Présentation du cahier d’Elie Castan
Présentation du cahier d’Elie Castan
Chansons, poèmes et récit ont été copiés sur un cahier d’écolier à couverture verte, mesurant 17 x 22 cm et comportant 22 feuilles dont deux ont disparu. Sur la page de garde, ornée par une frise représentant divers animaux, Élie Castan a écrit en lettres capitales CAHIER DE MONOLOGUES FAIT A GAFSA. Les poèmes ont été rédigés entre le 13 et le 17 septembre 1907, c’est à dire tout à fait à la fin du séjour d’Élie Castan. Mais il peut bien sûr s’agir de pièces jusque-là éparses recopiées à ce moment-là. La succession des pièces dans le cahier a été respectée, de même que la disposition graphique des poèmes. Nous avons laissé à sa place après les poèmes le « mémorable souvenir » de la révolte et de la déportation du célèbre régiment. Enfin, nous avons conservé l’orthographe et le vocabulaire, quitte à indiquer les fautes ou les erreurs commises entre parenthèses ( ), les corrections étant notées à la suite de chacune des pièces du recueil.
Après avoir songé à éliminer les pièces de caractère élégiaque dont la naïveté et les stéréotypes pourront parfois faire sourire, nous avons choisi de les reproduire, pensant qu’elles pourraient intéresser tous ceux qui recherchent des témoignages de la culture populaire sous la IIIème République. Il nous a semblé, par ailleurs, que la présence de ce type de poèmes et de monologues manifestait que les conditions de vie à Gafsa avaient pu permettre l’expression d’une inspiration autre que revendicative. Ce cahier nous parait toutefois témoigner avant tout de la vitalité, de la créativité de ces hommes meurtris par la chaleur, la solitude, l’ennui, et qui ont su pourtant rester debout.
Rémy PECH
Pièces contenues dans le cahier d’Élie Castan (manquent les pages 11-12 et 33-34)
L'abricot ou le garçon timide
C’est en Juin que l’on va cueillir les abricots
Et que l’on voit aussi sortir les escargots
Jean Pierre le savait et c’est pour (ca) sans doute
Qu’il s’en allait (flaner) un jour sur la (grande) route
A force de marcher il s’assit quelque part
Et sur le vert gazon prit un bain de lézard
Il prenait le soleil les mains sur la poitrine
Lorsque vint (a) passer la belle Joséphine
Bonjour mademoiselle (ou) courez vous ainsi
Dit-il en se levant sur son coude (a) demi
Pas (trés) loin Je m’en vais au verger de mon (pére)
Si le cœur vous en dit suivez-moi donc Jean-Pierre
Comment donc si je veux : Attendez je vous suis
Il (parait) que (la) bas vous avez de beaux fruits
Et je suis (trés) gourmand : Je le sais reprit-elle
Mais pourquoi m’appeler toujours mademoiselle
Nous sommes du même (age) on peut se tutoyer
Joséphine tout court c’est bien plus familier
Pardon je n’ose pas vous (étes) trop gentille
Puis je suis un garçon vous une jeune fille
Je vous dois le respect. Le respect allons donc
Donnez moi votre bras ce ne sera pas long
Comme on le voit Jean-Pierre (ètait) un peu timide
Même trop Joséphine en lui servant de guide
Prenait pour l’agacer n’importe quel motif
Mais l’autre répondait par un rire naïf
Au (guet) sous entendu de la belle fillette
Bref il le trouva plus que naïf mais bête
Alors bon pensa la jeune fille avec ce garçon ci
Je crois qu’il faudra mettre (bientot) le point sur l’i
En rentrant dans l’enclos la fine jouvencelle
Décroche dans un coin une petite échelle
Et grimpa d’un seul (bon) sur un abricotier
Jean Pierre soutenait l’échelle avec le pied
Oh fit (bientot) la jeune Joséphine. Je n’en trouve plus
Quelque vieille coquine pendant la nuit sans doute
A volé notre bien et vous Jean Pierre n'(apercevais) vous rien
Non rien moi non plus répondit l’imbécile
Pourtant (ca) vous est plus facile
A vous d’en bas qu'(a) moi de vous en assurer
Qui me vit cependant je ne puis rien trouver
Joséphine (enragé) se troussant les manches
Au dessus de Jean Pierre en écartant deux branches
Et celui (la) dit-elle : Aveugle triple sot
Ne pouviez vous au moins l’apercevoir plus (tot)
Jean Pierre (a) cette vue
Déclara qu’il avait quelquefois la (berlu)
Et devant l’abricot demeura stupéfait
Joséphine en riant d’en bas le lui montrait
Espérant que chez lui la gourmandise
Réussirait peut (étre) (a) vaincre la bêtise
Mais (hèlas) temps perdu l’autre ne bougeat pas
Ses yeux de (merland) (frits) le (regardait) d’en bas
Ouf. Se dit Joséphine une (huitre) de la sorte
Ne viendra pas le prendre il faudra qu’on lui porte
Je n’ai plus qu’un moyen pour lui faire accepter
Il (ma) (déja) servi je m’en vais l’essayer
Sans cesser de sourire et faire bon visage
Elle cueille le fruit le met dans son corsage
Et descendit alors de l’arbre (a) reculons
Mais quand elle aborde les derniers échelons
Les deux (pied) tout à coup (manquérent) la traverse
Et la belle tomba sur l’herbe (a) la renverse
Le trop naïf Jean Pierre accourut en pleurant
Souleva dans ses bras la malheureuse enfant
Puis s'(étant) avec elle assis sur la verdure
S’assura que son front n’avait pas de blessures
Mais son front seulement (quand) (a) la Joséphine
Ses (lèvres)(souriait) et son corset ouvert
Laissait voir (a) l’enfant le merveilleux dessert
Vous souffrez n’est ce pas Oh mais non je suis lasse
Je n’ai rien de cassé (béta) rassurez vous
Laissez moi, seulement dormir sur vos genoux
Oh vous pouvez dormir allez mademoiselle
Je suis respectueux. Et malin cria (t’elle)
En s’arrachant des bras du peu rusé (garcon)
Passez votre chemin monsieur le cornichon
Vous passez plus d’une heure avec moi sur l’herbette
A regarder si j’ai (quelques) trou dans la (tete)
Allez je trouverai quelque garcon moins sot
Qui sera (trés) heureux d’avoir mon abricot
Notes
Vers 3 : Ça ; v. 4 : flâner, grand ; v. 8 : à ; v. 9 où ; v. 10 : à ; v. 11 : très, père ; v. 14 : paraît, là ; v. 15 : très ; v. 17 : âge ; v. 19 : êtes ; v. 23 : était ; v. 27 : gai ; v. 30 : bientôt ; v. 33 : bond ; v. 35 : bientôt ; v. 37 : apercevez ; v. 39 : ça ; v. 40 : à ; v. 42 : enragée ; v. 44 : là ; v. 45 : tôt ; v. 46 : à ; v. 47 : berlue ; v. 51 : être, à ; v. 52 : hélas, bougea ; v. 53 : merlan, frit, regardaient ; v. 54 : huître ; v. 57 : m’a, déjà ; v. 60 : à ; v. 62 : pieds, manquèrent ; v. 63 : à ; v. 66 : étant ; v. 68 : quant, à ; v. 69 : lèvres, souriaient ; v. 70 : à ; v. 72 : bêta ; v. 75 : t-elle ; v. 76 : garçon ; v. 79 : quelque, tête ; v. 80 : garçon ; v. 81 : très.
Les trois violettes
1er Couplet
Le ciel était pur l’herbe douce
De vrais parfums (montait) dans l’air
Le gai printemps chassait l’hiver
Aux rochers verdissait la mousse
Tous les vallons était fleuris
Les fauvettes (fesaient) leur nid
La terre achevait sa toilette
Mais alors dans le bosquet voisin
Tu m’offris de ta blanche main (bis)
Une première violette
2e Couplet
Voici l’été la brise est chaude
Les foins coupés et les blés d’or
Les frais ombrages (ou) l’on s’endort
Quand le rossignol dit son ode
Et sous un chêne touffu
Au coin d’un vieux (sentiers) perdu
(Ou) nul regard humain nous guette
Prenant son petit air mutin
Viens m’offrir de ta blanche main
Une deuxième (viollette)
3e Couplet
Déjà les pourpres (vert) jaunissent
Et découvrent les fruits vermeils
La nature semble en sommeil
Les rayons du soleil (palissent)
Il y a le signe près du cœur
Du climat triste et ravageur
Qui rend la nature muette
Mais avant que l’hiver soit certain
Viens m’offrir de ta blanche main (bis)
Une troisième violette
Notes
Vers 2 : montaient ; v. 6 : faisaient ; v. 13 : où ; v. 16 : sentier ; v. 17 : Où ; v. 20 : violette ; v. 21 : verts ; v. 24 : pâlissent.
Liberatus
Au départ de la classe les adieux
Madame veuve corvée de quartier et ses fils Jules et Thomas
Monsieur Victor paquetage et son épouse Augustine Inspection
Mademoiselle Julie consigne et Louise salle de police
Mademoiselle Adèle prison et Marie cellules
Mademoiselle Louise cartouche et (aima) Lebel
Le (conte) Louis de saint huron et sa nièce Adèle (cartouchiére)
Monsieur et madame bidon et leurs filles la flotte
Madame Rosalie gamelle (né) rata et ses enfants cuiller fourchette et (car)
Monsieur Nicolas Képi et son fils (couvrenuque) 1
Madame veuve (boite) (a) graisse et sa nièce brique anglaise 2
Monsieur et madame sac (a) brosses et leurs enfants trousse garnie
Madame bretelle les familles campement sabre et baïonnette et martinet
Le Vicomte (gaudio) 3 Madame musette et ses filles brosses (a) (chientdent)
Leur excellence les ministres (chalits) 4 et matelas
Balais (peles) pioches clairon et champ de manœuvre
Ont le bonheur de vous faire part de la perte
d’attendu qui viennent de dépendre en la personne
de la classe 1904
Gafsa 13 septembre 1907
Notes
Vers 6 : Emma ; v. 7 : comte, cartouchière ; v. 9 : née, quart ; v. 10 : couvre-nuque ; v. 11 : boîte, à ; v. 14 : godillot, à, chiendent ; v. 15 : châlits ; v. 16 : pelles.
~ Le 17ème à Gafsa ~
Air la Tonkinoise
1er Couplet
Le ministère
En colère
Sur notre geste hardi
Pour faire sentir sa puissance
A prononcé la sentence
Sans une plainte
Et sans crainte
Pour Gafsa nous sommes partis
Adieu parents et amis
Adieu notre beau pays
2e Couplet
Phébus chante
Sur la tente
Et chauffe le sirocco
Le jour dehors y a personne
Chacun dort boit ou ronchonne
Pas de (fète)
On s’embête
On s’empiffre de coco 5
On voit passer des chameaux
Et l’on pense (a) Clémenceau
3e Couplet
Mais tout passe
Et tout casse
En rance nous reviendrons
Nous passerons notre bagage
Nous reverrons notre village
Plus de peine
Plus de haine
Tous en chœur nous reprendrons
Les modestes prétentions
Des malheureux vignerons
Refrain
Nous avons ici des Berbères
Et des mou mou et des mou mou et des (moukères) 6
Des mauresques plébéiennes
Et des juives patriciennes
Ca ne vaut pas les Agathoises
Ni les bibi Ni les bibi les Biterroises
Sur ce point malgré fatma 7
Béziers enfonce Gafsa
Refrain
Tandis que dans la (metropole)
Les dépupu les députés se la gondolent
Pour eux festins et ripailles
Pour nous : La botte de paille
Les repus dans la verdure
Vont se gaga vont se garantir la hure
Et ces ultimes farceurs
Nous mettent sous l’équateur
Refrain
Nous chanterons l’air (a) la mode
Guerre (a) la frau Guerre (a) la frau guerre (a) la fraude
A bas l'(infame) sucrage
Pour toujours sus au mouillage
Nous ne voulons que la justice
Il faudra bien il faudra bien que ça finisse
Comme le vin naturel
Le bon droit est immortel
Fin
Gafsa 13 septembre 1907
Notes
Vers 12 : moukères ; v. 24 : fête ; v. 28 : à ; v. 29 : métropole ; v. 47 : à ; v. 48 : à ; v. 49 : infâme.
Lettre de Biribi 8
Aux vaillants soldats du 17e
Je t’écris du fond de l’Afrique
Mère sous un soleil (brulant)
Et dans la crainte de la trique
D’un ivrogne de surveillant
Je t’écris ces mots en cachette
Le chef ne le permettant pas
Mais pour un instant je m'(arréte)
Car du sous off j’entends les pas
Tu sais bien (o) mère chérie
Qu’en partant pour le Régiment
Je devais servir la Patrie
Contre l’étranger seulement
Mais non contre une populace
Qui nous clamait soldats j’ai faim
Et que par milliers sur la place
Demandait des fraudes la fin
Aussi quand l’ordre du ministre
Vint d’aller les assassiner 9
Nos cœurs contre l’ordre sinistre
Nous dirent de nous mutiner
Un cri sort de toutes les bouches
Non. Non. partons il n’est que temps
Avec nos fusils nos cartouches 10
Pour aider les manifestants
On voulut nous barrer la route 11
Mais nous (dimes) résolument
Nous passerons (coute) que (coute)
Et nous le fîmes (cranement)
Nous (trouvames) le peuple en larmes
En pénétrant dans la cité
On nous traitait portant nos armes
En soldats de la liberté
Après l’émotion (passé)
Le comité dit mes enfants
Quoique courte votre odyssée
Honneur (a) vos cœurs de vingt ans
Lors sous les vivats de la foule
Le Général. Le comité
Et nous comme un fleuve qui houle
Nous (traversames) la cité
Nous rentrions (a) la caserne
Avec promesse de pardon 12
Mais au nom de sainte Giberne 13
Le ministre a répondu. Non.
Ce ministre qui dans l’affaire
Faisait de la rébellion
N’a trouvé rien de mieux (a) faire
Que de nous mettre au bataillon 14
Or je reviendrai je l’espère
Du pays (a) l’air étouffant
Et (bientot) ma petite mère
Tes bras presseront ton enfant
Fais comme moi reste stoïque
Refoule tes pleurs en ton sein
Il est vraiment plus héroïque
De n’être pas un assassin
Car pour moi simple prolétaire
Qui souffre et cuit de ce gourbi 15
Oui si je suis (a) Biribi
C’est pour la cause. Humanitaire
Gafsa le 13 septembre 1907
Notes
Vers 2 : brûlant ; v.7 : arrête ; v. 9 : ô ; v. 26 : dîmes ; v. 27 : coûte ; v. 28 : crânement ; v. 29 : trouvâmes ; v. 33 : passée ; v. 36 : à ; v. 40 : traversâmes ; v. 41 : à ; v. 47 : à ; v. 50 : à ; v. 51 : bientôt ;v. 59 : à.
Trop tard
Enfin cré bon dieu me (voila) libre
J’ai le droit de marcher d’aller de venir
Mon esprit chante et mon cœur vibre
Eloignez vous tristes souvenirs
Je vais revoir ma vieille demeure
Plus de sac plus de fusil plus de (bazar)
C’est fini l’appel (a) neuf heures
On ne me dira plus il est trop tard
(Voilà) la maison, tiens c’est toi Pierre
Tu t’es décidé (a) revenir
Oui, mon frère, ma sœur, ma mère
C’est eux que tu cherches tu peux courir
Ta mère elle a cassé sa pipe
Ton frère est parti sur le trimard 16
Et ta sœur est avec un type
T’as plus de famille t'(arrive) trop tard
Plus de famille c’est pas Dieu possible
C’est vrai pourtant je peux pas le nier
Mais c’est une douleur plus terrible
Que d’être encore prisonnier
Tu voudrais peut être bien des nouvelles
De celle que t’aimais avant ton départ
Elle a accouché de deux jumelles
Elle (c’) est (marié) t'(arrive) trop tard
Assez vous ne voyez pas que je crève
Et que j’étouffe de rage et de douleur
(Ou) donc sont-ils les jolis (rêves)
Que je faisais pour me donner du cœur
Adieu mes illusions une (a) une
S’en vont enlevant tout espoir
Mon pauvre vieux c’est la loi commune
On te l’a bien dit t'(arrive) trop tard
Eh bien non je ne me laisserai pas abattre
Je me remonterai en travaillant
Je (bucherai) je trimerai comme quatre
Pour bien prouver que je suis vaillant
Bonjour patron je suis de la classe
Je reviens chez vous. Hé mon gaillard
Qui va à la chasse perd sa place
J’ai tous mes hommes t'(arrive) trop tard
Et maintenant (voila) l’horloge qui sonne
L’heure (ou) l’on mange et j’ai pas le rond
Qui m’aide qui me soutient personne
J’ai plus de famille plus d’affection
Pendant que pour vous pour ma patrie
Je bravais la pluie et le cagnard
Vous m’avez pris ce qui (fesait) ma vie
Et maintenant vous me dites trop tard
Trop tard pour embrasser ta mère
Trop tard pour avoir un foyer
Trop tard pour la place de naguère
Suis remplacé (a) l’atelier
Mais que soudain gronde la (tempéte)
J’entendrais dire dans le coup de chambard 17
Viens donc te faire casser la tête
Pour mourir il n’est pas trop tard
Et si moi qu’ai rien (a) défendre
Si je refuse de marcher (a) la mort
Pour moi vous montrerez vous tendres
Direz vous que je n’ai pas tous les torts
Direz vous que c’est une chose normale
Moi qui ne trouve d’abri nulle part
A moi vous me collerez douze balles 18
Si jamais je n’ose vous dire trop tard
(fin)
Notes
Vers 1 : voilà ; v. 6 : bazar ; v. 7 : à ; v. 9 : voilà ; v. 10 : à ; v. 14 : arrives ; v. 24 : s’, mariée, arrives ; v. 27 : où, rêves ; v. 29 : à ; v. 32 ; arrives ; v. 35 : bûcherai ; v. 40 : arrives : v. 41 : voilà ; v. 42 : où ; v. 47 : faisait ; v. 52 : à ; v. 53 : tempête ; v. 57 : à ; v. 58 : à.
J'en ai mar
J’ai insulté un sergent
(Voila) ce que vous me reprochez d’un ton méprisant
C’est le conseil de guerre car il y a des témoins
Bah cessez votre morale et n’allez pas plus loin
Vous supposiez qu’une fois devant vous
J’allais nier. Eh bien non j’avoue
Ce n’est pas croyez le pour mériter votre indulgence
Du reste vous en jugerez au cours de la séance
Pourquoi me rappeler (a) moi qui suis dans les (chaines)
Que je dois m’incliner devant vous capitaine
Le ton dont je vous parle vous semble trop blessant
Vous aimeriez mieux me voir pleurant et m’abaissant
Je me suis trop courbé sous l’uniforme du pauvre camisard 19
J’ai subi trop de honte et de misère aujourd’hui. J’en ai mar
Pourquoi me regardez vous de cet air étonné
Je ne suis plus pour vous l’humble subordonné
Qui s’oblige (a) marcher en imposant silence
Aux justes révoltes agitant sa conscience
Parce que son cœur est plein de bons vieux souvenirs
Et que sa vieille mère le supplie de revenir
Non je ne crois plus (a) un retour possible
J’ai banni (a) jamais de mon cœur irascible
Les désirs et les joies de la folle jeunesse
Qu’on ne peut retrouver qu’en se courbant sans cesse
Depuis 2 ans que je (cotoie) l'(abime)
Etouffant ma (colére) pour n'(ètre) pas victime
J’ai subi l’odieuse tyrannie de tous vos galonnards
Aujourd’hui je suis (a) bout. J’en ai mar.
Tous m’en (voulait) sergents et caporaux
Voulant emprisonner sous l'(infame) tombeau
Parce que je discutais leur volonté sauvage
Et que je disais aux autres en allongeant l’ouvrage
De turbiner comme ils étaient nourris
De jouer la tole 20 ou la maladie
(Plutot) que de travailler (a) vous engraisser tous
J’avais un peu de jactance et vous aviez la frousse
De me traduire devant un conseil
(Ou) mes accusations seraient toutes (tombés) dans l’oreille
D’un ennemi de vos bagnes militaires
(Voila) pourquoi vous m’avez épargné quand je ne voulais pas me taire
Et si un de vos laquais (ma) tout de même fait lomard 21
C’est que je l’ai cherché parce que J’en avais mar
Pourquoi dites vous que l’on m’emmène
Croyez vous qu’un outrage ait pu calmer ma haine
Et suffise (a) payer tout ce que vous m’avez pris
Mon bonheur ma santé ma raison et l’amie
Que j’ai (laissé) (la) bas seule près de la vieille qui pleure
Pauvre victimes d’une loque aux trois couleurs
Non les larmes des mères et des amantes
Et toutes les victimes des compagnies sanglantes
Réclament enfin un (chatiment) suprême
Pour tous les révoltés et pour tous ceux que j’aime
Avant de succomber sous vos torts d’assassins
Je les venge en plongeant cette lame en ton sein
Et maintenant vous pouvez me conduire au (mitar) 22
Car le coup a porté. Je crois qu’il en a mar.
Notes
Vers 2 : voilà ; v. 9 : à, chaînes ; v. 17 : à ; v. 21 : à ; v. 22 : à ; v. 25 : côtoie, abîme ; v. 26 : colère, être ; v. 28 : à ; v. 29 : voulaient ; v. 30 : infâme ; v. 35 : plutôt, à ; v. 38 : où, tombées ; v. 40 : voilà ; v. 41 : m’a ; v. 45 : à ; v. 47 : laissée, là ; v. 51 : châtiment ; v. 55 : mitard.
Aux chaouchs 23
Vous me demandez pourquoi je vous hais tous ainsi
Pourquoi je renie dieu insulte ma patrie
Pourquoi je vois du sang la nuit dans mes visions
Et que l’esprit du mal guide seul mes actions
(Traineurs) de sabres odieux c’est (a) vous que je parle
Vous (laches) fainéants qui faites la morale
Chaouchs ivres d’orgueil et altérés de sang
Vous qui vivez du peuple dont vous tuez les enfants
Si la haine dans mon cœur (c)’est fixée (a) jamais
Si pour vous voir (mourrir) je donnerai ma vie
C’est que d’un (ètre) bon et humain comme je l’étais
Vous en avez fait un monstre embourbé dans la lie 24
Du paria des déchus des omis de ce monde
Qui sont privés de tout d’affection d’amour et de joie
Et dans l'(ame) desquels l’esprit du mal gronde
Parce qu’on leur a tout pris en invoquant la loi
Le voleur qui pénètre la nuit dans la maison
L’assassin qui dans l’ombre poignarde sa victime
L’incendiaire le faussaire l’escroc en renom
Ont du courage en somme en commettant leur crime
Ils savent quelle que soit leur précaution
Que le hasard malgré tout peut leur être contraire
Ils ont pour eux l'(escuse) et leur situation
La soif d’une vengeance ou la grande misère
(Poème incomplet)
Notes
Vers 5 : traîneur, à ; v. 6 : lâches ; v. 9 : s’, à ; v. 10 : mourir ; v. 11 : être ; v. 15 : âme ; v. 23 : excuse.
(Poème probablement incomplet)
Adieu peuple bicot 25 encore (a) demi sauvage
Hier j’avais la viscope 26 et vous me trahissiez
Recevez mon mépris et ma haine comme gage
Car je vous quitte et le fais sans vous regretter
Adieu M. les officiers de la camise
De vous je ne subirai plus l'(infame) joug
Pour vous engraisser tous je ne mouillerai plus ma chemise
Je suis tellement heureux que j’en deviens fou
Et vous les rempilés buveurs de sang (traineurs) de sabre
A présent je ne vous verrai plus faire les zigotos
De vous je ne conserve qu’un souvenir macabre
Car vous avez eu la graisse mais j’emporte la peau
(Quand) (a) vous tas de cressons 27, M. les sous officiers
L’article 218 28 pour moi n’existe plus
Vous vouliez tant m’avoir vous vous mettez la torche
Adieu cœur sans entrailles aux instincts corrompus
Et vous autres au revoir et (a) (bientot) chers camarades
Du courage et du sang et vous en sortirez
Surtout ne faites pas trop de tornades
Car il faut maudire et souvent (très) souvent la boucler
Faites (plutot) les agneaux devant un tas de (laches)
Qui ne cessent chaque jour de vous opprimer
Unissez vous (a) moi crions tous mort aux vaches
Vive le drapeau rouge. Vive la liberté
(fin) Castan Élie
Notes
Vers 1 : à ; v. 6 : infâme ; v. 9 : traîneurs ; v. 13 : quant, à ; v. 17 : à, bientôt ; v. 20 : très ; v. 21 : plutôt, lâches ;v. 23 : à.
La mort d’un camisard
Depuis plusieurs jours il se sentait malade
Il n’avait plus de force était sans appétit
Il donnait sa gamelle son pain aux camarades
Et sans pouvoir dormir il passait toutes les nuits
Pourquoi ne veux tu pas aller (a) la visite
Lui disions nous souvent prenant pitié de lui
Peut (ètre) disait il d’une voix qui palpite
Je ne serai pas reconnu j’ai peur d’être puni
Je n’ai qu’un an de service je veux revoir ma mère
Qui pleure nuit et jour de me savoir ici
Si j’y finis mon temps. oh perspective amère
Je la retrouverai morte en rentrant au pays
Le lendemain au terrain d’exercice
Il chancela soudain presque aux pieds d’un sergent
Un brancard du camp fut vite mandé d’office
Et l’on transporta le camisard mourant
Le major dit d’abord ça c’est du maquillage
Mais il dut se convaincre qu’il (c’) était trompé
Car les vêtements du moribond étaient en nage
Et le (thermométre) montait (a) quarante degrés
D’urgence on le mena bien vite (a) l'(hopital)
Le médecin chef l’ayant examiné
Dit qu’il était trop tard pour enrayer le mal
L’accès étant trop fort il devait succomber
Couché sur une poignée d’alfa il pleure, il se lamente
Puis soudain il divague et le délire le prend
D’un ton saccadé d’une voix déchirante
Il éclate en sanglots et crie : Maman. Maman.
C’est pour toi que je meurs depuis longtemps je souffre
Je voulais te revoir je surmontais le mal
A présent c’est fini je suis englouti dans le gouffre
Je vais te dire adieu je le sens c’est fatal
Et ses grands yeux noirs devinrent (tous) hagards
Illuminés d’éclair et chargés de haine
Quand soudain devant lui parut son capitaine
Alors vers ce dernier dirigeant son regard
Vous avez juré dit-il de me narguer jusqu’au bout
Sortez d’ici vous (étes) indigne d’assister (a) la (scéne)
A la mort d’un pauvre camisard
Je pourrais vous en dire plus long mais l’aiguille tourne vite
Et je vois (déja) la mort qui (apprète) sa faux
Adieu mère chérie il faut que je te quitte
A bas l’armée. Je meurs tué par ses bourreaux
Et sa pauvre (tète) tomba inanimée sur son lit
Mais ses grands yeux toujours fixés sur l’officier
Quand celui-ci s’approchant d’un pas peu alerte
En eut tellement peur qu’il vint lui fermer les yeux
Il (rala) et la brise (légére) caressa son visage poli
Emporta son dernier soupir vers sa mère.
Et son vieux pays.
Notes
Vers 5 : à ; v. 7 : être ; v. 18 : s’ ; v. 20 : thermomètre, à ; v. 21 : à, hôpital ; v. 33 : tout ; v. 38 : êtes, à, scène ; v. 41 : déjà, apprête ; v. 44 : tête ; v. 48 : râla, légère.
Le général Kouropatkine passe en revue les troupes après la bataille de Kin Tcheou 29
Kouropatkine visita les blessés le 20 juin et passa en revue le même jour les troupes du 1er corps d’armée. Le généralissime raconte le messager de l’armée de Mandchourie passe lentement devant le front des glorieux régiments et examine attentivement les visages des soldats. Le voici qui s'(arréte) devant un sergent et lui accroche sur la poitrine la croix de Saint-Georges plus loin il parle avec (bienvaillance) (a) un officier. Voici qu’il (ce) dirige au galop vers la 9ème division franchit la voie ferrée et s'(arréte) devant le régiment de tirailleurs. Et de nouveau on entend son affable Bonjour, mes braves ! Et la réponse pleine d’entrain et d’allégresse des soldats. Si nous ne battons pas les Japonais il nous sera impossible de rentrer chez nous ! Crie le général Kouropatkine d’une voix calme mais assez haut pour que ses paroles soient entendues au loin dans tous les rangs. Puis se tournant vers le commandant du régiment, il demande en désignant plusieurs soldats bandés. Ce sont des blessés ? Parfaitement. Ils ont refusé d’aller (a) l’ambulance, Ils préfèrent rester dans les rangs. Je vous salue bien bas mes (frères) Merci ! Hourra répondent les soldats (enthousiasmé). Un autre régiment. Encore de bonnes figures invariablement tournées du (coté) du général qui passe ; de nouveau, de joyeux regards. Échange de formules militaires, remerciements, puis le généralissime ajoute. Nos femmes se moqueront de nous si nous ne mettons pas (a) la raison les Japonais ! Nous ferons notre possible. La distribution des croix est terminée.
(fin)
Notes
Arrête, bienveillance, à, se, arrête, à, frères, enthousiasmés, côté, à.
Le quart de pain
1er Couplet
Quel est cet homme pâle et (blème)
Quel est ce spectre d'(ou) sort-il
Son existence est un problème
Il tient au monde par un fil
C’est un français c’est un vieux brave
Tirant sur le sol Africain
Coulant ses jours dans l’esclavage
C’est un épi qui sort du quart de pain
2ème Couplet
Quel est ce projet tyrannique
Qu’on a déjà traversé nos mers
Allez au Bataillon d’Afrique
Vous (venez) des soldats aux fers
Pour un seul mot une courte absence
Condamnés (a) crever de faim
Ce sont les soutiens de la France
Et cependant ils sont au quart de pain
3ème Couplet
Parisiens fils de la victoire
Défenseur de la liberté
Vous promettez (a) notre glace 30
Le prix de l’immortalité
Faites vos appels (a) la France
Prenez vos (intérêts) en main
Devant les fois criez : Vengeance
Pour les enfants qui ont un quart de pain 31
4ème Couplet
Enfin ma plume est trop (légére)
Trop faibles hélas sont mes pensées
Pour défendre l’affreuse misère
Et tracer ce cruel tableau
Oh (a) genoux ma bonne (mére)
Invoquez un meilleur destin
Au ciel adressez vos (priéres)
Pour les martyrs qui sont au quart de pain
5ème Couplet
A vous qui tenez nos (rénes)
(Acceuillez) nos lugubres chants
Si vous étiez chargés de (chaines)
Vous ne nous chargeriez pas tant
Vous seriez humbles équitables
Vos cœurs seraient bien plus humains
Si tous les jours sur votre table
On vous servait un simple quart de pain
(fin)
Notes
Vers 1 : blême ; v. 2 : où ; v. 12 : verrez ; v. 14 : à ; v. 19 : à ; v. 21 : à ; v. 22 : intérêts ; v. 25 : légère ; v. 29 : à, mère ; v. 31 : prières ; v. 33 : rênes ; v. 34 : accueillez ; v. 35 : chaînes.
Lettre d'un disciplinaire
1er Couplet
Oubliant ta promesse folle
Nos (rèves) d’éternel bonheur
Nini tu reprends ta parole
Ta lettre (ma) brisé le cœur
Devant ton (arét) je m’incline
Mais si tu ne me veux pas pour mari
Un camisard de la discipline
(Apprend) tout de (méme) (pour quoi) j’y suis
2ème Couplet
(Prêt) de toi j’oubliais bien vite
La punition qui m’attendait
Quand tes bons yeux font une invite
Peut on savoir ce que l’on fait
J’étais fou tu disais je t’aime
Tes serments je les croyais vrais
Rappelle toi je promis même
De revenir huit jours (aprés).
3ème Couplet
Depuis je ne t’ai plus revu
Ici je suis un bon soldat
L’escapade m'(ait) inconnue
Celle que j’aime n'(ait) pas (la)
Tu vas en épouser un autre
Malgré ce que je fis pour toi
Que vos baisers valent les (notres)
Je pardonne pardonne moi
1er Refrain
Rappelle toi le jour des roses
Tu sais bien le premier baiser
Et dans les bois les mille choses
Les riens qui (savait) nous griser
En avons nous (fais) des (bétises)
Nous étions fous des passions
Il est bien temps que je te le dise
J’étais venu sans permission
2ème Refrain
Huit jours après dans ma cellule
J’entendis ta folle chanson
Tu m’appelais et sans scrupules
Je m’évadais de la prison
Je voulais alors tout te dire
Mais quand je revis ta (gaité)
Quand je revis ton beau sourire
J’eus peur, j’eus peur de t’attrister
3ème Refrain
Tes soupçons étaient légitimes
Tu croyais sans doute n’est ce pas
Qu’il fallait (commaitre) des crimes
Pour (ètre) déporté (la) bas
C’est de toi de toi seule en somme
Que vint le mal que j’ai subi
On n’est pas un malhonnête homme
A cause que l’on est (a) Biribi
Gafsa le 14 Septembre 1907
Notes
Vers 2 : rêves ; v. 4 : m’a ; v. 5 : arrêt ; v. 8 : apprends, même, pourquoi ; v. 12 : savaient ; v. 13 : fait, bêtises ; v. 17 : près ; v. 24 : après ; v. 30 : gaîté ; v. 35 : est ; v. 36 : est, là ; v. 39 : nôtres ; v. 43 : commettre ; v. 44 : être là ; v. 48 : à.
Déception (Monologue)
Je suis anéanti Grands Dieux Quelle aventure
Femme femme perfide et (lache) créature
Que ton sexe à jamais soit flétri par ma voix
De tes pendables tours je n’aurai que le choix
Pour convertir ici les hommes (a) ma cause
Mais il suffira du moins je le suppose
De vous narrer mon cas. Un cas sans (précédents)
Mon Eléna m’avoir ainsi fichu dedans
Je devais l’épouser que ma douleur est forte
Le dix du mois prochain ou le douze. N’importe
Le logis nuptial était déjà tout (prét)
Un véritable nid chaud élégant discret
J’avais réglé l’ordre et la marche de la noce
Commandé le (diner), la messe le carrosse
Tout jusqu'(a) mon habit ! Et ces frais superflus.
Ma (fiancé) et moi ne nous marions plus.
On s’était rencontré cet hiver en soirée
Elle avait (parait)-il l'(ame) désemparée
Or la mienne souffrait d’un identique état
La (maitresse) de la maison nous présenta
L’un (a) l’autre : -Monsieur Potiron de Charmille
Distinction, beau nom, esprit bonne famille
Madame de Rancy, veuve depuis un an.
Près d’elle je m’assis alors sur le divan.
Nous (causames) d’abord des plaisirs de la danse
Elle adorait la valse et moi par complaisance
J’approuvais fort son (gout). Puis on causa chiffons.
Elle avait (la) dessus des (aperçus) profonds
Moi j'(aprouvais) toujours elle était si charmante
Au jugé vingt cinq, en tous cas moins de trente
Un buste de statue un profil de vitrail
Une peau de satin des lèvres de corail.
Une taille, des dents, une main, deux oreilles.
Puis, ô trésor sans prix merveille des merveilles.
Des cheveux ! Quels cheveux ! On (eut) dit tenez oui
Des rayons de soleil. J’en fus comme ébloui
Légers souples soyeux d’une finesse (extrême)
Doux comme du velours ou comme de la (crême)
Enfin pour les chanter poète (prend) ton luth.
Tels qu’on en vit jamais sur aucun occiput
Or pour moi qu’on le sache et (flute) (a) qui m’en (blame)
Les cheveux tout est (la) chez la femme
(Quelle) soit grosse ainsi qu’une tonne, ou (quelle) ait
L’excessive maigreur des manches (a) balai
(Quelle) soit ignorante et (bête) comme une oie
Que sa bouche soit vaste au point que l’on s’y noie
(Quelle) ait le nez tordu la jambe de travers.
Qu’un de ses yeux regarde Alger et l’autre Anvers
Je m’en fiche comme un poisson d’une toupie
Pourvu quelle ait la (tête) opulemment garnie
Chacun son (gout) pas vrai son dada c’est au point
Qu’on me vit refuser je n'(exagére) point
Plus de quinze partis d’un très grand avantage
Belle dot vieux parents dix huit ou vingt ans d'(age)
Pour l’unique motif mais selon moi sacré
Que leur cuir chevelu n’était point (a) mon gré
Eléna c’était donc la merveille idéale
Puisqu'(a) l’éclat de sa crinière triomphale
Qui seule aurait suffi pour me capter le cœur
Elle joignait l’attrait de son charme vainqueur
Aussi du premier choc, pan, pan. Le coup de foudre
Faisant explosion comme un baril de poudre
Madame je n'(aurais) d’autre femme que vous
M’écriai je il faudra que je sois votre époux
Je pensais. Elle va me croire un peu loufoque
Eh bien du tout, l’aveu fit elle m’interloque
Mais il n’en est pas moins agréable et touchant
Je n’y puis toutefois répondre sur le champ
Quand on vient de (gouter) au bonheur d'(étre) veuve
En outre convient il qu’on vous mette (a) l’épreuve
Huit jours après. On voit que le stage fut court
J’avais permission de commencer ma cour
Bonheur ivresse inénarrable folle
Ah, le roi n’était pas mon cousin, ma parole
Comprenez donc j’étais au comble de mes vœux
Eléna sa beauté sa (grace) ses cheveux
Allaient (être) mon bien ma chose
Plein de (zélé)
Tous les soirs a peu près je me rendais chez elle
C’était dans son boudoir qu’elle me recevait
Toujours mise. Comment le décrire ? Elle avait
Des peignoirs qu’on (eut) pris pour des robes de fée
Et si vous aviez vu comme elle était coiffée
Ses cheveux dont j’étais si complétement fou
Se déroulaient sur ses épaules sur son cou
Aériens exquis irradiés superbes
Touffu comme en un pré normand le sont les herbes
Et sentant quel parfum. Doux subtil raffiné
Rien qu'(a) s’en souvenir palpite encor mon nez
Bouche bée impuissante (a) forger une phrase
Je restais devant eux des heures en extase
(Rêvant) au jour ou libre enfin de tout oser
Je (pourrais) les palper les mordre les baiser
Comme je vous l’ai dit le jour était tout proche
Mais quelle anguille hélas se cachait sous la roche
Ayant eu deux fauteuils, ce soir pour, l’opéra
Je les voulus offrir (a) ma (chère) Eléna
C’est une artiste. La musique et le (thêatre)
Sont les choses dont elle est le plus (idolatre)
Mon (dîner) terminé je prends donc une auto
Et je cours chez la dame. Il est un peu plus tôt
Que d’habitude un quart d’heure environ. Je sonne
On m’ouvre. Ah c’est monsieur. (Déja) clame la bonne
Et son visage exprime un terrible embarras.
Qu’est ce donc. Qu’avez vous ? Ne m’attendait on pas
Oh si fait mais plus tard. Madame n’est pas (prête)
A recevoir Monsieur elle fait sa toilette
Oh très bien. J’attendrai. Sur ce je vais m’asseoir
Je suis seul. Sa toilette Ah je voudrais bien voir
J’approche (a) pas de loup. La porte est entr’ouverte
Je regarde et je vois cruelle découverte
Horrifique spectacle (a) rendre un homme fou
Le (crane) d’Eléna lisse comme un genou
Ces superbes cheveux qui lui couvraient la nuque
Ce n’étaient pas les siens. C’était une perruque
Charles Samson
Gafsa le 15 Septembre
Notes
Vers 2 : lâche ; v. 5 : à ; v. 7 : précédent ; v. 11 : prêt ; v. 14 ; dîner ; v. 15 : à ; v. 16 : fiancée ; v. 18 : paraît, âme ; v. 20 : maîtresse ; v. 21 : à ; v. 25 : causâmes ; v. 27 : goût ; v. 28 : là, aperçus ; v. 29 : approuvais ; v. 35 : eût ; v. 37 : extrême ; v. 38 : crème ; v. 39 : prends ; v. 41 : flûte, à, blâme ; v. 42 : là ; v. 43 : qu’elle, qu’elle ; v. 44 : à ; v. 45 : qu’elle, bête ; v. 47 : qu’elle ; v. 50 : tète ; v. 51 : goût ; v. 52 : exagère ; v. 54 : âge ; v. 56 : à ; v. 58 : à ; v. 63 : aurai ; v. 69 : goûter, être ; v. 70 : à ; v. 76 : grâce ; v. 77 : à ; v. 78 : zèle ; v. 82 : eût ; v. 89 : à ; v. 92 : rêvant ; v. 93 : pourrai ; v. 97 : à, chère ; v. 98 : théâtre ; v. 99 : idolâtre ; v. 100 : dîner ; v. 103 : déjà ; v. 106 : prête ; v. 110 : à ; v. 112 : à ; v. 113 : crâne.
L’orage
Sur la nuit de la mer la nuit du ciel s’écroule
Et c’est la lutte sombre, (ou) le tonnerre roule
Comme un canon, broyant les nuages sous lui
Mitraillant la nuée Un éclair pourpre a lui
Dans un rire sanglant (entrebaillant) l’espace
Ce n’est qu’une lueur palpitante qui passe
Et l’ombre sur le monde un instant embrasé
Retombe lourdement. L’air longtemps écrasé
Entre la nue et l’eau, tout (a) coup se dilate
Fend le ciel creuse l’onde : alors l’orage éclate
Et la foudre tordue en des nuages noirs
Semble du fer en flammes entre des laminoirs
Tout beugle se déchaîne en rages triomphales
Et jette (a) l’infini des soufflets de rafales
La mer prise soudain d’une immense terreur
Sent ses milliers de seins qui se dressent d’horreur
Jetés sur ce chaos entre les quatre planches
Branlantes d’une barque, avec leurs faces blanches
Leurs traits crispés, leurs yeux aveuglés par l’éclair
Le marin et l’enfant, immobiles, ont l’air
D’une proie aux abois que traque et (mort) la meute
Des vagues en furie et des vents en émeute
Le père se cramponne au mât encore debout
Le petit tient le père, et sur la mer qui bout
Sur eux, comme un linceul la voile flotte en loque
Dans le bateau mal joint qui craque et se disloque
Et pour qui chaque flot est plus dur qu’un écueil
On croirait voir deux morts dressés dans leur cercueil
Bien que le (mat) gémisse et que les parois craquent
La barque échappe encore aux vagues qui la traquent
Mais dés qu’un flot s’enfonce un autre flot surgit
Et la meute hurlante innombrable rugit Mille
gueules sont (la) pour dévorer la proie
Un coup de vent l’enfonce, un rouleau lourd la broie
Un (abime) se creuse et d’un coup l’engloutit
L’homme d’un bras serrant sur son cœur le petit
De l’autre dans le gouffre a saisi quelque planche
Étourdi sous le coup brutal d’une avalanche
D’écume qui l'(entraine) et l’aveugle étouffant
Il n’a pensé d’abord qu'(a) bien tenir l’enfant
Mais maintenant il lutte, il remonte, il respire
Tout (a) l’heure c’était effroyable. C’est pire
Entre l’Océan noir et les cieux assombris
Ils tiennent bon, nageant crispés (a) des débris
On croirait (a) les voir que par (lache) ironie
La mer en se jouant prolonge l’agonie
De ces hommes lassés (quelle) sent aux abois
Elle arrache un par un les maigres bouts de bois
Qu’un par un lentement les naufragés assemblent
L’épave diminue et sous leurs doigts qui tremblent
Ils sentent s’enfoncer leurs fragiles appuis
Un débris se détache, un autre encore et puis.
Rien !
L’enfant met ses mains sur l’épaule du père
Cet appui (la) du moins ne trahit pas.
(Espère)
Dit le petit, l’orage a fui bien loin (déja)
Je crois que le jour vient.
Le père interrogea
Mais très bas d’une voix haletante oppressée
Ne vois tu pas la terre ? Et dans une poussée
De ses bras sur la mer il souleva l’enfant
L’enfant les yeux au loin eut un cri triomphant
Le jour vient. Ah, je vois les collines, la plage
Les maisons, le clocher ; père c’est le village
Nage nous dormirons encor sur nos grabats
Nage une femme en noir est assise (la) bas
Mais tu dois être las ? Regarde tout de même
Dit l’autre le haussant dans un effort suprême
C’est maman ! c’est maman ! C’est elle je la vois
Le père dit. Trop tard. Puis il manqua de voix
Son enfant lui semblait (ètre) d’un poids terrible
Ses bras se roidissaient dans une crampe horrible
Sa vigueur s’épuisait en efforts superflus
Il battait encor l’eau, mais il n’avançait plus
Alors l’enfant pensa. C’est ma main qui lui pèse
Je suis trop lourd pour lui. Pourtant la mer s’apaise
Le ciel s’ouvre et sourit il va faire si beau
Et la mer c’est trop grand trop froid pour un tombeau
Mais qui donc nourrira mes frères. Je suis (lache)
D’attendre et d’hésiter il faut que je le (lache)
Seul il peut arriver. On sera si content.
De le revoir (la) bas. J’aurais voulu pourtant
Mourir sur les genoux de ma maman (câline).
L’aube montait rasant les bois et la colline
De l’épaule du père il retira sa main
Et se laissa couler sans bruit
Le landemain
De coucher les enfants quand vint (a) sonner l’heure
Ils se dirent troublés. Regarde papa pleure
Et (pale) sans sourire (a) leurs rires joyeux
Sans caresse à leurs fronts sans regard (a) leurs yeux
Repoussant leurs baisers dont elle était avide
La mère alla s’asseoir auprès d’un berceau vide
Charles Foley
Gafsa le 16 Septembre
Notes
Vers 2 : où ; v. 6 : entrebâillant ; v. 10 : à ; v. 15 : à ; v. 22 : mord ; v. 30 : mât ; v. 34 : là ; v. 36 : abîme ; v. 40 : entraîne ; v. 42 : à ; v. 43 : à ; v. 45 : à ; v. 46 : à, lâche ; v. 48 : qu’elle ; v. 56 : là ; v. 57 : espère ; v. 58 : déjà ; v. 68 : là ; v. 73 : être ; v. 81 : lâche ; v. 84 : là ; v. 85 : câline ; v. 90 : à ; v. 92 : pâle, à ; v. 93 : à.
Monsieur Bébé
Au fond du berceau blanc et rose
Dans le plus charmant abandon
Monsieur bébé calme repose
Le corps bien chaud sous l’édredon
Les parents de ce personnage
Ont (du) ce soir (la) s’absenter
Il a dix mois et vu son âge
Il faut quelqu’un pour le garder
On a donc écrit (a) la (hate)
Aux grands parents pour les prier
Mission douce et délicate
De venir ce soir le veiller
Et les deux vieux par un caprice
Que certes chacun comprendra
Disent (bientot) (a) la nourrice
Retirez vous nous sommes (la)
Pauvres grands parents. Il leur semble
Qu’un tiers (gaterait) leur bonheur
Ils (préfèrent) rester ensemble
Pour mieux laisser parler leur cœur
Et dieu seul sait comme ils bavardent
Les cœurs ravis de ces deux vieux
Qui sont (la) penchés et regardent
Bébé qui dort insoucieux.
Prenons garde qu’il ne s’éveille
Est-il fort. Quels jolis bras blancs
Comme il est beau quand il sommeille.
Le bel enfant de nos enfants
Oh sa petite jambe est nue
Je vais la recouvrir non moi
Tu ne sais pas ! Chut. Il remue
Tu fais du bruit. C’est toi. C’est toi
Par bonheur ce n’est qu’une alerte
Allons personne n’aura tort.
La jambe nue est recouverte
Et monsieur bébé se rendort
Cela dure (a) peine un quart d’heure
Il s’est agité de nouveau
Cette fois c’est plus grave il pleure
Les deux vieux courent au berceau
Leur figure peu (familiére)
Au gamin le rend tout surpris
Il s’effraie et loin de se taire
Il redouble (aussitot) (ces) cris
Quand un enfant pleure on le berce
Disent les grands parents émus
Cette fois ça produit l’inverse
Bébé pleure de plus en plus
Et la nounou que l’on appelle
Ne vient pas ne peut pas venir
On l’a renvoyé et la belle
En a profité pour sortir
Alors troublés ils délibèrent
Privés qu’ils sont de ce secours
Et pendant qu’ils se désespèrent.
Monsieur bébé pleure toujours
Vois tu nous devrions le prendre
Le porter un peu dans nos bras
Mais au moment de l’entreprendre
Ils sont si vieux ils n’osent pas
Pourtant il faut bien qu’il s'(arréte)
Du courage et très effrayés
Grand papa le prend par la (tête)
Grand maman le prend par les pieds
Alors nouvelle inquiétude
Bébé s’agite comme un ver
On sent qu’il n’a pas l’habitude
De voyager ainsi c’est clair
Si bien qu’éperdu le grand (père)
Sans y penser ouvre les bras
Et (voila) la pauvre grand-mère
Qui tient bébé la (téte) en bas
Avec terreur on le redresse
Il était temps il étouffait
Après cette belle prouesse
Les vieux s’affolent tout (a) fait
Et ne sachant plus trop que faire
Désespérant de l’apaiser
On met monsieur bébé par terre
Et l’on s’efforce (a) l’amuser
Grand maman lui fait des risettes
Et grand papa lui plus nerveux
Saisit la pelle et les pincettes
Dont il tire un concert affreux
Puis l’enfant paraissant se taire
Il ne pleure plus quel bonheur
Je crois bien répond la grand (mére)
Regarde le tu lui fais peur.
Grand père tout honteux se baisse
Pour prendre et rassurer bébé
Mais l'(age) trahit sa tendresse
Sur les genoux il est tombé
Un mouvement qu’il fait l’achève
Il veut se dresser mais en vain
Et c’est grand (mére) qui relève
Et le grand père et le gamin
Et le gamin toujours réclame
Il a faim sans doute. Oui (voila)
Que lui donner ma pauvre femme
Le restaurant n’étant plus (la)
Trouvons lui quelque chose (a) boire
Ca lui trompera l’estomac
Vite on cherche, on ouvre une armoire
Ciel. Kirsch. Rhum. Chartreuse. Cognac
Cette collection étrange
N’est pas du tout ce qu’il nous faut
Nous ne pouvons (a) ce cher ange
Donner de pareils (gouts) si (tot)
Et bébé fait le diable (a) quatre
Sapristi quel vilain enfant
Dit grand père. ah je vais le battre
Mais grand mère le lui défend
L’orage menaçait il gronde
Il éclate et les pauvres vieux
De la meilleure foi du monde
Se disputent (a) qui mieux mieux
La scène est touchante et grotesque
Chacun crie. Et le plus affreux
C’est que Bébé s’étrangle presque
En voulant crier plus fort qu’eux
Ah mon Dieu. Le (voila) tout (pale)
Il devient rouge. Il devient bleu
Doux Jésus. Il suffoque, Il râle
Il va trépasser. Ah mon Dieu
Et s’exagérant ce malaise
Chacun croyant que c’est la fin
Tombe accablé sur une chaise
Plus malade que le gamin.
Et juste (a) ce moment du drame
Rentrent les deux jeunes époux
A qui les vieux la mort dans l'(ame)
Disent. (Grace). Pardonnez nous
Mais avant qu’on ait pu se rendre
Compte de ce qui (c’)est passé
Un cri joyeux se fait entendre
Et cet Bébé qui l’a poussé
Car pour éclairer son visage
Une (carresse) lui suffit
Maman l’embrasse adieu l’orage
Il ne pleure plus il sourit
La moralité ce me semble
Est qu’il faut toujours éviter
De laisser trois enfants ensemble
Sans personne pour les garder.
Paul Bilhaud
Gafsa le 16 Septembre
12 heu de l’aprés midi
Notes
Vers 6 : dû, là ; v. 9 : à, hâte ; v. 15 : bientôt, à ; v. 16 : là ; v. 18 : gâterait ; v. 19 : préfèrent ; v. 23 : là ; v. 37 : à ; v. 41 : familière ; v. 44 : aussitôt, ses ; v. 61 : arrête ; v. 63 : tête ; v. 69 : père ; v. 71 : voilà ; v. 72 : tête ; v. 76 : à ; v. 80 : à ; v. 87 : mère ; v. 91 : âge ; v. 95 : mère ; v. 98 : voilà ; v. 100 : là ; v. 101 : à ; v. 107 : à ; v. 108 : goûts, tôt ; v. 109 : à ; v. 116 : à ; v. 121 : voilà, pâle ; v. 129 : à ; v. 131 : âme ; v. 132 : grâce ; v. 134 : s’ ; v. 138 : caresse.
Le forçat
Assis sur les cailloux sous les rayons torrides
Soutenant de son poing [… 32] de rides
Les deux pieds attachés par ce lourd Alganan
Un pauvre déporté fouille au loin l’horizon
Dans ces pays lointains peuplés de cannibales
Vivent nos criminels relégués par l’État
On entend par instants murmurer le (forcat)
Bien des printemps en lui sur cette terre immense
Depuis que je subis cette affreuse existence
De mes premiers moments de ma captivité
J’espère (bientot) (recouvrir) ma liberté
Mais des années ont suivi les ombres et ma paupière
Lentement (c’)est fermée (a) la blanche lumière
Poursuivi jugé comme un voleur
Je fus mis en prison fermé par l’empereur 33
Mon crime est donc bien grand
Quelle est cette infamie
Sans pouvoir (a) jamais ne rien découvrir
Il est donc écrit qu’ici je dois (mourrir)
Sans revoir mon enfant cela me fait frémir
Oh quand donc l’évasion
Pour en profiter quand viendra l’occasion
Il fait nuit couché sur un radeau
Qui navigue (a) la voile
Le (forcat) qui s’évade interroge la mer
Tout (a) coup l’horizon a (silloné) la nue
Le (forcat) s’affaisse lourdement
Sur le morceau de bois
Tout rougi par le sang
Il veut se relever par un effort stoïque
Mais retombe en criant. Vive la République
Dans un riche salon
Ou palais du sultan
Le gouverneur de l'(ile) achève un vieux roman
Il appelle un sergent d’ordonnance
Afin d’aller porter cet ordre au directeur
Le 17 est libre. Ah monsieur le directeur
Voyez qu’il y a des gens qui n’ont jamais de chance
Hier ce numéro 17 a voulu s’évader
Et fidèle (a) la loi ma foi je l’ai tué.
(fin)
Notes
Vers 7 : forçat ; v. 12 : bientôt, recouvrer ; v. 13 : s’, à ; v. 18 : à ; v. 19 : mourir ; v. 24 : à ; v. 25 : forçat ; v. 26 : à, sillonné ; v. 27 : forçat ; v. 34 : île ; v. 35 : à, pâlit ; v. 42 : à.
Retour d'un matelot après treize ans
Il rentra dans le bourg après la nuit tombée
Déserte était la nuit on ne l’attendait pas
Dans une maison basse, une claire flambée
Rougissait la (fenêtre) il marchait (a) grands pas
De la porte entrouverte il vit la cheminée
Et reconnut la haute armoire de noyer
Par un feu de sarments très vif (illuminé)
Une femme était (la) travaillant au foyer
Malgré l’heure tardive encore bien éveillée
Et la quenouille en main filant comme autrefois
Seule toute songeuse et de noir habillée
Il (eut) voulu parler mais il resta sans voix
La pauvre et sainte femme (a) chevelure grise
Ne comptait plus le voir elle avait pris le deuil
Sur sa chaise de paille elle (révait) assise
Lui s'(arréta) d’abord s'(arrétant) sur le seuil
Puis vint (a) ses genoux s’incliner devant elle
Rivant (ces) yeux noyés de larmes sur les siens
Dans un profond regard d’espérance immortelle
Et lui disant tout bas. Oui c’est moi qui reviens.
(fin)
Notes
Vers 4 : fenêtre, à ; v. 7 : illuminé ; v. 8 : là ; v. 12 : eût ; v. 13 : à ; v. 15 : rêvait ; v. 16 : arrêta, arrêtant ; v. 17 : à ; v. 18 : ses.
La misère du peuple
Monologue
Entendez-vous partout ce cri plein de colère
C’est le peuple qui souffre et (ce) meurt de misère
Exploité député 34 par les gros financiers
Ce sont les travailleurs et les braves ouvriers
Qu’un trop faible salaire et les jours de (chomage)
Qui rend plus malheureux qu’au temps de l’esclavage
Des hommes des vieillards des femmes des enfants
(Dévoré) par la fièvre et toujours grelottants
Restant sans pain sans feu (vétus) de vieilles hardes
Couchés sur un grabat dans des pauvres mansardes
Attendant que la mort leur unique secours
Finisse leur souffrance en finissant leurs jours
Combien de vieux parents combien de pauvres mères
Ont vu partir leurs fils dans les rangs militaires
Et restant sans appui sans secours et sans pain
En redoutant surtout la guerre de demain
Car la guerre est (a) craindre et quand le clairon sonne
Nos soldats sont (debouts) et leurs (mères) frissonnent
Même pendant la paix combien de malheureux
Ouvriers sans travail pauvres et miséreux
Passant la nuit dehors ayant le ventre vide
Et ne sont le matin qu’un cadavre livide
Pendant que les richards deviennent des bourreaux
Les petits commerçants sont mangés par les gros
Et les grosses maisons obligent les petites
A cesser le commerce ou bien faire faillite
Partout les financiers et les accapareurs
Ne vivent qu’aux (dépends) des braves travailleurs
Et font tous nuit et jour bombance et bonne (chère)
(Qu’en) le peuple est sans pain et pleure de (misére)
Et que le gros bonnet qui ne manque de rien
En se moquant de nous dise que tout va bien
Cela ne peut durer il faut que ça finisse
Contre tous ces abus il faut que l’on s’unisse
Et que par tous moyens nous puissions arriver
A vivre en travaillant et ne jamais chômer
Il faut du pain pour tous dans toutes les familles
Et ne plus voir chez nous des femmes et des filles
Esclaves de l’usine ou bien de l’atelier
Sans y gagner de quoi se (vétir) et manger 35
Évitons (a) chacun les travaux trop pénibles
Qui sont pour leur santé dangereux et (nuisible)
Et faisons nos efforts pour que tout travailleur
Puisse apporter chez lui l’aisance et le bonheur
Oui l’aisance pour tous (voila) ce qu’on demande
Le peuple qui murmure et veut qu’on lui rende
Ne voulant pas mourir de (misére) et de faim
Il réclame son droit du travail et du pain.
Notes
Vers 2 : se ; v. 5 : chômage ; v. 8 : dévorés ; v. 9 : vétus ; v. 17 : à ; v. 18 : debout, mères ; v. 28 : dépens ; v.29 : chère ; v. 30 : quand, misère ; v. 40 : vêtir ; v. 41 : à ; v. 42 : nuisibles ; v. 45 : voilà ; v. 47 : misère.
~ Un diner chez un républicain ~
1er Couplet
Venez donc chez moi rue Blanche
Me dit un député dimanche
Nous serons vingt tout au plus
Républicains convaincus
Pour moi qui habite la province
L’offre certes n’est pas mince
(Diner) chez un radical
N’est pas un plaisir banal
Je vais voir ces (otographes)
Dis je avec ces paragraphes
Portraits de Marat, Danton
Robespierre ou Caton
Bonnets (prhigiens) en masse
La Lorraine et l’Alsace
Souvenir de Gambetta
Et peut (ètre) plus que ça
Je me dis sacré nom d’un chien
Je vais donc voir un Républicain
2ème Couplet
En entrant dans l’antichambre
Ca sentait le royal ambre
Des (ètoffes) pompadour 36
En (garnissait) tout le tour
Dans un salon magnifique
Pas un brin de République
Notes
Vers 7 : dîner ; v. 9 : autographes ; v. 13 : phrygiens ; v. 16 : être ; v. 21 : étoffes ; v. 22 : garnissaient.
Ça c'est pour eux
Dans la vie chacun veut pour soi
Tout le bonheur et rien pour les autres
Et les amants dans leurs exploits
Se disent les maris sont des bons (apotres)
Ils ont tous les (inconvéniants)
Et les (souci) du mariage
Nous autres avons les avantages
Et (ca) ne nous coûte pas d’argent
Les notes des (couturières), les mois de nourrice (ca)
c’est pour eux les disputes journalières
Ou l’on se prend par les cheveux (ca) c’est pour eux
Les nuits sans une parole sans un mot amoureux
(ca) c’est pour eux mais les caresses les plus folles
Les baisers qui ne (coutent) pas un sou (ca) c’est pour nous
Penchés sur leurs lampes les mineurs
Travaillent en causant de leurs misères
Mais l’un d’eux philosophe blagueur
Dit de quoi nous plaignons nous mes (frères)
Nos patrons sont les plus renommés
Ils ont tous la panse bien ronde
Car c’est fait l’honneur (a) notre métier
Tous les gros (dividendent) et les billets bleus 37
(Ca) c’est pour eux le produit des amendes
Que nous retiennent ces Messieurs (ca) c’est pour eux
Les cinquante mille francs de rente
Qu’on trouve quand on est vieux (ca) c’est pour eux
La mine a l’atmosphère (brulante) les éboulements
Les coups de grisou. (Ca) c’est pour nous
Un brave petit soldat breton
Se battant un jour aux colonies
Demandait (a) son sergent de section
A quoi donc que ça sert les tueries
L’autre répond. (Ca) ne te regarde pas
Ces choses (la) c’est notre affaire
Songe aux principes humanitaires
Car c’est pour eux que tu (combas)
S’il faut aller se battre et rentrer victorieux
(Ca) c’est pour eux. Aller (ce) couper en quatre
En soldat valeureux ça c’est pour eux
Inscrire dans nos annales des faits d’armes glorieux
(Ca) c’est pour eux (a) ce moment tous deux reçoivent une balle
Le sergent dit. Mon pauvre Pitou. (Ca) c’est pour nous.
(fin)
Notes
Vers 4 : apôtres ; v. 5 : inconvénients ; v. 6 : soucis ; v. 8 : ça ; v. 9 : couturières ; v. 10 : ça ; v.11 : ça ; v. 13 : ça ; v. 14 : coûtent, ça ; v. 18 : fières ; v. 21 : à ; v. 22 : dividendes ; v. 23 : ça ; v. 24 : ça ; v. 26 : ça ; v. 27 : brûlante ; v. 28 : ça ; v. 31 : à ; v. 33 : ça ; v. 34 : là ; v. 36 : combats ; v. 38 : ça, se ; v. 41 : ça, à ; v. 42 : ça.
~ O sole mio ~
1er Couplet
La belle chose qu’un soleil d’aurore
Jetant au loin l’éveil de sa lumière
Un frisson passe sur la terre (entière)
La belle chose qu’un soleil d’aurore
Mais sur mon rêve plus radieux
Un soleil règne que j’aime mieux
Sa flamme est sur ta lèvre
Et sa clarté brille en tes yeux.
2éme Couplet
La belle chose qu’un soleil en flamme
Par les midis d’été (brulant) la plaine
Des senteurs chaudes soufflent leur haleine
Mais sur mon (rève) plus radieux
Un soleil règne que j’aime mieux
Sa flamme est sur ta lèvre
Et sa clarté règne en tes yeux
3ème Couplet
La belle chose qu’un soleil d’automne
Jetant l’adieu du soir aux fleurs lassées
Dans l'(ame) émue veillent les pensées
La belle chose qu’un soleil d’automne
Mais sur mon rêve plus radieux
Un soleil règne que j’aime mieux
Sa flamme est sur ta lèvre
Et sa clarté brille en tes yeux.
Gafsa le 17 septembre
Notes
Vers 3 : entière ; v. 10 : brûlant ; v. 12 : rêve ; v. 18 : âme.
Mémorable souvenir
(Gafsa 23 septembre 1907)
Départ du 17e de Béziers (le 19 juin 1907)
p. 37 18 Juin 07. Après les manifestations faites dans le midi pour améliorer / l’état de la crise viticole pendant lequel est consigné le 17e il reçoit / l’ordre de quitter Béziers pour aller effectuer les tirs de combats (mes) les / biterrois méfiants se portent devant la caserne pour empêcher le départ. / A 11 h 40 le campement sort accompagné du capitaine Escolier et de / l’adjudant Delorme. Mais arrivés au fond de la rampe il est obligé de / rentrer au quartier alors le départ est fixé à 2 h du matin. Le régiment / quitte la caserne pendant que les brigades de gendarmerie accourues / chargent sur la foule. Nous prenons la route d’Agde nous arrivons / le 19 juin au matin. Après avoir défilé aux abords de la ville les Cies / sont dispersées dans les divers cantonnements. La 6e Compagnie dont je / fais partie est (cantonné) à l’ancien couvent de la maternité.
20 Juin. Commencé les tirs de combats exécutés aux bords de la mer pendant / cette journée (ce) (passait) de graves désordres (a) Narbonne tandis qu'(a) Agde / des personnes essayent le soir après la soupe en ville d’exciter les hommes (a) / des manifestations. A remarquer que ce matin les réservistes avaient été renvoyés chez eux.
Mutinerie du régiment
p. 38 20-21 Juin. Le soir (a) l’appel, les hommes étaient tous présents causant / sur les (divers) affaires 38 de la journée. Lorsque demi heure après l’appel des / civils envahissent les casernements, mais aucun homme ne bougeait 39 c’est / alors que les civils tentèrent de mettre au couvent (le feu : rayé) que nous / occupions le feu (a) la paille qui nous servait de literie. Ils montent / dans les chambres (ou) ils frappent pour nous faire partir tout le / monde descend dans la cour. Nous restions auprès de nos chefs / pendant que les voyous brisaient portes et (fenêtres) à l’intérieur / C’est (a) ce moment que l’on entend des coups de feu dans la caserne Mirabel que les civils avaient enfoncés les portes de la / poudrière et avaient (dérobés) les cartouches qui s’y trouvaient / civils et soldats parcourent les rues de la ville clairons et tambours / en (tète) se dirigent sur la route de Béziers.
Le Général Lacroisade fut vite informé de ce qui se passait et arrive / tout effaré (a) la caserne St Jacques (occupé) par le 81e de ligne depuis / notre départ fait mettre les hommes en tenue de campagne et se / mettant en (tète) du régiment se dirige sur la route de Villeneuve / (a) la rencontre des mutins. Les deux régiments se rencontrèrent (a) / Villeneuve et lorsque le voyant approcher (a) une allure martiale 40 / commande baïonnette au canon aux hommes du 81e de ligne, les / mutins se voyant (arrêtés) tirèrent quelques coups de feu en l’air pour / faire voir qu’ils avaient des munitions. Le Général alors terrifié par / ces coups de fusil fit rompre la ligne aux hommes du 81e et / (laissent) ainsi la route libre laissa passer les mutins il 41 revint avec / le 81e sur ses pas.
Détail sur la journée du 21 juin
21 Juin. L’entrée du 17e (a) Béziers alarma toute la ville qui fut / d’abord surprise d’une pareille mutinerie il était alors 4 h du / matin la ville était encore endormie mais elle fut vite éveillée par / les bruits des tambours et clairons qui sonnaient la charge et (bientôt) / le régiment s’installait sur les allées en attendant une décision pour / rentrer mais (a) condition que le 81e de ligne quitte les casernes St / Jacques. Bientôt la nouvelle fut vite (repandu) dans la ville et / les villages voisins parents et amis tous se rendaient sur les allées qui / furent envahies pour apporter des vivres aux pauvres pioupious / Ce n’est qu'(a) 3 heures du soir que le régiment sur un avis du comité / d’Argelliers alla se rendre au général mais (a) la condition formelle / qu’il n’y aurait aucune punition individuelle et que le régiment / rentrerait de nouveau (a) Béziers.
p. 39 22 Juin. Un train spécial fut formé en gare de Béziers pour rapporter / les mutins (a) Agde qui partit (a) 8 h 30 (ou) il arriva (a) 9 1/4 accompagné / par la pluie qui s’était mise (a) tomber (a) partir de Béziers. Nous / (dumes) aller chercher nos sacs aux nouvelles casernes pour ne pas être / exposés au vol 42 et nous (rejoignimes) nos cantonnements le soir eut lieu / une revue d’armes passée par le capitaine. /
23 Juin. Le dimanche du 23 Juin se passa en promenade d’agréments / Le soir après avoir fait un tour au marché de la marine (ou) nous avons / acheté un kilo de maquereau pour notre souper que nous avons fait / cuire chez un marchand de vin ainsi qu’un bon morceau de Bifteck / Après le souper l’on prit le café tous ensemble mais (sômmes) rentrés / pour l’appel du soir de 9 heures tout était calme et tout le monde / avait (déja) oublié les incidents des jours passés. Tandis que dans / l’horizon des noirs (dessins) se préparaient pour le régiment.
24 Juin. Départ d’Agde (destination inconnue nuit du 23 au 24)
Tous les hommes reposaient de leurs fatigues de la journée lorsque tout à / coup (a) 11 h du soir l’on entend le réveil sonner, l’on se lève, on se met en / tenue. Ils étaient (prêts) l’adjudant les avait fait préparer (déja). Et l’on / descend dans la cour l’on nous fait attendre le départ qui était fixé / (a) 1 heure. Une heure sonnait le régiment se réunit (a) la caserne Mirabel prend le chemin de la gare sans rien dire le silence régnait dans les rangs / demandant (a) chacun la nouvelle destinée qui nous était due. Ce ne fut / que de la caserne (a) la gare une véritable haie de soldats et de (cavalliers) qui nous formaient la haie. Dans les rues le 92e de ligne gardait les / principales issues au pont suspendu (s’était) les dragons avec les gendarmes / qui ne laissaient aucune issue infranchissable tandis qu'(a) la gare le / 10e de ligne et le 75e de la même arme x43 surveillaient notre embarquement / qui d’ailleurs se passa avec le plus grand calme et sans incident. / Le train fila dans la direction de Cette (ou) il s’arrêta tout le long / du parcours nous remarquâmes que les ponts étaient gardés soit par / les coloniaux soit par les fantassins (a) partir de Cette jusqu'(a) / Nimes le train ne fit aucune halte.
p. 40 Gares d’Agde a Gap
Agde 2 h 45, Les onglous, Cette, Frontignan, Vic Mireval, Villeneuve les Maguelonnes, Montpellier 4 h 50, Limase le hais, St Anne, Baynargues, St Brest Minzon, Calergues, Monsargues, Lunel-Viel, Lunel 5 h 50, Gaillargues, Aigues-Vives, Vergèze, Gordagnan, Uchaud, Bernis, Millau, St Césaire, Nimes 6 h 25, Namuel Bedeson, Engleniens, Montparet, Meures, St Saturnin, Cartagne, Le thor, L’lsle sur Sorgues, Cheval Blanc, La Grande Bastide, Le logis Neuf, Mérinédol, les Benys, Le Puget de Laurès, Laurés, Cadenet, Villelaire, Pertuis 12 h 50, Mirabeau, Corbières, St Tulle, Manosque, Voix, Villeneuve, La brillante oraison, Lans, Perpuis les mers, St Auban, Chautaux Amaux, Crépin, Sisteron 3 h 05, Mison, Lansargue, Orsière, Sève, Eyguians, Orbières, Pont de Chabestang, Veynes 4 h 48, Montmart, Larache, Oraisse désomroux, La freysenaux, Gap 6 h 20 44.
Court séjour a Gap
25 Juin. Enfin nous arrivons (a) Gap (a) 6 h 20 du soir nous / regagnâmes les casernes au son de la musique avec tambours / et clairons en tête dans lesquelles (ont) nous sert une soupe / au maigre qui est vite avalée et qui (a) ce moment a été / trouvée excellente.
L’on regagne les chambres affectées (a) chaque escouade et l’on / sort en ville pour aller compléter son petit repas encore / inachevé que l’air du voyage et les fatigues avaient / purgés. Les 9 h arrivent on rend l’appel puis on se couche / tous tant bien que mal les uns sur la dure les autres sur des / lits sans matelas et tout cela faute de nourritures / Le matin le réveil eut lieu à 5 h on se rendit au terrain / de manœuvre situé tout (prêt) de la ville le régiment / manœuvre devant le Général de Gap après l’exercice et avoir conféré / avec tous les officiers le choix des mutins est fait avec beaucoup de / rigueur dans chaque Compagnie est amené devant le Général qui / s’occupe de nous transformer en quatre compagnies et nous remercie de / la manière dont nous avons manœuvré mais nous déclare qu’il ne / peut pas nous garder aussi /
p. 41 sommes nous dirigés de suite vers les casernes / (ou) nous mangeons la soupe et (touché) 2 jours de vivres. Il est (a) / remarquer qu’au terrain de manœuvre le Général nous a dit qu’il /était décidé (a) entendre ceux qui avaient quelque chose (a) lui dire.
26 Juin. Après avoir mangé la soupe nous allons nous rassembler / dans la cour on nous conduit dans une autre caserne (ou) l’on nous donne / des couvre pieds que nous roulons sur le sac et nous filons vers la gare en voyant les officiers qui disent que nous allons occuper les / forts voisins. Nous prenons le train (a) 12 h 15 accompagnés d’une / compagnie du 96e de ligne mais (la) nous voyons qu’on nous a (trompé) / et que le train au contraire fuit les forts nous revenons sur Perthuis / (ou) nous arrivons à 5 h 18 du soir et nous repartons après en suivant / la direction de Marseille. En arrivant (a) Aix quelques personnes / nous disent que nous allons en Afrique et que certains (journeaux) / l’affirment. Nous quittons Aix (a) 7 h 35 au soir pour arriver / (a) Marseille (a) 9 h 45 (ou) il y eut un arrêt de 1/2 heure. Enfin on / arrive (a) Villefranche sur Mer à 4 heures du matin.
Embarquement a bord du Chayla
Nous descendons du train et nous apercevons (a) 800 mètres (a) peu près / de la terre deux croiseurs qui nous sont destinés pour nous / durant notre voyage. Dans les montagnes nous / apercevons les chasseurs Alpins dispersés un peu partout, le 105 de ligne garde les abords de la ville et les gendarmes baïonnettes au / canon assistent impassibles et au garde (a) vous (a) la descente du / train. On nous transborde jusqu’aux croiseurs avec leurs chaloupes / et nous levons l’ancre à 8 h 1/4 du matin pour l’inconnu et (ou) / nous devrons rester 3 jours sans apercevoir un brin de terre.
27 Juin. Le matin (a) l’aube nous (aperçumes) les (cotes) de la Sardaigne / dans la nuit nous passâmes la Corse, la journée se passa tant / bien que mal surtout (a) visiter le navire il nous était défendu / de descendre plus bas. sur le soir quelques navires marchands / ou passagers de nationalités (diversent) attirent notre curiosité.
28 Juin. La journée se passa comme la veille mais dans la / matinée nous commencions (a) apercevoir les côtes d’Afrique ainsi / que les palmiers mais nous passions si loin que c’est (a) peine si nous / les distinguions. La soirée se passa (a) faire /
p. 42 les sacs car on nous avait / prévenus que nous débarquions vers les 3 heures du soir en effet nous / (apercumes) de plus près les côtes et (a) mesure que nous marchions nous / apercevions plus distinctement les maisons de Sfax. Les cuirassés s’ / arrêtèrent (a) 4 k. du rivage la profondeur de la mer ne permettant pas / qu’ils arrivent (a) bord. Alors (commenca) le débarquement organisé par / un torpilleur remorquant (a) sa suite une chaloupe de la Cie des / mines de Phosphates avait bien voulu mettre à la disposition du gouvernement / et c’est de la sorte que nous mettions les pieds sur la terre Africaine / exactement (a) 4 h 25. Après notre débarquement nous fûmes (conduit) (a) la / gare devant un train formé spécialement pour nous, nous mettions / sacs (a) terre et formions les faisceaux les tirailleurs nous portèrent (a) / manger. Après le repas qui dura une heure l’on nous assigna à / chacun le wagon (ou) nous devions prendre place nous quittâmes Sfax aux / bravos et applaudissements de tous les employés de la gare 45 il était 5 h 30 / quand le train s’ébranla pour filer dans la direction de Gafsa à / l’ouest et (a) 200 kilomètres de Sfax.
Stations entre Sfax et Gafsa
Sfax, Oued-Cheffar, Oued-Chaal, Mahares, Graïba, Mensoura, Masknassy, Sned, Ain Zaouanereich, El-Char, Gafsa 4 h du matin.
29 Juin. Enfin après un pénible voyage qui s’acheva (a) 4 h et qui / par conséquent dura 10 h 30 et après avoir subi le (froit) de la nuit et / avoir fait le trajet dans un wagon de 2e classe nous arrivions (a) Gafsa (ou) on / nous rassemblait devant la gare on retire les sacs qui avaient été déposés / dans les plates-formes et on prend le chemin de la ville distante de la / gare trois kilomètres environ (ou) nous arrivons après une rude et pénible / marche avec le sac complet exténués de fatigue mais ce qui nous faisait / oublier la fatigue c’est la traversée de l’oasis (ou) toute curiosité était / nouvelle pour nous. Enfin le Cant fit faire halte à l’entrée de la / ville pour permettre (a) la clique de passer en tête et c’est ainsi que / nous (rentrames) dans notre lieu d’exil. Nous nous arrêtames devant la / maison du (controleur) (ou) l’on nous porta du café du temps que les / cants de Compagnie reconnaissait les (batiments) affectés et que nous / autres (a) notre tour nous prenions possession. Nous (passames) toute la journée / (a) nous approprier 46 et (a) faire la sieste car /
p. 43 nous en avions grand besoin et puis / après la soupe du soir nous sortions tous pour voir l’aspect de la ville / qui ressemblait en rien (a) celles de France 47.
Gafsa et ses environs
Gafsa ville Arabe dans la Tunisie possède une / population évaluée à 5 000 habitants et est (gouverné) par un caïd aidé / par un (controleur) agent intermédiaire de la France. Elle est occupée / par des troupes de diverses armes. Tels que spahis et train des équipages / de la 16e région. Elle renferme aussi un pénitencier pour les troupes / Françaises et dont le 17e a pris les locaux (a) son arrivée 48. Les rues sont / généralement très sales ce qui est en rapport avec les Arabes qui sont / (dégoutants) au point de vue de propreté se traînant partout on les trouve / en groupes accroupis dans les rues (ou) surveillant les femmes qui vont prendre / de l’eau. Gafsa possède aussi beaucoup de Juifs mais qui sont d’une / autre vie que celle des bicots ce qui est plus attrayant chez eux c’est / leurs femmes qui superbes donnent l’impression des femmes Européennes 49.
Monuments. Les monuments de Gafsa sont très rares si ce n'(était) les / minarets (sorte) de (tour) (élevée) qui servent aux marabouts pour appeler les / hommes (a) la prière du haut de ces tours. Gafsa renferme deux / minarets, un près de la Kasbah et l’autre situé prés de la caserne / de Gendarmerie. Il y a aussi des marabouts 50 qui ont ta forme de / (cloitre) et qui servent aux Arabes (a) faire leur prière.
Kasbah. La Kasbah forteresse élevée (a) l’ouest de la ville et / récemment (restauré) et d’une construction solide pouvant abriter bon / nombre d’hommes de troupe en cas de rébellions de la part des tribus / arabes on y remarque les innombrables créneaux qui en font le tour / sont construites aussi les écuries pour loger les chevaux des Spahis / ou les mulets du train des équipages ainsi que les troupes qui y séjournent.
p. 44 Hopital. Au nord de Gafsa se trouve l’infirmerie (hopital) tant / pour les civils que pour les militaires qui sont très bien aménagés (a) cet / effet.
Piscines. Deux piscines se trouvent dans Gafsa et l’autre située / dans les environs à 4 kilomètres. La première se trouve derrière la / poste elle a la propriété d’être magnésienne elle a aussi une / température qui égale 29 degrés au dessus de zéro. / L’autre est située dans la direction de Metlaouïs et a la propriété d’être / sulfureuse mais l’inconvénient qu’il ya pour ces bains est que si on en / abuse ils donnent des maladies (tels) que furoncles et surnommés / (Clous de Gafsa) qui font beaucoup souffrir.
Fête nationale à Gafsa
13 Juillet. La veille du 14 Juillet il y eut dans Gafsa une grande / retraite qui (grace) au commandant (Villarem) et le lieutenant Rouanet qui / avaient su remonter la musique avec les musiciens ou élèves qu’aidés des / tambours et clairons firent le tour de ville aux accents des pas redoublés / connus de tous et exécutés avec un brio remarquable sous la direction du / musicien Durand nommé chef de musique pour l’occasion.
Nous étions accompagnés par les Spahis qui étaient fiers d’une telle (fête) caracolant sur leurs petits chevaux les uns ouvrant la marche les autres / en arrière le tout entouré d’un peloton du 17e d’infanterie. Ce ne fut / sur tout le parcours que fusées, pétards et feux de bengale aux diverses couleurs / Le défilé partit de Kasbah et se termina devant le camp après avoir / parcouru les principales rues de la ville. A cette occasion tout le régiment / eut la permission de 10 heures.
Revue. – distractions du 14 juillet
p. 45 14 Juillet. Au (levé) de l’aube de ce jour (ou) bien des surprises nous attendaient / les tambours et les clairons sonnèrent le réveil en fantaisie tandis que la musique / joua un morceau de son inépuisable repertoire. Après les préparatifs le / bataillon dut aller se former devant le café de France pour y être / passé en revue par le Colonel Moinier qui était (a) Gafsa pour faire enquête sur la mutinerie 51. La revue passée il y eut défilé devant une / estrade (ou) avaient pris place. Le consul de France. Le Caïd et les principales / notabilités de la ville. Le bataillon du 17e et les Spahis defilèrent tour / (a) tour tandis que le colonel très content enleva toutes les punitions. La / journée se passa en diverses attractions (tels) que le (mat) de Cocagne, (danse) du / pays le tout terminé par une fantasia arabe. Le soir après la soupe / devant la maison du contrôleur civil fut tiré un feu d’artifice ayant entre / chaque pièce une intermède de musique exécutée par celle du détachement / du 17e Régiment d’infanterie et (a) 10 heures on est allé se plumarder.
Je m’arrête car je n’ai plus de place et la classe qui arrive (a) grands pas m’occupe plus que tout cela 4 jours demain matin et la fuite.
Notes
Départ du 17e de Béziers : ligne 2 : mais ; l. 7 : cantonnée ; l. 9 : se, passaient ; l. 10 : à, à ; l. 11 : à – Mutinerie du Régiment ; l. 1 : à, diverses ; l. 3 : à ; l. 4 : où ; l. 5 : fenêtres ; l. 6 : à ; l. 7 : dérobé ; l. 8 : tête ; l. 9 : à, occupée ; l. 10 : tête ; l. 11 : à, à ; l. 12 : à ; l.13 : arrêtés ; l. 14 : laissant. – Détail sur la journée du 21 Juin : l. 1 : à ; l. .3 : bientôt ; l. 4 : à, répandue ; l. 6 : à ; l. 7 : à ; l. 8 : à ; l. 9 : à, à ; l. 10 : où, à, dûmes ; l. 11 : rejoignîmes ; l. 14 : où ; l. 15 : déjà ; l. 17 : dessins. – Départ d’Agde : l. 1 à ; l. 2 : prêts, déjà ; l. 3 : à, à ; l. 4 : à ; l. 5 : cavaliers ; l. 16 : c’étaient ; l. 17 : à ; l. 18 : où ; l. 19 : à, à. – Court séjour à Gap : l. 1 : à ; l. 2 : on, à ; l. 7 : prés ; l. 11 où, touchons, à ; l. 12 : à ; l. 13 : à ; l. 15 : où ; l. 16 : à ; l. 17 : là, trompés ; l. 18 : où ; l. 19 : à, journaux ; l. 20 : à, à, à, où ; l. 21 : à. – Embarquement à bord du Chayla : l. 1 : à, à ; l. 4 : à, à ; l. 5 : où ; l. 6 : à, aperçûmes, côtes ; l. 7 : à ; l. 8 : diverses ; l. 9 : à ; l. 10 : à, à ; l. 11 : aperçûmes ; l. 12 : à ; l. 13 : à, à, commença ; l. 14 : à ; l. 16 : à, conduits, à ; l. 17 : à, à ; l. 18 : où ; l. 20 : à.- Stations entre Sfax et Gafsa : l. 3 : à ; l. 4 : froid, à, où ; l. 6 : où ; l. 7 : où ; l. 8 : à ; l. 9 : rentrâmes, contrôleur, où ; l. 10 : bâtiments, à ; l. 11 : passâmes, à, à ; l. 13 : à. – Gafsa et ses environs : l. 1 : gouvernée ; l. 2 : contrôleur ; l. 4 : à ; l. 5 : dégoûtants ; l. 6 : où. – Monuments : l. 1 : étaient, sortes, tours, élevées ; l. 3 : cloître ; l. 4 : à. – Kasbah : l. 1 à, restaurée. – Hôpital : l. 1 : hôpital ; l. 2 : à. – Piscines : l. 4 : telles, surnom. – Fêtes Nationales : l. 1 : grâce, Vilarem ; l. 5 : fête. – Revue : l. 1 : lever, où ; l. 3 : à ; l. 4 : où ; l. 5 : à ; l .6 : telles ; l. 7 : mât, danses ; l. 9 : à ; l. 10 : à.
Le dispositif militaire en Languedoc au soir du 21 juin 1907
Cette carte localise les troupes stationnées dans le Midi de la France et rend compte de leurs déplacements. Elle a été réalisée d’après un document intitulé « situation le 21 juin au soir » remis par l’Etat-Major au Président du Conseil en fin de journée et retrouvé dans le dossier des Archives Nationales F 7 12 920.
Cette carte sera publiée avec des compléments dans la thèse de Jules MAURIN Armée, guerre, société, soldats languedociens 1889-1919 actuellement sous presse. Elle impressionne beaucoup par les concentrations de troupes qu’elle révèle dans les trois départements de la région révoltée : avec 22 régiments d’infanterie et 12 régiments de cavalerie, c’étaient plusieurs dizaines de milliers d’hommes (50 à 60 000 ?) qui se trouvaient présents en Bas-Languedoc.
On observera le vide militaire total des régions voisines. Les garnisons de Bordeaux, Marseille, Toulouse, Foix, Nîmes n’ont pas été figurées sur la carte : on peut supposer qu’elles n’entraient pas dans le dispositif de quadrillage, conservées comme ultime réserve et garantes de l’ordre dans les villes souvent importantes où elles étaient casernées.
On remarquera le déplacement des régiments de Narbonne et de Perpignan au camp du Larzac, la provenance des troupes déplacées (vallée du Rhône surtout pour Montpellier, Sud-Ouest et Centre pour Narbonne et Béziers) la mise en réserve de nombreuses troupes parfois fort éloignées (Pays de la Loire) qui suppose une crainte extrême de l’extension et de l’approfondissement de la révolte. Les brigades de gendarmerie, souvent évoquées ne sont pas figurées. On peut également noter les différences dans l’intensité de l’occupation : très forte concentration de troupes à Narbonne – avec probablement 1 militaire pour 2 civils – occupation un peu plus légère à Béziers et Montpellier, moindre encore à Carcassonne et Perpignan, inexistante à Nîmes laissée sans doute à la garde de sa propre garnison. Ainsi se dessine une hiérarchie des niveaux de répression que l’on peut supposer correspondre à celle des niveaux d’agitation.
Nous avons rajouté à la carte originale les régiments du 139ème et du 81ème d’infanterie qui ne figurent pas et dont le rôle au cours des deux journées décisives des 20 et 21 juin est bien connu. Le 20ème Dragons de Limoges porté comme « parti » de sa garnison n’a pu être retrouvé (il était probablement en transit au soir du 21 juin).
Cette carte permet croyons-nous, d’évaluer à sa mesure la véritable occupation militaire que le Languedoc a subie en juin 1907 et d’expliquer à la fois les sentiments de révolte des vignerons et la rapidité de la répression après les fusillades de Narbonne et la mutinerie.
Annotation des diverses parties du cahier
1. Couvre-nuque : pièce de basane ou d’étoffe adaptée à un képi.
2. Brique anglaise : oxyde de fer utilisé comme abrasif pour les nettoyages de planchers.
3. Godillot : chaussures militaires (du nom de famille Godillot, patron d’une fabrique de chaussures à la fin du XIXe siècle).
4. Châlit : cadre de lit.
5. Coco : boisson à base de réglisse et de citron additionnée d’eau.
6. Moukère, fatma mot arabe signifiant femme.
7. Coco : boisson à base de réglisse et de citron additionnée d’eau.
8. Biribi : terme d’origine italienne désignant d’abord une loterie ou un jeu de quilles, puis un jeu consistant à casser des coquilles de noix enfin, par extension, le bagne militaire où l’on cassait des cailloux. Il ne s’agit donc pas d’un endroit strictement localisé.
9. Le Président du Conseil n’a jamais songé à utiliser le 17ème à des tâches de répression.
10. Épisode du pillage de la poudrière le 20 juin au soir.
11. Épisode de l’intervention du 81ème de ligne à Villeneuve-les-Béziers le matin du 21 juin.
12. Épisode de la rentrée du 17ème à la caserne l’après midi du 21 juin.
13. Giberne : boîte recouverte de cuir portée en bandoulière par les soldats et contenant les cartouches. Ici Sainte Giberne symbolise probablement la discipline militaire.
14. Bataillon : bataillon d’Afrique (unité disciplinaire).
15. Gourbi : mot arabe signifiant hutte.
16. Trimard : chemin (argot).
17. Chambard : bouleversement (argot).
18. Vous me collerez douze balles : vous m’enverrez au poteau d’exécution.
19. Camisard : nom des détenus au bagne militaire, évoquant une torture qui leur était infligée (camisole de force).
20. Prison.
21. Lomard : obscur, peut-être homard = spahi.
22. Mitard : cachot.
23. Chaouchs terme turc signifiant domestiques et désignant les sous-officiers du bagne militaire.
24. Embourbé dans la lie : image témoignant vraisemblablement que ce poème a été rédigé par un viticulteur (Castan lui-même ?).
25. Bicot : arabe. Apocope d’abricot, ce mot est entré dans l’argot en 1861.
26. Viscope : visière d’une casquette.
27. Cressons : arrogants (argot).
28. Article 218 : article du code pénal concernant les cas de rébellion de prisonniers ou condamnés.
29. Ce récit qui évoque un épisode de la guerre russo-japonaise (1905) demeure de provenance inconnue (article du journal recopié ?). Sa signification même reste obscure. Castan a-t-il voulu opposer l’attitude paternelle du général russe à l’attitude répressive du gouvernement français dans l’affaire du 17ème ?
30. Glace erreur de copie pour gloire.
31. Quart de pain, probablement ration du disciplinaire puni.
32. Mot absent dans le texte.
33. Napoléon III ?
34. Député : sans doute erreur de copie (pour dépité ?).
35. Hostilité au travail des femmes commune chez les syndicalistes révolutionnaires du début du siècle.
36. Pompadour : style d’ameublement Louis XV. Ici symbole de luxe.
37. Billets bleus : billets de banque de la IIIème République.
38. Occitanismes pour « les diverses affaires ».
39. Souligné dans le texte.
40. Le général Lacroisade commande.
41. Le 17ème.
42. La crainte du vol des sacs (pour les provisions ?) dénote la grande misère de la population civile.
43. Stationné à Marseille d’après carte ci-jointe.
44. Nous avons respecté l’orthographe et les noms de lieux indiqués par Castan, souvent fantaisistes surtout à partir de Nîmes. La liste elle-même, les erreurs prouvent que Castan se déplaçait peu.
45. Cette observation démontre l’impact de la mutinerie dans l’opinion et en particulier dans la classe ouvrière.
46. Occitanisme pour « faire notre toilette ».
47. Notation naïve laissant supposer que les colonies pouvaient être assimilées à la métropole dans l’enseignement primaire, en tous cas dans la conscience des soldats.
48. La « prise des locaux » montre bien que le 17ème occupe le pénitencier sans être réduit lui-même à un régiment disciplinaire.
49. La norme c’est la France.
50. Marabout est employé successivement pour désigner un prêtre et un monument religieux.
51. On peut lire un écho de cette enquête dans le Journal de Cette (AD Hérault 39 M 291) du 17-07-1907 : « l’enquête reconnaît qu’il était impossible de faire mieux que les gradés ». Il est vrai que le colonel du 17ème avait, paraît-il, été prévenu des intentions des mutins mais refusait d’y croire. La mutinerie (…) devrait plutôt être considérée comme une équipée de potache. La responsabilité en retomberait sur les apaches civils, qui ont entraîné des jeunes gens sans défiance surexcités par les évènements. De plus le commandant aurait commis une faute grave en transportant le régiment à une faible distance de la garnison. Il aurait dû être maintenu à Béziers ou transporté beaucoup plus loin qu’Agde de façon à ne pas se trouver trop près du foyer d’agitation et en contact direct avec les meneurs.
