Un centenaire piscénois : Mgr Justin Paulinier (1881-1981)
Un centenaire piscénois : Mgr Justin Paulinier (1881-1981)
p. 47 à 51
Il y a cent ans mourait à Besançon Mgr Justin Paulinier, archevêque de ce diocèse depuis 1875 1. Une conjonction d’anniversaires ecclésiastiques a rapproché en quelques mois quelques prêtres dont le rôle fut considérable, soit dans le Midi, soit dans l’Église de France : en 1980 le T.R.P. Emmanuel d’Alzon, fondateur des Assomptionnistes, familier de Lavagnac et la personnalité catholique la plus considérable du Languedoc vers 1860 2 la même année Félix de Las Cases, évêque de Constantine, retiré à Béziers où l’attachaient des liens de famille et enterré à Corneilhan en 1880 3.
Il n’est pas dans mon intention de rappeler les détails d’une vie sur laquelle l’attention a été attirée, voici peu d’année 4. De 1815 à 1831 Justin Paulinier vécut à Pézenas au sein de sa famille. Il y fréquenta le collège et, ceci est extrêmement important, fut en relation avec un prêtre assez étonnant, l’abbé Gabriel, alors desservant de la succursale Sainte Ursule : futur mentor du jeune Emmanuel d’Alzon à Rome, fervent de Lamennais, rallié à la théologie morale de Saint-Alphonse de Lignori dont l’introduction suscita de profonds remous au sein du clergé rigoriste de l’Hérault. M. Gabriel dut quitter le diocèse… en 1848 il est « démocrate » et curé de Saint Merry où il appela en chaire sous le Second Empire son ancien jeune paroissien devenu l’abbé Paulinier 5. De 1832 à 1847 Justin Paulinier est prêtre, professeur au Petit Séminaire de Saint-Pons, où il subit l’ascendant de l’abbé Martin d’Agde, puis de l’abbé Dubreuil (futur archevêque d’Avignon). En 1845 au Petit Séminaire de Montpellier il se lie avec l’abbé Segondy qui, devenu précepteur des enfants d’une famille noble près de Bruxelles, l’invitera à prêcher en Belgique 6. De 1847 à 1855 Paulinier est en effet missionnaire itinérant. Curé de Sainte-Ursule de Pézenas de 1856 à 1861, il lui échoie le redoutable honneur de prononcer l’éloge funèbre de Mgr Thibault. Il attire ainsi sur sa personne l’attention du très gallican Mgr Le Courtier qui en fit le curé de Saint-Roch, avant qu’en pleine guerre de 1870 et grâce à l’appui très efficace de ses amis Maret et Ramadié qu’il a accompagnés au Concile du Vatican, il ne devienne l’évêque de Grenoble.
C’est sur l’apostolat intellectuel de l’abbé Paulinier que nous voudrions insister ici. Une courte phrase peut le résumer : « unir la foi et la raison ».
Cet apostolat ne néglige pas ce que les curés et les vicaires d’alors avaient comme premier devoir enseigner la doctrine à l’enfance, c’est-à-dire le catéchisme. C’est à Saint-Roch que l’abbé Paulinier parvint à fonder pour les jeunes filles une Persévérance, comme l’avait fait dès 1844 son maître l’abbé Martin d’Agde, devenu curé de Saint-Denis. Le succès fut considérable. A tel point qu’un essai fut tenté pour les garçons qui marcha « assez bien » et qui dura deux ans. Tous les dimanches à onze heures, MM. de Rodez et de Serres (des Conférences de Saint-Vincent de Paul) lui amenaient en outre un groupe d’apprentis pour qui le curé faisait un « catéchisme raisonné ». Sans doute cette époque – entre 1860 et 1880 – est-elle celle où dans toute la France la foi connue a été la plus développée. Qu’on n’oublie pas en effet qu’aux « siècles de foi » (d’avant 1789), la grande majorité des enfants étaient analphabètes. Que ce nombre, pour les garçons, est devenu très rare vers 1860 au moins dans les villes traditionnelles (non ou peu ouvrières) comme Montpellier et dans les régions de plaine. Qu’on n’oublie pas non plus que jusqu’en 1882 l’instituteur fait réciter en classe la lettre d’un catéchisme que le curé explique le dimanche et durant les semaines qui précèdent la Première Communion. Les difficultés seront plus grandes, mais en général surmontées, après la loi de laïcité de 1882 qui eut au moins un effet bénéfique sur le plan culturel, celui de généraliser l’alphabétisation. M. Paulinier fut dont un catéchiste, dans la tradition des Borderies ou des Dupanloup 7.
Mais il s’adresse aussi aux adultes dans le soin qu’il accorde à la prédication. A défaut des textes eux-mêmes (et malheureusement) nous avons une liste de 27 sermons prononcés 129 fois à l’époque où il est prédicateur itinérant, entre 1845 et 1853. Où prêche-t-il alors ? Essentiellement de Bordeaux à Montpellier. N’oublions pas que le chemin de fer n’existe pas encore :
Ajoutons 6 fois à Paris (St-Merry et St-Thomas d’Aquin) et, ultérieurement en Belgique, ainsi qu’en d’autres villes du Midi, dont Uzès -, ceci avant qu’il ne devint évêque. Les titres des sermons nous éclairent au moins sur l’orientation donnée à la prédication : le dogme et la morale bien entendu. Pour le dogme on constate une très nette orientation christocentrique
… alors qu’on compte 7 prédications sur les « Bienfaits de la parole révélée », deux seulement sur la « Providence », sept sur l’enfer. Il y a là un net changement par rapport au début du siècle, période durant laquelle Jésus-Christ est le grand absent de la prédication qui met l’accent sur Dieu, le Dieu Terrible, le Vengeur de tous les crimes 8. Je ne sais comment M. Paulinier prêchait sur l’enfer, mais il est certain que l’accent mis sur la crainte de Dieu qui dominait vers 1815 a fait place à une prédication où l’amour occupe une place grandissante. Le rigorisme cède tous les jours du terrain à la piété ultramontaine plus indulgente aux hommes et l’on ne saurait négliger d’autre part les influences – à retardement – du romantisme dans la littérature. Peu à peu s’opère le passage du Dieu terrible au Bon Dieu.
La morale ? Le prédicateur insiste sur les manquements du temps : la « loi du dimanche » — 2 fois seulement cependant : il est vrai que notre liste s’arrête à 1853 à la veille de la formidable expansion viticole, génératrice du travail de l’ouvrier sur son lopin de terre ; le « respect humain » 7 fois ; les « devoirs des pères et des mères envers leurs enfants » 5 fois ; le « sensualisme » 5 fois ; la « réhabilitation de la femme par le christianisme » 7 fois (à noter cependant qu’aucun sermon ne fait référence à Marie dans son intitulé). Quatre types de sermon peuvent évoquer les problèmes sociaux du temps « la souffrance » 7 fois – sujet qui déborde évidemment les seules perspectives sociales – la « loi du travail » 8 fois, la « charité » 2 fois. Il est caractéristique de noter que les deux sermons les plus demandés portent l’un sur « l’indifférence pour le salut » (11 fois) dans une société où gagnent les valeurs matérielles ; l’autre « sur les pauvres et les riches » (12 fois) où l’auteur qui n’est pas précisément un prêtre social ni un démocrate, s’efforce de concilier ses aspirations à la liberté – avant tout il est un libéral – avec l’effroi qu’inspire à un conservateur les irruptions sociales de 1848. Ainsi le 12 juillet 1848 prononce-t-il à Saint-Jean de Pézenas, une allocution pour les victimes de l’insurrection ouvrière de juin à Paris, dont on sait combien elle fut mal reçue en province « La barbarie a menacé le monde… mais la civilisation a relevé la bannière de la France… Il appartenait à la religion de faire entendre des paroles de paix… Vous êtes les enfants du même père… Aimez-vous comme des frères… C’est au nom de l’égalité mal comprise que l’anarchie s’était levée ». Le moment paraît bien choisi pour demander aux riches leur conversion : « Riches, soyez donc chrétiens ! Laissez-moi vous le dire, vous avez oublié le Christ, l’indifférence a glacé vos cœurs… et si les ruines s’amoncellent vous pouvez frapper vos poitrines ». Occasion nouvelle de souligner combien rares étaient encore les retours dans des générations de « chapeaux noirs » formés au contact de Voltaire, de Rousseau ou de Béranger, donc restés très anticléricaux. L’effervescence n’a pas épargné Pézenas, aussi l’orateur met en garde contre la tentation d’obtenir par la force ce qu’il faut attendre de la justice : « Pauvres, soyez chrétiens… Vous avez des droits je le sais, il y a 18 siècles que le Christ les a proclamés ! Mais ces droits sont liés.., à des devoirs immenses ; respectez la justice, les lois, les propriétés… Jurons d’être chrétiens… et la République vivra ! ». L’abbé Paulinier contribua un peu plus tard à la formation d’une Conférence de Saint-Vincent de Paul à Pézenas ix. La « charité institutionnelle » s’y organisait, se substituant peu à peu à l’aumône individuelle.
Mais c’est avant tout les problèmes difficiles de la conciliation de la foi avec les idées libérales qui préoccupent l’abbé Paulinier. Il voulut faire face au progrès du positivisme, véritable « renouvellement des sources de l’incroyance » comme l’a écrit Roger Aubert, à un moment où, de Rome, les impulsions sont nettement opposées, qui condamnent fermement le libéralisme – impliqué dans la lutte pour l’unité italienne. Or dans une ville intellectuelle comme Montpellier, et plus généralement, partout où la bourgeoisie libérale donnait le ton – ce qui est le cas à Pézenas comme à Béziers – les sympathies religieuses quand elles existaient, penchaient du côté des libéraux ultramontains, tel Mgr Dupanloup, ou des libéraux gallicans, tel Mgr Maret. A Montpellier, face à un évêque plutôt discrédité – bien que gallican – par d’incessants conflits avec son clergé, le curé de Saint-Roch joua alors un rôle non négligeable dans la défense du catholicisme auprès de ces milieux intellectuels. Il organisa des conférences pour les hommes et, pour le Carême de 1864, réfutant Renan dont la Vie de Jésus venait de paraître, il attira dans cette église une foule d’hommes et de nombreux étudiants. Chaque semaine il réunissait chez lui des professeurs – dont le doyen Alexandre Germain, de la Faculté des Lettres – converti par d’Alzon mais resté libéral – les professeurs Fonsagrives, Béchamps, Réveille ; des magistrats : Petitbon, Hérail, de la Baume, Galles, Choppin d’Arnouville, Petit, Grasset, l’avocat Paul Glaizes, quelques ingénieurs ou officiers. Une question de philosophie religieuse était traitée et son harmonie recherchée avec les sciences naturelles, au moment où le positivisme faisait de grands progrès parmi les médecins. « Il avait su rendre la religion aimable à ses auditeurs » écrit M. Cavaliez, notaire, à M. Anglade (10 mars 1882).
Cette influence sur le milieu intellectuel de la ville s’accompagna d’une participation active aux recherches érudites, botaniques et littéraires rédaction d’une Notice sur Notre-Dame de Bethléem (1860 rééditée en 1864) – bien que participant du courant de renouveau médiéval, l’auteur ne succombe pas à la tentation du merveilleux, « l’histoire a plus d’autorité que la légende » ; participation aux activités de l’Académie des Sciences et Lettres de Montpellier où il avait été reçu en janvier 1866 : il y présenta un Mémoire sur la réforme monastique du IXe siècle à Aniane et une Notice littéraire sur l’abbé Martin d’Agde ; au Congrès scientifique de France qui se tint à Montpellier en décembre 1868 publication en 1870 d’une étude sur Gui de Montpellier, fondateur de l’Ordre du Saint Esprit à Rome. Intérêt pour la renaissance provençale – ce n’est pas l’un des aspects les moins intéressants du personnage – avec une adhésion, dès sa formation, à la Société des Langues romanes (1869).
L’abbé Paulinier avait compris la nécessité de fortes études pour les jeunes clercs. Dans une lettre à Maret du 5 juin 1865, il dit son regret de « la foi intelligente et sérieuse qui fit la gloire de l’ancienne Église de France ».
Socialement conservateur, nullement monarchiste, fidèle à un libéralisme professé dans le domaine temporel – c’est-à-dire l’acceptation de l’État libéral issu de 1789 -, Mgr Paulinier fut attiré naturellement dans le courant gallican du clergé. Mais son gallicanisme n’eut jamais la ferveur de celui d’un Maret. L’Église ayant parlé au Concile, le nouvel évêque de Grenoble se soumit sans difficulté. Bien que réservé vis-à-vis des excès de l’ultramontanisme 10 il n’aura pas grand mal à rallier la tendance qu’incarne un Dupanloup, chef de file des Ultramontains libéraux, non hostile à la définition de l’infaillibilité pontificale mais l’ayant jugée inopportune eu égard aux circonstances. C’est la modération qui paraît caractériser le mieux les opinions, sinon le caractère de Mgr Paulinier. En cela il restait fidèle à cet immense désir de réconcilier la foi avec la marche des temps nouveaux dans l’Europe occidentale. Plus préoccupé en somme de la reconquête des classes bourgeoises et des milieux intellectuels par l’Église que véritablement troublé par le tour nouveau pris par la question sociale avec la Commune de Paris aussi bien la voyait-il avec les yeux de la province profonde, plus paysanne qu’ouvrière, peu touchée encore par la grande industrie, plus attachée à la propriété qu’à son partage, ralliée à la République dès lors qu’il apparut qu’elle serait le régime sagement conservateur que M. Thiers avait promis.
Notes
1. Sa vie nous est connue grâce à l’ouvrage publié en 1885 par l’évêque de Nîmes. Mgr Besson, Vie de Mgr Paulinier, évêque de Grenoble, archevêque de Besançon, Paris, 428 p. – Un dossier inédit des A. Départementales de l’Hérault, 1 J 63, qui nous a été aimablement signalé par Madame Saint-Marie, conservateur, nous a permis d’établir que le travail de Mgr Besson avait été préparé par une correspondance et des notes rassemblées par Mgr Anglade vicaire général de Besançon (1875-1887). Né à Montpeyroux en 1824, l’abbé Anglade ordonné en 1848 fut appelé par Mgr Paulinier à le suivre à Grenoble comme secrétaire particulier. Il le suivit ensuite à Besançon comme quatrième Vicaire général chargé du territoire de Belfort et Mgr Foulon le confirma dans cette charge après la mort de Mgr Paulinier. Il est enterré à Montpeyroux où nous souhaitons vivement que l’un de ses jeunes compatriotes et descendants, M. Henri Lonjon, consacre un peu de son temps à rassembler les éléments d’une notice bibliographique. Il dispose pour cela d’un certain nombre de correspondances et de documents divers.
2. Les actes de l’important colloque (il réunissait 14 historiens) tenu à Paris du 4 au 6 décembre 1980, seront publiés dans les mois qui viennent. Plusieurs communications intéressent directement le Languedoc : G. Cholvy « Les racines » ; Cl. Bressolette « Le Père d’Alzon et Mgr Maret » lequel, champion du gallicanisme fut lié (il était né à Meyrueis, Lozère) à de nombreux prêtres de notre région dont l’archiprêtre Durand à Béziers, Mgr de Las Cases, Mgr Ramadié, Mgr Paulinier, Mgr Gilnoulhiac etc. Son secrétaire, l’abbé Bazin, était de Clermont-l’Hérault en retrouver la trace ne manquerait pas d’intérêt ; Daniel Olivier, « Le Père d’Alzon et la crise du protestantisme au XIXe siècle » ; Louis Secondy « Aux origines de ‘Assomption à Nîmes ». En attendant le volume des Actes du colloque, consulter le dernier Bulletin du Centre d’Histoire contemporaine du Languedoc méditerranéen et du Roussillon, n° 28, mars, 1981, p. 5-11 (Publication Université Paul Valéry, B.P. 5043 – 34032 Montpellier Cedex cotisation annuelle de 30 F – responsable du Bulletin M.R. Huard).
3. Nul ne doit ignorer la précieuse et précise bibliographie que vient de lui consacrer Henri Barthès, Mgr de Las Cases, évêque de Constantine (1819-1880), Montpellier, 1980 (en vente chez l’auteur à Corneilhan -34490 Murviel-lès-Béziers). Le type du prêtre gallican et libéral, aux opinions politiques bonapartistes en raison – outre son gallicanisme -de ses attaches familiales.
4. G. Cholvy, « Jansénisme et gallicanisme : une filiation spirituelle, Mgr Paulinier (1815-1881) », Pézenas, ville e campagne XIIIe-XXe siècles, Montpellier, 1976, Actes du XLVIIIe Congrès de la Fédération historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon (mai 1975). p. 379-390. Nous apportions alors comme documentation principale (et en partie inédite) outre de récents travaux imprimés essentiels pour compléter la bibliographie vieillie et un peu trop « édifiante » de Mgr Besson (Jacques Gadille, A. Provent, les Actes du colloque sur Les catholiques libéraux au XIXe siècle, Grenoble 1974, J. R. Palanque…), les lettres de Paulinier à Maret conservées dans les archives des Pères Blancs à Rome ; quelques lettres des Archives Vaticanes, Nunziatura di Francia, 248-1880.82 ; le dossier personnel des Archives nationales F 192504 A.
5. Nous comptons beaucoup sur la perspicacité et l’obstination de M. Nussy-Saint-Saëns pour établir cette biographie de l’abbé Gabriel qui manque à notre diocèse et à l’histoire des idées religieuses au 19e siècle en général.
6. L’abbé Segondy sera l’un des deux premiers grands vicaires de Mgr de Cabrières. Sa connaissance de l’anglicanisme, comme ses tendances ultramontaines le rapprochaient du prélat.
7. Cf. Élisabeth Germain, Langages de la foi à travers l’histoire – Mentalités et catéchèse, approche d’une étude des mentalités, Paris, Fayard-Mame, 1972. Qu’on n’oublie pas que la récitation « par cœur », sans une seule faute, exigée dès les premiers catéchismes de Luther et de Calvin, est une nécessité absolue dans une société qui valorise la mémorisation en raison du grand nombre des illettrés. Pour comprendre cela, il faut comparer à la récitation jugée « mécanique » du Coran en Afrique : les sociologues découvrent aujourd’hui que cette pédagogie fut le ciment des sociétés où domine l’oral. Bien entendu il y a crise et divorce, lorsque l’alphabétisation devient majoritaire.
8. Cf. Jean Muet, Dieu ou le Christ, Étude de psychologie sociale, Paris, 1980. Mais l’auteur ignore malheureusement trop le XIXe siècle que certains s’obstinent encore à considérer comme un tout.
9. C’est pour nous une occasion nouvelle d’affirmer les distinctions nécessaires entre libéral, social et démocrate. Combien qui s’imaginent encore qu’un libéral est naturellement démocrate et social ; qu’un antilibéral ne peut être social. Rien de plus inexact. Un d’Alzon, un Cabrières, qui sont des intransigeants, sont beaucoup plus ouverts aux problèmes sociaux que ne le sont la plupart des prêtres savants libéraux et gallicans de leur temps. Une exception : Maret qui fut libéral, démocrate et même social, cependant rallié à Napoléon III (comme certains socialistes d’ailleurs).
10. Le 17 janvier 1870 il écrit à sa mère « La tournure que les choses prennent au Concile est excellente. Dis à M. le Curé Fabre (de St-Jean de Pézenas) que Mgr de Grenoble (alors Mgr Ginoulhiac) est satisfait, mais recommande-lui de ne pas croire un mot de ce que raconte l’Univers. La hardiesse avec laquelle il cherche à égarer l’opinion est inouïe », A.D. Hérault 1 J 63. L’Univers c’est-à-dire Louis Veuillot et la tendance ultramontaine intransigeante qui l’anime.
De son conservatisme social on a une preuve dans les vœux qu’il forme en 1876 et 1877 en faveur du Maréchal de Mac Mahon et de sa politique de résistance. Il est alors très proche d’un de Las Cases qui, retiré à Béziers, accepta d’être « candidat du Maréchal » aux élections législatives de 1877, cf. G. Cholvy, Religion et société au XIXe siècle : le diocèse de Montpellier, Lille, 1973, t. II, p. 1051. Il s’agissait de la 2e circonscription de Béziers où en 1876 le candidat de droite – un légitimiste – avait obtenu 38 % des suffrages. Mgr de Las Cases en obtint lui 46,3 %. Ses idées « libérales » étaient évidemment pour quelque chose dans une région réfractaire aux légitimistes, c’est-à-dire aux Blancs.
