Sud, Midi, du discours anthropologique des Lumières au discours politique de la Révolution
Sud, Midi, du discours anthropologique des Lumières
au discours politique de la Révolution
L’anthropologie apparaît comme une vision de l’autre dans ses ressemblances avec Moi : ce sens du mot est relativement récent et la paternité en est attribuée à un pasteur de Neufchatel. Charvane, en 1788. La chose, en revanche, est plus ancienne comme science générale de l’homme et s’observe dès les débuts de l’époque moderne. L’ethnologie est la vision de l’autre dans ses différences avec Moi ou dans la vision de Moi par l’autre dans nos différences réciproques. Ces deux approches de l’homme en situation sociale sont complémentaires elles reposent toutes deux sur une recherche menée par un observateur se mettant lui-même en situation. La vision anthropologique mène à la recherche des ressemblances et même à l’idée d’identité, tandis que la vision ethnologique s’appuie sur la recherche des différences et fonde l’identité sur la différence.
La vie sociale est liée à un territoire ou, si l’on préfère, à un espace dont la caractéristique est généralement d’être le lieu d’application des pouvoirs d’une souveraineté ou d’un état : le discours anthropologique et le discours ethnologique sont appelés à s’enraciner dans un espace qu’il est possible de qualifier de politique. Dès lors, la démarche historique d’analyse des discours se développe dans le sens d’une confrontation des discours anthropologiques, ethnologiques et politiques. Dans le royaume de France, précocement unifié, il devient important d’établir quand, derrière le discours politique s’appliquant aux sujets du Roi de France, se dévoile un autre discours politique exaltant les libertés et franchises des provinces et débouchant sur l’exaltation des différences. Ce discours politique peut se trouver renforcé par le discours anthropologique et, surtout, par le discours ethnologique défini comme fondateur des différences.
Un des points d’appui de la notion de différence est le territoire dès lors, il devient indispensable de localiser ce territoire par rapport à un ensemble plus vaste, voire du monde de cette recherche de position relative naissent les concepts de Nord, de Sud, d’Ouest ou d’Est, déterminés au départ d’un centre. Il y a. un de nos témoins à venir le dit, des southern countries en Angleterre, il y a aux États-Unis un deep south qui est au Nord du Mexique. L’homme a pris l’habitude, surtout depuis qu’il y a une vision cartographique et cartographiée du monde, de se situer par rapport à des points cardinaux. Ces repères ne sont pourtant utilisés que par rapport à un point central et c’est généralement la politique qui définit ce centre.
Au moment où le royaume d’abord, puis la république ensuite, sont déclarés « une et indivisible », la froideur des discours anthropologiques et ethnologiques, discours d’observation et de constat, cède le pas à la chaleur du discours politique, discours de volonté et d’action. Les députés de la Nation, réunis à Paris, engagés dans une rude bataille de défense nationale, exaltent l’unité et condamnent tout ce qui peut diviser. Je pense que c’est dans l’exaltation du patriotisme et de l’idée de nation que se dégage un discours politique qui veut fondre les différences provinciales au creuset de la nation et transforme en opposant potentiel celui qui manifeste une différence. Il faut d’ailleurs remarquer qu’au même moment les idées contre-révolutionnaires s’appuient précisément sur les différences qui existent en fait entre les citoyens français. Ce discours politique de la révolution connaît deux étapes ; le projet fédératif unissant par la fraternité des citoyens restés différents, le projet unitaire fondant dans l’égalité tous les « enfants de la Patrie ».
En passant du discours géographique au discours anthropologique et ethnologique des Lumières, je vous propose d’examiner comment le discours politique de la révolution française cristallise des traits auparavant épars autour d’un concept global de Midi et de méridional. Ce concept est la version française du concept de Sud qui me paraît en revanche une version originale typiquement américaine. On notera qu’en français l’adjectif formé sur Sud, Sudiste, ne peut se référer qu’à la guerre de Sécession, à Autant en emporte le vent et au Rock’n roll. D’après les dictionnaires étymologiques de la langue française, les mots servant à désigner les points cardinaux apparaissent au XIIe siècle 1. Il faut noter l’emploi conjoint de mots d’origines différentes : Sud, Nord, Est, Ouest nous viennent de l’ancien anglais ; Midi, Septentrion, Orient, Occident nous viennent du latin ce sont eux qui donnent naissance à des adjectifs : Méridional, Septentrional, Oriental, Occidental, pouvant eux-mêmes donner naissance à des substantifs. Dans l’usage français, on en est arrivé à employer les mots d’origine anglaise pour désigner les points cardinaux et ainsi se reperer sur des cartes ou sur le terrain, et à réserver les adjectifs ou les substantifs à la définition d’espace ou à la caractérisation des hommes qui vivent dans ces espaces. Le dictionnaire de l’Académie est parfaitement clair sur cet usage : « Sud un des quatre points cardinaux… Midi opposé au Nord… Méridional du côté du Midi par rapport au lieu dont on parle : régions méridionales, peuples méridionaux » 2.
Le dictionnaire de Richelet est encore plus net : « Sud, partie du monde qui est au midi. Le vent du Midi. Sud Est, le vent qui tient le milieu entre l’Orient et le Midi l’endroit qui est entre le Sud et l’Est. Sud-Ouest : vent qui tient le milieu entre le Midi et l’Occident. Midi : milieu du jour. La plus haute élévation du soleil, d’une planète : le soleil est à son midi. Méridien : cercles de la sphère qui passent par les deux pôles. Méridien, qui regarde le midi. Méridienne, sommeil court après-midi. Méridional, qui est au midi, qui regarde le midi » 3. Il semble difficile de ne pas admettre que les mots d’origine latine conservent une forte valeur émotive, qu’ils sont apparemment les repères de l’habitude, du quotidien, du journalier, et que les mots d’origine anglaise restent confinés dans le langage technique des géographes et des navigateurs, d’autant plus qu’ils souffrent d’un handicap majeur : ils ne donnent pas naissance à des adjectifs et encore moins à des adjectifs substantivés.
On doit lier l’utilisation de repérages géographiques à une vision du monde fondée sur la représentation cartographique de l’espace. C’est à partir de la carte, cette feuille de papier, au prix d’un effort d’abstraction, que les hommes peuvent prendre conscience de leur position sur une planète qui apparaît désormais comme un espace fini. On sait que la « géographie ça sert à faire la guerre » 4 et c’est sans étonnement qu’on lit dans une publication consacrée à l’histoire de la carte de la France : « Les militaires… joueront un rôle primordial.., et la topographie sera considérée longtemps comme un art essentiellement militaire, même jusqu’au début de notre siècle » 5. Dans ce même fascicule apparaît le second grand utilisateur de la carte : « les gens d’église ». Les évêques s’efforcent de faire lever, parfois même de lever eux-mêmes des descriptions de leur diocèse pour les besoins de leur administration 6. Dès le début du XVIIe siècle, des cartes exactes présentent aux sujets la configuration du royaume. On sait, par ailleurs, que des guides et almanachs nationaux comme le Guide des chemins de France de Ch. Estienne 7 aident le voyageur à se déplacer. Dès lors, par la carte ou par le voyage, il devient possible de se repérer dans un espace donné. Le sud du royaume pourrait naître, or il n’en est rien car, pour désigner cet espace, les administrateurs, les politiques, les voyageurs, les géographes ou les historiens disposent d’un autre concept : celui de province, et de désignation du concept : Provence, Languedoc, Guyenne, Gascogne…
On me permettra maintenant de réduire mon propos à une de ces provinces situées au Sud du royaume de France : le Languedoc. La notion de province, telle qu’elle est analysée par Dupont-Ferrier 8, telle qu’elle est définie par le Dictionnaire de l’Académie s’applique parfaitement au Languedoc : « Étendue considérable de pays, qui fait partie d’un grand état et dans lequel sont comprises plusieurs villes, bourgs et villages.., pour l’ordinaire sous un même gouvernement ». On sait qu’institutionnellement la « province » n’existe pas en tant que tel et sous le vocable, et que le plus souvent son support territorial est un comté ou duché de l’époque médiévale devenu un gouvernement militaire de la monarchie. Le Languedoc est l’héritier des Comtes de Toulouse dont la « province » garde, tout au long de son existence, pour emblème héraldique, la croix sur fond de gueules. Lors de son rattachement précoce à la couronne de France, le Comté de Toulouse devient le noyau de cet ensemble disparate défini par la langue : les pays d’Oc, distingués des pays d’Oïl. Les pays d’Oc ont des institutions représentatives où figurent les trois ordres : clergé, noblesse et tiers-état. Peu à peu se précisent les contours de la « province » et, dès les premières réunions connues des États, au milieu du XIVe siècle, apparaît le Languedoc des États des vingt-deux diocèses. Le découpage en diocèse ecclésiastique devient la base de division du Languedoc en diocèse civil et, naturellement, l’évêque, chef du diocèse religieux, devient chef du diocèse civil et représentant de celui-ci aux assemblées générales 9. Vingt-deux barons deviennent les représentants de la noblesse. Là encore, la base de représentation est territoriale : c’est le possesseur de la baronnie qui représente celle-ci et si un individu perd sa baronnie, il perd son droit de représentation 10.
Une soixantaine de députés des communautés représentent les villes du pays avec, au premier chef, la représentation des villes chef-lieu de diocèse civil 11.
Les États ont « la liberté de don et d’administration », c’est-à-dire que, chaque année, ils discutent le montant de la contribution de la province aux finances du Roi, répartissent la « mande royale » entre les diocèses civils, puis collectent les recettes venant des diocèses civils pour les faire parvenir au Roi ou pour en conserver une partie pour l’administration de la province. Les États jouent un rôle important dans l’espace des vingt-deux, puis vingt-trois diocèses. Ils sont l’organe normal de l’administration et c’est à Nos Seigneurs des États que les communautés languedociennes s’adressent de préférence aux agents du Roi.
Chaque année, les États munissent leurs députés en Cour et l’Archevêque de Narbonne, président-né des états de Languedoc, de mémoires, doléances et remontrances à déposer à Versailles au pied du trône établissant ainsi un contact direct entre le Roi et les représentants de la province.
Cette institution représentative, assise sur un territoire précis, est, depuis le milieu du XIVe siècle, l’expression du Languedoc ; elle est le point de référence sur lequel se repèrent les habitants, attachés aux libertés et aux franchises de la province.
Il faut ajouter que les États de Languedoc financent très largement la publication de l’Histoire du Languedoc des bénédictins Devic et Vaissette 12 et ouvrent largement à ces chercheurs leur riche fonds d’archives pour doter la province d’une mémoire. II faut ajouter, enfin, que les états émettent des jetons d’argent, chaque année, largement distribués qui contribuent à donner une image de la province, soit pas son emblème héraldique, « l’écu de la province », ou « la croix de Toulouse » 13, soit par sa personnification en une femme appuyée sur un écu aux armes de Languedoc 14. L’exergue du revers donne le nom de cette institution : Conventus occitaniae 15, comitis occitaniae 16, comitia occitaniae 17.
La liberté de réunion des états, la liberté d’administration sont les fondements des libertés et franchises de la province et de son statut particulier dérogatoire au statut général des provinces du royaume. Ce privilège contribue à créer un lien entre les différents habitants de la province et c’est sur les privilèges du Languedoc que pendant plusieurs siècles se développe le sentiment d’une identité. Le discours anthropologique – c’est-à-dire le discours sur l’homme vivant sur la terre – naît de façon autonome au cours du XVIe siècle. Parmi les influences naturelles susceptibles de modifier les tempéraments figurent les climats. Cardan paraît un des premiers à avoir présenté cette hypothèse, mais y a-t-il un premier en histoire des idées ? Bodin suit avec son critique perspicace le jésuite Possevino 18. La théorie anthropologique des Lumières débouche directement sur une opposition entre le froid et le chaud, le Nord et le Sud, l’un portant au travail et à la création, l’autre à la paresse et à la douceur de vivre : le premier suscite l’Europe du progrès, l’autre l’Europe de l’inertie 19. Montesquieu évoque « les peuples du midi… où l’abondance de toutes choses les met en état de se passer de tout, de vivre de chez eux et de n’avoir que peu de besoins, auraient trop d’avantages sur les autres si le climat et la nature ne leur donnaient une paresse qui les égalise… » 20. La théorie se précise avec Buffon dans Variétés de l’espèce humaine en 1749. L’auteur part de l’idée de race définie par des caractères précis et introduit l’idée « de la dégénérescence qui, d’une race primitive, ferait naître des races présentant avec elle des caractères communs, mais altérés par l’effet du climat » 21. La suite dérive des prémices : « c’est en descendant vers le midi que les traits commencent à changer ». De quel midi s’agit-il donc ? Buffon précise : « c’est depuis le 40e jusqu’au 50e degré… que se trouvent les hommes les plus beaux et les mieux faits c’est sous ce climat qu’on doit prendre le modèle ou l’unité à laquelle il faut rapporter toutes les autres nuances de couleur et de beauté » 22. Le complément vient ensuite « les caractères sont devenus héréditaires par l’action constante et continue des causes…, les hommes de la nation sauvage seraient plus basanés, plus laids, plus petits, plus ridés que ceux de la nation policée 23.
Le discours anthropologique des Lumières unit des thèmes déjà connus en vue d’une synthèse cohérente, fondée sur l’existence d’une loi naturelle : les climats altèrent les caractères naturels de la race humaine initialement parfaits et la font dégénérer en une série de races qui s’éloignent de plus en plus du modèle initial en descendant vers le Sud ou en remontant ver le Nord.
Un discours ethnologique se dégage durant la même période : c’est le discours qui tend à déterminer des caractères physiques et moraux spécifiques de chaque « peuple » avec ses mœurs et ses usages et les interprétations données à l’époque. Il s’agit bien là d’un regard de l’autre sur un groupe placé en situation sociale et jugé différent. Les premiers ethnotypes dégagés sont nationaux et cette description est contemporaine de l’état national ou de la prise de conscience d’une communauté de culture. Dans un sonnet de Du Bellay, datant de 1558, le poète évoque : « …du Florentin l’avarice usurière… du Napolitain la grande vanité… le poltron Romain, le traître bourguignon, le superbe espagnol… l’ivrogne tudesque » 24. Dans toutes les littératures européennes figurent des épopées qui rattachent l’histoire nationale à la prestigieuse histoire de l’antiquité, civilisant par Francion, le Troyen, ce que le Gaulois pouvait avoir de sauvage. Le mythe des origines passe de l’épopée à l’histoire et C.G. Dubois, dans Celtes et Gaulois au XVIe siècle, intitule son chapitre II : « Epanouissement de la mystique nationale » 25.
La rencontre du discours anthropologique sur la dégénérescence de la race initiale du Nord et au Sud du monde tempéré sous l’implacable effet des climats, sur la création de différence opposant le « sauvage » et le « civilisé », avec le discours ethnologique fondant en différence l’existence de peuples, se produit dans l’œuvre de J.-J. Rousseau « le père de l’ethnologie », d’après Claude Lévi-Strauss 26. Du pur état de nature et par l’état « d’homme sauvage » on parvient à l’homme civilisé : le caractère essentiel de l’espèce humaine « reste la liberté : vouloir et ne pas vouloir, qui la distingue de l’animalité apercevoir et sentir » 27. On peut estimer que le discours anthropologique aboutit à fonder une différence sur la position géographique et que le discours ethnologique introduit cette différence dans le royaume de France. Il s’agit bien d’une différence Nord-Sud puisque les caractères dégénérés des peuples du Sud, du 40e parallèle et du Nord du 50e parallèle sont appliqués purement et simplement aux provinciaux du Sud de la Loire.
L’originalité de ce midi est sa langue et il faudrait, à ce propos, évoquer les théories linguistiques admises au XVIe siècle qui, elles aussi, reposent sur l’idée d’une langue unique – antérieure à Babel – qui dégénère peu à peu et fait succéder la diversité – source d’incompréhension – à l’unité – source d’unanimisme. Mais cette langue, reconnue comme originale par son statut littéraire, ne débouche pas sur une culture spécifique : « Par bien des traits, l’homme d’oc se confond avec l’homme européen occidental du XVIe siècle » 28.
C’est aussi le moment où le héros gascon, type ethnique d’un « royaume de Navarre qui s’est durci en existence étatique » 29 suscite le « contre-héros français du gascon » 30. « L’orgueil devient vantardise, l’éloquence jactance, le courage rodomontade, le mordant agressivité maniaque. Le heurt en France de deux langues prend cet aspect du combat singulier du héros et de son double. Paris prend le parti double au point de l’imposer aux Occitans eux-mêmes 31. Cette image se trouve aussi dans les aventures du Baron de Faeneste d’Agrippa d’Aubigné 32. On pourrait multiplier ces images d’un homme méridional, plus ou moins matamore, amateur de gasconnades aux dires de Brantôme : reflet dans la littérature française de l’heure éblouissante des Gascons et des Béarnais dans la vie politique française.
Ce type littéraire du gascon devient un type ethnologique au regard des Français, du Parisien, et ramène au problème de la langue occitane du XVIIIe siècle. La littérature occitane est l’œuvre « de membres du clergé, des hommes de loi, des médecins.., des lettrés cherchant un amusement de lettrés » 33. La littérature d’oc est connue des « érudits locaux qui ont toujours lu et connu le livre de Jehan de Notre-Dame, paru à Lyon en 1575 » 34. La langue occitane demeure parlée par les milieux ruraux dans leur grande majorité, mais ce n’est qu’en endroit particulièrement reculé que le voyageur francophone ne peut se faire comprendre. Un naturaliste, Faujas de Saint-Fond, prospecte le Vivarais et le Velay à la recherche des volcans éteints et se heurte à la méfiance des paysans : « j’étais pris pour un homme envoyé par le gouvernement pour connaître la nature de leurs possessions afin d’augmenter les tributs royaux… d’autres me prenait pour un espion du seigneur. Cette méprise m’aurait certainement été funeste si je n’avais pas compris un peu la langue du pays et si je n’avais pas mis la plus grande circonscription dans mes démarches » 35. L’infatigable voyageur anglais, Arthur Young, ne remarque rien de particulier dans le langage des languedociens, pourtant il relève qu’à Bagnères-de-Luchon « des paysans comprennent le français, mais ce n’est pas le cas de tous » 36, que « le Roussillon constitue en fait une partie de l’Espagne : les habitants sont Espagnols par la langue et les coutumes » 37. Young « reconnaît à l’instant un autre peuple : « … nombre de gens… ne savent que dire je ne sais pas ce que vous dites » 38 ; il s’agit de la Bretagne ; « il n’y a pas une personne sur cent qui prononce un mot de français 39, il s’agit cette fois de l’Alsace. On peut revenir en Vivarais, là où se promenait Faudoas, pour lire dans le carnet de voyage de Young que « pas une personne sur 60 parle le français » 40.
Le dernier témoignage à invoquer en matière de position des langues locales dans l’espace national est celui du droit canon. Le codex canonicus (distinction 95), le canon 14 du Concile de Latran, rappellent que « l’on a toujours souhaité… que les pasteurs entendissent et parlassent la langue des diocèses et des paroisses où ils doivent pourvoir aux besoins spirituels des peuples… ». Eugène IV établit la règle 20 de chancellerie connue sous le nom de de idiomate où est précisé de nouveau que « le pasteur doit comprendre et, si possible, parler la langue de ses ouailles… » 41. « En France, il n’y a pas que la Bretagne où l’on exige que les curés sachent l’idiome de leur paroisse. Il est telles provinces.., comme la Provence où un curé parisien ne pouvant faire le prône en langue vulgaire, comme c’est l’usage dans la plupart des diocèses, ni, par conséquent, entendre les confessions, serait obligé, sinon de se démettre… du moins de donner ses attentions pour se rendre intelligible au peuple et pour l’entendre lui- même » 42. En France, les actes civils de justice se font en langue française [Charles VIII, (1489), ordonnance, article 101 Louis XII (1512) ordonnance, article 47, François Ier (1535-1539) article 111]. L’ordonnance de 1629 parle des actes ecclésiastiques à l’article 27 : « Tous actes, sentences, conclusions et autres procédures des officialités et autres juridictions seront établis en langue française » 43.
Le 13 Août 1790, l’abbé Grégoire envoie 43 questions « relatives aux patois et aux mœurs des gens de la campagne » 44. II reçoit 43 réponses venant de diverses provinces. La première réponse du 28 janvier 1791 vient de Montpellier et est signée Auguste Rigaud. La seconde lettre vient du club de Carcassonne Grégoire la classe en écrivant de sa main : « ci-devant Languedoc 45, expression employée d’ailleurs dans la lettre elle-même. Dans cette lettre apparaît une des premières mentions sur le Midi : « On sait que le Midi de la France produisit autrefois une foule de poètes et de troubadours qui firent aimer à l’Europe, encore barbare, les productions de leur génie… » 46. Une longue lettre concerne le Rouergue 47 ; une courte lettre est classée « Provence » par Grégoire, de sa main, alors que Gazier l’attribue au Languedoc 48. D’Auch, provient une lettre sur « le patois du département du Gers » 49, d’Agen, une sur « le patois et les mœurs des gens de la campagne du département de Lot et Garonne » 50. Les réponses sont aussi variées qu’intéressantes si l’on en juge d’après les extraits choisis par A. Gazier. L’exploitation des documents, en fonction de la grille de lecture proposée par Grégoire et aussi en fonction des réponses connues exigerait la constitution d’équipes mêlant des historiens, des historiens de la littérature et des linguistes versés dans la linguistique occitane, mais aussi dans la théorie linguistique dominante à la fin du XVIIIe siècle qui sert, semble-t-il de prisme déformant aux correspondants de Grégoire : tous, et Grégoire lui-même, sont persuadés que les langues d’usage dérivent d’une langue unique et quelles s’en éloignent de plus en plus : l’idéal serait la restitution de cette langue pré-babélienne.
Armé de cette connaissance des structures linguistiques de la Nation, devenu évêque élu d’Eure-et-Loir, député de la Convention, membre du Comité d’instruction publique de cette assemblée, Grégoire présente plusieurs rapports au nom du Comité devant la Convention. Il donne en quelque sorte la réponse aux questions 29 et 30 de son enquête du 13 août 1790 : « Quelle serait l’importance religieuse et politique de détruire entièrement le patois ? Quels seraient les moyens ? ». Au même moment, et sur le même sujet, Barère intervient au nom du comité de Salut Public. Dans la séance du 6 pluviôse An II (samedi 25 janvier 1794), Grégoire déclare : « L’unité de la république commande l’unité d’idiome et tous les Français doivent s’honorer de connaître une langue qui, désormais, sera par excellence celle des vertus du courage et de la liberté » 51. Trois jours plus tard, Barère devant la Convention commence son rapport par : « Les tyrans coalisés ont dit l’ignorance fut toujours notre auxiliaire le plus puissant ; maintenant, l’ignorance, elle, fait les fanatiques, elle multiplie les contre-révolutionnaires faisons rétrograder les Français vers la barbarie ; servons-nous du peuple mal instruit ou de ceux qui parlent un idiome différent de celui de l’instruction publique… Il faut détruire cette aristocratie du langage qui semble établir une nation polie au milieu d’une nation barbare… Révolutionnons la langue ! ». Barère évoque les idiomes qui « perpétuent le règne du fanatisme et de la superstition, ont assuré la domination des prêtres, des nobles et des patriciens et empêché la révolution de pénétrer dans neuf départements importants » ; l’orateur cite alors le bas-breton parlé dans le Morbihan, Finistère, Côtes-du-Nord, Ille-et-Vilaine et partie de la Loire Inférieure, puis cite ensuite l’allemand du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, le basque des Pyrénées Occidentales, enfin l’italien de Corse et de Nice. Barère poursuit : « Ce n’est pas qu’il existe d’autres idiomes plus ou moins grossiers dans d’autres départements, mais ils ne sont pas exclusifs, mais ils n’ont pas empêché de connaître la langue nationale.., elle est partout facilement entendue.., les clubs, les sociétés patriotiques sont des écoles primaires pour la langue et pour la liberté.., elles suffiront pour faire connaître la langue française ».
De conclure enfin : « Combien de dépenses n’avons-nous pas faites pour la traduction des lois des deux premières assemblées dans les divers idiomes parlés en France ». Barère obtint de l’Assemblée le vote d’un décret « pour établir un instituteur de langue française dans les campagnes dans les dix jours » 52.
Le 9 pluviôse, le lendemain de la présentation du rapport du Comité de Salut Public, Grégoire remonte à la tribune au nom du comité d’instruction publique et propose le texte d’un décret destiné à organiser un concours pour choisir les meilleurs livres élémentaires en français 53.
Barère, un mois plus tard, à la séance du 2 ventôse, demande que l’on rajoute à la liste des départements non francophones, la Meurthe et les Pyrénées-Orientales où les habitants « parlent exclusivement le catalan, cet idiome de nos ennemis fanatiques » 54.
Grégoire remonte à la tribune au nom du Comité de l’Instruction publique, le 16 prairial An II, pour faire le point sur les progrès du français dans l’enseignement après quelques mois d’application du décret du 8 pluviôse sur l’installation d’un instituteur de langue française dans les campagnes. Ce rapport, extrêmement long, permet de dresser un état exact de la situation des langues sur le territoire de la République. « Nous n’avons plus de provinces et nous avons encore trente patois qui en rappellent le nom… On peut assurer sans exagération qu’au moins 6 millions de Français, surtout dans les campagnes, ignorent la langue nationale, qu’un nombre égal est à peu près incapable de soutenir une conversation suivie… Pensez-vous, m’a-t’on dit que les Français méridionaux se résoudront facilement à quitter une langue qu’ils choisissent par habitude et par sentiment ? Leurs dialectes, appropriés à un peuple qui pense vivement et s’exprime de même, ont une syntaxe où l’on rencontre moins d’anomalies que dans notre langue, par leurs richesses et leurs prosodies éclatantes, ils rivalisent avec la douceur de l’italien et la gravité de l’espagnol et nous parlerions la langue des troubadours au lieu de celle des trouvères si Paris, le centre du gouvernement, avait été situé par delà la Loire… Ne faisons point à nos frères du Midi l’injure de penser qu’ils repousseront aucune idée utile à la patrie, ils ont abjuré et combattu le fédéralisme politique, ils combattront avec la même énergie celui des idiomes… Une objection contre la destruction des dialectes rustiques est la crainte de voir les mœurs s’altérer dans les campagnes… ». Grégoire balaie cet argument en faisant remarquer que « le régime républicain a opéré la suppression de toutes les castes parasites, le rapprochement des fortunes, le nivellement des conditions… » La forme nouvelle de notre gouvernement et l’austérité de nos principes repoussent toute parité entre l’ancien et le nouvel état de chose… « Quelques sociétés populaires du Midi discutent la nécessité d’universaliser notre idiome…, ce qui fournit une nouvelle occasion de bien mériter de la Patrie » 55. Ce grand discours, truffé d’arguments historiques, linguistiques et, bien entendu, politiques, s’achève par un projet de décret « pour l’exécution d’une nouvelle grammaire et d’un vocabulaire ».
Parvenu au terme de cet exposé, il est temps de faire le point sur le problème initialement posé : le Sud à l’époque moderne. Première réponse le concept de Sud n’existe pas à l’époque moderne en France le chercheur ne rencontre qu’un concept appelé à un avenir certain, celui de Midi, de méridional et de méridionaux 56. Ce concept s’applique à la situation d’un espace géographique par rapport à un autre espace considéré comme central : en l’occurrence, l’espace placé au Sud du royaume de France. A l’époque moderne, ce concept ne peut que rester géographique ou cartographique dans la mesure où d’autres concepts permettent de caractériser ces régions et portent le sentiment d’identité de leurs habitants. Historiquement, le Midi est constitué de fortes entités politiques, héritières de la période médiévale : la Provence, le Languedoc, la Gascogne, la Guyenne, le Béarn ces noms chantent aux oreilles des hommes du temps. Ces provinces – le terme est aussi traditionnel que vague à l’exception de la Guyenne et de la Gascogne, sont des provinces de pays d’États : pendant plusieurs siècles les habitants en appellent à « la nation provençale » ou à « la nation languedocienne », voire « occitane » puisque les États de Languedoc n’affirment leur filiation avec les comitia occitaniae égales en droits et privilèges aux comitia oïlaniae, disparus précocement. Ce sentiment d’identité, lié à ces libertés et franchises, est suffisamment fort pour que le Provençal et le Languedocien se pensent tels et n’éprouvent point le besoin de se situer par rapport à un centre placé hors du territoire des États.
Timidement, puis de plus en plus fermement, se dégagent au cours de l’histoire moderne, un discours anthropologique, puis ethnologique. A l’évidence, le discours anthropologique naît des grandes découvertes et de la découverte des humanités non chrétiennes : il se constitue en idéologie sur la base de l’idée de nature, de l’idée de la « bonté de la nature », de l’idée du « bon sauvage ». Pour expliquer les différences observables entre les races et les espèces humaines la théorie des climats finit par s’imposer : c’est elle qui crée une humanité écartelée par la dégénérescence entre un type idéal, celui de la zone tempérée, en type du Nord et un type du Sud de fait, un type septentrional et méridional.
Les ethnotypes apparaissent, surtout dans les œuvres littéraires sans que pour autant la position géographique paraisse déterminante dans cette définition on ne dit pas le méridional – anthropologie – mais le gascon – ethnologie. Le héros Gascon et son contre-type, l’antihéros gascon, lègue à la langue française, d’après Richelet, un verbe gasconner (dire une gasconnade) un substantif : gasconnade (fanfaronnade), et une manière d’être : gasconisme (façon de parler gasconne). L’unité des provinces du sud du royaume n’est pas cherchée dans la langue parlée « dans les campagnes » de ces provinces : la langue est alors un facteur historiquement neutre, ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas et ne peut pas devenir actif.
La langue, comme porteuse d’une différence, apparaît précisément comme un facteur historiquement actif pendant la révolution française, plus spécialement durant le terrible An II : il s’agit de créer un patriotisme français, établi sur l’idée de Nation, et sur un idéal de diffusion mondiale des idées françaises. Dès lors, dans l’espace national perçu comme uniforme les différences entre Français scandalisent. On en trouve pourtant, celles qui sont fondées sur l’usage d’une langue différente de l’idiome national. Dès lors, le domaine linguistique méridional est reconnu et devient les provinces étant devenues « ci-devant » et expression d’ancien régime – un élément de repérage, d’ailleurs difficile à caractériser puisque la désignation la plus fréquente est la référence à la langue provençale. L’usage de la langue du Midi caractérise un peuple qui est réputé fidèle à la « féodalité » et au « fanatisme religieux ». L’anthropologie et l’ethnologie viennent compléter le discours d’une « politique de la langue par l’adjonction de caractères physiques et moraux qui contribuent à créer le méridional français, appartenant à une espèce qui dégénère à partir d’un centre : les Méridionaux. Les concepts sont cristallisés pendant la période révolutionnaire et midi, méridional et méridionaux sont des mots ayant un statut sémantique et sémiologique cohérents pour désigner en France, dans la France Une et Indivisible, une partie des Français qui ne parlent pas français, occupent un territoire placé au Sud de la France et qui ont la nostalgie de l’ancien régime et des privilèges par où passaient l’expression de leur identité avant la révolution de l’Égalité.
Notes
1. Dauzat (A.), Dictionnaire éthymologique, Paris (nombreuses éditions) ; Bloch (O.) – Wartburg (Von), Dictionnàire éthymologique de la langue française, Paris, 1921.
2. Dictionnaire de l’Académie (texte de 1762), 2 volumes, publiés à Nîmes, 1784 Géraud-Soulavie, La France méridionale, Paris, 1784.
3. Dictionnaire portatif de la langue française, extrait du grand dictionnaire de Pierre Richelet, Lyon, 1756.
4. Lacoste (Y.), La géographie ça sert à faire la guerre, Paris, 1979.
5. Duranthon (M.), La carte de France : son histoire (1678-1978), Paris, 1978 (I.G.N.).
6. Dainville (P. de), Cartes anciennes de l’Église de France, Paris.
7. Ch. Estienne, Le Guide des chemins de France, Paris, 1555. Voir Mandrou (R.), Introduction à la France moderne, 2e édition, Paris 1974 (p. 24).
8. Dupont-Ferrier (G.), Sur l’emploi du mot province, Revue historique, 160, 1929, p. 241-303.
9. Péronnet (M.), Pouvoir et épiscopat dans le Languedoc Moderne, Études sur l’Hérault, XIII (4-5), 1982 ; Id., Pouvoir monarchique et épiscopat dans Parliaments, Estates and Representation, vol. 3, n° 3, 1983.
10. Jouanna (A.), Le second ordre aux États de Languedoc : l’entrée des barons, dans Mélanges Gascon, Lyon et l’Europe, Lyon, 1981.
11. Picot (E.G.), Les États généraux, Paris, 1872, Préface (tome 1) : … « Lettres patentes de 1254 : le sénéchal peut suspendre le droit d’exportation des draps par Beaucaire, mais en ce cas doit réunir un conseil : « in quo sint aliqui de praelatis, baronibus, militibus et hominibus bonarum villarum ». En 1356, les États de Languedoc reçoivent le droit de se réunir sans nouvelle licence ». A partir de 1420/1430, les États de Languedoc « ne se lient plus aux États Généraux du royaume » et les réunions deviennent annuelles. Gilles (H.), Les états de Languedoc au XVe siècle, Toulouse, 1965.
12. Devic, Vaissette, Histoire générale du Languedoc, 4 volumes in folio (Paris, 1730-1750), puis 16 volums Grand in-4° (Toulouse, 1865-1875).
13. Bonnet (E.), Les jetons des états généraux du Languedoc, Bulletin archéologique, 1899 (Paris, 1900).
14. Jeton de 1687.
15. Jeton de 1634.
16. Jeton de 1651.
17. Jetons de 1653-1654-1659 – Mlle A. Marcet (Université de Perpignan) a rapporté que les Catalans des Comtés (Roussillon) ont eu le sentiment de perdre leur identité quand les volontés du Roi de France aboutirent à la non-convocation des Cortès. A cela s’ajoute une francisation délibérée appliquée par tous les administrateurs.
18. Busson (H.), Les sources et le développement du rationalisme dans la littérature française de la Renaissance, Paris, 1922, p, 231 et suivantes (Cardan), p. 541 et suivantes J. Bodin, Ponthus de Thyard).
19. Gusdorf (G.), Les sciences humaines et la pensée occidentale sur les principes de la pensée au siècle des Lumières, Paris, 1971, p. 94, p. 98.
20. Id., Ibid.
21. Duchet (M.), Anthropologie et histoire au siècle des Lumières, Paris, 1971, p, 249 et suivantes.
22. Id., Ibid., p. 254.
23. Id., Ibid., p. 275.
24. Péronnet (M.), Le XVIe siècle, Paris, 1983. p. 100.
25. Dubois (C.G.), Celtes et Gaulois au XVIe siècle, Paris, 1972, p. 41 et suivantes.
26. Duchet (M.), Ibid., p. 323.
27. Id., Ibid., p. 399.
28. Lafont (R.), Renaissance du Sud : essai sur la littérature occitane au temps d’Henri IV, Paris, 1970, p. 271.
29. Id., Ibid., p. 53.
30. Lafont (R.), Baroques occitans, Avignon, 1974. p. 31.
31. Id., Ibid., p. 32.
32. Jouanna (A.), Être et paraître dans le baron de Faeneste, dans Réforme, Humanisme, Renaissance, 1979.
33. Camproux (Ch.), Histoire de la littérature occitane, Paris, 1973, p. 130.
34. Id., Ibid., p. 132.
35. Faugas de Saint-Fond, Recherches sur les volcans éteints du Vivarais et du Velay, Grenoble-Paris, 1778, p. 138-140.
36. Young (A.), Voyages en France, éd. H. Sée, Paris, 1931 (Tome I, p, 116) : Travels en France, Édited by Constantin Maxwell, Cambridge, 1929 (reprinted 1950), p. 32.
37. Id., Tome I, p. 123 édition anglaise p. 38.
38. Id., Tome I, p. 233.
39. Id., Tome I, p. 340.
40. Id., Tome I, p. 399. Durant la discussion. le Professeur Robert Lafont, a insisté sur la non perception habituelle de la langue et des différences linguistiques. Pour devenir perceptible, le facteur langue doit être normalement associé à d’autres.
41. Durand de Maillane, Dictionnaire de droit canonique et de pratique bénéficiale. 2e édition revue, corrigée, augmentée, Lyon, 1770, (4 vol.), article. Idiôme.
42. Id., Ibid., Durand de Maillane précise qu’il s’agit de « l’article 33, libertés de l’église gallicane ». On sait qu’à la fin du XVIe siècle des juristes fixèrent ces libertés sous la forme d’articles, notamment Dupuis et Coquille.
43. Id., Ibid.
44. Gazier (A.), Lettres à Grégoire sur les patois de France, Paris, 1880. (Slatkine reprints, Genève, 1969), p. 7 (circulaire de Grégoire, Paris, le 13 août 1790). Certeau (M. de), Julia (D.), Revel (J.), Une politique de la langue, Paris, 1975, p. 12-14.
45. Gazier, Ibid., p. 13.
46. Id., Ibid., p. 13-50.
47. Id., Ibid., p. 50-79.
48. Id., Ibid., p. 79-81.
49. Id., Ibid., p. 83-106.
50. Id., Ibid., p. 107-127.
51. Moniteur, sextidi 6 pluviôse An II.
52. Moniteur, nonidi 9 pluviôse An Il (mardi 28 Janvier 1794).
53. Moniteur, primidi 11 pluviôse An II (jeudi 30 Janvier 1794).
54. Moniteur, Duodi 2 ventôse An II (jeudi 20 Février 1794).
55. Moniteur, octidi 18 prairial An II (vendredi 6 Juin 1794).
56. Sagnes (J.), Le midi rouge : mythe et réalité, Paris, 1982.
