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Description

Un barrage perdu dans les sables de la vallée de l’Hérault :
l’écrêteur de crues de Saint-Guilhem-le-Désert

Après la seconde guerre mondiale, une reconversion agricole est envisagée pour le Languedoc dont la monoculture de la vigne est en crise depuis de longues années. Toutefois, ce projet ne peut se réaliser qu’en modifiant les conditions d’irrigation de terres particulièrement « ingrates » et, jusqu’alors, peu productives dans tout autre développement agricole.

Afin d’apporter une réponse à cet objectif d’aménagement, les planificateurs des politiques publiques nationales et les ingénieurs de la CNARBRL des années 50 et 60 se sont notamment inspirés du modèle de valorisation de la vallée du Tennessee, une des régions les plus pauvres des Etats-Unis. Cette dernière était régulièrement le théâtre de très importantes inondations. En conséquence, les sols érodés avaient perdu une grande partie des terres arables ! A partir de 1933, de nombreux barrages-réservoirs et des barrages hydroélectriques furent construits pour réguler le cours de cette rivière et mieux en utiliser l’énergie. Le bas prix de l’électricité ainsi produite a favorisé l’implantation d’industries. Les retenues ont créé de nombreux lacs le long de la vallée, favorisant, par le biais d’écluses, la navigation sur plus de 1 200 km ! En parallèle, une importante politique éducative et sociale a permis aux agriculteurs originaires des lieux de diversifier leur production tout en luttant mieux contre l’érosion des sols. Cette expérience a permis de retenir l’efficacité d’un aménagement conçu d’une manière globale et totale, tout en soulignant l’effet positif d’une large concertation avec les populations locales.

Aujourd’hui, tout en reconnaissant le côté novateur de l’approche, on doit en retenir l’absence de protection de l’environnement et les dégâts écologiques qui en ont résulté. Mais, il faut convenir que cet aspect entrait peu dans la représentation sociale et psychologique d’économistes soucieux d’une « meilleure productivité » au sens des années 30-40.

Les objectifs d’aménagement de la Région « Bas-Rhône-Languedoc » s’inspirent donc de cette vision d’une action globale qui dépasse le seul aspect de l’irrigation des terres. Ainsi, notre regard se doit d’être mieux armé pour situer « le projet d’un barrage à Saint-Guilhem-le-Désert ». En effet, en dehors du canal dit du « Bas-Rhône-Languedoc » chargé de transporter, en grande quantité et au-delà du cœur de l’Hérault, l’eau vivifiante du Rhône, il s’agit aussi de mieux utiliser l’eau des fleuves cévenols et de préparer une véritable reconversion, voire une diversification, économique et sociale du pays. Plus à l’Ouest, la décision de construire un barrage-réservoir sur l’Orb permet de compléter ce premier dispositif pour l’irrigation des terres héraultaises, la production électrique et l’assurance d’un meilleur contrôle des crues du biterrois.

Potentiellement désigné comme ressource d’irrigation, le fleuve Hérault se singularise par un débit important et irrégulier. Il est projeté d’y établir une retenue d’eau d’une capacité estimée, à l’origine, à 200 millions de m3 afin d’irriguer les terres agricoles de la vallée ! Dans l’édition de 1958 du célèbre ouvrage « Paris et le Désert Français », Jean-François Gravier indique que l’aménagement régional envisagé fera « vraisemblablement » appel à l’usage d’apports hydrauliques secondaires, et il cite les avantages offerts par ce fleuve. Un barrage est projeté en amont de Saint-Guilhem-le-Désert, mais il pose, dès les premières études, des problèmes géologiques, ce qui n’empêche point d’envisager qu’il irriguera, a minima, la vallée entre Aniane et Pézenas. La superficie agricole couverte par l’arrosage est ainsi estimée, avec optimisme, à environ 15 000 ha. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2009

Nombre de pages

14

Auteur(s)

Christian GUIRAUD

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf