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Description

Un jardin en plaques de verre

L’inventaire de la collection photographique de l’Institut de Botanique de Montpellier a mis à jour le travail photographique de Joannès Lagarde (1866-1934). Il s’agit de la systématisation de la prise de vue photographique d’un territoire restreint et varié, les Cévennes, mue par une pensée scientifique, la géographie-botanique.

La démarche de Joannès Lagarde constitue une spécificité dans l’histoire de la photographie. Et de plus cette collection est remarquable puisque, non publiée, elle est restée sous sa forme latente, soit sous forme de négatifs, dans les locaux de l’Institut de Botanique. A la fin du XIXe siècle, le Jardin des Plantes comprend la nécessité du déplacement hors les murs, in situ, pour l’observation. Le support photographique accompagne l’arpenteur-photographe qui saisit, par la multiplicité des regards, les Cévennes, encore peu photographiées. Constitué de plaques de verre cet ensemble participe à l’artialisation du paysage des Cévennes. Avant d’évoquer ce jardin hors les murs il pourrait être intéressant de revenir sur l’histoire récente du paysage, depuis l’époque romantique, à l’aube de la photographie.

Une brève histoire du paysage « Avant les photographes »

Peindre sur le motif fut l’approche de nombreux peintres effectuant le voyage en Italie dès la fin du XVIIIe siècle. A cette époque l’emploi de la camera lucida et celui de la camera obscura sont devenus si courants que les artistes-peintres emportent ces appareils dans leurs bagages, ainsi Jules-Romain voyant pour la première et ce malgré le risque de cécité – et François-Xavier Fabre pour la seconde. Le procédé est aussi connu des aquarellistes amateurs, ce qui aura conduit Lady Talbot à l’utiliser lors de son voyage avec son époux, William Henry Fox Talbot, en 1833, sur les bords du lac de Côme. Il s’agissait de « prendre sur le motif » ou encore de dessiner « d’après nature » le paysage, expressions largement remployées plus tard par les photographes. A cette époque de la « naissance de l’art romantique » la théorisation de l’approche picturale s’intensifie puisqu’on la lit jusque sous la plume de François-René de Chateaubriand qui cherche à convertir les peintres à la botanique pour « rendre la clarté suave qui veloute la surface des objets ». De fait la lumière modifie la perception du paysage : « l’influence des divers horizons sur la couleur des tableaux : si vous supposez deux vallons parfaitement identiques dont l’un regarde le midi et l’autre le nord, les tons, la physionomie, l’expression morale de ces deux vues semblables seront dissemblables ». Alors que René-Louis de Girardin se situait par rapport au paysage en tant que peintre jardinier, l’auteur d’Atala se situe, lui, déjà en tant qu’arpenteur photosensible. La nature offre peut-être en elle-même un spectacle dont l’histoire est mobile. Il deviendrait alors inutile de chercher à recomposer une nature idéale pour le paysage historique, inscrit au concours du prix de Rome en 1817. Le paysage en lui-même pourrait s’inscrire en tant que genre. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2008

Nombre de pages

19

Auteur(s)

Annie-Dominique DENHEZ

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf