Quand la république célébrait les grands crus du Languedoc
La VIIe Fête nationale des vins de France (1er-4 juillet 1939)

Dans les années 1930 la viticulture est en crise. C’est pour les contemporains une crise de surproduction. On atteint des records vertigineux, jusqu’à 100 millions d’hectolitres de vins produits en 1934. Mais on commence aussi à y voir une crise de sous-consommation. Et l’idée fait son chemin de la nécessité de développer la propagande pour la consommation du vin. C’est pour cela que la loi du 04/07/1931, qui constitue le premier grand texte du Statut de la viticulture, prévoit dans son article 16 que « le produit des redevances et amendes prévues [par la loi…] sera consacré à la constitution d’un fond de propagande destiné à développer la consommation et l’exportation du vin ». Le Comité national de propagande en faveur du vin est créé dans la foulée par le décret du 08/12/1931.

Cet organisme est présidé par Édouard Barthe 1, député de l’Hérault, très engagé alors dans la défense de la viticulture et président de la commission des boissons de la Chambre des députés. Ce dernier propose d’organiser en France une Fête nationale du vin destinée à « célébrer tous les ans les vignobles de France ». La raison en est donnée dans un article du Petit Méridional qui retrace l’historique de ces fêtes, où l’on peut lire : « M. Barthe […] fit part de son étonnement [au début des années 1930] et aussi de sa pénible constatation que la plus grande nation viticole du monde était incapable de fêter comme il convenait une des plus grandes sources de richesse du pays… », en s’étonnant par exemple que « l’Allemagne, qui pourtant ne récolte que 4 millions d’hectolitres de vin, arrivait à organiser de grandes manifestations qui réunissaient d’immenses foules, qui communiaient au souvenir de leurs grands événements historiques… » 2.

La première édition se déroule à Mâcon (Bourgogne) en 1933. C’est un succès et au fil des années chaque région est honorée 3. La Fête s’installe dans le Sud en 1938 pour célébrer les vins des Côtes du Rhône en Avignon et à Châteauneuf-du-Pape, et nous arrivons à la VIIème Fête des vins qui est organisée à Montpellier et Béziers du 1er au 4 juillet 1939 afin de célébrer les vins du Languedoc. C’est cet événement considérable pour l’Hérault et sa région, par l’ampleur des manifestations prévues, par le budget engagé et surtout du fait de la venue exceptionnelle du Président de la République à Béziers et à Montpellier, que nous nous proposons d’étudier 4.

Afin d’en bien analyser le déroulement et la portée, nousnous sommes interrogés sur les problématiques suivantes : Comment et pourquoi a-t-on choisi Montpellier et Béziers ? Comment ces villes se sont-elles préparées à un événement à la portée nationale ? Comment ces manifestations se sontelles déroulées ? Avec quel retentissement ? Quelle utilité et efficacité ? Nos réflexions se sont alors ordonnées suivant trois axes. Dans un premier temps nous analyserons les préparatifs de ces fêtes qui ont constitué, d’après les documents d’archives, un travail considérable. Puis dans une deuxième partie nous centrerons nos réflexions sur le moment qui semble en être le point d’orgue : la venue du Chef de l’État. Enfin un troisième axe nous permettra de nous pencher sur la finalité des fêtes, la propagande pour le vin, et d’en jauger l’efficacité et la portée.

Une préparation rigoureuse pour un projet très ambitieux

Fixer le lieu de la Fête : la rivalité entre Béziers et Montpellier

Pour entamer notre première partie, il convient logiquement de s’intéresser d’abord aux conditions de choix du lieu où doivent se dérouler les cérémonies de la VIIème Fête nationale des vins de France. Ce lieu est choisi par le Comité national de propagande en faveur du vin qui désigne une ville de taille importante, symbole de toute une région productrice et de son vignoble.

Le territoire désigné en juin 1938 est celui du Languedoc, et aussitôt deux villes se disputent le siège des manifestations. Montpellier semble sur le point d’être choisie, mais Béziers fait valoir ses droits économiques et historiques. Barthe déclare ainsi au maire de Montpellier, M. Zuccarelli : « Nous avons de grosses difficultés par la suite de la demande de Béziers tendant à ce que les fêtes aient lieu dans cette ville », surtout parce que « Béziers déclare d’abord que jamais personne [ne] lui a contesté le titre de capitale du vin, et d’autre part, (et la chose est exacte) que M. Nougaret de son vivant l’avait demandé maintes et maintes fois » 5. C’est finalement Barthe, habile négociateur, qui scelle l’accord en proposant de partager les festivités et de visiter les vignobles situés entre les deux cités.

La rivalité reste cependant vivace puisque le maire de Montpellier, qui trouve d’abord le programme proposé « judicieux et en tous points satisfaisants » 6, reprend la plume dès le 18/08 et se fait menaçant : « Certains articles de presse ont paru tendancieux à beaucoup de mes compatriotes et à moi-même, en ce sens qu’ils donnent l’impression que Montpellier semble figurer au deuxième plan dans la Fête [or] vous m’avez donné l’assurance que Montpellier serait le pivot de la fête, comme cela lui revient, d’ailleurs, sans aucune contestation possible […] mais il ne faudrait pas que […] on essaie de la reléguer au rang de sous-capitale du vin, par Exemple »… et cela remettrait en cause une organisation « à laquelle [il se verrait] contraint de renoncer, ne serait-ce que par pure dignité » 7. Officiellement, l’histoire retiendra pourtant que « c’est Montpellier qui fut choisie… pour le siège de la VIIème Fête, mais à la légitime demande de la municipalité de Béziers, vieille capitale du vin, le président [Barthe] accepta de jumeler les deux grandes villes » 8. Le réajustement est important puisque sur les programmes officiels Béziers sera déclarée « Capitale du vin », tandis que Montpellier sera proclamée « Ville d’art et de la science »…

Organiser le pilotage et trouver un budget

Le lieu étant fixé, il faut mettre en place un comité de pilotage et d’organisation 9 (Fig. 1). C’est chose faite lors de la réunion provoquée par le Préfet de l’Hérault le 22/11/1938. Le comité départemental est composé de personnes de rang élevé, en suivant un fin dosage politique (non au sens de parti, mais en terme de fonction et rang électif de chacun) et économique. Le Président “effectif” en est bien entendu Édouard Barthe (M. Nègre, Président du Conseil général de l’Hérault est président “d’honneur”). Le commissaire général est Henri Boujol. Ce viticulteur, maire de Puissalicon, est très proche de Barthe. Il préside également à cette époque l’Association de Propagande pour le Vin et la Station uvale de Béziers. C’est lui qui, dans les faits, coordonne le travail de mise au point des manifestations prévues.

En-tête de papier à lettre du comité d’organisation de la VIIème Fête nationale des vins de France.
Fig. 1 En-tête de papier à lettre du comité d’organisation de la VIIème Fête nationale des vins de France. Source : Archives départementales de l’Hérault, 1 M 532.

Viennent ensuite les vice-présidents qui représentent les villes (M. Albertini, sénateur-maire, pour Béziers, M. Zuccarelli, maire de Montpellier, M. Naquet, maire de Sète), la viticulture (pour la C.G.V., M. Gaston Pastre par exemple, pour la L.P.M.V., M. Pialles, son président), le commerce (avec les présidents des Chambres de Commerce de Montpellier, Béziers, Sète, par exemple) et la presse. Les commissaires représentent, à un degré inférieur et avec plus d’implication dans l’organisation concrète, les syndicats viticoles (C.G.V. et L.P.M.V. 10), la préfecture (avec le chef de cabinet du préfet) et les deux grandes agglomérations (M. Zuccarelli pour Montpellier et pour Béziers, M. Vignon, adjoint au maire).

Ce comité, d’abord formé sous l’impulsion de Barthe et avec l’aide de l’A.P.V. se dote très vite de secrétaires appointés résidant à Montpellier et Béziers et issus des rangs de la C.G.V. et de la L.P.M.V. Il se domicilie officiellement à Montpellier, 16, rue de la République et à Béziers au siège de l’A.P.V., 72, allées Paul Riquet. Il se dote d’un compte ouvert à la Banque de France, auquel seul le trésorier général, M.Arnal (chef de division à la préfecture) aura accès pour payer les factures après le « Vu et bon à payer » avec signature de M. Boujol. Il a également son propre papier à en-tête qui glorifie le « pays du soleil » (voir Fig. 1). La première réunion du Comité a lieu le 01/12/1938, salle de la commission départementale, à la préfecture de Montpellier. Ce comité, véritable cheville ouvrière de l’organisation se réunit très régulièrement surtout à partir de février 1939, en principe chaque semaine, le samedi, au siège de l’Association de la Fête nationale des vins de France, à Montpellier.

L’ensemble est complété par des comités locaux d’organisation, pilotés par les municipalités des grandes villes d’accueil, à Montpellier ou à Béziers, et plutôt tournés vers les activités locales organisées lors du passage du Président de la République 11. Ils sont présidés par le maire de la ville et rassemblent des personnalités locales. À noter que le Comité de Montpellier s’est subdivisé, pour plus encore d’efficacité, en 5 sous-commissions : fêtes, réceptions, manifestations diverses ; illuminations et pavoisements ; logement ; accueil ; propagande et presse. Chacune est présidée par un adjoint au maire 12.

Le comité ainsi formé doit se doter d’un budget pour l’organisation des festivités. Celui-ci trouve son origine dans les subventions, qu’il faut solliciter. Pour cela les grandes collectivités font des efforts conséquents : outre le Ministère de l’Agriculture, le Conseil général de l’Hérault verse une subvention de 300 000 Frs ; puis c’est le tour des grandes villes qui participent aux activités : le Conseil municipal de Montpellier par exemple vote une aide de 500 000 Frs (vote le 08/02/1939, d’un crédit prévisionnel de 350 000 Frs directement attribué au comité départemental, puis d’un crédit de 150 000 Frs prévus pour les fêtes à caractère purement local), augmenté de deux compléments exceptionnels de 40 000 Frs (vote du 21/07/1939) et 25 000 Frs (29/11/1939) pour couvrir les frais supplémentaires. Sète, quant à elle, accorde une subvention de 5 000 Frs.

Les petites communes ne sont pas oubliées, avec l’envoi à chacune d’elles d’une lettre proposant le vote par le Conseil municipal d’une subvention de 0,50 Fr par habitant. Les retours sont très nombreux, pour de multiples petites sommes (100 Frs à Puisserguier, 700 Frs à Fabrègues, 50 Frs au Caylar, 500 Frs à Cournonterral). Les acteurs économiques sont aussi sollicités, avec un nombre très important de subventions adressées par les caves coopératives (souvent 100 Frs, mais aussi 500 Frs à Corneilhan, Mèze, Gignac, Maraussan ou Cruzy), et en quantité moindre par des sections C.G.V. ou des caisses locales de crédit agricole 13.

Mettre au point les activités : un programme considérable

Le budget ainsi constitué est utilisé par le comité et par les mairies en ce qui les concerne, pour payer les nombreux fournisseurs, les frais de fonctionnement du comité et surtout pour mettre en place les innombrables équipements et activités prévus lors des fêtes, sans oublier les dépenses de décoration et d’illumination. Pour les dépenses de la ville de Montpellier et du comité réunis, concernant le site de Montpellier, les paiements sont très variés, allant de travaux lourds comme l’aménagement de la salle du banquet du 02 juillet avec le Président de la République à Montpellier (salle Thivel), à hauteur de 54 295,49 Frs, ou le pavoisement général et les  décorations des rues de la ville (19 781,21 Frs) à des frais beaucoup plus modestes tels que les dépenses liées aux fêtes et animations organisées à Montpellier et qui se concrétisent par des aides de quelques milliers de francs aux associations qui interviennent 14.

L’ampleur des réalisations est en effet considérable avec en point d’orgue la construction à Montpellier d’un « immense portique décoratif à deux arches établi suivant les plans dressés par Marcel Bernard, architecte [de la ville 15] et devant être placé à l’extrémité sud de la promenade de l’Esplanade et de l’avenue Frédéric Mistral » pour un prix initial de 55 000 Frs 16. Cette porte monumentale de 22 mètres de haut doit célébrer les vertus du Statut de la viticulture.

Les activités forment un ensemble très ambitieux et varié, étalé sur 4 jours, du 1er au 4 juillet 1939. Elles sont principalement de deux natures : les fêtes “officielles”, axées sur la visite du Président de la République, le 2 juillet, que nous évoquerons un peu plus loin et les fêtes plus “populaires” qui sont présentes partout et en permanence. Le but est d’attirer les foules et de les associer pleinement aux réjouissances.

À Montpellier la liste des « animations gymniques, musicales et artistiques » est impressionnante : sur plus d’une semaine il y a des joutes, des danses folkloriques, des concours de gymnastique, du théâtre (« Le vin médecin », de Jean Rys et le « Comte de Boursoufle » de Voltaire), des concerts (Garde républicaine et Musique des Équipages de la flotte), des concours de vitrines et balcons fleuris, des chorales, et même la présence d’un croiseur et d’un torpilleur à Palavas-les-Flots pour participer à la fête, sans oublier des fêtes de nuit au Peyrou après le départ du Chef de l’État (défilés, danses, chants, bals, feux d’artifices 17). À Béziers c’est aussi une profusion d’activités le 02 juillet, sur les allées, pour des défilés, des danses (rondes languedociennes, jeu du chevalet, danse des treilles…) ou aux arènes avec des courses de taureaux et des corridas… Enfin c’est encore le cas à Bédarieux, les 03 et 04 juillet avec une retraite aux flambeaux, des défilés et chansons, des concerts de l’Harmonie et de l’Orphéon de Bédarieux, et bien sûr un feu d’artifice. Il est également utile de faire découvrir le patrimoine local, avec des visites destinées aux représentants des pays étrangers 18 et des grandes régions viticoles de France. Deux excursions sont organisées le 03 et le 04 juillet avec découverte du vignoble, arrêt à la cave coopérative, réception avec les honneurs dans les villes étapes et dîners offerts : de quoi faire une bonne promotion des « vins du Midi » qui ne « manquent pas de qualités » 19.

Une telle accumulation d’activités demande un énorme travail d’organisation et de mise en place que nous allons, pour finir, brièvement évoquer. Outre la question essentielle du logement de l’imposant afflux de visiteurs, le moindre détail est prévu particulièrement pour le jour de la venue du Président de la République. On se soucie de l’ouverture des magasins (les boulangeries par exemple), on modifie et réglemente de façon très précise la circulation et le stationnement. Des travaux sont effectués en urgence, de dégagement (suppression d’urinoir ou de kiosque à journaux sur l’Esplanade de Montpellier), de nettoyage, ou de rafraîchissement (on repeint les bancs et les lampadaires des allées Paul Riquet à Béziers).

Les secours sont organisés également, mais c’est surtout la question de la sécurité qui est traitée avec des effectifs considérables : on parle de 4 500 hommes de troupe à Béziers, un régiment de Spahis, « avec colonel, étendard et fanfare », un peloton d’escorte en grande tenue, 1 100 gardes mobiles à pied ou à cheval échelonnés sur le parcours… ». À Montpellier on a les mêmes proportions : pour les 21 secteurs définis très précisément, avec plan et rôle précis de chacun, on a 6 000 hommes, 85 pelotons de Gardes Républicains Mobiles, 7 pelotons de réserve et 1 avion de patrouille. Il faut y ajouter un grand nombre de policiers et membres de la sûreté qui, placés « au premier rang de la foule, immédiatement en arrière du rideau des troupes », doivent « surveiller le public, empêcher tous cris, distribution de tracts, jets d’objets sur la voie publique, pancartes… » 20. L’ensemble de ces opérations est d’ailleurs régi par la très précise instruction interministérielle du 1er/03/1935 sur l’organisation des voyages officiels.

Que peut-on retenir de cette étude si précise de la préparation de la VIIème Fête nationale des vins de France ? Nous constatons que se met en place une organisation considérable, surtout rapportée à la durée des cérémonies, avec deux villes d’accueil phare, un comité très actif et efficace disposant d’un budget imposant et qui met au point un programme particulièrement dense, varié et bien préparé. Pour affiner encore notre réflexion, nous nous proposons d’analyser maintenant le déroulement de la journée la plus importante de ces fêtes, celle du 02 juillet qui correspond à la visite du Président de la République.

Le voyage présidentiel : un déroulement triomphal

Un accueil enthousiaste

Voyons maintenant comment la République est appelée en renfort pour donner un plus grand retentissement aux célébrations. « Il est de tradition » en effet que le chef de l’État « préside la fête » 21. Il s’agit en 1939 d’Albert Lebrun 22. Ne sachant pas encore comment le déplacement va se dérouler, les responsables fixent une date idéale. Ainsi Georges Vignon, commissaire de la VIIème Fête note-t-il au cours de la réunion du comité du 28/01/1939 : « Nous nous préparerons toujours comme si le Président venait à Béziers, le samedi 24 et à Montpellier le dimanche 25 juin. Le mot d’ordre est de dire que le Président [prévoit] de venir le samedi 24 juin à Béziers » 23. Mais lorsque Édouard Barthe se rend à l’Élysée, le 17 avril 1939, ceci pour fixer les modalités de la visite présidentielle, il apprend que le Président « ne pourrait venir » car il a « décidé de réduire ses déplacements ». Barthe lui explique alors « combien serait grande la déception de nos populations », il l’informe de « l’effort budgétaire fait par Béziers et Montpellier et par le département » et il le fait revenir sur sa décision. M. Lebrun n’étant libre que le 2 juillet les fêtes seront déplacées à cette date.

Il faut également batailler pour que le Président se rende à Béziers. Barthe doit lui faire comprendre « l’intérêt que le vin [présente] pour Béziers et l’importance de la ville ». M. Lebrun cède, mais il ne viendra qu’une journée dans l’Hérault à cause de la distance. Pour Barthe « il faut penser à tout grouper dans la journée du dimanche ». L’accord étant trouvé, il reste à faire l’annonce publique de la visite présidentielle, au début du mois de mai. La version officielle publiée dans les journaux sera une « lettre du Général de division Braconnier, Secrétaire général de la Présidence de la République, à Barthe, questeur de la Chambre », publiée le 30/04/1939 : « Comme suite à votre récente visite, M. le Président de la République me charge de vous confirmer qu’il se rendra volontiers à Béziers et Montpellier, le 02 juillet prochain… » 24.

Comment se déroule donc la visite du Président en province ? Avec quels “rituels” républicains ? Et quelle place dans la promotion des vins méridionaux ? Nous pouvons répondre à ces questions en disséquant la journée du 02 juillet 1939 que le Président a passée à Béziers et Montpellier, suivant un emploi du temps aussi dense que précis (voir Annexe) 25. L’arrivée du Président est déjà en soi une cérémonie au mécanisme bien huilé. Après un trajet effectué de nuit, le Président Lebrun est attendu à Béziers pour 8 heures. Signalons que ce dernier, outre ses assistants, est en général accompagné de plusieurs ministres. Ici, MM. Sarraut, Ministre de l’Intérieur, Jean Zay, Ministre de l’Éducation Nationale, Queuille, Ministre de l’Agriculture et Pomaret, Ministre du Travail. L’ensemble rehausse d’autant la portée d’une telle visite.

Alors que le train présidentiel « paré d’un écusson tricolore et de drapeaux qui claquent joyeusement » 26 entre en gare du Midi, il est salué par des salves d’artillerie tirées par le 56e R.A.D. (c’est le cas aussi à Montpellier, avec les 101 coups de canon), puis l’on entend les cloches de St Nazaire durant un quart d’heure. Il en est de même de toutes les églises de Montpellier lorsque, à 11 h 30, au moment de l’arrivée du Président au Plan Cabane, elles se mettent à sonner à toute volée 27. Au même moment est lancée la Marseillaise.

La phase suivante est l’accueil du Chef de l’État à sa descente du train, par le maire de Béziers (Albertini), ou à sa sortie de l’automobile, par M. Bène, maire de Pézenas, M. Sérane, édile de Gignac, ou encore M. Zuccarelli à Montpellier. C’est l’occasion d’une présentation rapide des parlementaires et des personnalités officielles. Souvent des fleurs sont remises au Président par des enfants (ceux du maire à Béziers), avec un compliment : « M. le Président, en ce jour de fête les petits écoliers de Montpellier élèvent leur âme vers vous, car vous symbolisez la France et la République, que nous voulons aimer et servir… ». Le texte est ici déclamé par Henri Aldémar (fils d’un juge de paix de Saint-Jean-du-Gard) et Jacqueline Daunis (fille d’un conseiller général, vice-Président du Conseil général de l’Hérault), donc des jeunes qui représentent également les divers pouvoirs locaux 28. Puis on présente un livre d’or à signer. Les écoliers sont mobilisés en masse pour faire une haie d’honneur à l’arrivant avec force drapeaux tricolores et vivats (1 200 enfants à Béziers).

Après avoir passé les troupes en revue, le président va, dans toute agglomération où il se rend, s’incliner devant le monument aux morts et à la victoire. C’est une étape essentielle et bien ritualisée : dépôt de gerbe, sonnerie du clairon, minute de recueillement, salut aux drapeaux des associations d’anciens combattants (on compte 300 drapeaux à Montpellier) et à des mutilés. M. Lebrun est ensuite accueilli comme il se doit par des discours auxquels il répond. Ainsi, à Béziers le maire, M. Albertini, ne s’y trompe-t-il pas en déclarant : « Béziers, capitale du vin, vous remercie, M. le Président d’avoir accepté de rehausser par votre présence les manifestations… [de la VIIème Fête…] source de vie, d’esprit et de bonne humeur » avant d’évoquer l’ancestrale culture de la vigne. Ce à quoi M. Lebrun répond en constatant que « l’histoire de votre ville se confond avec celle du vin », en évoquant le congrès des Médecins amis des vins qui a eu lieu dans la ville en 1934 et où « l’on vit de graves professeurs et d’éminents docteurs exorciser [?], les buveurs d’eau qui, “s’ils ne sont pas toujours des méchants sont parfois des malades en puissance” ». Enfin il se félicite de pouvoir lors de ses visites « prendre un contact plus étroit avec [les] viticulteurs », cette « race vaillante et forte » qui peine au sol pour que « Monseigneur le vin » triomphe, et conclut en formant des vœux « pour la prospérité des grands intérêts engagés dans l’activité biterroise et pour le bonheur [des] administrés ».

À Montpellier c’est M. Zuccarelli qui prononce les paroles d’accueil pour évoquer « toute une civilisation méditerranéenne qui dans les siècles révolus a brillé d’un éclat des plus purs ». Il fait par ailleurs un parallèle révélateur avec la visite du président Poincaré en 1913 : « Mon prédécesseur lui souhaitant la bienvenue affirmait que le Languedoc était heureux de saluer en la personne de son hôte illustre le cher pays de Lorraine. Il rappelait l’élection récente du Chef de l’État [M. Lebrun a été réélu en mai 1939] dont c’était le premier voyage. Il soulignait enfin ses qualités d’esprit et de cœur ardemment épris de paix mais résolu à faire respecter jalousement notre honneur national » 29. Cette cérémonie se déroule en général à la mairie (Béziers), ou à la préfecture, ou bien encore lors du banquet (Montpellier).

Un rituel très chargé : visites et inaugurations, discours et banquet

Dans une phase plus longue et dense, qui constitue l’apothéose du voyage, le Président visite et inaugure. Il visite d’abord des manifestations spécialement montées pour l’événement, par exemple à Béziers la Foire exposition viticole qui fait l’objet d’une très rapide visite (dix minutes) avec quelques paroles par lesquelles il « exalte le bel effort fourni par le commerce et l’industrie régionale qui contribuent largement à l’essor national ». Il parcourt ensuite, et cela marque les populations, le vignoble languedocien. En effet, suivant la solution de transition mise au point par Barthe, le Président arrive à Béziers le matin, repart de Montpellier le soir et traverse le vignoble en automobile entre les deux cités. Le cortège des 40 voitures s’étire donc sur 2 kilomètres à la vitesse de 60 km/h. Il s’arrête bien sûr à Montblanc, fief d’Édouard Barthe qui en est le maire. Officiellement le but est la « glorification des coopératives », mais le Petit Méridional juge bon de préciser que « le président Lebrun se montre particulièrement satisfait de […] l’ingéniosité qui a présidé à la confection du Statut viticole », c’est-à-dire un ensemble de lois destinées à répondre à la crise viticole des années 1930, fortement impulsées par Barthe et qui se trouve ici légitimées.

La caravane se rend ensuite à Pézenas, qui doit rappeler le « vieux marché des vins et des eaux-de-vie ». L’on est au « centre du vignoble de l’Hérault » comme le rappelle le maire M. Bène : « Depuis Béziers, vous venez de traverser une région uniquement plantée de vignes ; après votre étape, ici, vous longerez la Vallée de l’Hérault, où le moutonnement des pampres dardés de sulfate de cuivre, est seulement coupé par la barre argentée du fleuve ». C’est également pour lui l’occasion d’une « réhabilitation des vins du Midi, de cette production viticole si décriée, surtout si mal connue », ces produits qui moins renommés que d’autres, sont « l’infanterie du vin » car ils en ont toutes les qualités et la masse avec leurs « 10 millions d’hectolitres » produits « pour le seul département de l’Hérault ». Enfin le cortège fait une halte à Gignac pour saluer « le commerce du raisin de table ». Partout pour ce trajet on parle de foule rassemblée, d’ovations, d’arcs de triomphe de bienvenue et de « la foule vigneronne et républicaine » qui « clame son ardeur démocratique ».

Après le temps de la visite vient celui de l’inauguration. C’est le cas à Béziers, pour le Musée du vin qui est abrité exceptionnellement à la Chambre de Commerce pour plus de rapidité ; c’est le cas surtout à Montpellier, pour les nouveaux locaux des Cliniques Saint Charles (avec le Ministre Pomaret), pour la nouvelle Faculté des lettres (avec le Ministre Jean Zay) et pour le monument élevé à la mémoire de l’ancien directeur de l’École d’agriculture, M. Ravaz (avec la présence du Ministre Queuille). Des inaugurations cependant plus protocolaires que viticoles comme le reconnaît Augustin Fliche, doyen de la Faculté des Lettres : « L’inauguration au cours de la Fête nationale des vins de France, d’une nouvelle faculté des lettres, eût sans doute parue paradoxale, pour ne pas dire sacrilège aux cinq professeurs […] qui en 1839 rappelèrent à la vie l’ancienne Faculté des Arts fondée en 1242 par l’Évêque de Maguelonne, Jean de Montlaur. Le solennel et austère doyen d’alors, M. Séguy, s’il revenait en ce moment de chez Hadès, ne manquerait pas de reprocher à son huitième successeur d’avoir demandé à l’aimable M. Barthe d’inclure dans les fêtes en l’honneur de Bacchus languedocien la grave cérémonie que constitue la consécration du Temple des Lettres montpelliéraines ». Mais cela n’altère, dit-il, en rien sa reconnaissance au Chef de l’État pour sa venue et son soutien à l’Université.

Autre étape traditionnelle dans le protocole, le banquet républicain officiel. Il a lieu à Montpellier 30, à la salle Thivel, une construction en chantier transformée en salle de banquet par les services municipaux d’architecture, sous la direction de M. Bernard. Le défi a semble-t-il consisté à métamorphoser une pièce de ciment froid en une salle somptueuse, avec des tapisseries d’Aubusson, des fontaines, des jets d’eau, des fleurs… À côté se trouvent également des téléphones pour la presse, le salon présidentiel, puis le salon ministériel formé par des tentures. Une table d’honneur a été dressée dans le fond (pour les personnalités), devant « de légères tentures grises qu’encadraient de magnifiques Gobelin provenant du Musée Fabre ». Seize tables ont été dressées perpendiculairement à la table d’honneur. Le tout est prévu pour accueillir 600 convives. Il est à remarquer que lors de ce banquet « les dames ne sont pas reçues ». Il est organisé par conséquent un autre banquet à l’Hôtel du Midi pour une cinquantaine de « dames des hautes personnalités invitées au banquet de M. le président de la République » 31.

Le menu est somptueux. Servi par le vatel Gayraud 32, il est composé de mets fins et locaux (petits pâtés de Pézenas, jambon de La Salvetat…) ; les fruits sont de pays (abricots de Roussillon, pêches de l’Hérault, raisins du Languedoc) comme les eaux-de-vie (Fine Faugères…). L’ensemble est surtout « arrosé des meilleurs crus non seulement méridionaux, mais Français » : c’est que chaque région a envoyé ses meilleurs produits pour le repas de prestige de la Fête. Les vins ont été offerts par les organisations viticoles de toutes les régions de France. De toutes parts les caisses ont afflué, du Languedoc (vins rouges de la cave coopérative de Bize-Minervois), de Provence (Châteauneuf du Pape, Château Fortia), d’Alsace (Colmar…), de Bourgogne (Vosne Romanée, Nuits Saint-Georges…)… Nous insistons sur cet aspect car il est caractéristique de ces fêtes lorsqu’on dépouille les archives : les régions viticoles s’entraident pour l’organisation des festivités, à l’image des organisateurs de la VIème Fête d’Avignon (en particulier le baron P. Le Roy, Président du Syndicat général des vignerons des Côtes du Rhône) qui reçoivent, conseillent et documentent les organisateurs de la VIIème Fête.

Au milieu des mets, s’égrène la succession des discours des personnalités les plus importantes, à savoir le Maire de Montpellier, M. Zuccarelli, on l’a dit, M. Malet, Président de la Xème région économique sur « les richesses matérielles […] et intellectuelles de notre région », et M. Nègre, Président du Conseil Général de l’Hérault. Vient ensuite le tour des parlementaires, avec Édouard Barthe qui, dans un très long exposé, rappelle l’histoire viticole du Languedoc, expose une nouvelle fois les bienfaits de la « nouvelle législation », « efficace » et basée sur un marché viticole assaini, davantage régulé et aux prix plus rémunérateurs pour le viticulteur.

Bien sûr, suivant l’ordre du protocole, c’est le Président Lebrun qui parle en dernier, afin d’évoquer ce « pèlerinage » devenu traditionnel pour honorer cette fois le « royaume du vin » que constitue le Languedoc méditerranéen. Il parle d’une « plaine ondulée, plantée de vignes basses, une armée de ceps qui rampent sur le sol et l’étreignent solidement : c’est monotone et c’est immense ». M. Lebrun rappelle que « ici, de tout temps, la vigne a été despote et maîtresse du pays », puis il souligne que même si « le fruit [du travail des vignerons] constitue le vin normal et courant du pays, le modeste pinard qui pénètre dans les foyers les plus humbles, comme il régnait il y a 20 ans sur le front de bataille […] il n’en reste pas moins qu’il comporte des crus de qualité, riches en degré, distingués en finesse et en bouquet ». Et le Chef de l’État de citer : « Vos vins rouges du Minervois, des Corbières, de Saint-Georges, du Quatourze et des Costières, vos rosés de Tavel, de Bessan et de Marseillan, vos blancs, clairettes, picpouls et blanquettes, vos muscats de Lunel et de Frontignan, vos Banyuls ; j’en passe et des meilleurs ».

Il reste enfin à dire un mot sur les cités visitées, sur Sète, remercier chacun pour son accueil et conclure par une inévitable évocation de la difficile situation européenne. En effet malgré les discours très emphatiques sur la visite du Chef de l’État, la question des tensions internationales est toujours abordée et citée en gras dans les journaux : « Dans le duel engagé pour le salut ou la destruction de la civilisation […] la France a pris parti. Elle est pour le respect du droit […] contre toute politique de force… », mais « en même temps elle accepte les charges qu’imposent les sacrifices indispensables pour assurer sa défense ». On sent bien ici la proximité de la guerre qui transparaît au milieu de l’enthousiasme de la fête.

Le point d'orgue de la fête : le défilé

Passé le banquet républicain, le dernier moment fort de la visite est le défilé, prévu à Béziers, en dimensions modestes et surtout à Montpellier, en grand, en fin d’après midi (16 heures). Le « cortège folklorique et historique », prévu pour durer 1 heure 10, doit passer deux fois sur l’esplanade, puis dans les rues de la ville. Il se décompose en trois parties : l’historique, le folklorique, la propagande. Les divers récits de l’époque parlent de 2 000 participants et d’un public estimé autour de 100 000 personnes.

La partie historique s’ouvre avec Sa Majesté la vigne, puis les chars évoquant des légendes et histoires régionales (Pierre d’Aragon ; Rabelais ; Les Charitas à Béziers ; Molière à Pézenas ; le cortège des cantinières, avec des soldats évoquant la Grande Guerre et des anciens combattants munis de leurs drapeaux ; et pour finir le char de la Madelon complété par l’évocation du pinard des poilus). La partie folklorique fait défiler des groupes de musique, de danses régionales et les animaux célèbres du département (loup de Loupian, chameau de Béziers, poulain de Pézenas, âne et chevalet de Gignac). La partie propagande rassemble notamment le char des coopératives, les délégations des provinces viticoles en costumes régionaux (Bordeaux, Champagne, Bourgogne, Saintonge, Côtes du Rhône, Anjou, Alsace et Languedoc) et bien entendu le char des Reines des vins.

Cette grandiose manifestation étant achevée, il reste une dernière cérémonie importante et hautement symbolique : la passation du drapeau de la Fête des vins aux représentants de la région choisie pour succéder au Languedoc. Le Chef de l’État, en présence des reines de Montpellier et de Béziers, remet donc le fanion à la reine du Berry (Fig. 2), puisque la VIIIème Fête nationale des vins de France doit avoir lieu à Châteauroux en 1940 33. Il ne reste plus alors au Président Lebrun qu’à prendre congé des personnalités et de la population, et après le salut au drapeau, la Marseillaise et les aux revoirs aux personnalités, toujours sous les ovations de la foule, nous dit-on, il monte à bord du train présidentiel qui s’ébranle à 19 heures précises.

Que peut-on déduire de cette journée impressionnante par sa densité ? Le Président de la République, à travers ce tourbillon d’activités, communie avec la foule dans une ferveur républicaine. Ses apparitions sont alors rares et il est vénéré. Il vient en Languedoc pour incarner la République qui, à travers des rituels extrêmement précis, certes inaugure divers lieux, mais surtout rend hommage aux vins du Languedoc comme patrimoine historique et comme richesse importante avec des vins dont la qualité est bien affirmée. C’est enfin pour le président Barthe une caution et une légitimité supplémentaire pour son œuvre à la tête des plus grands organismes de défense viticole.

Une troisième partie s’impose à présent afin de regarder de plus près la finalité ultime de tous ces événements, la propagande.

Une importante œuvre de propagande

Une propagande sur mesure : L'Album des vins de France

Pour assurer un retentissement aussi important que possible, les outils de la propagande sont utilisés au maximum. C’est d’abord le cas avec la brochure officielle éditée par le Comité d’organisation de la Fête nationale des vins de France. Il s’agit de L’Album des vins de France, un ouvrage imposant de presque 400 pages, tout entier voué à la promotion du Midi et de sa viticulture. La brochure de promotion de la région qui accueille la Fête et de ses vins est éditée chaque année depuis 1933. L’Album des vins est, à notre connaissance, la version la plus complète jamais publiée, juste après le déjà imposant album officiel de la VIème Fête, en Avignon.

Ce sont les éditeurs montpelliérains, Causse, Graille et Castelnau qui sont choisis comme seuls responsables de ce travail pour, semble-t-il, récupérer, coordonner et publier les textes. Il s’agit d’une imprimerie déjà spécialisée dans les éditions vinicoles, notamment des journaux tels que le Vigneron du Midi, organe de la L.P.M.V., ou la Journée vinicole. L’idée est, pour l’imprimeur, de faire acheter des pages par les communes ou organismes qui feront la promotion de leurs richesses ou de leurs activités, le tout étant complété par des encarts publicitaires (caves coopératives surtout, produits agricoles). Le peintre du vin, Paul Brusset, est également sollicité pour illustrer l’ensemble et produit des dizaines de planches pour représenter le travail du vin comme les vues de grandes villes.

La prospection est lancée au printemps 1939, pour inciter les mairies à souscrire. D’abord vient une lettre de soutien d’Édouard Barthe demandant « de bien vouloir aider [les éditeurs…] à réaliser cette œuvre d’intérêt général » qu’est le « luxueux album programme » 34. Puis c’est un courrier qui est adressé par le directeur de l’imprimerie aux “grandes mairies” afin de leur proposer les tarifs suivants : « La page de publicité dans cet ouvrage qui sera tiré à 10 000 exemplaires a été fixée au tarif de 1 500 Frs. Le prix de vente prévu pour le volume sera de 20 Frs l’exemplaire » 35 pour le public. L’album sera en revanche donné gratuitement aux invités. Les arguments sont modérés dans cette première série de missives adressées à Béziers et Montpellier début mars 1939 : « La ville de Béziers se doit de consacrer dans cet album des pages à la gloire de son site, de ses monuments, de ses musées, de ses œuvres hospitalières et sociales, de ses initiatives de tous ordres dans le domaine du vin » et « l’abondance de l’illustration saura mettre en valeur les beautés de votre chère cité ». Pour Montpellier M. Causse accentue encore l’efficacité attendue d’une telle publication, en faisant remarquer que « l’album programme sera, non seulement donné gratuitement aux milliers d’invités à ces fêtes, invités de haute marque appartenant à toutes les régions de France aussi bien que personnages officiels ou journalistes étrangers, mais encore qu’à l’occasion de l’exposition de New York, cet album y sera présenté en bonne place au pavillon de France et qu’enfin les maisons de grands vins lui confiant leur publicité en souscriront de nombreux exemplaires pour les adresser à leur clientèle dans toute la France et hors de France » 36.

La remise du drapeau des vins de France à la « reine du Berry ».
Fig. 2 La remise du drapeau des vins de France à la « reine du Berry ».
Source : L’Illustration, n° 5027, 08/07/1939, page 346. Cette photo, bien plus que les innombrables clichés montrant le Président Lebrun en train de serrer des mains, révèle la symbolique de la Fête nationale des vins de France : le Chef de l’État, au centre, transfère l’étendard symbolique des vins de France des mains de la « reine du Languedoc », région organisatrice en 1939, à celles de la « reine du Berry », région d’accueil en 1940. La République apporte donc sa caution et sa solennité aux célébrations bachiques, sous le regard d’Édouard Barthe (deuxième en partant de la gauche), président du Comité national de propagande en faveur du vin.

Les demandes se font ensuite insistantes fin avril début mai, avec des courriers plus longs et personnalisés aux élus, par exemple au maire de Montpellier, M. Zuccarelli : « Comme je te l’ai dit [dans une récente conversation] l’amour propre que je mets à la réalisation de l’album des Fêtes du vin est fait des éléments qui constituent l’amour propre de tous les Montpelliérains qui ont le cœur bien placé » et « je suis certain que tu sauras faire valoir aux yeux de tes collègues qu’il ne s’agit de réaliser rien d’autre qu’un souvenir durable, un moyen de propagande digne de notre ville judicieusement diffusé à l’occasion de fêtes qu’honore le Président de la République » 37.

La décision des municipalités est finalement favorable : Montpellier par exemple vote le 05/05/1939 une somme de 35 000 Frs pour l’achat de 20 pages et d’un nombre important d’albums. Béziers s’engage également pour 10 pages achetées soit 15 000 Frs et 100 albums gratuits 38. Il reste alors à rédiger les textes de présentation au plus vite (avant le 20 mai), l’imprimeur ayant besoin d’un délai d’un mois pour réaliser l’ouvrage. C’est par exemple G. Vignon, adjoint au maire de Béziers qui rédige les pages de présentation de la cité. Et dès le 28 juin, l’imprimeur Causse, Graille et Castelnau peut faire livrer 1 000 exemplaires de l’album au siège du comité des Fêtes à Montpellier 39.

Nous pouvons, pour terminer l’évocation de cet album en préciser quelque peu le contenu. D’aspect assez disparate, avec des pages non numérotées, cette brochure présente tout d’abord les informations pratiques que sont la constitution des différents comités puis le programme complet des manifestations. Il met ensuite en valeur les grandes villes du Languedoc (Montpellier, Béziers, Sète, Agde puis, dans une moindre mesure, Nîmes ou Perpignan) et les villages plus modestes (souvent une page, pour Cessenon, Lodève…, mais deux pages pour Puissalicon, commune dont Boujol est maire ou Montblanc, fief d’Édouard Barthe). Dans chaque cas sont présentés les grandes dates de la cité, puis ses attraits actuels. De nombreux articles sont consacrés aux richesses artistiques de la ville (le Musée Fabre à Montpellier, quinze pages sur les différentes écoles supérieures et universités de cette ville…) et une grande place est faite à la dimension viticole du lieu (par exemple un article de Boujol de trois pages sur « Béziers capitale du vin » par son ancienneté, l’ampleur de sa production de haute qualité et ses multiples initiatives pour développer la consommation du vin).

Les organismes économiques et viticoles sont aussi abondamment présentés par leurs hauts responsables, des Chambres de commerce aux grands syndicats (C.G.V. et L.P.M.V.) sans oublier l’A.P.V. de M. Boujol, et les coopératives ou encore le Crédit Agricole. Enfin, de multiples petites notices disséminées dans cet ouvrage évoquent les vins du Languedoc et du Roussillon (Clairette d’Adissan, d’Aspiran ou de Paulhan, Muscat de Frontignan, Banyuls), et d’un peu plus loin (les vins des Côtes du Rhône, de Bordeaux…).

Une presse nombreuse et très favorable

Pour compléter cette publication imposante et très vite résumée ici, il faut mentionner le rôle des autres organes de presse de l’époque. La VIIème Fête nationale des vins de France – c’est là aussi qu’est la réussite de la manifestation – est connue bien au-delà des frontières du Languedoc. Bien entendu les journaux locaux, Petit Méridional et Éclair, ont très largement et avec un enthousiasme typique de l’entre-deux-guerres, relaté l’événement dans ses moindres détails. Il suffit par exemple de rappeler les titres de première page du 03/07/1939 pour le P.M. : « L’Hérault enthousiaste a fait à M. A. Lebrun, Président de la République, un accueil chaleureux et vibrant » ; pour L’Éclair : « D’un cœur unanime, la viticulture méridionale a accueilli le Chef de l’État et célébré la gloire du vin ». Mais nous avons aussi trouvé des comptes rendus de la fête dans les journaux nationaux. Le descriptif du cortège officiel du Président à travers le vignoble nous apprend d’ailleurs que les journalistes des principaux titres régionaux (Dépêche de Toulouse…), nationaux (Le Figaro…) ou spécialisés (Journée vinicole…) sont présents dans les voitures qui accompagnent le Chef de l’État 40.

Citons en premier lieu comme exemple le quotidien Paris-Soir du 03/07/1939 qui publie en première page la photo d’une « pittoresque » danse du chevalet exécutée devant M. Lebrun « au cours de son voyage en Languedoc », sans préciser qu’il s’agit de la Fête des vins. L’article publié en page 3 est plus explicite, et commente les grandes lignes de la visite, avec plus de recul cependant que la presse locale, soulignant l’étrange idée de l’installation du banquet « dans un garage en construction », même si « la nudité des lieux avait été habilement dissimulée sous une abondante décoration florale ». Le journal n’hésite pas non plus à opposer la « visite si intéressante du vignoble » aux réceptions de la préfecture « assez monotones », ni à signaler la présence dans les délégations étrangères de « M. Diehl, führer des vins allemands et M. Viola, führer des vins italiens » 41.

L’on peut évoquer en second lieu un hebdomadaire, L’Illustration, qui annonce en sommaire sur sa première page « Les fêtes du vin à Montpellier », puis publie un article important et abondamment illustré sur les cérémonies. Paul Émile Cadilhac y procède à une réhabilitation en règle des vins du Languedoc : « Au moment où je quitte Paris un ami me dit : “Vous allez donc au pays de l’aramon ?” Et dans ce mot il a mis cette ironie facile avec laquelle le Parisien parle volontiers de ces terres méditerranéennes où pendant des lieues et des lieues les vignes se déroulent à l’infini. Cette façon de parler du Midi viticole est souverainement injuste. L’aramon n’est pas le plant vulgaire que trop facilement on s’imagine, mais en réalité un cépage de qualité, qui d’ailleurs n’est pas le seul à fleurir dans ces terres brûlées du Languedoc ». L’auteur rajoute en effet : « Le carignan, plant noble, côtoie le cinseau, le picpoul, le grenache et le tarret ». Puis il vante « les vins blancs de la clairette, d’Adissan, de Cabrières et de Bellegarde, du Picpoul, de Pinet et de Marseillan ; les vins rosés, corsés et frais de Bessan, de Puissalicon et des Costières : les vins rouges étoffés du Minervois, des Asprès, des Corbières, de Saint-Georges : les vins éclatants aux tonalités puissantes et douces, de Frontignan, de Lunel, de Rivesaltes, de Banyuls ». L’article montre également par des photos la réception du Chef de l’État à Pézenas et Montpellier, la cérémonie de remise de l’étendard à la reine du Berry, et deux clichés représentant des jeunes vigneronnes en costume traditionnel 42.

Les nouveaux médias sont mobilisés

La renommée de ces festivités va donc bien au-delà du cadre local, nous le voyons, mais il faut encore ajouter à cela les moyens de communication plus modernes que sont la radio et le cinéma. Les radios d’État sont ainsi mobilisées pour retransmettre l’événement, à partir des radios locales vers le réseau français. Ainsi Radio-Montpellier et la station d’État Montpellier-Languedoc doivent-elles retransmettre les discours du banquet présidentiel, rendre compte des festivités et organiser des émissions spéciales, tandis que Montpellier-Languedoc « se propose pour radiodiffuser avant la visite présidentielle (les 30 juin et 1er juillet) des extraits de L’Album des vins de France ».

Enfin les moyens les plus modernes sont sollicités : les actualités cinématographiques rendent en effet compte de la Fête. Les archives des actualités cinématographiques auxquelles nous avons pu accéder 43 nous ont permis de repérer deux reportages datés du 05 juillet 1939. Le premier 44 n’a pas pu être visionné, mais la fiche descriptive nous indique que toutes les étapes du voyage ont été montrées : cortège officiel, monument aux morts, passage dans les vignobles, chars… Le deuxième 45 a été réalisé pour « Éclair journal » de Gaumont. Il apparaît à travers l’analyse de ces images que l’évocation se fait de façon très rapide (une minute en moyenne par reportage) et en partant d’abord du thème du voyage en province du Président de la République. L’allusion à la Fête n’est par conséquent introduite qu’au milieu du reportage, après le récit de la traversée du vignoble, pour évoquer ensuite le défilé folklorique, les « représentants des seize pays » et conclure de façon générale sur une manifestation « faite de bonne humeur et de gaîté et placée sous le signe de Bacchus ».

Au total, nous constatons donc que la propagande développée autour des nombreux événements de juillet 1939 est particulièrement dense et efficace. Elle est écrite en priorité et étroitement contrôlée par le comité d’organisation à travers le très riche Album des vins de France. Puis elle est relayée tout au long des préparatifs et de façon emphatique au moment des fêtes par la presse locale et régionale qui célèbre le triomphe des vins du Midi. Pour finir elle est appuyée par les journaux nationaux qui insistent moins sur le caractère viticole et davantage sur la visite du Président, mais n’en réhabilitent pas moins le vin du Languedoc. Ces médias traditionnels sont désormais complétés par la radio et les actualités filmées, mais dans ce cas également c’est la venue de M. Lebrun qui justifie vraiment l’ampleur nationale de la relation des cérémonies par la presse.

Conclusion

Quels grands apports peut-on dégager à l’issue de cette étude ?

Nous avons pu observer, à travers l’évocation de la VIIème Fête fationale des vins de France, comment la République de la fin des années 1930 pouvait déployer tous ses fastes pour célébrer et glorifier les grands vins du Languedoc. Cela requiert une organisation considérable, précise et technique, pour réaliser des travaux d’aménagement impressionnants et organiser un nombre incalculable de manifestations dans de nombreuses communes de l’Hérault. Les enjeux sont cependant énormes.

Il y a en premier lieu la célébration de la République, portée à son sommet par la visite triomphale autant que dense et rapide du Président Lebrun, avec des rituels républicains bien établis et parfaitement maîtrisés (l’hommage aux morts de la guerre, le banquet, les visites et inaugurations, le défilé…) qui unissent le représentant du pouvoir central et les élus de province au moment où l’on sent la guerre très proche. Tous communient avec le peuple lors du défilé dans une évocation du patrimoine commun local et national. Il y a en deuxième lieu une mise en lumière exceptionnelle des richesses viticoles du Languedoc. En effet, au-delà de la rivalité entre Montpellier et Béziers, ces fêtes au retentissement national et international (pour les délégations étrangères) donnent à voir toute une propagande qui réhabilite les « petits vins » de l’Hérault et du Midi, en célébrant les grands vins prestigieux du Languedoc, en mettant en avant aussi bien le paysan que son organisation commerciale, syndicale et coopérative.

Enfin, nous constatons que ces fêtes légitiment pleinement tout le travail accompli pour la viticulture par le député Édouard Barthe et son importance considérable dans la mise au point du Statut de la viticulture des années 1930. Avec du recul, ces festivités marquent le couronnement de la carrière et de l’œuvre de Barthe et finalement, deux mois jour pour jour avant la déclaration de guerre, la fin d’une époque.

Annexe

Le déroulement de la visite du Président de la République
(02 juillet 1939)

Visite du Président de la République (02 juillet 1939) à Béziers.
Fig. 3 Visite du Président de la République (02 juillet 1939) à Béziers.
Visite du Président de la République (02 juillet 1939) à Montpellier.
Fig. 4 Visite du Président de la République (02 juillet 1939) à Montpellier.

Sources : Article Petit Méridional, non daté, in A.M.B., 1 J 19 ; Programme officiel du voyage, Présidence de la

République, 1939 ; Album des vins de France ; programme de la VIIème Fête publié par la ville de Béziers.

Notes

   1.Pour davantage d’informations sur cet acteur essentiel de la vie politique et viticole de l’Hérault dans l’entre-deux-guerres, voir par exemple SAGNES J., « Viticulture et politique : Édouard Barthe, député de l’Hérault (1882-1949) ». Mélanges. Hommage à Robert Laurent, Montpellier, U.P.V., 1980, p. 217-246. Pour une étude de l’influence de cet élu sur la mise en place de la législation viticole de l’entre-deux-guerres, voir : BAGNOL J.-M., Les députés héraultais et la viticulture dans l’entre-deux-guerres : organes de décision, relais de pouvoir, législation, thèse de doctorat d’histoire (direction G. Gavignaud-Fontaine). Montpellier, U.P.V., 2007.

   2.Petit Méridional, 13/06/1939.

   3.En 1934 la Fête se déroule à Bordeaux, puis c’est la Champagne qui est choisie en 1935 (Reims), l’Alsace en 1936 (Colmar) et la région d’Angers en 1937.

   4.Les sources utilisées pour notre étude sont nombreuses, riches et variées. Elles concernent d’abord les fonds des Archives départementales de l’Hérault (nous dirons ensuite A.D.H.) avec 3 liasses qui rassemblent semble-t-il les archives du comité départemental d’organisation [A.D.H., 1 M 532, « organisation, correspondance », 1 M 533, « registres et pièces comptables » et 1 M 534, « comptabilité »]. Elles sont ensuite issues des fonds municipaux : les Archives municipales de Montpellier nous ont permis de consulter une grosse liasse montrant la part prise par la mairie de Montpellier dans cet événement (nous écrirons A.M.M., cote provisoire 2/4/6, épi 10) ; les Archives municipales de Béziers nous ont révélé l’existence d’un dossier semble-t-il constitué et mis en ordre à l’époque par M. Georges Vignon, 5e adjoint au maire de Béziers, Président du Comité permanent des fêtes de charité de Béziers et membre du comité local d’organisation de la Fête. Nous y puiserons, à l’aide de documents rares et de comptes rendus de réunions, beaucoup de petits détails concernant l’organisation de la fête (nous mentionnerons alors A.M.B., 1 J 19).

   5.Lettre d’Édouard Barthe au maire de Montpellier, 22/06/1938, in M.M., 2/4/6, épi 10. André Nougaret (1876-1936) avait été le premier président de l’Association de Propagande pour le Vin, basée à Béziers et chargée d’organiser la propagande en faveur du vin, du raisin et du jus de raisin. Il était également, entre autres fonctions, vice-président du Comité national de propagande en faveur du vin.

   6.Lettre à Barthe, 28/06/1938, A.M.M., 2/4/6, épi 10.

   7.Lettre à Barthe, 18/08/1938, A.M.M., 2/4/6, épi 10.

   8.Article du Petit Méridional, 13/06/1939.

   9.Il faut ajouter à cela, à un niveau encore supérieur, un comité de patronage : la VIIème Fête est placée sous le haut patronage du Président de la République et le comité comprend le Président du Conseil (E. Daladier), les ministres et un nombre considérable de responsables ayant à voir avec cette manifestation : élus de l’Hérault, autorités civiles et militaires, grandes organisations viticoles et leurs dirigeants.

 10.La Confédération Générale des Vignerons, créée en 1907, est un syndicat corporatiste de défense des viticulteurs, du journalier au gros propriétaire. Il est organisé en sections communales dont les adhérents paient une cotisation et ont un pouvoir de décision proportionnel à l’importance des intérêts qu’ils représentent. Ses membres se répartissent dans des grands syndicats régionaux (Montpellier-Lodève, Béziers-Saint-Pons…). Leur objectif premier est alors de lutter contre les fraudes sur les vins.
La Ligue des Petits et Moyens Viticulteurs a été fondée en 1932 sous l’impulsion d’Édouard Barthe qui en est le président d’honneur. Outre la chasse aux fraudeurs, elle s’engage nettement dans la défense du Statut de la viticulture au cours des années 1930.

 11.Pour la liste complète des membres de ces divers comités, voir L’Album des vins de France, présenté ci-dessous.

 12.Des comptes rendus de ces réunions sont consultables dans A.M.M., 2/4/6, épi 10.

 13.Pour plus de détails, voir A.D.H., 1 M 532 (sollicitations du comité d’organisation aux communes), A.M.M., 2/4/6, épi 10 (subventions de Montpellier et Sète) et, pour les petites communes, le grand livre de compte du comité avec la liste de 261 versements de « subventions de petites collectivités et des particuliers », in D.H., 1 M 533.

 14.Voir des exemples très nombreux de subventions à des associations, dans A.M.M., 2/4/6, épi 10.

 15.Marcel Bernard (1894-1981) est architecte de la ville de Montpellier, sa ville natale, de 1934 au milieu des années 1950. C’est à ce titre qu’il supervise les travaux et aménagements liés à la VIIème Fête nationale des vins de France. À noter qu’on lui doit notamment la réalisation du kiosque Bosc ou de la nouvelle Faculté des lettres de l’époque, située derrière la cathédrale et inaugurée par le Président de la République lors de son passage. Pour plus de détails, voir SEGALAS C., « Marcel Bernard (1894-1981), un architecte moderne à Montpellier ». Bulletin historique de la ville de Montpellier, n° 31, novembre 2005, p. 22-31.

 16.Voir le contrat de marché de gré à gré passé entre Boujol et le constructeur Peyranne, in D.H., 1 M 533.

 17.Pour l’ensemble de ces animations, voir les lettres de proposition de prestation des associations et sociétés privées et les formalités d’acceptation, de mise en place et de règlement par la mairie de Montpellier, in M.M., 2/4/6, épi 10.

 18.Ces derniers viennent d’Allemagne, du Royaume Uni, du Luxembourg ou des Pays-Bas, d’Italie, mais aussi de Grèce, du Portugal, de Roumanie ou encore de Hongrie, de Bulgarie, de Turquie, de Palestine…

 19.Citation extraite du petit album-programme édité à Béziers (in M.B., 1 J 19). Prenons comme exemple d’excursion le 3 juillet : départ de Montpellier, visite des vignobles, puis de la cave coopérative de Marsillargues (150 000 hectolitres, la « plus importante cave coopérative du monde »), ensuite Lunel, Sommières, St Martin, déjeuner à Aniane. L’après-midi passage par Gignac, Cournonterral, Gigean, avec arrêt à la coopérative, Frontignan, avec dégustation de muscat et le soir dîner à Sète agrémenté de fête de nuit et joutes. Coucher à Montpellier. Le trajet total est de 190 km et le comité demande pour chaque lieu visité qu’on procède à des décorations aux couleurs nationales.

 20.Sources : article non référencé dans A.M.B., 1 J 19, et A.M.M., 2/4/6, épi 10.

 21.Lettre de Barthe au maire de Montpellier, 22/06/1938, A.M.M., 2/4/6 épi 10.

 22.Albert Lebrun (Mercy-le-Haut, Meurthe-et-Moselle, 1871. Paris, 1950). Ingénieur des mines, député modéré de son département natal dès 1900, plusieurs fois ministre, il dirige le Sénat en 1931. Après l’assassinat de Paul Doumer, il est élu Président de la République le 10 mai 1932. Réélu en mai 1939, il s’efface devant le vote des pleins pouvoirs à Pétain en 1940.

 23.Compte rendu personnel de la réunion du nouveau comité d’organisation à l’A.P.V. de Béziers, par G. Vignon, 28/01/1939, in M.B., 1 J 19.

 24.Seul M. Boujol fera une allusion à ces difficultés après la visite du Président : « Nos compatriotes ne sauront jamais l’effort qu’il a fallu pour que M. Albert Lebrun passe dans notre ville des instants trop courts… », in article non référencé récupéré par G. Vignon (A.M.B., 1 J 19).

 25.Montpellier a déjà reçu le Chef de l’État dans le passé, avec la visite de R. Poincaré (1913), et de A. Millerand (1921).

 26.L’analyse du voyage présidentiel se base principalement sur le Petit Méridional et L’Éclair du 03/07/1939.

 27.Lettres des maires de Béziers et Montpellier aux responsables religieux les 24/06 et 26/06/1939 pour la sonnerie des cloches, « en exécution de l’article 10 du décret du 16/06/1907 », in M.B., 1 J 19 et A.M.M., 2/4/6, épi 10.

 28.Le texte complet de cet hommage est notamment cité dans l’Éclair, 03/07/1939, p. 3.

 29.Discours retranscrit dans M., 03/07/1939, p. 6.

 30.Les dîners sont nombreux lors de ces fêtes pour accueillir les différentes délégations, à Béziers (01/07), Aniane et Sète (03/07) ou Lamalou-les-Bains, Valras-Plage, tous préparés par le vatel Fourcade, traiteur au Grand hôtel de Béziers. Mais le seul banquet officiel est celui de Montpellier.

 31.D’après une lettre de M. Boujol, 10/06/1939, in D.H., 1 M 532.

 32.Ce menu est annoté « 95 Frs par tête » par M. Vignon (A.M.B., 1 J 19).

 33.Les VIIIèmes fêtes étaient en effet prévues à Châteauroux, « capitale du Bas-Berry, du 8 au 12/06/1940 », avec en prime le Congrès des Médecins amis du vin. Mais les cérémonies ne semblent pas avoir eu lieu à cause de la guerre.

 34.Lettre de Barthe au maire de Montpellier, sur papier de l’imprimeur Causse, Graille et Castelnau, mais à en-tête de la VIIème Fête nationale des vins de France, non datée [printemps 1939].

 35.Lettre du directeur de l’imprimerie, M. Causse semble-t-il, au maire de Montpellier, 01/03/1939, A.M.M., 2/4/6, épi 10.

 36.Pour Béziers, lettre de l’imprimeur à M. Vignon, adjoint au maire, 03/03/1939, A.M.B., 1 J 19, et pour Montpellier lettre de M. Causse au maire, 01/03/1939, A.M.M., 2/4/6, épi 10.

 37.Lettre de l’imprimeur au maire de Montpellier, 26/04/1939, A.M.M., 2/4/6, épi 10. Il précise également plus loin : « La confiance de tes collègues te laisse, j’en suis sûr, le soin de prendre la décision […] Il s’agit, tu le vois bien, d’une collaboration entre la ville et nous. Les choses doivent se passer comme si la ville elle-même avait décidé l’édition d’un ouvrage et qu’elle en assure la réalisation ». Et le commerce local étant trop affaibli, « c’est à la collectivité qu’il appartient de financer les moyens de propagande destinée à redonner à plus ou moins longue échéance l’élan à la vie économique normale du pays ».

 38.Extrait du registre des délibérations du Conseil municipal de Montpellier, 05/05/1939, in M.M., 2/4/6, épi 10. Pour Béziers, notes de G. Vignon et lettre de l’imprimeur à ce dernier, 11/05/1939, in A.M.B., 1 J 19.

 39.Lettre de l’imprimeur à M. Boujol, 28/06/39, in D.H., 1 M 532.

 40.Liste complète des membres du cortège in L’Éclair, 03/07/1939, p. 4.

 41.Paris-Soir, 03/07/1939, page 3, article de René Barotte, « envoyé spécial ».

 42.L’Illustration, n° 5027, 08/07/1939, p. 345-347.

 43.Nous avons pu consulter ces fonds grâce à l’aimable autorisation de la société Gaumont Pathé Archives (adresse Internet : http://www.gaumontpathearchives.com/).

 44.Côte PJ 1939 504 16, 28 mètres de pellicule, 16 plans, sonore, noir et blanc, 58 secondes.

 45.Côte 3927EJ 30568, sonore, noir et blanc, 63 secondes.