résidants à Aumes puis les parcelles des forains, habitants de Montagnac, de Pézenas et même de quelques particuliers de Plaissan, Castelnau, Adissan, Montpellier et Lodève. « Le cayer des biens prethandus nobles » comporte les biens des héritiers de Monsieur du Poujol 7 qui sont seulement estimés en 1697 mais allivrés et imposés en 1700, et ceux modestes, une maison avec jardin et écurie dans l’enclos du lieu, estimée mais non allivrée de Mr le Prieur. A Aumes, les biens « nobles » ne couvrent que 3,5 % du terroir cultivé tandis qu’à Castelnau-de-Guers 8, ils sont évalués à 12,5 %.
La répartition des terres : la communauté et les forains
La superficie cultivée de la commune est d’environ 581 hectares sur une contenance totale de 739 hectares. Valeur absolument identique à celle qu’indique en 1824 H. Creuzé de Lesser 9 (581 h. 19 a) pour la contenance productive de la commune. Les habitants d’Aumes, y compris le Prieur et la Comtesse d’Amboise, soit 67 personnes, possèdent 1075,5 sétérées, 3,5 cartes, 5 destres, Soit environ 269 hectares qui représentent 48 % de la superficie allivrée. La comtesse d’Amboise tient 12 % à elle seule de ce que possèdent les résidents, domiciliés au village. La propriété, acquise par son père Jacques de Baudan 10, comporte 269 sétérées soit 67 hect. environ, bien groupés autour du château, dont 79 sétérées sont situées à la plaine. La plus grande propriété d’Aumes comparée aux propriétés du village voisin de Castelnau-de-Guers viendrait en seconde position dans le peloton de tête des 6 « gros possédants », entre le Marquis de Vins (747 sét.) et le Sr Philippe de Cavalier (193 sét.) 11.
L’emprise foraine à Aumes est donc très importante, en particulier celle des habitants de Montagnac, et certainement ancienne 12. Toutefois, mis à part le Sr Claude Leignadier (propriété du Gasquet), la superficie individuelle possédée par les Montagnacois est assez faible 78 % d’entre eux ont une terre inférieure ou égale à un hectare. C’est avant tout une emprise parcellaire très forte sur les terres jouxtant la limite des communautés. Il s’agit même parfois de terres coupées en deux par cette limite, tel un champ de Joachim Doulhou, l’olivette de Pierre Coste…
La répartition des cultures des montagnacois en olivette, champs et vignes reflète la répartition générale sur le terroir, c’est-à-dire que l’olivette domine devant les champs et représente plus du double de la surface plantée en vignes. Les possessions piscénoises, plus limitées, sont surtout situées dans la plaine, le long du chemin de Pézenas à Montagnac. Vu l’emplacement dans la plaine, les champs sont plus importants de 10 % que les olivettes, et la vigne deux fois moindre.
La répartition des cultures
La répartition générale des cultures sur le terroir d’Aumes est la suivante (pour comparaison, nous indiquons aussi les données de Castelnau-de-Guers).
En 1697, nous voyons que l’olivier est la culture principale devant les champs et loin devant la vigne contrairement à ce qui s’observe à Castelnau-de-Guers où la plaine alluviale de l’Hérault est large, favorisant les terres labourables, 3,5 fois plus importantes que les olivettes. Le rapport oliviers/vigne demeure toutefois identique dans les 2 villages autour des années 1690. Mais les différences de gestion entre les 2 villages vont s’accroître au début du X[9]e siècle. Les Aumois, sans doute découragés par les gelées successives du XVIIIe siècle, abandonnent la culture de l’olivier au bénéfice de l’extension des champs et ne participent encore que peu à l’essor viticole. Au contraire, à Castelnau-de-Guers, l’essor oléicole et viticole surtout, se produit au détriment des champs.
A Aumes, vers 1697, les champs sont plantés en céréales : blé, touzelle (à forte teneur en gluten), froment, seigle, avoine. Nous le savons par les achats de grains faits par la communauté qui prête aux habitants des semences, à charge pour eux de les rembourser après la récolte, lors des mauvaises années, nombreuses en cette fin de siècle : 1686, 1688, 1691, 1697… 13 Les prés sont de faible superficie et pour la plupart situés dans la plaine de l’Hérault, ils appartiennent pour l’essentiel à la comtesse d’Amboise qui en possède une superficie de 15 sét. 25 c. 5 d. Enfin, les mûriers plantés par quelques novateurs apparaissent comme une culture originale. Philip Pitiot de Montagnac possède à Boutonnet un champ avec oliviers et mûriers de 1 sét. 1 c. 8 d. Mais les plantations sont surtout dans la plaine de l’Hérault jouxtant le chemin de Pézenas à Montagnac. Les héritiers du Sr. Raymond Rey, les héritiers de Jean Fabre, Louis Milhau, Mr Jacques Veyras, habitants de Pézenas, Mr. Demontceau, président en la souveraine cour des comptes, aydes et finances de Montpellier (il est précisé un champ avec deux mûriers), enfin Mr Jean Vilar, archiprêtre de Lodève, y possèdent des champs complantés de mûriers. La division de la propriété lors des héritages apparaît avec acuité dans quelques cas. Ainsi, le mas de Barastou a été partagé entre 6 héritiers de Montagnac. Chaque part des bâtiments représente un denier d’allivrement, les terres moins de 5 sols d’allivrement
La communauté et la terre distribution des terres et des cultures des Aumois
Intéressons-nous de plus près aux cultures des Aumois-résidents. Les calculs et les diagrammes ne tiennent pas compte des biens de la comtesse d’Amboise, disproportionnés par rapport à ceux des autres propriétaires (voir liste des principaux contribuables).
La courbe 1 nous montre que la majorité des gens du village possède des biens représentant une valeur d’allivrement comprise entre quelques sols et 3 livres. Vu l’amende du diocèse qui est de 3653 livres 5 deniers en 1697, ils auront payé entre 3 livres 17 sols et 14 livres 14 sols d’impôt cette année-là.
La deuxième courbe indique que la majorité des propriétés est de l’ordre de 5 à 15 sétérées, soit de 1 hectare à 3,5 hectares environ. Il s’agit donc de très petites propriétés. Mais s’il y a deux fois plus de personnes dans le groupe possédant de 50 à 100/10è de sétérée que dans le groupe des 150 à 200/10è de sétérée, la superficie tenue par le groupe des 50 à 100/10è de sétérée est inférieure de plus du quart à celle tenue par le second groupe.
De la comparaison entre les courbes 3 et 5, il ressort que la superficie tenue par l’ensemble des personnes possédant entre 100 et 150/ 10è de sét. est plus importante que celle tenue par le groupe des propriétaires possédant entre 150 et 200/10è de sét. Leur terre est de moindre qualité puisque l’allivrement du groupe des 100-150/10è de sét. est plus faible. Les 2 propriétés de 400 à 450/10è de sét. ont la même superficie que les 4 propriétés de 200 à 250/10è de sét. mais avec une valeur d’allivrement de 40 % en plus. Nous retrouvons donc ici le fait que les plus gros propriétaires possèdent aussi les meilleures terres. Ainsi la terre des plus petits contribuables est en valeur moyenne allivrée 2,4 deniers par 1/10è de sétérée, celle des plus gros est allivrée 5,5 deniers par 1/10è de sétérée, soit presque 2,5 fois plus.
La comparaison entre les courbes 4 et 5 montre que lorsque la superficie des propriétés s’accroît en même temps que la qualité de la terre, c’est l’olivier que l’on plante comme culture de rapport au détriment des champs. Le choix semble bon puisque, ainsi que l’indique Le Roy Ladurie 14, « l’huile d’olive dispose d’un prix protégé qui résiste de toutes ses forces à la baisse après 1660 ».
Les olives devaient être portées au moulin à huile d’Aumes qui appartenait en indivis pour une moitié à Henry Casse, pour l’autre moitié à Pierre Soulier. Vu la valeur d’allivrement du moulin : 32 sols, son revenu était estimé à 1 200 livres par an. Pour avoir une idée du pouvoir d’achat que cela représentait, reportons-nous aux prix de l’époque. E. Le Roy Ladurie indique qu’en Septembre-Octobre 1697 et 1698, la charge d’huile d’olive (la charge, mesure de Béziers = 182 litres) valait 93 livres au marché de Béziers 15. Les mêmes années, le vin nouveau s’est vendu 32 livres en 1697 et 50 livres en 1698 par muid (soit 660 litres en mesure de Béziers). Le prix moyen du setier (= 66 litres en mesure de Béziers) de blé touzelle a été de Juillet 1697 à Juin 1698 de 8,34 litres 16.
Par ailleurs, il y a fort peu d’artisans à Aumes puisque le compoix ne parle que d’un cordonnier Jean Pierre Allo et d’un boulanger qui prend à bail le four communal. La communauté d’Aumes ne possède du reste pour tous biens qu’un four foumial et un cazal allivrés 1 livre, plus une vigne et un champ alligné de 2 sét. 3c. 8d. Le village de 60 maisons (y compris celles de Mme d’Amboise dans l’enclos du lieu, du Prieur et de Mr du Poujol, appelée le chasteau) vit donc essentiellement de culture et sans doute aussi de l’élevage des ovins. Sur ce dernier point, nous sommes peu renseignés mais nous avons toutefois relevé la présence de trois bergers : Guillaume Baudou, Marguerite Alane veuve de Jean Izard berger et Estienne Vidal.
La propriété de Madame d’Amboise, Marennes, bien groupée dans la plaine de l’Hérault, autour du château, et vers la Baume au Nord du village semble s’être transmise (avec quelques modifications secondaires) depuis 3 siècles En plus de son « chasteau » dans le village (maison, cazal, pattu et fieretgeal), Mr du Poujol possède le moulin de Murles, face au moulin des Prés et les terres environnantes qui jouxtent celles de Mme d’Amboise 22.
Le Sr Claude Leignadier est propriétaire du Gasquet. A la Grange de l’Air, voisine, existe une « metterie » et deux mas aux mains de Montagnacois. Le terroir de la Madonne est partagé entre neuf personnes toutes de Montagnac également. Les terres de Mr de Saint Martin autour de Terre Manque s’intègrent à son domaine vers Pézenas et Castelnau-de-Guers. Les biens du Prieur sont d’origine très ancienne 23 et regroupés autour de l’église St Aubin 24 (St Albin à l’origine). Cette église dont il ne reste plus aujourd’hui que le lieu-dit autour de l’ancien cimetière fut définitivement abandonnée pour les offices en 1673 25. Sa démolition et la réutilisation de ses pierres fut décidée en 1759 26.
Les terres de Guillaume Colombet sont très parcellisées (33 parcelles). Enfin, Hercules Soulier, procureur juridictionnel d’Aumes, est le seul officier judiciaire du village, c’est un personnage important qui prend part à toutes les délibérations du conseil de la communauté. Ses terres sont dispersées.
Comme nous l’avons déjà dit, en 1697, les biens des héritiers de Mr du Poujol sont considérées comme nobles quoique la communauté essaye de combattre cette interprétation. Dès 1700, le conseil de la communauté va les allivrer et les imposer pour tenter de faire participer Mr du Poujol à l’effort fiscal alors que les cahiers d’imposition antérieurs à 1697 montrent qu’il n’avait jamais cotisé aux tailles. Ce sera le début d’un long procès. Sur ces entrefaites, Mme d’Amboise s’avisera qu’elle-même paye trop d’impôts et que tous ses biens ont été considérés comme roturiers et imposés, alors que leur précédente détentrice Arme de Lauret épouse de Gabriel de la Farelle avait obtenu en 1639 lors d’une transaction intervenue à la fin d’un procès qui avait duré environ un siècle, l’exemption d’impôt pour certains d’entre eux. Mme d’Amboise préfère s’entendre à l’amiable avec la communauté. Celle-ci reconnaît le bon droit de la Seigneuresse d’Aumes… et laisse l’affaire tramer en longueur à tel point qu’en 1759 ce problème sera de nouveau porté à l’ordre du jour des délibérations du conseil 27 par l’arrière petit-fils de Magdeleine de Baudan.
Village de cultivateurs de très antique fondation 28 préservant son identité et ses traditions, un dernier détail tiré du compoix ajoute une touche aimable à la physionomie d’Aumes, la tolérance. Il est en effet remarquable d’y voir inscrit, 12 ans après la révocation de l’Édit de Nantes et les dramatiques persécutions religieuses qui l’ont suivie : Guiraud pasteur de Montagnac puis lors d’une transaction du 31 juillet 1719 Jacques Albert, également pasteur de Montagnac.
La structure économique du village que nous venons d’analyser va se trouver remise en question une dizaine d’années plus tard avec le gel des oliviers lors du terrible hiver 1708-1709 29. Les plus gros propriétaires seront les plus touchés. Après avoir réparti également en 1709 et 1710 les subventions par habitant et par livre d’allivrement, c’est aux seules personnes dont l’allivrement dépasse 10 livres 12 sols qu’iront en 1711 les subventions royales sous la forme d’une remise partielle d’impôt. Pour survivre le village devra s’adapter et trouver un nouvel équilibre.
ANNEXE : La délibération du 28 octobre 1696
L’an 1696 et le 28 octobre dans la place du lieu d’aumes par devant Me Hercule Soulier procureur juridictionel et seul officier aux ordinaires du lieu d’aumes, les Srs Antoine Soulier et Antoine Laffon consuls modernes dudit lieu ont fait assemblé le conseil général des habitants auquel ont été presans et opinans noble Louis Degraves scindic des habitants forains, Mr Laurans Leignadier prieur Henry Casse, Pierre Deigrès notaire commissaire député par l’arrest de la Cour des aydes de Montpellier pour la faction du nouveau compoix dudit lieu Louis Cimpeire Jean Pierre Aile, Guillaume Coulom, Jacques Baudon.
A été proposé par ledit Sr Consul que pour pouvoir procéder à la faction dudit nouveau compoix il est nécessaire de dresser la table sur laquelle l’estimation doit estre faitte ayant à ces fins fait appellé Me pierre Guiraud et le Sr Villebrun prudhommes estimatteurs nommés par la communauté pour estre présans.
Sur quoi en présence des experts a esté procédé à la table du nouveau compoix ainsy que sansuit.
premièrement a esté arresté que lesdits prudhommes et estimateurs comis a la faction dudit compoix estimeront toutes et chacunes les maisons, pigeonniers, estables, jasses, cazals, patus et fumiers dudit lieu daumes et metheries d’ycelluy ayant égard a leurs scituations contenance, rente et revenu commodité et incommodité laquelle rente ils evalueront et regleront au denier vingt qu’est cinq pour cent faisant distraction du tiers dycelle pour les réparations des bastimans et les deux tiers restants seront mis et alivrés en compoix pour 100 livres de valeur et estimation deux sols et ainsy a proportion le plus plus, et le moins moins.
Les molins abled qui sont sur la rivière dhéraud dans le terroir dudit Aumes seront estimés suivant leurs rentes et revenus ayant égard aux comodités et incomodités distrait le tiers de ladite rente pour les réparations et renouvellement des meubles et les deux tiers restant de ladite rente réglés comme dessus au denier vingt, sera mis et alivré en compoix pour chaque 100 livres de valleur et estimation quatre sols.
Les molins à huille dudit lieu ils seront aussy estimés suivant leur rente et revenus ayant égard à leur comodités et incomodités, distraction faite du tiers dycelle pour les réparations et renouvellement des meubles quil convient faire detans entemps et les deux tiers deladite rente réglée au denier vingt sera mis au compoix pour 100 livres de valleur et estimation quatre sols.
A esté arresté que tous les bastimans seront générallement mesurés par larpenteur comis a la faction dudit compoix en leur sol et superficie aux nombres les plus comodes avec la canne commune de huit pans et la contenance dyceux rapportée a chacune article au pied de confrontation.
Et pour le regard de terres desquelles natures et qualité quelle soient a esté arresté que par les dits prudhommes sera procédé a l’estimation par degré de bonté et qualités dycelles ayant égard à leurs situations, rentes, revenus, comodités et incomodités et valleur du temps présans et à ces fins les rentes desdites terres ont esté proportionnées avec celles des maisons et molins cy dessus spécifiés affin que lesgalité soit en tout gardée.
- Premièrement des jardins ferratjal et hayres en seront faits trois degrés.
- Le premier nommé bon sera mis et alivré pour cestérée douze sols.
- Le second nommé moyen sera mis et alivré pour cestérée huit sols.
- Le troisième et dernier degré sera mis et alivré pour cestérée quatre sols.
- Des preds en seront fait aussi trois degrés.
- Le premier bon sera mis pour cestérée seize sols.
- Le second moyen sera mis pour cestérée dix sols.
- Le troisième sera mis pour cestérée cinq sols.
…
- Des champs ollivettes vignes et rivages en seront fait neuf degrés
- Le premier nommé bon sera mis et alivré pour cestérée huit sols
- Le second nommé moyen de bon sera mis pour cestérée six sols
- Le troisième nommé faible de bon sera mis pour cestérée quatre sols
- Le quatrième nommé bon de moyen sera mis pour cestérée trois sols
- Le cinquième nommé moyen de moyen sera mis pour cestérée deux sols 5 deniers
- Le sixième nommé faible de moyen sera mis pour cestérée un sol et dix deniers
- Le septième nommé bon de faible sera mis et alivré pour cestérée un sol et 3 deniers
- Le huitième nommé moyen de faible sera mis pour cestérée dix deniers
- Le neuvième et dernier degré nommé faible de faible sera mis pour cestérée cinq deniers
Des hermes et guarrigues en seront faits trois degrés.
- Le premier bon sera mis pour cestérée quatre deniers
- Le second nommé moyen sera mis pour cestérée deux deniers
- Le troisième et dernier degré sera mis pour cestérée un denier
Demeure aussi accordé que toutes lesdites terres seront générallement arpentées et mesurées par l’arpenteur a ce comis et la contenance dycelle raportée s chaque article et que la cestérée sera faitte et composée de 156 destres 1/4 destre tirant seize pans de tout carré mesure de Montpellier conformément au précédent compoix dudit lieu.
A esté accordé que sera fait caver a part des biens prétendus nobles lesquels seront confrontés, arpantés et estimés et nonalivrés.
A esté de mesme accordé que l’entrepreneur dudit compoix faire voir aux habitants et contribuables leurs parcelles avant que mestre ledit compoix au net affin de recognoitre que lesdites indications nait rien obmis ou que par ynadvertance ils nest yndiqué la pièce de l’un sur l’autre sans toutefoix que lesdits habitants contribuables puissent avoir le pied de l’alivrement de leurs pièces jusques a ce que ledit compoix soit authorizé et remis enmains desdits Srs consuls lesquels fairont proclamer que lesdits habitants et contribuables viennent voir leurs parcelles de compoix entre les mains dudit entrepreneur dans huit jours après les criés faites passé lesquels ils en seront fort clos et ledit compoix sera mis au nait en I’estat.
Finalement a esté arresté que lesdits prudhommes et arpenteur procédant a la faction dudit compoix observeront le contenu en la presente table ce qu’ils jugeront en prestant le seremant par devant ledit Mr Soulier commissaire de ne révéler le secret de ladite estimation jusques a ce que ledit compoix soit fait et parfait authorizé et remis.
Et en ce dessus ledit Mr Soulier procureur juridictionnel et commissaire a interpozé son décret et authorité judicière et s’est signé avec ledit Sr prieur et scindic et lesdits consuls.
Notes
1. Les documents Cités dans cet article appartiennent aux archives municipales d’Aumes. Nous remercions vivement Monsieur le Maire et la municipalité d’Aumes de nous avoir facilité l’accès à ces documents.
2. Voir à propos du village voisin de Castelnau-de-Guers, M. Christol, Un compoix languedocien du XVIIe siècle, Castelnau-de-Guers en 1680, Pézenas, ville et campagne, XIIIe-XXe siècles, Féd. hist. du Languedoc méditerranéen et du Roussillon, Montpellier, 1976, p. 161-184.
3. Voir l’annexe.
4. M. Christol, op. cit., p. 165.
5. Laurens Leignadier depuis 1683 d’une famille bourgeoise de Montagnac dont l’un des membres possédait le domaine du Gasquet. Il a succédé (comme neveu sans doute ?) à Pierre Leignadier ancien prieur, toujours vivant en 1697 puisqu’il figure au compoix pour ses biens personnels.
6. Il s’agit de Damoiselle Magdeleine de Baudan, Seigneuresse d’Aumes, fille de Jacques de Baudan, conseiller du Roi, président de la cour des comptes et Aydes de finances de Montpellier et de Violand de Vignoles (Ou Vinioles) de la famille de Vignoles de Cournonterral. Rappelons que le père puis le frère de Violand, tous deux dénommés Jacques de Vignoles furent président de la chambre de l’Édit siégeant à Castres. Née le 29 octobre 1640 à Montpellier, Magdeleine de Baudan se maria en premières noces en 1654 avec son cousin germain René de la Tour de Gouvernet, Baron de Marennes et autres lieux et places, et devenue veuve, se remaria en 1685 avec François-Jacques de Crussol d’Uzès, comte d’Amboise et de Saint-Sulpice. Elle mourut en 1719. Nous tenons à remercier Mr Henri de la Tour du Pin pour les documents généalogiques qu’il nous a si aimablement communiqués. Voir également Prosper Faigairolle, Une famille de l’ancienne France, Les Baudan à Nîmes et à Montpellier pendant quatre siècles, Cavaillon, Imprimerie Mistral, 1926.
7. Il doit s’agir des enfants de Pont Pierre de Thézan Baron du Poujol, dont Thomas II, François-Gabriel et Marie.
8. M. Christol, op. cit., p. 162. Pour l’examen de l’importance des biens nobles en Languedoc, voir G. Frêche, compoix, propriété foncière, fiscalité et démographie historique en pays de taille réelle, Revue d’histoire moderne et contemporaine, XVIII, Juillet-Octobre 1971, p. 321-393.
Alors qu’on pensait que les biens nobles pouvaient couvrir 1/3 du terroir cultivé, G. Frêche a montré que l’on doit plutôt les estimer à un dixième seulement.
9. H. Creuzé de Lesser, Statistique du département de l’Hérault, Montpellier, 1824, p. 298-299.
10. Jacques de Baudan avait acquis d’Anne de Lauret la terre d’Aumes, appelée alors château de l’Alibert, le 6 novembre 1638, pour la somme de 20.000 livres. Voir Prosper Falgairolle, Une famille de l’ancienne France, op, cit. Cette propriété détient son nom actuel de « Marennes » de René de la Tour de Gouvernet, Baron de Marennes, 1er mari et cousin germain de Magdeleine de Baudan.
11. M. Christol, op, cit., p. 176.
12. Dans leur requête de 1632 adressée à Monseigneur de Miron, Intendant des finances, les consuls d’Aumes se plaignent que seuls les habitants résidents aient contribué aux dépenses souffertes pour le logement des gens de guerre à cheval et à pied sans que les habitants forains aient en rien contribué suivant leur compoix pour la cottité au sol allivré. Ils réclament que tous les habitants taillables du lieu supportent ces dépenses puisqu’ils possèdent au moins la moitié du terroir de la juridiction (Archives municipales d’Aumes).
13. Délibération du conseil du 14 octobre 1691 «…Mr Leignadier prieur avait esté à la ville de Montpellier pour présenter requête au nom de la communauté à Monseigneur l’intendant pour permettre d’emprunter lesdites sommes nécessaires pour acheter du bled et autres grains pour prester aux habitants qui n ‘ont pas moyen d’acheter pour ensemencer leurs terres. Et par ordonnance de Monseigneur l’intendant du onzième du courant il a permis à la communauté d’emprunter la somme de six cent soixante douze livres pour estre employée à l’achapt de soixante quinze cesthiers bled, vint cesthiers seigle, trois saqs et demy avoine et deux cesthiers misture, auquel effet seront nommées quatre personnes pour faire la distribution en présence de Mr le Prieur et lesdittes personnes pour voir jetter ladite semence laquelle ordonnance il a en main pour être fait lecture… ». (Archives municipales d’Aumes). De même délibération du 2 Octobre 1697 « …ils ont obtenu ordonnance de Monseigneur l’Intendant sur l’avis de Monsieur le sindic général de la province le jourdhier qui permet à la communauté d’emprunter la somme de dix sept cents six livres pour estre employés à l’achapt de vingt cesthiers bled tousolles cent vingt deux cesthiers et demy bled froment, quatre vingt quatre cesthiers seigle, neuf saq quatre cesthiers et demy avoine qui seront prestés aux particuliers compris et nommés en lestat qui en o été arresté le 28 du mois dernier pour estre ledit grain par eux employé a semer leurs terres en sobligeant de reporter dans quinzaine un certificat de l’inspecteur quy leur sera donné pour voir employer ladite semonce et de payer à la récolte… ». (Archives Municipales d’Aumes).
14. E. Le Roy Ladurie, Les Paysans de Languedoc, 2e édition, Paris – La Haye, p. 52.
15. E. Le Roy Ladurie, op. cit., p. 824 (annexe 25).
16. E. Le Roy Ladurie, op. cit., p. 822 (annexe 24).
17. La différence entre la superficie totale et celle des cultures provient des hermes et jardins non pris en considération.
18. Mme d’Amboise possède « 2 olivettes avec vignes » l’une autour du château, l’autre proche de l’Alibert mais la superficie en vignes n’est pas spécifiée.
19. Sises près des berges de l’Hérault, les terres de Mr du Poujol Ont une vocation de champs.
20. Il est impossible d’indiquer la répartition des cultures du Sr Claude Leignadier. La pièce principale de 63 sètérées est indiquée « Olivette champ et vigne », de plus les autres champs dont la superficie est connue sont tous complantés de vignes ou d’oliviers. Il reste 2 olivettes en monoculture.
21. Les champs sont sous-estimés. La pièce principale autour du pigeonnier et de la jasse porte « olivette et champ » portée ici comme olivette.
22. D’après l’Armorial d’Hozier, T. II, premier registre 2e partie. Le moulin de Murles serait apparemment entré dans l’héritage des Thézan-Poujol par le mariage de Guillaume de Thézan, Seigneur de Pujol, Baron de Morcairols avec Anne de Montlaur le 24 Novembre 1483. Elle était la fille de Tristan de Montlaur Seigneur de St Maximin, de Cornon-Terrail (Cournonterral), de Vic, d’Aumez (Aumes) de Murles, etc. Voir aussi Claude Alberge, Une exploitation agricole à la fin de l’ancien régime le domaine seigneurial de Conas, Études sur Pézenas et sa région. VIII, 1977, n° 3, p. 7-29.
23. Cartulaire d’Agde 22 février 1146 donation aux chanoines d’une maison à Aumes.
24. Ecclesia Sancti Albini de Almis, 1156 (bulle d’Adrien IV, cartularium agathense, 2) in Eugène Thomas, Dictionnaire topographique de la France, (Département de l’Hérault), 1865.
25. Délibération du conseil de la communauté du 6 mai 1673. Archives municipales d’Aumes.
26. Délibération du conseil de la communauté du 28 janvier 1759. Archives municipales d’Aumes.
27. « L’an mil sept cent cinquante neuf et le vingt quatrième Juin dans la maison consulaire du lieu d’Aumes le sieur François Casse et Bernard Mounestier consuls ont fait assembler le conseil en sa forme ordinaire auquel ont assisté Mr Estienne Rey prieur, Sr François Vezian, Jean Soullier, Pierre Baudou, Louis Brassac, Gabriel Bounaric, Bertrand Baudou, André Roques, Maurice Casse, Jean Soullier, Pierre Coulombet, Bernard Couderc, François SouIlier, François Gelly, tous habitants dudit lieu d’Aulmes. A été proposé par lesdits consuls que la communauté ne peut ignorer que feu madame la Marquise de Nisas nous ait depuis longtemps fait des remontrances comme nous lui faisions payer la taille des biens nobles faisant partie de la haute justice que ladite dame possédait dans le terroir dudit Aumes et déclare tel conformément à une transaction passée le 7 janvier 1639 devant Lagarde notaire entre les consuls et sindic de notre communauté et de Anne de Lauret épouse de Mr de la Farelle, Seigneur du dit lieu et que en conséquence de ce on lui promettait toujours de la décharger si sa demande était juste. Cette affaire a été renvoyée jusqu’à aujourd’hui que Mr le Marquis de Murviel un des enfants succède à la dite dame et Seigneur ha ut justicier dudit Aumes…
Que sa dite mère vient de découvrir que plusieurs articles du compoix de 1621 sur la parcelle de noble Gabriel de la Farelle seigneur dudit Aumes ont été rayés en conséquence de notes qui sont mises en marge de ladite parcelle en exécution de la susdite transaction dans laquelle est notée au long la sentence arbitrale rendue en conséquence vu l’arrêt de la souverraine cour des comptes aydes et finances de Montpellier le 19 avril 1633 et au moyen de cette découverte qui déclare partie de son bien noble il nous a représenté qu’il est justice qu’il continue de payer cette taille attendu que nous devons au contraire le rembourser de celle-ci qu’il a injustement payée jusqu’ici, contraint il était à la veille de nous intenter un procès à ce sujet. Il nous a proposé de terminer cette affaire à l’amiable par le moyen d’arbitres convenus de part et d’autre, si notre communauté était de cet avis et nous a prié de délibérer à ce sujet sur quoi après avoir requis les voix, il a été unaniment délibéré.., il sera présenté le plus tôt possible une requête à Mr l’Intendant pour le supplier de nous permettre de finir cette affaire à l’amiable avec Mr le Marquis de Murviel notre seigneur ». (Archives municipales d’Aumes).
28. M. Michel, J.-C. Richard et D. Rouquette, L’oppidum d’Aumes, Études sur Pézenas et sa région, VII, 1976, n° 4, p. 920 ; voir aussi M. Schwaller, L’Oppidum d’Aumes (Hérault) et sa région, Mém. Maîtrise Université Paul Valéry, Montpellier III, 92 p. dactylographiées (1977).
29. « L’an mil sept cent neuf et le quatrième Décembre dans la place publique du lieu d’Aumes messieurs Henry Casse et Jean Soulier consuls modernes dudit lieu ont fait assembler le conseil politique matriciel de la communauté dudit lieu auquel ont été présents et opinants les conseillers a été proposé par lesdits Srs consuls que cette communauté a souffert un notable dommage par la rigueur de l’hiver dernier causé par la perte totale des oliviers dont presque tout le terroir se trouve complanté qui produisait la rente la plus considérable ne s’y receuillissant pas des grains pour la provision des habitants en sorte que se trouvent privés d’huile ils sont hors d’état de pouvoir payer les tailles et charges dudit livre à cause de quoy lesdits sieurs consuls estiment qu’à l’exemple des autres lieux qui ont souffert, il est à propos de présenter à Nosseigneurs des États l’état misérable de cette communauté et supplier Nosseigneurs de le vouloir considérer et diminuer son allivrement ou cottité de quoy ils donnent connaissance à l’Assemblée… ».
