Un exemple d’intervention urbanistique au XIXe siècle :
L’insertion de l’église Sainte-Anne dans le tissu urbain montpelliérain
Un exemple d’intervention urbanistique au XIXe siècle :
L’insertion de l’église Sainte-Anne dans le tissu urbain montpelliérain
p. 23 à 34
* Ce texte résulte d’une recherche entreprise dans le cadre de l’A.T.P. (CNRS) Observation du Changement Social et Culturel, Groupe de Recherche Languedoc-Roussillon, terrain quartier Sainte-Anne, Montpellier.
L’église Sainte-Anne, dont la silhouette est devenue familière aux habitants de Montpellier, n’est qu’un exemple parmi bien d’autres de la floraison d’églises « néo » que le XIXe siècle a vu éclore partout en France. La vétusté de nombreux édifices qui avaient eu à souffrir des débordements révolutionnaires, ajoutée à l’accroissement démographique du milieu du siècle, explique cette vague de reconstruction qui se fait en deux grandes étapes, avec les premières réalisations dans les années 1840-1850, et une deuxième vague de constructions dans les années 1860-1880. Nous laisserons ici de côté l’étude de l’architecture néo, de sa signification profonde qui s’inscrit dans un fort courant de pensée historique (récupération du passé national, continuité dans la généalogie de la France, etc.) 1. Notre propos est de nous préoccuper uniquement de l’insertion d’un « monument » dans un tissu urbain ancien. En effet, concevoir un édifice imposant, l’intégrer dans un tissu dense pose bien des problèmes et oppose bien des conceptions. L’attitude des responsables, au siècle dernier, est à cet égard fort différente de celle qui règne de nos jours dans les classes dirigeantes. Il n’existait pas alors de « monument classé » et encore moins de « secteur sauvegardé » ; mais, si l’on agissait sans timidité à l’égard de ce que nous appelons aujourd’hui le « patrimoine architectural », les références culturelles n’étaient pas absentes comme nous essaierons de le démontrer, références culturelles qui/que conditionnent une idéologie. C’est à travers l’étude des différents projets concernant la reconstruction de Sainte-Anne que nous tenterons une approche de ces idéologies.
C’est en effet une longue histoire que celle de la reconstruction de l’église Sainte-Anne. Partons de l’époque révolutionnaire.
Les bâtiments, église, sacristie, cour, bûcher et petit jardin attenant sont estimés 11.250 livres le 8 floréal an III, jour de leur vente publique comme biens nationaux. Aucun acquéreur ne se présente et une nouvelle mise aux enchères a lieu le 23 floréal an III 2. Le tout est acquis au prix de 66.000 livres par les citoyennes Bardy. En 1820, par un contrat de location, on apprend que l’église est redevenue lieu de culte et que la municipalité la loue pour 500 F. 3 Quelques années encore et la municipalité désire acquérir l’édifice : elle vote dans ce but une allocation de 12.000 F. nous sommes en 1836 4, l’église a besoin de réparations. Cependant ce vote reste sans suite alors que le curé et les membres du Conseil de fabrique adressent des pétitions au maire pour lui signaler l’étroitesse de leur église par rapport à la croissance démographique de la paroisse 5. L’architecte de la ville est chargé d’étudier un projet d’agrandissement. De ce projet, nous ne savons rien. Les années passent et l’édifice se dégrade de plus en plus, si bien qu’en 1845 un rapport parle de lézardes, de voûtes qui s’affaissent, d’arcs qui poussent les murs 6. L’année suivante, la propriétaire de l’église réclame une révision du montant du loyer 7. Dans sa correspondance avec le maire, elle rappelle qu’elle est fortement sollicitée par des entrepreneurs très désireux de lui acheter l’église afin de construire sur son emplacement : « … des maisons et boutiques qui seront évidemment avantageuses vue la circonstance où de nombreuses maisons ont été démolies aux alentours du Palais de Justice et vu l’entrainement général qu’il y a aujourd’hui pour les entrepreneurs de faire de nouvelles constructions » 8. En riposte, la municipalité décide l’expropriation de l’église pour cause d’utilité publique le 20 Juin 1846, le juge de Paix du 1er canton est nommé commissaire-enquêteur, l’enquête publique a lieu le 24 Juin 9.
Onze parcelles de l’île Sainte-Anne sont concernées par l’expropriation 10. L’expropriation est prononcée. L’architecte de la ville peut alors préparer un projet de reconstruction de l’église sur le même emplacement, projet dans lequel la superficie de l’église passe de 469 m² à 914 m². Le maire l’approuve le 15 avril 1847 une estimation évalue le montant des travaux à 365.695 F. dont 160.000 F. pour la construction proprement dite 11.
Mais, en fait, ce projet est le troisième à avoir été étudié deux autres l’ont précédé au début de l’année 1847, sans doute sur des suggestions des membres du Conseil de Fabrique, comme en témoigne la correspondance qu’ils adressent au maire à ce moment-là. C’est ainsi par exemple qu’ils désignent le meilleur emplacement possible : « … une reconstruction devient indispensable… La place du Petit Scel étant le point central de la paroisse, c’est là sans doute que l’administration municipale jugera à propos de faire la nouvelle construction. Elle verra s’il convient de sacrifier l’île de la maison Donnadieu en prenant la ruelle, peut-être même la maison Berryer, ou enfin l’île des maisons Cabrol et Lunaret » 12. Il ne s’agit donc plus d’un simple agrandissement. Au cours d’une délibération, les membres du Conseil de Fabrique approuvent le projet numéro 3, moins ambitieux et moins cher que les deux précédents 13.
Dès lors que « l’administration » et la Fabrique sont du même avis, il reste à consulter la population sur l’opportunité des expropriations entraînées par le projet. Les choses vont bon train puisque le commissaire-enquêteur est désigné le 11 Août 1847 par le Préfet 14. L’enquête a lieu le 17 Septembre et, malgré quelques oppositions, la ville entame immédiatement la procédure d’acquisition des maisons dont l’expropriation a été prononcée 15.
Après les bouleversements politiques du milieu du siècle – Révolution de 1848, Coup d’État du 2 Décembre 1851 – les responsables de la municipalité montpelliéraine entreprennent des travaux d’importance, et notamment la construction d’une Halle, non sans avoir pris l’avis de Baltard 16. Le nouveau maire, Jules Pagézy a de grandes ambitions ; ancien industriel, protestant dévoué au bonapartisme, il entreprend de métamorphoser la ville percement de la rue Maguelonne, construction des Halles Castellane précédemment évoquée, alignement de la rue Saint Guilhem, des rues du Cardinal et de la Loge, travaux de voirie au Quartier des Abattoirs, construction d’un quai au Verdanson, etc. Dans tout cela, que devient le projet de reconstruire l’église Sainte-Anne ?
En février 1854, la Fabrique prie la municipalité de bien vouloir considérer à nouveau le projet 17 – Le Préfet invite le maire à faire voter les fonds nécessaires à l’indemnisation de la propriétaire 18. C’est chose faite le 1er mars 1856.
A partir de 1860, l’architecte de la ville élabore de nouveaux plans et propose un devis chiffrant le montant de la dépense 19. Le 15 Juillet 1862 le Conseil Municipal adopte à l’unanimité le projet qui lui est soumis. Désormais la reconstruction de l’église Sainte-Anne fait partie d’un vaste projet qui comprend 20 :
- l’ouverture d’une rue dite rue Impériale se dirigeant en droite ligne de l’axe de la promenade du Peyrou à l’Esplanade ;
- l’ouverture d’une rue se dirigeant vers Sainte-Anne sur l’axe de la nouvelle église à construire ;
- l’emplacement et la construction de cette église, ainsi que la place à établir devant sa façade ;
- l’ouverture d’une rue joignant la rue Impériale à la place Louis XVI ;
- le prolongement des rues des Carmes-du-Palais et de l’Amandier ;
- l’élargissement et le redressement d’une partie de la rue Astruc ;
- le redressement des rues Saint-Firmin et Rebuffy ;
- le prolongement et l’élargissement de la rue Terral ;
- le prolongement en ligne droite de la rue Rey ;
- l’élargissement d’une partie de la rue du Palais, d’une partie de la rue Massilian et de la partie de la rue Barralerie qui avoisine les nouvelles halles ;
- le prolongement de la rue Saint-Guilhem sur la rue Impériale ;
- l’élargissement et le redressement des rues Rosset, Aiguillerie, Embouque d’Or et Fabre ;
- la suppression de tout ou partie de l’impasse Dauphine, des rues du Peyrou, Dauphine, Albisson, de la Coquille, Astruc, Despeisses, Saint-Firmin, du Pistolet, Jausserant, Rebuffy, Cherche-Midi, Canabasserie, de l’impasse Chaleil, des rues Roucher, Rosset, Petite-Loge, Embouque d’Or, Fabre, des Augustins, de la place Jacques Cœur, d’Arènes, du Palais du Petit-Scel ;
- la construction de façades uniformes aux deux extrémités de la rue Impériale.
Quelques mois plus tard, l’évêque de Montpellier écrit au Maire en le priant de bien vouloir faire hâter l’ouverture du chantier ; le ton de la missive est très sec, il y rappelle les pouvoirs de l’évêque, notamment celui de modifier les limites des paroisses, celui d’en créer de nouvelles dans les faubourgs, par exemple, où l’augmentation de la population le requiert, il y rappelle aussi que dans ce cas, la municipalité doit supporter la charge de la construction des édifices 21.
Enfin, le 15 Janvier 1866, la première pierre est posée ; en Juillet 1869, la nouvelle église est livrée au culte.
Une fois déroulé le fil de l’histoire, notre propos est d’examiner les différents projets, les conceptions qui les sous-tendent et qui supposent différents types de relation à l’espace, les modifications intervenues dans leurs structures, leur évolution esthétique, leur déplacement dans l’espace urbain qui induit des changements de structures urbaines. Pour conclure, nous tenterons d’expliquer le hiatus qui sépare le(s) rêve(s) de la réalité.
L’église Sainte-Anne, on l’a dit, est devenue trop petite dans le deuxième quart du XIXe siècle. L’agrandir est une nécessité, mais elle se trouve enserrée par des maisons mitoyennes 22 (Fig. 1). Excepté l’église (parcelle 2082), les parcelles de l’île Sainte-Anne sont de faible surface et de forme allongée. Si bien que l’espace vital réservé aux habitants est étroit et que, pour lutter contre cet inconvénient, ceux-ci ont eu tendance à s’évader par le haut. Ainsi, un rapport signé de l’architecte de la ville signale qu’un des propriétaires a non seulement bâti un tuyau de cheminée sur le toit de l’église mais qu’il a en outre ouvert de nombreuses fenêtres sur la cour et les bas-côtés – par où ses locataires jettent des ordures – et édifié une terrasse (sa parcelle fait 52 m²) ; un autre a procédé semblablement en exhaussant une partie de sa toiture pour y établir une terrasse avec vue directe sur la sacristie et accès sur le toit de l’église 23.
Mais voyons précisément les deux projets de Janvier 1847.
Le projet numéro 1 envisage la reconstruction de Sainte-Anne dans l’île Poitevine (Fig. 2). En déplaçant ainsi le lieu de culte dans un autre îlot, on modifiera profondément des habitudes et des trajets très anciens. Ensuite, cela nécessite de prévoir un projet global, avec remodelage du « quartier ». Situer l’église à cet emplacement, c’est enfin mettre l’accent sur le « monumental » : en effet, au voisinage immédiat de la future église, se trouve le Palais de Justice, la Promenade du Peyrou, la Porte du Peyrou. Il y a donc volonté de créer un ensemble architectural de vastes proportions, dans un lieu précis, à l’opposé de l’axe commercial traditionnel 26. Une place (121×42 mètres) depuis la façade de Sainte-Anne doit longer la façade orientale du Palais de Justice, prolongeant ainsi le dégagement fermé par une balustrade – accôtée de deux fontaines – que Charles Abric a conçu pour terminer le Palais de Justice. Tout cela requiert des travaux d’importance, tant par l’ampleur des démolitions que par les terrassements à faire puisque nous sommes là sur les pentes de la colline du Peyrou. Le percement de deux rues parallèles complète le projet l’une dans l’axe du Peyrou, l’autre à la place de la rue du Palais. Pour la première fois, on matérialise sur un plan ce qui va devenir le grand projet du second Empire : la percée d’une rue dans l’axe du Peyrou.
Pour ne bâtir que l’église, on doit utiliser 17 parcelles de l’île Poitevine, soit 2226 m² 27. Elles sont de taille irrégulière, les plus petites se groupant plutôt au sud de l’îlot ; la plus grande de ces parcelles atteint 880 m², quatre autres ont des dimensions moyennes (310, 270, 250, 172 m²) quoique leur forme soit assez irrégulière ce qui peut laisser supposer qu’elles ont été constituées par des achats successifs. Quant aux autres, ce sont des parcelles de petite taille et de forme allongée régulièrement perpendiculaires à la rue qu’elles bordent. D’après des exemples étudiés ailleurs, la régularité des parcelles et leur densité accompagnent en général la spécialisation artisanale de l’îlot concerné 28. C’est ce que semble indiquer l’Estimation des propriétés à acheter qui indique parmi les propriétaires : un menuisier, un ancien serrurier propriétaire de plusieurs parcelles contiguës, un bouchonnier. Pourtant, cela ne fait que trois artisans au total dont un retiré des affaires. Peut-être avons-nous là un îlot en cours de mutation, qui d’artisanal acquiert peu à peu les caractéristiques des îlots plus résidentiels.
L’église elle-même se présente comme un édifice de plan central, cruciforme, avec abside semi-circulaire en hors-œuvre, orientée au sud (long. 40,5 m., larg. 30 m.) 29. Cependant le plan au sol est trop sommaire pour qu’on puisse y lire l’élévation projetée de l’édifice ; en général, ce type de bâtiment reçoit une coupole comme couverture, du moins dans la tradition de l’architecture « classique ». Par ailleurs, il est prévu de masquer le chevet de l’église par des constructions « à pan coupé » en coin de rues ; sans doute est-ce là une tentative pour masquer le défaut esthétique, sur l’arrière de l’église, dû à la forte pente, mais c’est aussi un moyen de rentabiliser au maximum le terrain dégagé.
Ainsi, jeu de volumes, ce plan ramassé, trapu, ne se conçoit que par opposition aux structures anguleuses du Palais de Justice. On associe des volumes plutôt sphériques à des cubes et on les organise autour d’une vaste esplanade nue, cela n’est pas sans rappeler les exercices de style sur les « villes idéales » dont la Renaissance nous a donné tant d’exemples, dont nous aurions en quelque sorte là un dernier rejeton abâtardi. Dans ce cas, la symbolique d’un tel projet est aisée à décrypter. Le Palais de Justice est le temple de Minerve, la porte du Peyrou devient un Arc-de-Triomphe (puisqu’on la dégage de sa gangue de remparts) 30, la future église correspond à une basilique, la place relie l’ensemble et l’on a ainsi un forum, lieu de convergence de toutes les activités des citoyens et symbole pour les classes au pouvoir. L’argument des concepteurs est d’ordre politico-culturel sans référence aucune à des notions de modernisation ou de salubrité. La conséquence immédiate de ce premier projet serait de couper l’église du cœur de la paroisse, centre où se mêlent les différentes catégories socioprofessionnelles, en la reportant sur la périphérie dans un lieu en cours d’embourgeoisement accéléré, pour témoigner d’un autre ordre.
Pourtant, sans doute conscient de la grandiloquence de ce projet, l’architecte prévoit un second, moins gigantesque car moins monumental (Fig. 3). Il s’agit de rebâtir Sainte-Anne à cheval sur trois îlots : Sainte-Anne, Gouan et Jausserand 31. On maintient l’église dans son environnement primitif au cœur de la paroisse, mais on l’oriente nord-sud et l’on agrandit la place du Petit-Scel. Dans l’axe de la nouvelle église, la rue du Petit-Scel est élargie à 10 m., prolongée par la rue des Tondeurs. Au croisement de ces rues avec la rue Saint-Firmin, on aménage une place grâce aux pans coupés des immeubles d’angle reconstruits. De nombreux alignements doivent rectifier le tracé irrégulier des rues de la paroisse, transformant ce dédale de voies étroites, tortueuses, en un réseau de voies rectilignes, larges, aérées, où la circulation est aisée et l’église facilement repérable.
Aligner, percer, redresser, voilà ce qui domine ce projet. Aligner surtout. C’est un moyen de moderniser une rue par un refaçadage qui masque une réalité jugée anachronique ; c’est aussi à Montpellier comme à Paris, répondre aux besoins d’une circulation en augmentation, car la rue, outre sa fonction de lieu d’échange, acquiert une fonction sociale comme lieu de rencontre, de déambulation, de parade. Son décor doit changer en même temps que les valeurs de la classe dominante ainsi doit-on élargir la rue de l’Amandier à 7,5 mètres comme la rue Sainte-Anne et la rue Philippy. L’église située au centre servira de pivot, de point de convergence de tout un réseau de rues bordées d’immeubles mieux adaptés aux modèles que la bourgeoisie provinciale a élus. Finies les maisons étroites à trois ou quatre petits étages. Les classes aisées et moyennes souhaitent désormais des « appartements » plus vastes et mieux éclairés qui sauvegardent l’intimité de la famille tout en permettant un certain décorum indicateur de niveau de vie et de culture 32. Le projet numéro 2 risque donc d’induire une modification sensible de la composition sociale du quartier, telle que l’indique l’Estimation des propriétés sur l’emplacement desquelles on propose de construire Sainte-Anne 33.
Parmi les propriétaires, on compte quatre artisans : un potier d’étain, un menuisier, un cordonnier, un plâtrier. D’autres se déclarent « négociants » avec ce que ce mot comporte d’ambiguïté. Parmi les locataires, une majorité appartient au petit peuple des villes : travailleurs du bâtiment (plâtriers, maçons, tailleurs de pierre), travailleurs de la terre (jardiniers, cultivateurs), artisans (cordonniers, tailleurs, boulangers), travailleurs du négoce (marchands de bois, marchands de vin, traiteurs), ouvriers en chambre (les femmes paraissent être les plus nombreuses dans ce cas : repasseuses, couturières), employés et petits fonctionnaires (chemin de fer, octroi, services municipaux) 34.
Pour être moins spectaculaire sur le plan « monumental », le projet n° 2 n’en a pas moins d’envergure par tout ce qu’il induit comme modification de la morphologie de la paroisse Sainte-Anne.
Dans le cas du premier projet, le centre de la paroisse symbolisé par l’église aurait été déplacé vers la périphérie, dans le cadre du second projet l’édifice serait devenu le point central d’une paroisse dont les structures sociales devaient éclater comme devait éclater le réseau des anciens cheminements sous la pioche des démolisseurs.
Ces deux études ne dépassent cependant pas le stade de l’avant-projet. Le projet numéro 3 (Fig. 4), œuvre d’un nouvel architecte, fait revenir à davantage de mesure. L’église sera reconstruite sur le même emplacement, mais sur toute l’étendue de l’île Sainte-Anne. En contrepartie, la forme de l’édifice s’adaptera à la forme générale de l’îlot. On abandonne l’idée d’un bâtiment à plan central et on prévoit une église de plan trapézoïdal avec abside demi-circulaire et un portail occidental précédé de trois degrés 35. Au-devant de la façade, on dégage un vaste parvis séparé de la rue par un rang de bornes et quelques marches. Ce parvis s’avance jusqu’à l’alignement de la rue du Petit-Scel élargie à 10 mètres. Sur ce qui reste de l’île Jausserand, on crée une place (24,5 x 65 mètres) 36.
Le point commun entre ces trois projets, éclos en quelques mois à la fin de la Monarchie de Juillet est la transformation de l’église en « monument » isolé. Alors qu’elle était une bâtisse mal définie, indistincte au milieu des immeubles d’habitation voisins, imbriquée dans les constructions clandestines des locataires mitoyens, l’église est devenue en ce milieu du XIXe siècle monument représentatif où doit se reconnaître la bourgeoisie dominante. Par ailleurs, ville prospère, Montpellier est aussi une ville intellectuelle où l’on reprend sans doute en écho les querelles du temps sur le rôle de l’architecture, sur les formes à adopter pour les édifices publics ou non, sur l’origine de l’art français. Doit-on continuer à utiliser les formes du classicisme ? Peut-on adopter les nouvelles tendances médiévales. Les notables locaux que l’on rencontre aussi bien à la Mairie qu’au Conseil du Musée, qu’à la Société d’Archéologie, qu’à l’Académie, ignorent d’autant moins ces questions que leurs collègues nîmois viennent de confier à Questel, dont la gloire est grandissante, le soin d’édifier l’église Saint-Paul ; le style néo-roman de cette église marque la première manifestation de la renaissance médiévale dans le Midi de la France 37. Cependant, les trois projets concernant Sainte-Anne, offrent peu de détails sur le style de la construction.
Tout reste en suspens, nous l’avons vu, au début des années 1860. Le 15 avril 1860, le Curé de Sainte-Anne, l’abbé Sabatier est décidé à hâter les choses. Il lance une souscription auprès des paroissiens et des habitants de la ville pour recueillir 100.000 F. destinés à financer partiellement les travaux de reconstruction de son église 38. Pendant ce temps la municipalité mûrit ses projets ; la fièvre de la construction ne quitte plus la municipalité ; Pagézy qui, souhaitant rivaliser avec Paris, consulte Haussmann, Préfet de la Seine 39, comme elle avait consulté Baltard. L’axe ouest-est Peyrou-Esplanade est en préparation. La reconstruction de Sainte-Anne est intégrée à ce projet global et approuvée le 15 Juillet 1862 (Fig. 5), la somme de 610.000 F. destinée à couvrir la dépense est également votée. L’enquête publique qui suit (octobre 1863) manifeste l’inquiétude de quelques-uns des propriétaires riverains de la place du Petit-Scel car, disent-ils : «…rien n’exige qu’on construise une église qui soit vue de loin…».
C’est qu’en effet l’édifice que l’on propose aux habitants de la paroisse, lors de cette quatrième version, est. de vastes proportions, destiné à en imposer. Formée d’un seul vaisseau de trois nefs et d’une abside orientée, l’église doit occuper l’île Sainte-Anne et l’île Jausserand ; à l’extérieur les murs sont rythmés par des contreforts en légère saillie ; un clocher-porche se dresse en avant de la nef dans l’axe duquel aboutit une rue rectiligne s’ouvrant sur la rue Impériale à hauteur du Palais de Justice. Ainsi pourra-t-on voir depuis l’église Sainte-Anne les volumes hyperclassiques du Palais de Justice.
L’architecte de la ville, Cassan, a donc repris une idée qui hante depuis quelques décennies le subconscient des notables montpelliérains : intégrer le complexe Peyrou-Arc de Triomphe-Palais de Justice dans le système urbain, faire de ces greffes monumentales les supports d’un urbanisme volontaire.
Un commentaire imprimé du rapporteur du projet accompagne les plans où G. Bazille tente de dédramatiser une situation vécue comme traumatisante par beaucoup de montpelliérains directement concernés par les expropriations, soit à titre de propriétaires, soit comme locataires.
Il décrit ainsi les aménagements proposés :
« Grâce à ces démolitions – celles de l’île Sainte-Anne et Jausserand – la nouvelle église complètement isolée de tous côtés, sera d’un accès des plus faciles pour les piétons et les voitures. Devant la façade s’ouvrira une place semi-exagonale (sic), formée des maisons de Lunaret, Pradier, de quelques mètres pris à la rue Jausserand et d’une partie de la place du Petit-Scel.
Cette nouvelle place aura 31,50 mètres de long sur 19 mètres de large… La rue Dauphine, redressée et élargie à 10 mètres se dirigera perpendiculairement sur le milieu de la façade de Sainte-Anne. Elle part de la rue Impériale et formera une fort belle avenue assez large, assez longue pour que dans tout son parcours la façade et le clocher de l’église forment une heureuse perspective » 40.
Par rapport aux projets précédents, si on éventre littéralement le quartier Sainte-Anne, tous les aménagements se font en fonction de la rue Impériale et on ne prévoit plus de passage à travers le quartier, par exemple pour rejoindre la rue Saint-Guilhem. La nouvelle rue Sainte-Anne est essentiellement conçue pour le coup d’œil, pour la mise en scène de la ville, pour valoriser l’église. La place semi-hexagonale doit permettre le développement de belles façades, même si G. Bazille ne prononce pas les mots pourtant attendus de monumentales et uniformes, employés pour les immeubles à construire aux deux extrémités de la rue Impériale 41. Or, il y a problème esthétique et G. Bazille en est conscient puisqu’il parle « d’heureuse perspective » comment obtenir la régularité souhaitée pour la place si on n’impose pas une harmonie des volumes ? L’univers citadin tel que le conçoivent Pagézy, Bazille et Cassan ne repose que sur les rapports entre les masses bâties : le Palais de Justice d’un côté, un peu massif ; la rue ; à l’autre bout, l’église Sainte- Anne et son clocher.
Le clocher de Sainte-Anne, voilà le nouveau phare urbain. Voilà la nouveauté d’un Montpellier où la cathédrale a été qualifiée de « ridicule » par Stendhal 42, où les églises paroissiales ne se distinguent pas des maisons qui les environnent.
Le style de la nouvelle église ? 1862 le gothique triomphe on fera donc du gothique, mais pas n’importe lequel, du gothique du XIIIe siècle : « … époque où l’art gothique était arrivé à son plus haut point de pureté et de perfection » 43. G. Bazille décrit ainsi la future église :
« Le vaisseau intérieur se composera de trois nefs voûtées d’égale hauteur, 18 mètre du sol à la clé de voûte. Cette disposition se retrouve dans plusieurs églises gothiques remarquables, entre autres les cathédrales de Poitiers et de Limoges ; fort approuvée par Monsieur Viollet-le-Duc, un de nos architectes les plus distingués, elle est d’un heureux effet pour la perspective et convient surtout éminemment à une église qui n’est pas d’une très grande étendue » 44.
On recherche le patronage de Viollet-le-Duc pour justifier du choix d’un style, car celui-ci jouit d’une telle réputation que son seul nom doit faire taire toutes les objections pourtant, à ce moment-là, le gothique triomphe sans partage. Mais, après tout, la municipalité montpelliéraine avait déjà demandé conseil à Baltard pour les Halles, elle avait écrit à Haussmann quand il s’était agi de percer une rue, il était normal qu’elle invoque le troisième homme de la trilogie impériale.
Pourtant, dans le cas de l’église, c’était prévenir des objections qui n’eurent pas lieu, car, lors de l’enquête publique, le curé, suivi d’un millier de paroissiens, se déclare satisfait du projet sans la moindre allusion au style 45. Enfin, l’église est commencée en janvier 1866 et entièrement terminée en mai 1872.
En ce qui concerne les autres aménagements, rue Impériale d’abord, rue Dauphine dans l’axe de l’église ensuite, la municipalité Pagézy connaît d’énormes difficultés, parmi lesquelles l’hostilité de quelques éminents propriétaires et le manque de fermeté du Ministère de l’Intérieur dans son soutien pour faire admettre l’opportunité de certaines expropriations, si bien qu’à la chute de l’Empire rien n’est arrêté. En 1874, «…la population demande à être tirée des ruines amoncelées autour d’elle », selon l’expression du nouveau Conseil municipal qui reprend les projets à son compte. On abandonne alors le projet de rue allant de la façade de l’église à la rue Nationale – en changeant de régime, on a rebaptisé la rue -, on maintient les rues Despeisses, Astruc, Dauphine entre la rue des Carmes du Palais et la Place du Petit-Scel.
Mais l’église se dresse au centre de la paroisse telle que les plans de Cassan l’avaient prévue. A une réserve près. L’île Sainte-Anne n’a pas été entièrement démolie ; malgré la volonté d’isoler le monument des maisons d’habitation, celles-ci occupent toujours son chevet.
Avant de conclure, évoquons un instant le Montpellier antérieur aux transformations dont nous avons essayé de faire revivre le difficile accouchement. Voici tout d’abord l’avis de J.-J. Rousseau : « Montpellier est une grande ville fort peuplée, coupée par un immense labyrinthe de rues sales, tortueuses et larges de six pieds ». Voici ensuite celui de Stendhal : « Montpellier est une des laides villes que je connaisse… on monte et on descend sans cesse ; ce sont de petites rues étroites jamais 25 toises en ligne droite… Pas d’églises…» 46. Opinions peu flatteuses, mais que G. Bazille espère bien voir modifier : « Montpellier, terminé vers le nord par le Peyrou… ; au centre la flèche hardie de Sainte-Anne ; au sud, les deux tours pyramidales de Saint-Roch, offrira un panorama très remarquable… Il n’y aura plus lieu d’appliquer à notre cité le surnom peu flatteur, mais expressif, sous lequel la désignent parfois les gens même du pays, et que justifie, jusqu’à un certain point, l’amas de maisons grises, sans saillies, entassées les unes sur les autres, qui fait ressembler Montpellier à un tas de pierres sortant de la carrière » Car c’est bien à une remise en ordre de l’espace urbain que l’on assiste. D’un amas de maisons, on veut faire surgir un édifice identifiable immédiatement repérable de très loin. On conçoit donc un monument isolé, quel qu’en soit le plan, en rupture avec le passé monumental de la ville. Lors de la réalisation pourtant, on ne va au bout du projet finalement retenu ; on laisse quelques maisons au chevet de l’édifice, on ira même jusqu’à bâtir un mur entre les murs des bas-côtés et les maisons voisines de manière à masquer complètement l’abside. On reconstitue le « cordon ombilical » qui attache l’église à ses paroissiens, à son tissu urbain traditionnel.
D’un lacis de ruelles étroites, enchevêtrées, on veut faire surgir le cheminement rationnel, volontaire, qui doit faciliter les communications avec les autres zones du centre. On prévoit à cet effet dans tous les projets étudiés des rues larges, aérées, droites ou redressées. Qu’en est-il sur le terrain ? Aucune de ces rues n’a été percée (exceptée la rue Impériale-Nationale-Foch, et encore incomplètement), seule la rue Philippy a été élargie à 7 mètres. Le réseau traditionnel de communications, là encore, est sorti presque indemne des travaux, comme la toile d’araignée qui se reconstitue à peine déchirée sitôt Sainte-Anne reconstruite, elle est à nouveau prisonnière du « quartier ».
D’une place irrégulière, trop petite pour contenir les foules les jours de fêtes, de défilés, de procession, on a voulu faire un espace régulier, ordonné, symétrique. Là encore, on a en réalité conservé un espace irrégulier, biscornu, au sol irrégulier, espace bâtard, ni rue ni place, espace innommé dont la place du Petit-Scel occupe un des angles (Fig. 6).
Ainsi peu à peu s’est resserrée la peau de chagrin des ambitions cristallisées par le projet de rebâtir Sainte-Anne ; cette église voulue comme une gloire, destinée à être admirée de loin, dans une perspective, surgit brutalement, par où qu’on l’aborde, de rues étroites dominées par les soixante cinq mètres du clocher.
Le poids du passé, de la tradition, l’a emporté, la logique des conceptions successives n’a pu être respectée. L’image de l’urbanisme nouveau s’est reporté sur la rue Nationale, tronquée elle aussi.
Notes
1. FURET (F.), La naissance de l’Histoire, H-Histoire, n° 1, Mars 1939, p. 11-41.
2. Arch. Mun. M2/1 Sainte-Anne, Expropriations.
3. Ibid.
4. Arch. Mun. M 2/1 Sainte-Anne, Expropriations. Pour les problèmes de locaux religieux et d’entretien voir LAVEDAN (P.), Église néo-gothiques, dans Mélanges René Jullian, A travers l’Art Français (du Moyen-Âge au XXe siècle), Archives de l’art français, nouvelle période, tome XXV, 1978,pp. 351-359 ; il y rappelle que les édifices religieux appartiennent aux communes d’après l’article 646 du Code Civil et que, d’après une note du Ministère de l’intérieur en date du 16 octobre 1841, « Les fabriques ont la surveillance de l’entretien ; les communes ont construction, reconstruction, réparation ». A cela, l’évêque de Toulouse répond : «…les projets de construction de ces édifices sont confiés à des hommes de l’art – les architectes – qui, souvent, ignorent les prescriptions des saints canons… ».
5. Arch. Mun. M 2/1 Sainte-Anne, Expropriations. Pétition du 18 novembre 1836.
6. Arch. Mun. M 2/1 Sainte-Anne. Rapport sur l’état des constructions de l’église, 11 Juillet 1845. Anonyme.
7. Arch. Mun. M 2/1 Sainte-Anne. Lettres du 7 novembre 1845, puis du 27 avril 1846 et du 3 Juin 1846.
8. Le Palais de Justice est alors en pleine reconstruction ; la première pierre a été posée le 1er mai 1846. La spéculation va bon train semble-t-il.
9. Arch. Mun. M 211 Sainte-Anne, Expropriations. Nomination du Commissaire enquêteur.
10. Arch. Mun. M 2/1 Sainte-Anne, Expropriations. Extraits des plans d’alignement et du Cadastre de la Ville de Montpellier.
11. Arch. Mun. M 211 Sainte-Anne, Expropriations. Projet n° 3, lIe Sainte-Anne, estimation des propriétés sur l’emplacement desquelles on propose de construire l’église Sainte-Anne, valeurs des matériaux de ces maisons et de la construction de l’église.
12. Arch, Mun. M 2/1 Sainte-Anne, Expropriations. La maison Donnadieu porte le numéro cadastral 2098 sur la place du Petit-Scel en tournant le dos à la rue Despeisses ; l’île où se situent les maisons de Lunaret et Cabrol est l’île Jausserand.
13. C’est le 18 Avril 1847 qu’a lieu cette délibération.
14. Arch. Mun. M 2/1, Sainte-Anne, Expropriations. Lettre du Préfet de l’Hérault au maire de Montpellier le Préfet écrit : « Il serait bon que les déclarations fussent reçues un dimanche ou bien le soir après la cessation des travaux agricoles pour la commodité des habitants ». Ceci en dit long sur l’importance des « jardiniers » dans ce quartier pourtant entièrement urbain.
15. Arch. Mun. M 2/1 Sainte-Anne, Expropriations. Lettre du 8 décembre 1847 adressée par le Maire au Préfet : «…on doit persister à acquérir des maisons petit à petit… Ainsi a été arrêtée l’expropriation de l’église Sainte- Anne… ».
16. Arch. Mun., 102, Rue Nationale I.
17. Arch. Mun. M 2/1 Sainte-Anne, Détail des travaux 1847-1891-1940.
18. Arch. Mun., M 2/1 Sainte-Anne, Expropriations. Lettre du 1er Mai 1854.
19. Arch. Mun. M 2/1 Sainte-Anne, 359.164,33 F. pour la construction de l’église et de la tour ; 171.921,25 F. pour le clocher et la flèche.
20. Délibération du Conseil municipal du 25 Mars 1863 ; cf. Catalogue de l’Exposition Centenaire de la Rue Foch CNRS – Ville de Montpellier, Musée Fabre, Février 1979.
21. Arch. Mun. M 2/1 Sainte-Anne, Lettre de l’évêque de Montpellier au maire, le 28 novembre 1863.
22. Arch. Mun., Cadastre 1825, fol. 25, 26, 27.
23. Crayon aquarellé, par Jean-Joseph Bonaventure, Laurens, carton 9, Bibliothèque Inguimbertine, Carpentras ; reproduit dans notre ouvrage Illustration du Vieux Montpellier, Aubanel, 1977, pl. 103 édifice que nous avions injustement identifié comme étant l’ancienne église du couvent des Carmes. Nous pensons aujourd’hui qu’il s’agit de l’ancienne église Sainte-Anne. En effet, les ruines peintes par J.-J.B. Laurens correspondent au cadastre de 1825 : un mur de façade nu dans lequel s’ouvre un portail central, un bas-côté droit de deux travées, une abside semi-circulaire désaxée par rapport au portail.
24. Cf. supra la lettre de Mme de Vibrac. Quelques mois plus tard, en 1852, Montpellier aura sa colonnade dorique avec la gare. Le néo-classicisme donne à plein.
25. Cf. Mireille LACAVE, op. cit., pl. 82 s. et 93-94.
26. Cf. Catalogue de l’Exposition « Centenaire de la Rue Foch ».
27. Arch. Mun. 2/1 Sainte-Anne, Expropriations. Estimation des propriétés sur l’emplacement desquelles on se propose de construire l’église Sainte-Anne, Projet n° 1, Île Poitevine. Signalons une erreur, il s’agit de 2458 m2 au lieu des 2226 portés sur l’estimation.
28. Cf. Fr. BOUDON, A. CHASTE L, H. COUZY, Fr. HAMON, Système de l’architecture urbaine, Le quartier des Halles à Paris, CNRS, 1977.
29. Le plan est à l’échelle 1/2000e.
30. L’idée de dégager une porte de ville pour la transformer en Arc-de-Triomphe a été reprise récemment à Montpellier par Marc Saltet, architecte en chef des Bâtiments Civils et Palais Nationaux, dans le Plan Permanent de Mise en Valeur et de Sauvegarde de Montpellier il s’agit dans ce cas de la porte de la Blanquerie située au bas de la rue de l’Université, érigée à la fin du XVIIIe siècle.
31. Arch. Mun. M 2/1 Sainte-Anne, Expropriations. Avant-Projet n° 2, Estimations des propriétés sur l’emplacement desquelles on propose de reconstruire l’église, Île Gouan, Sainte-Anne et Jausserand, signé l’architecte de la ville 18 Janv. 1847.
32. Cf. AYMONINO (C.), Le rôle des Capitales au XIXe siècle, texte introductif publié dans Cahiers de la Recherche Architecturale, n° 1, pp. 57-71.
33. D’après ce document, le coût de la construction s’élèverait à 200.000 F. auxquels viennent s’ajouter les 323.000 F. nécessaires à l’acquisition des maisons directement utiles à la construction ; soit à peu de chose près la même somme que pour le projet n° 1.
34. Les registres d’État Civil avec mention des parrains pour les baptêmes constituent des sources précieuses. Notre propos n’est ici qu’indicatif. Un simple sondage fait apparaître pourtant que les couches plus aisées de la population – négociants en vin, membres des professions libérales, rentiers propriétaires, membres de l’Université – vivent à la périphérie de la paroisse Sainte-Anne dans les rues Saint-Guilhem, Saint-Firmin, de la Valfère. Cf. pour la période haussmannienne A.-M. FABRE, Régénération urbaine à Montpellier, 1852-1885, Rénovation, Haussmannisation, Stratégie de Classe, Mémoire de Géographie Urbaine, Université Paul Valéry, octobre 1977. Et aussi Catalogue de l’Exposition « Centenaire de la Rue Foch ».
35. Arch. Mun. M 2/1 Sainte-Anne, Expropriations. Projet n° 3, Estimations des propriétés sur l’emplacement desquelles on propose de construire l’église Sainte-Anne, 1847.
36. L’église mesure 25 m. en façade, contre 15,5 m. à l’arc triomphal. Sa construction coûterait 160.000 F. auxquels s’ajoutent 230.695 F. pour l’acquisition des maisons de l’île Sainte-Anne.
37. FOUCART (B.), Comment peut-on aimer une église du XIXe siècle, ou de la réhabilitation au pastiche, dans Les Monuments historiques de la France, 1974, 1, pp. 64-71.
38. Arch. Mun. M 2/1 Sainte-Anne, Souscription lancée le 15 Avril 1860. Précisons que l’abbé Sabatier est curé de la paroisse depuis au moins 1837 puisqu’il est déjà signataire des pétitions adressées au maire, cette année-là.
39. Catalogue de l’exposition « Centenaire de la Rue Foch ».
40. Arch. Mun., Rapport sur les églises Sainte-Anne, Saint-Roch, le Temple Protestant, la rue Impériale, par G. Bazille, lu le 12 Juillet 1862 au Conseil Municipal.
41. G. BAZILLE, op. cit. et Catalogue de l’Exposition « Centenaire de la Rue Foch ».
42. Journal de voyage, 1838.
43. Cf. M USSAT (A.), A propos des interprétations de l’architecture gothique, dans Mél. René Jullian, 1978, pp. 69-75 « La cathédrale dont Viollet-le-Duc décrit le modèle dans le Dictionnaire dès 1856 est le symbole de la nationalité française. De cette nation en formation, Guizot, dès son cours de la Sorbonne en 1828-1830 sur l’Histoire de la Civilisation en Europe, puis Mignet et Augustin Thierry définissaient la nature profonde à savoir l’union de la monarchie et du tiers état, c’est-à-dire en réalité la bourgeoisie montante ». Et plus loin : « Déjà en 1852, le fondateur des Annales Archéologiques, l’abbé Didron saluait les deux cents églises néogothiques en construction ». Ne faisait-il pas comme le moine Raoul Glaber évoquant à l’aube de l’an mil le blanc manteau d’églises dont se couvrait l’Occident… ?
44. G. BAZILLE, op. cit., p. 6.
45. Arch. Mun., 102 Rue Nationale I, Registre d’enquête publique avec annexes.
46. J. MAHONDEAU, J. FABRE de MORLHON, Montpellier Révélé, 1966, pp. 11 et 14.
