Topographie de Montpellier aux XIe et XIIe siècles :
essai de lecture d’une ville neuve
Topographie de Montpellier aux XIe et XIIe siècles :
essai de lecture d’une ville neuve
* Cet article s’insère dans le cadre de l’Inventaire Topographique de Montpellier, publication à paraître, Conservation Régionale de l’Inventaire Général des Monuments et Richesses Artistiques de la France, Direction Régionale des Affaires Culturelles, 5, rue Salle-L’Évêque, Montpellier.
Les auteurs tiennent à exprimer leurs plus vifs remerciements aux Conservateurs des Archives Départementales de l’Hérault, Madame A. Parmentier qui a eu l’amabilité de traduire l’acte de renouvellement de la viguerie de 1139 d’après le manuscrit original et Monsieur L. Valls, ainsi que Monsieur F. Dubost (Université Paul Valéry, Montpellier). Leur aide nous a été des plus précieuses.
Le plan de Montpellier révèle une juxtaposition de formes anciennes d’organisation spatiale : un cheminement nord-sud avec, en son milieu, un dégagement vers l’est ; un quartier de forme circulaire dont on connaît de nombreux exemples dans les villages médiévaux de la région. Pour interpréter ces structures primitives encore lisibles dans le centre ville tel que l’a figé l’enceinte du XIIIe siècle, les ressources documentaires disponibles sont tardives et fragmentaires. Le premier acte apportant de maigres indications sur la topographie date de 1090 1. Des auteurs en ont déduit l’existence d’une première enceinte dont le tracé a fait l’objet de restitutions diverses ; la ville aurait conservé ce périmètre enclos jusqu’à l’ensemble fortifié consulaire dit de la Commune Clôture, dont la construction daterait de la deuxième moitié du XIIe siècle 2. A la lumière des études récentes sur les agglomérations médiévales et la castellologie, le cas montpelliérain, ville neuve qui s’insère dans le réseau urbain régional hérité de l’Antiquité, mérite d’être reconsidéré 3.
La décennie 1130-1140 correspond à l’aboutissement d’une première phase de l’histoire urbaine que les documents et la lecture topographique permettent d’analyser depuis le tournant des XIe et XIIe siècles. En 1141, une sédition chasse le pouvoir féodal en place. Lorsqu’il reprendra possession de sa ville, le seigneur en modifiera profondément la configuration avec l’édification d’un nouveau château au nord-ouest du site 4.
Du Manse à la Viguerie
Les historiens s’accordent à dater de la fin du Xe siècle l’apparition du toponyme de Montpellier, grâce à un acte de 985, et sans doute également celle du lignage des Guillaume dans l’ordo militum soumis à la juridiction du comté de Mauguio 5. Mais le contexte de mutations politiques et économiques des territoires civil de Substantio-Melgueil et ecclésiastique du diocèse de Maguelone, dans lequel ce lignage fort mal connu s’est affirmé avant 1090, reste dans l’ombre où le tient le silence documentaire du XIe siècle 6 (figure 1).
L’existence attestée d’une viguerie de Montpellier en 1104, ainsi que la mention dans ce même texte des fours faits in vita avi mei, soit vers le milieu du XIe siècle, montrent la vitalité du site depuis la donation d’un manse en 985 7. « L’extension des terroirs agricoles et l’évolution de l’administration de la justice au cours du Xe et du XIe siècle ont pu conduire les comtes à créer (ou à reconnaître ?), quelques vigueries nouvelles, soit que le peuplement rural devienne plus important, soit que l’intérêt stratégique d’un terroir le commande » 8. A Montpellier, les deux motifs ont dû jouer nous savons par un acte de 1090 que le site voisin de Montpelliéret concentrait alors un habitat en pleine croissance, avec église, capmanse et apendaries, remontant à l’épiscopat d’Arnaud, donc à la deuxième moitié du XIe siècle 9 ; par ailleurs le comte de Mauguio a pu confier au Guillaume qui participe en 1059 à un plaid à Barcelone et s’intitule Guillelmus de Montpesler le contrôle des communications, à proximité des passages du Lez, entre Nîmes et Béziers 10.
L’hypothèse la plus vraisemblable incite dès lors à expliquer le rôle acquis par Guillaume durant les bouleversements de ce siècle selon le schéma connu ailleurs de l’évolution des vigueries « le viguier, modeste agent comtal au IXe siècle, s’enrichit au cours du Xe tandis que se desserrent les liens qui l’unissaient au pouvoir comtal » 11. L’histoire du comté de Mauguio appuie cette interprétation liant l’origine de Montpellier à un rôle de château vicarial ; la fragilité de ce pouvoir comtal récent et un temps nomade, mis à mal par la politique grégorienne, a pu laisser le champ libre à l’émancipation d’une aristocratie militaire dans le courant du XIe siècle 12.
Entre 1090 et 1140, la seigneurie de Montpellier se transmet héréditairement de Guillaume, fils d’Ermengarde (le premier du lignage à porter le titre de dominus Montispessulani) à Guillaume, fils d’Ermessende 13. Tous deux ont pris part aux conflits internationaux contemporains en Orient et en Espagne. Il ne semble pas trop téméraire d’avancer l’hypothèse qu’ils ont pu en retirer, outre un enrichissement et une notoriété certaine, des enseignements d’ordre diplomatique, stratégique et économique. Ils mènent une politique expansionniste en dehors même des limites du comté de Mauguio, et notamment vers Aniane où des liens étroits les unissent à des châtelains de la viguerie de Popian 14. E. Magnou-Nortier a remarqué l’originalité, parmi ses contemporains méridionaux, de Guillaume de Montpellier qui a « utilisé pour asseoir sa jeune puissance et le serment de fidélité et l’hommage et la concession en fief ; exemple unique d’opportunité et de réalisme » 15.
Par ailleurs, une transmission héréditaire accidentelle dans les années 1076 avait placé un mineur à la tête de la seigneurie, circonstances dont ont profité de puissants hommes de Montpellier, les Aimoin, pour pratiquer une tutelle transformée dans des circonstances imprécises en main-mise sur une partie des droits vicariaux 16. En 1104, ils ont investi le château vicarial et prélèvent le cens sur un certain nombre de maisons 17.
Durant cette période, la topographie de Montpellier ne transparaît qu’à travers les litiges opposant Guillaume, puis, après 1121, son fils aîné, à leurs viguiers, à l’évêque de Maguelone et au comte de Mauguio. Les sources sur l’agglomération naissante restent très partielles ; seuls les secteurs contestés sont mentionnés 18. Mais s’il s’avère impossible de restituer un état des lieux précis à la transition des XIe et XIIe siècles, du moins peut-on noter la double occupation du site d’une part une concentration d’habitats sur les collines voisines de Montpellier et Montpelliéret ; d’autre part une fonction militaire, un château-fort et sa garnison en moyenne altitude, suffisamment perché cependant dans le cadre géographique du couloir littoral, entre les causses de l’arrière-pays et la zone lagunaire (fig. 2).
Le château-fort
Le château seigneurial est sommairement décrit dans un acte tardif de 1104 par lequel Guillaume renouvelle les droits de ses deux viguiers : … le château (castellum) qui est situé à côté de la porte Saint-Nicolas dans Montpellier, comme il se trouve clos de tours et de murs avec entrée et sortie et l’espace de terre qui est en bas de l’église Saint-Nicolas de part et d’autre du chemin public, depuis la porte de Guillaume de Bergoria jusqu’à la porte dite de Saint-Nicolas, le long du chemin qui doit rester suffisamment large… 19. L’église Saint-Nicolas permet de dater cet ensemble antérieurement à 1090 puisqu’elle sert alors de cadre à la conclusion de l’accord très important entre le seigneur de Montpellier et l’évêque de Maguelone 20. Il s’agit très certainement de l’église mentionnée en 1104, peut-être la chapelle du château 21. Quoiqu’il en soit, grâce à un acte de partage de la viguerie en 1150, on le sait disparu avant cette date 22. Ceci explique l’absence d’éléments archéologiques permettant de mieux cerner sa localisation et ses dispositions qui restent hypothétiques. Le parti d’ensemble du château peut être reconstitué grâce aux indications contenues dans l’acte de 1104 le château est défendu par sa propre enceinte ; un autre texte de la même période mentionne d’ailleurs la turre et la forteza, c’est-à-dire le donjon et les fortifications 23 ; une première série de demeures confronte des éléments fortifiés ; les suivantes dans l’énumération sont localisées dans la Condamina 24. On distinguerait donc deux groupes de maisons dont un situé dans l’enceinte du château, ce qui suppose une place forte assez vaste, peut-être à l’image du castrum de Montpeyroux, « prévu pour abriter, non pas une famille seigneuriale et sa domesticité, mais les habitations de plus d’une dizaine de familles » 25. L’hypothèse pourrait être confirmée par le statut de donjon stratégique assigné probablement dès l’origine au château de Montpellier; ce rôle militaire liée à la viguerie reste sensible encore en 1104 avec la mention des milites, même si, à cette date, l’habitat de la place a pu se densifier et se diversifier. L’acte énumère une quinzaine de demeures (estare, domus et un solarium) sans préciser les activités des habitants 26. La localisation et l’emprise de cet ensemble restent hypothétiques, mais l’église Saint-Nicolas apporte ici encore un indice précieux (fig. 3). En effet, le château est proche de cette église 27, située sur un arc du même nom bien localisé sur la rue actuelle de l’Aiguillerie 28, selon une disposition que l’on retrouve ailleurs dans la région, à Montbazin par exemple (fig. 4). Le château se situait donc aux abords de la place Pétrarque actuelle. Dans le bas de la rue de l’Aiguillerie, ou au contraire vers le nord ? Rien ne permet de conclure avec assurance. Mais ainsi localisé, il contrôle l’entrée dans la ville d’une route médiévale parmi les plus importantes de la région, bien connue postérieurement sous la désignation de Cami Roumieu.
La route
Au début du XIIe siècle, les mentions du chemin de pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle permettent de localiser cet axe dans la topographie urbaine. Dès 1118-1119, il est question de la voie publique de Saint-Jacques 29 ; en 1132, une mention très importante situe deux points de passage, l’un à 3 kilomètres au nord de la ville, au pont roman de Castelnau, l’autre à 20 km environ au sud 30 ; enfin, en 1139, une maison ouvre sur la voie publique qui est appelée chemin de Saint-Jacques, dans le quartier de Villeneuve 31. Or celui-ci est localisé dans un acte de la même année hors la porte qui va à Béziers 32. La route passe donc dans un faubourg, au sud de la ville. On identifie dans la trame urbaine contemporaine un cheminement qui s’impose avec force comme une trace archéologique (fig. 3), celle de la route qui contourne la ville à l’est, non loin du château féodal qui, de part sa situation, la domine et la contrôle 33. Depuis la route, une voie pénètre dans la ville au nord, la rue actuelle de l’Aiguillerie, et peut-être une autre au sud, la rue actuelle de l’Argenterie, toutes deux menant aux abords de l’église Sainte-Marie.
L’histoire de cet axe stratégique qui traverse d’est en ouest la plaine languedocienne, pour nous en tenir à la seule route principale sans entrer ici dans le détail d’un maillage local également important, pose encore aujourd’hui de nombreuses questions : remplace-t-il la Voie Domitienne, à quelle époque et sur quelles portions ? L’impératif militaire du tracé romain n’a-t-il pas, ici comme ailleurs, cédé le pas face aux nouveaux besoins de communication et à la réorganisation spatiale des pôles de décision ? 34 ; combien de tracés différents existaient aux abords de la ville, variantes ouvertes délibérément ou spontanément ? Malgré ces incertitudes, il est essentiel de voir en Montpellier et son château un « point fixe » dans un « réseau d’itinéraires divers » 35, point fort dans une stratégie seigneuriale manifeste. Car le contrôle du trafic routier et du profit qui lui est lié n’impose pas nécessairement de placer le château aux abords immédiats du chemin, mais bien plutôt de posséder les passages et les sites stratégiques.
Le seigneur de Montpellier s’y est précisément employé, dans une politique d’acquisition et de fidélisation particulière déjà évoquée. Il détient ainsi plusieurs places, en tout ou partie, dans les environs immédiats de Montpellier au nord, dès 1111, le poste d’observation idéal que constitue le château de Montferrier dans la vallée du Lez, et une partie du château de Castelnau avant 1114, là où le chemin traverse le fleuve côtier ; au sud-ouest, Cournonsec en 1111, le castellum et la villa de Montbazin en 1113, sur l’ancienne voie romaine ; à l’est, au milieu du siècle, le château de Castries au carrefour des routes de Lunel et de Sommières, etc. 36 De plus, dès le début du siècle, le seigneur favorise le trafic vers sa ville : droits de péage réduits, abandon par le comte de Mauguio des droits de leudes sur les marchands allant à Montpellier ; le pape Alexandre III interviendra d’ailleurs contre le comte, en faveur du commerce montpelliérain 37. La force d’attraction de l’agglomération se développe donc sans conteste au début du XIIe siècle, et l’activité liée au pèlerinage en est un des aspects non négligeable, voire essentiel 38. C’est une étape importante après Lunel : « à Montpellier, repos à l’hospice, change des monnaies – on achetait, selon ses moyens, la melgorienne qui avait cours jusqu’en Galice… » 39. Les auberges et les hospices pour l’accueil des pèlerins s’implantent le long de la route : les premiers établissements hospitaliers connus, l’hôpital Saint-Guilhem et la léproserie Saint-Lazare, sont des fondations seigneuriales, édifiées, l’une dans le faubourg de Villeneuve avant 1129, l’autre au pont de Castelnau en direction de Nîmes, entre 1126 et 1147 40. La vocation monétaire de Montpellier se développe également dans le contexte du pèlerinage, et la politique très offensive pour le contrôle de la monnaie melgorienne que mène le seigneur dans cette période n’a rien de fortuit : les accords de 1128 et 1130 passés avec son suzerain, le comte de Mauguio, renforcent son pouvoir par le partage de droits féodaux sur la monnaie 41. Ce nouveau rapport de force accentuera encore la puissance et l’indépendance des seigneurs de Montpellier, car la monnaie melgorienne aura un rayonnement tel qu’elle supplantera, vers la fin du siècle, la plupart des autres monnaies dans le Bas-Languedoc et sera reconnue dans les échanges internationaux méditerranéens 42.
Le port et le fleuve
La stratégie menée par Guillaume, fils d’Ermengarde, et poursuivie par son fils pour amplifier le rôle de carrefour terrestre mais aussi fluvial de sa ville s’appuie également sur la réouverture du port antique de Lattes 43. Il concurrencera progressivement ceux préexistants de Maguelone et Mauguio. Dès 1130, lorsque Guillaume se place sous la protection du pape, celui-ci le désigne comme « chevalier spécial de Saint-Pierre » avec ses possessions de Montem videlicet Pessulanum cum Palude 44. Dans cette politique, les deux seigneurs utilisent toutes les ressources de la diplomatie, de la stratégie militaire 45, et de l’économie. La guerre qui oppose Guillaume et ses hommes au comte de Mauguio vers 1125 est révélatrice de ce dessein ambitieux. Les épisodes en ont été décrits ; seuls nous importent les enjeux et les modalités. Le prétexte de ce violent conflit, un moulin, bien d’un chevalier de Mauguio, détruit par Guillaume; l’enjeu, l’aménagement ou plutôt la réouverture du port antique de Lattes. L’arbitrage épiscopal au nom de la Paix de Dieu précise les causes politiques et économiques du conflit le seigneur de Montpellier a mené des travaux au château de la Palud 46. Pour ce faire, il a détruit les retenues d’eau en amont. Plus intéressant encore, il semble qu’il faille attribuer à son père l’entreprise du château de Lattes et peut-être du port, donc avant 1121 : un témoin est en effet appelé à prouver que ce dernier aurait reçu la permission de faire une enceinte en ce lieu 47.
La réouverture du port de Lattes revêt pour le développement de Montpellier une importance capitale. Des travaux récents ont en effet montré que la navigation du Haut Moyen Age n’avait pas subi un effondrement mais une profonde mutation touchant à la fois les ports et le tonnage des navires 48. La rareté des textes concernant le trafic maritime des ports connus de Maguelone, Villeneuve et Mauguio 49 a donné lieu à des interprétations sur la quasi-inexistence de l’activité portuaire à cette date. La réglementation mise en place alors par l’évêque et le comte n’envisage que trois bateaux accostant dans ces différents ports dans l’année ; d’où une éventuelle faiblesse de la navigation. Cependant, il n’est question dans l’acte de 1055 que de navibus vero mercimonialibus, ce qui peut laisser présumer de la rareté des seuls navires commerciaux de fort tonnage, sans préjuger de l’importance des échanges de proximité par cabotage et ports d’escales, phénomène attesté pour d’autres côtes 50. Un texte de peu postérieur vient d’ailleurs confirmer la valeur économique du trafic maritime en 1079, le comte de Mauguio engage à l’évêque de Maguelone pour 1 000 sous melgoriens le droit qu’il possède sur les navires qui arrivent de la haute mer ou la regagnent au passage des graus 51. E. MagnouNortier admet qu’alors « l’importance de la créance met en évidence celle du gage qui suppose un trafic non négligeable » 52.
Il ne faut pas oublier les autres enjeux liés aux étangs et au Lez. Des ressources importantes en provenaient : exploitation des salines, pêcheries et moulins du fleuve. D’importantes villae existent dès le Xe siècle de part et d’autre du Lez, vers Lattes : Saint-Hilaire de Sauret dans le patrimoine des abbés d’Aniane, Saint-André-de-Novigens dans le temporel du chapitre de Maguelone; de même, les clunisiens qui possédaient des terres sur les berges du Lez, vers Lattes et interviennent à ce titre dans le conflit de 1124-1125. Tout un réseau de chemin drainait le maillage dense et ancien d’agglomérations et d’églises paroissiales, entre les trois centres rivaux de Maguelone, Mauguio et Montpellier.
Près de ce dernier, la voie de communication vers le littoral tire son nom, dans ses mentions les plus anciennes, du village disparu de Centrairargues :… à côté du porche d’Obilion et sur ce chemin qui va à Centrairargues 53. Le porche d’Obilion est un arc attenant à une tour du même nom, mentionnée en 1268 54. Il s’agit certainement d’une porte de ville, encore que l’hypothèse d’un ensemble privé ne soit pas à exclure. Sa localisation est bien établie, dans la rue de la Loge actuelle (fig. 2 et 4) 55.
Comme les voies d’accès depuis la route, l’entrée dans la ville depuis les étangs et la mer aboutit directement à l’église Sainte-Marie.
Un dispositif topographique très fort apparaît : l’accès vers la mer croise la route principale aux abords immédiats de la ville, en un lieu qui sera connu plus tard sous le nom de carrefour de la Peyre 56 (fig. 2). L’importance de cette configuration est manifeste, compte tenu des enjeux liés au chemin, à l’accès et au contrôle de la zone côtière. P. Toubert a noté en Sabine l’importance économique primordiale des lieux où routes terrestres et fluviales cessaient d’être concurrentes pour devenir complémentaires ; cette remarque vaut pour Montpellier 57.
La Condamine
L’approche topographique désigne nettement le quartier de l’église Sainte-Marie comme le centre de l’agglomération, dans la première moitié du XIIe siècle (fig. 3). Première église de la ville mentionnée avec Saint-Nicolas, en 1090, Sainte-Marie est un lieu de culte privilégié 58. Son emplacement est connu, sur la place Jean-Jaurès actuelle, au milieu d’un quartier dont l’emprise est difficile à cerner au début du XIIe siècle ; il s’agit sans doute de la Condamine 59, mentionnée en 1104, car l’église confronte des demeures qui y sont situées. Avec les voies principales évoquées plus haut, avec également l’étonnante demi-circonférence formée par les rues Embouque-d’or, des Trésoriers-de-France et de la Croix-d’or dans la trame contemporaine, il est possible de faire une hypothèse assez large sur un quartier qui deviendra, au XIIIe siècle, le centre des échanges de la ville consulaire (fig. 3 et 5). Si la topographie contemporaine conserve sans aucun doute la trace de cet aboutissement, la proposition, pour la première moitié du XIIe siècle reste incertaine. Il est cependant établi qu’entre le château et l’église, comme autour de celle-ci, un quartier existe dès 1104 de nombreuses maisons y sont localisées, dont une partagée entre deux propriétaires. En 1140, des maisons sont dites attenantes à l’église et d’autres surélevées 60. Certaines d’entre elles auraient d’ailleurs été démolies dès 1143 pour dégager l’église 61. Les censives de la fin du siècle apportent également un éclairage sur la densification de ce quartier qui apparaît alors comme l’un des plus considérables 62.
Ces indications relatives au bâti doivent être complétées par d’autres signes confirmant le rôle capital de la Condamine dans le domaine des échanges. La vocation commerciale de Montpellier se manifeste en effet très tôt, dès la fin du XIe siècle, avant même la réouverture du castrum-portus de Lattes 63 : en 1080, des « hommes de Montpellier » négocient au sujet des leudes et de l’accès au port de Cabrela avec le vicomte et l’archevêque de Narbonne 64. Des homines, des milites et des burgenses de Montpellier gravitent ainsi autour de Guillaume sans qu’il soit aisé de les distinguer socialement. Dès le début du siècle, le seigneur lui-même usurpe des droits régaliens au détriment du comte de Mauguio sur la monnaie melgorienne, comme nous l’avons vu, mais aussi sur les droits de marchés et plus généralement sur tous les profits liés aux échanges et au commerce 65. Il n’est donc pas étonnant de trouver dès la fin du XIe siècle la première mention d’un marché à Montpellier : le seigneur achète une table qui est en mercat de Monte Pessulano et ista tabula nominata est inter tabula Petri Bocardi et tabula Ugoni Letdario 66. Sa vocation régionale s’affirme certainement vers cette même période, car dès 1125, à la suite d’un conflit violent, le comte de Mauguio doit revendiquer face au seigneur de Montpellier ses droits de justice sur ses hommes se rendant au marché de Montpellier 67.
Grâce aux confronts cités et également mentionnés dans l’acte de 1104 déjà évoqué, le marché peut être localisé dans la Condamine 68, ce que confirment les textes postérieurs qui, pour certains d’entre eux, précisent la proximité du château et de l’église Saint-Nicolas 69. Sans nul doute ce quartier a-t-il aussi bénéficié de l’essor du pèlerinage et des échanges qui lui sont liés ; et parmi ceux-ci, le change de monnaie autour de l’église Sainte-Marie 70. L’association château-bourg marchand qui apparaît très nettement ici est une constante repérée en maintes régions : « Les bourgs ne sont que le support matériel de ces foires et marchés dont l’existence ne se justifie que par le château lui-même, c’est-à-dire par le pouvoir qu’il concrétise » 71. D’autres exemples de ce type d’organisation existent dans les garrigues nord-montpelliéraines étudiées par A. Durand 72. L’originalité du cas de Montpellier réside dans la précocité de la mise en place de cette structure et dans son efficacité, au détriment des autres secteurs habités au XIIe siècle à proximité immédiate, et du quartier Saint-Firmin notamment.
La paroisse Saint-Firmin
La paroisse Saint-Firmin n’apparaît dans notre documentation qu’en 1113 comme simple repère topographique 73. Il est possible d’interpréter cet hagionyme comme postérieur à l’église et au toponyme du territoire. Dès lors, le terme de parrochia devient synonyme dans les actes de celui de villa, pour désigner aussi bien Montpellier que le site voisin de Montpelliéret 74. Plusieurs hypothèses peuvent être avancées quant à l’origine de ce secteur aggloméré de forme circulaire, encore lisible dans la topographie contemporaine (fig. 6 et 7). Il s’apparente typologiquement à une famille bien connue de villages médiévaux dont les fondations commencent dès les XIe et XIIe siècles dans le Biterrois notamment, et se poursuivent au XIIe dans l’arrière- pays, au nord de Montpellier 75.
En l’état actuel de la documentation, il est difficile d’opter pour une fondation ecclésiastique, monastique ou laïque. La troisième hypothèse nous paraît cependant la mieux desservie dans le hasard des sources et leurs lacunes. L’on peut avancer l’idée d’un regroupement de populations rurales à l’initiative d’un lignage dans la parentèle ou la clientèle militaire des viguiers de Popian, alliés des Guillaume de Montpellier dès le milieu du XIe siècle. Tous les lignages mentionnés dans ce quartier sont originaires de la viguerie de Popian ou des châtellenies en dépendant. Guillaume Arnaldus rend hommage à Guillaume de Montpellier pour le castellum et la villa de Popian en 1112 et se fait appeler Arnaldus de Popian 76. Il fait partie des hommes de Montpellier dès 1080 77 et sera le gardien de la seigneurie de Guillaume en 1096 78. Le seigneur de Montpellier intervient en 1049 dans les affaires du Pouget qui est du ressort de la viguerie de Popian, dans l’évêché de Béziers et la mouvance de la puissante abbaye d’Aniane 79. L’église élevée postérieurement sur l’emplacement, désaffecté au XIIIe siècle, du cimetière paroissial de Saint-Firmin recevra d’ailleurs le vocable de Saint-Arnaud 80. En 1132, le plus ancien propriétaire mentionné dans le quartier Saint-Firmin, Guiraldus Bertrandi, est également connu à Popian 81 ; avant 1109, nous possédons le signum d’un Bertrand de Saint-Firmin, miles 82, dont des actes postérieurs localisent la maison à proximité de l’église 83. A partir du début du XIIe siècle, la famille la plus puissante dans le secteur Saint-Firmin devient celle des Ebrard, parents des châtelains du Pouget et alliés du seigneur de Montpellier 84. Plusieurs indices qu’il serait trop long de développer ici nous induisent à voir en Saint-Firmin un castrum de peuplement villageois. L’existence avant 1132 d’une confrérie implique une solidarité communale 85, ce qui rend encore plus plausible le caractère originel du secteur avec d’emblée église centrale et enceinte circulaire collective, probablement rudimentaire. Les parcelles bâties s’y accolent et leurs façades postérieures en forment sans doute la courtine 86.
Il est impossible dans l’état actuel de nos connaissances d’aller au-delà dans l’hypothèse, si ce n’est pour remarquer que rien n’autorise en tout cas à interpréter le noyau de Saint-Firmin comme fondateur de la ville de Montpellier. Au contraire, ce secteur semble avoir été très vite sclérosé par les limites mêmes de son enceinte et fossilisé dans son périmètre, offrant un contraste frappant avec le dynamisme contemporain du bourg seigneurial 87.
L'essor urbain dans la première moitié du XXIIe siècle
Les années 1130-1140, marquent partout une période transitoire durant laquelle, par une sorte de sélection, nombre de castra récents disparaissent ou périclitent au profit d’agglomérations plus évoluées, assez puissantes notamment pour accroître leur enceinte 88. Or durant cette décennie, des indices convergents signalent à Montpellier une intense activité qui trouve son aboutissement dans l’agrandissement du périmètre enclos.
En 1139, Guillaume, seigneur de Montpellier, renouvelle aux héritiers du viguier décédé la donation de la viguerie à peu près dans les mêmes termes que le fit son père en 1104 89. L’acte constitue une copie réactualisée du précédent mais avec quelques ajouts significatifs. A deux reprises, Guillaume signale la croissance de Montpellier : il donne toute la viguerie de toute la ville de Montpellier comme du moins elle a été édifiée et comme elle a pu être augmentée par la suite de quelque côté ou dans quelque lieu ou paroisse qu’elle ait reçu un accroissement 90. De même, un peu plus loin dans l’acte, Guillaume cède le sestairal dans Montpellier et dans toutes ses augmentations, en quelque lieu, en quelque partie, quelque paroisse ou territoire qu’elle ait été augmentée 91.
En cette même année 1140, se termine un grave conflit qui a opposé Guillaume et ses hommes à l’évêché et au chapitre de Maguelone. La liste des griefs de l’évêque dénonce de multiples exactions et usurpations 92. Le seigneur de Montpellier a fait construire une nouvelle enceinte englobant des possessions de l’évêque; il a en outre poussé les hommes de Montpellier et ceux de Saint-Pierre à former une communauté 93. L’évêque reconnaît l’attraction que Montpellier exerce sur ses propres villageois Guillaume retient des paysans de Saint-Pierre abandonnant la coutume de leurs pères pour exercer différentes formes d’artisanat 94. Montpellier s’accroît grâce à l’apport de l’exode rural 95. En 1140, les preuves d’une densification du bâti ressortent des plaintes de l’évêque; des maisons collées à l’église Sainte-Marie sont surélevées ; ailleurs, les hommes de Montpellier bâtissent des maisons à étage (solarii), rétrécissent les rues, modifient les réseaux d’évacuation des eaux usées 96. Cette croissance, encouragée par le pouvoir seigneurial, trouve ses motifs dans l’essor démographique et économique général du XIIe siècle en Europe, mais aussi dans une configuration heureuse d’un pouvoir politique fort et stable, d’un développement industriel et commercial puissant, assuré par un artisanat spécialisé et une accumulation de profits liés à la pérégrination et aux échanges. Au sein de cette communauté urbaine, Guillaume s’est fait construire une résidence civile dans le quartier actuel de la Canourgue, au nord de la Condamine, avec une chapelle privée dédiée à la relique de la Vraie Croix 97 (fig. 3). Le terme employé, sala, indique une demeure aristocratique, ce que confirme le qualificatif de palatio que les textes utilisent postérieurement 98. Le nouveau quartier seigneurial de Sainte- Croix, qu’il faut sans doute identifier avec celui du Peiron, reçoit un four neuf en 1139 99 et aura un marché, forum seu mercatum Montispessulani del peiron, avant 1156 100.
De même, signe incontestable de la croissance urbaine, plusieurs mentions de 1139 signalent la création d’un faubourg, dit Villeneuve 101 ; là aussi, comme à Sainte-Croix, Guillaume se réserve les droits d’un four neuf, soustrayant ces secteurs à la juridiction vicoriale. Le quartier de la Flocaria connu dès 1126 concentre les ateliers des drapiers. Son étendue devait être vaste, en direction du Lez où se lavaient les laines (le lanéfice du Lez apparaît sur tous les plans de la ville à l’époque moderne) 102. Ces deux faubourgs se localisent naturellement de part et d’autre de la porte d’Obilion, à la confluence de la route de Béziers à Nîmes et du chemin vers le port de Lattes (fig. 3).
Entre les murs et fossés de 1090, qu’il faut sans doute comprendre comme l’emprise du château Saint-Nicolas, et la fortification entreprise à partir de 1196 par les Ouvriers de la Commune Clôture, Montpellier se dote, dans la décennie 1130-1140 d’une première enceinte urbaine. Si le périmètre alors enclos reste hypothétique, l’on peut supposer que les divers secteurs identifiés sur le site avant cette date furent unifiés au sein d’un même ensemble : le castrum de peuplement Saint-Firmin, le bourg castral Saint-Nicolas, la Condamine Sainte-Marie et, le plus récent, le quartier Sainte-Croix. Une restitution du tracé de cette enceinte nécessiterait un développement qui dépasse le cadre de cet article ; elle fera l’objet d’une étude spécifique dans une prochaine publication. A Montpellier comme ailleurs, « l’on voit se former, se défaire ou se défendre des patrimoines.., mais aussi des frontières seigneuriales ou féodales, des routes, des lieux de pouvoir ou de concentration des profits économiques » 103. L’aboutissement de 1140 ne constitue qu’une étape d’un processus complexe ; dès 1143, confronté à une révolte, Guillaume érigera un donjon à l’extrémité ouest du plateau, isolé dans sa propre enceinte du reste de l’agglomération urbaine. Cependant la pérennité des structures fondatrices de Montpellier est remarquable dans la configuration actuelle du centre ville, par la localisation des marchés contemporains sur l’emplacement du centre religieux, civique et commerçant de la ville consulaire et par l’impact du tracé de l’ancien Cami Roumieu. Les emplacements successifs du pouvoir seigneurial, château Saint-Nicolas et palais Sainte-Croix ont disparu, l’un avant 1150, l’autre lors des conflits religieux du XVIe siècle. Quant au noyau Saint-Firmin, il subsiste comme le témoignage figé d’un village auprès duquel une ville a pris naissance.
Notes
1. Liber Instrumentorum Memorialium, Cartulaire des Guillems de Montpellier, p. 69 et p. 72, publié par A. Germain, Société Archéologique de Montpellier, 1884-1886; nous utiliserons l’abréviation L.I.M.
2. L. Guiraud, Recherches topographiques sur Montpellier au Moyen Age, Montpellier, 1899 ; et à sa suite, J. Baumel, Histoire d’une seigneurie du Midi de la France, t. 1, Montpellier, 1968, et H. Vidal, dans Histoire de Montpellier, Privat, Toulouse, 1984 ; H. Vidal, Aux origines de Montpellier, la donation de 985, dans Bulletin Historique de la Ville de Montpellier (B.H.V.M.), p. 11-37.
3. Depuis la magistrale thèse de Pierre Toubert sur les Structures du Latium médiéval, B.E.F.A.R., 221, 1973, qui a posé les fondements de l’étude du phénomène de l’incastellamento, diverses publications ont abordé les problèmes concommitants du regroupement des hommes, de la castellologie et de l’urbanisme du Haut Moyen Age. E. Magnou-Nortier, dans son étude très complète de La Société laïque et l’église dans la province ecclésiastique de Narbonne de la fin du VIIIe à lafin du XIe siècle, Publications de l’Université Toulouse-le-Mirail, 1974, pose les cadres juridiques et économiques de l’incastellamento languedocien ; nous y ferons de fréquentes références, ainsi qu’au travail de synthèse réalisé par G. Fournier sur Le château dans la France médiévale, Aubier, Paris, 1978. Parmi les études régionales, citons M. Bourin-Derruau, Villages médiévaux en Bas-Languedoc : genèse d’une sociabilité (Xe-XIVe siècle). L’harmattan, 1987 ; A. Durand, Regroupement des hommes et création du maillage paroissial dans la garrigue nord-montpelliéraine aux Xe et XIe siècles, Actes du 110e Congrès des Sociétés Savantes, Montpellier, 1985 K. Pawlowski, Villes et villages circulaires du Languedoc ; un des premiers modèles de l’urbanisme médiéval ?, dans Annales du Midi, T. 99, n° 180, oct.-déc. 1987, pp. 407-427. Toutes ces publications révèlent l’ampleur du sujet et sa complexité. Les récents Colloques de Flaran, dont le numéro 1, Château et peuplement en Europe Occidentale du Xe au XVIIIe siècle, 1979, et le numéro 4, Les communautés villageoises en Europe occidentale du Moyen Age aux Temps Modernes, 1982, tentent de faire le point sur ces diverses questions.
4. Sur cet épisode de l’histoire de Montpellier, voir J. Baumel, op. cit., p. 129 et suivantes ; H. Vidal, Histoire de Montpellier, p. 18-19.
5. Sur le lignage des Guillaume de Montpellier, voir l’état de la question dans H. Vidal, Aux origines…
6. Le comté de Mauguio ainsi que l’évêché de Maguelone demeurent très partiellement étudiés pour ces périodes hautes ; on consultera les participations de M. Chalon, p. 9 à 25 et H. Vidal, p. 26 à 34, dans Montpellier, Histoire des Diocèses de France, 4, 1976 ; celles de P. Wollf, dans Histoire du Languedoc, Le Midi Franc et Seigneurial, p. 121 à 141, Toulouse, 1967 ; E. Magnou-Nortier, donne aussi quelques indications pour les Xe et XIe siècles, op. cit., p. 239.
7. L.I.M., p. 239.
8. E. Magnou-Nortier, La Société laïque…, p. 184 ; voir aussi sur les vigueries du Latium, P. Toubert, op. cit, t. II, p. 1309.
9. Sur le vocabulaire de la propriété foncière, voir l’index établi par E. Magnou-Nortier, op. cit., p. 673.
10. L.I.M. p. 69 et 72 ; H. Vidal, Aux origines…, p. 16, 21 et notes. Sur l’abandon du siège comtal de Substantion : J. Segondy, Le comté de Maguelone. Substantion et Melgueil, manuscrit, Montpellier ; A. Germain, Étude historique sur les comtes de Maguelone, de Substantion et de Melgueil, Mémoire de la Société Archéologique de Montpellier, 1re série, t. III, 1850-1854, pp. 523-640.
11. E. Magnou-Nortier, op. cit., p. 189.
12. Sur la « crise grégorienne » voir E. Magnou-Nortier, op. cit, p. 152 sq. Sur la donation du comté de Mauguio au Saint-Siège en 1085, voir H. Vidal, Aux origines…, p. 21.
13. Sur l’histoire des débuts du lignage des Guillaume de Montpellier, H. Vidal fait l’état de la question dans Aux origines…
14. E. Magnou-Nortier, op. cit., p. 250 et du même auteur, Fidélité et féodalités, dans Les structures sociales de l’Aquitaine, du Languedoc et de l’Espagne au premier âge féodal, Toulouse, Colloque C.N.R.S., 1968, p. 130 ; H. Vidal, Aux origines…, p. 34, n. 135.
15. E. Magnou-Nortier, Fidélité et féodalité…, p. 134. Sur l’expansion territoriale de la seigneurie, voir L. Lamblin, Les fortifications de la Seigneurie des Guillem de Montpellier – XIe-XIIIe siècles, Mémoire de Maîtrise d’Histoire de l’Art Médiéval, Université Paul Valéry, 1984-1985.
16. Cette transmission connue par des actes du L.I.M., p. 249-250 (1113) et p. 212 (1103/1104) a reçu diverses interprétations. Voir notamment J. Baumel, op. cit., , p. 75 et suivantes ainsi que H. Vidal, Aux origines…
17. L.I.M. pp. 207-211 (1103/1104).
18. Les sources essentielles de cet article sont les actes du L.I.M. de 1090 à 1140, répartis en trois types d’actes principaux, les accords entre Guillaume et les évêques de Maguelone, les comtes de Mauguio et les viguiers de Montpellier.
19. L.I.M. p. 207.
20. L.I.M. p. 74.
21. En 1145, le Pape demande à Guillaume de restituer les deux églises privées de Saint-Nicolas et de Sainte-Croix (L.I.M. p. 61).
22. L.I.M. p. 225…et locale totum ubi fuit castrum vegairale…
23. L.I.M. p. 269.
24. L.I.M. p. 209.
25. M. Bourin-Derruau, op. cit., p. 70.
26. Sur l’habitat dans un corps de place fortifié voir G. Fournier, op. cit., p. 86 et A. Durand, article cité, p. 276.
27. L.I.M. p. 207.
28. Au sujet de cette restitution topographique, voir L. Guiraud, op. cit., p. 274 sq ; également Plan terrier, A.C. Montpellier, II 43, portant la mention : ici étoit l’arc Saint-Nicolas.
29. L.I.M. p. 368.
30. L.I.M. p. 150 ; voir à ce sujet l’étude de J. Berthelé, Éclaircissements topographiques, 2e série, Inventaire A. C. Montpellier, t. V, 1928, pp. 3-8 ; autre mention importante de la route allant à Castelnau dans L.I.M. p. 282, entre 1129 et 1147/1149… que terra terminatur a seprentrione cum strata publica que ducit ad pontem de castello nova…
31. L.I.M. p. 271.
32. L.I.M. p. 223.
33. La pérennité du tracé de cette route dans la ville du XIIIe siècle est d’ailleurs remarquable : un accord passé en 1273 entre le Roi d’Aragon, seigneur de Montpellier, et l’évêque de Maguelone la reprend comme limite des juridictions civiles ; elle sera également utilisée pour établir une division paroissiale qui, bien que tardivement connue, préexiste peut-être dès le XIIe siècle (L. Guiraud, op. cit., p. 92-93). Au nord, l’enceinte construite au XIIIe siècle s’ouvre sur la route de Nîmes par la porte dite du Pila Saint-Gely, faisant ainsi référence à l’un des hauts lieux de pèlerinage, Saint-Gilles-du-Gard.
34. A propos des tracés antiques, voir M. Rouche, L’héritage de la voirie antique dans la Gaule du haut moyen âge, dans Flaran 2, L’homme et la route, 1980, pp. 13-32 et P. Toubert, op. cit., p. 627 et 651 sq. Pour la voie médiévale à Montpellier, voir l’étude de J. Berthelé, op. cit. p. 3, 233 et 247.
35. J. Le Goff, La civilisation de l’occident médiéval, 1964, p. 174.
36. Ces indications sont extraites du mémoire de L. Lamblin, op. cit.
37. Voir J. Baumel, op. cit., t. I, p. 99 et 154.
38. « Du XIIe siècle au XIIIe siècle, la ville trahit sa fortune originelle due au passage des pèlerins sur une des principales routes menant à Saint-Jacques de Compostelle… » A. Gouron, La réglementation des métiers en Languedoc au Moyen Age, 1958, p. 124. Le pèlerinage de Saint-Jacques est en effet en plein essor dans le courant du XIe siècle, la période étudiée marquant probablement son apogée (voir Pèlerins et chemins de Saint-Jacques en France et en Europe, Paris, 1965, p. 13). Il est vrai cependant que, dans le cas de Montpellier comme dans bien d’autres, nous manquons d’éléments précis d’analyse sur le poid réel du pèlerinage dans l’économie locale ; cf P. Toubert, op. cit., p. 652.
39. Pèlerins et chemins…, op. cit., p. 42; également R. Oursel, Routes romanes, t. II, Zodiaque, pp. 60-61. Montpellier est citée comme étape dans le Guide du pèlerin, publié par J. Veillard, Macon, 1963, p. 3.
40. L.I.M. p. 271 et 277 ; L.I.M. p. 282. Dans son testament, Pierre Guillaume Ebrard dote généreusement en 1132 toute une liste d’hôpitaux qu’il faut peut-être localiser à proximité de Montpellier et qui prouvent l’importance du pèlerinage avant 1132 : les hôpitaux de Jérusalem, de Saint-Robert, de Saint-Jacques, ainsi qu’un don à la Milice de Jérusalem (L.I.M., p. 380).
41. L.I.M. p. 113 et 116; à ce sujet voir J. Baumel, op. cit., p. 113 sq.
42. Voir P. Toubet, op. cit., t. I, Structures d’échanges, chapitre sur les monnaies.
43. Le port antique de Lattes a fait l’objet de fouilles et d’une publication par l’équipe de H. Prades J. Arnal, R. Majurel, H. Prades, Le port de Lattara (Lattes, Hérault), Institut International d’Études Ligures, VII, Bordighera-Montpellier, 1974. L’abandon de ce site (partiel ?, total ?), sa réutilisation et à partir de quelle date ?, n’ont pas fait l’objet de travaux de synthèse. Son rôle fondamental dans l’essor de Montpellier au XIIIe siècle a été étudié par A. Dupont, Les relations commerciales entre les cités maritimes du Languedoc et les cités méditerranéennes d’Espagne et d’Italie du Xe au XIIIe siècle, Nîmes, 1942 ; sur l’économie, les échanges et les sites lagunaires (notamment l’abbaye de Psalmodi dont le rôle a pu être considérable), une récente exposition a présenté le point des connaissances : Les étangs à l’époque médiévale d’Aigues-Mortes à Maguelone, catalogue, Musée archéologique de Lattes, Été-automne 1986.
44. L.I.M. p. 37 (1130). Sur les appellations du château et du port de la Palud ou de Lattes, voir J. Baumel, op. cit., p. 96-97.
45. Les progrès dans l’architecture militaire apparaissent par exemple lors du jugement arbitral mettant un terme au conflit entre les hommes de Guillaum et ceux du comte, concernant les fortifications élevées à Mireval : de edeficion Vallis, unde cornes con queritur, judicatum est ut deneelli destrantur et ipsum scadafale et edificium ipsurn de cetero altius non fiat et barbacana et vallurn circa domum ipsam non fiat (L.I.M. p. 106).
46. L.I.M. pp. 105-110 (1125).
47. … testibusprobarepoteris Guillelmum parrem istius licentiam ci dédisse sepem facera contra fossaeurn palludis… (L.I.M. p. 105).
48. Congrès de Spolète, 1978, La navigazione mediterranea nell’alto mediovevo, particulièrement communications de J. Rougé, Ports et escales dans l’Empire tardif ; G. Schmiedt, I porti italiani nell’alto medioevo ; H. Ahrweiler. Les ports byzantins (VIIe-XIXe siècles), t. I; ainsi que les conclusions de M. Mollat, t. II, pp. 843-866 et la Tavola rotonda qui leur fait suite.
49. Cartulaire de Maguelone, n° VI (24 décembre 1055) ; E. Magnou-Nortier, La Société laïque…, p. 180.
50. Congrès de Spolète, t. I, p. 127 débat après la communication de J. Rougé.
51. Cart. Mag., n° X (1079).
52. E. Magnou-Nortier, pp. 179-180.
53. L.I.M. p. 92 (1126).
54. L. Guiraud, Recherches topographiques…, p. 95.
55. Plan terrier, A.C. Montpellier, II 43, portant la mention ici etoit la tour dabillon. La configuration des lieux sera modifiée au XIIIe siècle ; une porte de ville sera construite avec la nouvelle enceinte et deviendra préeisemment la porte de Lattes.
56. Plan dit des Iliers, Musées de la Société Archéologique de Montpellier.
57. Sur cette question, voir J. Segondy, Le sanctuaire montpelliérain de Notre-Dame des Tables, Montpellier, 1977, p. 20 sq. ; également G. Junot, Les chemins de pèlerinage dans la France médiévale, Flaran 2, op. cit., p. 66. Le culte marial existe dès le VIIe siècle dans la zone littorale languedocienne, riche en églises dont les dédicaces les plus fréquentes s’adressent à la Vierge et à saint Pierre (M. Chalon, op. cit., p. 15-16).
58. L’attachement des seigneurs de Montpellier à Notre-Dame se manifeste d’ailleurs dans la patronage de leurs chapelles privées, à Lattes et au nouveau château montpelliérain de 1143.
59. E. Magnon-Nortier voit « dans les condamines des parcelles annexées à un capmanse », soit un terroir dans la dépendance d’un chef-lieu d’exploitation, abbaye, château, etc. (op. cit., p. 136).
60. L.I.M. p. 95 : et superpositum aliarum domprum.
61. D’Aigrefeuille, Histoire de Montpellier, Montpellier, 1877, t. III, p. 383.
62. Voir E. Magnou-Nortier, op. cit., p. 539.
63. Nous utilisons la terminologie proposée par P. Toubert pour les castra du Tibre et de ses affluents, dans « castelli » et peuplement dans l’Italie médiévale, Flaran 1, op. cit., p. 22.
64. J. Caille, Les marchands de Montpellier et la leude de Narbonne dans le dernier quart du XIe siècle, dans B.H.V.M., n° 5, p.3-5.
65. Guillaume perçoit des taxes sur les juifs et les sarrasins transitants par les graus (L.I.M. p. 111) (vers 1103) et L.I.M. p. 96 (vers 1139), sur les marchandises apportés au marché de sa ville (le sel, les poissons… L.I.M. pp. 109-111 (vers 1103). Cette stratégie économique trouve une illustration très claire dans les réticences que met Guillaume, en 1138, pour laisser s’implanter une abbaye clunisienne sur les rives du Lez (L.I.M. p. 289).
66. L.I.M. p. 266. La datatioan de cet acte dans la seconde moitié du XIe siècle est proposée par H. Vidal, Aux origines…, n. 192.
67. L.I.M. p. 106.
68. L.I.M. p. 209-210 ….et in la condamina… totum estare Petri Bocardi… viam pe quam itur ante domum Hugonis Letdarii… etdua dommos… que tetent se cum domo Petri Bocardi… una domum que est inter dommun Bligerii et dommun Hugonis Letdarii.
69. Mention d’une table et d’une orgerie dans la Condamine, L.I.M. p. 222 (1139) ; mentions de tables près de l’église Saint-Nicolas, L.I.M. p. 239 (1183), L.I.M. p. 239 (1189), et L.I.M. p. 246 (1200).
70. A. Gouron, op. cit., p. 70.
71. A. D. Sebord, Les bourgs castraux dans l’Ouest de la France, Flaran 1, p. 67.
72. A. Durand, article cité, p. 275-276.
73. L.I.M. p. 261.
74. L’église préexiste probablement à l’apparition de ce vocable, peut-ètre anonymement incluse en 1090 dans la formule omnes alias ecclesias (L.I.M. 73), reprise dans la Vieille chronique de Maguelone, vers 1170 (publiée par J. Berthelé dans Mémoires de la Société Archéologique de Montpellier, 2e série, t. IV, 1er fasc.). Selon M. Bourin-Derruau, furlub serait un toponyme typiquement roman (op. cit., p. 80, n. 16) ; la remarque est aussi valable pour saint Denis, hagionyme capétien (d’après P. A. Sigal, Les marcheurs de Dieu, Armand Colin, Paris, 1974, p. 38). Les premières mentions de l’église en tant qu’édifice apparaissent à l’occasion de serments de fidélité rendus à Guillaume de Montpellier en l’église Saint-Firmin sur l’autel de la Trinité par plusieurs châtelains des environs (Pignan en 1114, L.I.M. p. 585 ; Frontignan en 1123, L.I.M. p. 621, etc.)
75. Voir notamment M. Bourin-Derruau, A. Durand, K. Pawlowski, Villa, vicaria, castrum. Aux origines d’un village du Bas-Razès ; Malviès (Aude) au XIe siècle, dans Annales du Midi, e. 99, n° 180, oct.-déc. 1987, pp. 497-511.
76. L.I.M. p. 694.
77. J. Caille, Les marchands de Montpellier…
78. J. Baumel, op. cit., p. 96.
79. H. Vidal a remarqué dès le Xe siècle des liens étroits entre le Pouget, Popian et Montpellier (Aux origines de Montpellier…, p. 21, n. 135).
80. L. Guiraud, L’antique cimetière Saint-Firmin, Mémoires de la Société Archéologique de Montpellier, 2e série, t. III, 1907, pp. 195 sq.
81. L.I.M. p. 373; E. Mangou-Nortier, op. cit., p. 132, n. 6.
82. L.I.M. p. 268.
83. L.I.M. p. 389.
84. Un Ebrard remplit les fonctions de bayle de Raymond, évêque de Nîmes, co-viguier de Montpellier et de Montpellieret (L.I.M. p. 90). En 1118 c’est le scribe du dominus Guillelmus Monte pessulani qui écrit l’acte de partage de la succession de Guillaume Ebrard (L.I.M. p. 368). Vers 1131/1132, Guillaume du Pouget laisse aux Ebrard son héritage maternel, Bertrand de Saint Firmin est témoin de l’acte (L.I.M. p. 372). Après le conflit de 1140, les Ebrard qui ont pris le parti de Guillaume, lui rendent hommage pour tous leurs biens, dont ceux de Saint-Firmin (L.I.M. p. 389-390).
85. L.I.M. p. 380, Testament de Pierre Guillaume Ebard : nombreux legs pieux dont en tète l’église Saint-Firmin et sa confrérie (confraternitatem ejusdem ecclesis).
86. L.I.M. p. 373. Entre 1118 et 1132, les fils de Pierre Guillaume Ebrard achètent à Guillaume Raimond de la Condamine une demeure (domum) avec cour, entrées et sorties et toutes ses dépendances à Saint Firmin. Cette demeure a des confronts signalés, antérieur : la voie publique, et postérieur : le mur (cum muro). Il s’agit donc d’une parcelle traversante entre rue et mur (probablement le mur d’enceinte) et jointive de part et d’autre.
87. M. Bourin-Derruau, op. cit., t. I, p. 72 : « L’exemple de Vias nous montre la constitution du castrum par adjonction successive de maisons jointives qui s’enclosent dans un premier temps d’un fossé puis d’un mur. La construction de ce mur est, d’ailleurs, pour le castrum, une sclérose. »
88. M. Bourin-Derruau, op. cit., p. 74 ; Toubert, op. cit., Flaran 1, p. 23.
89. L.I.M. pp. 219-225.
90. Totam vicariam tocius ville Montispessulani sicut modo edificata est vel in antea augmentata fuerit in quacumque parte vel in quocum que loco seu parrochia incremeneum receperit. L.I.M. p. 220, restitution et traduction par A. Parmentier d’après le manuscrit.
91. In omnibus suis augmentacionibus quocumque loco, quacumque parte, quacuim ue parrochia seu terminio augmentetur. L.I.M. p. 222.
92. L.I.M. p. 75 et 95. Guillaume a refusé le serment dû à l’évêque, lui et son père ou leurs hommes ont occupé le territoire de Lattes, endommagé des moulins, construit un château et un port, prélevé des taxes sur les voyageurs, les hommes de Saint-Pierre, rapté des clercs, détruit des villae, des maisons, des cimetières rustiques, des églises…
93. Valium ad muniendam villam suam in honore episcopi Guillelmus erigi fecit unde domos proprias et annuales census episcopus amisit. Urget etiam hommes Montispessulani et alios hommes Beati Petri ad collationem communitatis Montispessulani. L.I.M. p. 96.
94. Retinet etiam rusticos Beati Petri deseren tes patrios usus et adherentes divesis generibus artium. L.I.M. p. 96.
95. Déjà en 1104, le seigneur accordait des exonérations fiscales pour les propriétaires de terrains à bâtir dans Montpellier (L.I.M. pp. 207-211).
96. L.I.M. pp. 95-96.
97. Guillaume se rend acquéreur vers 1128 d’un domaine ; l’acte d’achat porte sur une maison et dépendances attenante au mur principal de Montpellier. L’honor acquis comprend également les redevances dues pour un four et une maison (L.I.M. p. 259). Les indices de localisation sont minces un seul des confronts mentionnés nous est connu par ailleurs mais justement au voisinage de la chapelle Sainte-Croix élevée en 1129 par Guillaume pour abriter la relique qu’il rapportait de Palestine. Guillaume relate les circonstances de cette construction dans son testament rédigé en 1146. Il lègue l’église Sainte-Croix qu’il a fait édifier à son retour de Jérusalem près de sa demeure (L.I.M. p. 177). L’emplacement de l’église Sainte-Croix et donc la demeure seigneuriale est bien connu : l’ensemble deviendra en 1151 la résidence des puissants prieurs de Saint-Firmin et disparaîtra au XCIe siècle. Voir sur ce quartier L. Guiraud, op. cit., p. 214-215.
98. L.I.M. 177 et Livre des Privilèges de Saint-Firmin, publié par A. Germain, dans La paroisse à Montpellier, publications de la Société Archéologique de Montpellier, n° 28, 1860.
99. L.I.M. p. 233.
100. L.I.M. p. 264.
101. L.I.M. p. 23, 271 et 277.
102. L.I.M. p. 92 : … in capite cujusdam vici qui dicitur flocaria et est propre porticum qui vocatur d’obillum et in ea via qua itur ad centrairanegues. L’évêque de Maguelon construira sa résidence urbaine dans ce secteur vers 1160 sur le patrimoine de la famille Adalguerius (Cart. Mag., f° 141 V° et 142 r° ventes à l’évêque en 1154/1156; première mention de la salle de l’évêque en 1163 (Cart. mag., f° 151 r°).
103. P. toubert, op. cit., Flaran 1, p. 27.
