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Description

Ordonnancement et bonification
des paysages des châteaux de l’Hérault (vers 1560-1650)

* Ingénieur paysagiste (INHP, Angers) et Docteur en Histoire de l’art (CESR, Tours),
Laurent Paya enseigne la conception des aménagements paysagers et la représentation graphique des projets.

Pour la période médiévale, des études monographiques du paysage castral ont permis de mettre en évidence les interactions entre les formes, les raisons sociales et économiques, les contextes géographiques et les environnements naturels des implantations des demeures nobles. Dans un ouvrage de référence, Jean Guillaume a montré qu’à partir de la Renaissance, le château français, ses jardins et le paysage sont conçus comme des entités spatiales et territoriales articulées et ordonnancées. Pourtant il n’existe pas d’études du paysage castral des châteaux de la Renaissance française, tel qu’il en existe en Italie à propos des delizie des environs de Ferrare ou des villas palladiennes en Vénétie. Le paradigme établi par Jean Guillaume concerne les châteaux du Val de Loire et d’Île-de-France, pourtant l’épanouissement de l’architecture italianisante concerne aussi la France méridionale, notamment dans le Midi toulousain ou le Luberon où se trouvent les exemples les plus connus. Dans l’Hérault, où les guerres civiles ont été particulièrement dévastatrices de 1560 à 1629, il existe aussi des châteaux édifiés, mais le plus souvent modifiés, d’après les premières règles modernes d’ordonnancement et d’ornementation. En outre, l’étude pluridisciplinaire du paysage castral des châteaux de la première modernité, s’intéresse aussi bien à cet art de la composition monumentale à l’échelle du territoire, qu’aux relations spatiales et fonctionnelles établies entre le bâti, les jardins, le parc de chasse, les pratiques agricoles, les ressources naturelles et les cultures paysannes. Réalisée à l’échelle d’un département, une telle étude implique d’importantes recherches, nécessitant notamment l’exploration des compoix, des actes notariés, des plans anciens ainsi que des examens micro-toponymiques et des investigations archéologiques. Lors de précédentes recherches concernant les jardins entourés d’eau, nous avons pu, grâce à une base de données rassemblant les sources et recherches existantes, reconnaître et inventorier cette morphologie paysagère castrale à l’échelle de la Bourgogne. Aussi, nous nous proposons ici d’initier une enquête comparable dans l’Hérault à l’aide des cadastres et des plans par masses des cultures du début du XIXe siècle. Cette méthode de défrichage a déjà été appliquée par Christine Toulier à l’étude des jardins anciens du Maine-et-Loire ; elle est en cours dans l’Eure-et-Loir. Le cadastre napoléonien est une source iconographique exceptionnelle, car il représente précisément les limites parcellaires et fournit des indications relatives aux jardins, parcs, activités agricoles, forêts, routes, chemins, rivières, lacs, villages qui composent le paysage hérité de l’Ancien Régime. Mais il doit être utilisé avec précautions, car bien qu’il soit antérieur aux importantes modifications qui interviennent au XIXe siècle avec la révolution agricole ou le développement des parcs à l’anglaise, il est tardif quant à la période qui nous intéresse. Après avoir présenté les composantes du paysage castral héraultais pour les décennies 1560-1650, nous envisagerons les demeures nobles dans leurs paysages, en considérant d’abord les plaines, puis les garrigues, les piémonts et les causses, afin d’effectuer des comparaisons.

Un paysage entre scenographia et oikonomia

Le paysage héraultais, structuré comme un amphithéâtre ouvert depuis les contreforts du Massif central vers la méditerranée, s’organise en trois paliers successifs : les plaines, les garrigues et la montagne. Les plaines du littoral composent un grand ensemble paysager, entre Lunel et Montpellier, formé de lagunes et d’étangs pour certains asséchés et cultivés. D’est en ouest, de grandes plaines ponctuées de collines séparent le littoral de l’arrière-pays. Elles sont largement présentes dans la basse vallée de l’Hérault, du Libron et de l’Orb. Les garrigues couvrent les premiers reliefs calcaires. Elles sont la conséquence du défrichement, de brûlage et d’exploitation du bois de la forêt primaire de chênes verts et chênes blancs. Dans les hauteurs montagneuses de l’amphithéâtre, le causse calcaire du Larzac et les gorges de la Vis forment un ensemble radicalement distinct de la montagne proprement dite. Au nord, les grands reliefs calcaires constituent des ensembles paysagers sculptés par l’eau. Ces paysages, arides et marqués par le pastoralisme, prennent des allures de steppes. Durant des siècles, l’élevage ovin a joué un rôle central dans l’économie languedocienne, fournissant laine, peaux, lait, viande et fumure. Plus à l’ouest les montagnes dépassant 1 000 mètres du Caroux, de l’Espinouse et du Somail. Schisteuses, gneissiques et granitiques, elles forment la bordure méridionale du Massif central et septentrionale du département. Elles s’accompagnent d’Avant-Monts et de vallées. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2021

Nombre de pages

17

Auteur(s)

Laurent PAYA

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf