Notes sur la parfumerie et les marchands-parfumeurs
de Montpellier (XVIe-XVIIIe siècles)

A la lecture des auteurs anciens et contemporains, on apprend que Montpellier était réputée pour ses eaux de senteur, pommades et parfums divers.

De Charles d’Aigrefeuille 1 à Jean Baumel 2 sans oublier Louis Irissou 3 et Louis Thomas 4, aucun n’a manqué d’évoquer cette industrie, de la rattacher à l’apothicairerie originale de Montpellier, et à la présence d’une garrigue odoriférante. En effet, elle naît au Moyen Age lors des importations d’épices et de drogues, et déjà, le roman provençal de Flamenca évoque les parfums répandus dans les rues de la ville à Noël.

Parmi les substances aux utilisations multiples – une cinquantaine végétales et quatre ou cinq animales – celles destinées à l’apothicairerie avaient parfois un usage en parfumerie. Montpellier trouve en Aigues-Mortes son havre d’approvisionnement par excellence. D’autres ports lui fournissent indirectement des produits orientaux. Plus tard, Sète 5 ne reste pas à l’écart des circuits commerciaux internationaux. Grâce au port de Lattes, notre ville profitera longtemps d’un accès direct à la mer.

Sa prospérité et ses contacts avec les marchands étrangers permettent le développement progressif de l’activité de transformation de matières premières odorantes. C’est de la santé du trafic global dont elle dépend. Elle est déjà précaire, liée aux fluctuations du marché et aux prix de ces produits de luxe destinés à une infime partie de la population 6. Les hommes qui en assurent le commerce ne nous sont pas inconnus 7 :

Les « pébriers sobeyrans » se distinguent des « pébriers de mercat », détaillants, par leur négoce en gros. Les « especiayres » ou espiciers-apothicaires emploient les drogues à des fins plutôt thérapeutiques. Cependant, ils auraient appris des Arabes, l’art de distiller les essences et les parfums, ce qui leur aurait valu le nom d’« aromatarii »…

Est-ce là les prémices d’une spécialisation ? En tout cas, cela confirme la lente séparation qui s’opère entre les apothicaires et les marchands épiciers-droguistes, puis les gantiers-parfumeurs-distillateurs. Ce n’est qu’au XVIe siècle que l’on distingue enfin, à côté des apothicaires, les gantiers et plus tard les parfumeurs.

L’activité elle-même est plus ancienne que le métier dont l’émergence à l’époque moderne donna tout son retentissement à la parfumerie au-delà du Royaume.

Une tradition fort ancienne

Le raffinement des cadeaux

La coutume des cadeaux offerts par la ville aux invités de qualité n’est ni une caractéristique de l’époque moderne, ni une particularité montpelliéraine.

Cependant, grâce aux livres de compte tenus pendant plusieurs siècles par la municipalité, on note que certains visiteurs recevaient à leur arrivée un présent de choix 8 en signe d’accueil. Parmi ceux-ci, beaucoup de parfums et d’épiceries – au sens large du terme – étaient présentés avec raffinement dans des corbeilles ou des caisses doublées d’étoffes.

Dès 1406, Yolande d’Aragon et son mari Louis II, Roi de Sicile, reçoivent des « épiceries », soit des flambeaux et des confitures. Mais c’est en avril 1497, qu’apparaît pour la première fois dans la comptabilité, l’achat de parfums secs sous la forme de poudre de Chypre… 9.

On parvient ainsi à établir la liste chronologique des cadeaux, de leurs récipiendaires, et des fournisseurs qui les ont livrés à la ville. Ces gestes diplomatiques sont pratiqués pendant quatre siècles, de 1497 à 1764.

Comme on le verra dans ce corpus, le conditionnement des cadeaux est presque toujours le même : flasquettes dorées, sachets bordés d’or, étoffes…

Mais la somme engagée dépend probablement de la personne fêtée. Ainsi, Madame la Connétable reçoit des présents de senteur pour 981 £. Le détail n’en est malheureusement pas connu. Pour la même période, la valeur des autres dons n’a aucune commune mesure avec celui-ci qui lui est remis à la fin du siège de la ville. A titre d’exemple, 890-900 £ étaient nécessaires à l’entretien d’une compagnie de 200 hommes durant une semaine. Il faut que Montpellier ait eu bien des choses à se faire pardonner pour avoir offert des senteurs d’un tel prix…

Les secrets de Montpellier

Parmi les compositions originales, l’eau de la Reine d’Hongrie est certainement la plus ancienne, et contemporaine des confections d’Alkermès, de Capillaires et autres distillations qui sont à l’origine des remèdes. Mais son arôme, satisfaisant le goût de l’époque, fit croire qu’il s’agissait d’une boisson. Cette méprise dans l’usage de cette eau odoriférante, est représentative de la grande confusion qui règne à l’époque l’eau de la Reine d’Hongrie – alcoolat aux plantes de la garrigue – est considérée comme une boisson, un remède pour les frictions, mais aussi un produit de parfumerie. Ainsi, dans l’« État des marchandises qui se trouvent chez Jacques la Faveur » 10, elle est classée parmi les eaux de senteur. La spécialité a du mal à se distinguer de la pharmacie et de l’épicerie pure ; les apothicaires continuent à vendre des parfums, les parfumeurs des remèdes et des liqueurs, les liquoristes des eaux de senteur…

Les traités de parfumerie – ou de distillation – n’échappent pas à la règle, et on y trouve parfois des recettes de confiture. Cependant, certains ouvrages contiennent des formules de parfums « à la mode de Montpellier ». S’il n’y en a pas dans les ouvrages de Nostradamus 11 au XVIe siècle, un certain Barbe 12 en 1693 est le premier à les présenter. Peut-être en existe-t-il d’autres plus anciens, mais ils ne nous sont pas connus à l’heure actuelle. « Le parfumeur François qui enseigne toutes les manières de tirer les odeurs des fleurs et à faire toutes sortes de composition de parfums… » consigne donc les secrets des meilleurs sachets ou toilette de senteur – petits coussinets de tissu dans lesquels étaient cousues des fleurs séchées telles que la viande -, sirop de capillaire, eau de la Reine d’Hongrie montpelliérains.

Pochoir à étiquettes, en cuivre
Fig. 1 Pochoir à étiquettes, en cuivre (XVIIIe siècle). Collection Robert Déjeant

L'art de vanter la qualité

Afin d’attirer la clientèle, les parfumeurs montpelliérains font de la réclame… La plus ancienne serait celle de Fargeon, à la fois apothicaire et parfumeur doté d’un privilège royal. Il édite en 1668 un livret à l’usage du public. Le nombre et la variété des produits sont impressionnants. Ils sont répertoriés selon leur usage, soit :

« …Compositions pour la santé », « …parfums », « …pour les embellissements » 13.

Au XVIIIe siècle, la publicité devient une pratique courante. Sous forme de liste, divers magasins du royaume proposent parmi leurs marchandises quelques spécialités locales. Parfois, l’enseigne fait référence à notre ville comme une preuve de qualité.

« Au Palais » 14 à Paris, on vend des sachets et des herbes aromatiques de Montpellier.

« A l’image Saint-Louis », parmi les sirops, on trouve du « véritable lilium de Montpellier » et de la « petite sauge de Montpellier ». Parmi les « Eaux d’Odeurs » – ou eaux de senteur – l’eau de la reine d’Hongrie est pure ou aromatisée à la bergamote. Enfin, la rubrique « Pommades » présente les « Fines herbes de senteurs de Montpellier ».

« A la renommée des parfums », autre boutique parisienne, on se laissera séduire par les « cactus de Montpellier » et les herbes aromatiques du même lieu.

Soit, toujours ou presque les mêmes créations.

A Rennes, « Au Magasin de Montpellier » 15 qui affiche d’emblée l’origine de ses marchandises, on vend entre autres des « sachets d’odeur de Montpellier », de l’« essence de savon de Montpellier ».

Il existe ici une réclame, au Musée de la Pharmacie, relative à l’apothicaire et la parfumerie : le Sieur Daumont, marchand, vend à Paris et dans la région parisienne des « syrops de capillaires de Canada et de Montpellier » dont les vertus sont universelles. La vente de l’eau de la reine d’Hongrie et de l’eau de thym justifient le nom de son échoppe : « Au messager de Montpellier ».

Cette coexistence permanente des deux spécialités n’a pas facilité l’émergence locale du métier et de la corporation des Maîtres Parfumeurs.

Le métier

Qui l'exerce ?

Tous les marchands – ou presque – semblent vendre des eaux et poudres odoriférantes.

  • Les apothicaires, on l’a vu, ont une double activité. Ils possèdent depuis 1572 leurs premiers statuts, et l’indépendance de leur corporation est confirmée en 1674. Ils importent et fabriquent des drogues « …pour les malades ». Bien qu’ils n’appartiennent pas au Corps des Marchands de la ville, ceci ne les empêche pas de composer et vendre des parfums. C’est le cas de Daniel Chaunel 16 et d’Antoine Beyrès 17, à la fin du XVIIe siècle, que l’on rencontre parmi les parfumeurs recensés par les documents administratifs. C’est aussi celui de Fargeon 18, apothicaire et parfumeur de Mademoiselle.
  • Les distillateurs, droguistes, limonadiers, liquoristes : le métier de ce groupe est la confection de boissons 19 – sirops, liqueurs… -, mais les procédés de distillation sont les mêmes pour les fruits que pour les plantes aromatiques.
  • Les barbiers-perruquiers-baigneurs-étuvistes sont autonomes depuis 1691 20, et sont autorisés à « faire des savonnettes… essences, poudres de senteur, pâtes et autres choses semblables pour leur usage et leur profession ».
  • Mais aussi les merciers, vendeuses d’étoffes et de rubans…

Tous fabriquent et/ou vendent des préparations odorantes et cosmétiques. A l’inverse, les parfumeurs prétendent aussi fournir des liqueurs et limonades. Et c’est sans compter avec les gantiers de la ville, dont la présence est attestée par les Guidons de Taille depuis 1551 21, mais que l’on ne rencontre sous la dénomination de gantier-parfumeur qu’à partir de 1750 22. Traitant les peaux pour la confection des gants, ils les tannent avec divers produits – dont la myrte – qui les teintent et les désodorisent selon la pratique italienne. C’est de là que vient la tradition du commerce des parfums.

Étop. Montpellier 5. ADH
Fig. 2 Étop. Montpellier 5. ADH
Document Musée de la Pharmacie, Faculté de Pharmacie, Montpellier
Fig. 3 Document Musée de la Pharmacie, Faculté de Pharmacie, Montpellier
Document de la B.N., Cabinet des Estampes
Fig. 4 Document de la B.N., Cabinet des Estampes

Enfin un parfumeur

Dans les registres fiscaux 23 de la fin du XVIIe siècle, les contribuables gantiers sont nombreux. Mais c’est seulement en 1680, que Pierre Lhours est recensé comme « droguiste et parfumeur », dénomination encore jamais rencontrée ; et Marc Antoine Deloche « marchand parfumeur du Roi à Montpellier ».

Voici le titre de marchand parfumeur enfin utilisé. De sa relation privilégiée avec le Roi, à la qualité de Maître, il n’y a plus qu’un pas…

Celui-ci est franchi dans un texte révélant la vente de maîtrises. Il faut attendre novembre 1722 24 pour que six maîtrises 25 de « gantier-parfumeur dans la généralité de Montpellier » soient créées et vendues. Les acquéreurs sont Raymond Romieu, Aubin Crespin, François Chaunel, André Fyon, Jean Galabert, Laurent Pourrault.

Deux autres états de 1722 et 1725 reprennent les mêmes noms et n’en citent pas de nouveau.

Enfin, le récapitulatif établi à peu près à la même date est un document-clé.

Intitulé « Noms et Surnoms des Maîtres Gantiers-Parfumeurs de Montpellier avec date et jour de leur réception », il permet d’évaluer à quelle date le métier prit sa forme officielle, si tant est que celui qui reçut le titre de Maître le plus ancien, fût bien le premier.

Quatorze marchands deviennent maîtres entre 1669 et 1723. L’institution est donc largement antérieure à celle des statuts grassois qui ne datent que de 1724. C’est l’aspect filial qui frappe tout d’abord : père, frère, fils sont presque l’unique composition de ce microcosme.

  • Bertrand Garrel devient maître le 14 juin 1669, il est le premier.
  • Antoine Crespin, père « sa veuve ne sait plus la date »
  • Jean-Baptiste Crespin, fils, 29 août 1720
  • Jean Coste, père, 6 juin 1681
  • Jean Coste, fils, 22 janvier 1717
  • Barthélémy Filhon aîné, 17 avril 1686
  • Jean Filhon, 14 juillet 1697
  • Jean Filhon, fils, « sans lettres ne tenant point boutique »
  • Jean Chaunel, père, 20 septembre 1700
  • Antoine Chaunel, fils, « sans lettres ne tenant point boutique »
  • Simon Raoux, aîné, 11 juin 1721
  • Pierre Raoux, 30 octobre 1723

En commentaire, le rédacteur précise « les six maîtrises ont été prises par Antoine Crespin, autre fils, André Filhon, autre fils, François Chaubel, autre fils, Jean Galabert fils, (…) il y a encore les sieurs Fiquet père et fils… ».

Et voici les familles

Rapidement, un corps socio-professionnel se forme à l’instar de celui des apothicaires, d’ailleurs. La parfumerie devient sérieusement une affaire de famille. L’étude généalogique révèle les unions d’intérêts, les ascensions. Elle permet aussi de voir émerger les Fargeon et les Deloche : ils sont les plus anciens dans le métier, l’exercent le plus longtemps, et sont les plus fortunés.

Notes sur quelques familles de gantiers-parfumeurs

Bastide, Barthélémy 26, négociant et parfumeur.
Marié le 23.12.1729 (Sainte Anne) avec Marie Boussugues.
Enfant : Claude, négociant 27, marié le 15.4.1765 avec Rose Fargeon (fille de Jean-Jacques Fargeon et d’Anne Carabasse). Ont un fils, régent de la Banque de France à Paris, de 1800 à 1806.

Beyrès, Pierre 28, maître apothicaire et parfumeur. Fils de Jean Beyrès apothicaire de Mauguio, né vers 1611, protestant, marié le 8.4.1640 à Jeanne Magniol.
Enfants : Antoine, apothicaire et parfumeur ; Pierre, parfumeur ; Jean, chirurgien ; Marie, mariée le 16.3.1665 avec Marc Antoine Deloche 29.

Brousson Daniel, marchand parfumeur, parrain de Jeanne Freboul 30, baptême le 21.3.1679.

Deloche Marc Antoine, maître gantier parfumeur du Roi. Père notaire à Valence (Dauphiné).
Marié : 10 en 1663, à Marie Bolze, fille d’apothicaire ; 2e en 1665 à Marg. Beyrès, fille de Pierre Beyrès, apothicaire et parfumeur.
Enfants de cette seconde union :
Paul, marchand parfumeur, né le 11.3.1679 31 ;
Claude, marchand parfumeur, marié le 8.5.1706 à Sainte Anne à Madeleine Portal, fille de droguiste ;
Marc Antoine, marchand parfumeur, marchand drapier, négociant, marié en 1712 à N.D. des Tables à Imbault. A un fils : Paul Antoine, négociant.

Durand François 32[32], marchand parfumeur de Pompignan.
Sa famille s’installe à Montpellier en 1718. Né en 1683.
Fera du négoce sous le nom de « Maison François Durand ». L’un de ses fils, Raymond, sera banquier.

Document de la B.N., Cabinet des Estampes
Fig. 5 Document de la B.N., Cabinet des Estampes

Fargeon Jean, maître apothicaire et parfumeur de S.A.R. Mademoiselle.
Immatriculation d’apothicaire en 1653. Contrat d’association avec Paul Portallès, maître apothicaire et parfumeur et Jean Guiraud, maître apothicaire de Roquetaillade (Rouergue).
A un frère Claude. Décédé le 20.2.1718.
Marié 10 le 16.1.1657 à Isabeau Crouzette, sœur d’Anne Crouzette, épouse de Paul Portallès. Décède en 1679. Catholique. 2° Marie de Mariotte le 26.6.1681 à N.D. des Tables.
Enfants de sa première union :

  • Pierre, marchand, célibataire ;
  • Jean, conseiller à la Cour des Comptes, Aides et Finances, qui aura un fils, Noble Lambert Fargeon, seigneur de la Lauze ;
  • Marie, épouse de Jean Raynaud, marchand de laine
  • Jacques, Commissaire des guerres ordinaires en Languedoc.

Claude (frère de Jean) marié à Catherine Crouzat.
Enfants :
1er Jean : marchand parfumeur, marié le 29.8.17 15 à N.D. des Tables à Jeanne Desfours, fille de François et Antoinette Tredos 33.
Enfants : Antoine, marchand parfumeur, dit « neveu », reste 15 mois en apprentissage (1729-1730) chez sa tante Marie Rose Roumieu, veuve Fargeon, puis chez Louis Estève 34, parfumeur, du 1.11.1735 à 1740, comme garcon liquoriste.
2e Antoine, marchand parfumeur, marié le 27.1.17 15 à N.D. des Tables à Marie-Rose Roumieu.
Enfants : Jean-Jacques, marié le 10.1.1741 à Sainte Anne, à Anne Carabasse 35 fille de Jacques, marchand fustanier. A été émancipé par son père 36. Recoit 2 000 H de son beau-père le 31.8.1750 37. Fait codicille en faveur de sa veuve future 38.
Jean-Louis, marié le 21.1.1744 à N.D. des Tables à Marguerite Salles, fille d’un marchand fruitier. Ouverture de son testament le 29.7.1760 39.

Salles Marguerite, veuve de Jean-Louis, fait un contrat de travail le 30.8.1763, pour 3 ans, à Jean Poncet, garcon parfumeur de Sète, habitant Montpellier 40.
Enfants : Jean-Louis, Jeanne, Jean-Jacques-Joseph-Mathieu, Charles-Eléonor-César, Jacques-Auguste.
Jeanne, mariée le 27 avril 1778 avec Sébastien-Jacques Matte la Faveur.

Jean-Jacques-Joseph-Mathieu 41, négociant parfumeur à Grasse, « parfumeur du Roi ». Membre de la Loge de la Nouvelle Amitié. Meurt le 9.2.1815.
Marié : 10 le 15.6.1789 à Marie-Thérèse Bounin (28.2.1769-18.1.1791), fille de Jean-François, négociant.
2 enfants dont Adélaïde Louise Françoise. 13.1.1790-21.11.1790. Parrain, Jean-Louis F. parfumeur du Roi à Paris, frère de son père.
2e le 27.6.1791 avec Marie Aimare Artaud (4.7.1764-20.10.1847) fille de Joseph, marchand parfumeur et de Marie Pons, grande famille de parfumeurs installée à Paris.
4 enfants dont : Louise Antoinette (1799-1882) mariée en 1831 à Nicolas Bruery parfumeur (1784-1832), sans postérité. Henri Augustin (1807-1864), marié en 1837 à Marie Françoise Reboul.

Matte Sébastien, chimiste parfumeur.
(père Jacques, tailleur puis verrier, épouse en 1624 Marie Roques, de Montpellier).
Marié : 1er le 19.5.1656 à Marie Coulet. 2e le 24.11.1689 à N.D. de Servian à Claire Rivière.
Protégé du 1er médecin du Roi, Antoine d’Aquin, recoit la charge de démonstrateur royal de chimie. Meurt le 28.7.1714.
Enfants de cette 1re union :

  • Jean (17.2.1660-16.8.1754) son survivancier depuis 1691. Est un des membres fondateurs de la Société Royale des Sciences de Montpellier.
  • Sébastien le jeune né en 1691, survivancier à partir du 3 août 1730.

Enfant de cette deuxième union :

  • Jacques Matte, parfumeur (18.7.1694-2.9.1776) ; marié le 7.7.1717 à Agnès Thouzellier, fille de Claude. Avec son demi-frère, est associé à Dardellier parfumeur, pendant quelques années, qui est l’époux de Jeanne Matte.

Enfant : Sébastien Jacques, marchand parfumeur, né le 23.11.1722.
Marié : 10 le 18.9.1763 à N.D. des Tables à Marie Baron ; 2e le 27.4.1778 avec Jeanne Fargeon, fille de Jean-Louis F. et Marguerite Salesse.
Enfant de sa première union :

  • Jacques-Pascal (né env. 1778-79 décédé le 3.11.1854 marchand liquoriste).

Perier Pierre 42 : marchand gantier-parfumeur, protestant, orgininaire de Calvisson. S’installe Porte de la Saunerie.

Pourtallès 43 : maître apothicaire et parfumeur. Marié à Anne Crouzette 44.
Enfants : Jean né le 20.02.1679, baptisé le 26.2.1679 ; Paul, Marthe, Pierre.

Le succès des Fargeon est tel qu’ils s’installent à Grasse et à Paris, au moment où le commerce local des parfums se ralentit. Ce n’est pas par hasard si on retrouve ces hommes d’affaires installés à Paris à la fin de l’ancien régime, et dotés du titre de « Parfumeur du Roi et de la Cour » en 1790 45 ; puis pendant leur emprisonnement, « Parfumeur des Enfants de France », faisant ainsi parvenir à la famille royale gants blancs, pommades pour les mains à l’amande amère et poudres odorantes.

De même, ils s’allient aux grands fabricants grassois au XIXe siècle 46. Parmi les concurrents, Maurice Riban – ou sa descendance – bien établi en ville avant la Révolution, a monté son dépôt à Paris 47. Ils échappent ainsi à la lente disparition de la spécialité et à la faillite.

Car tel est bien le problème en ce siècle finissant. Montpellier s’étiole, tandis que Grasse accroît sa fabrication des essences et Paris les vend.

Exemptée de droit sur les compositions aromatisées et ses eaux de senteur à l’entrée de Paris 48 par l’édit de 1719, un coup décisif est porté à son commerce par l’arrêt de 1755 49.

Dès lors, « il n’est plus question en Languedoc du commerce des esprits de vin en odeur et des eaux de la Reine d’Hongrie pour Paris », se plaignent les marchands à l’Intendant en 1753 50. L’Inspecteur des eaux de vie, soutenu par les revendeurs parisiens – leur intérêt est commun – suggère donc sans succès l’abolition de ce droit 50 £ pour 1 caisse d’eau d’Hongrie ou de senteur dont la valeur n’est que de 44 £ dans Montpellier…

Cette imposition excessive n’est pas le seul événement à précipiter l’industrie des senteurs dans une chute irréversible. La disparition de la Foire de Beaucaire, le blocus anglais qui étouffe Marseille aggrave la situation, et il y en a probablement d’autres.

Art et technique à la fois, la parfumerie montpelliéraine est une aventure tricentenaire qui réserve bien des surprises encore.

Document Musée de la Pharmacie, Faculté de Pharmacie, Montpellier

Notes

1. Charles d’Aigrefeuille, « Histoire de la ville de Montpellier depuis ses origines jusqu’à notre temps ». 4 t. Société bibliophile de Montpellier.

2. Jean Baumel, « Publicité d’un Maître apothicaire-parfumeur au XVIIe siècle… », Paris, La Grande Revue, 1974.

3. Louis Irissou, « La pharmacie à Montpellier des origines aux statuts de 1572 ». Paris, éd. Occitania, 1935.

4. Louis Thomas, « Montpellier, ville marchande ». Montpellier, 1936.

5. Marseille et Beaucaire étaient deux sources d’approvisionnement importantes. Sète ne le devint qu’à la fin du XVIIe siècle.

6. L’utilisation des parfums ne touchera une plus large part de la population francaise qu’au xixe siècle. Voir Alain Corbin : Le miasme et la jonquille. Paris, Aubier-Montaigne, 1980.

7. L. Irissou, « Les épiciers-apothicaires et les poivriers de Montpellier, dans le cadre communal du Moyen Age ». Extrait Bull. des Sc. Pharm., août-sept. 1941, t. XXXVIII, p. 511.

8. J. Berthèle, « Inventaires et documents ». Arch. munic. de Montpellier.

9. Ch. d’Aigrefeuille, « Histoire de la ville de Montpellier depuis son origine jusqu’à notre temps ». Soc, des Bibliophiles de Montpellier.

10.   Doc. s.l.n.d., Musée de la Pharmacie, Faculté de Pharmacie, Montpellier.

11.   Nostre-Dame, Michel (de), « Excellent et moult utile opuscule qui traite de diverses facons… de fardements ». Lyon, 1555.

12.   Parmi tous ceux consultés à la Bibliothèque nationale : « Barbe Le parfumeur francois… », Lyon, 1693. Le plus récent Roret : « Nouveau manuel complet du parfumeur », 1873, Musée de la Parfumerie, Grasse.

13.   Le catalogue original est à la Bibliothèque municipale de Toulouse. Reproduit par Jean Baumel sous le titre : « Publicité d’un Maître apothicaire-parfumeur au XVIIe siècle », Paris, La Grande Revue, 1974.

14.   Bibliothèque nationale, Cabinet des Estampes.

15.   Archives départementales de l’Hérault, Montpellier.

16.   C. 2773. ADH.

17.   8 B. ADH.

18.   Jean Baumel, op. cit.

19.   Les droguistes font aussi d’autres sortes de produits.

20.   C. 2797. ADH.

  21.   Série CC. ADH.

22.   8 B. ADH.

23.   Série CC. ADH (de 1551 à 1790). Guidons de Taille.

24.   C. 2775. ADH.

25.   Les statuts de la corporation n’ont pas encore été retrouvés à ce jour.

26.   Fiche généalogique de M. P. Burlats-Brun.

27.   Alliance Fargeon.

28.   Documents : Dr. L. Dulian, et M. Burlats-Brun.

29.   Alliance Deloche.

30.   Informations communiquées par M. H. Michel, A.M.M. GG 349 (R.P.R. 1679), f° 23.

31.   Information fournie par M. H. Michel, A.M.M. GG 349 (R.P.R. 1679), f° 24.

32.   Michel Fournier, Montpellier du XVIIIe siècle. « Etude urbaine et sociale d’après les documents fiscaux ». D.E.S. Montpellier, 1958.

33.   Antoinette Trédos fait une donation entre Vifs à son petit-fils Antoine le 9.4.1743 / II E.D. 56 / 523 / 1743-1747. Marqués, not. A.D.H.

34.   Déclaration 20.9.1743. II E 56 / 523. Marqués, notaire. A.D.H. et id 28.8.1743.

35.   Contrat mariage 10.1.1741. II E 57 / 620, Vézian not. A.D.H.

36.   Émancipation p/Antoine Fargeon le 9.09.1749 II E 58 / 117. Péridier not. A.D.H.

37.   Acte 31.8.1750. II E 57 / 629, Vézian not. A.D.H.

38.   Codicille 19.5.1760. II E 58 / 122. Péridier not.

39.   Enregistrement 13.8.1760, II E 58 / 156. Péridier not. A.D.H.

40.   Contrat 30.8.1763, II E 58 / 156. Péridier not. A.D.H.

41.   Fonds généalogique, Francois Crépaux, Musée de la Parfumerie, Grasse.

42.   Michel Fournier, « Montpellier au 18e siècle », op. cit.

43.   Contrat de société, 20.8.1683. Cornier not.

44.   Information M. H. Michel, A.M.M. GG 349 (R.P.R. 1679).

45.   Facture J.-L. Fargeon 1790. Musée de la Pharmacie, faculté de Pharmacie, Montpellier.

46.   Facture J.-J. Fargeon, Fonds Musée International de la Parfumerie, Grasse.

47.   Facture M. Riban, Fonds Musée International de la Parfumerie, Grasse.

48.   22 novembre 1719. A. 90 A.D.H.

49.   3 décembre 1755. C. 2682. A.D.H.

50.   C. 2685. A.D.H. : « Mémoire de l’Inspecteur des vins et eaux de vie de la Province présenté à l’Intendant en 1758 ».