Un scandale mondain à Béziers en 1772 :
L’assassinat de monsieur De Franc par le baron de Villeraze-Castelnau

Chacun sait l’acuité des conflits d’honneur dans l’ancienne France, terminés le plus souvent par des duels restés parfois célèbres, seuls capables de laver l’injure faite à un individu et à travers lui à toute sa famille. Mais il n’en fut pas toujours ainsi et, la lâcheté aidant, on assistait parfois à des issues sordides telle celle de l’affaire Franc-Villeraze dont les témoins ont eu un rapport étroit avec Pézenas et sa région.

La famille de Villeraze était originaire de Béziers — où elle était fixée au moins au XVIe siècle — et appartenait, malgré ses prétentions, à une bourgeoisie qu’une heureuse évolution avait fait agréger au second ordre par le grand moyen trop méconnu de « vie noble » qui fut autrefois une grande source de considération nobiliaire 1.

Nul doute que la génération de la deuxième moitié du XVIIe siècle avait été déterminante pour cette consécration en donnant des serviteurs à l’Église, à l’Armée et à la Justice. La robe et l’épée voilà qui était nécessaire et suffisant !

Philippe de Villeraze, capitaine au régiment de Guyenne et pensionné du Roi avec la croix de Saint-Louis fut l’officier distingué de cette génération auquel rendit hommage la veuve Franc dont le témoignage dans le malheur et la haine nous est d’autant plus précieux C’est lui qui épousa, en 1715, Mlle de Boussanelle, fille du subdélégué de l’intendance de Béziers et de Mlle Esprit, fille elle-même de l’académicien biterrois 2, et c’est cette union qui lui permit très probablement d’obtenir, deux ans plus tard, des lettres de réhabilitation de noblesse pour toute sa génération. C’était un comble naturellement mais comme pour mieux rester mesuré on laissa tout de même la charge aux bénéficiaires de la preuve de descendance d’un certain mariage Villarase, Villaraza… Connus en Catalogne depuis le XIIe siècle et encore représentés, semble-t-il, dans la généralité de Montauban 3. En 1742, sentant sans doute sa mort prochaine, Philippe testa en apposant le cachet à ses armes belliqueuses (un lion sortant d’une tour) timbrées de la couronne de marquis, et décéda trois ans plus tard.

C’est son fils, Joseph Antoine, né en 1721 et qui traversa toute la révolution, qui paracheva le changement complet d’état jusque là en cours. Il épousa en 1747 Louise de Grésillemont de Marfontaine, nièce du fameux Adrien Helvétius 4, conseiller d’État, médecin ordinaire du Roi et premier médecin de la Reine. Les derniers obstacles pour la cour de France étaient levés désormais et ce n’est pas un hasard si cette même année, il produisit ses titres généalogiques à l’illustre Chérin pour faire examiner « l’antiquité » de sa maison et être admis à la cour. Chérin fit bien les choses, avec d’autant plus de mérite que les titres pour le XVIe et le XVIIe siècle n’étaient pas légion, et put en toute conscience après un examen officiellement scrupuleux écrire pour Joseph Antoine : « Eut l’honneur d’être présenté au Roi Louis XV et de monter dans ses carrosses de chasses avec Sa Majesté en 1747 ». Il suivit, en effet, les cinq chasses en 1747 et dut, comme tant d’autres gentilshommes, s’entasser dans une « gondole », plein d’extase dans un inconfort notoire !

La porte de l'Hôtel de Villeraze
La porte de l'Hôtel de Villeraze, dont la décoration nécessita un pilastre en retour, sorte de trompel'œil architectural intéressant. (Cliché Mimault. Les clichés ont été aimablement communiqués par Monsieur J. Lugand, conservateur du Musée des Beaux-Arts de Béziers)

C’est de cette union parisienne que naquit à Béziers, en 1748, Armand Joseph Gabriel Adrien de Vileraze qui hérita du prénom de son illustre parrain fort bien en cour et qui ne laissa que quatre filles pour éteindre le nom qu’il illustra lui-même d’une façon à la fois pénible, si on considère son forfait, mais glorieuse, si on considère la carrière qu’étrangement il semble lui avoir ouverte.

Tout naturellement il sacrifia à la tradition militaire étant successivement mousquetaire du Roi dans la première compagnie en 1764, cornette de cavalerie au régiment de Noailles en 1765, capitaine de cavalerie en 1771 et propriétaire d’une compagnie dans le régiment du Royal-Roussillon en 1772, année de son forfait et du début de son étonnante carrière militaire à l’étranger. Son état des services porte : « A abandonné le… 1722 » et en marge : « Condamné par arrêt du Parlement de Toulouze du 3 9bre 1772 » mais aussi : « 1770. Très bon sujet » !

Il est certain que les Villeraze n’avaient alors plus rien à craindre. N’était-on pas d’ailleurs à cette troisième génération qu’on dit indispensable pour faire un vrai gentilhomme ? Tout ce prestige s’appuyait également sur une grosse fortune immobilière : le château et la belle terre de la Canague, près de Capestang ; celles de Vendres et de Castelnau d’Esclassan qu’il choisit pour prendre le titre de baron celle de Varailhac, à Cessenon ; sans parler des immeubles dans la ville de Béziers dont la maison de la place du Capus qui paraît s’être anciennement transmise dans la famille, la décoration et la consistance évoluant sans nul doute avec la famille (Cf. clichés).

Tel est donc le contexte familial de l’assassin et il est regrettable de ne pas connaître avec autant de précisions celui de la victime qui paraît néanmoins totalement différent pour ne pas dire opposé : la famille de Franc n’était pas biterroise et semble avoir eu pour toute fortune l’éclat du capitoulat de Toulouse et de la charge de procureur du Roi à Béziers. Est-ce assez pour voir dans l’affaire Villeraze-Franc l’aboutissement tragique d’une haine sociale entre gens de robe et gens d’épée ?

Il est certain que l’origine de la haine des deux familles n’était pas ancienne mais l’affrontement direct de Mr de Franc, procureur du Roi et représentant de la ville de Béziers, et du chanoine de Villeraze 5, oncle d’Adrien, député par le chapitre de Saint-Nazaire à Paris pour essayer d’en terminer avec un procès multiséculaire qu’entretenaient la ville et le chapitre. Les deux hommes, dans l’exercice de leur fonction, s’opposèrent de façon très violente, chacun prenant très à cœur sa mission ce qui était fort louable pour ces « champions ». Mais ce qui le fut moins c’est la lâcheté du chanoine de Villeraze qui profita de son séjour à Paris pour intriguer auprès de Mr Maupeou et des ministres de Sa Majesté afin de nuire à Franc. Le succès fut certain si l’on en croit la veuve Franc qui dit plus tard de lui : « il exultait avec la dernière indécence à sa disgrâce ».

Nous devons la connaissance du début de cette haine à cette pauvre veuve éplorée qui l’expliqua ainsi : « Bientôt sa haine se communique à toute la famille de cet abbé. Ainsi des contestations malheureuses auxquelles les corps seuls sont intéressés deviennent souvent entre les parties le germe des plus fâcheuses divisions… Le sieur de Villeraze de Castelnau, capitaine de cavalerie et neveu de l’abbé de Villeraze, élevé dans les préjugés qui lui avoient été inspirés contre le Sr de Franc rouloit depuis longtemps dans sa tete le projet de se defaire de cet homme honnete quil regardoit alors comme son ennemy ».

Nous voilà renseignés par ce qui fut avancé pour prouver la préméditation, laquelle paraît certaine ainsi que le prouvera l’organisation de la fuite après le crime, mais il fallait bien un prétexte pour vider la querelle et il fut le fruit du pur hasard, une rencontre tout à fait banale à Béziers, rue des Jacobins, le 28 Mai 1772.

Villeraze en compagnie de Mr de Jessé 6, jeune et brillant officier de son régiment, revenait des casernes lorsqu’il rencontra Mr de Franc, Mr de Laneuville, receveur des gabelles, et Mr Pellet, receveur des tailles qui se rendaient chez Mme de Villarson.

Les salons de l'Hôtel Villeraze à Béziers, place du Capus. (Cliché Mimault)
Les salons de l'Hôtel Villeraze à Béziers, place du Capus. (Cliché Mimault)
Les salons de l'Hôtel Villeraze à Béziers, place du Capus. (Cliché Mimault)
Les salons de l'Hôtel Villeraze à Béziers, place du Capus. (Cliché Mimault)

Les deux groupes se croisèrent rapidement car l’antipathie de part et d’autre devait être connue, mais Villeraze ne put laisser passer l’aubaine et lança : « Bonsoir Mr de Laneuville ». Franc, qui était en sa compagnie, comprit tout le désobligeant de l’apostrophe et rétorqua : « Bonsoir Mr de Jessé ». Tout cela naturellement l’espace d’un éclair puisqu’ils s’étaient déjà croisés lorsque Villeraze se retourna furieux et s’écria : « Qu’est-ce donc que ce bougre. Là ! Hé, hé, hé ! » et quittant Jessé se rua « les yeux étincelants et la main sur la garde de son épée » sur le pauvre Franc, paisible et sans arme.

Laneuville au fait de leurs rancœurs s’interposa : « Eh Mon Dieu que faites-vous ? Allez-vous en je vous en prie ». Villeraze fort heureusement accepta de se retirer non sans lui dire : « Mon cher, ne vous accompagnez jamais de cet homme, un honnête homme comme vous ne devrait pas se trouver avec un homme comme ça ! »

L’injure était évidemment impardonnable et d’autant plus que Villeraze n’avait pas encore vingt-cinq ans et que Franc approchait des cinquante Ce dernier prit très mal l’incident et dit à ses amis : « Il y en avait pour lui rompre les os, mais je suis sous la main du Roi, je ne puis me battre ; je dois faire une procédure ». Il les prévint qu’il porterait plainte devant le tribunal des maréchaux de France, « sanctuaire inviolable de l’honneur françois ».

Mais remplis de bonnes intentions et craignant sans doute le pire en connaissant la vieille haine, ils le persuadèrent qu’une telle démarche était inutile en avançant le nom prestigieux du marquis de Gayon, lieutenant-général des armées du Roi, commandeur de Saint-Louis 7, et de M. de Boussanelle, parent de Villeraze. Nul doute que ces médiateurs de poids arrangeraient amiablement l’incident et Laneuville se transporta chez eux, le soir même, pour les prier de jouer ce rôle qu’ils acceptèrent sans aucune difficulté, surtout Gayon « aussy généreux que brave et parfaitement instruit des règles délicates de l’honneur, de ce qu’elles permettent et de ce qu’elles défendent ».

Le soir même, les médiateurs partirent chez Franc pour arrêter la plainte et fixer au lendemain 29 mai le jour de la réconciliation en l’hôtel de Gayon 8.

Ledit jour donc, M. de Villeraze arriva le premier chez le marquis et son hôte lui démontra son impulsion vis-à-vis d’un homme qui avait le double de son âge et qui, tout de même, représentait la Justice du Roi à Béziers, ajoutant sans doute que son honneur ne souffrirait pas s’il faisait des excuses à M. de Franc… et quelques instants plus tard celui-ci arriva.

Son hôte pour rentrer immédiatement dans le vif du sujet lui dit : « Je ne crains pas de vous dire que le Sr de Castelnau me disoit à l’instant qu’il est très fâché de ce qui s’est passé hier, aussy vous me ferès le plaisir de l’oublier et de vous réconcilier mutuellement ». Après quelques explications les parties cédèrent au désir de leur hôte et s’embrassèrent en s’assurant réciproquement que tout était oublié. M. de Franc, sincère et ému, qui croyait même à la réconciliation des deux familles versa quelques larmes tout comme le fourbe Castelnau et vous conviendrez qu’un si touchant repentir ne put empêcher le marquis de Gayon d’y mêler les siennes. Heureux d’un tel succès, il convia à déjeuner le lendemain les nouveaux amis pour sceller une paix aussi remarquable.

Le 30 mai fut une journée pénible pour Gayon qui, assez sceptique sur la sincérité du repentir de Villeraze ainsi que le prouve sa démarche, alla sur le midi chez M. de Boussanelle pour avoir des nouvelles et y trouva justement Villeraze passé par là avant de se rendre à l’invitation qui n’hésita pas à lui reprocher son intervention dans cette affaire. Ce jeune officier avait décidément bien de l’audace vis-à-vis du grand et vieux militaire qu’était Gayon et ce dernier lui précisa fermement que s’il avait encore quelque ressentiment vis-à-vis de Franc ce n’était point la peine de venir déjeuner, puis partit.

Lorsqu’il arriva chez lui, il trouva dans le salon M. de Franc, déjà arrivé et plein de reconnaissance pour son action si généreuse. Peu après arrivèrent le lieutenant-colonel de Buisson, commandant de la ville, et l’avocat de Rives, quatre autres invités s’étaient excusés pour engagements ailleurs ou peut-être plus simplement par appréhension ! Tout le monde était donc présent sauf Villeraze qu’on attendit encore trois-quarts d’heure et qui arriva enfin au milieu de l’assistance sans doute tendue encore plus par l’attente. II salua son hôte, nommément M. de Franc et les autres convives et s’excusa de son retard involontaire ayant dû ramener Mme de Bermond de Sébazan de chez l’abbé de Villeraze chez elle 9.

Un aussi galant motif dut tout faire oublier et les convives prirent place à table, une table grande et carrée, chacun occupant un côté, et Franc et Villeraze n’étant donc séparés que par un angle. Le repas se passa fort bien puis arrivé aux fruits, d’après certains, M. de Franc fit l’éloge de M. de Jessé, disant « que ce jeune homme réussira dans son corps et qu’il était plein d’honneur et de sentiment ». Jessé étant un ami de Villeraze, la parole de Franc peut paraitre sincère et aimable, dans la ligne des lieux communs qui durent être remarquablement débités au cours de ce repas, toutefois Villeraze y vit de l’ironie, le propos rappelant naturellement l’affaire d’honneur de l’avant-veille. Il rétorqua avec méchanceté : « Le premier principe des sentiments est la sincérité. Je m’en pique et quand j’insulte quelqu’un je lui dis je le fais parce que j’ai bien voulu le faire ».

La lutte était redevenue ouverte et Gayon, parfaitement conscient de la catastrophe vers laquelle on glissait, l’interrompit sèchement en disant : « Je suis convaincu que vous fêtes attention que vous êtes chez moi et que vous ne direz rien que de poly et d’honnête » ; mais l’impudent Villeraze ne lâcha pas prise, lui rétorquant qu’après tout on ne lui avait pas demandé de se mêler de la querelle.

Les convives furent stupéfaits d’une telle rupture et de l’insolence du jeune Villeraze. Quant à Franc, affolé, il ajouta : « Je ne comprends rien à ce que vous dites, expliquez-vous », et s’attaqua même à son tour à M. de Gayon qui venait de dire qu’il avait différé son départ jusqu’à mardi pour terminer cette affaire et qu’il fallait qu’il en fut fait ainsi, en lui disant : « Ne pas vouloir laisser de queue à cette affaire c’est la réveiller. Je ne suis pas la dupe de vos protestations, il n’y a rien de fini ! ».

Gayon fit une ultime tentative en maître : « Messieurs, vous oubliez que vous êtes chez moi et que vous me manquez ! », mais la situation était désormais incontrôlable et impossible à maîtriser. Franc cria à Villeraze : « Si je n’étois pas dans cette maison, je vous casserais la figure » et à ces mots, il reçut à la tête l’assiette que Villeraze venait de lui envoyer, lui-même envoyant la sienne à la tête de ce jeune homme « imbuvable ».

Première page de la requête de Mme de Franc au Roi
Première page de la requête de Mme de Franc au Roi pour refuser l'entérinement des lettres de grâce, et bande de journal au nom de Villeraze (Archives B.)

Villeraze, complètement égaré et furieux, chercha autre chose sous la main et saisissant son couteau, bondit sur Franc en lui donnant un coup entre les côtes et qui atteignit ainsi le cœur.

Franc eut le courage de se lancer à sa poursuite et d’aller jusqu’à la porte du « salon à manger » mais là, le sang commença à ruisseler et rentrant dans la pièce, il déclara « Je suis mort ». Tout le monde était déjà à son chevet pour le transporter sur un sofa du salon voisin alors que résonnaient les rugissements de Villeraze en fuite « Je tuerai de Franc et toute sa famille », et encore « Il est bien malheureux que dans une maison comme celle de M. de Gayon on soit menacé d’avoir la figure cassée ! ». Le silence revint comme pour mieux laisser entendre le dernier soupir du pauvre Franc qui expira rapidement.

On a prétendu que Villeraze n’avait accepté cette invitation que pour assouvir sa vengeance et qu’il avait donné l’ordre à ses gens de l’attendre en voiture devant l’hôtel de Gayon. La chose paraît très possible et semble lui avoir permis de regagner dans les meilleures conditions son hôtel de la place du Capus et d’y attendre la certitude de la mort de Franc. C’est vers trois heures de l’après-midi, complètement vengé, qu’il s’enfuit pour l’étranger dans un cabriolet mis à sa disposition par M. Martin et Mme de Roquefère pour éviter sans doute de voyager avec celui à ses armes.

Le lendemain 31 mai 1772 eurent lieu en l’église des Révérends-Pères Récollets les obsèques et l’inhumation du pauvre Franc au milieu d’une foule consternée qui prodigua sans compter ses témoignages de sympathie à la nouvelle veuve chargée désormais de quatre enfants en bas âge. L’acte du décès 10, d’une altière simplicité, nous apprend que « noble Jean-Louis de Franc, écuyer, avocat en parlement, agent général des États de Languedoc et ancien capitoul de la ville de Toulouze (est) décédé le jour d’hier âgé d’environ quarante cinq ans ».

C’était la fin d’une vieille haine et pendant que l’assassin courait vers l’étranger, la Prusse assure-t-on 11, le parlement de Toulouse instruisit l’affaire et par arrêt du 3 novembre suivant, condamna Villeraze à mort par contumace et à être rompu vif.

La sentence porte « qu’il est condamné à être livré aux mains de l’exécuteur de la haute justice que, tête, pieds-nus, en chemise, le hart au col, le montera sur le charrie à ce destiné, le conduira devant la porte principale de l’église de Béziers, où étant descendu et à genoux, tenant en ses mains une torche de cire jaune allumée, du poids de deux livres, il lui fera faire amende honorable et demander pardon à Dieu, au Roi et à la Justice de ses crimes et méfaits. Ce fait, le remontera sur ledit chariot et le conduira à la place de la Madeleine dudit Béziers, où, sur un échafaud qui y sera dressé, il lui rompra et brisera les bras, jambes, cuisses et reins, ensuite l’exposera sur une roue qui sera dressée tout auprès dudit échafaud pour y vivre en peine et repentance de ses dits crimes et méfaits autant qu’il plaira à Dieu de lui. »

Le déchaînement de Mme de Franc contre les Villeraze, dont elle démontra l’usurpation de noblesse pour les mieux atteindre dans un domaine cher à leur cœur, aboutit à la condamnation qui dut certes la soulager moralement mais qui n’atteignit guère probablement la famille dont la position était trop solidement assise. Elle resta en place bravant l’épreuve qui ne dut qu’alimenter, une fois de plus, ce qui fut pour certains salons leur unique raison d’être…

Lors du sacre de Louis XVI, en 1774, Villeraze obtint des lettres de grâce 12 l’obligeant tout de même pudiquement à résider à trente lieues de Béziers. Ces lettres durent l’atteindre en Saxe, où il s’était réfugié et où en 1776, il devint exempt et capitaine des gardes du corps de S.A. l’Électeur de Saxe. La France lui était désormais ouverte mais il semble que la belle carrière amorcée hors des frontières, l’attacha davantage.

De fait il devint Gentilhomme de la Chambre de l’Électeur avec promesse de la clef de chambellan donnée au marquis d’Antraigues après avoir prouvé sa noblesse, ministre à Dresde, tandis qu’en 1778, avec l’accord de l’Électeur et de Louis XVI, il rejoignit le Roi de Prusse en Silésie.

Ce fut là une nouvelle carrière en Prusse où le Grand Frédéric l’accueillit avec bonté et en fit un capitaine de son armée et son aide-de-camp de cavalerie. Diverses audiences particulières accordées par le monarque et une pension sur sa cassette, l’encouragèrent sans doute fort à rester et à faire les deux campagnes glorieuses de la guerre de Bavière en 1778 et 1779, mais lorsque la paix fut conclue, il demanda au Roi de Prusse son agrément pour aller combattre les Anglais en Amérique avec les troupes françaises et américaines combinées, et reçut une lettre très gracieuse par laquelle le monarque l’adressa à son ministre à La Haye, le baron de Thulmayer qu’il chargea de suivre cette négociation en son nom auprès de M. Adams, ministre des États-Unis. Le prince royal de Prusse le recommanda à sa sœur, la Princesse d’Orange, et au duc de la Vauguyon, ambassadeur de France, tandis que les ambassadeurs de Hollande à Paris l’appuyèrent auprès de cette cour où il fut accueilli par les personnalités les plus considérables en 1783. Mais Villeraze était homme de guerre et l’indépendance de l’Amérique le fit rentrer en France en 1785.

Il avait près de quarante ans, le bon âge pour un officier en puissance de mariage. Il se fixa probablement dans les Pyrénées. En 1785, on a la preuve de son activité maçonnique, étant chevalier de Kadosch (30e) et vénérable de la loge de Vic-en-Bigorre 13. Ce détail est remarquablement intéressant car si nous trouvons un jour une preuve de son activité maçonnique à Béziers où dans la région, on comprendra mieux avec la préméditation du crime, la remarquable organisation d’un départ sans doute soigneusement préparé pour la Saxe et la Prusse où les activités maçonniques étaient intenses.

Contentons-nous, pour l’instant, de le voir convoler le 23 novembre 1785 à Narcastet, près de Pau, avec Salvade Angélique de Navailles, fille de « Haut et Puissant Seigneur Jean-Louis, Baron de Navailles, seigneur et baron d’Augais et autres lieux, ancien sindic des États et de la province de Béarn ». L’alliance est assurément très belle et pour se hausser au niveau, l’époux est qualifié de « Haut et puissant Seigneur ». On précise bien qu’il habite Vic et que le « baron de Castelnau » est « capitaine de cavalerie dans les armées de France et de Prusse, aide de camp de Sa Majesté prussienne, gentilhomme de la chambre de son altesse de Saxe ». Par la même occasion, son père est dans ce même acte de mariage « haut et puissant seigneur », « baron et seigneur de Castelnau, de St-Basille d’Esclaizan et autres lieux », mais alors que son fils étale une signature de prince de sang avec « De Villeraze, Baron de Castelnau » qui symbolise à merveille la satisfaction accomplie, le père, au contraire, signa modestement « Villeraze » sur la même ligne que sa belle-fille qui avait laissé toute la première à son époux…

Cette alliance du dernier enfant mâle des Villeraze qui les apparentait désormais à la famille royale 14, lointainement mais de façon certaine, est bien l’apothéose d’une ascension sociale familiale faite en trois générations.

C’est surtout à Pau qu’il vécut avec son épouse, n’osant probablement pas venir s’installer à Béziers et peut-être empêché d’ailleurs par les 30 lieues de résidence, assignées par les lettres de grâce. Son épouse décéda après la révolution et sa sœur, Louise Victoire, obtint un temps de quitter son couvent de Béziers pour aller à Pau, auprès de son frère, élever ses propres neveux.

Lors de la révolution, Villeraze connut à Pau les ennuis d’usage. On vient de retrouver 15, en dernière minute la requête faite au comité de surveillance de Pau par Villeraze le 21 frimaire de l’an II d’une République que l’on croyait alors une et indivisible, et je ne peux résister à la citer pour montrer la remarquable habileté d’un homme qui sut toujours tirer parti des situations les plus délicates :

« Citoyens,

« Le citoyen Adrien Villerase vous expose qu’il est détenu chez lui par vos ordres depuis plus de deux mois,

« et que l’état douloureux de sa femme lui avait obtenu de votre justice et de votre humanité, qu’il resterait

« auprès d’elle jusques après ses couches.

« Il a été néanmoins signifié à l’exposant qu’il eût à se tenir prêt pour être déporté à Condom. Qu’il lui soit

« permis de vous représenter que sa femme est aujourd’hui dans les maux de couches, et que le départ de

« son mari, dans ces circonstances si intéressantes, peut coûter la vie à la mère et à l’enfant.

« Qu’il lui soit permis de s’écrier avec nos augustes législateurs : respect et soins aux femmes enceintes,

« espoir de la Patrie

« Cette loi, citoyens, est le vœu de votre cœur ; elle est le langage de votre raison éclairée et compatissante.

« Au nom de la nature, au nom d’une mère éplorée, au nom d’une créature innocente qui va voir son premier

« jour, ordonnez que le pétitionnaire ne quittera point son épouse dans un moment si cruel, et il bénira avec

« toute sa famille, cet acte si légitime de votre justice et de votre condescendance au voeu national, exprimé

« par la Convention elle-même.

Adrien Villerase ».

On imagine l’embarras du comité de surveillance

Pendant ce temps à Béziers, celui de la ville, aidé par la société populaire, dénombra les émigrés et leur famille, et c’est ainsi qu’en 1793 on arrêta M. de Villeraze père. Nous savons, par les détails consignés, qu’Adrien, le fils aîné, vivait toujours à Pau et que le fils cadet, Jean Baptiste, avait émigré. C’est lui que l’on dit, en 1811, absent depuis 20 ans, sans nouvelle depuis 14 ou 15 ans. Qui sait s’il n’a pas fondé ailleurs une famille à l’abri des commentaires sans doute sévères de la région…

Quoiqu’il en soit, et avant de retrouver d’hypothétiques descendants, qui seraient peut-être bien surpris de connaître l’aventure de l’oncle, bornons-nous à imaginer que la fortune Villeraze, qui dépassait plus de 500.000 francs, fut mise sous séquestre et son détenteur emprisonné quelque temps. Quant à Adrien, il pensa sans doute qu’après tout un monde nouveau lui offrait peut-être l’occasion de reparaître à Béziers, sa ville natale, où il fit une tentative de retour.

Mais il n’avait pas compté sur la colère des membres de la société populaire immédiatement alertés par Alexis de Franc 16, le frère de la victime, qui avait épousé la fille de Laneuville, le témoin de l’altercation de la rue des Jacobins.

Alexis de Franc s’adressa à l’administration du district et à la municipalité pour demander que Villeraze subisse toute la rigueur des lois (et de la sanction royale !) et devant l’opinion générale de la municipalité, on le mit en état d’arrestation en attendant que l’administration du district ne lui inflige le bannissement.

C’était encore une bien grande chance pour lui si on réalise que son frère cadet avait émigré, qu’il avait une sœur religieuse et que son père, « fier et hautain, incivique… (avait) toujours depuis la révolution professé des sentiments inciviques », avec une des plus grosses fortunes de la ville qui lui laissait plus de 10.000 livres de revenus annuels. Décidément rien ne semblait atteindre vraiment les Villeraze qui surent encore sortir de ce mauvais pas. Gageons qu’Adrien de Villeraze regagna Pau en s’estimant encore heureux d’une telle aubaine.

La famille de Franc connut, elle aussi, les épreuves de la révolution. Claude Louis Franc ayant émigré, on le consigna dans une fiche qui permet de mesurer le peu de détails connus sur sa famille par ses contemporains : « La veuve Franc, un fils cadet, une fille », et l’on ajouta : « Souvent à Poussan et à Narbonne ; aucuns renseignements ». Nous pensons fort que Claude Louis n’était autre que Charles Louis du Rivage de Franc, fils de la victime, tué en duel d’un coup de feu à Francfort, en 1793. Lors de la transcription de son acte de décès à Béziers en 1825 on précisa sa qualité de « capitaine de génie au service de Sa Majesté le Roi de Prusse » 17.

Faudrait-il encore imaginer pour ajouter, sans nécessité, à une aventure déjà en elle-même rocambolesque que le fils de la victime se serait rapproché du meurtrier de son père pour mieux le venger et que Villeraze, réalisant sa terrifiante promesse d’anéantissement de la famille aurait, après le père, tué aussi le fils ? Ce n’est là sans doute qu’une coïncidence mais l’histoire n’interdit pas de rêver…

On sait avec certitude que Villeraze revint habiter Béziers à la fin de l’Empire ou au tout début de la Restauration et c’est probablement de cette époque que date une bande de journal de nos archives (Cf. cliché). On y lit que « M. de Villeraze-Castelnau, Gentilhomme de S.M. le Roi de Saxe, M.C. de l’Athénée de la langue française » demeurait dans cette ville. Mais son attachant domaine de la Canague, près de Capestang, lui offrit une retraite plus douce encore avec ses beaux jardins, ses fontaines 18 et ses plants de « Tokay » qu’il avait, paraît-il, ramenés de Hongrie et qu’il surveillait jalousement. C’est peut-être dans ce décor séduisant qu’il écrivit le « Manuel du Sage ou Recherche de la Vérité » 19. Je n’ai pu malheureusement retrouver cette brochure mais l’audacieuse devise latine que je connais (« Celui qui fait le Bien ne craint pas la Lumière ») ne permet-elle pas d’affirmer que ce vrai maçon alla sans remords de la Canague se mesurer avec le Ciel, le 10 août 1824 en éteignant en nom sa famille 20 et  21.

Est-il possible de cerner la personnalité de Villeraze ? Ce type d’officier tête brûlée, demi-aventurier devant l’Eternel n’est pas aussi exceptionnel qu’on l’imagine généralement. Nous raconterons un jour l’étonnante aventure du Comte de Seissan, cet autre biterrois dont la personnalité s’accorda mal avec les frontières de la France, mais sans nul doute la personnalité de Villeraze fut tout de même extraordinaire par son crime commis au pays natal !

Il serait superflu d’ajouter autre chose à cette étonnante aventure, destinée brillante née d’une tragédie dont le souvenir se transmit oralement pendant un siècle et demi tant a été grand le forfait d’un gentilhomme qui à, un instant, oublié la notion d’honneur et grande la douleur d’une famille qui resta inconsolable.

J.-D. BERGASSE
Viranel, Novembre 1978.

Ascension sociale de Villeraze
Ascension sociale de Villeraze

Sources

I. - Sources manuscrites

Archives publiques :
  • Bibliothèque Nationale : Chérin 209, Villerase.
  • Service historique de l’Armée, château de Vincennes : État des services extrait du contrôle « officiers » du régiment Royal-Roussillon, cote Yb
  • Archives municipales de Béziers : Registres paroissiaux et d’état-civil.
  • Archives municipales de Capestang : Registre des décès de 1824.
Archives privées :
  • Archives de Sarret de Coussergues : Différend Jacomel-Villeraze.
  • Archives de Jacomel de Cauvigny : Contrat de mariage Jacomel-Villeraze.
  • Archives d’Andoque de Sériège : Vente de l’hôtel de Villeraze en 1825.
  • Archives du couvent Sainte-Claire de Béziers : Biographie de Louise Victoire de Villeraze.
  • Archives Bergasse : Liasse 103, documents divers sur la famille de Villeraze, XVIIe-XIXe siècles.

II. - Sources imprimées

  • Bulletin de la Société Archéologique de Béziers, 11e série, T. XV, pages 304 à 306.
  • Béziers pendant la Terreur, par R. Baldy, T. I, Les Comités de Surveillance (Clareton 1909).
  • Nobliaire Universel de Saint-Allais Généalogie Villeraze, T. II, pages 428 à 441.

Notes

  1 Les recherches effectuées par Louis de Sarret de Coussergues, au XIXe siècle, en tant que médiateur dans l’affaire Villeraze-Jacomel sont précieuses car il examina les compoix de Béziers du bourg de la Fustarié pour trouver l’origine de la famille et il conclut : « il paraît bien difficile de concilier la généalogie publiée par M. de Saint-Allais avec le compoix de la ville de Béziers antérieur au règne de Louis XV ». La généalogie de la famille se trouve en effet dans l’ouvrage bien connu de Saint-Allais, tome II, page 428 et 441 il existe à la Bibliothèque Nationale un dossier Villerase Cherin 209.

  2 Jacques Esprit (1611-1678) eut 3 filles dont Félice qui épousa Pierre Jacques Boussanelle, conseiller du Roi, subdélégué de l’intendance à Béziers et qui testa en 1735 (Arch. Bergasse) et Armande Agnès qui épousa, en 1678, Pierre du Caïlar seigneur d’Espondeilhan. La postérité Boussanelle continua notamment avec Armande Gabrielle devenue Mme de Villeraze, Etienne, abbé de Quarante, Pierre Jacques, né en 1688, qui succéda à la subdélégation de son père et épousa le 27 juillet 1718 (Me Sayras, not. Béziers) Marie Magdeleine de la Sablière, sœur de Catherine épouse d’Etienne de Court, de Pézenas. Le médiateur dans l’affaire fut le fils issu de cette union, Louis de Boussanelle, (1719-1787), Mestre de camp de cavalerie, brigadier des armées du Roi, membre de l’académie royale de Béziers. La famille de Boussanello semble d’ailleurs originaire de Pézenas où elle apparut au début du XVIIe siècle et s’y perpétua par un rameau, issu du frère du subdélégué, jusqu’à la Révolution.

  3 La génération précitée des Villeraze avait été réhabilitée dans sa noblesse par lettres-patentes du 20 décembre 1717, enregistrées à la Cour des Comptes, Aides et Finances de Montpellier le 17 décembre 1718, à condition de prouver qu’elle descendait d’un mariage Villeraze-Romieu en 1558. Cette preuve conditionnait la parenté avec Pierre Scipion et Guillaume de Villeraze seigneur de la Clastre de Vendines qui avaient été maintenus nobles par jugement de Legendre, intendant de la généralité de Montauban. Mme de Franc fit faire des recherches généalogiques pour mieux prouver la roture de la famille, qui aboutirent à Pierre Villeraze, fournier ( boulanger) en 1547, à Béziers.

  4 Le contrat de mariage fut reçu, le 21 janvier 1747, par Me Plastrier, notaire au Châtelet, à Paris. La dot était de 66.666 livres. Elle était fille de Charles Jean Chrysostome de Grésillemont, écuyer, trésorier-général des Ponts-et-Chaussées de France, seigneur de Marfontaine, et de Jeanne Marguerite Carvoisin d’Armencourt, (Communication aimable de M. Hubert de Vergnette). C’est la sœur de cette dernière qui avait épousé, en 1710, Jean Claude Adrien Helvétius, lequel fut le parrain par procuration de notre criminel, le 28 octobre 1748 (Paroisse St Félix, Béziers). Sur la famille Helvétius on peut consulter le brillant ouvrage d’Yves Durand, Les Fermiers Généraux au XVIIIe siècle (P.U.F., 1971) et notamment la généalogie, pages 269 et 270.

  5 Les Villeraze donnèrent depuis le début du XVIIe siècle, à chaque génération, un des leurs au chapitre de la cathédrale Saint-Nazaire arrivant par le népotisme à y avoir une grande importance. Il semble qu’il s’agisse ici de Louis de Villeraze, frère de Joseph Antoine, auquel François de Villeraze, son oncle, avait voulu laisser son canonicat puisqu’il était chanoine et archidiacre de Cabrières. Décédé en 1732, Mr de Barrés devint le dernier grand archidiacre de Béziers en lui succédant après avoir gagné son procès au Parlement de Toulouse en 1734.

  6 Il peut s’agir de Joseph Henri de Jessé, baron de Jessé-Levas, capitaine dans le régiment de Royal-Picardie, élu député de la Noblesse de Béziers aux États-Généraux en 1789, président de l’Assemblée Constituante le 29 août 1790, qui contribua puissamment à la réunion des 3 Ordres. Arrêté comme suspect, il mourut du typhus à la Conciergerie à la veille d’être décapité (Cf. Annuaire historique et généalogique de la Province de Languedoc (1864), de Louis de La Roque, notice Jessé, pages 21 à 23).

  7 Joseph, comte de Gayon (Béziers 25/1/1790-12/1/1785) appartenait à une famille d’origine piscénoise et était fils du conseiller à la Cour des Comptes, Aides et Finances de Montpellier Marc Antoine de Gayon du Bousquet, lequel avait épousé à Pézenas en 1705 Catherine de Cellier. Joseph de Gayon connut une brillante carrière militaire qui le porta Brigadier des armées du Roi (1748), Maréchal de Camps (1759) et enfin Lieutenant- général des armées (1762). Son frère, le conseiller, Jean François de Gayon, avait épousé en 1726 une Causser de Cabrerolles issue d’une famille dans laquelle Jacques Villerase, lieutenant principal du présidial de Béziers, avait lui-même choisi son épouse.

  8 L’hôtel de Gayon qui vit la pseudo-réconciliation et le crime n’existe plus. Il était situé, à Béziers, dans l’espace qui séparait la rue Mairan et la rue Française actuelles, et avançait de telle sorte que la rue faisait un contour, qui, après la destruction, a constitué une petite place dans l’actuelle rue de la République. Le danger que constituait l’avancement de cet hôtel fut supprimé lors de la démolition de 1795, l’héritière Gayon s’étant vue indemnisée par la municipalité avec 80.000 livres.

  9 Il y avait deux parentés Villeraze-Bermond puisque sa grand-tante avait épousé en 1678 Pierre du Caïlar, seigneur d’Espondeilhan (cf. note 2) et que sa tante, Marie Antoinette Rose de Villeraze, avait épousé le 8 janvier 1743 (Paroisse St Félix, Béziers) Jean François de Bermond de Sébazan, ancien capitaine d’infanterie, pensionnaire du Roi. Cette dernière décéda sans postérité et son frère, Joseph Antoine, fut héritier par son testament souscrit chez Me Boucar, à Béziers, le 28 septembre 1777 et ouvert par Me Passebosc, à Béziers, le 16 avril 1789.

  10 Cet acte, contenu dans les registres de la paroisse Saint-Félix de Béziers, aux archives municipales de Béziers (GG 77), nous a été aimablement communiqué par M. Ros, archiviste municipal.

  11 C’est notamment l’avis du mémorialiste béarnais Laussat.

  12 Les lettres de grâce durent être entérinées. Villeraze fit une requête pour entérinement et la veuve Franc une requête en opposition (Voir cliché). Ces deux documents de nos archives qui exposent toute l’affaire avec très peu de contradictions m’ont permis de faire cette étude. La rareté des divergences permet légitimement de penser que l’exposé est véridique.

  13 Je dois ces précisions à mon confrère ophélète M. Jean Bossu (Cf. L’intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, 1977, col. 741). Son appartenance maçonnique permet de penser qu’il appartint à Béziers à quelque loge et que cela dut lui faciliter son départ. Le choix de la Prusse pourrait-il d’ailleurs être un pur hasard.

  14 Mme de Franc insista sur le fait que la maison de Navailles était apparentée à la maison royale et à la maison de Foix.

  15 Je remercie M. Jacques Staes, Directeur des services d’archives des Pyrénées Atlantiques de cette communication si intéressante.

  16 Cet acte de mariage du 20 mai 1783 (Paroisse Saint Félix, Béziers) nous apprend que Messire Alexis de Franc, de Paulhan, chev. de St Louis, major de Collioure, fils de feu Jean Louis de Franc, écuyer, et de feu Brigitte de Fabre résidant paroisse Saint-Nazaire, épousa Marie Ambroise Laneuville, fille de Bénigne de Laneuville, directeur des économats, receveur des gabelles, et de Jeanne Oudet. Le mariage fut célébré par Joseph André de Franc, prieur de l’abbaye d’Aniane. Alexis de Franc décéda à Béziers le 30 janvier 1827, âgé de 85 ans 6 mois, dans la maison, rue Montmorency, appartenant à M. Galtier (Hôtel Farret d’Astiès) et son épouse le 4 mars 1833, âgée de 87 ans.

  17 Le 4 octobre 1825 à la requête de Louis Michel Annibal de Franc, propriétaire foncier, domicilié à Béziers, fut transcrite sur les registres de décès de l’état-civil de Béziers, la traduction littérale d’un extrait en allemand de l’acte de décès de Charles Louis du Rivage de Franc, son frère. Le surnom « du Rivage » venait de sa famille maternelle et probablement d’une terre. Il fut porté également par la famille Guibal, à Béziers, sans que nous puissions dire si ces deux familles ont possédé la même terre.

  18 Archives Sarret à Coussergues ; communication de Germaine de Sarret (†). La succession du père Villeraze, en 1809, comprenait notamment La Canague avec 1300 sétérées, beaux bâtiments, caves, cours, pigeonniers, fontaines, beaux jardins. L’affiche faite par Me Hérail, Notaire à Béziers, en 1817, pour la vente porte le prix important de 600.000 Francs.

  19 Cet ouvrage de 40 pages, imprimé chez Hippolyte Bousquet, à Béziers, en 1814, est dû au « baron de Villerase-Castelnau », ancien capitaine de cavalerie au service du roi, ci-devant aide-de-camp et capitaine de cavalerie de la suite de S.M. Frédéric-le-Grand, roi de Prusse.

  20 Il m’est agréable de remercier M. Farret d’Astiès qui a bien voulu rechercher amicalement cet acte de décès à Capestang.

  21 La famille de Villeraze compta, au XVIIIe siècle, assez peu de descendance par les femmes puisque du mariage Villeraze-Boussanelle il n’y eut que Mme de Bermond qui n’eut pas de postérité et du mariage Villeraze. Grésillemont que deux filles :
Louise Geneviève qui épousa (p.c. 12 juillet 1784, Me Bosc, not. Béziers) Louis Joseph de la Serre d’Aroux, seigneur de la Viguière, chev. de St Lazare, capitaine au régiment de Donis, fils de Louis César, capitaine, chev. de St Louis, seigneur de Fontdouce, de Pézenas. La postérité de cette union figure dans « Armorial de la Noblesse de Languedoc », de L. de la Roque, T. II, pp. 81 et 82. Elle avait eu 50.000 livres de dot. → Marie Thérèse Gabrielle qui épousa (p.c. 23 germinal an V, Me Hérail, not. Béziers) François Louis de Jacomel de Cauvigny, de Bessan. Elle avait eu 42.000 livres de dot. Il n’y eut pas de postérité de cette union. La généalogie de cette famille est donnée dans l’armorial précité pp. 112 à 114. Du mariage Villeraze-Navailles naquirent 4 filles. C’est l’une d’elles, Thérèse Théophile épouse du baron de Mesples (?), domiciliée à Pau avec sa tante Louise Victoire, qui vendit, le 18 avril 1826, l’hôtel Villeraze, place du Capus, à Béziers, à Pierre Fuzier, juge du tribunal duquel le tint la famille Fayet qui le céda en 1966 à la ville de Béziers. (Communications obligeantes de Mme Gilles d’Andoque de Sériège et de M. Jacques Lugand, conservateur du Musée des Beaux-Arts de Béziers).