Pierre-Auguste COT – Peintre (Bédarieux 1837 – Paris 1883)
Pierre-Auguste COT – Peintre (Bédarieux 1837 – Paris 1883)
p. 17 à 33
I. - Donation de la collection de P.-A. Cot a la ville de Bédarieux
C’est le 7 Mai 1946 que fut rédigée la donation de la collection de Pierre-Auguste Cot à la ville de Bédarieux ; la donation précisait en substance : « La ville de Bédarieux aura la propriété des biens donnés à compter de ce jour, mais elle n’en prendra possession qu’au décès de M. et Mme William Cot, donateurs qui s’en réservent l’usufruit leur vie durant, jusqu’au décès du dernier vivant., à la condition que la ville les conserve en bon état et prenne toutes les dispositions nécessaires pour que ces œuvres soient exposées dans un local adéquat où le public pourra les visiter »… 1
L’estimation de la donation s’élevait alors à 1.170.000 F. pour un ensemble d’œuvres de P.-A. Cot, F. Duret, A. Mercié, Bouguereau, Carrier, W. Cot et Allouard 2.
En 1951 une promesse de vente fut faite de la part de M. W. Cot en faveur de la ville de Bédarieux dans laquelle il s’engageait à vendre moyennant le versement d’une rente viagère de 20.000 F. par mois, à la commune de Bédarieux, une partie de sa propriété comportant en particulier l’atelier de son père Auguste Cot à l’effet d’y installer un musée municipal 3 (fig. 1).
Il semble que la municipalité ait hésité devant cette proposition 4, peu encouragée, il est vrai, par les lettres du Conservateur des Musées Nationaux comme celle en date du 16 Décembre 1959 dans laquelle le Conservateur se permettait de mettre en garde la municipalité « contre la création d’un tel Musée, en raison des lourdes tâches financières que son aménagement, son gardiennage, sa conservation, son fonctionnement, lui imposeraient… » 5. Le projet reste donc en suspens.
En 1960 M. W. Cot, fils du peintre rédige son testament : outre la donation faite à la ville depuis 1946, il lègue le reste de ses collections à trois héritiers : « Pour indemniser mon exécuteur testamentaire de la mission que je lui confie, je le prie d’accepter à titre de diamant le tiers de ma succession, de telle sorte que l’actif de ma succession sera partagé en trois parts égales, l’une pour chacun de mes légataires et la troisième pour M. Cadars 6 » ; (les légataires étaient M. Pierre Cot et Mme Tello).
William Cot mourut en Janvier 1961, la ville prit possession des œuvres qui lui étaient léguées, dans le courant de la même année. Le 28 Décembre 1963 on procéda à l’enlèvement, dans l’atelier du peintre, des œuvres d’art destinées aux légataires. Entre temps, un vol fut commis dans la nuit du 1er au 2 Juin 1963.
Les légataires furent informés que « dans le cas où l’une des parties n’accepterait pas de prendre certains objets, ceux-ci seraient immédiatement présentés à un antiquaire ou un brocanteur et adjugés à ce dernier » 7.
En 1964 après plusieurs demandes de Mme Durville, sœur de W. Cot, la municipalité de Bédarieux consent à lui donner le portrait de Mme Cot, sa mère, peint par P.-A. Cot 8.
De la même manière un médaillon représentant P.-A. Cot et son épouse fut accordé à M. Pierre Cot en 1963 : il s’agit peut-être du médaillon en marbre de Mercié, répertorié lors de la donation de 1946, avec une erreur, sous le titre : Médaillon en marbre d’enfants.
Plusieurs autres requêtes furent présentées à la Municipalité de la part de Mme W. Cot, Mme Tello et M. Cadars réclamant le chanteur Napolitain de Duret, la tête d’étude de malade de P.-A. Cot et le buste en terre cuite de Duret représentant Cherubini. La Municipalité refusa pour les deux premières œuvres, quant à la troisième, elle n’en fut jamais héritière. La destinée de ce buste nous est donc inconnue, peut-être faisait-il partie des œuvres volées en Juin 1963.
Voici en quelques lignes, l’histoire de la donation Cot a la ville de Bédarieux. Le projet de Musée avancé par M. W. Cot en 1951 n’ayant pas vu le jour, la municipalité s’est contentée d’accrocher sur les murs de l’Hôtel de Ville une partie de la donation, le reste des œuvres étant déposé dans les ateliers municipaux.
Ces œuvres seront bientôt exposées dans un local adéquat à Bédarieux où le public pourra désormais les visiter.
II. -Pierre-Auguste Cot : sa vie, sa peinture
Pierre-Auguste Cot est né le 17 Février 1837, à Bédarieux, petite ville industrielle éloignée, à l’époque, de tout centre artistique. Son père, Etienne Cot, contremaître filateur, et sa mère, née Justine, Cécile Cabrol, habitaient faubourg de la Croix, au N° 114 de l’Avenue qui porte aujourd’hui le nom d’Auguste Cot. Ils y vivaient très modestement.
Pierre-Auguste Cot, élève à l’école communale, marquait un tel goût pour le dessin que son professeur surpris de ses progrès rapides en fit part à M. Théron, Maire de Bédarieux.
En 1853, P.-A. Cot avait alors seize ans, le conseil municipal votait en sa faveur une bourse lui permettant d’entrer à l’École des Beaux-Arts de Toulouse.
Le jeune élève obtint chaque année les premières médailles avec éloges du Jury. En 1860, il subissait, avec Jean-Paul Laurens les épreuves du Grand Prix de Paris, Concours annuel consistant à exécuter en loge, un tableau sur un sujet donné : le lauréat devait être admis à l’École des Beaux-Arts de Paris avec une pension assurant son entretien.
Le sujet donné Nissus et Euryale fut traité par les deux candidats avec un égal mérite, si bien qu’ils remportèrent ex-æquo le Grand Prix de Paris. Le 9 Octobre, ils entraient tous deux à l’École des Beaux-Arts.
P.-A. Cot, ainsi que son camarade J.-P. Laurens, ne pouvant être soutenus matériellement par leurs parents, vécurent dans des conditions très modestes avec la seule ressource de leur pension et ne manquèrent pas de s’entraider mutuellement, d’où résulta une grande amitié entre les deux artistes. Cot habitait 106, Rue du Bac, et Laurens 65, Rue de l’Ouest.
Les deux élèves participèrent à de nombreux concours et se virent décerner les premières médailles. On peut voir au Musée de l’École des Beaux-Arts de Paris, un prix de « tête d’expression » et un prix de « torse » (1866 et 1865) peints par Cot.
J.-P. Laurens entra par la suite dans l’atelier de Bida ; Cot dans ceux de Cabanel et de Bouguereau. Alexandre Cabanel, naquit à Montpellier en 1823 ; cet homme d’origine modeste, — son père était menuisier au Faubourg Figuerolles —, accumulera, sa vie durant, tous les titres honorifiques que l’on pouvait souhaiter : Commandeur de la Légion d’Honneur, il était également membre de nombreuses Académies dans toute l’Europe ; professeur à l’École des Beaux-Arts de Paris, il côtoyait le Tout-Paris du Second Empire dans l’entourage de l’Empereur 9.
Il est probable que le jeune élève bénéficiera non seulement de l’enseignement de Cabanel, mais aussi de sa notoriété et de ses relations. Leur vie et leur carrière artistique présentent d’ailleurs de nombreuses analogies.
En 1863, Cot envoyait au Salon des Artistes Français son premier portrait, puis il resta quatre ans sans exposer.
En 1867, il se mettait de nouveau en vue avec un portrait de La Marquise de Pimodan et un tableau représentant une baigneuse.
Cot épousa en 1868, Juliette Duret, fille aînée du célèbre sculpteur, mort en 1865. Immédiatement après le mariage, le jeune ménage vint à Bédarieux et Madame Cot sut conquérir l’affection, de ses beaux-parents par sa simplicité charmante qui s’adaptait si bien à celle de leur fils.
Deux ans après, Cot et sa jeune femme allaient visiter Gènes, Pise, Florence et Rome où ils séjournaient chez leur cousin Rosellini, branche italienne issue du grand musicien Cherubini arrière grand-père de Juliette Duret, épouse de Cot.
Cot rapporta d’Italie d’excellentes études et, encouragé par ses premiers succès, continua à travailler avec acharnement. De nouvelles récompenses le mirent hors concours en quatre ans et le classèrent membre du jury.
Ces premières distinctions lui valurent de nombreuses commandes de toute la noblesse désireuse de se faire portraiturer, li suffit d’observer l’œuvre du peintre pour s’apercevoir qu’elle est essentiellement constituée d’une multitude de portraits de marquis, vicomtes ou duchesses. (Fig. 2 et 3).
Ces honneurs et ces prestigieuses commandes, Cot, tout comme Cabanel les devait à sa peinture « sérieuse », « convenable », pur produit de l’Académie.
Présidée par le ministre et composée de personnes nommées par ce dernier, l’Académie voulait une peinture « reconnue d’utilité publique » et « respectueuse des traditions classiques », les « barbouilleurs » n’étaient pas admis.
Une remarque de Robert David d’Angers en dit long sur les critères de sélection de l’Académie il écrivait en 1887 : « Êtes-vous élèves de Rome, êtes-vous de l’École des Beaux-Arts, ou n’êtes-vous d’aucune de ces écoles… vous serez suivant celui ou ceux qui sont chargés du placement… fatalement victime d’impartialité suivant que vous appartiendrez à l’une ou l’autre de ces catégories » 10.
P.-A. Cot, heureusement pour lui, a suivi la bonne filière : élève de l’École des Beaux-Arts dans l’atelier de Cabanel et de Cognier, séjour à Rome, admis au Salon, membre du jury, il possédait tous les atouts pour plaire à l’Académie et donc au public. De fait, Cot semble avoir remarquablement séduit la bourgeoisie parisienne qui courrait les Salons à la recherche du peintre le plus en vue, le plus à la mode. Ses portraits, très appréciés, constituaient l’essentiel de ses participations aux Salons et malgré quelques rares compositions empruntées à l’histoire ou à la mythologie, Cot fut toujours considéré par les critiques comme portraitiste et non pas comme peintre d’histoire.
En 1869, Cot exposait le portrait de sa femme et obtenait la première récompense. A propos de ce Salon, le critique E. About remarquait : « C’est l’enseignement de M. Cogniet qui semble avoir produit la plus abondante récolte de jeunes talents » 11 et il cite parmi quelques portraitistes, A. Cot pour son « portrait rouge ».
En 1870, le peintre exposait La Méditation : cette année là, l’État achetait son Prométhée et le confiait au Musée de Montpellier. En 1872, une nouvelle médaille le mettait hors concours pour son œuvre Dionisa. L’année suivante il exposait Le jour des Morts au Campo Santo tableau conçu pendant son voyage en Italie et une Bayadère dansant. Cot commençait également une série de portraits : Madame de Montauban, la baronne Mechain, le vicomte de Mortemart et Mademoiselle Perret.
Les portraits de Cot n’auront pas toujours fait l’unanimité de la critique : Duvergier de Hauranne, en 1874, classe Cot parmi les peintres bourgeois et lui reproche cette « tendance à négliger le type individuel pour courir après l’effet pittoresque ou après cette espèce d’idéal bourgeois qu’on appelle : l’air distingué » Cot, ajoute-t-il, est un homme de talent, mais qui a le talent d’une femme 12. Cette année là, le peintre avait présenté le portrait d’une femme blonde en robe noire et le portrait d’un militaire.
C’est en 1873 que P.-A. Cot composait « Le Printemps », Tableau charmant dont le succès fut considérable. Acheté par l’éditeur Goupil, il fut reproduit en gravures, photographies et de toutes façons, pendant de nombreuses années. Goupil se réservant les droits de reproduction, l’a revendu en Amérique où il se trouve encore. Dans ce tableau comme dans celui de « L’Orage » qu’il composa quelques années plus tard, Cot atteignit la perfection d’exécution du rêve que son imagination poursuivait. Mais sa fidélité à son pays natal était si forte, que l’on retrouvait dans ses délicieux paysages, les environs de Bédarieux, « le petit ruisseau de Vèbres » et le « moulin Trincas ».
Cot fut décoré de la Légion d’Honneur en 1874. Sa première pensée fut de venir à Bédarieux, la fêter parmi ses amis. Il fut reçu par une manifestation pleine d’entrain et de sympathie à laquelle l’Orphéon n’avait pas manqué de prendre part.
Désormais Cot, participera systématiquement à tous les Salons jusqu’à sa mort. Que ses portraits soient appréciés ou pas, tous les critiques s’accordent pour reconnaître au peintre du talent et une technique aboutie.
A propos du Salon de 1875, M.-F. de Lagenevais dira de lui : « M. Cot a de la distinction, de l’acquis, une grande finesse de dessin et le mérite exceptionnel de ne point aimer le tapage » 13. Ces qualités de portraitiste n’iront pas, hélas, sans quelque servitude et Cot sera bien souvent tenu d’exécuter ses portraits en fonction du goût de ses clients qui désiraient tous ressembler à tel ou tel portrait déjà exposé et rangé parmi es meilleurs. Cette contrainte aura pour conséquence l’absence de réalisme que déplore Duvergier de Hauranne et cet « air distingué » qui, comme un air de famille, apparaît dans la plupart des portraits.
C’est également ce que redoutait le critique V. Cherbuliez, à propos du portrait de la Comtesse P… exposé au Salon en 1876, craignant qu’il ne devienne le modèle de futures commandes. V. Cherbuliez apprécie le portrait et lui reconnaît « un dessin d’une irréprochable correction » Cot, fait-il dire à une bourgeoise imaginaire, « ne commet jamais aucune faute de grammaire, ni même d’orthographe » 14.
En 1877 c’est le portrait de M. Thomas, doyen des notaires de Paris que notre peintre expose au Salon. Malgré son caractère quelque peu XVIIIe, le portrait est jugé « largement peint et vigoureusement modelé » 15.
Désormais Cot figure parmi les peintres les plus en vue. En 1879, Eugène Guillaume notait : « Il y a au Salon beaucoup de portraits remarquables » ceux de M. Cabanel qui sont de la plus grande distinction, celui de M. C.-L. Muller, ceux de M. Delaunay, de M. Cot, de M. Doucet et de plusieurs autres artistes 16. En 1880, il exposait le portrait de la petite Duchesse de Luynes et l’Orage. Ernest Michel consacra, au sujet de ces deux tableaux, un article assez long dans la Revue des Deux Mondes 17– 18. Selon lui le portrait surpassait les précédents ouvrages de l’artiste ce dernier « y fait preuve d’une exigence que l’on pourrait trouver excessive si son habileté n’était pour le moins égale à sa conscience » ; et le critique poursuit, donnant sa préférence au portrait plutôt qu’à l’Orage mais, dit-il « le public sans aucun doute dédommagera l’artiste de nos préférences. A ce jeune garçon et à cette fillette qui fuient, enlacés devant les approches de la tempête, il fera, suivant toute apparence, le même accueil qu’au « Printemps » que la gravure, la peinture sur émail ou sur porcelaine se sont employés et s’emploient encore à reproduire. Il serait difficile de citer un succès aussi populaire et aussi persistant ». Ce témoignage vivant et contemporain de Cot ne manque pas d’intérêt quant à la notoriété de ce peintre et à l’engouement dont le public fit preuve à l’égard de certaines de ces œuvres. Certaines d’entr’elles, en effet, furent popularisées et diffusées très largement par des copies formelles ou des « réminiscences mal déguisées », présentées dans de nombreuses expositions et dans les vitrines des marchands, parfois avec « plus d’une fâcheuse déformation ».
L’année suivante P.-A. Cot exposait le portrait de son fils William. Les portraits, très nombreux, lors de ce Salon, furent classés parmi les œuvres les plus intéressantes et constituaient la force du Salon selon l’expression d’Eugène Guillaume 19 qui ajoutait : « M. Cot acquiert de plus en plus cette sûreté qui fait les maîtres, et cette année, il a grand succès avec son charmant petit garçon, auquel il a donné pour épigraphe « Papa je pose » 20.
La première remarque que l’on peut faire sur l’œuvre de Cot au sujet de laquelle s’accordent toutes les critiques, c’est avant tout le caractère fini et irréprochable de l’exécution.
Le peintre possède en effet une technique qui est le fruit d’un long apprentissage dans les ateliers de Léon Cogniet, Bouguereau et Cabanel. Apprentissage qui aura pour conséquence cependant d’avoir modelé le peintre aux rigueurs de l’Académie à laquelle il restera fidèle, presque jusqu’à sa mort.
Déjà les contraintes de l’académisme entraînaient de nombreuses répétitions dans le travail de ses adeptes engendrant une inévitable monotonie. La critique devenait plus sévère à son égard et Baudelaire déplorait cette fausse poésie des sujets anecdotiques et sentimentaux, les poncifs et l’érudition académique « qui cache son manque d’inspiration sous une technique routinière et des titres recherchés ».
Il convient, toutefois, de remarquer que P.-A. Cot, à la fin de sa vie semble s’être insensiblement détaché de cette emprise. Peut-être le devait-il à sa position au sein de la société qui l’entourait ; moins en vue que Cabanel, par exemple, il pouvait se permettre de sages libertés qui, s’il n’était mort prématurément, auraient peut-être révélé un nouvel adepte du réalisme.
Ces libertés picturales auxquelles nous faisons allusion témoignent effectivement d’une attirance de Cot vers la nouvelle peinture. Il s’agit, certes d’une orientation timide qui n’aurait jamais entraîné notre peintre, s’il avait vécu plus longtemps, à participer au Premier Salon des Indépendants de 1884, mais qui est, pour le moins indéniable.
En 1882 Henry Houssaye remarquait avec raison : « depuis quelques temps M. Cot voyait par les yeux de M. Bouguereau, il voit désormais par les siens. Aux derniers Salons nous avons remarqué que sa touche s’accentuait dans la fermeté, son dessin dans le caractère, son coloris dans la puissance » 21.
Cette remarque s’adressait tout particulièrement à « Mireille sortant de l’église St Trophime d’Arles » que le peintre avait présentée au Salon de 1882 avec le portrait de Mme Buloz épouse de Charles Buloz, directeur de la Revue des Deux Mondes. Ce dernier fut considéré comme l’un des meilleurs du Salon.
C’est à E. Legal que nous devons une très précieuse documentation sur la Mireille de Cot, qui pour l’histoire locale ne manque pas d’intérêt 22 : « Nous sommes en Arles, par un beau Dimanche des Rameaux. Mireille sort de l’église St Trophime, portant dans son bras gauche des rameaux d’olivier. En son. costume arlésien, elle est délicieusement ravissante avec son joli profil grec, ses grands yeux noirs taillés en amande, ses longs cheveux noirs qui se séparent sur la tête en une ligne médiane, sa taille souple et sa démarche élégante. Comme elle descend les marches, ses yeux baissés se posent sur un jeune mendiant boiteux qui lui tend la main ; elle lui fait l’aumône. A l’arrière-plan, à gauche on aperçoit plusieurs figures, parmi lesquelles on reconnaît une bédaricienne, Marianne Sèbe, le plus souvent dénommée Marioun ». (Fig. 4).
Pour sa Mireille, P.-A. Cot est allé en 1882 commencer son tableau en Arles, un dimanche à la sortie de la grand’messe, devant l’église St Trophime ; puis il l’a terminé à Bédarieux. Cette année là, il y a, au Mas de Tantajo, une hôtesse aussi inconnue que belle que le peintre a ramenée de Trinquetaille, ce faubourg d’Arles qu’ont rendu célèbre les joyeuses ribotes de Mistral et d’Alphonse Daudet. C’est Mademoiselle Catherine Deluy, qui va servir de modèle pour Mireille (…). Pendant deux mois Catherine-Mireille est choyée au Mas Tantajo ; chaque jour Cot la fait placer devant la porte de sa maison non loin du faune de Mercié pour lequel a posé Adolphe Ouradou, un bossu de Bédarieux. C’est là, en plein air qu’il exécute son portrait qui est l’un des trois ou quatre tableaux qu’il a fait à Bédarieux. A l’artiste, il fallait un mendigot estropié : tout près de son mas, il trouve, alors dans sa 13e année, un pauvre diable, le Baragouin, de son vrai nom Jules Gairaud. Bien qu’il ne soit pas boiteux, Cot le prend, par pitié, pour lui faire gagner un peu d’argent. Il l’équipe en joueur d’accordéon estropié et le fait poser ainsi. Jusqu’à sa mort, survenue en 1926, à l’hôpital de Bédarieux, le Baragouin, toujours épris de la dive bouteille et très fier d’avoir été le mendiant de Mireille, garda pour la mémoire de Cot une profonde reconnaissance. Telle est l’histoire complète et véridique de la Mireille de Cot, exécutée près de l’Orb, scandée par le chant des cigales.
Ce tableau de 2,50 m x 1,70 m fut exposé en 1882, un an avant la mort du portraitiste, au Salon des Artistes Français ; acquis par l’État, il fut envoyé au Musée du Luxembourg d’où il est ensuite passé au Musée Fabre à Montpellier.
A la fin de sa vie, en 1883, Cot avait entrepris dans son atelier de Bédarieux, une vaste composition représentant Élisabeth de Hongrie soignant les malades. Cette toile avait été commandée, a-t-on dit par la cour d’Autriche, peut-être grâce à l’intervention de Cabanel, Membre de l’Académie de Vienne. Cette toile restée inachevée trahit une orientation picturale très nette vers le réalisme si l’on en juge par l’expression des visages et en particulier de celui du malade qui s’affaisse devant la jeune reine. Expression d’un personnage déjà inanimé, presque moribond, la tête rejetée en arrière. Il existe deux versions de ce même sujet, toutes deux inachevées et de grand format, ainsi que de nombreuses études préparatoires, propriété de la ville de Bédarieux. Une esquisse de 0,48 m. x 0.80 m. représentant la même scène se trouve au Musée des Beaux-Arts de Béziers (fig. 5).
Ce tableau de 2,50 m x 1,70 m fut exposé en 1882, un an avant la mort du portraitiste, au Salon des Artistes Français ; acquis par l’État, il fut envoyé au Musée du Luxembourg d’où il est ensuite passé au Musée Fabre à Montpellier.
A la fin de sa vie, en 1883, Cot avait entrepris dans son atelier de Bédarieux, une vaste composition représentant Élisabeth de Hongrie soignant les malades. Cette toile avait été commandée, a-t-on dit par la cour d’Autriche, peut-être grâce à l’intervention de Cabanel, Membre de l’Académie de Vienne. Cette toile restée inachevée trahit une orientation picturale très nette vers le réalisme si l’on en juge par l’expression des visages et en particulier de celui du malade qui s’affaisse devant la jeune reine. Expression d’un personnage déjà inanimé, presque moribond, la tête rejetée en arrière. Il existe deux versions de ce même sujet, toutes deux inachevées et de grand format, ainsi que de nombreuses études préparatoires, propriété de la ville de Bédarieux. Une esquisse de 0,48 m. x 0.80 m. représentant la même scène se trouve au Musée des Beaux-Arts de Béziers (fig. 5).
L’acquisition, de ce tableau nous est relatée par Charles Labor, Conservateur du Musée des Beaux-Arts, dans un document daté de 1886 23. Le Musée ne possédant alors aucune œuvre de P.-A. Cot, son conservateur demanda au peintre de lui faciliter l’acquisition de l’une de ses toiles. Charles Labor écrit : En visite au Musée, Cot remarqua le tableau des Funérailles de Guillaume. « Tiens ! vous avez un Laurens ? » dit-il, puis se tournant de mon côté, avec un fin sourire, il ajouta : « Allons c’est juste, il vous fallait un Cot et vous l’aurez ». Mais le peintre mourut, peu de temps après et c’est sa veuve, qui donna au Musée l’esquisse de Ste Élisabeth. Un mois après la mort de son mari, Juliette Cot écrivait à M. Labor la lettre suivante, en date du 14 Septembre 1883 : « Monsieur, hier seulement, j’ai eu le courage de pénétrer dans cet atelier où mon pauvre mari avait fait transporter, l’année dernière, la grande toile de Ste Élisabeth de Hongrie qu’il comptait faire ici, hélas ! A ma grande surprise, car je croyais qu’elle était restée à Paris, j’ai trouvé l’esquisse qu’il a faite en dernier lieu et qui donne absolument l’idée de ce que le tableau aurait été si mon cher mari avait pu mettre à exécution ce rêve de sa vie entière !… Je dois vous avouer qu’en la voyant, ma première idée fut qu’il ne me serait pas possible de m’en séparer. La réflexion aidant, j’ai pensé qu’elle ne pouvait être remise qu’en de meilleures mains que les vôtres et que mieux que personne, vous comprendriez la valeur de cette œuvre, unique souvenir d’une composition qui a occupé pendant si longtemps celui que je pleure ».
C’est ainsi que cette petite esquisse fut acquise par le Musée des Beaux-Arts de la Ville de Béziers.
Cette esquisse, cette première pensée de Cot pour son grand projet, est, de loin, supérieure aux deux versions définitivement restées inachevées. La touche trahit une exécution rapide, vigoureuse, sans repentirs qui confère au tableau une force que n’ont pas les deux grandes compositions. L’éclairage, concentré sur la scène principale, renforce une composition bien équilibrée mais qui a le mérite de n’être pas excessivement recherchée. La version définitive, par contre, perd beaucoup en comparaison l’éclairage se perd de façon diffuse sur l’ensemble d’une composition trop figée dont les personnages aux attitudes quelque peu affectées manquent de réalisme. En un mot l’esquisse est une exécution libre, le projet définitif une version revue et corrigée par l’acquis académique.
L’atelier dans lequel Cot s’apprêtait à exécuter son grand projet fut dessiné par Pujol. C’est en 1874 que le peintre chargea son ami, architecte, d’agrandir le petit Mas Tantajo qu’il possédait à la sortie de la ville et d’y prévoir un atelier pour lui permettre de prolonger ses séjours auprès de ses parents et de travailler dans le cadre de cette campagne qu’il aimait tant et dont il gardait lorsqu’il était loin, une touchante nostalgie. (fig. 6)
C’est son ami toulousain, le sculpteur Antonin Mercié qui fut probablement chargé de la décoration du château, agrémentant le parc de statues et dressant à la gloire du peintre, et certainement sur sa demande, une monumentale cheminée de style Renaissance : satisfait de sa réussite, Cot s’y fait représenter en costume du XVIe siècle, accompagné de son épouse. (fig. 7)
Chaque été, le peintre reçoit dans son Mas Tantajo ses amis Alphonse Daudet, Antonin Mercié, le romancier Albert Delpit, le docteur Soulage, Charles Buloz, directeur de la Revue des Deux Mondes et bien d’autres dont, en particulier, son compatriote Ferdinand Fabre qui dira à son sujet : « J’ignore si Bédarieux aura jamais son romancier, il a déjà son peintre, et je m’en réjouis ».
III. - Mort de Pierre-Auguste Cot
Pierre-Auguste Cot ne bénéficiera de l’agrément de sa nouvelle résidence et de son vaste atelier que pendant sept ou huit saisons seulement. Le peintre, en effet, souffrait depuis 1881, de crises hépatiques. Au début du printemps 1883, il sentit plus durement encore les atteintes du mal qui allait l’emporter. Vers la fin de Juillet de cette année, une crise plus grave que les autre le frappa en plein travail dans son atelier de la rue Carnot à Paris. Il ne reprit connaissance que pour s’éteindre le 2 Août 1883 à 46 ans. Son corps repose au Cimetière du Père-Lachaise, à Paris, à côté du grand sculpteur Duret, dans le tombeau de famille.
Quelques jours après sa mort, le Petit Méridional lui consacrait quelques lignes : « Nous apprenons la mort de M. Cot, peintre de talent, bien connu à Montpellier, où il venait fréquemment en visite, M. Cot a succombé après quinze jours de maladie à une fluxion de poitrine. Entre autres œuvres fort remarquées on se souvient certainement du « Printemps » et de la jolie toile « Pendant l’Orage ». M. Cot excellait aussi dans le portrait. Le Musée de Montpellier possède de lui un « Prométhée » d’un dessin et d’une couleur admirables. Le peintre Cot était presque notre compatriote. Né à Bédarieux, il y résidait aux époques de la belle saison quand il venait se reposer de ses travaux. L’artiste regretté occupait dans le Monde des Arts, à Paris, une place à côté des premiers maîtres de ce temps » 24.
Un comité se formait immédiatement à Paris pour élever, par souscription, un monument à sa mémoire. Ce comité était composé de membres de l’Institut, d’artistes éminents, d’écrivains distingués. La souscription fut vite couverte, tant par ses amis de Paris que par ceux de Bédarieux.
Le monument exécuté par Mercié et Pujol fut inauguré à Bédarieux, en 1889 par un représentant du Ministre des Beaux-Arts.
Lors de la dernière guerre, les pièces de bronze constituant cette stèle, y compris le buste de P.-A. Cot furent expédiés par l’occupant, à Marseille pour être fondues. C’est grâce à l’initiative de William Cot, fils du peintre, avec l’appui du Président de la Chambre de Commerce de Marseille, qu’un moulage pût être exécuté avant destruction 25. Ce moulage permit au Statuaire Paul Sylvestre, élève de Mercié, de reconstituer le monument dans son ensemble. Le buste actuel, mis en place en 1947 a été exécuté dans les ateliers de MM. Susse Frères fondeurs à Paris.
IV. - Conclusion
Quelle fut la place de P.-A. Cot dans la vie artistique de cette deuxième moitié du XIXe siècle ? Certes notre peintre n’aura pas laissé un nom aussi prestigieux que ceux de Cabanel, Bouguereau ou autres Carolus-Duran et Laurens. Cependant il s’inscrit dans le même courant artistique et occupe une place importante au sein de l’école académique.
Peintre sérieux, sage, n’aimant pas le tapage, ses participations aux Salons sont systématiquement remarquées et les critiques s’attardent, parfois assez longuement, sur ses portraits. N’oublions pas, pour donner toute leur importance à ces distinctions, que les Salons étaient constitués de centaines d’exposants et d’un millier d’œuvres.
L’oubli dans lequel est tombé P.-A. Cot aujourd’hui ne doit pas nous inciter à penser qu’il fut toujours méconnu. Il est certain qu’entre les années 1870 et 1883, et même après, Cot connut une heure de gloire dans les milieux artistiques parisiens. Ses œuvres fort appréciées étaient fréquemment rangées aux côtés de celles de ses maîtres et de peintres tels que Meissonier, Bonnat, Goupil, Carolus-Duran et parfois même préférées à ces derniers.
La mort est venue interrompre une carrière artistique trop courte puisqu’elle n’a duré que quinze ans, au moment où le peintre connaissait toute la plénitude de son talent et de son succès. Il n’est pas interdit de penser que si P.-A. Cot avait vécu plus longtemps, il aurait laissé derrière lui, non seulement une œuvre beaucoup plus riche, mais surtout une œuvre plus personnelle, un peu moins empreinte d’académisme, comme en témoignent ses dernières peintures.
Quoiqu’il en soit, Cot apparaît comme un représentant de l’art officiel de la 2e moitié du XIXe siècle, son témoignage bien que modeste n’en demeure pas moins digne d’intérêt.
Il eût été logique de publier à la suite de cette étude un essai de catalogue de l’œuvre du peintre. Ce catalogue, incomplet à l’heure actuelle et en cours de réalisation, fera très certainement l’objet d’une future publication. Nous faisons ici un appel aux personnes connaissant ou possédant des œuvres de P-A. Cot afin de rendre notre répertoire plus exhaustif.
André SIGNOLES.
Notes
Les notes à caractères biographiques sont extraites d’une biographie anonyme figurant dans le dossier Cot à la Mairie de Bédarieux. On doit peut-être ces quelques renseignements au fils même du peintre, M. W. Cot.
1 Mairie de Bédarieux, legs Cot – AS 12290 – 7 Mai 1946.
2 Mairie de Bédarieux, legs Cot – AS 12291 -14 Mai 1946.
3 Mairie de Bédarieux, legs Cot – Lettre de M. W. Cot en date du 16 Janvier 1951. « Promesse de Vente ».
4 La Municipalité en place envisageait alors l’achat de locaux beaucoup plus vastes, mais les élections de 1959 mirent fin à ce projet.
5 Mairie de Bédarieux, legs Cot – Lettre du Conservateur des Musées Nationaux (Palais du Louvre, Pavillon Molien) en date du 16 Décembre 1959.
6 Mairie de Bédarieux, legs Cot – CL 13781 – 8 Septembre 1960.
7 Mairie de Bédarieux, legs Cot – Lettre adressée au légataire Pierre Cot. 20 Décembre 1963.
8 Mairie de Bédarieux, legs Cot – Lettres adressées à Madame Durville.
9 J. Nougaret : Alexandre Cabanel, D.E.S. Université de Montpellier, 1961-1962.
10 Robert David d’Angers : Le Forum Artistique et Littéraire n° 6, 2e année, Juin 1887, p. 91.
11 E. ABOUT : La Revue des Deux Mondes, Salon de 1869. Seconde période, p. 749.
12 Duvergier de Hauranne : La Revue des Deux Mondes. Salon de 1874. Troisième période. 1er Juin, p. 670.
13 M.F. de Lagenevais : La Revue des Deux Mondes. Salon de 1875. Troisième période, p. 903.
14 V. Cherbuliez : La Revue des Deux Mondes. Salon de 1876, p. 530.
15 H. Houssaye : La Revue des Deux Mondes. Salon de 1877, p. 836.
16 Eugène Guillaume : La Revue des Deux Mondes. Salon de 1879, p. 197.
17 Ernest Michel : La Revue des Deux Mondes. Salon de 1880, p. 682-683.
18 Ernest Michel Peintre d’histoire et de portraits, né à Montpellier le 30 Juillet 1833, mort dans la même ville le 28 Mars 1902. Le 10 Octobre 1851, il entra à l’École des Beaux-Arts. Il eut pour maître Picot et Cabanel. Deuxième prix de Rome en 1856, premier prix en 1860. Figura au Salon de 1859 à 1876. Médaille en 1870. Chevalier de la Légion d’Honneur en 1880. Pendant de nombreuses années, il fut Conservateur du Musée et Directeur-Professeur de l’École des Beaux-Arts de Montpellier.
19 Eugène Guillaume : La Revue des Deux Mondes, Salon de 1881, p. 170.
20 Ce tableau est exposé à l’heure actuelle à la Mairie de Bédarieux.
21 Henry Houssaye : La Revue des Deux Mondes. Salon de 1882, p. 850.
22 E. Legal : Le Petit Méridional. Jeudi 11 Septembre 1930.
23 Charles Labor : Notes et explications complémentaires sur l’acquisition de Ste Elisabeth, 1886, Manuscrit, Musée de Béziers.
24 Le Petit Méridional. Lundi 6 Août 1883.
25 Midi Libre : 21 Septembre 1946.
