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Description

Un montpelliérain oublié : Frédéric Peysson, peintre, sourd-muet (1807-1877)

Le nom de Frédéric Peyson n‘évoque dans la mémoire des Montpelliérains que celui d’une rue située derrière la gare. Rien de plus … Qui était Frédéric Peyson ? Très rares sont ceux qui savent répondre. Une visite aux archives de la ville confirme ce que l’on pouvait soupçonner, c’est bien un enfant de Montpellier, et on peut en apprendre davantage en parcourant les salles du Musée Fabre, où quelques rares toiles portent sa signature, suivie d’une indication particulière : « Frédéric Peyson, peintre sourd-muet » (parfois seulement « s-m »).

Pierre Frédéric Peyson est né à Montpellier, le 29 mars 1807, dans la maison Pourtalès, rue de la Vieille. Son père, Pierre Peyson, issu d’une famille de propriétaires terriens aisés et instruits, est natif de Castries. Son aïeul Guillaume Peyson a occupé la charge de second, puis de premier consul de Castries à plusieurs reprises. Marguerite Macary, sa mère, vient d’un milieu plus modeste. Elle est petite-fille de tonnelier, et ses parents, Vital Macary et Suzanne Lèques, exploitent un commerce d’épicerie à Montpellier, place de la Poissonnerie. Le couple Peyson-Macary, marié en 1806, donnera naissance à cinq enfants, dont Frédéric, l’aîné, sera le seul garçon à atteindre l’âge adulte, avec ses 2 sœurs Augustine, née en 1809, et Rosalie en 1814. Un frère, Pierre Noël Zoé, décède l’année même de sa naissance en 1812, et le benjamin Saint-Ange Léon, né en 1821, disparaîtra à l’âge de 19 ans. Le Musée Fabre en conserve un portrait.

Sur le plan professionnel et social la fortune sourira à ce ménage. Pierre Peyson, négociant puis droguiste en gros, s’établit dans ses murs dès 1810, rue Saint-Paul, n°407, agrandissant progressivement son commerce par l’achat des immeubles voisins. Menant son affaire avec intelligence et sérieux, il pourra également acquérir trois maisons contiguës au plan d’Agde, île du Petit Saint-Jean, dans le même quartier que son commerce. Cette réussite de Pierre Peyson mise en lumière dans son testament va apporter une grande prospérité à sa famille et aura des conséquences importantes pour l’avenir de son fils aîné Frédéric, particulièrement en ce qui concerne son éducation, sa formation et sa carrière de peintre.

Frédéric Peyson, en effet, souffre d’un lourd handicap, d’une pesante infirmité : il est sourd-muet à la suite d’un accident survenu dans sa petite enfance. Vers l’âge de deux ans, ayant passé sa tête entre les barreaux d’une grille, il subit un tel traumatisme en étant dégagé que les effets vont s’en faire sentir dans les quelques années à venir. Petit à petit, l’ouïe s’affaiblit, la parole s’éteint. Inexorablement, la surdimutité s’installe, complète, sans qu’aucun secours médical ne puisse l’enrayer.

Dans la société du temps, le sort des sourds-muets n’est guère enviable, en marge de la loi, privés de tous les droits – droit d’hériter, de témoigner… – ils restent incompris, isolés, méprisés. Cependant, à la fin du XVIIIe siècle, leur avenir va être transformé : Charles Michel, abbé de L’Epée, invente une méthode basée sur le geste, la mimique, qui leur permettra d’exprimer des idées, de communiquer, de sortir de leur enfermement jusque là total.

Grâce à l’aisance financière de sa famille, Frédéric Peyson pourra aller apprendre cette méthode à l’Institution Abbé de L’Epée, rue Saint-Jacques à Paris. (Une école similaire ne s’ouvrira à Montpellier qu’en 1849). Il y est inscrit le 23 mai 1817, à l’âge de 10 ans. Ses parents, malgré le déchirement de la séparation, ont compris l’importance pour leur fils d’une telle éducation qui peut être le « puissant palliatif d’un mal incurable » (Théophile Denis). A partir de cette date, Frédéric Peyson partagera jusqu’à la fin sa vie entre Paris et Montpellier. Il conservera toujours sa résidence principale dans la capitale, mais tous les ans, il reprendra le chemin du Midi, parfois pour des périodes de plusieurs mois. A Paris, il a souvent changé de logement, mais sans jamais s’éloigner des Grands Boulevards dont il aimait le mouvement. Quand il vient à Montpellier, il séjourne chez sa soeur, Rosalie Boyer, au n° 30 du boulevard du Jeu-de-Paume où il décédera. Son testament, rédigé six mois avant sa mort indique qu’il est « domicilié à Montpellier et demeurant à Paris, rue Guétry, n°3 ». Sa nièce, Marie Boyer, évoque ses promenades dans la campagne autour de la ville en compagnie de cet oncle dont elle perpétuera le souvenir par de nombreux témoignages. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2003

Nombre de pages

9

Auteur(s)

Yvette PERIMON

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf