Pézenas et le Piscénois : une ville et son pays en Bas-Languedoc

Avec la collaboration de C. Alberge, B. Lafitte et M. Vigouroux
pour la mise au point, la diffusion, et l’exploitation des questionnaires.

I - Une enquête

L’appel aux méthodes de la géographie de la perception pourrait permettre d’avancer quelques réponses, forcément partielles, sur des thèmes encore peu explorés, en tout cas servir de fil directeur à une première recherche soucieuse de faire s’exprimer d’abord les habitants, sur leur cadre de vie et l’espace qu’ils pratiquent. Cette recherche se réfère aussi aux préoccupations pour éclaircir les notions de pays et d’images de la ville. En effet, si la « région » est devenue objet politique et terme banalisé, l’entité régionale recouvre plusieurs types d’espaces qui se différencient ; ceux-ci constituent autant de sous-ensembles de niveau supra-local (ou pluri-communal) et infrarégional, qui renvoient à deux critères de différenciation ; l’un est octroyé, et de nature administrative : le département, l’arrondissement, le canton ; l’autre est hérité, qui renvoie parfois aux recoins les plus obscurs de la mémoire collective : le pays. Deux éléments de reconnaissance d’un espace que pratiquent et perçoivent les habitants, dans leur activité quotidienne et dans leur référentiel mental : espace économique et aire culturelle à la fois.

La même ambiguïté recouvre les deux termes de « région » et de « pays », le géographe ayant plutôt privilégié la première dans ses approches, quitte à lui accoler le qualificatif de naturelle ou d’homogène, avant que la prise en compte du maillage de l’espace par les réseaux d’échanges n’ait fait émerger le qualificatif de polarisée.., sans parler des régions de programme ou de l’aménagement régional…

Rien de tel pour le « pays » qui n’a pas encore été élevé à la dignité d’instrument d’appréciation des rapports des hommes aux lieux : un terme chargé de significations nouvelles depuis la mise en avant de slogans dont l’expression en occitan ne fait que renforcer des allures que d’aucuns voudraient passéistes : « Volem viure al païs ». Le pays est à la fois espace de solidarité et territoire, c’est-à-dire un espace approprié par un groupe social, une collectivité humaine consciente de son appartenance. Cela implique un certain nombre de conditions :

  • la référence à une localisation ;
  • la notion d’occupation et de sécurité qui en découle (dans le domaine policier, ne parle-t-on pas – et il ne s’agit pas d’une simple boutade – de la « surveillance du territoire » ?) ;
  • l’existence d’une personnalité propre (autochtone) et reconnue (externe), quel que soit le cadre dans lequel le pays s’insère ou s’intègre : province, puis département et plus largement « région ».
  • l’enracinement du « paysan » dans son pays, auquel on ne fait même plus allusion sur place tellement il est évident aux yeux de tous, ceux qui le pratiquent et le vivent. Là encore le langage courant est significatif : dès que l’on quitte physiquement ce territoire il devient notion de référence. Si l’on se sent « pays » de quelqu’un (familièrement : « mon pays, ma payse») c’est d’abord parce que l’on vit ailleurs, l’éloignement médiatisant et favorisant la référence à cette notion. Que l’on songe aux réflexes de grégarisme, aux regroupements spontanés qui s’effectuent lorsque, dans un cadre étranger, se retrouvent des habitants d’une même contrée, repérables tout de suite aux yeux de l’indigène averti par leur comportement, leurs expressions, leur accent, etc.

Mais ce pays qui s’exprime à travers ses habitants, se reconnaît à travers sa tête, on n’ose dire sa capitale malgré une étymologie commune, la ville qui lui donne son nom. Celle-ci permet certes l’identification, mais elle le domine, le structure, à travers les faisceaux des activités extra-quotidiennes qui l’intègrent dans un espace proche et familier : pratique du samedi pour le marché, du dimanche jour des loisirs, du reste de la semaine en cas de nécessité, pour le recours à un équipement qui manque dans la commune.

Cette « tête » possède et les compléments à sa propre commune, justifiant des déplacements, et sa propre image, qui permet son identification. Ne nous illusionnons pas sur ses composantes : parfois simplement un équipement, au mieux un héritage historique (généralement du domaine de l’archéologie), ou quelque grande figure de niveau national soigneusement utilisée : ici Molière ou encore une production : la vigne. Comment effectuer un choix entre le fonctionnel et le culturel, l’actuel et l’hérité, le profond et le superficiel, le choisi et l’obligatoire, le consenti et l’imposé… ?

Rappelons que le pays, territoire réduit centré sur une ville, fait apparaître le Piscénois comme exemplaire (au même titre que le Lunéllois, le Lauragais, le Lodévois, le Saint-Ponais, le Minervois… ?) parce que Pézenas se situe en position de relais entre Montpellier (capitale régionale, à 50 km au N.-E), Béziers (sous-préfecture, à 25 km à l’ouest), Sète (troisième ville du département, à 35 km à l’est), et Clermont-l’Hérault (de taille et de fonctions comparables, à une vingtaine de km au nord) ; sans oublier la présence de gros bourgs tels Montagnac, Florensac, Paulhan, dont certains sont des chefs-lieux de cantons peuplés.

Pézenas offre une double réalité : fonctionnelle, vécue directement, on pourrait dire de façon « obligatoire » à travers le commerce, la banque, les équipements urbains, le marché hebdomadaire ; culturelle, résultant d’un passé riche d’un ancien siège des États de Languedoc, ville de foires, ville de Molière, « petite ville du Grand Siècle » qui dispose d’un ensemble architectural de qualité classé secteur sauvegardé. Ce deuxième aspect, sans éliminer le précédent, le recouvrant parfois, n’est perçu que par une faible portion de la population, mais il est en fait imposé, reconstruit, rabâché par la publicité, la presse, les manifestations de tout ordre dont l’annuelle « Mirondela dels Arts ».

D’où une série de questions :

  • le Piscénois existe-t-il, et quelle est sa pertinence ?
  • quel est le jeu réciproque du fonctionnel et du culturel ?
  • comment s’articule le pays vécu par rapport aux autres découpages de l’espace ?
  • que se dégage-t-il pour l’utilisateur quotidien du fatras des images produites pour/sur une ville qui bénéficie d’une série de stéréotypes destinés à assurer sa promotion, Molière en étant le plus beau fleuron ? À ville exemplaire, pays bien défini ?

Empiriquement on a délimité une première couronne de communes contiguës à la ville (11 au total 13 574 habitants) ; une deuxième moins étroite mais contiguë à la première (20 pour 39 722 habitants) ; une zone tampon sur le Clermontois et le Biterrois (14 communes, 6 142 habitants, à l’exclusion des deux villes). Soit finalement un cercle d’une vingtaine de km centré sur Pézenas.

Pour 60 000 habitants environ, on se proposait de distribuer 3 000 fiches, soit 5 % de la population totale avec 690, 2010, 345 fiches pour chacune des trois zones ; à l’heure actuelle l’enquête est terminée dans la première couronne, et ce travail repose sur le dépouillement des 690 fiches collectées par les élèves du lycée dans les 11 communes suivantes :

La fiche, comportant 14 questions et préservant l’anonymat de l’enquêté, a été traitée manuellement ; seule la dernière question restait « ouverte ». Elles se regroupent selon 4 thèmes de recherche :

L’appartenance au Piscénois (2) à travers :

  • l’estimation du kilométrage entre la commune et Pézenas (1) ; la liste des communes composant le Piscénois, avec 15 réponses possibles, mais non limitative (7) ; l’estimation de la population de Pézenas et de sa région (8) ; la lecture de la rubrique de Pézenas dans la presse quotidienne (9).

L’identification au pays (10-11) :

« Vous êtes à Paris (ville prise comme symbole d’éloignement du Piscénois) et l’on vous demande votre origine. Que répondez-vous en premier : je suis de… (commune, région de Pézenas – Béziers – Montpellier – Hérault Languedoc – Occitanie – Midi). Et quand vous êtes à Montpellier, que répondez-vous à la même question ?

La fréquentation de Pézenas :

  • fréquence des déplacements, du quotidien à l’exceptionnel (3), avec les raisons principales par ordre d’importance et la fréquence des déplacements vers Montpellier, Béziers, Sète, Clermont ;
  • ce qui est « bien » et qui n’existe pas dans la commune (4) ;
  • à l’inverse, ce qui est « mal » ou « gênant » (5).

Connaissance de la ville à travers :

  • les lieux et rue ou places fréquentées (6) ;
  • les possibilités de choix pour montrer la ville à un touriste de passage (12) ;
  • l’image de la ville (13) en demandant de composer une affiche touristique et de proposer un titre.

L’apparent désordre des questions permettait de revenir sur celles-ci et de confirmer certaines réponses ; enfin l’enquêté était identifiée par sa commune, la durée de résidence, la profession exercée et le lieu, le sexe et l’âge.

En somme, s’interroger sur « le pays » conduit à suivre deux cheminements complémentaires qui semblent de plus en plus caractériser la recherche en sciences humaines et sociales :

  • un recentrage et un repli sur les niveaux inférieurs d’organisation de l’espace, le pays émergeant après la région, comme la petite ville est apparue après les métropoles et les villes moyennes de la fresque à la miniature ;
  • un retour aux sources, vers ce qui constitue la base la plus solide dans le puzzle des découpages administratifs, en réaction contre les turbulences engendrées par le marché du travail : de l’anonymat à l’enracinement.

II - Le pays de Pézenas

« Votre commune fait-elle partie de la région de Pézenas ? » Les réponses (obtenues lorsque l’enquête a été testée avant d’être diffusée) l’ont prouvé, il fallait conserver ce terme assez flou pour obtenir des réponses personnelles, les hésitations à haute voix exprimées devant l’enquêteur révélant un « dérapage » rapide sur un découpage cantonal.

A - Le pays est admis

Plus de la moitié des réponses le prouvent, plus des 3/4 pour 10 communes sur 11, plus de 90 % pour 7 d’entre elles il s’agit d’un territoire réduit.

Là tentation était grande de lier qualité de la réponse et distance kilométrique, ce qui s’avère grossièrement exact pour la commune la plus proche (3,5 km et 98 % de oui), et la plus éloignée (12 km et 56 % de oui). Mais la question devait en fait évaluer la distorsion entre la réalité et le chiffre avancé, selon l’hypothèse suivante : plus on considère que l’on est intégré au pays, plus on tend à réduire la distance à sa capitale ; plus on se sent indépendant et d’un poids certain, plus on majore celle-ci. De plus sur le seul plan de l’appréciation géographique, on tend à réduire la distance lorsqu’on est proche de la capitale, et à l’augmenter lorsque celle-ci s’accroît. Mais on peut songer aussi que la proximité augmente la méconnaissance du kilométrage, qui « va de soi » dans une pratique accrue, et que plus on est loin, plus on s’interroge sur la distance, et plus on s’efforce de déterminer le kilométrage exact.

Affinités.
Modèles graphiques du Piscénois. Affinités.
Ignorances.
Modèles graphiques du Piscénois. Ignorances.
Organisation du piscénois.
Modèles graphiques du Piscénois. Organisation du piscénois.
Généralisation du modèle.
Modèles graphiques du Piscénois. Généralisation du modèle.

B - Le jeu de l'estimation de la distance kilométrique :

Les trois communes qui s’éloignent le plus de Pézenas sont les plus grosses : l’effet de taille intervient donc avec même le cas particulier de Florensac dont près de la moitié des habitants soumis à l’enquête ne purent apprécier le kilométrage exact. Il faudrait reprendre toutes les réponses négatives émanant de cette commune pour examiner les raisons du refus ; en tout cas 31 % ne viennent qu’une fois par mois, 34 % rarement (les deux tiers du total), ce qui souligne une grande indifférence.

C - Un pays en continuité :

Abstraction faite de deux écarts (St-Appolis pour Florensac, Bessilles pour Montagnac) et d’un hameau (Conas, mentionné 260 fois), plus 3 cas aberrants pour des communes du département très éloignées, l’image collective du Piscénois se ramène à 50 communes, les 45 des 3 couronnes définies pour l’enquête et 5 autres en parfaite continuité Clermont et Canet, Magalas et Espondeilhan, Vias. Satisfaisant pour l’esprit, ce Piscénois vécu révèle des ondes concentriques décroissantes vers la périphérie jusqu’aux communes les moins souvent citées, pays « logique » qui englobe de façon compacte et régulière sa capitale. Une carte supplémentaire qui pondérait les résultats en fonction du rang d’apparition des communes citées (15 points à la première, 14 à la seconde, 13 à la troisième, etc.) n’a apporté aucune précision, propulsant simplement vers le haut les communes les plus grosses : Florensac, Mèze qui obtient 19 réponses comme Usclas, mais qui totalise par le jeu de la pondération 213 points contre seulement 109 à celle-ci ; de même Marseillan cité 8 fois comme Cabrières, totalise 78 contre 28 points. On ne prête qu’aux riches ; ce sont les plus grosses communes qui viennent d’abord à l’esprit lorsque l’on propose un classement.

D - Un modèle graphique d'organisation du Piscénois :

1 - Les auréoles

Elles impliquent à la fois un rapport à Pézenas et aux communes voisines : ainsi Florensac, qui se démarque de Pézenas, n’est nullement rejetée par les autres communes de la région. Seule la première auréole est réellement continue, ainsi que la deuxième à l’exclusion de Bessan au sud ; alors que le relevé des communes les moins souvent mentionnées (deux groupes cumulés entre 0,5 et 1 % et entre 0,1 et 0,5 % de citations) fait apparaître un effritement qui va jusqu’à une disparition vers l’ouest au bénéfice de l’aire d’influence de Béziers. Là, la grande ville proche rivalise avec le Piscénois. Au sud, Agde est rejetée par les communes les plus proches, on est bien en face d’une petite ville susceptible d’opposer un contrepoids à Pézenas.

Cela permet de proposer un modèle graphique simplifié (planche n° 2).

2 - Les quadrants

En répartissant les communes selon les quatre micro-ensembles (nord-ouest : Nizas, Alignan, Caux ; sud-ouest : Nézignan, Saint-Thibéry, Tourbes ; sud-est : Florensac, Castelnau ; nord-est : Montagnac, Aumes, Lézignan) regroupés selon les quatre points cardinaux, on peut affiner le modèle par addition des résultats individuels, pondérés et additionnés.

Par généralisation apparaissent :

  • une ombre par symétrie : tout se passe comme si « l’ombre portée » de Pézenas cachait, pour les communes d’un secteur, celles qui se trouvent en opposition géométrique. Ainsi pour le sud-est (Florensac, Castelnau) et le sud-ouest (Nézignan, Saint-Thibéry, Tourbes) ; le village de Cabrières pour le sud-ouest, de Campagnan pour le sud-est, de Marseillan pour le nord-ouest, d’Aspiran pour le Sud-est… sont ignorés ;
  • une ignorance par voisinage, une minoration du bourg le plus important par les villages du même quadrant.
3 - Affinités et ignorances intercommunales

Le détail des résultats croisés les révèle bien, permettant d’apprécier comment chacune des communes perçoit l’intégration au pays des 10 autres ; ce qui donne un modèle simple d’interrelations :

  • affinités, reconnaissance par la primauté du voisinage et l’apparition d’une chaîne de solidarités en cascade qui structure le pays ; peu de relations en diagonale, et une seule réciprocité de ce type entre Caux et Castelnau. Les intégrations les plus marquées sont entre Nizas, Caux et Lézignan, Aumes et Castelnau, Tourbes, Alignan et Nézignan ;
  • rejets et ingorances présentent un schéma inverse, toutes les exclusions passant par le centre ; on a noté les exclusions réciproques en relevant les trois communes les plus mal citées par chacune des autres.

Enfin, la prise en compte des écarts entre les pourcentages extrêmes montre des disparités, un fort coefficient de voisinage pour St-Thibéry, Nizas et Alignan, qui privilégient une commune très proche, un coefficient de dispersion plus large pour Castelnau et Nézignan, qui privilégient moins leur voisine immédiate.

L’examen du classement pondéré des communes appartenant au pays montre l’importance des communes immédiatement voisines, et renvoie à la notion de pays = territoire réduit :

Pour :

  • Nizas : Caux, Tourbes, Lézignan ;
  • Montagnac : Aumes, Lézignan ;
  • Florensac : Castelnau, Nézignan, St. Thibéry ;
  • Aumes : Lézignan, Tourbes ;
  • Lézignan : Castelnau, Tourbes ;
  • Castelnau : Caux, Tourbes ;
  • Alignan : Tourbes, Nézignan, Roujan ;
  • Tourbes : Caux, Nézignan ;
  • Caux : Castelnau, Roujan ;
  • St Thibéry : Nézignan, Castelnau ;
  • Nézignan : Valros, Tourbes

Mais l’addition verticale des pourcentages obtenus paraît intéressante pour mesurer une intégration plus ou moins grande au Piscénois. On note ainsi que trois localités Castelnau (141), Caux (144) et Tourbes (150) se situent en tête. Alors que le score enregistré par Castelnau s’explique par sa proximité, on notera que Caux, par son poids démographique (1 546 habitants) est le seul bourg important de la première ceinture qui ne soit pas chef-lieu de canton et qui ne possède ni l’infrastructure administrative ou économique ni le poids démographique qui lui permettrait de mieux se libérer partiellement de l’attraction de Pézenas.

Tourbes semble présenter une certaine spécificité, par sa proximité d’abord qui peut à l’heure actuelle être ramenée à seulement 3,5 kilomètres en raison de l’extension de Pézenas dans cette direction (on rappellera la construction du parc des sports, du lycée classique et moderne, du collège au lieu-dit « route de Tourbes » devenue depuis avenue Paul-Vidal-de-la-Blache). Il s’y ajoute les nouveaux lotissements communaux de Castelsec puis de la Butte verte, du Clos des Vignes (privé) jouxtant presque la Grange Rouge, le lycée d’enseignement professionnel avenue F. et I. Joliot-Curie, débouchant sur la route de Tourbes. De plus, l’ancien « chemin de l’étang » a été agrandi aux dimensions d’une route à grande circulation et il prend les allures d’un véritable boulevard périurbain avec une emprise d’une dizaine de mètres. On prendra également en compte un phénomène de visualisation le phénomène du déplacement de services publics dans cette direction permet désormais à un plus grand nombre de personnes de voir le village de Tourbes entré peu à peu dans le champ visuel de la périphérie piscénoise. Les migrations pendulaires sont déjà anciennes, des travailleurs originaires de Tourbes se déplacent quotidiennement à Pézenas fonctionnaires des services hospitaliers, de l’enseignement, de la police, du trésor, et inversement des Piscénois se rendent acquéreurs de terrains à bâtir sur la commune de Tourbes en raison d’un coût sensiblement inférieur. Cela explique que le village maintienne son niveau de population malgré la diminution du nombre d’emplois.

Montagnac bien intégré au Piscénois évolue vers une autonomie de plus en plus marquée par ses nouveaux équipements (auto-école, crèmerie, fleuristes, pressing, libre-service ces dernières années), son centre socioculturel, les activités du centre départemental de loisirs de Bessilles, son marché du vendredi.

Planche 3 : Quelques exemples d'organisation spatiale du piscénois.
Planche 3 : Quelques exemples d'organisation spatiale du piscénois.

III - Le pays, les pays

Des comparaisons sont possibles entre le Piscénois défini dans cette enquête et d’autres découpages existants, ainsi que sur les variations de la perception à partir des habitants de chaque commune ; cela pour insister sur les ressemblances et les distorsions : face aux découpages statistiques, l’appréhension vécue du pays traduit reconnaissance et besoins ; face à l’image collective, la référence au cadre de vie quotidienne que représente la commune garde toute sa valeur.

A - Quelques comparaisons

  • L’aire d’attraction de Pézenas en fait, dans l’atlas du Languedoc-Roussillon, un centre sous-régional entre Sète et Clermont-l’Hérault, pour une douzaine de communes au total dont celles qui se situent à l’ouest tombent sous la coupe de Béziers. Le Piscénois apparaît à la fois comme zone charnière qui s’appuie sur le relais offert par la ville, et comme angle mort entre les tombées des deux villes les plus importantes du département.
  • La fréquentation urbaine exprimée découle d’une enquête menée par l’I.N.S.E.E. en 1980 en réponse à la question : « en dehors des déplacements de travail, dans quelles communes vous rendez-vous le plus souvent ? » (trois réponses possibles). Pézenas est cité en premier dans une vingtaine de communes ; elles dessinent une zone qui – sauf vers le nord – concorde avec celle définie, il y a une vingtaine d’années, par l’attraction commerciale.

L’existence d’un support naturel apparaît dans l’ébauche de situation de carrefour, à la jointure du grand couloir de passage du Bas-Languedoc et de la vallée de l’Hérault qui relie montagne et littoral. Le fleuve marque en gros la médiatrice du pays, l’étang de Thau sa limite orientale, le « »Piscénois » restant en deçà de l’isohypse 200 m qui marque au nord le passage à la garrigue : au delà c’est déjà la « montagne ».

  • Trois autres indicateurs ne sont pas plus révélateurs de l’identification d’un pays. La lecture de la rubrique de Pézenas dans la presse quotidienne ne concerne qu’une dizaine de communes et d’abord les plus proches. Le journal, par sa rubrique locale, quand on se sent concerné par un « pôle de commandement d’une aire d’influence », est un révélateur d’une appartenance si on lit la rubrique en question : 419 réponses, soit 62 % de « oui », contre 257, soit 38 % de « non ».

Saint-Thibéry et Florensac, par leur poids et leur éloignement, manifestent plus d’indépendance ; à propos du rôle de la presse, on livrera les résultats d’un questionnaire établi à l’occasion d’une séance de « Connaissance du Monde » organisée à Pézenas. On a compté 68 participants (21 de sexe masculin, 47 de sexe féminin ; 16 de moins de 50 ans et 52 de plus ; 40 Piscénois et 28 venus de communes voisines). Leur origine selon le rang de proximité : Caux 4, Aumes 3, Alignan 1, Paulhan et Pomérols 4, Adissan et Cazouls 2, Roujan 1, Balaruc 3, Saint-André-de-Sangonis et Saint-Pargoire 2. 18 d’entre eux ont déclaré avoir pris connaissance de la séance par la lecture de la rubrique « Pézenas » dans le journal local, dont la totalité d’entre eux pour Pomérols, Aumes, Cazouls, Adissan et Alignan.

Le découpage en cantons conserve sa spécificité propre et n’apporte aucune indication supplémentaire, ainsi que le découpage en régions agricoles, qui ne fait que souligner la prééminence de la plaine viticole.

Les limites cumulables ne présentent pas de contradictions majeures avec le Piscénois défini dans l’enquête, au sens le plus étroit ; elles confirment l’existence d’un pays à la forme ramassée et centré sur sa capitale. Les coupures sont les plus nettes à l’ouest et à l’est, mais plus floues au sud et au nord en raison de la proximité des petites villes d’Agde et de Clermont, ce qui nous renvoie une fois de plus à la hiérarchie urbaine (voir planche 4).

B - Les estimations chiffrées un volume de population

Pézenas comptait, en 1975, 7 707 habitants ; l’hypothèse est simple : s’il y a un Piscénois, on aura tendance à surestimer la population de la « capitale ». Sur 667 réponses 86 soit 13 % seulement ont estimé la population entre 6 et 8 000 habitants, 37 soit 6 % l’ignorent totalement : c’est donc 80 % des enquêtes qui la surestiment, entre 8 000 et 12 000 et plus.

Pour la région, dont on demandait quelle était l’extension, la réponse était plus difficile ; à titre de comparaison les 11 communes de la première couronne totalisent 13 574 habitants, soit 21 281 habitants avec Pézenas, et l’ensemble avec la deuxième couronne = 21 281 + 39 722 = 61 003 habitants. Mais là le pourcentage d’ignorance triple par rapport à la question précédente.

C - A chaque commune son pays

On abandonne ici l’image collective (ou cumulée) du Piscénois pour prendre le pays tel qu’il est perçu par les habitants de chacune des 11 communes de l’enquête. À travers ces onze croquis on peut dégager des caractères communs : tout d’abord le centrage sur Pézenas, puis l’inclusion de la commune considérée qui n’est limitrophe que pour trois cas seulement, quelle soit elle-même chef-lieu de canton ou qu’elle en côtoie un, enfin la compacité des découpages.

Afin de pouvoir comparer avec d’autres enquêtes on proposera l’élaboration de deux coefficients ; pour cela on s’appuiera sur les citations d’appartenance au pays, commune par commune, en ne conservant que les villages mentionnés par 10 % au moins d’entre elles afin d’éliminer les zones floues.

Si on appelle L la plus grande distance mesurée du centre de chacune des communes à la limite du pays tel qu’il est défini par les habitants de celle-ci ; 1 la plus grande distance perpendiculaire à L ; C la distance du centre de la commune au centre de Pézenas ; c la distance du centre de la commune à la limite du pays dans le prolongement de C on peut calculer deux indices (cf. tableau VII et VIII).

Planche 5 : À chaque commune son pays.
Planche 5 : À chaque commune son pays.

Le quotient C|C donne un indice de forme.

Il est longiligne lorsqu’il tend vers zéro, ramassé lorsqu’il tend vers l’unité ; on le reporte sur l’axe des abscisses. Ainsi Alignan, qui intègre Mèze dans son modèle de perception de l’espace, voit un Piscénois très allongé d’ouest en est.

Le quotient C|C donne un indice de centrage.

Le pays est décentré par rapport à sa capitale lorsque le quotient est supérieur à 1, et centré lorsqu’il est inférieur à 1. Ainsi Aumes, qui intègre Montagnac dans son modèle de perception de l’espace, offre l’exemple d’un résultat qui rapproche le-village du centre.

Le tableau VIII propose une typologie des formes ainsi obtenues.

On peut par ailleurs convertir en distance réelle les extensions maxima du pays et comptabiliser la superficie des communes qui le composent.

D - L'existence d'une microrégion

Il existe incontestablement un Piscénois, pays centré sur la petite ville, hérité de communications anciennes – route et accessoirement rail – mais qui ne suffisent pas, pas plus que la distance kilométrique, comme explication. C’est aussi la proximité physique (à la limite de la vision « directe » du clocher) qui joue, ainsi que les poids respectifs des communes (nombre d’habitants, présence/absence d’équipements, dynamisme ou somnolence). La construction de l’image mentale du Piscénois, même si elle l’élargit, passe bien par l’espace fonctionnel, le cumul des cartes le montre. Florensac, Montagnac se sentent peu concernés : deux chefs-lieux de canton, pourvus de leur propre rayonnement « cantonal ».

La région perçue ne l’est pas sur un découpage quelconque, mais sur un pouvoir de diffusion ; les plus proches communes, concernées, s’assimilent, les plus lointaines s’éloignent, mais, les limites drastiques (le croquis de synthèse le prouve) sont rares. Pas de limite physique, des concordances administratives, un sentiment d’appartenance « autour » de Pézenas, sur un territoire que l’on peut définir comme un pays.

Il existe toutefois un sentiment commun d’appartenance, hors de l’effet capitale et autour de celle-ci, comme le soulignent les relations tissées de commune à commune.

On a donc évité l’écueil de la référence au seul centre, mais de nombreuses questions restent encore en suspens : faire la part de ce qui est hérité (le pays « au passé ») et de ce qui est actuel, démêler le fonctionnel et le culturel Pézenas ville-marché ou « ville du grand siècle » ? D’où le problème de l’image fonctionnelle d’un pays construit pour l’étranger (valeur d’échange) et du pays réel pour l’autochtone (valeur d’usage). Discerner ce qui est consenti et ce qui est imposé : est-on du Piscénois ou simplement tenu de se rendre à Pézenas, appartient-on au pays où fréquente-t-on obligatoirement sa capitale ?

La pondération modifie le classement, remontant vers le haut les communes les plus peuplées, aux dépens des petits villages. On rappellera que beaucoup de communes « se citent peu » dans le Piscénois, leur appartenance leur apparaissant évidente.

E -L'identification au pays : une contre-épreuve

L’hypothèse est simple, la référence au pays se renforce-t-elle dès que l’on s’en éloigne ? D’où le sens de la question posée : « que répondez-vous lorsque étant à Paris, on vous interroge sur votre origine ? », Paris étant pris ici comme symbole d’éloignement ; on posait ensuite la même question, pour une situation identique, mais cette fois à Montpellier.

La notion qui vient spontanément à l’esprit lorsque l’on est loin et forcé de s’identifier à son lieu d’origine s’élargit automatiquement au fur et à mesure que l’on s’en éloigne. Par exemple à New-York, on dira que l’on est Français, à Bruxelles du Midi de la France, à Paris du Languedoc, à Toulouse du Bas-Languedoc, à Nîmes de l’Hérault, à Montpellier de Pézenas, et à Pézenas que l’on est de Tourbes.

Les réponses doivent être mises en parallèle ; à Paris on est d’abord de la région de Béziers (17 % de réponses), de Pézenas (15 %) ou de l’Hérault (16 %) ; à Montpellier on est d’abord de sa commune propre (67 %), puis du Piscénois (25 %) et du Biterrois (3 %). Dans le premier cas l’éventail des réponses est large, il s’y ajoute le Midi (13 %), la commune d’origine (11 %), le Languedoc (10 %), l’Occitanie (7 %). La référence méridionale globale l’emporte sur le découpage historique ; quant au terme d’Occitanie il n’est encore qu’une construction intellectuelle ou militante, ou commerciale, qui n’est pas encore passée dans le langage courant.

De « Paris », les réponses brutes montrent de façon globale que l’emporte la région de Béziers, devant l’Hérault et la région de Pézenas. Au niveau des communes les divergences sont nombreuses. Dans deux cas seulement, la commune pour Nizas et la région de Pézenas pour Castelnau, on dépasse le quart des réponses. Huit types de réponses étaient possibles le terme d’Occitanie n’atteint qu’une fois le dixième des réponses, la région de Pézenas est nommée en tête pour 4 communes sur 11, à égalité avec la région de Béziers et le département de l’Hérault. La région de Montpellier, le Languedoc, l’Occitanie ne sortent jamais en tête.

De « Montpellier », on s’identifie à sa propre commune, toujours pour plus de la moitié des réponses sauf pour Alignan (11 %) et Aumes (20 %). Le propre poids de Florensac, Montagnac et St Thibéry fait que les pourcentages atteignent ici respectivement 92, 86 et 69 % des réponses. Le quart des réponses s’identifie à Pézenas et 3 % en moyenne à Béziers ; sauf pour Alignan (18 %) située plus à l’ouest et déjà tournée vers sa sous-préfecture.

La question, « piégée », permettait d’apporter un complément-vérification à la précédente sans l’avouer. Le schéma prévu a fonctionné le territoire se réduit considérablement pour la référence choisie. Sur place, il va de soi, l’on ne fait guère allusion au pays ; on l’utilise comme lieu de référence à moyenne distance, mais après la commune dont l’identité reste très forte ; avec l’éloignement les territoires de référence se multiplient et s’emboîtent, permettent au pays de s’affirmer, mais – dans ce cas précis – comme expression d’une tombée urbaine.

Planche 6 : Le pays, de Paris et de Montpellier reconnaissance et éloignement.
Planche 6 : Le pays, de Paris et de Montpellier reconnaissance et éloignement.

À Pézenas on est bien « du Biterrois », et le découpage administratif officiel n’intervient qu’après, au niveau du département ; la région de Pézenas passe avant le Midi, aux connotations pas toujours favorables ; l’Occitanie, trop « jeune », n’a pas encore détrôné le Languedoc.

Vues de Montpellier 5 communes ont de l’individualité : Florensac et Montagnac d’abord, qui n’hésitent pas à se démarquer de Pézenas par leur éloignement, leur poids de population, leur rang de chef-lieu de canton. Castelnau, St Thibéry, Nézignan révèlent une bipolarité leur propre identité et la référence à Pézenas. Au bas de la liste Aumes s’identifie pour une grande part à Pézenas, tout comme Alignan. Quant à Tourbes, Nizas et Caux, leurs pourcentages montrent bien que l’on est d’abord bien de chez soi, puis du Piscénois.

IV - Aller en ville

Le questionnaire, centré d’abord sur le Piscénois, s’efforçait aussi de prendre en compte le poids de son centre et ses images. Poids, qui se détermine par la fréquentation et le rythme selon lequel elle se déroule, du quotidien à l’exceptionnel ; à travers les motifs qui la suscitent, par ordre d’importance. Ce qui amenait à comparer l’attraction exercée par Pézenas avec celle des autres villes, quels que soient leur attrait et leur position hiérarchique : Béziers et Sète, Montpellier et Clermont-l’Hérault, avec indication de la fréquence.

Jugement de valeur ensuite, ce qu’il y a de « bien » à Pézenas en complément à la commune de résidence, et ce qu’il y a de « mal ». Et descente d’un degré dans la connaissance, au niveau des lieux dans leur globalité, ou de façon plus détaillée par la désignation des rues et places (Restant dans le « qualitatif » et passant ensuite aux images on demandait ce qu’il est nécessaire de montrer à un touriste de passage, et ce qui serait proposé pour une affiche touristique, quant à son motif et à son titre, le slogan offrant – dans son raccourci – la possibilité d’un dépouillement plus précis. Le pays repose aussi sur une accumulation de signes difficiles à quantifier mais qui représentent autant d’instruments de reconnaissance pour l’habitant : un code dont il possède la clef. Renversant l’ordre des choses, on ne part plus ici de la commune mais de la ville dans son pays, et de tout ce qu’elle offre).

A - La fréquentation

Question fermée, à quatre niveaux de réponses possibles : quotidien, hebdomadaire, mensuel, le samedi étant envisagé à part, en raison du marché qui draine vers le centre de nombreux habitants du Piscénois, « rarement » enfin. Dans le traitement des réponses, l’information a été pondérée : la raison donnée en premier se voyant attribuer 3 points, 2 points pour la raison donnée en second rang, 1 point pour le troisième ; une seule réponse donnée s’est vue attribuer 3 points.

Pour les cinq communes de tête, il s’agit des déplacements pendulaires d’une population active, qui varie entre le quart et le tiers des enquêtés. L’importance du marché du samedi est évidente sauf pour Montagnac et Florensac, moins concernés ; Aumes pose le cas de l’ambiguïté de la question, car il est difficile de différencier ce qui relève du déplacement hebdomadaire (7390) et du seul samedi, mais Montagnac, dans sa proximité, peut jouer aussi. Florensac s’individualise nettement, par une progression dans la « non-fréquentation » de Pézenas : du quotidien (7 %) au « rarement » (34 %), ici un tiers des enquêtés ne se rend à la ville qu’une fois par mois, un autre tiers encore moins : coupure entre les deux centres, le bourg qui essaie de se suffire face à une petite ville mal acceptée sinon largement ignorée.

On va à Pézenas pour y effectuer des achats ; le tableau suivant le montre dans son classement : Achats 27 % plus marché 20 % = 47 % ; Travail 15 % ; Loisirs 12 %, etc. Cela ne saurait nous étonner quand on connaît le sous- équipement commercial de certaines communes ; huit d’entre elles placent en tête leurs achats, deux de plus le marché. On va à Pézenas de façon hebdomadaire, pour le marché du samedi et pour effectuer des achats.

La même question a été posée pour quatre autres centres, parmi eux les deux villes les plus importantes du département, chef-lieu et sous-préfecture l’éloignement de Montpellier est évident, l’importance de Béziers réelle, la coupure nette pour Sète et Clermont-l’Hérault, proposés à titre de contre-épreuve.

Le Piscénois se situe bien dans la zone de chalandise du Biterrois, Béziers complète les équipements de Pézenas : Montagnac et Nizas se tournent plus facilement vers Montpellier et Clermont-l’Hérault par le jeu du voisinage. Le désintérêt pour Sète est évident, pour Clermont-l’Hérault encore plus. Que fait-on à Pézenas, quels sont les motifs de déplacements les plus avancés ? Les résultats sont donnés en valeurs pondérées ; on demandait trois raisons par ordre d’importance, trois points étant attribués à la première réponse, deux à la deuxième, et un à la troisième.

On décèle la vieille tradition de la visite périodique à la ville plus de la moitié des enquêtés se rendent une fois par mois au moins à Béziers : à Montagnac, Florensac, Saint-Thibéry, Caux, Castelnau, Tourbes, Nézignan, Lézignan, Nizas, Aumes, soit la totalité des communes à l’exception d’Alignan. Peu de relations par contre avec Sète, et même aucune à Alignan et Nizas ; de même avec Clermont-l’Hérault pour Saint-Thibéry, Tourbes, Nézignan.

B - Le bien et le mal

La question « que trouvez-vous de bien à Pézenas et qui n’existe pas dans votre ? » reprend sous forme différente les raisons principales des déplacements, demandées précédemment. Il ne s’agit pas d’une redondance mais de la possibilité de distinguer entre le fonctionnel et le subjectif : le terme « bien » renvoie à un jugement d’ordre affectif, esthétique ou culturel. Les comparaisons seront donc éclairantes, le tableau a été bâti sur le même principe que le précédent (valeurs brutes et pondérées) en distinguant cette fois dix rubriques.

Huit communes placent à nouveau en tête la boutique : Montagnac, Florensac, St Thibéry, Caux, Tourbes, Lézignan et Aumes soit la même liste à une unité près (Alignan qui prend la place de Nézignan). Globalement et dans l’ordre décroissant on obtient : Boutiques 29 % + marché 17 % = 46 % ; Sports, loisirs : 17 % ; Tourisme, histoire : 14 % ; Santé, vie scolaire, affaires : 7 et 5 % ..,

Ainsi se confirme le rôle premier de Pézenas centre d’achats 47 % dans « le fonctionnel », 46 % dans « le bien » renvoient au commerce ; mais ici sports et loisirs passent de 12 à 17 %, occupant le deuxième rang en lieu et place de la rubrique « travail ». La grande nouveauté est celle du poids historique de la ville et des aspects touristiques (14 %) devançant – au même rang – santé et affaires. La chose est nette : on ne fréquente pas Pézenas pour ses attraits touristiques mais on est conscient de leur importance pour le visiteur qui n’appartient pas au Piscénois. Ainsi, et la question se posait dès le départ pour les enquêteurs, la dimension culturelle est bien prise en compte mais pour « l’autre » pas pour celui qui – sans s’y intéresser – côtoie fréquemment des joyaux architecturaux en effectuant ses achats.

La « boutique » devance le marché, plus « ordinaire », et les équipements de loisirs devancent l’appareil commercial pour les habitants de Castelnau et Lézignan ; appareil médical aussi après les achats immédiats, important pour Lézignan, Tourbes, Nizas, Alignan.

Tout naturellement et sans manichéisme, le bien évoque son pendant « le mal », en tout cas ce qui est « gênant ». De façon globale c’est la voiture qui est rejetée pour les 3/4 des réponses et à des degrés divers : stationnement : 36 % ; circulation trop importante : 25,5 % ; pollution (bruit, odeur) : 12 % ; elle précède les déficiences en équipements et l’insalubrité déficiences (éclairage, bus, signalisation) : 4,5 % ; îlots insalubres : 4,5 % ; manque d’animation : 4 %. Viennent ensuite des jugements beaucoup plus subjectifs « mauvaise mentalité, trop de monde »… avec le rejet de la RN 113 et le manque d’industries.

Le paradoxe du rejet de l’automobile pour des ruraux voisins qui se rendent en ville avec leur véhicule n’est qu’apparent, stationnement, circulation, excès de monde relèvent de leur propre fréquentation. La « mauvaise mentalité », exemple même de notion à manipuler avec beaucoup de précautions, ne fait que traduire animosité, rivalités de clocher entre le village et la ville, héritées d’autres temps et qui donnent Aumes 8 %, St Thibéry 5,2 %, Montagnac 4,9 %, Castelnau 4 %, Florensac 3 %, Tourbes 2,5 %, Caux 1 %.

La ruralité révèle bien le revers de la médaille, « nature sans voiture », dans les communes où les équipements ne seraient pas déficients, les maisons pas insalubres, la « mentalité » jamais mauvaise.

L’image du négatif se concentre sur peu de choses : la ville moins ce que l’on y espère ; en contrepoint de la reconnaissance d’un poids urbain avec l’éventail de ses commodités ; on se situe finalement par rapport à la « ruralité » de sa commune qui n’implique pas la voiture pour le déplacement, qui n’est pas polluée, dont on voit mal les (mêmes) déficiences que l’on reproche à Pézenas.

C - Pratiques et perception de Pézenas

Retrouvera-t-on les mêmes choix dans la pratique, renforçant ce qui relevait de la fréquentation et du jugement de valeur, à savoir les équipements commerciaux ?

Au total on avoue 27 lieux fréquentés ; en dehors de ceux qui figurent sur le tableau la poste, le concessionnaire agricole, l’hôpital, le gymnase, le C.E.T. Agricole, la mairie, le château, l’église St Jean, et le Mikado. La liste relève encore d’un fonctionnalisme évident, Montlaur et Unimag sortent de l’anonymat commercial. La pondération procède de la démarche adoptée jusqu’ici : 5 points au premier, 4 points au deuxième nommé… 1 point au 5ème.

La fréquentation traduit bien la nécessité/

Du commerce avec égalité du marché hebdomadaire et des magasins habituels, au total la moitié des lieux nommés avec les deux grandes surfaces (50,5 ù°.

Des services :

  • Publics (impôts, hôpital, mairie, poste), pour des pourcentages qui tournent seulement autour de 1 % et un total de 4 %.
  • Scolaires Lycée Jean Moulin et L.E.P. : 7,22 et 0,99 % soit 8,21 %.
  • Privés : 12 % dont 7 % pour la banque qui l’emporte devant une relique (le cinéma), le garagiste dont l’absence est ressentie dans les villages et le concessionnaire agricole. Soit 24 % pour l’ensemble des services.

Le « culturel » apparaît moins bien, n’atteignant pas le dixième des lieux nommés avec la moitié pour la vieille ville, loin devant le musée, la Mirondella, l’église Saint-Jean et le château.

Les loisirs sont surtout sportifs : 14 % des réponses avec le parc, le stade, la pétanque, la piscine et le gymnase, soit près de 24 % au total.

Le schéma piscénois est donc simple : les lieux fréquentés relèvent pour moitié du commerce, un quart des services, un quart des loisirs :

Le passage des réponses brutes aux pourcentages donne pour 786 réponses obtenues la liste suivante :

Peu de différences par conséquent, entre les deux classements, à l’exception de la disparition d’Unimag souvent cité mais dans les derniers rangs.

Si l’on a enregistré 27 lieux connus, on recense 45 rues dont le Cours Jean-Jaurès et la Place du 14 Juillet (35 et 16 % des réponses) encore des rues marchandes ?, dans la logique du même schéma fonctionnel ? Elles représentent en tout cas la moitié des itinéraires dénommés.

L’unanimité recueillie par le Cours Jean-Jaurès est évidente, précédant l’opposition entre vieille ville et extensions récentes ; on tourne autour du tissu ancien sans trop y pénétrer, on se calque encore sur le fonctionnel les lieux cités sont ceux où l’on a besoin d’aller pour effectuer ses achats. Les réponses dépassant les 0,5 % sont reportées sur le plan, malgré la part évidente de l’« accidentel » dû à des fréquentations personnelles, n’entrant pas dans l’image collective, pouvant relever de la localisation d’un parent, d’une connaissance. L’image est unanimement forte et le parallélisme pondération/réponses brutes ne révèle aucune distorsion ; sur 45 rues nommées 4 le sont à plus de 10 % 11 à plus de 1 %.

Le détail par village souligne l’unanimité pour l’ensemble à propos du Cours Jean-Jaurès et de la Place du 14 Juillet, remplacée pour les habitants d’Aumes par la route de Béziers, et par la rue Conti pour ceux de Nézignan et de Lézignan. Chaque village s’inscrit pour un total différent dans le nombre des rues citées, mais si la proximité (donc des fréquentations multiples) joue pour Tourbes, l’image ne s’estompe pas forcément avec l’éloignement.

Ainsi l’image de Pézenas est-elle concentrée, puisque les trois premières rues ou places citées représentent au moins la moitié du nombre de citations : 81 % pour Saint-Thibéry, 76 pour Florensac, 71 pour Nizas. La liste complète, en partie reportée sur la carte, montre dans son exhaustivité un « grand Pézenas » dans toute son étendue (résultats non pondérés).

V - L'image à exporter

L’image « pratique », celle de l’espace reconnu et nommé se hausse-t-elle au niveau de l’image de Pézenas « à exporter » ? En posant la question : « Que choisissez-vous de montrer à un touriste de passage » on ouvrait une nouvelle phase de réflexion sur « la présentation nécessaire », l’image de marque de la ville ; 43 lieux ont été retenus ici, les trois premiers totalisant plus de la moitié des réponses.

  • 1. La vieille ville : 26 % des réponses, auxquelles il faudrait adjoindre des réponses plus individualisées ;
  • 2. Le Musée : 15 % (dit « de Molière », un seul connaît le nom de Vuillod-Saint-Germain) ;
  • 3. Le parc Sans-Soucis : 12 % ;
  • 4. La Mirondella 7 % ;
  • 5. L’Église St-Jean 6 % ;
  • 6. La statue de Molière 5 % ;
  • 8. – 9. Le vieux chÂteau, le marché, la maison de Molière : 3 % ;
  • 10. Le stade : 2% ;
  • 12. La piscine, le tambourin : 1,5 % ;
  • … à 17 et à 1 % : lycée, Grange-des-Prés, théÂtre, le « Poilu », le cours Jean-Jaurès ; et à 1 % : prison, coopérative, hôpital, tryptique, Ste Ursule, S. I., aérodrome (hors de la ville), la cour des Miracles (Hôtellerie du BÂt. d’argent), le Malibrant, la maison de J.-Cœur, R. Conti, Plan Gambetta, maison des commandeurs, remparts, hôtel de Montmorency, tribunal de commerce, hôtel de l’ancien barbier, hôtels Lacoste et Alphonse, quartier Plaisance, Mairie, … plus les spécialités culinaires et autre « spécialités » non localisées.

On le voit à nouveau, les pourcentages les plus faibles n’entrent plus dans l’image collective du « Pézenas que tout le monde connaît » ou voudrait faire connaître ; ils renvoient à des éléments individualisés, et en tout cas relèguent très loin le côté fonctionnaliste de la pratique personnelle (on va au marché, au stade), mais ils n’entrent pas dans « ce-qui-serait-donné-à-voir-à-Pézenas ».

Le même classement, pondéré, renforce l’apparition de Molière, support publicitaire évident, déjà assimilé au Musée :

… ce qui le place immédiatement après la vieille ville et devant la Mirondella (8,8) (qui n’est qu’un habillage touristique de la ville). Et l’image varie peu dans le détail du dépouillement par commune.

  • la vieille ville est en tête pour Aumes 27,5 %, Nizas 28 %, Nézignan 23 %, Lézignan 21 %, Alignan 59 %, Castelnau 20 %, Tourbes 21 %, Caux 26 %, St-Thibéry 25,5 %, Montagnac 22 %, Florensac 34 % ; et viennent au second plan – la Mirondella pour Aumes (17,5), Alignan (7,5), Castelnau (16) ;
  • le Musée pour Nizas (12), Lézignan (19), Tourbes (.18), Caux (2 1,5), St Thibéry (18), Montagnac (14) – le parc pour Nézignan (21) et Florensac (12,5 %).

Quant à l’affiche suggérée, elle met en avant le même porte-drapeau touristique qui précède le passé, tous deux représentant les 2/3 de l’ensemble des thèmes.

« Si l’on vous demandait de composer une affiche touristique sur Pézenas, que choisiriez-vous comme motif, et comme titre pour l’affiche ? »

Les mots-clés = composer, affiche, tourisme, motif, titre.

  • composer = rassembler les éléments semblant caractéristiques ; il n’y a pas unicité de l’image.
  • affiche = renvoie à publicité et graphisme, couleur.
  • tourisme = évoque aussi le terme publicité, fait pour attirer.
  • motif = le graphisme
  • titre = court, plus court que « légende ».

Dans le dépouillement on n’a pas séparé les deux aspects, motifs et titres, avant de sélectionner un certain nombre de mots-clés.

1) MOLIÈRE : 207 + 157 = 364 mentions dans les titres et les motifs.

a) dans les titres (207)

… d’abord les slogans, la formule ramassée et parfois réduite au seul nom de Molière :

73 fois dont 48 : La ville de Molière (rarement la cité, souvent la ville natale, préférée ; et peut-être dans cette inexactitude, collectivement assumée, y-a-t-il l’effet de la formule « Poquelin est né à Paris, Molière est né à Pézenas »)

13 : Molière,

12 : sur les pas de Molière

59 fois Molière dans un contexte, celui de :

14 fois Molière et autre chose : Mirondella, vin, Hérault, rue, village, château, provinciale, pensée, patrie, berceau, paradis, légende… un homme simple… vous racontera.

12 fois une légende composite, conservée intégralement :

  • La ville de Molière, son passé historique et ses nombreuses échoppes d’antiquités.
  • À Pézenas attiré, vous le serez comme Molière.
  • Il ne faut pas mourir sans avoir vu la ville de Molière.
  • Ici la ville où vécut Molière, avec son site touristique, sa vieille ville, son château et ses échoppes.
  • Pézenas où vécut le Grand Molière dans sa commune.
  • Allez lui serrer la main à Molière.
  • Notre bon vin a aidé Molière à écrire ses pièces, pourquoi n’essayez vous pas de faire pareil ?
  • Venez boire le vin que Molière aimait tant.
  • La ville qui grâce à ses pastissous a aidé Molière dans ses œuvres.
  • Sur les traces de l’illustre théâtre.
  • Pézenas invoque l’histoire par Molière, le sport par ses constructions sportives.
  • À l’ombre de Molière bourdonne une cité ; touriste qui passez, venez la visiter.

Viennent ensuite des titres sur Molière avec un motif différent qui porte 41 fois sur la vieille ville et ses monuments historiques, ou telle affirmation : « États, ville consulaire : deux motifs de penser haut et libre ». Se mêlent au comédien la vigne, le drapeau occitan, ou le stade piscénois.

b) dans les motifs (157)

Encore et d’abord Molière.

64 pour sa représentation sans précision (47) en buste (8), portrait (4) statue (4), silhouette (l).

33 pour Molière plus autre chose ses personnages (8), un vieil hôtel (4), le tambourin (5), blason et pastissous (3), buvant du vin, avec une grappe de raisin ou la Mirondella (2) ; mais aussi les travaux d’époque, des « piscénois discutant », le plan de la ville, un rayon de soleil…

10 pour Molière et quelque chose de sa vie ou son histoire.

45 avec Molière comme motif mais pour un titre différent :

« Si Paris vaut une messe, Pézenas vaut une visite ».
« Cinquième ville historique de France ».
« Le Languedoc n’est pas à vendre, volem viure al pais ».

On y ajoutera 5 motifs conservés intégralement :

  • Une vue aérienne de Pézenas, avec un dessin à chaque coin : buste de Molière, jeu de tambourin, poulain et soleil ;
  • Le buste de Molière et un rayon de soleil sur un verre de vin ;
  • Un rayon lumineux qui éclaire une perspective montrant Molière, et dans son ombre la silhouette de Pézenas, d’où le titre « à l’ombre de Molière » ;
  • Le buste de Molière, l’écusson de la ville, un cep chargé de beaux raisins ;
  • Les joueurs de tambourin, Molière, le Mardi-Gras, le poulain et ses danses.

2) Autres titres et motifs

  • Le passé, art et histoire 71 mentions dont ville d’art (22), vieille ville (21), passé/futur ou ancien/moderne (11), États de Languedoc et « comme à l’ancienne » (3). Comme époques, d’abord le Moyen-Âge (4), le Grand Siècle (2), le XVIIIe (1) deux formules : « le temps joli », « la douceur d’antan » et une seule fois la « petite ville du Grand siècle ». Et « que Pézenas devait être belle avant que Richelieu (ne) la détruise ». Quant aux motifs du passé 124 mentions dont d’abord les vieilles rues ou façades et hôtels (35), le Vieux Pézenas (28), la ville d’art (8), monuments historiques (7), les vieilles enseignes (6) ; apparaissent aussi clocher et chÂteau, places, rues ou hôtels dénommés, armes de la ville, croix du Languedoc et même Marianne.
  • Le tourisme dans les titres : 43 ; visitez Pézenas (11), Mirondella (11), joie de vivre (8), ville touristique (7), chefs-d’œuvre ; mais aussi : « Touriste, n’hésitez pas, venez voir le véritable village qui est resté comme il était au XIIe siècle », « Dans le soleil du beau midi, venez chanter, vivre et dormir », « En promenade à Pézenas vous pourrez voir de belles pierres, et en goûtant un petit pÂté, un berlingot, un peu de vin et un nougat, le ventre se remplira. Visitez Pézenas et ses environs pour peu d’argent », « Pézenas vous ouvre ses portes », « Prolongez vos vacances pour vendanger avec nous ». Quant aux motifs : 29 ; Mirondella (10), échoppes (8), accueil familier (4), calme, antiquités (3) et de façon plus inattendue : « tas de maisons qui se touchent, cages à poules ».
  • La gastronomie dans les titres : 39 ; le vin (17), les berlingots (9) et petits pÂtés (8), raisin, nougat, l’attendu « l’eau est polluée, buvez du vin » et l’inattendu : « venez croquer le soleil en grappes ». Avec une redondance dans les motifs : 32 ; le vin (11), raisin (7), berlingots (6), spécialités culinaires (5) et petits pÂtés (3).
  • Le cadre géographique dans les titres : 33 ; soleil et climat (10), Languedoc et mer et montagne (5), l’Hérault (4), le vignoble (3), le site et la nature (2) ; à deux reprises : « Respirez… redécouvrez la Provence » ( !) Quant aux motifs, 33 également : soleil (14), vigne (12), mer (3) et Languedoc, site, Hérault, nature.
  • Le folklore donne 23 titres et 37 motifs (apparaissant comme plus « imagé ») :
  • La ville contemporaine tourne autour de l’étape, du modernisme, de l’urbanisation, « satellite des grandes villes, mais qui garde sa personnalité » pour les titres, et autour de quelques lieux pour les motifs : le parc, le marché, le stade, la piscine, le lycée ;
  • Enfin, parmi les autres motifs, on retiendra : « L’Hérault et à sa place, comme un soleil, Pézenas qui éclaire sa région », « Un croquis de Pézenas et tout autour les portraits des personnages et les photos de ceux qui l’ont rendue célèbre », « Une carte du Languedoc avec les grandes villes et gros villages, Pézenas en rouge avec flèches dirigées vers les autres villes et villages », « Le travail de l’homme dans sa diversité : manuel, intellectuel, le tout dans un paysage et dans les décors appropriés », « Une petite ville de campagne dans la vigne », Ainsi se complètent ou s’excluent pratiques, représentations et « images à exporter de la ville ».

Conclusion

De cette enquête, qui nécessiterait des travaux ultérieurs pour affiner les modèles de perception proposés, et qui excluait de façon délibérée les principaux intéressés (les piscénois eux-mêmes), se dégagent quelques constatations.

Elle sert de révélateur à deux situations : être du Piscénois, et se situer par rapport à « Pézenas cité de Molière », ville essentiellement touristique.

  • Être du Piscénois, c’est d’abord un problème personnel, à base de situations individuelles qui passent par la fréquentation de tel ou tel équipement c’est aussi un problème d’intégration au niveau de la commune dans son ensemble, dont Florensac fournit la contre-épreuve : elle se sent très peu concernée, et ce sentiment est clairement exprimé par ses habitants. Pézenas offre la cohésion, le sentiment d’appartenance à un pays, cimentés par les complémentarités fonctionnelles tissées entre la ville et les villages qui l’entourent ; et cette cohésion est vécue avec une forte conscience, même si l’idée de « Pézenas-capitale-d’un-Piscénois » n’apparaît pas en tant que telle. D’une part les pratiques sont très fonctionnelles, lorsque la ville est prise comme relais et substitut de Béziers (les plus grosses communes marquant une plus grande indépendance), d’autre part on se réfère beaucoup au poids historique de la ville.
  • L’histoire, certainement réinterprétée pour alimenter la promotion touristique, s’organise autour d’une valeur sûre, d’un point central : Molière. On se contentera de rappeler l’existence du Grand Hôtel Molière, du square Molière qui abrite le groupe sculpté par Injalbert, le Musée dit de Molière (dont effectivement une partie lui est consacrée), le cinéma Molière, le vin du même nom (voir toujours dans la région le vin de Rabelais, et le vin des Cathares !)… la réplique commercialisée de « son fauteuil », et la boutique du barbier Gély, entrée dans l’histoire littéraire et vouée au rôle de « maison natale » de Molière à la suite de la formule lancée par Marcel Pagnol, signalée plus haut, et largement reprise dans une sorte d’axe Paris-Pézenas qui valorise cette dernière ville.

Cette omniprésence, qui répond à une fierté légitime mais qui donne lieu à de multiples exploitations au goût souvent douteux, se dégage de l’enquête, qu’il s’agisse des motifs proposés pour une affiche à imaginer, ou de nombreuses allusions. Elle découle d’un long travail d’imprégnation jouant sur la « petite cité » et le « Grand Siècle », dont les temps forts ont été : l’érection de la statue de Molière, les fêtes du tricentenaire de sa mort (1973), le festival international de 1982, les prestations de la Comédie Française…

Pratiques et perceptions de la ville
Pratiques et perceptions de la ville

Le capital architectural, dont l’image est diffusée par la photographie et la carte postale (malgré une valeur incontestable) n’est guère mis en avant, tout comme le clocheton du beffroi est à peine esquissé sur l’affiche de Madame Delher présentée en couverture. C’est bien un élément « de gloire », en l’occurrence une gloire littéraire nationale, qu’on est allé rechercher pour fixer l’image touristique de Pézenas. Celle-ci est bien reçue dans le cercle de villages qui se considèrent comme faisant partie du Piscénois ; mais elle dépasse ces limites, et – créée pour « l’exportation » – elle appartient à l’imagerie languedocienne dans son ensemble. C’est là le double jeu de l’image : sa promotion touristique, tout en dépassant les limites du pays, renforce en même temps « l’esprit de pays », et dans chaque village proche on se sent toujours un peu concerné par Molière ; pour prendre un exemple dans un domaine totalement différent, lorsque Béziers remporte le championnat de rugby, c’est un peu tout les villages du Biterrois qui sont champions de France.

Il resterait maintenant à se livrer sinon à une contre-épreuve, du moins à un prolongement de l’enquête, en interrogeant cette fois les habitants de Pézenas sur leur propre ville, sur le Piscénois, leur pratique et leur perception d’un pays et de son centre.

Annexe

Les communes situées a la périphérie de Pézenas
Les communes situées a la périphérie de Pézenas

Orientation bibliographique

1) Démarches théoriques et mises au point récentes.

  • Recensement commode : A.S. Bailly : Behavioural geography in Francophone countries. (avec B. Greer-Wooten. dans Progress in Human Geography. An international review of geographical works in the social sciences and humanities. Vol. 7, n° 3, sept. 1983, p. 344-356.
  • 3 ouvrages de base :
  1. S. Bailly. La perception de l’espace urbain les concepts, les méthodes d’études, leur utilisation dans la recherche géographique. Lille, 1980, 2 tomes de 710 + 90 p.
  2. Frémont. La région, espace vécu. PUF, 1976, 223 p.
  3. Downs R. M. Stea B. D. Des cartes plein la tête. Edisem, 1981, 218 p.
  • Dernier recueil de travaux : Percevoir l’espace, vers une géographie de l’espace vécu. Actes de la Table Ronde de l’Université de Genève, 1981, 226 p.
  • Article récent : R. Ferras : L’espace vécu, une direction de recherche en géographie. N° spécial de la Revue « Imprévue » sur Espace vécu et structuration de texte. 1982, n° 2 p. 17-27.

2) Sur Pézenas et sa région

  • Ferras et M. Vigouroux. Cartes mentales, images et imagerie. À propos de deux villes du Languedoc : Béziers et Sète. Études sur Pézenas et sa région. 1977, n° 4, p. 23-45.
  • Ferras. Écusson et Polygone. Enfants et retraités dans le centre de Montpellier. BSLG. Montpellier, 1978, 139 p.

3) Sur Pézenas et sa région

Dans l’optique de cet article voir d’abord :

  • Guide de Pézenas par C. Alberge, M. Christol, J. Nougaret, 1972.
  • La thèse de J. Nougaret : Pézenas, évolution urbaine et architecturale, du XVIe à la fin du XVIIIe. 1979, 216 p.
  • Les fascicules d’Études sur l’Hérault, exemple : La vallée de l’Hérault, XIV, n° 1-2, 1983.
  • P. Alliès : Une ville d’États, Pézenas aux XVIe et XVIIe s., Molière à Pézenas. Amis de Pézenas, réédition, 1973, 395 p.

4) Sur la notion de pays

  • Ferras : Pays en Languedoc-Roussillon. Amiras/Repères n° 5, juin 1983, p. 40-70.