Saint Benoît d’Aniane réformateur, bâtisseur
Saint Benoît d’Aniane réformateur, bâtisseur
Je dédie cette étude à mon petit-fils Benoît, né en Arles en 1985
Les récentes recherches ont montré à quel degré de maturité l’art monastique a su s’élever sous le règne, avisé et puissant, de Charlemagne. Cette « Renaissance », six ou sept siècles avant celle qui allait faire revivre au plus fort l’Antiquité, n’a pourtant pas été un phénomène éphémère. Les œuvres créées entre 754 – déjà sous Pépin le Bref – et jusqu’à la mort – en 814 – du fils de celui-ci, Charlemagne, ont joué un rôle capital dans la formation de la culture occidentale : religieuse comme profane. Des valeurs, largement dépréciées pendant l’époque précédente, dite mérovingienne, refont alors surface et sauvent d’un oubli définitif l’héritage de l’Ancien Monde. Elles se révéleront également essentielles pour la renovatio, le renouveau du monde d’alors.
Après la mort du grand empereur, rassembleur sous une bannière ethnique et religieuse de tant de peuples, la renovatio, ce mouvement délibéré vers l’Imperium et l’Antiquité chrétienne, ne s’étiole pas. Elle change seulement de nature. D’une monumentalité voulue à tout prix, parfois fragile, toujours « fulgentissima » – « extraordinaire », on évolue sous Louis le Pieux et encore davantage sous le règne de Charles le Chauve, vers une expression artistique plus mesurée, plus nuancée, plus proche de l’homme, d’une sensualité parfois à peine voilée.
Des figures de stuc, retrouvées récemment à Vouneuil-sous-Biard près de Poitiers 1, quel chemin parcouru jusqu’à cette Andromède, de cent ans plus jeune, d’un traité de corps célestes enluminé au milieu du IXe siècle, conservé aujourd’hui à la Bibliothèque universitaire de Leyde 2 ! Dans ce mouvement d’humanisation et de progressive rationalisation, une action paraît devoir être mise tout particulièrement en évidence c’est celle de saint Benoît d’Aniane qui fut en quelque sorte le second fondateur de l’Ordre bénédictin 3.
Une enquête sur l’architecture religieuse sous le règne de Louis le Pieux (814-840) commence nécessairement par le concile d’Inden/Aix-la-Chapelle de 816/817 4. La structure même des églises carolingiennes, leur organisation liturgique, en sont sorties renouvelées de fond en comble, changées. Cet aggiornamento est pour une grande part dû à l’esprit novateur, né d’une longue expérience monastique, de saint Benoît d’Aniane.
L’activité de cet homme d’église, né en 745 sous le nom de Witiza dans une famille wisigothique de Septimanie, fut extrêmement féconde 5. Officier dans l’armée franque lors de la campagne de Charlemagne contre les Longobards, en 773-774, il se fit moine au retour d’Italie, dans le monastère de Saint-Seine, près de Dijon, et prit alors le nom de Benoît.
Sa soif de pénitence, de sainte solitude, le firent retourner en Septimanie, dans un lieu isolé, au débouché des gorges de l’Hérault. Il y mena d’abord une vie d’ermite, mais l’afflux de disciples et les instances de plusieurs abbés le décidèrent à fonder, en 779, le monastère d’Aniane qui reçut un premier privilège royal en 787. Vingt-cinq ans plus tard, Guillaume, comte de Toulouse, recut l’habit monastique à Aniane, pour se retirer ensuite dans les gorges de l’Hérault, à Gellone où une abbaye sera fondée dont la crypte conserve aujourd’hui encore de vénérables vestiges du IXe siècle 6.
Quel fut l’aspect de la première abbatiale d’Aniane ? Nous ne le savons – ou plutôt ne le supposons -, qu’approximativement et espérons une image cohérente, sinon complète, des fouilles à venir. Un plan de 1656, conservé aux Archives nationales, sera un précieux auxiliaire pour ces investigations 7. Il montre l’abbaye d’Aniane avant sa réfection en 1664.
La nef unique, le transept qui déborde fortement et est muni d’absidioles, enfin le chevet carré, reflètent-ils – malgré certaines modifications intervenues surtout sur le flanc sud de l’église – l’agencement originel, du temps de saint Benoît ?
C’est la question que pose Mme Brigitte Uhde-Stahl dans une excellente étude publiée, voici neuf ans, dans la Zeitschrift fur Kunstgeschichte 8. L’auteur répond affirmativement à cette question et cette hypothèse favorable fut également celle d’Élisabeth Declercq (décédée, hélas, en 1982) qui, la première, remarqua l’intérêt énorme que ce plan pouvait avoir pour nos études carolingiennes. Un jeune chercheur allemand, Werner Jacobsen, s’intéressa lui aussi vivement à ce document précieux, négligé jusque-là par la recherche récente 9.
Après une brève mais brillante communication au Congrès international d’histoire de l’art de Bologne, en août 1979, M. Jacobsen consacra sa thèse aux monuments qu’il supposa promus directement ou du moins influencés par saint Benoît d’Aniane 10. J’ai placé moi-même, dans mon Architecture religieuse carolingienne, le chapitre IV, consacré aux édifices érigés après le concile d’Aix-la-Chapelle, sous l’exergue du grand réformateur 11. Des exemples, pour moi aussi évocateurs que Ligugé en Poitou, Neustadt-sur-Main (fin IXe) 12, Bergholtz Zell en Alsace (1006) 13 – pour n’en nommer d’abord que quelques-uns – semblent tous s’inspirer de la formule programmatique de l’église Saint-Corneille d’Inden, bâtie de 815 à 817 par saint Benoît en personne. Mais l’influence du grand moine est sensible partout, dans le dessin et les corrections apportées au plan idéal de Saint-Gall, dans les constructions alors effectuées au monastère de la Reichenau, et surtout dans les basiliques de Franconie, dues au mécénat d’Eginhard, ancien chancelier de Charlemagne.
Les principaux caractères de la construction anianienne se résument en quelques mots. Voici ses poncifs fondamentaux : simplicité, clarté, intimité monastique, refus donc du monumental au profit d’un cadre plus raisonnablement humain. Il en résulte tout naturellement une nette diminution des dimensions de l’édifice cultuel. La clarté des architectures doit même pouvoir se lire dans le plan d’où une quadrangulation des plus conséquentes, telle que la reflète le Plan de Saint-Gall et, encore deux cents ans plus tard, l’abbaye de Limbourg-sur-Haardt, élevée à partir de 1025 par le premier couple impérial salien, Konrad et Gisèle 14.
Mais tout d’abord, il nous faut étudier l’église d’Inden/Kornelimünster, toute entière inspirée par Benoît d’Aniane.
Appelé par Louis le Pieux quelques mois après la mort de Charlemagne, Benoît entreprit le long voyage d’Aniane à Aix-la-Chapelle au début de l’été 814. Il fit une courte halte en Bourgogne, à Saint-Seine, son monastère d’origine, et séjournera plus longuement, de septembre 814 au printemps de l’année suivante, dans le plus grand monastère bénédictin d’Alsace, à Marmoutier. C’est à lui, sans doute, qu’est dû l’agrandissement de l’église existante, bâtie au tout début du IXe siècle. Des bas-côtés vinrent élargir l’édifice en 815 les fouilles de MM. Kern et Petry ont bien montré la succession rapprochée de ces constructions 15.
Les substructures de l’église carolingienne de Marmoutier, qui gisent sous la nef gothique de l’ancienne abbatiale de Marmoutier, révèlent un plan et des volumes très proches de ceux que saint Benoît imposera à Aix-la-Chapelle, pour la construction de l’église modèle d’Inden.
L'église de réforme d'Inden/Kornelimünster
Inden-Kornelimünster se trouve à 15 km au sud-ouest d’Aix-la- Chapelle. Une belle église de la fin du XIIIe siècle, d’un style gothique mesuré, a pris la place de l’ancienne abbatiale carolingienne. Un premier essai des fouilles eut lieu en 1889, sans résultats notables. C’est à feu Leo Hugot, architecte-conservateur de la chapelle palatine d’Aix, que nous devons la découverte scientifique, en 1959, de l’édifice de 817 et de ses annexes 16. D’emblée, on reste frappé par la ressemblance qui unit des édifices aussi éloignés qu’Aniane, Marmoutier, Kornelimünster.
Pour Saint-Corneille, l’emplacement d’Inden, légèrement éloigné d’Aix, avait été choisi afin que le monastère, réservé exclusivement aux moines (sans participation paroissiale), puisse également servir aux retraites de l’empereur Louis le Pieux, éventuellement plus tard d’église funéraire. Trente moines seulement – contre 300 à Centula/Saint-Riquier vingt ans plus tôt 17 – furent installés dans cette abbaye qui, après l’immunité accordée en 817, fut exemptée des tonlieux dans tout l’Empire, en 821.
L’église, placée comme l’abbatiale d’Aniane sous le vocable du Sauveur 18, reçut sa dédicace en juillet 817, juste avant l’ouverture du synode impérial siégeant à Aix-la-Chapelle. Ce n’est pas par ses dimensions qu’elle est remarquable – elle ne mesure que 26,03 m de long – mais par l’organisation stricte et limpide de son plan. Cette donnée déjà, de modestie voulue, l’apparente aux églises contemporaines de Septimanie et de la Marche d’Espagne 19. Une nef plus large que longue (10,70 m x 9,22 m dans œuvre) comprenait trois vaisseaux. Celui du milieu (largeur 4,36 m) communiquait par trois arcades reposant sur des « Mauerpfeiler » (« piliers muraux ») avec les collatéraux. Un porche, subdivisé en trois parties, avec une légère avancée centrale, précédait la nef à l’ouest. Sa façade – dont le frontispice avancé rappelle celui de l’antéglise de Corvey (885) – domine un vaste atrium rectangulaire bordé d’édifices, dont une chapelle rectangulaire (6,05 x 2,10 m), accessible depuis le portique sud (martyrium de saint Corneille, selon Hugot ?).
C’est le chevet surtout qui attire l’attention. Il a été conçu selon un jeu de modules d’une parfaite régularité. La croisée, ainsi que les deux croisillons forment des carrés parfaits, exactement comme sur le Plan de Saint-Gall 20. Mais alors que sur ce document idéal, les trois carrés mesurent chacun 40 pieds de côté (c’est-à-dire 13,30 m !), ceux de Saint-Corneille d’Inden en constituent à peine le tiers (4,70 x 4,70 m). La travée droite du chœur équivaut à l’exacte moitié du module (2,35 m), par conséquent à l’entre-colonnement de la nef. Une abside centrale d’un beau volume, demi-cercle légèrement outre-passé, était étayée à l’extérieur par deux contreforts. Deux absides latérales d’un arrondi moindre font que ce chevet a une allure presque « romane ». Contre le bras sud du transept a été élevée, encore à l’époque carolingienne, une pièce rectangulaire (5,95 x 3,95 m), dont l’épais mur oriental (1,20 m) comprend trois niches absidiales, alignées selon une tradition bien carolingienne, présente aussi dans la crypte de Ligugé dont il sera question plus loin.
Si j’ai autant détaillé ce petit monument, c’est que nombre de ses données se réfléchissent dans d’autres églises monastiques du IXe siècle, souvent plus importantes par leur taille. Les proportions générales de l’édifice, la stricte organisation du plan sur la base d’un module carré, enfin la présence des trois absides réparties sur toute la largeur de l’édifice, font de cette église un type, imité par la suite. Et telle était bien l’intention de saint Benoît d’Aniane.
Les basiliques d’Eginhard, bâties en Franconie, sont parmi ses plus proches parentes. Selon un diplôme établi au palais d’Aix, le 11 janvier 815, Louis le Pieux avait fait don à Eginhard, ancien chancelier de Charlemagne, et à son épouse Emma, de la villa de Michlinstadt (plus tard Michelstadt) dans l’Odenwald et de celle de Mulinheim au bord du Main. Eginhard devait y faire bâtir deux basiliques aujourd’hui encore debout : celle de Steinbach qui, à la suite d’une fouille minutieuse, vient d’être restaurée de fond en comble; et celle de Seligenstadt, qui, après la récente déposition de son décor baroque, présente désormais son aspect carolingien, étonnamment bien conservé.
Les basiliques de Steinbach et de Seligenstadt
Dès 815, Eginhard avait fait construire dans la villa nouvellement sienne une petite église de bois à laquelle il fit suivre, quelques années plus tard, un édifice consacré en 827 21.
C’est une basilique à trois nefs assez courtes, avec un transept et trois absides. A l’ouest, elle possédait un porche triparti, semblable à celui de l’église d’Inden. Les dimensions modestes sont celles d’une église de la réforme anianienne : longueur de la nef centrale 12,30 m, largeur 7,30, profondeur de la travée précédant l’abside centrale 5 m. La parenté avec le plan d’Inden, paraît manifeste, encore que la modulation carrée soit moins systématique qu’à Kornelimünster. Cependant deux salles parfaitement carrées, cloisonnées, tiennent lieu de transept, de part et d’autre de la nef centrale. Et comme à Inden, trois absides, dont celle du milieu marque une nette saillie, se répartissent sur la largeur intégrale de l’édifice.
L’élément le plus original est la grande crypte cruciforme qui s’étend, ramifiée, sur plus de la moitié de l’église : un couloir transversal, voûté en berceau, parcourt le transept du sud au nord, formant à ses extrémités deux nouvelles croix. Quant au drain ad caput, couloir central perpendiculaire (lui aussi cruciforme à ses deux bouts), il pénètre profondément sous la nef centrale, jusque sous l’emplacement dans la nef de l’altare sanctae crucis. La confession n’a abrité que peu de temps les reliques qui lui étaient à l’origine destinées. Subtilisées – par l’astucieux Ratleik, scribe d’Eginhard – à Rome, dans une catacombe située sous l’église Saint-Tiburce, les dépouilles des saints Marcellin et Pierre avaient d’abord été relogées dans l’abside de Steinbach, encore inachevée.
Les martyrs ayant par des signes surnaturels manifesté leur mécontentement, Eginhard fit transférer leurs reliques en 828 à Seligenstadt – la « ville des bienheureux » – où on leur éleva de 830 à 836 une belle basilique dont la crypte annulaire est entièrement calquée sur celle, grégorienne, de Saint-Pierre de Rome.
La basilique de Seligenstadt est presque entièrement conservée 22. Débarrassée elle aussi, en 1955, de ses ajouts baroques, elle offre aujourd’hui – à l’intérieur surtout – l’exacte image d’une basilique carolingienne post-conciliaire, bâtie selon un plan cher à saint Benoît d’Aniane. Plus grande que celle de Steinbach, elle reprend cependant la même proportion longueur/largeur de la nef : 10/6, donc vitruvienne, commune aux églises de la réforme anianienne (33,16 x 20,08 m). Le transept (29,60 x 9,16 m) déborde, comme à Inden, clairement la nef, tout en obéissant à la quadrangulation modulaire, devenue de mise au deuxième quart du IXe siècle.
Une troisième église de cette région se situe dans la même lignée, inspirée par l’architecture de réforme de saint Benoît. Saint-Justin-de-Höchst, située aujourd’hui dans la banlieue industrielle de Francfort-sur-Main, sur la rive nord de cette paisible rivière 23.
Construite par Otgar, archevêque de Mayence de 826 à 847, cet édifice carolingien possède le même rapport longueur/largeur de la nef : 10/6 (20,80 x 12,30 m) que les édifices bénédictins cités plus haut. Et comme à Inden et dans les autres basiliques franconiennes, la nef centrale double en largeur les bas-côtés qui lui sont accolés (5,40/2,70 m). Le transept suit la coutumière quadrangulation, et trois absides, réparties sur toute sa largeur, perpétuent un système désormais acquis pour de longs siècles 24.
Pour terminer cette brève enquête sur la partie plus proprement germanique de la réforme de saint Benoît II, il nous faut rappeler brièvement le plan idéal de Saint-Gall 25.
Le plan idéal de Saint-Gall
L’abbatiale figurant sur le Plan est un édifice monumental de plus de cent mètres de long, doté de deux absides confrontées, mais qui – malgré l’opulente abside occidentale placée sous le vocable de saint Pierre – marque une nette prépondérance pour le chevet oriental. Celle-ci ne se manifeste pas seulement par l’attribution, au chœur oriental, du vocable principal – celui de saint Gall, patronné par la Vierge – mais aussi par la présence d’une crypte et d’un transept oriental 26. La croisée de celui-ci fournit le module de base (40′) pour le plan tout entier 27.
En effet, la surface du carré central du transept (40 sur 40 pieds = 13,3 x 13,3 m) conditionne le dessin intégral, aussi bien les macromodules de 160′ (= 40 x 4), que les modules miniaturisés de 10′ (ou même de 2,5′ utilisés, multipliés par trois, pour la représentation des lits dans le dortoir).
Ce module de 40, nombre symbolique devant évoquer l’idée de la patience, de la pénitence, s’impose évidemment aussi au plan de l’abbatiale. Le transept et le chevet sont conçus en carrés de 40′ sur 40′, juxtaposés aussi limpidement que dans l’église d’Inden. Seules les dimensions varient du simple au triple.
L’original du plan a été sans doute élaboré pour servir de document au concile de 816/817 28. Les dimensions alors souhaitées restent fidèles à la tradition monumentale sous Charlemagne, notamment aux environs de 800 (Centula/Saint-Riquier, Fulda, cathédrale de Cologne, etc.). La romanisation de la liturgie à la suite de l’arrivée à Aix-la-Chapelle de l’Hadrianum, sacramentaire grégorien illustrant le déroulement des offices dans les basiliques romaines et notamment au Latran et à Saint-Pierre, n’avait en rien freiné cette tendance vers le grandiose. L’occidentation de mainte église s’explique par là (Saint-Maurice-d’Agaune, abbatiale de Fulda, cathédrale de Cologne) et le plan idéal de Saint-Gall témoigne encore de cette romanisation presque forcenée. Alcuin fut le principal « promoteur » de cette renovatio romaine qui imprégnera le IXe siècle, jusqu’à la fin du règne de Charles le Chauve (877) et son épilogue, précipité par les incursions normandes de plus en plus dévastatrices.
Mais peu après la mort d’Alcuin (804), probablement à partir de 806, l’influence de saint Benoît d’Aniane à la cour d’Aix ne cesse de s’affirmer. Charlemagne l’a vraisemblablement souvent consulté vers la fin de son règne. Heito, évêque de Bâle et abbé de Reichenau, bâtira la nouvelle abbatiale de Mittelzell selon les proportions anianiennes et n’ajoutera à la courte nef qu’un seul embellissement : le premier système de supports alternés, piliers-colonnes, employé dans une église d’Occident ; idée rapportée sans doute d’un voyage à Byzance en 808 29. A Mittelzell aussi, la quadrangulation est reine et c’est peut-être aussi par ce biais « pratique » que le plan de Saint-Gall (expédié après le concile par Heito à son disciple Gozbert, abbé de Saint-Gall) – a recu son système modulaire.
La conception première du célèbre plan semble, en tout cas, légèrement antérieure au concile d’Inden/Aix-la-Chapelle de 816/817. Mais ce qui porte la marque indiscutable de notre réformateur, ce sont les inscriptions correctives du dessin géométral. Celui-ci nous présente une nef longue de 308 pieds (= près de 103 m) 30. L’inscription, d’une main postérieure aux 280 premières légendes du plan, limite cette longueur à 200 pieds : « Ab oriente in occidentem longit. ped…CC. » est écrit tout au long de la nef; alors que la largeur reste maintenue à 40 pieds : « Latitudo interioris templis pedum XL. » (La nef centrale est de 40 pieds). « Latitudo utriusque porticus pedum XX. » (La largeur de chaque large « portique » = bas-côté fait 20 pieds).
Deux autres mesures concordent si peu avec le plan dessiné qu’on ne peut qu’en déduire une rectification ultérieure. Un dystique marque la distance entre les colonnes
« Bis senos metire pedes Interque columnas
Ordine quas isto Constituisse decet ».
(Il convient de mesurer 2 x 6 entre chaque colonne.
Il faut les placer selon cet intervalle.)
La deuxième inscription concerne l’entre-colonnement du portique semi-circulaire du paradis, imité sur celui de la première cathédrale carolingienne de Cologne (vers 780-800). La distance indiquée est de 10′. L’incohérence de ces mesures a toujours intrigué les nombreux chercheurs qui se sont penchés sur le précieux document conservé à la Stiftsbibliothek de Saint-Gall 31. La vraie raison réside dans la réduction volontaire des dimensions, jugées par trop monumentales au concile d’Aix-la-Chapelle. Voilà où nous retrouvons Ratgar et sa nouvelle abbatiale de Fulda, jugée en 817 elle aussi démesurée, trop dispendieuse 32 !
Le Plan de Saint-Gall, situé à cheval sur deux époques, offre un double visage : celui de sa monumentalité envisagée appartient à la fin du règne de Charlemagne; l’autre, celui des mesures volontairement restreintes, plaide pour la thèse de saint Benoît d’Aniane. Désormais, un cadre moins grandiose, plus humain, commence à s’imposer à l’architecture carolingienne. L’abbatiale de Mittelzell-Reichenau, œuvre de Heito – avec saint Benoît l’un des modérateurs principaux du concile d’Aix 33 – comme les basiliques franconiennes d’Eginhard, sont la parfaite illustration de ce mouvement vers un cadre de vie davantage à l’échelle de l’homme, plus intime, aussi plus pratique.
Les dimensions réduites suggérées au concile d’Aix resteront d’ailleurs valables au-delà des calamités normandes : Cluny II en sera le vivant exemple à la fin du Xe siècle.
Ligugé, fidèle reflet d'Aniane
Mais avant de clore notre enquête sur l’influence d’Aniane, il nous faut brièvement évoquer un exemple « Français », autour duquel les discussions n’ont guère cessé, depuis les importantes découvertes archéologiques de Dom Jacques Coquet à Ligugé en Poitou 34.
Comme à Inden près d’Aix, une église gothique – ici de style flamboyant – recouvre les restes vénérables des abbatiales qui se sont succédées au cours de huit siècles, depuis la fondation de ce premier monastère de France en 361, par saint Martin lui-même qui a vécu ici de 361 à 370, juste avant d’être élu évêque de Tours.
Du premier édifice – une église à nef unique, longue de 18 mètres – on peut encore apercevoir une partie de l’abside semi-circulaire. Bâtie sur le sol d’un silo romain, elle est située à 1,75 m au-dessous du niveau du sol de l’époque romaine. A l’est de la petite basilique mono-nef, au-delà d’une courte platea, se dressait un autre édifice dont seule la facade a pu être dégagée. Les murs cantonnant la porte centrale étaient magnifiés, à leurs angles nord et sud, par des colonnes cannelées, empruntées à quelque monument romain de la région 35.
A ces deux édifices du IVe, peut-être du début du Ve siècle, situés l’un derrière l’autre en sous-sol sur le ciment du dit silo romain, fut adjoint, à l’ouest et cette fois au niveau du sol, un édifice cruciforme que Dom Coquet compare, pour son plan et ses volumes, au tombeau dit de Galla Placidia à Ravenne. Il le suppose érigé en l’honneur d’un miracle accompli par saint Martin sur la personne d’un jeune catéchumène ressuscité juste avant sa mise en terre. Ce miracle est relaté dans sa Vita Martini par Sulpice Sévère et également par Grégoire, évêque de Tours, venu en pèlerinage en ce lieu en 591.
C’est à partir de cet édifice cruciforme datant du Ve siècle et dont un pilier peint d’une couleur rouge cinabre est conservé, que s’est développée une basilique de trois nefs, longue de 20 m, large de 16 m. La nef centrale contenait 31 sarcophages ce qui semble indiquer qu’elle fut bâtie sur un cimetière préexistant. Le narthex, limité au vaisseau central, était constitué de trois petites salles juxtaposées. Cette basilique, mérovingienne sans doute, est vraisemblablement celle mentionnée sur une dalle funéraire, œuvre d’un abbé dont le monogramme déchiffré peut signifier URSINUS 36. La construction au VIIe siècle de cet édifice que nous appellerons Ligugé III nous paraît probable.
Dom Coquet toutefois place cette phase de construction nettement plus haut (peu après 500) et, en revanche, attribue à l’Abbé Ursinus le chevet qui a été adjoint – pour lui vers 690 – à l’église mérovingienne tripartie.
En effet, lors d’une quatrième phase de construction, Ligugé III fut agrandie par un transept et un chevet droit avec crypte. Et c’est précisément ici que nous retrouvons saint Benoît d’Aniane et sa formule architecturale novatrice.
Le chevet de Ligugé IV est articulé sur un strict module carré (de 7 m sur 7) qui, à partir de la croisée, a été appliqué non seulement aux deux bras nord et sud du transept, mais également à la travée orientale qui forme le chœur. L’ancienne basilique du IVe siècle fut alors arasée et puisqu’elle se trouvait en sous-sol, une crypte – elle aussi carrée comme le chœur qui lui est superposé – vint la remplacer. Aujourd’hui encore, on voit distinctement les trois petites absides alignées selon une formule chère aux bâtisseurs carolingiens (cf. également salle annexe sud de l’abbatiale d’Inden). Les escaliers en colimaçon de l’église martinienne, renouvelés, continuaient à servir, aboutissant cette fois dans un étroit narthex installé dans la partie occidentale de la crypte. La pièce orientale, qui occupe les deux tiers du carré cryptique, était sans doute divisée en trois nefs par deux, voire trois arcades assez basses. A l’extérieur, le mur oriental de la crypte est renforcé par deux puissants contreforts (cf. encore Aniane) qui ont dû rythmer également la partie haute, droite, du chœur.
Comme à Aniane, deux absides, à l’hémicycle légèrement outre-passé, ornaient les deux bras du transept, ajoutant ainsi à la ligne droite, abrupte, du chœur central, une harmonie ronde. Les deux bras du transept sont bien conservés : le bras sud, quoique chemisé à l’intérieur au XIe siècle, est intact avec ses baies géminées qui éclairaient jadis le haut de la croisée ; le bras nord a été totalement dégagé lors des fouilles de Dom Coquet. Cette abside septentrionale a gardé son pavement qui est d’une variété extrême : 14 motifs différents s’y côtoient, du carré au losange et aux croix ou christogrammes stylisés, inscrits dans des hexagones. Un banc maçonné court le long du mur de ce croisillon, réplique exacte de celui qui figure sur le Plan de Saint-Gall. Il n’est pas jusqu’à l’emplacement de l’ambon de lecture, à l’angle du croisillon et de la nef centrale, qui n’imite les dispositions liturgiques proposées par le plan idéal de Saint-Gall.
Autant de concordances avec la liturgie carolingienne des années 810-820, temps fort de la réforme d’Aniane, nous incitent à dater Ligugé IV de la fin du premier quart du IXe siècle, donc de 820/25 environ. Nous n’ignorons nullement que des contre- arguments à cette datation peuvent être cités. Ligugé, par exemple, ne trouve pas de mention à l’époque carolingienne. Un document du XIe siècle 37 la dit reconstruite avec l’aide de la comtesse Aumode, en tant que cella rattachée à l’abbaye de Maillezais, fondée en 957 par Guillaume, le défunt époux de la bienfaitrice de Ligugé. Le vernissage de certains éléments du pavement a également prêté à discussion.
N’empêche, les concordances avec les données principales de la réforme anianienne sont telles qu’il est difficile de ne pas les prendre en compte. Le chevet de Ligugé, transept inclus, ressemble totalement aux chevets d’Aniane et de Kornelimünster. La quadrangulation est la même c’est aussi celle de l’abbatiale idéale du Plan de Saint-Gall, qui par d’autres éléments, liturgiques, semble lui aussi présent à Ligugé. Et dussions-nous, en raison de nouvelles investigations archéologiques, décaler la date de construction de Ligugé IVe au Xe, ou même au début du XIe siècle, l’influence anianienne ne perdrait en rien son droit d’existence en ce lieu, certainement connu, sinon par le fondateur, du moins par des moines venus d’Aniane.
N’oublions pas que la proche Saint-Savin fut fondée, vers 812, par un groupe de moine d’Aniane, envoyés en Poitou par saint Benoît, à la demande de Charlemagne.
Conclusion la présente étude aura montré le rayonnement de la réforme d’Aniane, propagée par Benoît son fondateur dans des contrées aussi éloignées de l’empire carolingien que la Rhénanie, la Franconie, nos pays de l’Ouest. A cette influence véritablement « européenne », certains historiens assignent des limites temporelles assez étroites (810 à 830 environ). C’est oublier que les thèses de saint Benoît d’Aniane, portées également par les décisions conciliaires de 816-817, n’ont pas seulement imprégné le IXe siècle tout entier, mais ont connu de véritables « renaissances » : Cluny I, Cluny II, et même encore le mouvement cistercien du début du XIIe siècle (cf. le plan de Fontenay), puisent – parfois inconsciemment – dans l’héritage laissé par le grand réformateur. Un phénomène aussi important que la polarisation sur le chevet oriental du plus clair de la liturgie – ce qui eut pour conséquence le plein épanouissement de celui-ci – n’est guère concevable sans les idées novatrices de saint Benoît d’Aniane. Ce dernier a-t-il même pu, au soir de sa vie (il s’éteindra en 821), mesurer à quel point la modeste abbaye, fondée par lui aux sources de l’Hérault, était devenue un phare pour la chrétienté occidentale toute entière ?
Notes
1. Exposés actuellement au Grand Palais de Paris. Cf. Catalogue Archéologie de la France. 30 ans de découvertes, sept. 1989, p. 386, ou encore Romains et Barbares entre Loire et Gironde IVe-Xe s. Catalogue d’une exposition archéologique au musée Sainte-Croix de Poitiers, oct. 1989, p. 76 e.s.
2. Leyde, Bibl. univ., ms Vossianus lat. 79. Phainomena d’Aratos, le plus important traité astronomique de l’Antiquité.
3. C’est en raison de Saint Benoît de Nursie, créateur de l’Ordre (Subiaco peu après 500, Mont-Cassin vers 520), qui vécut de 480 à 547, que des Bénédictins portent leur nom. Et que le jeune wisigoth, qui le revigora à la fin du VIIIe et au début du IXe siècle, choisit de se nommer Benoît.
4. Pour les résolutions prises au concile d’Aix (816) cf. Josef Semmler, « Die Beschlüsse des Aachener Konzils ira Jahr 816 », dans Zeztschrift für Kirchengeschichte, 74 (1963), p. 15-82.
5. A propos de saint Benoît, cf. : Ardonis vins Benedicti abbatis Anianensis et Indensis, dans Mon. Germ. Hist. Scriptores, 15/1, p. 198-220.
6. Cf. J.-Cl. Richard, La cité de Saint-Guilhem-le-Désert, Revue du Centre d’archéologie médiévale du Languedoc, suppl. au tome 4, p. 28 e.s.
7. Paris, Archives nationales. Code N III Hérault 1.
8. B. Uhde-Stahl, « Ein unveröffentlichter Plan des mittelalterlichen Klosters Aniane », dans Zeitschrift für Kunstgeschichte, 43 (1980), p. 1-10.
9. Cf. tout de même : Dom Du Bourg, « L’abbaye d’Aniane. Son rôle, son influence, ses destinées », dans Mélanges de Littérature et d’Histoire religieuse, t. 1, Paris, 1899, p. 178.
10. W. Jacobsen, « Benedikt von Aniane und die Architektur noter Ludwig dem Frommen », dans Atti del XXIV Congresso Internazionale di Storia dell’Arte (Bologne, 1979), t. 1, Milan, 1983, p. 15-22.
La thèse de doctorat de M. Jacobsen n’a pas encore paru dans sa version imprimée. Un long article publié en 1986, également dans la Zeitschrift für Kunstgeschichte, en donne un résumé fort bien documenté : « Gab es die karolingische Renaissance in der Baukunst ? » (Zeitschrift für Kunstgeschichte, 51, 1988, p. 313-347).
11. C. Heitz, L’architecture religieuse carolingienne. Les formes et les fonctions, Paris, 1980, p. 131 es.
12. Pour Neustadt, cf. W. Boeckelmann, « Das karolingische Münster zu Neustadt und sein quadratisches Schema », dans Die Jubiläumstagung der Koldewey-Gesellschaft in Stuttgart, Stuttgart, 1952, p. 43-45. Du même auteur Die Stiftskirche zu Neustadt am Main, éd. H. E. Kubach (Forschungen zuR deutschen Kunstgeschichte), Berlin, 1965.
13. A propos de Bergholtz-Zell, cf. R. Kautzsch, Der romanische Kirchenbau im Elsass, Fribourg e. Br., 1944, p. 38 e.s. et 306. Cf. également notice sur Saint-Benoît de Bergholtz-Zell (Haut-Rhin) par Florence Journot, dans Le paysage monumental de la FrAnce autour de l’an Mil, éd. X. Barral I Altet, Paris, 1987, p. 150-151 et 161. R. Will, 3La basilique préromane de Bergholtz-Zell3, dans Cahiers alsaciens d’archéologie, d’art et d’histoire, 20 (1977), p. 89-101.
14. Cf. F. Klimm, Die Benediktiner-Abtei Limburg a.d. Haardt, Spire, s.d. (1950).
15. F. Petry, E. Kern, « Découvertes archéologiques dans l’ancienne abbatiale de Marmoutier (Bas-Rhin), rapport provisoire », dans Cahiers alsaciens d’archéologie, d’art et d’histoire, 20 (1977), p. 39-88. Cf. également Notice sur l’abbatiale de Marmoutier (Bas-Rhin) par C. Heitz, dans Le paysage monumental de la France autour de l’an Mil, éd. X. Barral I Altet, Paris, 1987, p. 154.
16. L. Hugot, Kornelimünster. Untersuchung über die baugeschichtliche Entwicklung der ehemaligen Benediktiner-Klosterkirche (Rheinische Ausgrabungen, 2), Beihefte der Bonnet Jshrbücher, 26, Cologne/Graz, 1968.
17. C. Heitz, L’architecture religieuse carolingienne, op. cit., p. 51-62.
18. Elle ne prit le nom de Saint-Corneille qu’en 875, lorsqu’une relique du saint (bras reliquaire) y fut déposée par Charles le Chauve.
19. M. Durliat, Une construction de l’époque de saint Benoît d’Aniane à Argelliers (Hérault) , dans Revue archéologique de Narbonnaise, 1, 1968, p. 233-247.
M. Durliat, J. Giry, « Chapelles préromanes à chœur quadrangulaire du département de l’Hérault », dans Actes du 94e congrès national des Sociétés savantes, Pau, 1969, Paris, 1971, p. 203-223.
Pour Psalmodi, cf. J. D. Dodds, « The carolingian Abbey church of Psalmodi », dans Formal History and historical, Gesta 25 (1986), p. 9-16.
20. L. Hugot, « Das Kloster Inda und der Klosterplan von St Gallen » «, dans Zeitschrift des Aachener Geschichtsvereins, 84-85/1977-1978, p. 473- 497. L. Hugot estime l’original du Plan de Saint-Gall issu de l’École palatine de Charlemagne, en raison de convergences modulaires entre la chapelle d’Aix et le Plan de Saint-Gall. D’où, pour Hugot, aussi l’intime parenté entre ce dernier et le schéma quadrangulaire du plan de l’abbatiale d’Inden, réduite cependant, dans ses dimensions, deux fois et demie par rapport à l’église du plan idéal. Si la première des affirmations nous paraît un peu téméraire, nous souscririons, en revanche, volontiers à la seconde.
21. L’abondante bibliographie sur Steinbach figure dans F. Oswald, Vorromanische Kirchenbauten, Katalog der Denkmäler bis zum Ausgang der Ottonen, Munich, 1966-1971, p. 320-322. Principale référence, l’ouvrage du responsable des fouilles et de la restauration, O. Mueller, Die Einhards-Basilika zu Steinbach bei Michelsiadt, (Diss. phil. Leipzig 1936), Seligenstadt, 1937.
22. Pour Seligenstadt, cf. O. Mueller, Die ehenialige Abtei Seligenstadt, Munich-Berlin, 1964. Plus récemment Kurze Beschreibung der Einhardsbasilika in Seligenstadt, Michelstadt, 1982. J. Fleckenstein, « Einhard, seine Gründung und sein Vermchtnis in Seligenstadt », dans Das Einhardkreuz, éd. K. Hauck, (= Vorträge und Studien der Münsteraner Diskussion zum arcus Eginhardi), Abh. der Akademie der Wissenschaften, Göttingen, 1974, p. 96-121.
23. Pour Höchst, cf. W. Skriba, Der karolingisch-romanische Bau der Jusünuskirche a. M., Francfort, 1930. De même : G. Stiehl, dans Die Dènkmalpflege, 1932, p. 160-162.
24. Par exemple, la collégiale Saint-Martin d’Opatow (Pologne), 2e tiers du XIIe siècle, dont le module de base est formé par un carré de 6,8 m de côté. Longueur totale de l’édifice : 40 m ; dimensions du transept : 6,8 x 22,5 m.
25. Le Plan de Saint-Gall a suscité de très nombreuses études et conjectures. Cf. principalement: H. Reinhardt, Der St. Galler Klosterpian (92. Neujahrsblatt hsg. vom historischen Verein des Kantons St. Gallen), 1952, accompagné de l’édition en fac-similé du Plan (par H. Bessler). Studien zum St. Galler Klosterplan, éd. J. Duft (Mitteilungen zur Vaterländischen Geschichte, 42), St. Gall, 1962.
Cf. également la synthèse de A. Reinle dans Kunstgeschichte der Schweiz I, Frauenfeld, 1968, p. 111 es. ; p. 145 e.s. Plus récemment, 1979, le grand ouvrage en trois volumes de W. Horn et E. Born, The Plan of St Gall, dont un bon résumé, en un seul tome, a été publié par Lorna Price sous le titre : The Plan of St Gall in brief (University of California Press, 1982).
26. La crypte occidentale de l’ancienne abbatiale de Saint-Gall ne fut construite qu’en 980. Elle s’est conservée sous l’actuelle église baroque et a été restaurée récemment.
27. La mesure appliquée au Plan de Saint-Gall est le pied de 0,3216 m.
28. Cf. plus haut, ainsi que note 20.
29. Cf. E. Reisser, Die frühe Baugeschichte des Münsters zu Reichenau, éd. par H. E. Kubach (Forschungen zur deutschen Kunstgeschichte, 37), Berlin, 1960. Ainsi que : W. Erdmann, A. Zettler, « Zur karolingischen und ottonischen Baugeschichte des Marienmünsters zu Reichenau-Mitteizeli », dans Die Abtei Reichenau. Neue Beitrdäe zur Geschichte und Kultur des Inselkiosters, éd. H. Maurer, Sigmaringen, 1974, p. 481-522.
30. Th. Puttfarken, « Ein neuer Vorschlag zum St. Galler Kiosterplan. Die originalen Massinschriften », dans Frühmittelalterliche Studien II, Munster en Westph., 1968, p. 78-95.
31. W. Horn, E. Born, « The “Dimensional Inconsistencies” of the Plan of Saint-Gall and the problem of the Scale of the Plan », dans The Art Bulletin, t. XLVIII (1966), p. 285-308.
32. L’abbatiale commencée en 778 par Baugulf fut transformée par l’abbé Ratgar (791-817) en un immense édifice occidenté à l’instar de Saint-Pierre de Rome, dont l’abbatiale de Fulda avait imité le transept au centimètre près. Une première requête des moines contre leur dispendieux abbé se heurta au refus de Charlemagne. Cinq ans plus tard, les moines obtinrent satisfaction au concile d’Aix-la-Chapelle. Ratgar fut destitué et l’abbatiale terminée à la hâte en 819.
33. Cf. C. Wilsdorf, « L’évêque Heito reconstructeur de la cathédrale de Bâle (premier quart du IXe siècle), deux textes retrouvés », dans Bulletin monumental, t. 133 (1975), p. 175-184.
34. Sur Ligugé, voir les nombreux travaux de Dom Coquet, notamment, Les édifices du haut Moyen Age à l’abbaye de Ligugé : Ve et VIe siècles, 690 et 1003, Ligugé, 1955. Du même auteur : L’intérêt des fouilles de Ligugé, 1968. Cf. également C. Heitz, « Du IVe au Xe siècle, Poitiers, foyer d’art chrétien », dans Archéologia, 113 (1977), p. 21 e.s. Plus récemment dans : La France préromane. Archéologie et architecture religieuse du haut Moyen Age, du IVe siècle à l’an Mille, Paris Errance, 1987, p. 71-72 et 199.
35. Il en subsiste, de part et d’autre, les deux tambours de base.
36. « X abba aedificavit basilica scti martini » LX = monogramme au nom d’Ursinus. Date admise : fin du VIIe siècle.
37. Extrait d’un rotulus, recopié à la fin du XIIe siècle sur une note prise par un scribe du XIe siècle (Bibliot. Mazarine, ms 775, f. 244).
