Saint-Guilhem-le-Désert : des guerres de religion à l’érudition mauriste
(XVIe-XVIIIe siècles)

La Bibliothèque Nationale possède, comme les Archives Nationales, des fonds importants, en quantité et en qualité, qui concernent l’histoire de l’ordre bénédictin et des monastères : la plupart des documents, très souvent des originaux, sont inédits ou inconnus 1. Dans le cadre d’une étude systématique de tout ce qui concerne l’histoire de l’abbaye de Gellone, notre attention avait été attirée, depuis longtemps, par un manuscrit dont l’Histoire du Languedoc n’avait publié que quelques lignes 2. Or ce manuscrit (BN latin 12672) qui appartient à la riche série du Monasticon Benedictinum (tome 15, fol. 261-286 v°) contient des documents qui apportent des renseignements précieux sur l’histoire du monastère au moment des guerres de religion (fol. 261-263 v°). D’autre part, le même manuscrit donne des informations sur les reliques du fondateur et les transferts (fol. 265-269 v°) ainsi qu’une description du monastère (fol. 269 – v°-272). Quelques compléments « bibliographiques » (fol. 272-272 v°) terminent ces pages avant des textes qui concernent le culte de Saint-Guilhem (fol. 273-274), un arbre généalogique (fol. 275) et, enfin, deux lettres originales, l’une (fol. 284-285 r°) datée du 28 juillet 1692, du Frère Maurice Terrin, prieur de 1690 à 1695, l’autre (fol. 286), datée du 1er décembre 1699, du Fr. Joseph Sort, prieur de 1699 à 1704 3.

Abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert
Fig. 1 Abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert : vue d'ensemble prise du nord
(photo M. Descossy © 1974. Inventaire général - S.P.A.D.E.M.)

Compte tenu de l’intérêt de ces documents pour Gellone, nous en livrons l’édition sans en exploiter, ici, toutes les conséquences pour l’histoire du monastère et de ses bâtiments et tout en sachant bien que, en cette fin du XVIIe siècle, après la Révocation de l’Édit de Nantes et, à Saint-Guilhem-le-Désert, après la restauration de la Confrérie des Pénitents Blancs et la construction de leur chapelle (1682-1685) sous la protection de l’abbaye, il était nécessaire de rétablir la continuité à travers la tragique « parenthèse » des guerres de religion 4

Eclaircissemens sur ce qu'un ancien religieux a ecrit touchant les reliques de St Guilhen 5

[261r] On a remarqué, dans les reflexions faites sur les diverses vies ecrites de St Guilhen, Qun ancien religieux appellé La Roque 6 qui estoit sacristain du monastere et prieur de St Martin de Londre, ayant receu une letre d’un autre ancien de la communauté de St Guilhen appellé Ranquier qui luy mandoit que tout le chapitre estoit en peine de scavoir ce qu’estoit devenu le corps du meme St Guilhen, La Roque lui fit reponce. Sa letre est dattée du neufvieme avril de l’année mille six cents trente. Voicy ce que contient cette reponce touchant les reliques de St Guilhen et ce qui s’estoit passé lors de l’invasion des calvinistes 7 :

La Roque dit d’abord à Ranquier qu’il est marry que les religieux qui estoient, de son temps, au monastere ne luy eussent pas apris et a ses confreres ce que les anciens qui vivoient dans l’abbaie et en composoient la communauté lors de l’invasion des huguenots lui avoient apris et a ses confreres, ce qu’ils avoient fait et comment ils s’estoient comportez tant a l’egard des reliques que pour ce qui concernoit le monastere.

Avant que passer plus avant il faut remarquer, sur les premieres paroles de la reponce de La Roque, qu’il y distingue trois communautez differentes, selon la forme de vivre des religieux anciens de ce temps la, qui ne changeoient pas comme l’on fait a present, mais passoient toute leur vie dans le monastere.

La premiere communauté est celle des anciens qui furent les spectateurs de l’invasion des heretiques

[261v] que La Roque avoit veus et desquels il avoit apris ce qu’il ecrivoit a Ranquier.

La seconde communauté est celle de La Roque, dans laquelle il avoit exercé l’office de sacristain, et la troisieme est la communauté de Ranquier dont La Roque estoit separé puisqu’il residoit à St Martin de Londres dont il estoit prieur 8.

Cette distinction de communautez doit etre necessairement remarquée pour reconoitre la sincerité de La Roque dans sa reponce et comme elle contient la venté de tout ce qui s’estoit passé depuis l’année 1630 qu’il ecrivoit en remontant jusques en l’année mille cinq cens soixante ou soixante et un qui fut celle de l’invasion. Depuis l’an 1560 jusques en 1630 il y a justement septante ans et il en faut bien autant, pour le moins, pour voir trois differentes communautez et La Roque, qui se trouve entre ces deux époques, a peu apprendre des religieux de la plus ancienne communauté ce qu’il avenu, apres, a ceux de la plus moderne. Cela est evident et il ne faut plus faire de difficulté de croire tout ce qu’il en dit dans sa reponce a Ranquier.

Revenons donc a ce qu’il dit : 1° Il assure qe les huguenotz se rendirent les maitres de St Guilhen par l’intelligence qu’ils avoient avec une bonne partie des habitans. Il est indubitable qu’estant ainsy les plus forts ils se seroient aussy rendus les maitres du monastere si les anciens ne s’y feussent pas fortifiez et n’y eussent pas eu une garnison de douze soldatz, ce dont La Roque ne dit mot mais cela n’est pas moins vray puisqu’il conste encore par les roolles que nous avons dans les archives de la depense desditz soldatz, pour raison de laquelle les anciens furent constraintz de vendre quelque argenterie, ce qu’ilz contribuoient du leur ne suffisant pas

[262r] Les huguenotz estant entrés dans St Guilhen se saisirent d’abord de l’eglise de St Laurens ou ils se fortifierent et en firent le lieu de leur retraite, comme dit Monsieur de La Pause 9. Le reste des habitans qui ne s’estoient pas declarés pour les huguenotz n’oserent pas non plus se declarer pour les anciens. Ils se tindrent enfermez dans leurs maisons, ayant peur d’estre maltraitez par les heretiques s’ils donnoient quelque assistance au monastere. Les anciens, considerant bien tout cela et qu’ils estoient en danger d’estre bientot forcés, parce que d’autres heretiques devoient venir joindre les invaseurs et s’assembloient pour cela a Ganges, se resolurent d’abandonner le monastere. Les plus vieux se retirerent chez leurs parens et les autres donerent avis a leur abbé, qui estoit l’Eveque de Lodeve, Claude Brissonet de ce qui se passoit, qui leur manda de tenir bon et qu’il les viendroit bientôt secourir, ce qu’il fit en effet.

Cependant les anciens, ne sachant pas ce qui pouvoir arriver, firent enfermer dans des petitz toneaux neufs toute l’argenterie qui leur restoit, les ornemens, livres et papiers, qu’ils envoierent par des muletz a Lodeve. De plus ils firent enterrer les tables des autels de St Sauveur, de Notre Dame et de St Guilhen devant les autels memes et firent paver les fosses afin qu’on ne s’en aperceut. Ils ouvrirent le sepulchre de St Guilhen qui estoit joignant son autel, auprez du grand autel. Ils trouverent dans le sepulchre un coffret de bois de deux pans et demy de long qu’ils firent enterrer de nuict dans le cimetiere de St Barthelemy 10. Cela fait ils abandonnerent le monastere dont les huguenotz s’emparerent incontinent. Ces heretiques firent a leur ordinaire, c’est-a-dire qu’ils briserent les images et les sepulchres des sœurs de St Guilhen 11 et du cardinal de Mostueges 12. N’ayant rien trouvé dans celuy de St Guilhen ils le mirent

[262v] en pieces. Ils ne toucherent pas aux autels les voyant sans tables, ce qui sauva l’urne de marbre qui estoit enfermée dans la massonerie de l’autel de St Guilhen et les saintes reliques qui etoient dans un petit caveau entierement au dessous du meme autel.

Le secours etant venu, ils trouverent les huguenoz dans le monastere. Ils l’attaquerent, s’en saisirent et de tous ces voleurs qu’ils massacrerent, les faisant passer par la porte de la basse cour qui repond au cloitre et les percant avec des halebardes au passage, les jettant, de la, dans une grande fosse qu’ils avoient fait pour cette execution. Le nombre de ces huguenotz estoit, comme l’on tient, de cinquante homes. Le peu de temps qu’ils resterent dans le monastere ne leur laissa pas le loisir de renverser aucun batiment. Ils couperent seulement les testes des figures qu’ils trouverent dans l’eglise et le cloitre et firent brûler, en pleine place, ce qu’ils trouverent de tiltres et de papiers que les anciens n’avoient peu envoier a Lodeve, ce qui paroit par l’enquete qui en fut, du depuis, faite qui sert de tiltre pour le present au monastere. Le nombre des soldatz qui composoient le secours estoit de quatre compagnies a ce que l’on dit, ce qui pouvoit monter a deux centz hommes.

Le monastere et le vilage etant netoyez de cette vermine d’heretiques, La Roque dit que les anciens religieux y retournerent, retablirent tous les autels et firent chercher en procession le coffret de bois enterré dans le cimetiere de St Barthelemy qu’ils mirent dans l’autel de St Guilhen, par une petite porte qui estoit au derriere de cet autel, que La Roque dit avoir veu, et

[263r] il afferme constamment, sur ce qu’il en avoit apris des anciens qui auroient effectivement enfermé ce coffret dan cet autel, qu’il contenoit des reliques de St Guilhen. Mais ces anciens se trompoient, n’ayant d’autre fondement de leur creance que d’avoir trouvé le coffret dans le tombeau de St Guilhen lorsqu’ils l’ouvrirent pour l’emporter de nuict au cimetiere. Apparemment ce coffret fut mis par l’eveque Hugon d’Alby et les abbés de Gellon et de Nant dans le sepulchre de St Guilhen lorsqu’ilz en tirerent ses reliques pour les cacher sous son autel, dans le caveau, ce qui fut en l’an mille cent trente huict.

Les anciens religieux estoient excusables d’avoir ceste creance que les reliques de St Guilhen estoient dans ce petit coffret, car ils n’avoient ny tradition ny memoire du contraire. Le martyrologe du monastere, que l’on a en parchemin dans les archives, est le seul monument qui fait une legere mention de la translation faite par l’eveque d’Alby, Hugon, avec les deux abbez, des veritables reliques de St Guilhen, de son sepulchre de marbre blanc au caveau praticqué sous son autel, encore cette meme remarque a esté faite apres coup, c’est-a-dire qu’elle n’est pas contenue dans la suite de la vie du martyrologe mais apposée en marge ou a coté et d’un caractere different et beaucoup plus recent que n’est celuy du martyrologe, et quand bien la remarque se trouveroit dans le corps de l’ecrit on n’en auroit pas pour cela peu deviner ou est-ce que les reliques du saint auroient été mises apres avoir eté tirées de son sepulchre. Il n’y a eu que la découverte qui en fut faite l’an mille six centz septante neuf qui ait peu manifester ou l’eveque et les abbez avoient caché lesdites reliques inconnues a tout le monde depuis plusieurs

[263v] siecles jusqu’a ce temps la 13.

L’eveque et les deux abbez, comme nous avons dit, mirent apparemment le coffret de bois dans le sepulchre, apres en avoir retiré les reliques de St Guilhen, afin que ceux qui viendroient a l’advenir y faire leurs devotions, comme l’on avoit acoutumé auparavant, pussent toujours avoir pour objet de leur pieté des saintes reliques.

Monsieur de La Pause, eveque de Lodeve, fait mention dans sa chronique de l’urne de marbre qu’il trouva dans l’autel de St Guilhen, lors de sa visite en ce monastere, avant que la reforme y fut introduite. Cet eveque croioit aussy avoir veues toutes les reliques du St reduites en cendre, mais il se trompoit. Elles n’estoient point dans l’urne ny dans le corps de l’autel, mais dans une caisse de plomb et dans un caveau tout au dessous du meme autel, ce qu’il ne scavoit pas, Dieu ayant reservé la faveur d’une si belle decouverte aux religieux de la Congregation. Monsieur de La Pause exposa les cendres du corps saint a la veneration des fideles et laissa des memoires de son action.

La Roque, sur la fin de sa letre, exhorte les religieux anciens de retirer le coffret de bois de l’autel de St Guilhen pour les remetre dans son sepulchre croiant, comme nous avons dit, que les reliques du Saint estoient dans ce coffret et les prie de luy donner avis du jour qu’ils les y transfereroient afin qu’il peut prendre part a la joye commune. Il ne se trouve aucun memoire qui nous aprenne quand est-ce que ce coffret a eté retiré de cet autel. On le voit, a present, dans le sacraire, avec les autres reliques. Il est bien cacheté et scellé du sceau d’un visiteur. On scait seulement qu’il contient quelques petites reliques entre lesquelles il y en a de Saint Maurice 14.

Reflexions sur la diversité des vies que l'on trouve de St Guilhem, des translations de ses reliques et de quelques faits concernant son monastère avec quelques éclaircissemens.

[265r] Il se trouve dans ce monastere plusieurs vies 15 ou plutot plusieurs ecrits touchant la vie de son fondateur St Guilhen, qui varient en beaucoup de circonstances notables. Si l’on y prend bien garde on reconoitra que cette diversité vient, originairement, de l’inquietude qu’eurent, dans la suite des terris, les religieux de cette maison de se voir soumis a l’abbé d’Aniane 16. Son fondateur, qui avait eté a la cour amy intime de St Benoit, mit non seulement son ame entre ses mains en se faisant religieux mais il voulut bien encore y mettre celles de tous ceux qu’il avoit receu dans son monastere, avec tout ce qui en dependoit. Cela parait clairement par ces paroles de son testamento : « Ego Guillelmus, gratia Dei comes, precor ut ipse abbas de Anania benigniter atque misericorditer regat ipsam cellam Gellonis seu fratres ibi morantes et quod minus habuerint de stipendio ille, propter Deum, adjuvet et subveniet sicut decet suos benevolo animo regere ».

Cette dependence estoit jusques a donner pouvoir a l’abbé d’Aniane d’eure un successeur a l’abbé de

[265v] Gellon apres sa mort. Mais la ferveur des premiers religieux de cette communauté ne se soutint pas fort long tems. Leurs successeurs s’ennuierent de leur dependence et, se croiant assez puissans, ils s’adresserent au St Siege pour obtenir une pleine liberté de se gouverner par eux mentes et d’elire dorsenavant leur abbé, ce qui leur fut accordé. Comme le terris de leur dependance n’avoir pas eté fort long ils firent tous leurs efforts pour en faire perdre la veue et la memoire et c’est de la que les plus anciens auteurs de ce monastere qui ont ecrit la vie du St se sont donnez la liberté de dire qu’il avoit luy meme, de son vivant, donné le premier abbé a son monastere, que cet abbé l’avoit receu revenant de la cour, a la teste de sa communauté et qu’il luy avoit donné l’habit religieux 17. C’est encore de la que, quand ils ont parlé de la mort du St et de l’elevation de ses reliques ils ont pris soin d’en avertir les religieux des monasteres voisins sans qu’il y soit fait aucune mention de ceux d’Aniane 18. Le plus ancien de tous ceux qui ont ecrit en dernier lieu est, a ce qu’on croit, l’auteur du breviaire, or dans l’office qu’il a dressé du St, ou il nous donne sa vie, il ne dit pas un seul mot de St Benoit d’Aniane qui fut le pere, maitre et le directeur de St Guilhen. Celuy qui nous a donné plus au long tout ce que le St a fait dans ses deux etats de seculier et de regulier n’en parle pas non plus. L’auteur du martyrologe qui est, peut-etre autant et plus ancien que les autres, a ce que l’on peut inférer de son caractere, ne nous dit rien de sa vie. Il ne parle que de sa mort, de l’elevation de ses reliques et de la consecration de son autel. Il faut venir jusqu’a Dom Cazymire 19 pour rencontrer un homme qui reconnoisse et

[266r] qui advoue sincerement la venté et qui declare de bonne foy que St Guilhen soumit entierement son monastere, avec sa communauté, au sainct abbé d’Aniane, quoy qu’il declare aussy que cette dependence ne dura que jusques a ce que le souverain pontife eut prononcé en faveur des plaignans.

Mais il faut prendre garde icy que Dom Cazymire se trompe lorsqu’il fait, tout a l’entrée de la vie qu’il ecrit de Si Guilhen, et qu’il dit avoir traduit du latin en francais, son auteur contemporain du saint et tesmoin oculaire de ses actions, car il est constant que cet auteur luy soit inferieur de plusieurs siecles, puisqu’il rapporte luy-meme les hymnes que Si Thomas d’Aquin s composé pour l’office du tres saint Sacrement de l’autel. Or il est certain que St Thomas est mort en l’an mille deux cents septante quatre, c’est-a-dire quatre cents octante six ans apres le deces de Si Guilhen 20.

On peut dire cependant que la vanité de ces premiers independans a porté beaucoup de prejudice a la venté, que c’a eté un nuage qui a eclypsé, pour un reins, parmi ces religieux la splendeur de l’esprit de religion qui est un esprit d’une humilité sincere ou d’une humble sincerité. Ils ont eu honte de dependre de l’abbé d’un autre monastere comme si le leur n’avoit pas eu des sujets capables de les gouverner et cete mauvaise honte leur a fait dissimuler la venté et inventer des faits qui sont dementis par le testament de saint Guilhen et par les particularités que sainct Ardon a specifié dans la vie qu’il a ecrit de son bienheureux pere et maitre saint Benoist 21.

Ces deux pieces ont bien un autre air de vraisemblance que les assertions de ces nouveaux auteurs et le bon sens nous conduit bien autrement a leur en croire

[266v] qu’aux tesmoignages chancelans et negatifs de quelques interessés. Saint Benoist avoir devancé en sa conversion Saint Guilhen de plusieurs années, car il estoit deja abbé et dans une grande reputation de sagesse et de sainteté. Il etoit son amy intime. Sainct Guilhen pouvait-il s’adresser mieux qu’a un amy eclairé et sainct et pouvoit-il se procurer une communauté plus reguliere que celle qu’il recevoit des mains d’un sainct qui en avoit, deja, formé une a Aniane qui etoit la pepiniere des plus grands religieux et dont l’on en tira un grand nombre pour reformer les monasteres de la France et de l’Alemagne et n’avoit-il pas devant les yeux les exemples de Louys le Debonnaire et de l’imperatnice sa femme qui donerent a St Benoit jusques a douze monasteres ou il envoioit des abbés et des religieux qu’il droit de sa maison ? Aussy est-ce par ces deux endroits, c’est-a-dire par ces deux pieces de l’antiquité que les scavants religieux qui ont donné au public les actes des saints de l’ordre, ont principalement envisagé la vie de St Guilhen 22.

C’est une espece de merveille que Dieu ait conservé dans l’abbaie d’Aniane ces deux monuments de l’antiquité parmi les renversements que cette maison a souffertz, mais il faut advouer que ce seroit quelque chose qui iroit au dela du miracle si, aprez cette incendie generale qui consomma tout le monastere peu de terris aprez la mort de saint Guilhen et qui n’espargna pas les tiltres les plus pretieux et les mieux gardez, comme il est rapporté dans la bulle 23 que le pape Alexandre second accorda a l’abbé Pierre pour la conservation des biens dont on avoit encor la jouyssance et si, aprez l’enlevement des papiers que les huguenotz firent bruler en pleine place l’an mille cinq centz soixante,

[267r] comme il appert par l’enquete qui en fut faite ensuite, il estoit resté encore des ecritz des auteurs contemporains, ou voisins, du temps de saint Guilhen, car il faut considerer ce saint comme estant du septieme siecle dans lequel il a passé la plus grande partie de sa vie, etant mort au commencement du huitieme c’est-a-dire en l’an huict centz douze 24.

Et quoy que les auteurs de la vie de saint Guilhen, du martyrologe et du breviaire, soient de beaucoup inférieurs en antiquité ou en autorité, aux deux anciens auteurs des instrumens nous sommes pourtant dans quelque espece de necessité de leur en croire pour tout ce qui regarde tout ce qui est arrivé touchant notre saint patron et son monastere depuis son decez. St Ardon a terminé a sa mort ce qu’il en a voulu ecrire et le 25… ne peu parler que de ce qui s’estoit passé avant qu’il ne fut feu.

La premiere chose donc qui se presente a nous, aprez la mort de St Guilhen, c’est la translation de son corps qui fut faite de la chapelle de saint Michel ou il avoit eté enseveli, auprez du maitre autel, que l’on attribue communement a l’abbé Gerard qui vivoit au siecle qui suivit immediatement le decez du saint. Il n’est pas facile de scavoir pourquoy on a abandonné le jour que cette translation fut faite pour la solemniser en un autre ou, veritablement le corps saint fut remué de place, mais qui ne mente pas le nom ny d’elevation ny de translation car, a vrai dire, cette translation que l’on appelle et que l’on solemnise le sixieme de mars n’est point tant une translation qu’un recolement du corps du sainct. On le tira d’un sepulchre ou il avoit eté elevé deux centz trente deux ans auparavant, sur quatre colonnes de marbre de cinq pieds d’auteur chacune et on le mit, non pas sous la table d’un autel, mais entierement au dessous, dans un petit caveau. On peut bien juger par la que les prelatz

[267v] qui remuerent le corps ne pretendoient pas faire ce que l’on appelle une elevation ou une translation, mais plutot un enfouissement pour ainsy parler afin de le derober a la veue et a la connaissance du monde. En effet on peut dire qu’ilz reussirent dans ce dessein car, avec le tems, on perdit si bien la memoire de tout ce qui s’estoit fait, que personne ne scavoit, ny lors de l’invasion des huguenotz, ny lors de la visite de Monsieur de La Pause, eveque de Lodeve, ny de nos jours lors de l’invention des saintes reliques, s’il y avoit aucun autre reste que l’os du bras enchassé en argent. Les religieux anciens s’imaginoient, du temps des hugenotz, que le corps saint estoit dans un cofret de bois de la longueur de deux pans et demy qu’il furent cacher pour cela dans le cimetiere de saint Barthelemy. Mais ils se trompoient. Il n’y avoit dans ce cofret que quelques petites reliques de divers saints que l’on y conserve encore et que l’on garde dans le sacraire. Monsieur de La Pause ne s’abusa pas moins, lors de sa visite 26, aiant trouvé sous la table de l’autel dedié au saint une urne de marbre avec les cendres et quelques fragments du saint corps qu’il croioit faire le total des reliques.

Il faut donc dire que ce n’est pas avec assez de fondement que l’on a cessé de celebrer la premiere elevation et translation, qui avaient eté faites en bonne forme, pour en solemniser une seconde qui n’est, a proprement parler, ny elevation ny translation, car personne ne s’est jamais advisé d’appeler translation le changement que l’on fait d’un corps tiré d’un sepulchre pour le cacher en terre a dessein de le derober a la connaissance du monde. Les

[268r] translations veritables se font, non seulement d’un lieu a un autre, mais encore d’un lieu commun et obscur en un lieu de distinction, eminent et evidant, avec intention de faire connoitre et reverer le saint dont on transfère les reliques.

Ce fut l’abbé Gerard, comme l’on infère de plusieurs circonstances qui ont beaucoup de probabilité, qui transfera nonante quatre ans apres la mort de St Guilhen, son corps de la chappelle de St Michel dans un beau sepulchre de marbre blanc, bien travaillé, qu’il luy avoit fait elever sur quatre colonnes, aussy de marbre, joignant le grand autel. Cette elevation etait une espece de canonisation alors en usage. Cet abbé, en consequence de l’autorité comme episcopale dont il jouissoit, pouvoit la faire legitimement et ce d’autant plus que Dieu manifestoit tous les jours par plusieurs miracles les mentes et la gloire de son saint confesseur. Aussi l’abbé Berenger ne fit point de difficulté, cent et septante ans apres, de faire dresser un autel au sainct, sans autre formalité et tout joignant son sepulcre, ce qu’il n’auroit pas entrepris si le sainct n’avoit été reconnu pour tel depuis cette premiere elevation.

Il y a bien de l’apparence que ce fut dans l’occasion de cette premiere translation et elevation que l’abbé Gerard reserva le bras droit du sainct pour l’exposer a l’advenir a la veneration des peuples et, dans la suite des tems, que quelqu’un le fit enchasser dans l’argent, ce qu’on infère des armoiries attachees a ce bras qui n’estoient pas en usage du tems de cet ancien abbé.

Mais, pour distinguer avec quelque ordre ce qui s’est passé à l’egard de notre St patron depuis sa mort,

[268v] il faut accorder, comme nous avons deja dit, que ce fut l’abbé Gerard qui vivoit, comme il conste par plusieurs actes 27, le siecle immediatement aprez la mort de St Guilhen qui le fit tirer, nonante quatre ans apres qu’il fut ensevely dans la chappelle de St Michel, pour le transférer proche du grand autel, ce qui revient a l’an neuf cens six. Il conste encore, par l’ancien martyrologe 28, que ce fut en l’année mille octante deux, c’est-a-dire cent septante six ans apres la susdite elevation, que l’abbé Beranger fit elever au St un petit autel proche de son sepulchre, qu’Amat, archeveque de Narbonne et legat du Sainct Siege, consacra. Enfin il est evident, par la plaque en plomb trouvee dans la caisse ou furent renfermez les ossementz du St par l’eveque d’Alby et les abbés de Gellon et de Nant, que ce fut cinquante six ans apres l’erection de l’autel que lesdits ossements furent enterez en l’an mille cent trante et huict 29. Depuis cette occultation des saintes reliques jusques a la decouverte qui en fut faite l’an mille six cents septante neuf il y a de compte fait cinq cents et quarante et un ans pendant lesquels il ne s’est rien passé d’extraordinaire que ce qui arriva en l’an cinq cens soixante, lors de l’invasion des huguenots, que les anciens religieux, pour oter a ces impies l’envie de demolir l’autel dedié au St, en retirerent la pierre de touche qui y servoit de table et l’enterrerent tout au prez, faisant incontinent paver l’endroit ou ils l’avoient fait mestre afin qu’il n’y parut rien, ce qu’ils firent encore des tables du grand autel et de l’autel de Notre Dame et retirerent, en meme temps, du sepulchre du St le petit coffret des reliques qu’ils firent enfouir, de nuict, dans le cemitiere de Saint Barthelemy. De sorte que ces heretiques, ne trouvant rien dans le sepulchre, en briserent la couverture et laisserent les autels entiers, les voiant sans tables, ce qui sauva l’urne cachée dans l’autel de St Guilhen et les reliques qui estoient dans le caveau et

[269r] c’est ce que nous apprenons d’une letre conservée dans les archives, d’un ancien religieux appellé La Roque, prieur de St Martin de Londres 30 ou il y a d’autres particularités, sinon qu’il ne dit rien du caveau ny des ossemens qui y etoient cachés, parce qu’il croyait, avec le reste de la communauté, que les reliques de St Guilhen etoient dans le petit coffret.

Revenons maintenant a l’eveque d’Alby et a ses assistans les abbez de St Guilhen et de Nant et recherchons d’ou pouvoit venir cet empressement de cacher les saintes reliques dans un caveau fait exprès et tout au dessous de cet autel.

On ne peut pas dire que ce fut pour en oter la connoissance aux heretiques qui se devoient elever quatre cent vingt deux ans aprez. C’eut eté une precaution un peu irreguliere. Il faloït pourtant qu’il y eut un danger imminent puisque des personnes de ce caractere se donnoient tant de mouvement. Or on ne peut point, comme je crois, s’eloigner de la vraisemblance de dire que les prelats pretendirent de cacher les saintes reliques, non point aux huguenotz qui n’estoient point alors et ne devoient venir que plusieurs siecles aprez, mais aux albigeois qui faisoient alors beaucoup de bruit et beaucoup de mal dans la province. Leur heresie entra en France sous le regne du roi Robert mais, comme ce prince estoit fort zelé pour la religion, qu’il faisoit bruler tout autant d’heretiques qu’il pouvoit attraper, ils se tinrent cachez jusqu’a ce qu’en l’an mille cent vingt et deux Pierre de Bruys parut dans le Daufiné, la Provence et le Languedoc, semant partout ses erreurs, comme rapporte Guillaume de Puylaurens, tesmoin oculaire, par l’incurie et l’ignorance des prelats et des pretres sans que personne s’y opposat, de sorte que l’heresie gata beaucoup de monde, non seulement parmy le petit peuple mais aussy parmy les grands et les ecclesiastiques.

C’est alors que Guillaume de Rochefort, eveque de Carcassonne, se declara albigeois, que plusieurs ecclesiastiques de la cathedrale de Narbonne, comme dit la Chronique de cette eglise

[269v] se pervertirent. Mais ceux qui se signalerent le plus en impieté ce furent les pretres qui servoient l’eglise de Notre Dame du Bourg, que l’on appelle aujourd’hui de la Mourguié, en sorte que le bienheureux Dalmatius 31 fut constraint de les en chasser et de mestre a leur place des religieux qu’il fit venir de Sainct Victor de Marseille qui estoit alors un monastere qui reluisoit en doctrine et en pieté. L’abbaye de La Grasse eut, quelque temps aprez, le malheur de voir l’un de ses abbés, appelé Bernard Imberti, dans les derniers desordres. Une grande partie de ses religieux s’estant alez rendre aux albigeois, trente de ceux qui estoient restez ayant eté releguez par le pape Alexandre quatrieme en divers monasteres et le surplus s’etant tout defroqué. On ne voioit partout que des apostasies, tout le monde couroït aux heretiques. Les plus grosses villes les ecoutoient et les recevoient.

Ces sages prelatz qui cacherent les reliques du saint n’avoient-ils pas bien sujet de craindre, voiant une revolte si generale et les ennemis de l’eglise a leur porte et pouvoient-ils prendre un conseil plus seur que d’oter un si riche depot a la veue des heretiques qui sont tousjours violens quand ils sont devenus puissans ? Certes on peut croire qu’ils auroient, a la fin, executé ce que leurs successeurs voulurent faire, si les papes Innocent second, qui tint contre eux le concile general de Latran 32 un an apprez que les prelatz eussent caché les saintes reliques et son successeur, Innocent troisieme qui assembla le troisieme concile general, de Latran auusy 33, ou la croisade fut arretée contre les heretiques, ne les eussent arretés et mis en etat de ne pouvoir porter leurs mains sacrileges sur les autels de Jesus Christ et de ses saints.

Parmy les refiexions que l’on a coutume de faire sur la vie de Saint Guilhen on y fait, souvent, entrer la disposition qu’il fit luy meme des batimens de son monastere. Ils subsistent encore aujourd’huiy pour la plus part, presque de la meme maniere qu’il les ordonnat. Les abbés des derniers siecles ont fait quelque

[270r] changement au cloitre. Ils ont refait deux alées de celuy d’en bas qui sont enrichies de beaux piliers avec diverses sculptures, les autres deux retiennent leur ancienne forme tout telle que le saint fondateur leur fit donner 34. Sur ce bas cloitre ils y en ont elevé un second ou l’on voit les ecussons ou armories de leurs maisons. Le dortoir qui, apparemment, fut bati a la facon ancienne, c’est-a-dire sans etre partagé en diverses cellules, est maintenant conforme a ceux que l’on batit partout. Le refectoire subsiste dans sa premiere disposition qui est assez belle pour un monastere bati sur un espace fort resserré.

L’église est en forme de croix, entre deux collateraux. Il s’y est fait du changement car les collateraux ne parois- sent presque plus. On les a fermé de muraihes pour s’en servir a d’autres usages. Dans celuy qui joint le cloitre il y avoit anciennement une espece de chappelle ou plutot un autel dedié a Saint Michel et c’est l’endroit ou Saint Guilhen fut enterré et ou son corps a resté plusieurs années jusques a ce que l’abbé Gerard le fit transferer auprez du grand autel et c’est en ce lieu que se trouve maintenant un grand degré par ou l’on monte au choeur. Dans l’autre collateral opposite il y avoit, autrefois, une semblable chappelle a celle de St Michel ou autel consacré sous le nom de Saint Martin. Mais, les anciens religieux ayant infedoé a des seculiers le terrein qui joint, au dehors, la muralhe de ce collateral ils en ont oté le jour et il est devenu si humide qu’on a eté obligé de le fermer entierement.

On voit sur les deux collateraux de l’église des galeries que l’on y a pratiqué dans les derniers tems pour y pouvoir, a certains jours, célébrer les messes, etant arrivé quelques fois par les débordements extraordinaires d’un ruisseau qui traverse le monastere que l’église s’est trouvée remplie de tant d’eaux qu’il a falu beaucoup de tems pour les laisser écouler. Il y a, dans ces galeries,

[270v] quelques marques de quelques sortes de chappelles ou oratoires qui fondent assez l’opinion de ceux qui croient que l’on y a dit, autrefois, la sainte messe.

Le chœur est placé en haut, tout au fonds de l’église. On en a retranché une bonne partie pour donner plus de jour a la nef. Tous les autels estoient batis selon l’ancienne maniere, un peu éloignez de la muralhe, en sorte qu’on pouvoit en faire le tour. Du depuis on les a disposez selon la facon moderne. Le grand autel est dédié, depuis le commencement, au divin Sauveur. Celuy qui est dans la chappelle du coté de l’évangile fut dédié a la tres sainte Mere de notre Seigneur et celuy de la chappelle qui est du coté de l’epitre fut consacré sous le nom des saints apotres Pierre et Paul. Depuis peu l’on a changé cette disposition a l’occasion du Rosaire qu’on a creu devoir etre plus commodément auprez de la sacristie et on a laissé la chappelle du coté droit pour St Joseph 35. Il y avoit aussy, anciennement, un grand grillat de fer qui traversoit le presbytere et les deux chappelles qui sont a coté, de sorte que les seculiers ny pouvoient point entrer, comme ils font maintenant partout au préjudice de la régularité. Dom Augustin Peyrani a veu ce grillat en place 36.

On voit, tout au fonds de chaque collateral, un petit autel enfoncé. Celuy qui se trouve du coté de l’évangile est dédié a St Antoine et l’autre a St André. Il y avoit anciennement, au choeur, un autel sous le nom de St Michel, a la facon des choeurs élevés, tout aïnsy que nous l’avons veu autrefois a Tolose, au choeur de la Daurade. On voit, en divers endroits de l’église, des aneaux attachés aux voutes qui donnent a croire qu’ilz ont, anciennement, servi a soutenir des lampes. Pour ce qui est du vestibule de l’église que l’on appelle « Jumel » il y a cela de particulier a remarquer qu’il a servi a la reconciliation des albigeois. Outre quelques églises des plus signalées, celle de Sainct Guilhen fut choisie pour y reconcilier les heretiques qui revenoient a l’église. On leur faisoit faire penitence durant

[271r] quelque tems aux portes des églises et ils la pratiquoient dans ce « Jumel » d’ou, apres avoir recu l’absolution, ils estaient restituez a l’assemblée des fideles et receus a la participation de leurs prieres.

Enfin l’on voit dans l’église deux tombeaux remarquables, le premier qui est a coté de l’évangile, dans le presbytere, est d’un abbé du monastere de la maison de Mostueges qui fut fait cardinal 37 par le pape. Les huguenotz le briserent avec les ornementz qui l’embellissoient et dont il porte encore les marques.

Le second sepulcre est celuy que l’on croit avoir servi a renfermer les corps des religieuses princesses Aldane [sic] et Bertane, soeurs de Saint Guilhen. Il paroit bien que les huguenotz y ont laissé des marques de leur rage et il ne faut pas douter qu’ils n’ayent pas plus épargné les ossements de ces saintes vierges que ceux du cardinal de Mostuege. Ce sepulcre est de marbre blanc, bien travaillé, mais le long tems l’a beaucoup defiguré.

Il est rapporté dans la vie de Saint Guilhen qu’il fit batir a ses soeurs un petit monastere joignant l’église de Saint Barthélemy 38. Le ruisseau Verdus qui passe tout aupres de cette église en ruina une grande partie en l’année mille trois cents dix par un horrible debordement qui porta tant d’eau dans l’église abbatiale qu’il y en avoit de la hauteur de treze pans 39. Il est bien probable que ce fut dans cette funeste rencontre que le monastere de ces religieuses fut renversé aussy bien que leur eglise. On tient que ces religieuses se retirerent a Montpellier ou elles firent batir un nouveau monastere que l’on appella des religieuses de Saint Guilhen, proche de la porte de cette ville qui a retenu le meme nom. Il est fait mention dans l’ancien martyrologe de la mort de quelques religieuses de cette maison qu’on appelle recluses 40.

[271v] Disons maintenant que si la religion est obligée a St Guilhen de luy avoir donné une maison si belle et si riche qu’elle possedoit des priorez dans la plus part des diocezes des environs, il faut advouer qu’elle est aussy obligée a la Congrégation d’avoir tiré cette meme maison d’un etat si miserable qu’elle s’en aloit tomber en ruines. La Reforme, en y entrant, trouva l’église toute découverte. La voute s’estoit deja entrouverte et seroit bien bien tot tombée par le moien des pluyes si on n’y eut d’abord pourveu. Il y pluvoit comme a la rue, on la laissoit ouverte jour et nuit, elle servoit de passage pour aler de la place au four et du four a la place et, du meme que l’on souffroit que le betail y passe, le réfectoire servoit de jeu de paume a la junesse. Il n’y restoit plus rien que les muralles, sans voute et sans couvert. Le dortoir n’estoit qu’un mechant galatas abandonné. On ne voioit ez endroits ou sont maintenant la sacristie, la salle et l’entrée du monastere que quelques membres obscurs et si bas qu’ils ressembloient a des prisons. Une partie des anciens religieux s’estoient renfermés dans des chetives maisons qui sont a l’entour de la basse-cour, les autres, ne trouvant point ou se loger, demeuroient dans le village. Le couvent avoit commencé a se dissiper. Les gentilhomes de la montagne s’en emparoient tous les jours et se rendoient maitres des benefices les plus considérables. Le prioré de St Martin de Londres se trouvait deja entre les mains d’un batard de l’un des plus puissans 41.

Don Cazimire 42 qui, lors de l’introduction, estoit prieur d’Aniane fut emploié par les supérieurs pour avoir soin de pourvoir aux besoins les plus pressans d’une maison si miserable. Il fit d’abord recouvrir toute l’église et vouter le refectoire et fit en sorte qu’on ne passa plus par l’eglise et que l’on tint le monastere fermé, tant le jour que la nuit. Le zele que ce bon religieux a tousjours eu depuis pour le bien de ce monastere a eté incomparable. Il a travaillé une partie de sa vie a regler ses archives. Ses ecritures en font encore

[272r] foy, mais n’estant pas satisfait de tout cela et voulant donner un dernier temoignage de la devotion qu’il portoit au St fondateur de ce monastere, ayant rencontré dans les archives un office du Sainct dans un ancien breviaire, il entreprit de le dresser selon notre forme. Pour cet effet il assigna pour les lecons du premier nocturne celles de l’escriture sainte que l’on emploie ez solemnitez des confeseurs, au lieu de la vie du St que l’ancien breviaire y emploïoït et, parce que ce breviaire ne faisoit partout les lecons qu’en deux ou trois lignes, il les regla a une juste longueur. Il retint les antiennes, les repons et les hymnes; en un mot il reforma cet office sur la forme de ceux que nous avons dans notre breviaire. Cela etant fait, du consentement du superieur, on quitta l’office commun dont on se servoit depuis un tems immemorial et on commenca de se servir du nouveau. Mais, parce que l’on a reconnu par experiance que les antiennes, respons et hymnes anciens n’estoient pas convenables, la plus part, a la dignité du sujet, qu’au lieu d’inspirer de la devotion ils excitent de l’indignation, on s’est resolu de reprendre l’office commun ou d’en dresser un nouveau qui ait plus de rapport a la majesté de la matiere.

Auteurs qui on écrit sur St Guilhem 43

Le premier et le plus considerable c’est St Ardon. Les religieux du monastere d’Inde, en Alemagne, le prierent d’ecrire la vie de St Benoist, abbé d’Aniane, qui estoit mort chez eux etant leur superieur. Il le fit, et par occasion, il ecrivit la vie de St Guilhen, en abrégé. Cela se trouve au livre des concordances de la Ste Regle mises en lumiere par D. Hugues Menard.

Jaques du Brueil l.r. des antiquitez de Paris.
Les actes des Sts de l’ordre.

[272v] Eginard en la vie de Louys le Debonaire.

Catel en l’histoire des Comtes de Toloze.
Les Messieurs de Ste Marthe, tome 4, pages 5 a 8.
La Chronique de l’abbaie de Moissac.
Bernard Guidonis, dominician, eveque de Lodeve, dans son sanctorale, volume quatrieme, qui se conserve manuscript dans le couvent des Dominicains de Tolose.
D. Mathieu Olivier dans la vie de St Benoit d’Aniane.
Mr Morery dans son dictionnaire.
Carolus Sienjelius, benedictinus, edidit vitam Sti Guillemi…
Apud Menardii in observationibus ad martyrol. Benedictum.

Lectiones in festo transiationis Sancti Guillelmi ex per vetusto breviario et m.ss. 44

Lectio prima

[273r] Defuncto sanctissimo confessore Christi Guillelmo, corpus ab ejus cella in ecclesiam summo honore delatum, in sacello Sancti Michaelis sepultum aliquandiu jacuit. Miraculis statim claruit, maxime autem in energumenis liberandis divina in eo virtus enituit. Cumque ad ejus tumulum undequoque fideles concurrerant, animadvertus pius abbas Gerardus ob loci angustias populi devotionem non parum interturbari erexit monumentum ex marmore albo affabre elaborari quod justa maius altare ecclesiae e reginone epistolae super quatuor columnas marmoreas altitudinis quinque pedum collocari jussit, in quod sacrum corpus solemniter intulit. Erat tunc temporis hujusmodi elevatio authentica probatae sanctitatis justificatio. Hanc primam sancti corporis transiationem celebratam fuerit circa annum ab obitu sancti nonagesimum quartum, ab eodem abbate Gerardo a quo etiam, seorsum a corpore sacro, radius brachii dextri depositus est qui etaimnum asservatur in sacrario argento inclusus.

Leçons en la fête de la translation de Saint-Guilhem tirées de l'ancien bréviaire et des manuscrits

Première leçon

Le très saint confesseur du Christ Guillaume étant mort son corps fut porté de sa cellule dans l’église en grande pompe, il resta passablement longtemps enterré dans la chapelle de Saint-Michel. Il s’illustra aussitôt par des miracles, mais la grâce divine se signala surtout en lui en délivrant des possédés du démon. Comme les fidèles de toute part se rassemblaient autour de sa tombe, le pieux abbé Gérard considérant que l’étroitesse de son emplacement troublait de facon non négligeable la dévotion du peuple, fit élever un monument de marbre blanc artistement travaillé qu’il ordonna de placer près de l’autel majeur de l’église du côté de l’épitre, sur quatre colonnes de marbre d’une hauteur de cinq pieds dans lequel il placa solennellement le corps sacré. Une élévation de ce genre était, à cette époque, la justification authentique d’une sainteté vérifiée. Cette première translation du corps saint fut célébrée environ quatre vingt quatorze ans après le décès du saint par le même abbé Gérard par qui la partie antérieure du bras droit, séparée du corps sacré, fut déposée, incluse dans un reliquaire d’argent où elle est encore maintenant conservée.

Lectio secunda

Anno vero a praefata transiatione centesimo septuagesimo Berengarius abbas prope monumentum marmoreum, altare parvum erexit in honorera sancti confessons Christi Guillelmi. Tum ejusdem abbatis rogatu, Amatus, narbonensis metropolitanus nec non sancti sedis apostolicae legatus, ad monasterium accessit et altare illud ritu solemni consecravit. Erat autem altare aeque elegans ac praetiosum, undequaque enim albo marmore vestibatur, pars ejus anterior illustrabatur scuiptis pus

[273v] imaginibus. Tabula vero era ex lapide lydio pretiosissimo. Celebrata est haec dedicatio altaris idibus augusti anno quo supra. Perstitit autem aliquos saeculis inviolatum donec sancti confessons reliquiae inventae sunt.

Deuxième leçon

C’est à la vérité cent soixante dix ans après la translation dont il vient d’être parlé que l’abbé Béranger éleva un petit autel en l’honneur du saint confesseur du Christ, Guillaume, près du monument de marbre. A ce moment-là, à la demande de ce même abbé, Amat, métropolitain de Narbonne et aussi légat du Saint-Siège, se rendit au monastère et consacra cet autel par une cérémonie solennelle. Cet autel était vraiment d’un bon goût égal à sa richesse, revêtu de marbre blanc de toute part, sa face antérieure était illustrée d’images pieuses sculptées. La table d’autel était de pierre de Lydie très précieuse. Cette dédicace de l’autel fut célébrée aux ides d’août, l’année indiquée plus haut. Il resta en place inviolé pendant quelques siècles jusqu’à ce que les reliques du saint confesseur fussent découvertes.

Lectio tertia

Celebrior altera temporibus Raïmundi abbatis ejusdem sacri corporis facta est translatio, anno scilicet millesimo centesimo trigesimo octavo tertio kalendas martii. Nam veluti praesciens abbas futurorum pressensit brevi erupturos ab imis inferis haereticos, sacrorum omnium et maxime reliquiarum temeratores que propter quasi illorum furori et impietati nollet occurere, subtrahendas duxit Sti fundatoris exunias atque rei tantae exequandae usus est opera Hugonis, albienis episcopi et Raymundi, Nantensis abbatis ; celebrato itaque solemniter majori sacro, jussit episcopus recludi monumentum marmoreum unde ossa omnia reverenter sublata in capsa plumbea, reposuit ipsamque capsam in aliam ligneam, inclusit atque ambas pluribus complexos ferreis circulis firmari munirique curavit cineres veto sancti corporis ac minutissima quaeque ossium fragmenta nec non aliquantulam cinguli quo usus fuerat sanctus partem in urna marmorea ; condidit his paratis reliquias aliquot diebus publicae venerationi expositas subtus altare sanctissimi confessori in parvula cavea, urnam veto sub tabula ejusdem abdidit. Atque ab co tempore idem abbas Raymundus praecepit ut tam oppidum quam monasterium quae hactenus Gellonis dicta fuerant in posterum mutata in melius nomenclatura de sancti patroni nomine nuncuparentur.

Troisième leçon

Une autre translation plus célèbre de ce même corps saint fut effectuée du temps de l’abbé Raimond en l’an mille cent trente huit, le troisième jour des calendes de mars. Car, comme si l’abbé devinant le futur, avait prévu que, sous peu, surgiraient des fonds des enfers des hérétiques violateurs de tous les objets sacrés et particulièrement des reliquaires ce qu’il ne souhaitait pas voir se produire à cause de leur fureur et leur impiété, il fit soustraire la dépouille du saint fondateur et, pour mener à bien une tâche de cette importance, il fit appel au concours d’Hugues, évêque d’Albi, et de Raymond, abbé de Nant; ainsi, ayant fait célébrer solennellement le culte sacré, l’évêque ordonna de refermer le monument de marbre d’où tous les ossements avaient été respectueusement déposés dans une boîte en plomb, il déposa cette même boîte dans une autre, en bois, et il enferma les deux en les consolidant de plusieurs cercles de fer joints, et prit soin que les cendres du corps saint ainsi que quelques petits fragments d’os et aussi tant soit peu d’une ceinture dont le saint avait fait usage, soient placés dans une urne de marbre. Il mit les reliques ainsi préparées, et qui avaient été exposées pendant quelques jours à la vénération publique, dans une petite cavité au-dessous de l’autel du saint confesseur, mais il cacha l’urne sous la table de ce même autel. C’est également à partir de ce temps là que l’abbé Raymond recommanda que, tant la ville que le monastère qui, jusque là, avaient été dits de Gellone, fussent, à l’avenir, pour une meilleure désignation, appelés du nom du saint patron.

Lectio quarta

Evenit tandem lapsu temporum ut quae tanto gesta fuerant

[274r] apparatu, tantae etiam oblivioni tradiditur ut nusquam reperiretur qui nosset utrum aliquid sacrarum reliquiarum super esset, praeter radium brachii qui in theca argentea ostendebatur, donec sexcentesimo septuagesimo nono supra millesimum anus, adveniens superior recens electus, sanctuarium quod indigne neglectum repent ex voto in melius statuit ordinandum quod dum exequitur necesse fuit utrumque altare majus scilicet Sti Salvatoris et minus Sti Guillelmi loco movere, quod quidem non sine singulari Dei providentia ac beneficio sic gestum esset apud omnes in confesso est, nam ut dirutum fuit altare sancto dicatum tam urna cinerum quam capsas reliquiarum apparuere; reperta est insuper in capsa plumbea parva lamina ejusdem metalli, antiquis impressa caracteribus quae fidem fecit praefatae translationis per Hugonem episcopum celebratae quae adhuc visitur in sacrario in quo ut asservantur in theca lignea deruenta sanctissimi confessons reliquae in eam iblatae.

Quatrième leçon

Il arriva enfin, par l’effet de l’écoulement du temps, que ce qui avait été exécuté avec de si grands préparatifs fut abandonné à un oubli si grand qu’on ne pouvait trouver personne qui sut quelque chose de l’un des reliquaires sacrés, excepté pour la partie antérieure du bras que l’on exposait dans une gaine en argent, jusqu’en l’an mille six cents soixante dix neuf où un supérieur nouvellement choisi arrivant trouva le sanctuaire dans un état de négligence indigne ; en ayant fait le vœu, il décida de l’améliorer et pendant qu’on procédait, il fut nécessaire de déplacer chaque autel, le grand, c’est-à-dire celui du Saint Sauveur, et le petit de Saint-Guilhem, et pendant que cela se faisait, non sans la singulière providence et faveur de Dieu, à la connaissance de tous, on vit apparaître aussi bien l’urne des cendres que les boîtes de reliques. On trouva en outre dans la boîte en plomb une petit lame du même métal, marquée de lettres anciennes, qui fit foi de la translation citée auparavant, effectuée par l’évêque Hugon, qui encore maintenant peut être vue dans le trésor où sont conservées dans une gaine de bois rompue les reliques du saint confesseur telles qu’elles avaient été placées.

Arbre généalogique de Sainct Guilhem
Fig. 2 Arbre généalogique de Sainct Guilhem

[275r] Arbre généalogique de Sainct Guilhem 45

Du haut en bas :

Ferreol préfet du prétoire et gendre de l’empereur Avitus ayant d’Heristal mort 714. Pepin le gros ou Heristal.

A gauche : Enfans légitimes d’Heristal et de son épouse Plectrude; Grimoald fils d’Heristal ; Drogon fils d’Heristal.

A droite : Enfans illégitimes de Heristal et de sa concubine Alpais ; Charles-Martel, Hildebrant ; Pepin Roy fils de C.M., Théodoric fils de H ; Charlemagne fils de P., St Guilhem fils de Th. ; Louys le Débonnaire, Bernard fils de St Guilhem.

Heristal mourut l’an 714. Charles Martel mourut l’an 741. Pepin Roy mourut l’an… Charles Magne empereur mourut l’an 814. Hildebrant mourut l’an…Theodoric mourut l’an… St Guilhem mourut l’an 812. St Arnoul évêque de Metz fut marié. Il eut trois fils de son mariage : Angesile, Cloud ou Clodolphe et Unatrehesile qui fut père de St Vendrille. Angesile fut père de Pepin Héristal père de Charles Martel. St Arnoul eut Clovis premier pour son trisayeul et Clotaire premier pour bisayeul et est comme la souche de la seconde race dite des Carolingiens, à cause de Charles Martel Le bienheureux Arnouald ou Buggise estoit père de St Arnoul.

[275v] Pepin Heristal maire d’Austrasie réunit en sa personne les deux majorats d’Austrasie et de Neustrie après la mort d’Ebroin que le Comte Hermenfroy assassina. Plectrude, femme d’Héristal, est estimée bienheureuse.

Afin d’être complet, nous donnerons deux lettres qui terminent les pages du manuscrit BN 12672 qui concernent l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert.

[284r] Pax Christi

Mon Reverend Pere 46

Je receus hier la vostre par laquelle V.H. me marque qu’Elle travaille a l’histoire de St Guilhem et qu’Elle auroit besoin pour cella de quelques memoires. Pour les y fournir plus autentiques j’escrivis et envoyay a meme temps vottre lettre au R.P. Dom Cazimir, religieux d’Aniane, lequel a travaillé a l’histoire de ce monastere et n’y reste plus que de la mettre au net. C’est un religieux de merite qui peut assurement vous donner des memoires de la derniere importance pour votre travail. V.H. trouvera cy inclus la responce qu’il m’a fait et j’estime qu’il est a propos qu’Elle suspende un peu ses lettres pour notre abbaye afin d’attendre les memoires de ce bon Pere que si neanmmoins vous jugez en avoir suffisemment vous n’aurez qu’a me rescrire et je vous envoyray en diligence, supposé que le pere Dom Cazimir Pourquiez 47 n’aye pas les memoires prestes, celles que vous me demandez.

En attendant je vous diray que notre eglise n’a pas esté ruinée, comme vous croyez, par les heretiques, ils y entrerent a la vente et y firent quelque desordre mais c’est peu de chose parce qu’ils n’eurent pas loisir d’y executer leur rage parce qu’ils en furent chassez si vigoureument qu’on les massacra et ensevelit touz [284v] dans une basse cour que nous avons, de sorte qu’il n’ont gasté en nostre eglise et en nostre cloitre qui subsistent encore de la maniere que St Guilhem les a bastis, que quelques images des Saincts. Il est vrai que nos cloitres haut et bas sont plus beau qu’ils n’estoient du temps de St Guilhem parce que quelques abbez les ont embeliz et ornez de belle figure et meme on dit que St Guilhem ne fit point bastir de cloistre haut. Nous avons encore deux costez du cloistre bas tout comme Si Guilhem les bastyt, les autres sont reparez et ornez par les Abbés dont le R.P. Cazimir a le catalogue, depuis le premier qui fut St Benoist d’Aniane jusques a celluy que nous avons presentement, qui est Mr De Fourchaud. Je ne sais pas bien s’il s’apelle Francois ou Hugon, il m’a bien escrit une ou deux fois mais il se signe seulement De Fourchaud Abbé de St Guilhem.

Nous avons encore la meme relique de la Ste Croix qui nous fut aportée par St Guilhem, laquelle il recut des mains de Charlemagne comme un precieux gage de l’amitié de cet Empereur, ainsy qu’il luy temoigna en la luy donnant selon que raporte son historien. Elle est enchassée dans un reliquaire d’argent en facon de croix et le bois sacré y est placé aussy en forme de croix.

Il est vray [285r] qu’il est cassé. Je ne scay si on en avoist donné quelque partie mais ce qui nous reste est disposé en facon de croix et autrefois il y avoit icy grande affluence de monde a toutes les festes de la Croix pour la veneration de ce bois sacré.

Nous avons, aussy, la chemise de la Ste Vierge, il est vray que cette relique n’est pas si autentique que la premiere. Voila toutes les reliques qui nous restent, sans parler du corps ou elements entiers, a la reserve de la teste, qu’on n’a pas trouvé, de St Guilhem. Je treuve le nombre des prieurés ou eglise despendants de St Guilhem jusques a 37 ou 40 dans plusieurs diocezes et meme en Espaigne. Nous avons juridiction spirituelle et episcopalle dans toute la valée de Gelon qui se nomme a present de St Guilhem. De quatre vint six Evesques qu’il y a eu a Lodeve, y compris le dernier Mr l’Abbé de Philippaux, il n’y a que 7 Evesque qui nous ayent contesté nostre droit et l’afaire a esté toujours indecise, de sorte que nous sommes en possession de ce droit depuis St Guilhem qui nous l’a obtenu et notre nouveau Evesque m’a dit que, lorsqu’il aura les bulles, il l’examinera. Il seroit a propos que V.H. nous envoyat pour cella le factum que nos peres de Toscane ont fait pour soutenir le leur et il nous serviroit 48 dans l’occasion. Toutes ces petites memoires vous font voir, si je ne me trompe, que vous devez attendre celles du R.P. D. Cazimir Pourquiez, de peur d’obmettre quelque chose d’important. J’offre mes tres humbles respects au R.P. D. Mabillon et suis, de luy et de V.H., tout à vous… Fr. Maurice Terrin Ce 28 juillet 1692 49.

[286r] Pax Christi

Mon Reverend Père 50,

Si je n’ay pas plus tot envoyé a V.R. ces papiers c’est faute d’en avoir trouvé la commodité. En trouvant une presentement jusques a Toulouse je m’en sers avec plaisir. Dom Jean Magnan a copié d’un cartulaire les actes que vous demandiez et en cella vous pouvez le croire. Mais vous devez examiner avec soin ce qu’il y a ajouté de luy meme. Mr nostre Abbé prit possession par procureur de l’Abbaye le 9 de juin dernier et se signe l’Abbé de Montauban. Il est du Dauphiné, [286v] de fort bonne maison, c’est tout ce que je puis vous en dire. Il estudie encore a Paris au College des Jésuites.

Pour ce qui est de la situation de St Guilhen vous n’avez qu’a compulser les cartes geographiques pour savoir qu’il a Montpellier au levant, Béziers au couchant et Lodeve au midy (…). J’offre la continuation de mes tres humbles respects et obeissance au R.P. prieur et superieur et suis de mesme

Mon révérend père

Vostre tres humble
et tres obeissant confrere
Fr Joseph Sort

A St Guilhen
1 Xbre 1699

Bredeaur

Premier plan du monastère de St Guillien du Désert
Fig. 3 I. Premier plan du monastère de St Guillien du Désert en Languedoc comme il est à présent 1656. Tout le base étage est vouté
(Archives nationales, N III Hérault, 2/1 échelle 1/215 ; lavis et couleurs, 0,44 m x 0,57 m ; fr. Robert Plouvier, 1656)

1. Esglise, les voutes de la nef sont haut de 55 pieds, voutes en bourdaux ; 1’ : 24 pieds ; 1’ ’ : 16 pieds 1/2 ; 2. L’ancien chapitre, a présent caves, ce bâtiment et découvert ; 3. Cloitre, 90 pieds, 64 pieds, 88 pieds, 76 1/2 pieds ; 4. Preaux ; 5. Fontain et lavoir ; 6. Réfectoire, les voutes sont haut de 25 pieds, 61 pieds i compris la depense ; 23 pieds ; 7. Fontain ; 8. Celier ; 9. Porche desus clocher ; 10. Cuisine ; 11. Refectoire des garchons ; 12. Depense ; 13. Maissons séculier ; 14. Reservoir ; 15. Grand place devant leglise ; 16. Court des maissons seculiers ; 17. Entrée du monastère ; 18. Rue ; 19. Second jardin des religieux; 20. Jardin seculier ; 21. Jardin des religieux ansien ; 22. Logis ansien ; 23. Première court de monsieur l’abbé et des religieux ; 24. Les prison de monsieur l’abbé ; 25. Jardin abasial ; 26. Molin au religieux ; 27. Reservoir pour led. ; 28. Arboutant ; 29. Logis abasial ; 30 et 31. Logis abasial ; 32. Court de monsieur l’abbé ; 33. Selier ; 34. Lon descent cest escalier du doirtoir pour aller au prins et desus le chaufoir ; 35. Prins ; 36. Prison ; 37. Court des religieux ; 38. Poullalier ; 39. Logement qui sert a present a mettre du bois et de la paille ; 40. Escurie ; 41. Depense ; 42. Lavoir des garchons ; 43. Depense ; 44. Couret, fontain ; 45. Bucher ; 46. Jardin seculier ; 47. Puisard qu’il pas par desous le batimens ; 48. Esglisse paroissial ; 49. Cabinet ; 50. (Sous le rabas qui porte N III Hérault 2.1). Le canal et large de 10 pieds et 9 de hauteur. Quelque fois il est tout renpli d’au ; 51. Fontain ;52. 250 pieds ; 53. Plan de la platefor du jardin ; 54. 100 pieds ; 55. Puisard qui fait mouvoir le moulin ; 56. Cest endroit est plus bas de 25 a 30 pieds que le plan du monastere ; 57. Le panchant de la montaigne ou sont plantes plusieurs oliviers qu’il appartient a nos peres ; 58. La rose des vents porte les indications suivantes : Nort, Ori, Midi, Oci ; 59. (Echelle de 5 en 5 jusqu’à) 60 pieds.

(Archives nationales, N III Hérault, 2/1 échelle 1/215 ; lavis et couleurs, 0,44 m x 0,57 m ; fr. Robert Plouvier, 1656).

Plan du second estage du monastere de St Guilien du desert
Fig. 4 II. Plan du second estage du monastere de St Guilien du desert en Languedoc comme il est a present 1656.

1-8. (cellules du dortoir) ; 9. (sans légende) ; 10. Doirtoir lon en puis faire un second les murailles sont asses haut ; 11. Chaufoir ; 12. Vestier ; 13. Grenier ; 14. Grenier ; 15. Chambre des garchons ; 16. Chambre a louer ; 17. Chambre ; 18. Chambre qu’il peut servir pour infirmerie ; 19. Cabinet ; 20. Chambre ; 21. Chambre ; 22. Salle ; 23. Passage ; 24. Chambre a louer ; 25. Second cloistre ; 26. Les devosions que l’on a eus dautrefois en cest eglise et a cause de la grande affluence du monde qui abondoit de tous cottes lon a faits deux second voutes sur les bas ails de ladite esglise qu’il est de plain pieds au ceur ; 27. Jube du ceur des religieux ; 28. Clocher ; 29. Batiment que l’on avoit dispose pour faire des chambres lequel ne point couvert ; 30. Alle que l’on avoit dispose pour aller a leglise.

(Archives nationales, N III Hérault, 2/2 échelle 1/215 ; lavis ; 0,39 m x 0,27 m ; fr. Robert Plouvier, 1656).
E. Lambert, Monuments disparus et documents d’archives, Phoebus, 1946, vol. I, p. 16-22 ; et Notes sur la série des plans de l’ancien fonds de Saint-Germain-des-Prés aujourd’hui conservés aux Archives nationales, Revue d’Histoire de l’église de France, 43, 1957, p. 313-332)

Plan géométrique de l'abbaie de saint Guilhen le Désert
Fig. 5 Plan géométrique de l'abbaie de saint Guilhen le Désert et ses enclos, 25 février 1790, Causse arpenteur (presbytère de la paroisse, en couleurs)

a. membre ou lon tient l’huile, 2 ca. 6 p. ; b. cavot dit de St Martin 3 cannes ; c. Refectoir. cont. 51 cannes, 2 pans ; d. parterre de Dom prieur, 5 dextres 1/4 ; e. membre y attenant, 5 cannes ; f. membre attenant au refectoir, 4 cannes 4 p. ; g. Boulangerie, 16 cannes 112 ; h. Cuisine 11 cannes 5 pans ; i. Souillarde 5 cannes 4 pans ; j. degré près la cuisine 8 cannes 3 pans ; l. autre degré 16 cannes ; m. archives construites sur l’église 18 cannes ; n. Réservoir deau du moulin 22 cannes 1/2 ; o. Terrasse 4 cannes ; p. Moulin 6 cannes ; q. Lieux communs 6 cannes ; r. Batimens logeables 307 cannes 4 pans dans le haut y compris les archives et 250 cannes dans le bas distrait la sacristie ; s. Batiment a cotté de l’avant cour du cotté du nord 12 cannes ; t. Bâtiment ou loge le portier 12 cannes ; u. Enclos du cloitre, 14 dextres 1/2 ; v. Tour du cloitre 79 cannes 4 pans ; y. Emplacement de la fontaine 10 cannes 1/2 ; z. Vivié 8 cannes 2 pans.

A gauche deux échelles : Echelle de proportion pour la partie du pré cont. 70 cannes : Échelle de proportion du plan de la maison abbatiale conten. 40 cannes.

Au-dessus, à gauche du « Pont », pré cont. 4 set. 3 qtes. 2 punieres et au dessus, maisons particulières de : « ant. Bougette », « Boissiere » « ranquier », « l’abbé andré », « andré roussel » ; en haut : « Place », « Emplacement de plusieurs maisons et jardins », « antoine ségala » ; « Ruisseau de… Verdus » ; « vestiges de l’Eglise St Barthelemi », « ancien cimetiere cont. 2 q. 2 dex ½ » ; au centre : « cour 150 ca. 6 pans », « avant cour 188 ca. 6 pans », « terrain inculte 2 p. 8 dex ½ », « jardin cont. 1 q. 2 p. 7 d’½ » ; au bas : « nouveau grand chemin », « enclos cont. 3 qtes 2 pres 4 dextres », à gauche : « Sr Charles Fonzes » ; au bas « M. Joseph André », à droite « ant. Leques » ; à droite, « en haut rue » ; « jardin cont. 2 q. 1 p. 8 dex ¾ » ; à droite : « Pre Boissière », « Sr Jean Leques », « ante Leques » ; au-dessous : « 8 dex ½ » « meurede cont 1 qte 1 pre 10 dex ».

Notes

1. Pour tout ce qui concerne la Congrégation de Saint-Maur, réformatrice des Bénédictins et le rôle éminent qu’elle a joué dans l’histoire monastique et l’histoire en général, on peut se reporter à deux ouvrages qui permettent d’atteindre toute la bibliographie antérieure : Blandine Barret-Kriegel, Les historiens et la monarchie, I, Jean Mabillon, II, la défaite de l’érudition, III, les Académies de l’Histoire, IV, La République incertaine, Paris, 1988 (et tout particulièrement, le volume I) ; Y. Chaussy, Les bénédictins de Saint-Maur, I, Apercu historique sur la Congrégation, Paris, 1989. Pour les réalisations architecturales, on dispose des travaux de M. Bugner, Cadre architectural et vie monastique des bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, Nogent-le-Roi, 1984, et, Les constructions des bénédictins de Saint-Maur aux XVIIe et XVIIIe siècles, Revue d’Histoire de l’Eglise de France, 73, 1987, p. 109-131.

2. Histoire générale de Languedoc, 4, Toulouse, 1876, p. 538-545. Il ne s’agit que d’extraits du manuscrit original qui veulent compléter la notice de Claude Briconnet qui occupe le siège abbatial au moment des guerres de religion (cf. J.-C. Richard, La communauté protestante de Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault) au XVIe siècle, Actes du 110e Congrès national des Sociétés savantes, Montpellier, 1985, section d’histoire moderne et contemporaine, II, Histoire du Languedoc, Paris, 1985, p. 31-36). Nous donnons ici la totalité de ce qui concerne le monastère de Gellone.

3. D.-G. Charvin, Contribution à l’étude du Personnel dans la Congrégation de Saint-Maur, 1612-1789, Revue Mabillon, 48, 1958, p. 222-223 : liste des prieurs pour le monastère de Saint-Guilhem-le-Désert de 1645 à 1788. L’orthographe incertaine de certains noms peut être corrigée par l’ouvrage de Y. Chaussy, Matricula monachorum professorum Congregationis S. Mauri in Gallia Ordinis Sancti Patris Benedicti ab initio eiusdem Congregationis, usque ad annum 1789, Paris, 1959. Maurice Terrin était originaire d’Arles : il fit sa profession à l’âge de dix-huit ans, le 4avril 1661, au monastère de La Daurade et mourut, en ce même monastère, le 10 décembre 1721. Joseph Sort est né à Saint-Sever dans les Landes, fait profession, à l’âge de dix-neuf ans, le 27avril 1671, à La Daurade, et meurt, à La Réole, le 11 novembre 1723.

4. L’époque des guerres de religion est encore bien mal connue. Nous avons eu l’occasion de faire récemment le point sur la fin du XVIe et le début du XVIIe à Gellone, malgré de très nombreuses incertitudes: J-C. Richard, op. cit. supra, note 2, et, Notre-Dame du Bosc, du Bois, de Bors, de Vors ou du Désert (Saint-Victor-et-Melvieu, Aveyron), prieuré dépendant de l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault), Libertés locales et vie municipale en Rouergue, Languedoc et Roussillon, Actes du 59e Congrès de la Fédération historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon, Millau 19-20 juin 1987, Montpellier, 1988, p. 15-20.

5. Les témoignages des XVIIe-XVIIIe siècles pour des événements ou des monuments du Moyen Age et, à plus forte raison, de l’époque carolingienne, doivent être examinés avec la plus grande prudence. Il est évident que nous ne pouvions, ici, discuter tous les mots de ces relations d’autant plus qu’elles mettent en question l’ensemble des aspects du monastère : liturgie, constructions, reliques… Il nous a semblé nécessaire de publier ces pages inédites, avec un minimum de commentaires. Les spécialistes pourront reprendre ce qui relève de leur domaine. Nous donnons ici le texte tel qu’il figure dans son orthographe et en respectant strictement l’original. Nous marquons précisément les folios du manuscrit.

6. Nous n’avons pas beaucoup de renseignement sur La Roque, sacristain du monastère et prieur de Saint-Martin-de-Londres, ni sur Ranquier : les deux appartenaient à l’ancienne communauté qui ne fut réformée par les Mauristes qu’à partir de 1644. Le personnage de La Roque pose un problème dans la mesure où nous connaissons un Michel de La Roque qui fut abbé de Saint-Guilhem-le-Désert, de 1596 à 1601. S’agit-il de la même personne ? Depuis le dernier quart du XVIe siècle, les prieurs de Saint-Martin-de-Londres appartiennent à la famille des Roquefeuil : sous le priorat d’Alexandre de Roquefeuil (depuis 1604), qui était sacristain de l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert, nous savons que Michel de La Roque était présent à Saint-Martin-de-Londres et qu’il le fut jusqu’en 1642 (date à laquelle apparaît un nouveau prieur : Aldebert de Roquefeuil). Quoiqu’il en soit, – le prieuré de Saint-Martin-de-Londres a toujours été très proche de l’abbaye-mère – La Roque a certainement été un témoin oculaire des événements qu’il rapporte, à plus forte raison s’il s’agit de l’abbé régulier. Pour Saint-Martin, on peut se reporter à la monographie de E. Bougette, Histoire de Saint-Martin-de-Londres (Hérault), Montpellier, 1909, p. 119122 et pour l’abbaye-mère : L. Vinas, Visite rétrospective à Saint-Guilhem-le-Désert, monographie de Gellone, Montpellier-Paris, 1875.

7. Sur la période des guerres de religion à Saint-Guilhem-le-Désert, cf. J.-C. Richard, op. cit., 1985 et 1988.

8. Les documents publiés contredisent cette qualité de La Roque.

9. J. Plantavit de la Pause, Chronologia praesulum lodovensium, 1634, p. 28-29 et 374-376.

10.   En dehors de l’abbaye, la communauté civile de Saint-Guilhem-le-Désert disposait de deux églises paroissiales : Saint-Laurent et Saint-Barthelemy dont les curés étaient désignés par l’abbé du monastère et qui dépendaient entièrement de ce dernier.

11.   Les sœurs de Guillaume d’Orange, Albane et Bertane passent pour avoir fondé un monastère à l’emplacement de l’église Saint-Barthélemy. Nous ne disposons que de renseignements forts limités, tant littéraires qu’archéologiques, sur ce monastère. Dans l’église abbatiale se trouvait un sarcophage de l’École d’Aquitaine qui, selon la tradition locale, passe pour avoir été celui des deux sœurs.

12.   Il s’agit du cardinal de Mostuéjouls dont on parlera plus loin.

13.   On reviendra plus loin sur l’invention, en 1679, des reliques, par les Mauristes.

14.   Les folios 264 r° et v° sont blancs. Même si nous aurions aimé que le témoignage de La Roque sur le monastère et les événements de la fin du XVIe siècle soit beaucoup plus détaillé, il convient de remarquer qu’il n’existe aucune contradiction avec ce que nous savons par ailleurs. Il était important que ce témoignage confirme le fait que les reliques du fondateur avaient échappé aux protestants et que leur légitimité ne puisse être mise en question. Les événements de 1679 viendront établir les affirmations de La Roque et lui apporter, a posteriori, une éclatante confirmation.

15.   A la différence d’Aniane qui dispose d’une Vita du fondateur rédigée par un contemporain de Benoit, Ardon, Gellone ne connaît un témoignage écrit – dont on attend une édition scientifique – qu’à une période très postérieure. Cette Vita se trouve dans le manuscrit 16 de la Bibliothèque municipale de Montpellier (qui provient directement de celle du Monastère, après la Révolution de 1789). Il convient aussi de rappeler que le meilleur manuscrit des chansons de geste de Guillaume d’Orange (aujourd’hui BN Ms Fr 774) faisait partie, jusqu’au XVIIe siècle, de la Bibliothèque du Monastère.

16.   Pour le difficile problème des relations entre Aniane et Gellone, on se reportera au magistral ouvrage de P. Tisset, L’abbaye de Gellone au diocèse de Lodève des origines au XIIIe siècle, Paris, 1933.

17.   En marge : « autor vita fol. 190 ».

18.   En marge : « Idem ibidem et autor braiviarii ».

19.   Il s’agit de Dom Jean Casimir Pourquiez (Auvillar 1612 – Saint- Guilhem-le-Désert 1696) qui fut prieur mauriste d’Aniane de 1642 à 1645.

20.   Entre 812 et 1274 il y a, en fait, 462 ans.

21.   En marge : « Apud Hugo Menard in concord ».

22.   En marge : « In act. SS parte 1 a ».

23.   En marge : « In cartul. » Le cartulaire de Gellone est publié et concerne les années 804 à 1236 mais, même en cet intervalle, il existe encore des pièces inédites, à plus forte raison pour les XIIIe-XVIII’e siècles qui restent quasiment inédits.

24.   On corrigera le lapsus calami « au commencement du huitième » en « au commencement du neuvième ».

25.   Le mot n’a pas pu être lu : testament ?

26.   En marge : « 1634 ».

27.   En marge : « In cartular ».

28.   En marge : « page 232 ». Nous donnerons ultérieurement une édition des martyrologes en usage à Gellone au Moyen Age. Nous disposons déjà de l’édition de : A. Dumas, Liber sacramentorum gellonensis, Turnhout, 1981, collection Corpus christianorum, series latina, CLIX et CLIX A. On consultera aussi : Miniatures médiévales en Languedoc méditerranéen, Musée Fabre, Montpellier octobre-novembre 1963, Montpellier, 1983, catalogue rédigé par Jean Claparède qui recense et étudie du point de vue de l’histoire de l’art les manuscrits de la région et, en particulier, ceux qui proviennent de la Bibliothèque de Gellone.

29.   Cette plaque de plomb, aujourd’hui perdue, a été signalée dans les Acta sanctorum, Mai, VI, p. 816-817; une transcription, prise sur l’original, se trouve dans l’ouvrage manuscrit de Dom J. Magnan (Chronogia Abbatum Sancti Guillelmi de Desertis, 1700, p. 71) et, avec développement des abréviations, dans l’ouvrage manuscrit de Dom J. Sort (Annales gellonenses seu monasterii Sti Guillelmi de Desertis ordinis Sti Benedicti congregationis Sti Mauri colligebat Domnus Joseph Sort prior Sti Guillelmi et Sti Martini de Mauriaco anno 1705, 1705, p. 129-130). Elle vient d’être publiée dans le Corpus des inscriptions de la France médiévale, 12, Aude, Hérault, par R. Favreau, J. Michaud, B. Mora, Paris, 1988, n’ 54, p. 160-161, et datée du 5 mars 1139 n.s. Sur la découverte des reliques en 1679, on peut se reporter aux Acta sanctorum, loc. cit., aux relations de Dom Magnan et de Dom Sort et à L. Vinas, op. cit. supra, p. 156-161.

30.   En marge : o du 9 avril 1630.

31.   En marge : « c’étoit un archevêque de Narbonne ».

32.   En marge : « premier, anno 1139 ». On considère que le 1er concile du Latran eut lieu en 1123, avec Calixte II et que le 2e se produisit en 1139, avec Innocent II.

33.   En marge : « anno 1215 ». C’est Innocent III qui réunit, en 1215, le quatrième concile du Latran.

34.   On sait que nous ne disposons, à ce jour, d’aucun dessin, en élévation du cloître à deux niveaux de Saint-Guilhem-le-Désert. Ce témoignage d’époque classique, à un moment où le cloître était intact, est fort précieux. Nous aurons l’occasion, dans un travail d’ensemble, de revenir sur l’aspect du cloître. Nous avons ici, en tout cas, des renseignements fort utiles : les galeries, au rez-de-chaussée, nord et ouest étaient intactes, les galeries est et sud avaient été refaites et comportaient de « beaux piliers avec diverses sculptures » (ce sont ces deux dernières qui ont totalement disparu). Au premier étage, se trouvait un second cloître, dont on ne dit rien d’autre que le fait qu’il offrait les « ecussons ou armoiries » des abbés. Toute la question est de savoir quelles étaient les galeries romanes, du XIIe, et les gothiques du XIIIe (ou plus récentes). Ce qui est dit de deux galeries du rez-de-chaussée, laisse croire que c’est au sud et à l’est que se trouvaient les parties sculptées du XIIe siècle !

35.   Les orientations sont données en fonction de l’Évangile (Nord) et de l’Epitre (Sud).

36.   Ces deux dernières phrases sont ajoutées dans la marge du texte. Dom Augustin Peyrany (Matricula n° 1742) originaire de Saint-Étienne, diocèse de Nice (1638) avait fait profession à La Daurade en 1657, et est mort le 27 octobre 1705 à Aniane.

37.   En marge : « du titre de St Eusèbe… l’an 1337 ». Il s’agit du cardinal de Mostuéjouls : cf. L. Vinas, op. cit., p. 44-46.

38.   L’église Saint-Barthelemy, l’une des deux paroisses du village, a été démolie, peu de temps avant la Révolution de 1789, pour laisser la nouvelle route ouverte, sur la rive droite du Verdus, par Monseigneur de Fumel, atteindre directement la place.
En note, en bas de page : « Mr de La Pause, évêque de Lodève dans sa Chronique parlant de St Guilhem dit qu’il batit en 806 dans la vallée de Gellon des monastères : “ibique monachi et moniales ejusdem ordinis seorseum recluserit” fol. 24. Catal. hist. 1.1° » = J. Plantavit de la Pause, op. cit., p. 24.

39.   En marge : « ex martyrologio ».

40.   En marge : « Vide in fine ad 3am notam ».

41.   Cf. supra, note 6.

42.   Sur Dom Casimir Pourquiez, cf. supra, note 19.

43.   Cette liste d’auteur, incomplète, ne représente qu’une fiche de travail.

44.   On retrouve dans ces lecons la totalité des informations que nous ont données les pages précédentes. Nous les avons reproduites pour que notre édition soit complète. Nous en proposons une traduction en francais.

45.   Nous reproduisons cette « tentative » généalogique sans en discuter ou corriger les éléments.
Pour tout ce qui concerne la famille de Guillaume d’Orange, on se reportera à l’étude de Pierre Tisset (cit. supra) et à la bibliographie concernant les familles des VIIe-IXe siècles. Pour les biographes, il importait, à ce moment-là, de montrer l’importance du fondateur dans l’empire carolingien. On aura remarqué que, dans ces pages, aucune allusion n’est faite aux chansons de la Geste de Guillaume…

46.   D. Maurice Terrin (1643-1721) avait été prieur à Montolieu et Saint-Chinian, avant de prendre ses fonctions à Saint-Guilhem-le- Désert de 1690 à 1696.
Le correspondant est Dom Michel Germain (1645-1694) : « après Claude Estiennot, le grand ami proche, le compagnon et le collaborateur de tous les instants de Mabillon, est Michel Germain » (B. Barret-Kriegel, op. cit., 1, p. 39).

47.   Sur Dom Casimir Pourquiez, cf. supra, note 19.

48.   Au-delà de « servirait », l’écriture se poursuit en marge.

49.   Au dos du dernier feuillet, fol. 285 v°, on trouve la suscription suivante : « De Montpellier / Au Révérend Père Gabriel Germain, Religieux en l’abbaye / de St Germain / Paris par St Germain / », et un timbre, frappé à sec, avec, au centre, un religieux tenant une crosse et, autour : « Sigil. Prions St. Guillelmi De Deserto. »

50.   Dom Joseph Sort (1652-1723), prieur de Saint-Guilhem-le-Désert de 1699 à 1705 est l’auteur des Annales gellonenses… (1705). Nous ignorons quel est le destinataire précis de cette lettre.
La localisation géographique est approximative. Lodève n’est en tout cas pas « au midy » mais à l’ouest ! Il est vrai que Dom Sort venait d’arriver, le 29 juillet, du monastère de Caunes où il avait été prieur de 1693 à 1699 et où il revint, avec les mêmes fonctions, de 1705 à 1711. On doit à Dom Sort le beau bénitier, en marbre de Caunes, qui se trouve à l’entrée de l’église abbatiale.