Regard sur le fascisme dans l’Hérault
La difficile implantation du Parti Populaire Français (1936-1944)

Les années trente correspondent à une période particulièrement chaude dans la longue histoire des guerres franco-françaises visibles depuis le choc révolutionnaire de 1789. Elles prennent une tournure originale avec l’émergence d’idéologies qui parfois s’inspirent des régimes dictatoriaux voisins. Divisée sur la question de l’existence d’un fascisme typiquement français 1, la communauté des historiens hexagonaux s’accorde néanmoins pour admettre qu’un « phénomène d’imprégnation fasciste » 2 ait pu concerner notre sol.

Le phénomène commence au temps de la mobilisation anti-cartelliste avec des pousses qui n’atteignent pas la maturité organisationnelle et d’autres qui grossissent au cours de la décennie suivante. Le Faisceau de Georges Valois, le mouvement Solidarité Française ou encore les « francistes » défendus par Marcel Bucard incarnent la radicalisation éphémère et groupusculaire. Il en va tout autrement si l’on observe le Parti Populaire Français qui se constitue autour de l’ex-leader communiste Jacques Doriot en juin 1936.

Sa personnalité plébéienne attire des nationalistes férus d’antiparlementarisme et d’anticommunisme tout en mordant sur une maigre fraction de la gauche décidée à employer des méthodes expéditives. A côté des aspects idéologiques classiques, on retrouve dans ce parti les caractéristiques ostentatoires attribuées habituellement aux remuantes « chemises noires » : le goût du cérémonial, le salut romain, le culte du chef, le recours à la violence… Bref, malgré quelques nuances notables 3, le mouvement doriotiste fier des dizaines de milliers d’adhérents qui affluent pour beaucoup des ligues dissoutes par un Front Populaire porteur d’effroi pour toute une fraction de la société persuadée de l’installation imminente d’un régime de type bolchevique, représente la tentative la plus aboutie d’implantation d’un parti de type fasciste en France 4.

Comment se déroule la greffe à l’échelon départemental ? Avant de rentrer dans le vif du sujet, une précision s’impose. De façon générale que l’on se situe dans le champ des historiens ou de la science politique, les éclairages locaux sur les partis politiques demeurent peu nombreux. Ce constat se révèle encore plus criant si l’on se penche sur les organisations classées à droite ou à l’extrême droite. Nous nous proposons ici de chercher à combler ce déficit en proposant un modeste éclairage sur le PPF dans l’Hérault, de ses origines à son éradication à la fin de la Seconde Guerre mondiale 5. A travers ces quelques pages, nous tenterons de dresser un panorama qui montre que sur cette terre méridionale la tentative a rencontré des difficultés.

1. Les premiers pas de la « bande à Doriot »

Dans ce fief du « Midi rouge » où le Front Populaire rassemble l’essentiel des suffrages, les mouvements classés à droite sur l’échiquier politique se caractérisent par un émiettement général. La marginalisation qui en résulte au plan électoral ne reflète pas complètement une réalité socio-politique plus complexe.

Afin de mieux la saisir il suffit de se reporter aux élections législatives de 1919, les dernières à se dérouler au scrutin proportionnel, pour prendre conscience de l’existence d’un réservoir de voix conservatrices concentré dans l’Est du département où s’activent toujours des noyaux royalistes. A cela s’ajoute l’attitude toujours ambiguë de la myriade radicale bien représentée au sein des élites sociales, surtout à Montpellier, et favorable à « L’Union nationale » 6.

Cette photographie très grossière des rapports de forces politiques a quelque peu été troublée depuis par l’écho des soubresauts de la vie politique parisienne ou par des prises de positions d’autorités religieuses (nous pensons ici en particulier à la condamnation en 1926 de l’Action Française par le Vatican). S’agissant du contexte national il faut mettre l’accent sur la flambée ligueuse. Pour ce qui concerne l’Hérault, on peut noter l’entrain des Croix de feu qui se traduit par un remarquable maillage utile lors de sa transformation en Parti Social Français. Celui-ci, tenu par la bourgeoisie libérale, entend se positionner comme le principal opposant au Front Populaire. Il devra toutefois composer au cours des échéances électorales de la fin des années trente avec le PCF. Tenaillé entre les « rouges » et le PSF, le PPF, nouveau venu rencontrera des obstacles pour s’établir.

Une installation gênée par la vive concurrence partisane

Les balbutiements organisationnels du mouvement doriotiste se situent entre août et septembre 1936. Le principal lieutenant du « chef », Jules Teulade, sillonne le pays pour mettre en place des structures de mobilisation. La ville de Montpellier est choisie comme « centre régional d’action » 7. Les départements de l’Aude, des Pyrénées-Orientales, de l’Aveyron ainsi que la Lozère y sont rattachés.

A la différence des responsables du PSF, les premiers représentants du bureau fédéral viennent de milieux sociaux très disparates. Deux secrétaires régionaux trônent à sa tête. Paul Servel, un marchand forain, ancien dirigeant de la SFIO dans le chef-lieu héraultais, ex-candidat à la députation qui partage ses attributions avec Enrico Corsaletti. Cet Italien naturalisé de fraîche date, en charge du Biterrois, a été limonadier, maçon, avant de devenir voyageur de commerce. Selon les autorités, sa nouvelle profession lui aurait permis de nouer et d’entretenir des contacts avec le parti de Mussolini 8. La trésorerie revient à André Esprit, un médecin qui fait ici ses premiers pas en politique. Enfin, on a décidé de créer un poste d’archiviste confié à Roger Amans, par ailleurs en charge de la section de Sète, et lui aussi représentant de commerce.

A propos de celui-ci le commissaire spécial, qui nous rapporte toutes ces informations, révèle une caractéristique importante. Retraçant sa trajectoire politique, les autorités révèlent que Roger Amans fut un activiste des Croix de feu qu’il quitte, avant la dissolution ordonnée par le gouvernement, en dénonçant dans une lettre ouverte la ligne trop peu virulente suivie par le colonel de La Rocque vis-à-vis du régime républicain. A plusieurs reprises, on signale l’apport dans le PPF d’ex-militants de cette ligne bien décidés à imposer un virage fasciste au vaste mouvement combattant contre la volonté des dirigeants parisiens. Le transfert de royalistes proches de l’Action Française, particulièrement puissante dans la garrigue Montpelliéraine et sur le littoral au lendemain de la Grande Guerre, n’est pas également à exclure. La violence verbale et physique imposée par le PPF rejoint le message « révolutionnaire » véhiculé par les maurrassiens.

Dans les jours qui suivent l’installation à Montpellier, les cadres s’efforcent d’étendre l’emprise en parcourant les villages en vue de répandre la « bonne parole » du « grand Jacques » et de créer des sections. De 1936 à 1939, 108 réunions du PPF ont été annoncées par le grand quotidien régional royaliste L’Eclair contre 106 pour le PSF 9. Au cours de celles-ci, on y diffuse la propagande dictée par l’appareil central de ce parti très discipliné.

Malgré la vague de réunions, l’implantation ne s’étend guère. Outre les principales localités (Montpellier, Béziers, Sète), des sections fleurissent en 1937 de façon éparses (Saint-Bauzille-de-Putois, Cournonterral, Mèze, Bouzigues, Ganges). A la veille du second conflit mondial le département en compte seulement neuf supplémentaires (Castries, Vendargues, Pignan, Valflaunès, Saint-Aunès, Saint-Georges-d’Orques, Lavérune, Montferrier et Le Mas-de-Londres) 10. Une dizaine de militants appartiennent à la section de Sète et à peine le double sont décomptés du côté de Béziers en janvier 1937 11. Si, sans nul doute, les effectifs gonflent avant-guerre avec l’accentuation de la propagande, ils demeurent très modestes. Ce bilan contraste avec le dense maillage du PSF 12 ou ave celui plus ancien des groupes royalistes désormais en sommeil. Ce désaveu se traduit pour les doriotistes sur le plan électoral.

Les scrutins cantonaux et d’arrondissement des 10 et 17 octobre 1937 servent de banc d’essai aux nouveaux partis politiques apparus en réaction au Front Populaire. Dans ce contexte si particulier, toutes les forces s’organisent dans un bloc « antimarxiste ». L’Eclair publie les recommandations d’un comité, créé pour l’occasion, qui établit une « liste des candidats uniques anticommunistes de l’Union des groupements nationaux » pour lesquels il recommande de « voter sans hésitation » 13. L’Action Française y apporte son appui. Le PSF gère ce comité car il apparaît comme l’organisation la mieux structurée. Dans toutes les circonscriptions, des commissions étudient la situation politique et transmettent à la fédération un rapport à partir duquel on décidera de présenter un postulant ou de demeurer en retrait.

Le comité des droites sous l’autorité des dirigeants locaux du PSF trônent deux conseillers sortants labélisés « Union nationale » qui « survivent » dans l’espace politique héraultais. Louis Gibal, « l’éternel » candidat du premier canton de Montpellier, et Jean Granier, conseiller d’arrondissement sortant de Ganges. Ce dernier siège depuis 1933 dans le fauteuil de son père, médecin comme lui, constamment réélu pendant quarante années. Les dirigeants du PSF et du PPF s’entendent très bien avec ces deux notables solidement installés. L’organisme de sélection intègre quelques nouveaux venus issus du PPF. Sur les vingt cantons renouvelables en 1937, les droites présentent neuf candidats. Louis Guibal porte l’étiquette « Union nationale ». Deux postulants défendent les vues de Jacques Doriot (Henri Mathieu-Laugier dans le troisième canton montpelliérain et Roger Amans à Sète) et cinq entendent faire triompher la doctrine du PSF (Jean Pascal à Aniane, Richemond Dehan à Gignac, Fernand Hodin à Saint-Pons, Bernard de Bernis Saint-Martin-de-Londres et un certain Clarenc à Roujan). Enfin, un dernier se signale comme un « républicain antimarxiste » (Bruno Augé à Florensac).

L’autre scrutin vise à élire dans 19 cantons les conseillers d’arrondissement. Sept personnalités espèrent stopper l’avancée du « drapeau rouge » : deux membres du PSF (Roger Leonhardt à Montpellier II et Gilles Ricome à Castries) ; deux affiliés au PPF (Edmond Jaubert a Saint-Gervais-sur-Mare et Antonin Bessières à Servian) deux se contentent de l’intitulé « national » (le dénommé Vernette à Béziers II et Auguste Cauquil à Capestang). Quant à Jean Granier, sur les traces de son père, il revendique son appartenance à « l’Union nationale ».

La campagne, dominée par des enjeux nationaux, fut brève. Une seule certitude en ressort, les efforts organisationnels du PSF et du PFF n’aboutissent pas à des résultats satisfaisants.

Signification des sigles : UN : Union nationale – USR : Union socialiste républicaine – PCF : Parti communiste français – SFIO : Section française de l’Internationale ouvrière – PSF : Parti social français – PPF : Parti populaire français – Rad, soc. : Radicaux socialistes – JR : Jeune république.

Premier canton de Montpellier

Premier tour : I : 3 480 V : 2 185

Louis Guibal (conseiller sortant-UN) : 1 147 Élu Raymond Chauliac (USR) : 324 Frantz Molino (PCF) : 350 Eugène Valentin : 300

Troisième canton de Montpellier

Premier tour : I : 8 505 V : 5 577

Henri Mathieu-Laugier (PPF) : 1 195 Vincent Badie (conseiller sortant-Radical socialiste) : 2 076 Pierre Azéma (JR) : 410 Jean Péridier (USR) : 407 Émile Mathan (SFIO) : 683 Louis Gautrand (PCF) : 776

Second tour : I : 8 505 V : 5 648

Vincent Badie (rad. soc.) : 3 528 Élu Louis Gautrand (PCF) : 1 949

Aniane

Premier tour : I : 1 313 V : 1 009

Louis Delon (rad. soc.) : 558 Élu Jean Pascal (PSF) : 223 Georges Rivais (SFIO) : 144 Étienne Sanier (PCF) : 55

Florensac

Premier tour : I : 2 028 V : 1 510

Paul Caumette (conseiller sortant-SFIO) : 571 Bruno Augé (républicain antimarxiste) : 424 Antonin Moulines (rad. soc.) : 350 Jean Roux (PCF) : 158

Second tour : I : 2 028 V : 1 496

Paul Caumette (SFIO) : 937 Élu Bruno Augé (républicain anti-marxiste) : 424

Gignac

Premier tour : I : 4 476 V : 2 796

Paul Pelisse (rad. soc.) : 896 Vissec Calixte (USR) : 460 Richemond Dehand (PSF) : 757 Gaston Poussade (SFIO) : 336 Raoul Jeanjean (PCF) : 332

Second tour : I : 4 476 V : 2 904

Paul Pelisse (rad. soc.) : 1 627 Élu Louis Carrere (PSF) : 1 187

Mèze

Premier tour : I : 3 918 V : 2 569

Roger Amans (PPF) : 275 Antonin Salles (rad. soc.) : 971 Henri Bessède (SFIO) : 982 Philomen Mioch (PCF) : 296

Second tour : I : 3 918 V : 2 913

Henri Bessède (SFIO) : 1 441 Élu Antonin Salles (rad. soc.) : 1 426

Roujan

Premier tour : I : 2 354 V : 1 783

Edgar Bousquet (USR) : 459 Martin Calas (SFIO) : 574 Clarenc (PSF) : 499 Borinafé (PCF) : 226

Second tour : I : 2 356 V : 1 804

Martin Calas (SFIO) : 1 023 Élu Bédrines (rad, soc.) : 357

Saint-Martin-de-Londres

Premier tour : I : 835 V : 642

Maurice Calvet (rad. soc.) : 461 Élu Bernard de Bernis (PSF) : 165 Pierre Sarran (PCF) : 13

Saint-Pons

Premier tour : I : 1 743 V : 1 277 Suffrages exprimés : 1 238

Paul Molle (USR) : 766 Élu Fernand Hodin (PSF) : 231 Raymond Barbé (PCF) : 241

Deuxième canton de Montpellier

Premier tour : I : 13 103 V : 8 314

Raymond Leenhardt (PSF) : 2 563 Pierre Gibert (rad, soc.) : 2 627 Georges Lavergne (SFIO) : 1 874 Marc Domenech (PCF) : 1 144

Second tour : I : 13 103 V : 8 534

Pierre Gibert (rad. soc.) : 3 419 Elu Raymond Leenhardt (PSF) : 3 178 Georges Lavergne (SFIO) : 1 799

Deuxième canton de Béziers

Premier tour : I : 6 911 V : 5 232

Émile Aïn (rad. soc.) : 2 433 Vernette (national) : 1 024 Aimé Mathieu (SFIO) : 2 553 Étienne Fabre (PCF) : 1 129

Second tour : I : 6 911 V : 5 888

Aimé Mathieu (SFIO) : 4 180 Élu Jean Tastavy (PSF) : 1 708

Castries

Premier tour : I : 2 787 V : 2011

Gilles Ricome (PSF) : 969 Léon Mercier (USR) : 250 Maurice Galabrun (SFIO) : 586 Marceau Dupin (PCF) : 252

Second tour : I : 2 787 V : 2 236

Gilles Ricome (PSF) : 1 182 Élu Maurice Galabrun (SFIO) : 1 000

Capestang

Premier tour : I : 4 232 V : 2 714

Hervé Galinier (PCF) : 534 François Petit (SFIO) : 1 216 Jules Poux (rad. soc.) : 441 Auguste Cauquil (national) : 492

Second tour : I : 4 232 V : 2 430

François Petit (SFIO) : 1 908 Élu Auguste Cauquil (national) : 454

Ganges

Premier tour : V : 1 852

Jean Granier (UN) : 1 003 Elu Jean Valette (rad.) : 302 René Vaillant (SFIO) : 244 Louis Deshons (PCF) : 293

Lunel

Premier tour : I : 4 457 V : 2 759

Jean Léon (SFIO) : 977 Louis Fourmaud (USR) : 740 Bremond (PCF) : 828

Second tour : I : 4 457 V : 3 127

Jean Léon (SFIO) : 1 979 Élu Maurice Gély (PPF) : 1 100

Saint-Gervais-sur-Mare

Premier tour : I : 2 322 V : 1 568

Paul Sourier (USR) : 989 Élu Paul Granier (SFIO) : 240 Ernest Sivade (PCF) : 102 Edmond Jaubert (PPF) : 219

L'Eclair - 26 octobre 1936, p. 3.
Fig. 1 L'Eclair - 26 octobre 1936, p. 3.

Un seul candidat tire son épingle du jeu : Gilles Ricome (PSF). Arrivé largement en tête dès le second tour (969 voix sur 2 011 votants), il devance un camp « républicain » divisé et triomphe le dimanche suivant. Il rejoint dans cette institution sans réel pouvoir Jean Granier, le suppléant d’Henri de Rodez-Bénavent à la Chambre. Ailleurs, il faut noter que Roger Leenhardt fait quasiment jeu égal avec le radical Pierre Gibert (2 563 contre 2 627 le 10 octobre) mais échoue face à la discipline républicaine.

Au conseil général, Louis Guibal retrouve son fauteuil avec une grande aisance. Quant aux autres cantons, seul celui de Gignac aurait pu basculer sans l’intransigeance des radicaux dans les négociations pré-électorales alors même qu’une fraction de ces derniers ne cache pas sa phobie du marxisme. La médiocrité des scores du PPF démontre la forte réticence observée en Bas-Languedoc où le capital de confiance du Front Populaire demeure intact.

La violence comme mode d'affirmation politique

Les observateurs officiels de la vie locale expliquent le déficit de légitimité par un autre facteur. Des rapports mettent en exergue le fait que la population s’inquiète devant le profil de certains militants et les méthodes employées. Les cadres dans leurs déplacements arrivent entourés de « gangsters avérés » 15 venus pour protéger les orateurs mais aussi pour impressionner les foules. L’appel à la violence suinte de bien des discours.

Midi, place de la Comédie. Après les agressions communistes, gardes mobiles et agents de police ont établi des barrages entre lesquels peuvent circuler les automobiles revenant de la réunion de Montferrier
Fig. 2 Midi, place de la Comédie. Après les agressions communistes, gardes mobiles et agents de police ont établi des barrages entre lesquels peuvent circuler les automobiles revenant de la réunion de Montferrier (Cliché « L’Eclair »).
La foule se presse à l'entrée de la tannerie Goulard, à Montferrier pour entrer dans la vaste cour où a lieu la réunion
Fig. 3 La foule se presse à l'entrée de la tannerie Goulard, à Montferrier pour entrer dans la vaste cour où a lieu la réunion (Cliché « L’Eclair »).
Lors du meeting de Montferrier, le 26 octobre 1936, la foule entonne La Marseillaise en faisant le salut fasciste
Fig. 4 Lors du meeting de Montferrier, le 26 octobre 1936, la foule entonne La Marseillaise en faisant le salut fasciste (Cliché « L’Eclair »).

Les observateurs officiels de la vie locale expliquent le déficit de légitimité par un autre facteur. Des rapports mettent en exergue le fait que la population s’inquiète devant le profil de certains militants et les méthodes employées. Les cadres dans leurs déplacements arrivent entourés de « gangsters avérés » 15 venus pour protéger les orateurs mais aussi pour impressionner les foules. L’appel à la violence suinte de bien des discours.

Le service d'ordre.
Fig. 5 Le service d'ordre.
Sur la Comédie.
Fig. 6 Sur la Comédie.

Nous nous en tiendrons au meeting de Montferrier du 25 octobre 1936. Devant une foule évaluée à 1 200 personnes par Le Petit Méridional et à 3 000 pour son concurrent L’Éclair, Simon Sabiani, conseiller général et ancien député des Bouches-du-Rhône, rapporte que Jacques Doriot, à ses côtés sur l’estrade, « veut surtout démontrer au pays qu’il peut se relever, faire preuve de virilité et rejeter cette gangrène pourrie qu’est le communisme » 16. Effectivement, prenant la parole, le fondateur du PPF martèle que « la France doit connaître ce choc psychologique qu’ont ressenti l’Italie et l’Allemagne pour chasser de chez elles cette gangrène » 17.

Le passage de l’équipe dirigeante dans l’Hérault ne passe pas inaperçu. Après le meeting, elle s’arrête à Lunel pour déjeuner quand éclate un incident complexe à démêler. La version du Petit Méridional est la suivante :

« Doriot, Sabiani et leurs gardes du corps, une trentaine de personnes en tout, descendirent à l’Hôtel du Palais qui se trouve à l’entrée de Lunel pour déjeuner. Après le repas, certains se rendirent au café qui se trouve en face sur la place. Là, bientôt, ils provoquèrent une discussion avec quelques personnes qui se trouvaient également sur la terrasse, discussion qui se poursuivit un long moment, courtoisement. Mais le ton monta vite et soudain, malgré que le commissaire de police ait cherché à apaiser les esprits, un homme prit du champ et dit à ses interlocuteurs : « Venez si vous êtes des hommes ». En même temps, il sortait de sa poche un gros parabellum et par huit fois déchargeait son arme sans que personne n’ait eu le temps d’intervenir. Fort heureusement et bien qu’il ait trois fois de suite tiré sur un homme à terre et presque à bout portant il ne tua personne. Mais, une brave femme qui passait, madame Serre, gérante de L’Etoile du Midi, recevait tout de même une balle qui lui traversait le bras. Pendant qu’on la transportait à l’hôpital, où son état n’était pas jugé grave, les amis de Doriot et Sabiani battaient en retraite et se barricadaient à l’Hôtel du Palais contre lequel immédiatement se porta la vindicte populaire. » 18.

Les troubles qui s’en suivirent provoquèrent un accident mortel (une voiture écrasa un manifestant) qui excita une foule, estimée à 1 500 personnes, décidée à juger rapidement le « coupable Doriot et les siens » à l’origine selon la presse républicaine de multiples provocations.

Sans grande surprise, la lecture des événements diffère sensiblement dans les colonnes du quotidien royaliste. Il relève que la matinée de Doriot fut ponctuée, dans les rues de Montpellier, par d’incessantes bagarres entre les brutes communistes et les nationaux » 19 et que la halte lunelloise entraîna de « véritables scènes révolutionnaires provoquées par les communistes » :

« Les communistes qui avaient appris la présence, à l’hôtel, du député de Saint-Denis eurent là une occasion de créer des troubles. Ayant alerté quelques cellules des environs et en particulier de Montpellier, ils se dirigèrent vers l’Hôtel du Palais, en proférant des menaces, et essayèrent de pénétrer de force dans l’immeuble. Ils n’hésitèrent pas, pour ce faire, à forcer une porte et à briser une fenêtre. Les « doriotistes » ainsi agressés et placés en état de légitime défense, repoussèrent avec violence les moscoutaires déchaînés. Dans la mêlée, un coup de feu fut tiré et la balle, ricochant contre le mur, atteignit une passante, commerçante honorablement connue, madame Serre, gérante de L’Étoile du Midi, qui fut blessée au bras. Une foule nombreuse, venue à Lunel pour assister à la course de toros, qui avait lieu non loin de là, se groupa sur la place de la République, commentant cet incident. Les communistes, qui recevaient à ce moment du renfort, se mirent en mesure de cerner l’hôtel où Doriot et ses amis s’étaient barricadés. (…). Vers 18 h 30, la circulation devient pratiquement impossible sur la place de la République où des agitateurs communistes s’efforcent d’entretenir de l’effervescence. Deux énergumènes nommés Daumas et Canas, militants moscoutaires, prennent la parole pour engager les « prolétaires » à exercer des représailles et vouer « au poteau Doriot et La Rocque ». A ce moment, une auto essayant de se frayer un passage dans la foule, renverse madame Mézi, commerçante, mère de sept enfants. Immédiatement relevée, la malheureuse est conduite à l’hôpital tout proche où elle ne tarda pas à succomber. A l’heure où nous téléphonons, de nouveaux renforts de gardes mobiles sont attendus et les alentours de l’Hôtel du Palais ne tarderont pas à être évacués. Les derniers renseignements que nous possédons sur l’agression dont monsieur Jacques Doriot a été victime, nous permettent d’annoncer que le député de Saint-Louis a été légèrement blessé à la face. Une des personnes qui l’accompagnaient a été sérieusement blessée à l’arcade sourcilière et aux pommettes 20. »

Quant à Jacques Doriot dans un communiqué il déclare : « Nous avions décidé d’aller déjeuner à Lunel, après la réunion de Montferrier, afin d’éviter que se produisent à Montpellier des incidents toujours regrettables. Nous y sommes arrivés vers 12 h 45 et avons pris l’apéritif dans un café de la place de la République. C’est alors que le communiste Teissier, qui se trouvait dans la salle, commença à faire des allusions désobligeantes à notre égard. Je le calmais très rapidement… Les vendeurs de L’Humanité vinrent alors nous provoquer à leur tour. Néanmoins, nous nous rendîmes à l’Hôtel du Palais pour y déjeuner. Le déjeuner se déroulait normalement, très gaiement même, lorsqu’arriva un camion amenant de Montpellier des communistes chantant L’Internationale. Nous n’y attachions pas d’autre importance, croyant qu’il s’agissait de manifestants se rendant dans une région voisine. En réalité, c’était des communistes, alertés par téléphone, pour venir manifester contre nous. Quelques instants après, sans que nous comprenions qu’il s’était produit des incidents dans la rue, provoqués sans doute par cette arrivée insolite, les carreaux de la salle où nous nous trouvions volèrent en éclat et des projectiles de toutes sortes tombèrent jusque sur notre table. Cette attaque provoqua un émoi bien normal parmi les convives et j’allais moi-même jusque sur le seuil de la porte d’entrée pour voir ce qu’il se passait à l’extérieur. Quarante énergumènes, avec Teissier à leur tête, brandissant des matraques et lançant des pierres donnaient l’assaut à l’établissement. Quatre agents faisaient un barrage pénible. Je m’avançais alors pour parler au brigadier lorsque je reçus une brique sur la tête qui me contusionnait assez fortement à l’arcade sourcilière. Quatre personnes qui se trouvaient à la porte à mes côtés subirent le même sort : l’une d’entre elles fut assez grièvement blessée. Plus tard lorsque le procureur de la République arriva pour commencer son enquête, les mêmes énergumènes enfoncèrent la porte et faillirent le molester, ainsi que le chef de cabinet du préfet, qui évita de justesse une carafe lancée dans sa direction. Il est à signaler que les participants au repas n’avaient rien à voir avec les incidents de la rue, puisque personne d’entre eux n’était sorti. Signalons aussi au passage que dans l’arrivée des gardes mobiles le feu était mis à l’hôtel. Dans Le Travailleur du Languedoc du samedi 24 octobre, on pouvait lire un placard invitant les travailleurs, les républicains, les socialistes, les communistes à se tenir prêts à répondre à toutes les mesures prises par leurs organisations. Il n’y a donc aucun doute, le parti communiste, poursuivant sa tactique de provocation à l’égard de ceux qui ne pensent pas comme lui, voulait avoir sa journée sanglante. Il n’avait pas réussi à Montpellier où ses provocations s’étaient exercées à l’encontre des citoyens venus à la réunion que j’avais donnée ce matin. Il a voulu avoir une revanche plus éclatante à Lunel. J’ai porté plainte contre les assaillants de l’Hôtel du Palais dont un repris de justice connu, qui a déjà été poursuivi pour les violences exercées à l’égard du frère de mon ami Temple, député. J’ai chargé mon collège et ami Me Temple de la défense de mes intérêts. En ce qui concerne les coups de revolver échangés dans la rue, il n’est pas possible qu’ils aient été tirés par un des assistants au déjeuner de l’Hôtel du Palais, puisque nous n’avions pas terminé le repas lorsqu’ils se sont produits et que personne, je l’affirme, n’avait quitté la table. Ce qui d’ailleurs prouve bien la fausseté des allégations émises par nos agresseurs et en particulier M. Teissier, l’organisateur de la bagarre, c’est que ce dernier prétend avoir reconnu parmi les poursuivants M. Terras, industriel à Montpellier. Or, M. Terras n’a pas quitté la table et de plus a son bras en écharpe depuis quatre mois à la suite d’un accident d’aviation. M. Teissier lui-même, au cours de l’interrogatoire, aurait déclaré, après coup, ne pas pouvoir nous reconnaître. C’est, je le répète, pendant que nous étions à table que nous avons entendu trois coups de revolver. » 21

L’épisode de Lunel constitue un bon exemple d’utilisation de la violence comme mode d’affirmation politique 22. Si les républicains entendent démontrer une forme de dérive politique, Jacques Doriot, avec la complicité des journalistes de L’Eclair, rompus au jeu de l’orchestration et de l’amplification des événements politiques, veut frapper l’imagination. La stratégie vise à répandre le sentiment que le « péril rouge » menace et qu’il nécessite une mobilisation immédiate.

« Le grand Jacques » voue une haine profonde à son ancien parti. Tous les mots d’ordre du PPF sont clairs : il faut « mettre en œuvre l’anéantissement total du communisme » 23 sans oublier les alliés socialistes porteurs de doctrines « génératrices de destructions, de ruines, de luttes fratricides, de grèves » 24. Derrière cette dénonciation se cache un désir plus profond de provoquer un vaste « coup de balai » 25. La mise en place d’une « politique de la terreur » afin de paralyser les résistances de la société s’inspire pour beaucoup des procédés utilisés dans les régimes frontaliers soumis à la dictature. Au cours des années 1937 et 1938, plusieurs hommes de main du PPF s’illustrent en compagnie d’ex- camelots du roi dans une association dénommée la « Cagoule Blanche » 26. A l’origine d’un vaste trafic d’armes 27, ils auraient commis un attentat contre la cathédrale de Montpellier en mars 1937 et participé à des opérations coups-de-poing contre les « ennemis intérieurs » qui se poursuivent tout au long des « années sombres » 28.

Pour gravir les échelons internes du parti, il sera toujours conseillé de mettre en avant cet engagement violent comme en témoigne le secrétaire fédéral du Biterrois, en septembre 1942, dans une lettre destinée au responsable de la zone non occupée basé à Marseille et interceptée par les efficaces contrôleurs postaux du régime de Vichy :

« Je dois t’adresser un rapport sur les états de service du camarade Pierre P., secrétaire fédéral adjoint du Biterrois que je propose pour le grade de membre du Conseil national : Pierre P. fut un des premiers adhérents des Jeunesses Populaires Françaises 29 en 1936. Il fournit un gros travail au point de vue action et propagande chez les scolaires à cette époque-là. De toutes les actions et bagarres, il fut maintes fois conduit au poste de police et c’est à ses côtés que j’ai pris moi-même le baptême des bagarres de rues à trois contre douze… Engagé volontaire il se bat brillamment et revient avec deux étoiles à sa Croix de guerre (…). A son retour il se remet à l’action (…) » 30.

En privilégiant ainsi ce mode d’existence politique particulier, le PPF veut façonner des troupes de militants aveugles capables d’obéir à toutes les directives du chef charismatique tout en réintensifiant le sentiment d’appartenance au groupe 31. Sans surprise, il s’engagera sans faillir derrière le maréchal Pétain dans la politique de Collaboration marquée par une logique de la terrorisation souhaitée bien avant le début de la guerre.

2. La croisade collaborationniste

L’effondrement brutal de l’armée française déstabilise l’ensemble des forces politiques. Le maréchal Pétain appelé à la vice-présidence du Conseil profite des antagonismes croissants pour étendre son pouvoir. Le 17 juin 1940, il annonce au pays dans un message radiophonique pathétique la cessation des combats. Pétain, sans attendre la réponse des Allemands, se pose en protecteur de la patrie et déclare faire « le don de sa personne pour atténuer son malheur ». L’armistice accordé par Hitler fait prendre un nouveau départ à la France. Tout s’enchaîne alors très vite et le 10 juillet au casino de Vichy le vote des pleins pouvoirs scelle l’instauration d’un nouveau régime, à la tête duquel le maréchal « s’avance revêtu du manteau de la légitimité » 32. Sur les décombres de la Troisième République se dresse une majorité née de « reclassements imprévus » 33 qui voue au « héros de Verdun » une confiance absolue.

La réforme des structures et des valeurs mise en place s’inspire des conceptions contre-révolutionnaires et du magma des doctrines antilibérales qui a jailli dans les années trente. Le slogan « Travail-Famille-Patrie » annonce un « ordre nouveau » dans lequel l’égalité des droits et la liberté sont rejetées aux oubliettes de l’histoire. L’État Français en marche balaie toute activité politique en interdisant les partis, les syndicats, le recours au suffrage universel… La plus petite trace de Troisième République est à bannir et la Collaboration d’État officialisée à Montoire le 24 juin 1940 doit permettre à la France de « s’épanouir » dans « l’ordre européen » en formation.

A la fin du mois d’août 1940, paraît au Journal officiel une loi créant la Légion Française des Combattants. Ce rassemblement de soutien au maréchal représente l’instrument essentiel d’expression des idéaux de la Révolution nationale jusqu’à la fin des hostilités. Pétain, à la recherche d’un tissu suffisamment solide pour entreprendre ses réformes, se tourne vers un milieu en ébullition depuis une vingtaine d’années : le monde des anciens combattants. Il s’y appuie sans difficulté. Déjà avant-guerre des appels en faveur du « héros de Verdun » émanaient de cette force parfaitement structurée.

A l’automne 1940, le bureau de l’Union Héraultaise qui gère 20 000 anciens combattants décide de rallier la Légion. Il est suivi le 3 novembre par les 67 sections rurales regroupant les 10 000 affiliés à l’Association des combattants et victimes de la guerre 34. « Seule « la Légion Française » a désormais qualité pour représenter l’action civique, sociale et morale de ceux qui, au cours des deux guerres, ont exposé leur vie pour le salut du pays 35. » Décrits comme « l’aristocratie du courage » ou « la chevalerie des temps nouveaux » par la propagande, les valeureux guerriers répondent en masse à l’appel du Chef de l’État.

L’élite légionnaire dans l’Hérault s’appuie jusqu’en 1942 sur les cadres d’un Parti Social Français reconverti 36. Après la mise en sommeil des partis politiques exigée par Pétain, la PSF se transforme en Progrès Social Français. Il n’est pas rayé de la carte officielle à l’instar d’organisations regroupées par les autorités sous le chapitre « propagande antinationale ». Encouragée à répondre aux besoins des populations touchées de plein fouet par le conflit, la Légion se préoccupe d’action sociale sans négliger le volet politique malgré la proclamation de son « apolitisme ». Dans le plus petit recoin du territoire, ils représentent les « yeux et les oreilles du Maréchal » 37.

Au fil des mois l’armature départementale de la « chevalerie des temps nouveaux » qui, en liaison permanente avec Vichy poursuit l’entreprise de modelage des populations, se heurte à des mécontentements. Ils apparaissent au grand jour après la reprise en main de la Légion Française des Combattants par le PPF ; ce qui correspond à une période où le régime de plus en plus soumis à la contestation clandestine prend un virage très répressif.

Un maillon essentiel du dispositif répressif

La presse en février 1942 publie un message du maréchal qui précise les conditions de liaison entre les pouvoirs publics et la Légion. A la clarification s’ajoute une volonté évidente de redynamiser un mouvement qui commence à douter. Pétain s’empresse de féliciter cette « large élite » qui fait preuve d’une « profonde unité parmi les familles spirituelles de la France ».

Extraite des générations du feu, elle représente dans une « nation divisée par ses querelles (…), l’élément le plus sain, le plus sûr, le mieux trempé par l’épreuve (…) » 38. Après un rappel de ses actions de terrain, Pétain rentre dans le vif du sujet. Deux obstacles majeurs s’avèrent difficiles à franchir. Le premier est à rechercher dans le « tempérament Français » 39 ; l’autre concerne l’administration. Le Chef de l’État n’admet pas son « indifférence » ou son « hostilité voilée » attribuée à d’irréductibles « cadres (qui) n’ont point désarmé et dont les réactions vous ont souvent découragé » 40. Pour sortir de l’ornière dans laquelle se trouve la légion et renforcer sa mission, Pétain envisage de davantage l’associer aux pouvoirs publics. En contrepartie, il exige des « serviteurs passionnés du bien public une obéissance aveugle au chef ou à son représentant, interprètes fidèles de sa pensée, propagandistes ardents de la Révolution nationale (…) » 41.

Le Service d’ordre légionnaire (SOL) qui émerge à Montpellier à la fin de 1941 répond à cette logique de reprise en main d’une institution centrale dans la bonne marche du régime. « Étape intermédiaire avant la création de la Milice » 42, cette structure prend son essor avec le retour au pouvoir de Pierre Laval et annonce un raidissement général. Joseph Darnand son initiateur entend mobiliser les « véritables révolutionnaires » de la Légion qui s’engagent à respecter scrupuleusement 21 points.

Contre l’ancien régime, pour l’ordre nouveau 43 :

– Contre l’égoïsme bourgeois, pour la solidarité humaine ;
– Contre le scepticisme, pour la foi ;
– Contre l’apathie, pour l’enthousiasme ;
– Contre la routine, pour l’esprit d’initiative ;
– Contre l’influence, pour le mérite ;
– Contre l’individualisme, pour l’esprit communautaire ;
– Contre l’ancienneté, pour la valeur ;
– Contre l’anarchie, pour la discipline ;
– Contre l’égalitarisme, pour la hiérarchie ;
– Contre la vaine vérité, pour la vraie liberté ;
– Contre la démagogie, pour la vérité ;
– Contre la démocratie, pour l’autorité ;
– Contre le trust, pour le métier ;
– Contre le capitalisme international, pour le corporatisme Français ;
– Contre la tutelle de l’argent, pour la primauté du travail ;
– Contre la condition prolétarienne, pour la justice sociale ;
– Contre la dissidence gaulliste, pour l’unité Française ;
– Contre le bolchevisme, pour le nationalisme ;
– Contre la lèpre juive, pour la pureté Française ;
– Contre la franc-maçonnerie païenne, pour la civilisation chrétienne ;
– Contre l’oubli des crimes, pour le châtiment des responsables.

Le SOL n’atteindra jamais un seuil organisationnel satisfaisant dans l’Hérault où toute évaluation numérique des militants soulève bien des interrogations. En septembre 1942, Le Légionnaire de l’Hérault regrette que « trop de présidents de sections n’aient pas manifesté la moindre activité (…) pour le recrutement du SOL (…). A ceux-là, écrit le président, je rappelle que le SOL doit être constitué, c’est un ordre du Maréchal » 44. Toutefois un rapport de Darnand à la même période évoque un aspect essentiel. Notre département appartient à la petite minorité où les relations Légion-SOL se passent dans la plus grande cordialité 45.

De semblables conclusions ne nous étonnent pas. Déjà aux mains d’une fraction politique décidée à emboîter le pas au maréchal sans rechigner pour restaurer les « énergies Françaises » confinées sous « l’ancien régime », l’état-major local connaît une inflexion extrémiste puissante il tombe sous la tutelle du PPF.

Le premier signe annonciateur du changement se produit dans L’Éclair le 17 novembre 1942. Un communiqué laconique annonce que le chef départemental de la Légion, le docteur A. a donné sa démission le 25 octobre « pour des raisons personnelles ». En réalité, celui qui était avant-guerre un des dirigeants du PSF aurait été compromis dans une sombre affaire de « marché noir » 46. A sa place la direction nationale désigne le général G. Militant aguerri du PPF, délégué de la Légion dans le canton de Clermont-l’Hérault, cet expert militaire ne se limite pas à une simple gestion routinière mais occupe le terrain par des exercices de propagande appréciés au plus haut niveau 47. Le virage martial pris s’affiche dès les premières déclarations publiques du général-président. Dans un message distribué le jour de sa nomination, il ordonne à ses troupes de se réfugier, en rangs serrés, derrière le chef vénéré et de « se taire » 48.

L’heure de la mobilisation sonne dans ces mois cruciaux où les inspirateurs de la politique gouvernementale, confrontés au débarquement des alliés en Afrique du Nord et aux prouesses de la Résistance, choisissent de s’engouffrer pleinement dans la collaboration avec l’Allemagne. L’autre temps fort qui confirme l’irrémédiable tournant sera le surgissement de la Milice, l’héritière du SOL, en janvier 1943 49. L’État ne dissimule pas son ambition : faire travailler en commun Légion et Milice pour maintenir l’ordre à l’intérieur du territoire 50 et à court terme bâtir un parti unique 51. Au sein des sections le milieu dirigeant légionnaire perd peu à peu son indépendance au profit d’une minorité « collaborationniste » aux « motivations multiples, diverses, parfois contradictoires et opposées » 52 mais parfaitement soudée dans l’admiration portée à l’Allemagne nazie.

La lettre suivante illustre un type d’engagement parmi d’autres d’où émane une forte rancœur. Elle fut envoyée au chef de file du PPF dans le Biterrois en décembre 1942 par un militant d’une commune limitrophe.

La propagande antisémite sous Vichy (Source : Archives départementales de l'Hérault).
Fig. 8 La propagande antisémite sous Vichy
(Source : Archives départementales de l'Hérault).

« Mon salut national-socialiste… » 53

« Mon cher camarade X,

Je suis enthousiasmé de pouvoir causer avec un Français de Doriot, un homme sûr, un homme ni à vendre ni à acheter. Demain soir jeudi, je serai de cœur avec vous cent pour cent, mais vraiment comment puis-je assister à votre réunion avec toute ma volonté et mon dévouement intégral à notre cause. A l’instant même je termine mon labeur quotidien, et hélas je suis volé journellement par mon administration et cela depuis douze années (…). Je suis un esclave à 100 % dans tout le sens du mot et je n’ai rien à attendre (justice et loyauté) dans l’administration où j’ai le malheur et le déshonneur de servir depuis douze ans sans me faire porter malade un seul jour. Je voudrais servir dans la police et la gendarmerie de notre chef Jacques Doriot. Il y a vingt ans que j’habite X que je connais à fond, où le mensonge juif et faux chrétien conspire sans arrêt. Pour l’arrêter, comme action : zéro. Notre journal admirable n’y est même pas vendu et pour cause la semaine dernière, j’ai fait un abonné…

Je commence mon labeur quotidien à sept heures légales du matin, et hélas (…) je suis payé six heures par jour. Je ne veux rien demander à mon administration, car, je ne suis ni juif, ni sinistre Maçon, ni communiste à ficelle, donc rien à attendre des représentants d’un régime pourri. Je n’ai pour me reposer de mon dur labeur non payé que le dimanche et cela grâce à notre illustre Maréchal Pétain. Je ne suis pas encore titularisé n’étant ni Espagnol, ni souteneur, ni à acheter un jour d’élection pourrie. (Dans ma commune), aucune section malheureusement, mais une hypocrisie et un égoïsme transformant le client financier de Londres en un communiste factice et fourbe et pas loyal.

Ce que je suis heureux de t’ouvrir mon cœur, mon estimé Camarade, et sache bien que demain soir, un mutilé de la grande guerre exploité à X sera de cœur avec vous, ne pouvant l’être effectivement. Le colonel C. me connaît à fond. J’ai souffert terriblement pour ne pas être un Maçon à acheter, j’en souffre encore, étant volé dans mon labeur, mais j’ai la confiance de tous les honnêtes gens.

Salut à notre Chef exemplaire, et à vous tous mes camarades, mon salut national et socialiste.

L’adulation qui en ressort s’adresse au « chef exemplaire » mais aussi au Docteur X, le responsable des mouvements pro-nazis dans le secteur de la capitale viticole. Ancien sympathisant du PSF, il déploie un zèle hors du commun pour solidifier la structure départementale, ce qui lui vaut une reconnaissance nationale 54. Autour de lui se greffe des cadres avec des délégations bien définies : la propagande dans les zones urbaines ou rurales, les viticulteurs, la jeunesse, la politique culturelle… Tous arborent fièrement l’uniforme du parti (chemise bleue, cravate noire, pantalon sombre et insigne apparent à la boutonnière). L’entrain qu’ils manifestent aboutit à la greffe d’un pôle fasciste autour de Béziers.

Estimation des effectifs des mouvements collaborationnistes sous Vichy
Estimation des effectifs des mouvements collaborationnistes sous Vichy 55
Carte des « sympathisants » du Parti Populaire Français dans les communes de l'Hérault en 1942
Fig. 10 Carte des « sympathisants » du Parti Populaire Français dans les communes de l'Hérault en 1942 (Source Archives départementales de l'Hérault - 111 W18).

Leur activité suscite des remous dans une population héraultaise largement réticente. Ce que déplorent tous les membres du PPF, des secrétaires fédéraux aux militants de base. Ils ne comprennent pas tant d’« incompréhension ». Elle transparaît des rapports du principal animateur de la Collaboration à Béziers et des courriers saisis par les autorités qui scrutent les variations de l’opinion. Par exemple à la fin de l’année 1942, le Docteur X écrit à son supérieur hiérarchique : « Nous nous heurtons à la passivité de l’opinion publique dont plus des trois quarts est sous l’idéologie radicale ou socialo-communiste (…) ». A la même époque, le responsable de la section du PPF de Saint-Bauzille-de-Putois, près de Ganges, un certain R. R. envoie à l’antenne montpelliéraine des indications concernant son antenne dans lesquelles il se montre inquiet : « Je dois te dire que depuis les événements d’Afrique du Nord, la mentalité de la population est déplorable : 80 % sont dans le camp des anglo-saxons. Depuis les événements de Toulon, on en entend de vertes et de cruelles. Je dois te dire que c’est tout à fait décourageant (…). » Il rejoint ici les préoccupations d’un ardent sympathisant d’Agde qui voit partout l’influence sournoise des gaullistes :

« Nous allons avec R., écrit-il au Docteur X, tenter de constituer un groupe à Agde mais je crains de n’avoir qu’un succès limité, il y a dans notre ville un état d’esprit déplorable contre le Maréchal et surtout contre la Collaboration. Il y a à Agde un camp de concentration dont les chefs sont gaullistes pour la plupart. Il y aurait une enquête à faire sur ce qui se passe dans ce camp. De nombreux internés juifs sont autorisés à loger en ville, ils font alors venir leur famille qui touche l’indemnité de réfugiés, et naturellement en contact avec la population font une propagande effrénée contre les Allemands et maintenant contre la relève. Il est inadmissible qu’en ce moment où l’avenir de la France est en train de se décider, une pareille propagande soit tolérée et il est grand temps que les bons Français réagissent. Pour mon compte personnel, je me dévoue dans ce sens autant qu’il m’est possible, car je ne suis pas un collaborationniste de fraîche date. Depuis mes années de collège (il y a quarante ans de cela) j’apprenais la langue allemande et je suis depuis lors partisan du rapprochement franco-allemand (…). »

Dans la lettre qui suit, deux cadres du PPF affichent leur opiniâtreté et leur confiance en « l’auguste Maréchal » Malgré la « tragique incompréhension », ils pensent pouvoir, sous sa direction, « sauver ce qui reste dans le monde d’air respirable et de propreté ».

« Mon Cher Maître,

Nous avons été très heureux de vos nouvelles à l’occasion de mon modeste rapport au groupe Collaboration. Malgré l’infinie tristesse qui nous étreint, malgré la tragique incompréhension de nos concitoyens, nous essayons de tirer notre malheureuse patrie du bourbier où elle s’enlise. Mais comme vous, nous n’avons guère d’illusions sur le réveil des vertus ancestrales, ce que n’a pu réaliser la défaite, ce ne sont pas nos pauvres bonnes volontés qui le réaliseront. Et le seul espoir qui demeure est la prise du pouvoir par des mains pures et fortes avec le commandement et sous la direction de notre auguste Maréchal.

Depuis que les troupes allemandes ont occupé notre région, elles s’y conduisent avec une correction parfaite. Nous avons pris contact avec l’état-major et avons été reçus par le général commandant la division d’occupation, nous avons reçu à nos tables nos camarades allemands et serons à notre tour reçus par eux demain soir, sans platitude, sans humiliation de notre part, nous multiplions ces contacts au cours desquels nous constatons tous la plus parfaite courtoisie et compréhension.

Et bien qu’après les effroyables trahisons qui ont marqué ces derniers jours, on ne puisse plus croire à grand-chose, je crois en la sincérité de ceux que les intérêts britanno-judéo-maçons coalisés avaient réussi jusqu’ici à nous faire prendre pour l’ennemi héréditaire. Les éclats de joie dont Staline inonde ces jours-ci la radio suffiraient, à défaut de toute autre raison, à nous jeter dans le petit camp des collaborationnistes.

Avec nos camarades allemands, nous croyons plus que jamais dans le triomphe dès ce monde des idées de vraie justice. Et si, ce que nous ne pensons pas, la défaite s’abattait une fois de plus sur ce peuple dynamique et idéaliste qu’est le peuple allemand, notre devoir serait plus que jamais de continuer à collaborer avec lui pour sauver ce qui reste dans le monde d’air respirable et de propreté. »

Un manque de moyens problématique

Le milieu de la Collaboration dès les premiers jours de 1943 passe du stade de la plainte souterraine à celui de la rébellion caractérisée. Pas assez de moyens seraient mis à la disposition de ces fanatiques. Les plus intransigeants ne comprennent pas que malgré la volonté délibérée du tandem Pétain-Laval de provoquer la Collaboration d’État, l’appareil sous leur tutelle ne facilite pas davantage leur tâche. Le « mépris » et l’« ignorance » exaspère des militants recroquevillés dans des rôles de « francs-tireurs » sans couverture officielle suffisante selon eux.

Dans cet État autoritaire et hiérarchisé travaillé de l’intérieur par de sourdes contradictions, les « ultras » héraultais réagissent par un coup d’éclat. Les groupes Collaboration de Béziers et de Montpellier envoient une missive au secrétaire général de la zone sud et à tous les comités de la façade méridionale dans laquelle ils pourfendent la tiédeur du gouvernement à l’origine de leur impuissance. Pour montrer leur mécontentement, le médecin qui préside aux destinées du PPF et du mouvement Collaboration de Béziers claque la porte. Il est suivi par un autre médecin président d’honneur de la seconde structure.

Le coup d'éclat du responsable du PPF et du groupe Collaboration de Béziers 56

Expéditeur     Destinataire

Docteur X       G., Secrétaire général du groupe

Béziers            Collaboration de la zone libre

Nîmes

Date : 22 janvier 1943

Monsieur le Secrétaire général,

Le comité directeur du groupe Collaboration du Biterrois a adopté à l’unanimité, dans sa réunion du 22 janvier 1943, l’ordre du jour suivant :

1) Malgré les demandes insistantes précédemment formulées, les groupes Collaboration n’ont encore reçu aucune reconnaissance officielle du gouvernement Français :

— Ils ne disposent d’aucun moyen officiel.

— Ils ne sont pas accrédités auprès des pouvoirs publics.

— Ils ne sont pas aidés dans leur propagande.

2) Ceci étant incontestable, il résulte de cette ignorance systématique des pouvoirs publics que le but même de notre mouvement est singulièrement compromis devant l’opinion. Si nos comités doivent continuer à agir en francs-tireurs, méprisés et ignorés par ceux-là même qu’ils croient servir, il est certain qu’ils courent rapidement à un échec total dont la responsabilité ne devra pas leur être attribuée. Nous tenons d’ores et déjà à attirer l’attention de toutes les autorités intéressées à ce sujet (…).

Si notre gouvernement n’a rien fait, jusqu’à ce jour, pour soutenir ceux qui, bénévolement et sans arrière-pensée, se sont mis au service de son programme de politique extérieure et qui sont les seuls à défendre publiquement et sincèrement cette politique, qu’il en porte seul la responsabilité ! Nous, nous conservons notre fidélité à nos idées, mais nous refusons à continuer à être dupes et à jouer, dans le drame, le rôle de Sganarelle.

L’acte de rébellion et les critiques lancées à la face du gouvernement choquent l’appareil parisien informé des récriminations du Docteur X. Il ordonne la dissolution du bureau de Béziers 57.

Sur le fond toutefois la direction nationale du groupe Collaboration, si elle ne tolère pas la méthode employée, partage l’impatience de la base et alerte le ministre Fernand de Brinon. Celui-ci se veut rassurant. A sa demande, Pierre Laval aurait donné dans les premiers mois de 1943 des consignes très strictes aux préfets afin d’aider les partisans de l’Allemagne 58.

L’appel venu du Biterrois signale l’isolement des bénévoles dispersés dans une zone libre en attente de soutien et d’une action concertée avec des cadres cloîtrés à Paris et peu à même de coordonner nationalement la politique de Collaboration. Délaissées par l’état-major national, beaucoup de sections avouent élaborer leur propre stratégie et l’appliquer en fonction des impératifs locaux. Un message de soutien au Docteur X du groupe Collaboration de Cannes nous en apporte la preuve :

« Nous avons pris bonne note de tout ce que vous nous dites au sujet des difficultés que vous avez rencontrées dans le fonctionnement de votre groupe. Nous devons vous dire que si nous avons continué à fonctionner, donné des conférences… c’est que nous avons agi en « enfants « perdus », sans aucune liaison avec Paris ou Nîmes (à part quelques vagues circulaires). En un mot nous avons eu « du cœur au ventre ». Notre camarade D. de Vichy nous avise qu’il a constitué un groupement autonome du Bourbonnais… Mais que devient Paris dans tout cela ? (…) 59 »

Le front des pro-allemands dans l’Hérault prend lui aussi des initiatives en solitaire. En février 1944, le PPF fonde le Comité …d’union d’activité révolutionnaire (CUAR). Cet acte résulte d’une concertation de toutes les « formations nationales » à l’exclusion du mouvement franciste confronté à des querelles intestines. En liaison avec les autorités allemandes, le CUAR se donne pour mission de surveiller les diverses administrations, au centre toujours de toutes les critiques. Son action périclite peu de temps après son instauration 60.

Les plus déterminés du PPF en 1944 n’abdiquent pas. Ils partent à Paris suivre un stage paramilitaire qui les rendra aptes à s’engager dans les « Gardes Françaises » chargées de maintenir un « ordre nouveau » chancelant. Regroupés au sein d’une Milice, particulièrement sanglante dans le département, ils luttent jusqu’au bout contre la Résistance dont la pugnacité effraie la minorité qui souhaite se soumettre à un fascisme hégémonique étranger. Un dernier témoignage au goût suranné résume la « détresse » de celle-ci toujours persistante en août 1944… Il émane d’une habitante de Montpellier réfugiée à La Salvetat-sur-Agout qui écrit à une amie aristocrate partie elle dans son château des Basses-Alpes :

Mon beau C. est de plus en plus un coupe-gorge, les meilleurs châtelains, maires et curés sont menacés ou ont eu leur balle dans la nuque… Ici, j’ai trouvé bon air et nourriture saine, mais pas la sécurité. Je me promène paisiblement au milieu des mitraillettes des maquisards qui ont comme chef un superbe noir orné d’un képi rouge… Ils pillent, mangent, s’agitent pour la grande joie des habitants. Dernièrement sous ma fenêtre, le beau noir orné du képi rouge, réquisitionnait une auto, il était le moins débraillé de la horde… Pauvre France ! La radio Anglaise fait que ces actes sont trouvés glorieux par les gens les plus intelligents. C’est à désespérer de l’humanité…

Notes

1.La parution du livre de Zeev Sternhell (Ni droite, ni gauche. L’ideologie fasciste en France, Paris, Le Seuil, 1983) a suscité un large débat dans la communauté des historiens très critique à l’égard des thèses avancées. Voir par exemple Berstein (S.), « La France des années trente allergique au fascisme. A propos d’un livre de Zeev Sternhell », Vingtième siècle. Revue d’histoire, 2, avril 1984, p. 83-94.

2.Sur ce point, voir Girardet (R.), « Notes sur l’esprit d’un fascisme Français (1934-1939) », Revue française de science politique, volume V, juillet-septembre 1955, p. 530.

3.Pierre Milza écrit à propos de ce mouvement : « Fasciste, le parti de Doriot l’est sans nul doute, même s’il s’agit d’un fascisme de la seconde génération, en partie télécommandé par des grands intérêts privés et dépouillé de ses aspects les plus révolutionnaires. » Voir Milza (M.), « L’ultra-droite des années trente » dans Winock (M.), dir., Histoire de l’extrême droite en France, Paris, Le Seuil, 1993, p. 181 et s. Pour une présentation plus détaillée, voir Milza (P.), Fascisme passé et présent, Paris, Flammarion, 1987.

4.Voir Brunet (J.-P.), Jacques Doriot. Du communisme au Fascisme, Paris, Balland, 1986 et du même auteur « Un fascisme Français. Le PPF de Jacques Doriot (1936-1939) », Revue Française de sciences politiques, 2, avril 1983.

5.Les sources en notre possession sur la composition sociale et l’évolution de ce parti demeurent réduites. Nous n’avons travaillé qu’à partir de données recueillies dans la presse (L’Eclair et Le Petit Méridional pour l’essentiel) et dans quelques rapports de police conservées aux archives départementales.

6.Les résultats du scrutin législatif de 1919 sont extrêmement serrés : SFIO (195 979 suffrages), deux élus ; radicaux (197 251), deux élus ; conservateurs (202 128), trois élus.

7.ADH 1 M 1119.

8.« Venu en France depuis de nombreuses années, Enrico Corsaletti milita au sein du parti socialiste italien après la mort du militant Matteoti. Il fut suspecté d’avoir des accointances avec les fascistes et fut radié de ce parti dont les dirigeants avaient été spécialement convoqués pour statuer sur son sort. En quittant ce parti, Enrico Corsaletti adhéra au parti SFIO, il devint un militant très actif et fut candidat aux élections cantonales de 1930, régulièrement investi dans le canton de X (…). A la formation du PPF il changea de politique, milita dans ce nouveau parti, ce qui lui valut une place d’agent général dans la maison X. Il fit alors deux voyages en Italie où il était suspecté avant son changement de politique et où il ne s’était jamais aventuré étant militant socialiste. La situation à la maison X lui permet de faire de fréquents voyages dans les grands centres de la France et de ce fait, il se trouve en relation étroite avec les dirigeants doriotistes de Paris et d’ailleurs. Enrico Corsaletti mène actuellement une action au sein du PPF et est soupçonné d’avoir de sérieuses accointances avec des membres influents du parti fasciste italien au cours de ces fréquents voyages. » Rapport d’un inspecteur de la Sûreté de Béziers (13 septembre 1937). ADH 12 W 767.

9.Nous reprenons ici le décompte de Stéphane Cambacédès, l’auteur d’un remarquable travail intitulé : Les ligues dans l’Hérault pendant l’entre-deux-guerres (1919-1939), Mémoire de maîtrise d’histoire, Université Paul Valéry, Montpellier III, 1992, p. 93.

10.  ADH 1 M 1119.

11.  ADH 12 W 767.

12.  Sans entrer dans les détails, les rapports révèlent que la seule Section de Béziers compterait 1 546 adhérents à la même période.

13.  L’Eclair, 10 octobre 1937.

14.  [APPEL MANQUANT] Sources : L’Eclair, 11 et 18 octobre 1937.

15.  Voir par exemple le rapport du 4 janvier 1937 du commissaire spécial de Sète. ADH 1 M 1119.

16.  L’Éclair, 26 octobre 1936.

17.  Ibidem.

18.  Le Petit Méridional, 26 octobre 1936.

19.  L’Éclair, 26 octobre 1936.

20.  Ibidem.

21.  Ibidem.

22.  Sur cette question, voir l’excellente introduction de Philippe Braud (« La violence politique : repères et problèmes ») dans l’ouvrage suivant qu’il a coordonné : La violence politique dans les démocraties européennes occidentales, Paris, L’Harmattan, 1993.

23.  L’Éclair, 13 février 1937.

24.  Voir L’Eclair du 26 octobre 1936. Toutefois, la classe ouvrière sera une cible privilégiée par Jacques Doriot. Le premier appel du PPF dans L’Éclair, le 23 août 1936, contient cette ambition. Il s’agit d’un communiqué destiné aux « camarades de la CGT » afin de les convaincre de ne pas perturber les prochaines vendanges. La ruine des propriétaires aurait de fâcheuses conséquences pour les ouvriers chargés de la récolte. Le PPF entend contrer la moindre action du PCF tout en incitant le noyautage des organisations syndicales (« Camarades du PPF, à vos postes dans les syndicats… »). En ce qui concerne, par contre, la question de l’immigration, les positions se veulent très claires. Le régime ne défendrait pas suffisamment le « travailleur Français » au profit d’une main-d’œuvre étrangère toujours plus nombreuse dans un département où affluent des réfugiés espagnols fuyant la guerre civile. Pour faire face au chômage, le PPF organise en août 1938 un service de placement destiné aux militants, obligatoirement de par les statuts de nationalité française, susceptibles d’intéresser des viticulteurs préoccupés par le « combat national » (voir : L’Éclair du 11 avril 1938). Dans la rhétorique populiste du mouvement, on ne saurait passer sous silence la stigmatisation fielleuse qui concerne la figure du Juif. L’accession au pouvoir de Léon Blum réalimente un antisémitisme chronique et profond qui ne cessera de croître pour atteindre les sommets de la répulsion pendant la guerre. Le PPF prétend se dresser pour éviter que la France ne devienne une « filiale de Jérusalem » (L’Éclair du 8 avril 1938).

25.  Les hommes politiques ne seraient que des « démagogues » (L’Éclair, 20 avril 1937) obsédés par un seul objectif « tromper la France » (L’Eclair, 8 avril 1938).

26.  Rapport du commissaire spécial de Montpellier (21 mai 1937). ADH 1 M 1119.

27.  Des armes ont été trouvées dans la garrigue sur le territoire de la commune des Matelles le 6 mars 1937 ainsi que dans le canal du Midi le 6 mai de la même année. La préfecture pense que la « Cagoule Blanche » dispose ainsi de plusieurs caches dans la région.

28.  Le service de la Sûreté de Montpellier signale l’arrestation en août 1940 de deux militants du PPF adhérents avant-guerre de la « Cagoule Blanche ». Le premier dénommé P. I., mécanicien, traçait sur une glace de la chapellerie Saint-Léon l’inscription suivante : « Ici magasin juif. N’achetez pas. » Le second, un certain L. M. collait sur la vitrine d’une horlogerie sur laquelle on pouvait lire : Mort aux juifs. N’achetez pas. Rapport du 17 août 1940. ADH 1 M 1119.

29.  Il s’agit de l’organisation chargée de mobiliser la jeunesse au service du PPF.

30.  Toutes les lettres citées sont tirées de la liasse cotée: 111 W 18. L’État Français en interceptant le courrier scrute ainsi les variations de l’opinion et les premiers signes de rébellion.

31.  Voir Braud (P.), ibidem.

32.  Burrin (P.), La France à l’heure allemande (1940-1944), Paris, Le Seuil, 1995, p. 22.

33.  Voir Rémond (R.), Les droites en France, Paris, Aubier, 1982, p. 232.

34.  Voir Sagnes (J.), Maurin (J.), L’Hérault dans la guerre (1939-1945), Le Coteau, Horvath, 1986.

35.  L’Eclair, 24 novembre 1940.

36.  ADH 172 W 4.

37.  Voir Cointet (J.-P.), La Légion Française des combattants. La tentation du fascisme, Paris, Albin Michel, 1995.

38.  Le Petit Méridional, 4 février 1942.

39.  « L’esprit critique, fils de l’individualisme, a multiplié jadis les clans et les partis. Les Français s’inclinent, en général, devant les nécessités d’une révolution, mais ils restent volontiers attachés à leurs privilèges, ils n’acceptent que très rarement de changer de maîtres et exigent de leurs nouveaux chefs, à défaut d’une autorité ou d’une valeur personnelle évidente, beaucoup d’adresse, de souplesse, de force de persuasion. »

40.  Ibidem.

41.  Ibidem.

42.  Cointet (J.-P.), op. cit, p. 174.

43.  Citation de Joseph Darnand donnée par Cointet (J.-P.), op. cit., p. 189.

44.  Le Légionnaire de l’Hérault, 11, septembre 1942.

45.  Voir Cointet (J.-P.), op. cit., p. 238.

46.  Un dossier sur cette affaire se trouve aux ADH. Voir la cote 172 W 3.

47.  Il sillonne régulièrement le canton afin de motiver les responsables locaux, intervient dans la presse régionale pour vanter les mérites du Chef de l’État et surtout organise avec faste l’arrivée de la flamme dans le département en août 1941. G. met à la disposition de tous les légionnaires du canton un train spécial pour qu’ils puissent célébrer son passage qui symbolise le premier anniversaire de leur organisation. La cérémonie réunit entre Lodève et Montpellier 4 000 légionnaires. Voir Bouniol (J.-L.), Le canton de Clermont-l’Hérault pendant la Seconde Guerre mondiale, Mémoire de maîtrise d’histoire, Université Paul Valéry, Montpellier III, 1995, p’ 52.

48.  « Dans les heures graves que notre Patrie connaît, ma consigne est la suivante : se serrer farouchement derrière le Maréchal, se taire dans les rangs, obéir et agir » (L’Eclair du 17 novembre 1942). Le lendemain, il envoie une lettre ouverte à Vichy qui réaffirme la confiance des légionnaires héraultais : Je vous demande de transmettre au Chef de l’État Français le message suivant : « Comme les voyageurs égarés dans la nuit éprouvent le besoin de s’appeler à grands cris pour se regrouper, les légionnaires et volontaires de la Révolution nationale de l’Hérault estiment nécessaire de vous crier à nouveau leur foi inébranlable dans les destinées de la patrie, leur filial attachement à votre personne, leur ardente résolution d’obéir fidèlement à tous vos ordres et de lutter avec vous, jusqu’à l’épuisement de leurs forces, pour le regroupement de tous les bons Français décidés, malgré la confusion actuelle de leurs pensées, à rejeter hors d’eux tout ce qui les sépare et à s’unir farouchement dans leur commun amour de la France et dans leur commune volonté de sauvegarder sa grandeur et sa pérennité. Ils vous demandent respectueusement de leur accorder tous les moyens vous paraissant susceptibles d’obtenir rapidement cette union et d’en faire une réalité vivante ». Voir L’Eclair du 18 novembre 1942.

49.  Voir Delperrie de Bayac (J.), Histoire de la Milice (1918-1945), Paris, Fayard, 1995 (1re Ed. 1969).

50.  La police de Vichy la présente ainsi : « Son activité tend essentiellement au dépistage des foyers de propagande hostiles au régime et à la répression des menées anti-nationales. La Milice mène également le bon combat contre le marché noir et les inégalités sociales. » RG/Etat Français/3028/9 juin 1944. ADH 111 W 18.

51.  Voir Cointet (J.-P.), op. cit., p. 249-254.

52.  « Collaborationniste » est un terme employé par Stanley Hoffman. Il désigne tous les collaborateurs qui ont par idéologie ou sympathie avérée envers le nazisme combattu aux côtés des Allemands pour accélérer l’intégration de la France dans le Reich. Voir Hoffman (S,), Essais sur la France. Déclin ou renouveau ? Paris, Ed. du Seuil, 1974 ; Rousso (H.), « Collaborer », L’Histoire, 80, 1985, p. 48-61,

53.  ADH 111 W 18.

54.  Henri Mathieu-Laugier, maintes fois candidat sous les couleurs du PPF entre 1937 et 1939, représente l’autre figure militante reconnue par l’état-major parisien.

55.  (NOTE Légende TABLEAU/IMAGE) Puisées dans la liasse 111 W 18, les données chiffrées datent du 29 septembre 1943 sauf pour le PFF (où le total a été réalisé par nos soins à partir d’un pointage minutieux de tous les militants répertoriés par communes à la fin 1942) et pour la Milice. Le recensement des membres de cette dernière remonte au 31 mars 1944 et il convient de préciser que l’on rencontre de nombreux adhérents des autres mouvements collaborationnistes en son sein. En outre, aux 553 Francs-Gardes, il faut rajouter 43 stagiaires « aptes physiquement et moralement pour remplir des missions périlleuses ». Enfin relevons que les rapports indiquent qu’à compter de la fin 1943, l’Action Française n’exerce plus d’activités effectives.

56.  Cette lettre fait suite à celle expédiée par le groupe Collaboration de Montpellier et qui allait dans le même sens. Elle exigeait « une officialisation auprès des autorités Françaises, une accréditation auprès des autorités allemandes. Cela aurait permis de polariser une foule de bonnes volontés qui ne demandaient qu’à s’employer pour le bien de la France ». En février 1943, ce même groupe continue sa campagne de pression en ordonnant une traque définitive des juifs et des francs-maçons : « Le groupe Collaboration de Montpellier, constatant que les administrations sont toujours aux mains des francs-maçons et des influences juives, demande leur exclusion immédiate. Sans cette condition préalable, aucune confiance ne peut renaître dans le Pays. Les Nationaux ne peuvent oublier que la franc-maçonnerie constitue et constituera toujours l’armée mercenaire à la solde de la judéo-ploutocratie internationale. Aucune flamme ne peut animer les volontaires pour le redressement Français et la défense de l’Empire tant qu’ils verront les adversaires de la Nation aux postes de commande (…). » (Lettre du 1er février 1943.)

57.  G., le secrétaire général basé à Nîmes, estime que cette « lettre a eu pour effet de jeter le désordre pendant quelques jours au sein de notre organisation » et en plein accord avec Paris, la dissolution a été prononcée.

58.  Cette lettre datée du 30 janvier 1943 destinée aux instances parisiennes a été envoyée au secrétariat général de Nîmes qui à son tour a transmis une copie au Docteur X : « Vous avez attiré à différentes reprises mon attention sur les dispositions généralement peu encourageantes dont font preuve certains représentants de l’administration à l’endroit du groupe Collaboration et vous savez combien j’apprécie l’œuvre de votre groupement et souhaite encourager le zèle de vos adhérents si utiles à l’œuvre de redressement Français. Je n’ai donc pas manqué à chaque occasion de transmettre au chef du gouvernement les doléances qui me parviennent. Vous avez ainsi, sur ma demande, été reçu par Monsieur le Président Laval qui a dit lui-même son approbation et celle du gouvernement qu’il dirige. Je désire ajouter aujourd’hui qu’à la suite de vos dernières lettres et de la visite que m’a faite F. chargé de la propagande de votre groupement en zone non occupée, le Président Laval adonné l’ordre d’adresser aux Préfets des deux zones une circulaire attirant leur attention sur le groupe Collaboration les invitant à aider ses représentants. Cette circulaire parviendra incessamment à ses destinataires. Je veux espérer qu’elle aura des effets utiles. Veuillez de toutes manières continuer à m’informer de vos difficultés et de vos succès auxquels je suis très sensible (…). »

59.  Extrait d’une lettre du 22 mars 1943 envoyée au Docteur X.

60.  Rapport des RG du 9juin 1944. AD 111 W 18.