Notes et informations 1999-2001
Notes et informations 1999-2001
Jean-Louis BONNET, Bérengère LALANE, Bernard CHÉDOZEAU, Jean-Claude HELAS, Marcel GUY, Laurent FEDI, Laurence CHATEL DE BRANCION, Christian JACQUELIN, André SOUYRIS-ROLLAND, Jacques FRAYSSENGE, Geneviève GAVIGNAUD-FONTAINE, J. BONNET, Walter KETTEMANN, Jean-Claude RICHARD, Jean de CLARIS, Honoré BERNARD.
p. 375 à 389
Les deux derniers volumes des Études héraultaises, sous le titre de Notes et informations (26-27, 1995-1996, p. 249-262 et 28-29, 1997-1998, p. 229-270) ont offert de courts textes destinés à présenter, de façon vivante, la diversité des recherches et des productions culturelles du département de l’Hérault et sur ce département et la région du Languedoc-Roussillon.
Nous rappelons que ces Notes et informations sont rédigées et fournies par des auteurs très divers et qu’elles sont ouvertes à de nouvelles collaborations.
Le volume 1999-2001 étant déjà, par les seuls articles, très épais il n’a pas été possible de donner tout ce dont nous disposions dans nos cartons pour ces 3 ans, si bien que nous avons été contraints de reporter au volume suivant de nombreuses rubriques, en particulier celles concernant des ouvrages dont nous donnons, cependant la liste. [N.D.L.R.]
[1] Etienne Moulinié (1599-1676), intendant de la musique aux États du Languedoc
Plus connu à la cour que dans sa province natale, Étienne Moulinié arrive dans le Midi, en 1666, avec une solide réputation de compositeur et de chef. De nos jours, il semble davantage connu dans les milieux parisiens et versaillais baroques, voire à l’étranger. Les efforts actuels de la Région pour installer un centre de musique ancienne à Castries, les concerts organisés dans les villes du département contribuent à faire connaître un des plus remarquables musiciens du XVIIe siècle avec son compatriote Guillaume Bouzignac. L’ouvrage édité sous l’égide de « Musique et Danse en Languedoc-Roussillon » et sous la direction de Jacques Merlet, vient agréablement mettre en valeur le génie de ce musicien méridional.
Afin de convenir à un large public, l’essentiel du volume est consacré à la vie d’Étienne Moulinié que raconte, avec de nombreuses anecdotes, Jean-Louis Bonnet qui a utilisé autant les documents des Archives nationales que ceux des Archives de l’Hérault. Comme disait la regrettée Denise Launay, qui a fait découvrir le musicien, il faudra réviser les notices des dictionnaires de musicologie.
Fils d’un maître chaussetier instruit, Étienne Molinier (devenu Moulinié à Paris) naît le 10 octobre 1599 à Laure-Minervois, sur les premiers contreforts de la Montagne noire, au nord-est de Carcassonne. Montrant des dispositions musicales, il est placé comme enfant de chœur à la maîtrise de Saint-Just de Narbonne, une des plus brillantes du Midi. Précédé par son frère Antoine, de l’âge de cinq ans jusqu’à vingt et un ans, Étienne apprend les bases de l’éducation (lettres, sciences) et l’ensemble de l’art musical (théorie, composition et pratique d’un instrument) auprès d’un maître remarquable, Antoine Robert, prêtre de la cathédrale, qui a déjà formé Guillaume Bouzignac, autre compositeur célèbre dans le royaume.
Grâce à l’intervention bienveillante de Christophe de Lestang, évêque de Carcassonne et personnage intime avec Henri III et Henri IV, Antoine Molinier se présente à la Cour et obtient aussitôt un brevet de chantre de la chambre du roi. En 1621, il est rejoint par son frère cadet Étienne qui fait paraître des Airs de Cour chez l’imprimeur royal Ballard : le second livre dédié au roi procure le succès avec une charge de chef de la musique de Gaston d’Orléans, en 1627.
Solidement installé dans ce poste, Moulinié accepte une situation difficile due à un maître aux déplacements désordonnés, aux fuites subites, aux revirements fréquents : Gaston, le plus débauché et le meilleur prince du monde, se trouve rarement à Paris. Son intendant de la musique ne le suit pas et profite de la vie parisienne à la Cour ou des manifestations données sur les bords de Loire. Entouré des meilleurs artistes, chantres et instrumentistes, pages et maîtres de danse, il fait interpréter ses Airs et ses morceaux dansés, sachant se mêler aux musiciens du roi et ravir la Grande Mademoiselle dont il est aussi maître de la musique. Les soirées royales lui permettent de collaborer à des ballets que dansent les grands personnages de la Cour, même le roi, en riches costumes, dans un décor féerique.
Dans cette période, au sortir de la Renaissance, la haute société considère davantage la musique comme un agrément. Apprécié par ses contemporains comme un des meilleurs maîtres du royaume, il compose dans la diversité, passant de l’air à boire à la prière, des paroles françaises aux textes espagnols et italiens, des ballets à la musique religieuse. Les chroniqueurs de l’époque remarquent sa facilité à remplir les salles de spectacle, les salons de la Cour ou les églises.
En 1665, Étienne Moulinié revient dans sa province natale et intervient comme maître de la musique lors de la session annuelle des états du Languedoc dont les nobles et les députés louent les capacités : lors de l’inauguration de la chapelle des Jésuites de Carcassonne, récemment restaurée avec fidélité, le duc de Verneuil, alors gouverneur du Languedoc, descend de la tribune pour mieux entendre les motets. Moulinié est nommé intendant de la musique des États à vie pendant dix ans, il participe, avec les meilleurs interprètes, à toutes les cérémonies officielles dans les principales villes de la province et aux soirées musicales privées dans les environs de Montpellier.
Le retour de Moulinié en Languedoc entraîne l’auteur à faire découvrir la vie artistique de Toulouse à Montpellier, avec ses manifestations officielles qu’animent les consuls, les fêtes populaires que réjouissent les bandes de violons et de hautbois, les soirées théâtrales des comédiens de passage, les offices religieux des États.
Ainsi, grâce à des documents des Archives nationales ou locales, à des récits et des anecdotes, se trouvent reconstitués, pour les lecteurs curieux ou les amateurs du XVIIe siècle, la vie difficile dans une maîtrise d’enfants de chœur, le quotidien d’un musicien à la Cour et dans la province, le monde musical d’une époque. Les nombreuses notes et références doivent permettre aux musicologues et aux historiens de se reporter aux sources originales.
La dernière partie, rédigée par Bérengère Lalanne, plus courte mais intéressante sur le plan musicologique, s’attache à montrer la diversité de l’œuvre d’Étienne Moulinié, son côté novateur et la diversité de sa composition religieuse ou profane, à travers des motets, une messe, des ballets, des airs de cour, des fantaisies pour instruments.
De nombreux concerts et enregistrements font actuellement découvrir la qualité musicale de Moulinié, un des rares compositeurs qui ont su apporter fantaisie, grâce et élévation des sentiments. Ce livre montre d’une manière vivante la carrière passionnante et débridée d’un méridional qui a su imposer sa musique aussi bien à la Cour de France que dans une des plus grandes provinces du royaume, pendant plus d’un demi-siècle. [Les Auteurs]
[2] De Brantôme à Villemagne-l'Argentière - A propos de plans mauristes
Dans le précédent numéro des Études héraultaises, M. Honoré Bernard a montré que deux plans conservés aux Archives nationales comme plans du monastère d’Aniane (AN-NIII / Hérault/l, plan 7 et 8) ne convenaient pas à cette abbaye ; il avançait avec prudence l’hypothèse selon laquelle ces plans pouvaient renvoyer à l’abbaye de Brantôme. A la suite de nouvelles recherches menées sur plans par B. Chédozeau, vérifiées par une visite sur place de J.-Cl. Richard et B. Chédozeau, et confirmées à Paris par H. Bernard, il est apparu que ces plans proposent un projet de reconstruction du monastère bénédictin mauriste de Villemagne-l’Argentière (près de Bédarieux dans l’Hérault). Comme l’a suggéré J.-Cl. Richard, ils ont pu servir de chemise pour conserver les plans d’Aniane parmi lesquels ils ont ensuite été classés par erreur. [Honoré BERNARD, Bernard CHEDOZEAU, Jean-Claude RICHARD]
On dispose ainsi de deux séries de plans. Les plans des années 1656-1660 ont été dressés lors de l’installation des pères réformés (qui s’est faite tardivement, en 1661, en raison de multiples oppositions); ils proposent la remise en état des bâtiments très dégradés, mais on ne sait pas exactement s’ils ont été suivis. Les plans de 1683 (ceux-là même qui avaient été classés par erreur dans le dossier d’Aniane) envisagent la reconstruction complète des bâtiments du monastère avec achèvement de l’église par reconstruction de la nef. C’est ce dernier projet qui a été réalisé au moins pour une bonne part, comme on peut le vérifier sur les lieux. La restauration n’a pourtant pas concerné l’église qui est restée sans nef.
Comme c’est souvent le cas, les plans mauristes de Villemagne-1’Argentière posent de nombreuses questions. Une des plus intéressantes est celle de l’existence d’une église médiévale à l’emplacement de l’actuelle cour intérieure (« l’ancienne église », sur un des premiers plans) : cette église que bordait règlementairement le cloître aurait eu la tour comme clocher. L’église actuelle pose d’autres questions, tant pour la chapelle de Saint-Majan que pour les contreforts ou les sous-sols existants ou soupçonnés. Généralement, la disposition de l’ensemble en quadrilatère, la tour-clocher et l’appellation de fort que les premiers plans utilisent pour certains bâtiments anciens, appellent des réponses encore hésitantes sur l’éventuel statut militaire du lieu et sur l’histoire de cette antique abbaye (cf. B. Chedozeau, Architecture et liturgie, L’abbaye de saint-Martin-et-Majan de Villemagne-l’Argentière, congrégation de Saint-Maur, ordre de Saint-Benoît, Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts cantons de l’Hérault, 23, 2000, p- 113-159). [Bernard CHEDOZEAU]
[3] Un évêque de l'an mil, saint Fulcran, évêque de Lodève (Hérault)
Consacrer tout un ouvrage à saint Fulcran peut paraître un tour de force tant la documentation reste modeste. C’est pourtant ce qu’a réalisé Henri Vidal. Certes, Fulcran est la grande figure emblématique du Lodévois du haut Moyen Âge – il occupa le siège épiscopal durant 57 ans, se fit remarquer par sa sainteté, suscita la rédaction de Vies au cours des siècles suivants – mais il ne nous est directement perceptible qu’à travers neuf documents, dont un seul est un original ; ce qui est à la fois peu et beaucoup. C’est peu pour permettre de saisir une existence aussi longue et une œuvre aussi pleine ; c’est beaucoup en comparaison du désert qui entoure la vie de ses prédécesseurs dont les noms ne sont, bien souvent, même pas connus.
Un des grands intérêts du livre d’H. Vidal est d’avoir rassemblé en annexe (p. 113 à 172) huit de ces documents – le neuvième ne faisant que signaler la présence de Fulcran à une réunion – et d’en avoir donné une traduction, assortie, pour cinq d’entre eux, d’un commentaire. C’est vrai, comme l’avoue l’auteur, que tous ces textes avaient déjà été édités mais, en les regroupant, il rend directement accessible à tout un chacun l’ensemble du corpus.
Pour le reste de l’ouvrage, H. Vidal a divisé son étude en cinq chapitres d’inégale longueur :
Le premier est un bref recensement des sources (p. 7-14) : d’abord les neuf documents dont nous venons de parler et ensuite les cinq Vies connues et écrites entre peut-être la fin du XIe siècle, pour la Vita prima, et le milieu du XVIIe pour la plus récente, celle de l’évêque François Bosquet. Quant aux biographies qui prirent le relais, elles ne seraient guère dignes d’intérêt.
Intitulé « Miracles et légendes », le second chapitre (p. 15-30) essaie, et de manière assez convaincante, de faire la part des choses entre ce qui, dans les Vies essentiellement, est le plus crédible et ce qui est le moins probable. Les miracles ne retiennent pas longtemps l’attention de l’auteur qui se contente de les resituer à leur véritable place, chez des hagiographes à la recherche de thèmes édifiants et de modèles de sainteté parfois un peu trop stéréotypés… Les légendes ont en revanche demandé à être passées plus sévèrement au filtre de la critique historique, qu’elles soient « venues de Maguelone ou inspirées par l’histoire de Lodève » (p. 17). Ainsi, au prix d’une fine analyse des sources, H. Vidal fait, avec beaucoup de nuances, le point sur certaines d’entre elles, les remettant à leur véritable place : c’est le cas des soit-disantes origines melgoriennes de Fulcran, de son passage à Maguelone comme archidiacre, de ses démêlés avec le comte de Toulouse, de ceux avec le vicomte de Lodève, sans oublier la prise du château de Gibret par le saint évêque ou le caractère pénitentiel de ses éventuels voyages à Rome. Quant à la coutume du glas de Saint-Fulcran remontant au tout début du XIe siècle, elle ne daterait, plus probablement, que du XIXe siècle.
Les chapitres III et IV constituent le cœur de l’ouvrage et permettent, comme l’indique leur titre commun, d’aller à la découverte de Fulcran. Le III (p. 31-64) est consacré à sa carrière et met l’accent sur trois aspects de la vie du personnage : d’abord sur ses origines (desquelles on sait peu de choses), puis sur sa place dans le siècle et enfin sur son rôle dans l’Église. En commençant par montrer que Fulcran était un grand propriétaire en Lodévois, H. Vidal a bien mis l’accent sur ce qui fait l’originalité du personnage et sur ce qui est une des clefs de sa réussite exceptionnelle dans le monde de l’an 1000 face aux autres pouvoirs. Sa très grande richesse personnelle, venant s’ajouter au temporel de son église, a assuré sa liberté d’action face aux pouvoirs laïcs. La démonstration que fait l’auteur à ce sujet entraîne l’adhésion du lecteur ; et cela d’autant plus qu’en Lodévois, à cette époque, l’évêque n’était pas encore le détenteur de la puissance publique. D’où les démêlés avec le pouvoir comtal et vicomtal, démêlés que les sources, très suspectes à cet égard, ne permettent pas toujours de cerner comme il le faudrait. Or, face à ces pouvoirs laïcs, H. Vidal a bien mis en lumière la différence d’attitude qu’a eue Fulcran dans son diocèse et en dehors de celui-ci autant chez lui il s’est refusé à tisser des relations avec l’aristocratie comtale, autant à l’extérieur il a noué des liens constructifs avec les grandes familles.
En ce qui concerne le rôle de Fulcran dans l’Église, l’auteur s’y attarde davantage. Laissant à peu près de côté les aspects les plus connus et les moins contestables concernant la charité, l’humilité et la générosité de l’évêque, il met l’accent sur trois volets essentiels de son action : le bâtisseur d’églises (la cathédrale Saint-Genès, consacrée le 6 octobre 975, n’étant pas la moindre), l’homme plein de sollicitude pour certaines abbayes (dont Saint-Sauveur qu’il a fondée à Lodève, Joncels, Psalmodi) alors qu’il entretint des relations ambiguës et en tout cas très distantes vis-à-vis de Gellone, et enfin le voyageur n’hésitant pas à sortir de son diocèse soit comme pèlerin, soit comme défenseur des églises ou comme apôtre de la paix de Dieu.
Le chapitre IV (p. 65-90) permet au lecteur de découvrir un Fulcran inconnu jusqu’à présent; cette tentative pour aller plus loin dans le décryptage des sources constitue la grande originalité de l’ouvrage d’H. Vidal. Trois points sont successivement abordés :
* Fulcran et le droit : c’est sans doute un des domaines les plus neufs, et si l’auteur s’y sent à l’aise, ce n’est pas forcément le cas du lecteur si peu qu’il ne soit pas juriste. Dans un monde où cohabitaient encore les droits romain, wisigothique, franc et canonique il n’est pas toujours facile de s’y retrouver et encore moins de percevoir la manière selon laquelle Fulcran se situait face aux problèmes juridiques. H. Vidal a cependant le mérite d’avoir pu montrer combien l’évêque ignorait le droit et comment, au-delà de son inculture dans ce domaine, il a su régler sa succession, ou « utiliser la convenientia », ou encore influencer « la technique des formules de garanties ».
* Fulcran et la théologie : ici, le saint évêque était beaucoup plus à son affaire. Dans les actes qu’il a souscrits, transparaissent partout une théologie et une foi qui font de lui ce qu’H. Vidal appelle « un apôtre de la Trinité ».
* Fulcran et la liturgie : là encore, l’auteur a su percevoir toute l’originalité de l’évêque en ce qui concerne le rituel de la dédicace d’une église, le rite de l’eau à travers le lavement des pieds et des mains, ou la place de la lumière dans la liturgie.
Le cinquième et dernier chapitre (p. 9 1-110) est consacré à Fulcran après sa mort. Comme l’écrit H. Vidal : « Après l’apothéose de ses funérailles, un culte s’est développé autour de sa tombe et pendant mille ans, Lodève a prié saint Fulcran ». Là aussi le destin de l’évêque lodévois est particulier; atypique comme évêque de son vivant, il le reste en tant que saint après sa mort. Pour en rendre compte, H. Vidal a choisi de faire le point sur les trois principaux événements qui marquèrent à la fois l’histoire de son corps et celle du culte qui lui est lié.
* Et tout d’abord l’élévation du corps ; la date en est inconnue mais en recoupant tous les indices de datation, ce seraient les premières décennies du XIIIe siècle qui paraîtraient les plus probables.
* Les deux autres problèmes soulevés par l’auteur sont étroitement liés puisqu’il s’agit de l’incorruptibilité du corps de Fulcran et du sort qui lui fut réservé au moment des guerres de Religion. Rien ne semble devoir contredire ce qui, a priori, aurait pu ne passer que comme une belle légende se terminant de façon macabre. H. Vidal montre bien que l’acharnement mis par les protestants à dépecer le corps, autant que l’absence de dénonciation par eux d’une quelconque supercherie, militent en faveur de l’incorruptibilité. Toujours est-il que le « martyr » post mortem de Fulcran, au lieu de mettre fin au culte dont celui-ci était l’objet, n’a fait que le renforcer, le rendant vivant jusqu’à nos jours.
Pour conclure, c’est donc un ouvrage savant que nous offre H. Vidal à propos de saint Fulcran ; l’importance de l’appareil critique vient encore rehausser la valeur des analyses où rien n’est laissé au hasard. Je regrette simplement que les notes si abondantes soient rejetées à la fin de chaque chapitre, ce qui, on le sait, est assez peu pratique et décourage parfois le lecteur qui oublie alors d’en tirer tout le profit qu’il pourrait. Je déplore également que pour un travail de cette qualité trop de fautes de frappe aient échappé à la vigilance des relecteurs et que trop de tirets et d’accents circonflexes aient été oubliés, sans parler de la ponctuation qui n’est pas toujours bien positionnée. Il est vrai qu’en l’absence de toute autre critique sérieuse, le fait de relever ces broutilles militerait plutôt en faveur de la bonne tenue scientifique de l’ensemble du volume. [J.-C. HÉLAS]
[4] La confrérie des Pénitents Blancs de Montagnac (Hérault)
On ignore (pour l’instant) la date et les circonstances de la création de cette confrérie On peut supposer qu’elle a vu le jour dans la première partie du XVIe siècle, peut-être même plus tôt !
En tous cas, cette confrérie intente un procès contre l’intendant de la province, qui avait fait aménager sa chapelle dans le but d’y tenir, du 25 mars au 17 avril 1577, une assemblée des catholiques et de ceux de la religion prétendue réformée…
Cette chapelle, propriété de l’évêché d’Agde, servit d’église provisoire au XIVe siècle, durant tout le temps que dura la construction de l’église paroissiale actuelle. Elle était donc très ancienne, sans qu’on en connaisse sa date de construction ni son affectation primitive. L’évêque d’Agde la céda, par bail, à la confrérie…
En 1607, un acte notarié indique que le prieur, François Briffaud, a confié au sieur Lamouroux, maçon, la réparation de cette chapelle, sise place de l’Église, en vue d’y édifier une tribune sur voûte et d’y élever un clocher. M. Rey de Lacroix, en 1843, précise qu’elle se trouve « rue de la Calade », et qu’elle était fort petite. M. Thierry Verdier dit que la cloche se trouve aujourd’hui à La Grande-Motte (Architecture à Montagnac sous l’Ancien Régime, 1997 p. 41 ; les autres renseignements proviennent du fonds Favas, A.D. 34, 14 F 31).
A partir de 1777, nous avons un registre de la confrérie qui couvre presque un siècle, puisqu’il s’arrête en 1872. Après cette date, plus de registre connu, mais seulement quelques éléments épars. Que nous apprend ce registre sur la vie de la confrérie ?
Il débute, lue par le marquis de Vissec de Latude, syndic, par une ordonnance de l’évêque d’Agde interdisant certaines processions et l’assistance aux enterrements des frères défunts, sans permission spéciale… Les responsables de la confrérie sollicitent des explications, craignant de provoquer « scandale et risée, et dans la confrérie, et dans la ville et surtout de la part des protestants ».
Les nominations aux différentes charges ou offices se faisaient à Pâques : le prieur et le sous-prieur étaient renouvelés habituellement chaque année, il y avait ensuite le maître et le sous-maître des cérémonies, le secrétaire et le trésorier, les choristes et les sacristains, les visiteurs des malades et le syndic (charge matérielle de la confrérie), enfin le conseil qui a varié de 12 à 32 membres. Ces nominations se faisaient le plus souvent par scrutin secret à la majorité des voix, mais parfois, soit à cause de contestations, soit par manque de quorum, elles sont faites, en 1786 par le curé, en 1787 par le prieur sortant, en 1789 par acclamation, de 1818 à 1822 par le bureau de direction, en 1845 par le prieur et le sous-prieur sortants.
La période révolutionnaire a fortement perturbé la vie de la confrérie ! Le 6 juin 1792, pensant devoir se conformer aux lois, la confrérie délibère qu’il sera fait une pétition pour que la municipalité lui procure un aumônier qu’en est-il advenu ?
En tous cas, de 1792 à 1801, il n’y a pas trace, dans le registre, de quelque réunion ou élection. Sans doute la confrérie a survécu clandestinement, car en 1801 a lieu une élection et la réception de trois nouveaux « frères ». Puis c’est le silence jusqu’en 1805…
De fait, où se réunir ? La chapelle, qui en 1791 était devenue le « repère » des contestataires regroupés autour du curé Bellonis, réfractaire (on y sonnait la cloche au moment où le curé jureur commençait son sermon dans l’église toute proche), avait été vendue comme « bien national » en 1793, pour 1 658 livres, et achetée par la municipalité pour servir de grenier à grains ou à foin. En 1802, donnée comme lieu de culte aux protestants, elle est, en 1815, saccagée et désaffectée. Elle est ensuite transformée en mairie !
Les Pénitents, privés de leur lieu de réunion et de culte, se réfugièrent dans l’église des Augustins, au faubourg. Elle aussi avait été vendue comme « bien national », mais achetée, le 13 janvier 1793, pour 11 000 livres, par un groupe de catholiques qui la cédèrent aux Pénitents.
Ceux-ci, en février 1805, délibérèrent sur les dépenses à faire pour réparer cette église, et la pourvoir des objets et ornements nécessaires : cinquante signatures suivent cette délibération. Pour payer les réparations, ils vendirent, pour le prix de 600 francs, la première chapelle à droite en entrant. Et ils décidèrent, le 5 mai 1805, « vu le temps orageux que nous avons passé… », d’organiser une procession d’action de grâce, à Notre-Dame du Grau-d’Agde.
Mais le diocèse d’Agde, dont dépendait Montagnac, ayant été supprimé, c’est l’évêque de Montpellier, Jean Louis Simon Rollet, qui essaie de remettre un peu d’ordre dans son diocèse. Il porte une ordonnance, le 7 février 1805, concernant les confréries et congrégations, restreignant les facultés de la confrérie, en lui imposant de célébrer ses offices dans l’église paroissiale…
En 1806, le curé de Montagnac prend un arrêt pour réglementer le bon ordre des processions, car il y a des contestations entre la confrérie des Pénitents Blancs et celle des Pèlerins.
En 1812, « sa Majesté l’Empereur et Roi » porte une ordonnance selon laquelle les chapelles des congrégations et confréries doivent être autorisées par décret impérial sollicité par l’évêque du lieu, avec l’avis du maire et du préfet. Les démarches sont faites en avril 1813…
En 1816, est créée la « Compagnie des Pénitentes ». Dès la première année, une soixantaine sont reçues ; elles auront leur autonomie, car il n’en est plus fait mention dans le registre des Pénitents.
La confrérie, pour avoir des ressources (outre les cotisations toujours difficiles à percevoir, et les droits d’entrée des nouveaux membres), met aux enchères, d’abord la charge de porter la Croix aux processions, puis (c’est plus rentable !) le bail « en afferme des sièges ». En 1863, ce bail sera pris par les Marguilliers de la paroisse pour 450 francs par an.
En 1874, la confrérie s’affilie à l’archiconfrérie de Montpellier. Elle continuera à fonctionner jusqu’au 20 avril 1903, où une circulaire du ministre Combes exige de fournir l’autorisation de se servir de la chapelle. La confrérie ne pouvant l’éxiber, son église doit donc fermer. Toutefois le préfet donne l’ordre de la tolérer. Elle fermera pour de bon en mai 1905.
Ce nouvel orage passé, la confrérie reprendra ses activités, de plus en plus réduites, jusqu’en 1930 où elle fusionnera avec la confrérie des Pèlerins. Elle disparaîtra définitivement, sans doute au moment de la Dernière Guerre mondiale…
En 1969, la chapelle deviendra propriété de l’Association diocésaine, et servira de dépendance à l’école de Puységur… [Marcel GUY]
[5] Un nouveau livre sur Charles Renouvier (1815-1903)
Les rares ouvrages de référence disponibles portant sur Renouvier, en France, étudient sa critique religieuse ou sa théorie de la connaissance. Jusqu’à hier, il n’existait – mis à part quelques textes anciens et, pour certains, obsolètes – aucun livre de langue française consacré à sa pensée politique. Chose surprenante quand on sait à quel point le sujet est fondamental pour accéder à une claire compréhension des origines intellectuelles de la Troisième République. Le livre de Marie-Claude Blais vient combler cette lacune. La philosophie de Renouvier avait toutefois été abordée sous l’angle politique et républicain hors de nos frontières : en Italie par Giovanna Cavallari et Vittore Collina, et aux États-Unis par William Logue. Marie-Claude Biais aurait pu analyser l’intérêt exprimé par nos collègues étrangers, et prendre position par rapport à des ouvrages traitant de son sujet. Elle ne l’a pas fait et nous le regrettons. En revanche, elle s’inscrit en faux contre la tendance de bon nombre d’historiens à exagérer l’influence du positivisme sur les fondateurs de la République. Il est temps, en effet, de se pencher sur les différents courants de pensée qui ont marqué, par des voies souvent indirectes et aujourd’hui largement effacées, le tournant des réformes institutionnelles et la systématisation de l’enseignement laïque. Grâce à une documentation abondante et bien maîtrisée, M.-C. Blais apporte ici une contribution capitale à cette enquête, et ouvre des pistes de recherche.
Parmi les interprétations défendues dans ce livre, relevons celles qui nous paraissent capitales : a) Renouvier aurait, à la suite de l’expérience de 1848 et du coup d’État de 1851, posé les bases d’une « synthèse républicaine » entre individualisme et socialisme ; b) Face à la nécessité de distinguer et d’articuler la sphère des libertés individuelles et le rôle de l’État républicain, il aurait inventé un « socialisme libéral » (bien qu’étant peu coutumière chez Renouvier, cette expression est jugée par M.-C. Blais emblématique d’une doctrine représentée dans les pays voisins par L.T. Hobhouse et par Eduard Bernstein). Ce socialisme dit « garantiste », repose sur l’association d’individus volontaires et sur le concours de l’État ; c) Le « retour à Kant » prendrait tout son sens dans l’élément moral qui est au coeur de cette politique, puisque la vie en commun y est pensée à partir du sujet libre et responsable et non à l’horizon d’une réorganisation sociale modelée sur les lois de l’histoire. d) La critique de Kant par Renouvier serait en grande partie contenue dans la prise en considération de l’effectivité de la liberté, instance dont les effets historiques sont tangibles, bien que l’affirmation de la liberté demeure en dernier ressort une croyance. Nous adhérons à ces interprétations. De notre côté, nous avons montré ailleurs que les conditions de la démocratie chez Renouvier s’appuient sur l’accès des individus à une forme d’autonomie de la subjectivité qui lie étroitement – aux deux bouts d’une chaîne continue – la raison théorique et la raison pratique. Cela suffirait à signaler la singularité de cette pensée.
Mais il va plus : non seulement Renouvier a élaboré les principes de la République, mais il en a médité les modalités d’application en tenant compte des circonstances et des possibilités d’action. Ce philosophe engagé – publiciste pendant vingt ans – s’est prononcé sur les événements de son époque non pas simplement pour prendre parti mais pour insérer la raison dans les faits sans compromettre les chances de réussite d’une pratique dont on sait bien qu’elle ne peut jamais s’élever d’un coup à l’idéal. M.-C. Biais analyse dans le détail cette philosophie appliquée qui fonde un « droit historique » distinct du droit rationnel pur et justifie « l’opportunisme » dans un sens qui n’est pas péjoratif. Elle examine cette morale concrète à travers ses applications à la propriété, à la famille, au droit pénal et aux relations entre États, et fait apparaître, sur chaque point, l’originalité des théories néo-criticistes. Renouvier avait devancé, dans ses aspirations, des réformes d’importance majeure : « Penser n’est pas conduire, mais c’est quelquefois anticiper. L’entreprise de définition des principes n’a pas été tout à fait vaine, puisque la République a fini par les rejoindre en quelque manière » (p. 413).
Tout en étant construit autour de trois grands axes thématiques ou plutôt problématiques – « penser l’histoire », « fonder le droit », « établir la république » -, le livre respecte l’évolution chronologique de l’œuvre, ce qui était indispensable pour permettre au lecteur de suivre l’élaboration d’une philosophie véritablement historique, ancrée dans le XIXe siècle. Les sources de cette pensée sont examinées dans le chapitre introductif, mais trop rapidement peut-être. M.- C. Blais évoque le maître de Renouvier, Jules Lequier (qui meurt en 1862, d’ailleurs, et non en 1860, cf. p. 16), mais elle oublie le cas très intéressant de Louis Ménard, que notre philosophe avait rencontré dans des réunions politiques, chez Fauvety, et qui a probablement joué un rôle non négligeable dans la déconstruction néo-criticiste du déterminisme historique et des mythes du Progrès comme en témoignent ses interventions dans la Critique philosophique. Le chapitre conclusif, merveilleusement documenté, brosse un tableau inédit de la postérité de Renouvier; ou plutôt une fresque, car on est frappé de l’ampleur de cet héritage ou, selon la formule de M.-C. Blais, du « sillage laissé par l’œuvre de Renouvier » (p. 370). Lagneau, Alain, Nolen, Brochard, Dauriac, Hamelin, Marion, Jules Thomas, Séailles, Henry Michel et Durkheim ont tous une dette à l’égard du néo-criticisme, par-delà la variété des approches. M.-C. Biais a été sensible aux différents modes de réappropriation, et son jugement est toujours nuancé. Quant au rôle de Renouvier dans la constitution de la figure de « l’intellectuel» dreyfusard, l’analyse de M.-C. Blais est sans doute tout à fait justifiée, mais il convient de la compléter en précisant que Renouvier, déjà âgé en 1898, a refusé de prendre parti dans ce combat, à la grande déception de ses amis Félix et Élie Pécaut.
Pourquoi ce « retour à Renouvier », si l’on peut dire ? On trouve une réponse à la page 312 : « Renouvier participe d’un courant longtemps ignoré, voire méprisé pour la timidité de son réformisme, et sur lequel l’effacement de la perspective révolutionnaire comme le retour de la réflexion sur les fondements de la justice sociale ramènent l’attention. »» De fait, les études sur Renouvier, qui avaient disparu dans les années 1950, resurgissent depuis quelques années dans un contexte neuf. A l’occasion de ce livre, formulons deux souhaits : 1) que les travaux de ce genre s’étendent aux autres « cas » intéressants, à Barni, Littré, Fouillée, notamment ; et 2) que les ouvrages de Renouvier soient enfin réédités, à commencer par La Science de la Morale, qui compte assurément parmi les textes majeurs du XIXe siècle philosophique. [Laurent FEDI]
BIBLIOGRAPHIE – commentaires parus depuis 1964
OUVRAGES : BLAIS M.-C. Au principe de la République. Le cas Renouvier, NRF Gallimard, coll. Bibliothèque des idées, 2000, 436 pages, 150 F. • CAVALLARI G. Charles Renouvier, filosofo della liberal-democrazia, Naples, 1979. • COLLINA V. Plurale filosofico e radicalismo : saggio sul pensiero politica di Charles Renouvier (1815-1903), Bologna, CLUEB, 1980. • FEDI L. Le problème de la connaissance dans la philosophie de Charles Renouvier, Paris, L’Harmattan, coll. Philosophie en commun, 1998. • LOGUE W. Charles Renouvier philosopher of liberty, Baton Rouge and London, Louisiana University Press, 1993.
ÉTUDES : BERTHELOT J.-M. « Principe de causalité et raisonnement expérimental chez Durkheim », in Revue philosophique, 1989, n° 1, janv.-mars, p. 25-50, en part. p. 43-46 et note 22 de la p. 47. • BEQUEMONT D. et MUCCHIELLI L. Le cas Spencer, Paris, PUF, 1998, ch. IV de la II partie, p. 275-296. • BLOCH O. « Marx, Renouvier et l’histoire du matérialisme », in Pensée, n° 191, 1977, p. 3-42. • CHENET F. « Renouvier et l’Orient », L’Inde inspiratrice. Réception de l’Inde en France et en Allemagne (XIXe-XXe siècles), Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 1996, p. 71-105. • DUMAS J.-L. « Renouvier critique de Hegel », Revue de métaphysique et de morale, 1971, p. 32-52. • FEDI L. « Charles Renouvier et la philosophie mathématique de Lazare Carnot », Sciences et techniques en perspective, IIe série, 1, 1997, fasc. 2, p. 267-282. • FEDI L. « Charles Renouvier (Montpellier 1815, Prades 1903), théoricien de la connaissance », Études héraultaises, nos 28-29, 1997-1998, p. 237. • FEDI L. « La dissymétrie des thèses et des antithèses dans les antinomies mathématiques : relecture d’un débat fin de siècle », Cahiers philosophiques, n° 80, oct. 1999, p. 73-98. • FEDI L. « Charles Renouvier et l’Allemagne après 1871 : l’annexion du criticisme, une revanche philosophique Études héraultaises, 1999-2000. • FEDI L. « Robespierre et l’impératif catégorique : la Révolution au miroir du néocriticisme français », à paraître. • FEDI L. « Renouvier critique de Comte », à paraître dans Auguste Comte et l’idée d’une science de l’homme, Actes du colloque du 27 nov. 1998, Paris IV Sorbonne, CAMS, Centre de recherches sociologiques et l’ISHA, École doctorale philosophie et sciences sociales. • FEDI L. « La réception philosophique du marxisme en France au XIXe siècle : le cas du néocriticisme », Raison Présente n° 135, 3e trim. 2000, p. 57-75. • GRENIER H. : « Uchronie et utopie chez Renouvier », Corpus, n° 10, premier semestre 1989, p. 171-194. • HOLLARD : « Conflits de pouvoir en Vaucluse dans l’église réformée concordataire Bull. de la Soc. d’Hist. du Protestantisme fr., 144, 1998, p. 617-646. • MILLET C. : « Le philosophe et le poète : Charles Renouvier lecteur de Victor Hugo », in Romantisme, n° 88, 1995, p. 101-113. • PANZA M. : « L’intuition et l’évidence. La philosophie kantienne et les géométries non-euclidiennes : relecture d’une discussion », in M. Panza et J.-C. Pont, Les savants et l’épistémologie vers la fin du XIXe siècle, Paris, A. Blanchard, 1995. • PAOLETTI G. « Credere alle cose e credere agli dei : teorie della credenza da Renouvier a Durkheim », Teoria, n° 2, 1994. • PONS A. « Charles Renouvier et l’Uchronie », Commentaire n° 47, automne 1989, p. 572582. • PYGUILLEM G. « Sur un ordre de dépendance de quelques notions fondamentales du système de Renouvier », in La Revue de l’enseignegnement philosophique, 15e année, n° 1, oct-nov. 1964, pp. 13-16. • PYGUILLEM G. « Les documents manuscrits de Charles Renouvier et de Louis Prat », Confluent, 1981, n° 114. • RIEMENSCHNEIDER R. « La » Constitution populaire du canton » (1850) et le problème des petites communes en France », in L’Administration territoriale de la France (1750-1940), Actes du colloque d’Orléans (1993), Textes réunis par Michel Pertué, Presses Universitaires d’Orléans, 1998, p. 423-437. • STEDMAN JONES Susan G. : « Charles Renouvier et Emile Durkheim : Les règles de la méthode sociologique », Sociological Perspectives, vol. 38, 1995, p. 27-40. • STEDMAN JONES Susan G., « Representation, reality and the question of science », ed. WSF. Pickering, Representation in Durkheim’s masters : Kant and Renouvier Routledge, London, 2000. • STEDMAN JONES Susan G., « Representation and logic », ed. WSF. Pickering, Representatian in Duikheim’s masters : Kant and Renouvier, Routledge, London, 2000. • THUILLIER G. « Le gouvernement direct de Charles Renouvier », in Bureaucratie et bureaucrates en France au XIXe siècle, Genève, Droz, 1980, p. 83-98.
RÉÉDITIONS : Manuel Républicain de l’homme et du citoyen. Nouvelle édition avec notice de J. Thomas, présentations de J-C. Richard, M. Agulhon et L. Fedi. Genève, Slatkine Reprints, 2000, 315 pages. • Organisation communale et centrale de la République. C. Renouvier. En collaboration avec C. Fauvety, etc. Réimpression de l’édition de 1851, avec une présentation de R. Huard, L.-C. Prat et J-C. Richard. Nîmes, C. Lacour, 25 bd. amiral-Courbet, 2000, 421 pages. • Uchronie, Fayard, Corpus des œuvres de philosophie en langue française, 1988. • Les dilemmes de la métaphysique pure, Paris, PUF, 1991.
[6] Mémoires inédits de Cambacérès
L’histoire du document garantit son authenticité. Dès sa mise à l’écart du pouvoir à la chute de l’Empire, Cambacérès commence de rédiger ses Mémoires. Il souhaite les publier de son vivant. Il n’en a pas le temps. A sa mort en 1824, le gouvernement de Louis XVIII, craignant les révélations que peuvent contenir les Mémoires et les très nombreux documents qu’il possédait, veut s’en saisir et l’ordonnance royale précise « sans inventaire ». A la suite d’un long procès, un partage est fait alors que les passions que soulève un changement de régime se sont atténuées, et que le ministre de la Justice est un ancien protégé de Cambacérès. Le procès-verbal indique qu’on brûle sur place les dossiers correspondant aux Cent Jours. Les actes de gouvernement intègrent les archives nationales, les autres papiers sont laissés aux héritiers.
Ces archives restent dans la famille Cambacérès. Dans les années d’entre-deux-guerres, Charles Michel, lié d’amitié avec le dernier héritier de Cambacérès, les achète à sa demande.
Mais il ne s’ontéresse qu’aux objets d’art. Les archives sont enfermées dans une malle. C’est trente-cinq ans plus tard que sa petite-fille, Laurence Chatel de Brancion, commence à s’y intéresser. Mais la mort très prématurée de son mari l’oblige à entreprendre une carrière industrielle pour élever ses quatre jeunes enfants. Il faut attendre encore. Enfin : « Voici donc, (…) les derniers grands Mémoires sur les années 1789-1815. Leur publication constitue une date dans l’historiographie de la période », écrit Jean Tulard dans sa préface.
Qui est Cambacérès ? Jean Jacques Régis de Cambacérès naît en 1753 à Montpellier, dans une famille de magistrats anoblis depuis plusieurs générations, et dont les alliances sont prestigieuses. Produit du siècle des Lumières, érudit, franc-maçon et Pénitent Blanc, il entre à la Cour des comptes de Montpellier. Il est élu en second seulement dans les rangs de la noblesse aux États Généraux de 1789, président du tribunal criminel de l’Hérault deux ans plus tard, puis enfin député à la Convention. Il est de suite porté à la présidence du comité de Législation, où il va en particulier élaborer deux projets de Code civil. Après la mort de Robespierre, il préside le comité de Salut Public, et accomplit en une année une œuvre considérable de pacification. Le 13 vendémiaire salue l’arrivée de Barras au pouvoir et du Directoire. Cambacérès est écarté. Député, il présentera au Conseil des Anciens son troisième projet de Code civil, base du futur code Napoléon, et monte un cabinet juridique, ancêtre de nos cabinets de conseil, dont les clients sont en particulier les grands financiers.
C’est cet homme que Bonaparte choisit immédiatement comme Second Consul au lendemain de brumaire. Cambacérès dirige la réforme judiciaire qui fonde la justice moderne de la France, préside habituellement le Conseil d’État dont sortiront le Code civil, pénal, d’instruction criminelle, de procédure civile et de commerce, les textes fondateurs de l’administration préfectorale, de la Banque de France, de la Cour des comptes, etc. Surtout, il est l’homme en charge de l’État lors des absences de Bonaparte, qui parcourt l’Europe à la tête de ses armées. Aussi doit-il rester dans l’ombre pour ne pas blesser l’orgueil de l’empereur. Du premier jour de l’épopée napoléonienne, au dernier, Cambacérès garde la confiance du maître, travaille dans son intimité, représente le pouvoir législatif et judiciaire auprès du tout-puissant exécutif. Napoléon, qui lui doit comme dira Molé plus tard, « une bonne partie de sa fortune », le couvre d’honneurs et d’or.
L’intérêt de ces souvenirs. – C’est donc ce témoin privilégié qui livre ses souvenirs. Au terme de ces quelque mille trois cents pages, qu’il faut lire à petite vitesse car le texte est touffu d’informations, ressort une vision différente de ces vingt-cinq années si importantes de l’Histoire de France. Normal, direz-vous, car la « vérité, comme la beauté, est dans l’œil de celui qui regarde ». Mais l’œil de Cambacérès se veut celui d’un témoin qui dépose », sans vindicte, et hors de toute implication de la vie privée.
Prenons quelques exemples.
Sur cette période de la Révolution qui a porté à tant d’interprétations, écoutons-le démonter l’enchaînement des événements. « Bien des gens croient que Danton ne fut mis en jugement que par l’effet de la jalousie de Robespierre, par la volonté de celui-ci, et pour ainsi dire, par un ordre de sa main. Rien de plus faux que cette assertion généralement accréditée. La mort de Danton et celle des membres de la Commune furent résolues par l’avis unanime des deux comités, et à l’instigation particulière de Billaud Varenne. » Et il continue par l’analyse politique de Danton avec ces phrases tranchantes : « Doué d’un caractère facile, indifférent sur les points les plus essentiels de la morale publique, Danton commit des fautes graves. Son crédit sur la multitude fut singulièrement affaibli aussitôt qu’on sut qu’il s’était singulièrement enrichi dans la Belgique. Le peuple souvent indulgent pour les grands criminels n’excuse pas les rapines. » Cambacérès rétorquera à Bonaparte qui l’interrogeait sur Robespierre : « C’est un procès jugé et non plaidé », car il défend l’action de l’Incorruptible, et soutient qu’il n’est pas responsable de la Grande Terreur qui précéda Thermidor. Au fil de ces pages sanglantes on prend un cours de politique par cet observateur froid et averti, dont la légitimité comme professeur en cette matière est indéniable au vu de sa carrière !
On pénètre ensuite dans l’intimité du cabinet consulaire. Ce jurisconsulte estimé, cet homme politique expérimenté, découvre le jeune général, son cadet de quinze ans, « brillant des lauriers qu’il venait de cueillir ». Il brosse à petites touches le portrait du héros qu’il va seconder jusqu’à l’abdication finale. « Je reconnus dans Bonaparte une grande fierté intérieure, de l’amour-propre, beaucoup d’esprit, une extrême finesse, une mobilité d’imagination qu’il était presque impossible de fixer, la passion de la gloire… Les moyens qu’il tenait de la nature et de l’habitude n’avaient été ni façonnés par l’éducation, ni agrandis par l’instruction. Il le savait et mettait du soin à empêcher les autres de s’en apercevoir. Tourmenté par toutes les ambitions, il voulait être ou paraître savant… Il connut facilement les affaires et mieux que les hommes. Cette différence lui devint dans la suite très préjudiciable. » Cambacérès est alors le mentor. C’est aussi celui qui offre à Bonaparte le Consulat à vie. Son influence dans les affaires est alors très grande.
Trop pour certains comme Talleyrand ou Fouché, qui n’auront de cesse de le supplanter dans l’esprit du Premier Consul. On découvre alors ce jeu subtil et dramatique de ces hommes et de quelques autres, qui n’ont qu’un intérêt, le leur, souvent contraire à celui de la France, et qui sauront, par leurs adulations, en détourner Napoléon. Comme un voile qui se soulève, ces détails successifs donnés par Cambacérès éclairent la personnalité de l’empereur d’un jour singulier, révélant la fragilité de certains contours. L’empereur apparaît comme un très mauvais chef pour des hommes dont les récents événements avaient modifié la mentalité. Au fil des scènes et des années, derrière les mots feutrés, surgissent aussi les traits critiqués. Ainsi Cambacérès intervient pour éviter les dégâts des fureurs impériales, mais quelle discrétion ! « Nous en étions là lorsque M. de Marbois se fit annoncer. Je n’eus pas le temps de prier l’empereur de ne pas le maltraiter. Il me le promit. En effet il ne se permit aucun outrage envers son ministre, mais il le traita de manière à ne pas lui dissimuler sa surprise et son indignation. L’amour-propre de M. de Marbois eut fort à souffrir dans cette longue conférence. Humilié, embarrassé, toutes ses réponses furent vagues et insignifiantes. Je profitais d’un moment de calme pour reprendre la suite de mon discours… » C’est pourtant à cet incapable, que, grâce à l’influence de Maret, sera confiée la présidence de la Cour des comptes au grand dam de conseillers d’État plus évidemment compétents la faculté de choix judicieux des hommes que l’on célèbre chez Bonaparte vole en éclat sous la plume de Cambacérès.
Le deuxième tome déroule pour nous le mode d’emploi de l’immense machine impériale que Cambacérès a contribué à créer, selon les visions de Napoléon. Il connaît toute la finesse des rouages, car il en est responsable, mais sans pouvoir, en l’absence de l’empereur, qui le traitera en coupable si le fonctionnement se grippe. Les affaires de la famille Bonaparte, les dessous de la destitution ou de la promotion des dignitaires, les raisons des grandes institutions qui demeurent aujourd’hui encore, les hypothèses qui ont résidé à la prise des décisions stratégiques de Napoléon, le rapport à la communication de masse et à la presse, voisinent avec le divorce le plus médiatique du siècle, les détails de la naissance du roi de Rome, les pièges dans lesquels s’enferrent Talleyrand puis Fouché. Cambacérès, ce témoin dans l’ombre, a tout vu, et reste le confident et la main réalisatrice, dont l’empereur a besoin. Ainsi, après une campagne en Autriche qui dure six mois, demande-t-il à Cambacérès de se rendre à Fontainebleau pour l’accueillir discrètement à son retour. Il doit le voir seul. Cambacérès se souvient de ce palais désert en cette fin d’octobre 1809, de l’arrivée de Napoléon, qui brûle les étapes depuis Schœnbrunn, et nous livre cette description : « Pendant le cours de notre entretien, l’empereur me parut préoccupé de sa grandeur. Il avait l’air de se promener au milieu de sa gloire… » Quelle évocation de ce dévoiement de la personnalité du héros ! La stupeur de Moscou en flammes, l’effort de la nation pour la campagne d’Allemagne, la lutte d’influence autour de Napoléon entre le parti de la guerre et celui de la paix, qui se termine par cette erreur politique grave du renvoi du Corps législatif terminent ces Mémoires Cambacérès n’a pas voulu décrire « le crépuscule des dieux ».
Une fois le livre refermé… Lorsqu’on referme le livre, on a le sentiment d’être entré pour la première fois dans l’orbe directe de ces hommes. Cambacérès est en effet le seul qui, de président du comité de Législation puis du comité de Salut Public, au Second Consul et à l’archichancelier de l’Empire, les ait côtoyés dans un rapport de collaboration et non de servilité, et n’ait pas été en conflit avec eux. Il n’y a pas de comptes à régler. Les événements prennent alors un aspect humain et non mythique. Le vote des Girondins pour la mort du roi se comprend, la prise de Malte est réduite à un simple abandon des chevaliers, la disgrâce de Lucien à son jeune âge, le mariage autrichien aux intrigues de l’entourage de l’empereur. Leur explication est simple, humaine, le mystère s’éclaircit. Avec ce vrai « témoin qui dépose », on entre dans l’Histoire. [Laurence CHATEL DE BRANCION]
[7] Le Bistrot des Ethnologues
1. Le Bistrot des Ethnologues
Premier café à thème créé à Montpellier en 1993, le Bistrot des Ethnologues propose, dans le cadre convivial d’une boîte de jazz (le JAM), de rencontrer des ethnologues venant parler de leur terrain proche ou lointain, de leur problématique ainsi que de leurs méthodes. Prochains bistrots : Au JAM, 100, rue Ferdinand de Lesseps, 34 000 Montpellier • Mercredi 21 février 2001 – Françoise SABBAN, directrice d’étude à l’EHESS, Paris, « La cuisine en Chine métaphore du bon gouvernement » • Mercredi 14 mars 2001 – Jackie ASSAYAG, directeur de recherche au CNRS/EIAS/EHESS, Paris. Quatre saisons en Inde : caste, déesse, Musulmans, nation • Mercredi 25 avril 2001 – Maurice GODELIER, directeur de recherche à 1’EHESS, Paris, directeur du projet pour l’enseignement et la recherche au musée du quai Branly, et Jacques HAINARD, conservateur du musée d’ethnographie, Neuchâtel. « Ethnologie ou esthétique ? Les enjeux d’un musée des arts et civilisation » • Mercredi 6 juin – Emmanuel TODD, chercheur à l’Institut national des Études démographiques, « L’anthropologie peut-elle apprendre quelque chose à l’économie ? »
Renseignements : Christian JACQUELIN. Tél. 04.67.02.32.19 ou ARCE Tél./Fax 04.67.02.75.52. Réservation indispensable : repas à thème proposé par le JAM. Tél. 04.67.58.30.30.
A LA COMÉDIE DU LIVRE : Colloque Montpellier Médecine Méditerranée, place de la Comédie à Montpellier. Entrée libre. Samedi 19 mai à 15 h : L’après-midi du Bistrot des Ethnologues. Les affections du corps comparaisons ethnologiques
A CLERMONT-L’HÉRAULT : Au théâtre municipal, allée Roger Salengro, 34800 Clermont-l’Hérault. Entrée libre. Vendredi 15 juin à 21 h : Anne PARADIS, docteur en anthropologie au CNRS/EHESS, Toulouse. « Mozart, l’opéra réenchanté : une musique de l’initiation ».
2. Des territoires et des hommes. Enjeux et stratégies (stage CAUE de l’Hérault)
Programme national de formation continue organisé par le CAUE (Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement de l’Hérault) et de la Direction de l’Architecture et du Patrimoine (Mission du Patrimoine ethnologique).
— Dates : février 2001 à janvier 2002 : 11 séminaires mensuels de 3 jours.
— Public architectes, ethnologues, urbanistes et paysagistes.
— Objectifs : former aux démarches d’aménagement du territoire et aux problématiques de développement urbain.
CAUE de l’Hérault, 19, rue Saint-Louis, 34000 Montpellier. Tél. 04.99.13.37.00 – Fax 04.99.13.37.10.
3. Cycle de conférences en ethnomusicologie
L’Université Paul Valéry de Montpellier, salle 026, bât. D, de 18 h 45 à 20 h 45. Séances ouvertes au public dans la mesure des places disponibles.
— Jeudi 18 janvier 2001 : « Musiques africaines » par Monique Brandily, CNRS/Musée de l’Homme, Paris.
— Jeudi 25 janvier 2001 : Musiques et conduites dans une société saharienne par Monique Brandily, CNRS/Musée de l’Homme, Paris.
— Jeudi 15 février 2001 : Une approche « émique » du flamenco (avec la participation de musiciens gitans d’origine andalouse) » par Anne-Marie Trebaol, professeur d’éduction musicale.
— Jeudi 22 février 2001 : « Ethnomusicologie du domaine français. Bilan et perspectives par Yves Defrance, directeur du CFMI, Université de Rennes 2.
— Jeudi 8 mars 2001 : « Musique et tissage chez les Jalq’a et les Tarabuco de Bolivie » par Rosalia Martinez, Université de Paris VIII.
— Jeudi 15 mars 2001 : « Problèmes d’harmoniques et de sous- harmoniques dans le champ diphonique : point de vue spectral » par Tran Quang Hai, CNRS/Musée de l’Homme, Paris.
— Contact : J. Bouët, Maître de conférences à Montpellier III. Tél. 04.67.84.26.04, E-mail jacquesbouet@univ-montp3.fr.
4. Séminaires du LAÏC
Dans la poursuite du chantier ouvert par l’Ethnopôle/GARAE autour de « L’ethnologie du patrimoine » et du « Patrimoine de l’ethnologie » il a été créé par décision du ministère de la Culture (DAPA) et du CNRS un laboratoire de recherche, le LAIC (Laboratoire d’Anthropologie : l’Institution de la Culture), actuellement sous statut FRE (Formation de recherche en évolution). Le programme de recherche de ce laboratoire, dirigé par Daniel FABRE (directeur d’étude à l’EHESS), vise à rendre compte des configurations particulières qu’a pris, dans des mondes sociaux divers, l’institution de la culture, afin de mettre en œuvre la comparaison dans l’espace et le temps et d’atteindre les propriétés générales d’un phénomène aujourd’hui global.
— Vendredi 19 janvier : « Anthropologie de l’écriture. Le culte de l’écrivain », salle de conférences de l’École de Chartes (19, rue de la Sorbonne, Paris), de 16 h 30 à 19 h.
Le séminaire traite du développement du culte des écrivains en prenant pour base de réflexion une enquête européenne en cours consacrée à la valorisation des lieux liés à l’écriture et à la littérature. Il se composera généralement de trois parties :
1. Actualité bibliographique concernant l’anthropologie de l’écrivain et de la littérature et, plus largement, les débats en cours sur l’institution de la culture,
2. Exposé de D. FABRE sur la problématique spécifique du séminaire (Le culte de l’écrivain).
3. Présentation et discussion d’une recherche sur l’un des terrains de l’enquête sur les lieux d’écriture. Exceptionnellement la séance peut tourner autour du travail d’un invité extérieur.
Les prochaines séances auront lieu à la même heure les vendredis 2 février, 23 février, 9 mars.
Mission du Patrimoine ethnologique, 65, rue de Richelieu, 75002 Paris. Tél. 01.40.15.86.34.
5. Rapports d’études et de recherches
LAURAIRE Richard, octobre 2000, ARCE. « Les systèmes d’échanges locaux de l’Hérault, représentations et pratiques comparées vers des organisations dualistes ? » Rapport d’études réalisé dans le cadre de l’appel d’offre « Formes contemporaines de l’économie informelle : activités, échanges et réseaux de relations ».
— DESTAND Jean-Pierre, décembre 2000, « La Nautique sur l’étang de Bages/Sigean. Abécédaire ».
— NÉGRIER Emmanuel (dir.), décembre 2000, CEPEL, CNRS. « Le patrimoine en région. Le cas du Languedoc-Roussillon ». Tome I Synthèse, dépenses publiques, résultats du questionnaire, la DRAC, ses patrimoines, ses territoires. Tome 2 : Patrimoine et développement local, pratiques sociales et patrimoine régional, patrimoine et art contemporain, conclusion.
Rapports d’études et de recherches consultables au Centre de documentation de la DPAC Languedoc-Roussillon.
Ouverture : de 13 h 30 à 17 h du lundi au vendredi. Tél. 04.67.02.32.59. Fax 04.67.02.32.04.
6. Sites Internet
— Atelier de Rencontres et de Recherches Comparatives en Ethnologie www.ethnobistro.com. Informations sur l’association, programme du Bistrot des Ethnologues, Ethnosud en ligne.
— Centre d’Étude et de Recherche Comparative en Ethnologie www.alor.univ-montp3.fr/cerce. Informations sur le CERCE de l’Université Paul Valéry. Revue en ligne « Ethnologies comparées ».
— Direction Régionale des Affaires Culturelles du Languedoc- Roussillon www.culture.gouv.fr/l-r/. Site en reconstruction.
— Mission du Patrimoine Ethnologique : www.culture.fr/culture/ mpe/mpel.htm. Informations sur la MPE : appel d’offres, revue Terrain, publications.
7. Eposition/Musée
MUSÉE DE L’ÉTANG DE THAU A BOUZIGUES. Nov. 1999-déc. 2001 : Exposition La Saint-Pierre. Fête et Traditions des pêcheurs en Méditerranée.
Après la pêche, la conchyliculture, les bateaux d’étang, les joutes, la chasse au gibier d’eau, le Musée de l’Étang de Thau poursuit le cycle d’expositions relatives aux communautés maritimes et lagunaires en abordant une dimension immatérielle de leur culture puisqu’il s’agit de l’aspect fictif et religieux symbolisé par la fête de la Saint-Pierre. Quel est le sens de cette fête à la fois profane et religieuse ? Comment se met en scène l’identité de cette communauté de pêcheurs et de quelle construction identitaire s’agit-il réellement ? Comment une tradition apparaît toujours vivace, toujours renouvelée – voire inventée ou instrumentalisée – mais jamais figée ? Comment des formes de piété populaire peuvent-elles perdurer dans notre société moderne ?
C’est donc à partir de ces concepts proprement anthropologiques tradition, identité, rituel… que l’exposition aborde, avec toutes les précautions scientifiques nécessaires, le phénomène festif et religieux de la Saint-Pierre, spécifique aux pêcheurs de la Méditerranée.
Un saint Pierre guévanisé tagué d’un poisson sert d’icône conductrice tout au long de l’exposition où le rituel de la fête se déroule dans des ambiances différenciées : cérémonial, dévotion, convivialité. Peu d’objets mais beaucoup d’images ; de plus, les scénographes ont totalement réinvesti l’espace de la dernière salle du musée pour les besoins de l’exposition. Et c’est logiquement que l’on passe du capharnaüm du pêcheur (la « salle verte » du musée consacrée au magasin du pêcheur) au Pêcheur de Capharnaüm* : du technique au social et du social au festif et au religieux en quelque sorte… Un film vidéo tourné à Bouzigues et ponctué d’images d’archives vient illustrer le propos. Un catalogue offrant une synthèse de la recherche ethnologique d’Anne K’NEUR est désormais disponible. [Christian JACQUELIN]
Musée Étang de Thau, quai du Port de Pêche, 34140 Bouzigues. Tél. 04.67.78.33.57. Fax 04.67.78.32.10.
DE LA MODESTIE : RÉFLEXIONS SUR LE MIAM
La galaxie des musées sigles vient de se doter d’une nouvelle planète. On connaissait déjà les prestigieux musées d’art comme le MOMA (Museum of Modern Art), le MET (Métropolitan Museum) ou le MAM (Musée d’Art Moderne). Dans le registre « musées de société », le MAAO (Musée des Arts Africains et Océaniens de la Porte Dorée), le MEN (Musée d’Ethnographie de Neuchâtel), le MNATP (Musée National des Arts et Traditions Populaires du Bois de Boulogne en partance pour le Vieux Port) ou, plus localement, un autre MET (le Musée de l’Étang de Thau) n’étaient pas des inconnus. Il faudra compter désormais avec le MIAM (Musée international des arts modestes), inauguré à Sète le 10 novembre 2000. Mais où le situer ? On sait depuis Borges que la carte n’est pas le territoire ; toutefois la cartographie imaginaire composée par Hervé di Rosa dans le n° 6 des Cahiers d’art modeste est une bonne introduction à la définition de cette catégorie de l’art. L’art modeste serait cerné par l’art populaire, l’art forain, l’art naïf, l’art publicitaire, l’art Saint-Sulpicien et plus à l’est par la manie des collections, les peintres du dimanche, l’art singulier et l’art brut. Dans une variante imagée, l’art modeste serait comme une île singulière entourée par l’océan de la création, l’art contemporain, l’art classique et l’art décoratif.
Tout est affaire de frontières donc, mais les frontières ne sont que des constructions culturelles intimement liées à des représentations ; elles s’avèrent essentiellement fluctuantes et soumises à des variations. Comment situer par exemple la série d’ex voto mexicains que l’on peut admirer au MIAM ? Art populaire, collection ethnographique ou art modeste ? Serait-ce leur présentation non contextualisée dans une situation de proximité avec des objets labellisés authentiquement « modestes » (productions de série) qui justifierait leur place dans le musée du même nom ?
Refuser l’explication anthropologique et la contextualisation des objets sous des prétextes artistiques quand il s’agit de collections de nature essentiellement ethnographique conduit à une perte de sens et à un appauvrissement. Cette question qui ramène au vieux débat entre esthétique et ethnologie traverse les grands projets culturels contemporains, depuis l’exposition retentissante des Magiciens de la terre à l’actuel projet du Musée du Quai Branly en passant par la présentation des « arts premiers » – (l’expression « arts lointains » de Félix Fénéon était tout de même plus heureuse…) – au Pavillon des Sessions du Louvre.
Ces réserves ethnologiques étant posées, on ne saurait trop vous inciter à aller visiter le MIAM, vous pâmer devant les femmes pulpeuses et les héros musclés des chromos mexicains et sombrer dans l’ethnostalgie face aux soldats Mokarex, scoubidous, et autres cadeaux Bonux des vitrines, installations de Belluc où à défaut d’explications l’accumulation fait sens. [Christian JACQUELIN]
Musée International des Arts Modestes, 23, quai du Maréchal de Tassigny, 34 200 Sète. Tél. 04.67.18.64.00.
[8] Mémoire des volontaires de la BLL
La brigade à l’honneur : L’an 2000 qui se termine a été une année faste pour les anciens de la Brigade du Languedoc.
C’est en mai 2000 qu’ils ont organisé pour les professeurs d’histoire du lycée Jean Mermoz de Saint-Louis et leurs 200 élèves des classes de terminale un colloque d’histoire sur le thème de : La Libération du District des Trois Frontières par la Brigade du Languedoc.
Cette action pédagogique avait pour objet l’information des jeunes d’Alsace sur un épisode important de leur histoire locale avec la présence sur le terrain de plusieurs acteurs de ces événements. Elle avait aussi pour but de remercier les autorités et les populations du district de la sympathie et de l’amitié qu’elles leur témoignent.
Car il s’agissait pour nous d’expliquer le « pourquoi » de ces lieux de mémoire qui ont été créés – ces dernières années – sur les communes de ce District des Trois Frontières, si chères à nos cœurs.
Et c’est le dimanche 29 octobre 2000 que nous avons vu se réaliser – sous nos yeux – les décisions que le maire et le conseil municipal de Village-Neuf avaient votées à l’unanimité, le 31 mars 2000.
Tout d’abord, l’attribution du nom de Manuel Soler au pont sur le canal de Huningue, à l’entrée de la ville.
C’est en mémoire de notre camarade – qui est mort pour la France à 16 ans et 7 mois – à proximité de ce pont lors des combats de la libération de Village-Neuf, le 30 novembre 1944 – que nous avons demandé cette appellation.
Ensuite, l’inauguration d’une plaque commémorative sur le Blockhaus de la Mort, situé sur la berge du Rhin. Le texte de cette plaque explique le motif de notre demande : « Les volontaires de la Brigade du Languedoc/80e RI, qui ont monté la garde au Rhin de décembre 1944 à avril 1945, ont appelé cet avant-poste » Le Blockhaus de la Mort » car plusieurs de leurs camarades ont été tués à proximité en janvier 1945.
« Passant souviens-toi. »
Ces deux cérémonies ont été particulièrement émouvantes pour la cinquantaine d’Anciens de notre Brigade qui étaient présents.
C’est avec beaucoup d’émotion qu’ils ont ressenti la sympathie que monsieur Flad, maire de Village-Neuf entouré du député-maire de Saint-Louis, du président du District (qui est aussi le maire de Hésingue) et du maire de Huningue, leur témoignait.
Entouré de messieurs les maires-adjoints, des conseillers municipaux, des membres des Associations patriotiques et de nombreux habitants, monsieur le maire a rendu un vibrant hommage à l’action de notre Brigade et à nos morts qui sont tombés pour la libération de Village-Neuf et au cours des combats qui ont suivi.
La réception qui a suivi nous a permis de les approcher et de leur dire toute la joie que nous tous éprouvions. [André SOUYRIS-ROLLAND, directeur du Bulletin d’information de l’Amicale, dernier n° paru : 12, décembre 2000]
[9] Livres en Hérault et Aveyron
Henri Aragon, Marie-Rose Aragon, Jeanne Azèma, Marie- Laure Roman : La Buèges. Chroniques d’une Vallée. Foyer Rural de la vallée de la Buèges (1997, 366 p., ill.). – Le Club Histoire et Archéologie du Foyer rural, au prix d’une longue période de patience et de persévérance, comme le rappelle si justement Louis Secondy dans sa préface, présente une fresque de cette belle vallée « qui se déroule au long des temps historiques, tout en s’enracinant dans un passé plus lointain, grâce aux données de l’archéologie et de l’onomastique ». Les chapitres agréablement présentés et aérés, allient documents d’archives et commentaires précis et sobres, lisibles pour tous. Un tel travail nous fait découvrir une histoire locale, riche et passionnante, conduite intelligemment qui fera comprendre toute la densité humaine et sociale de la vie rurale.
Louis Secondy (sous la direction de) : Le livre des habitants du lieu de Murviel, Murviel-lès-Montpellier, 1997, 146 p., plans, ill., cartes. – Des cabanes en pierre sèche des premiers hommes des garrigues au village typé de la banlieue montpelliéraine, campé sur les flancs pentus de sa rude colline…
Les auteurs, tous spécialistes bien connus (J.-C. Richard, F. Favory, X. Azéma, P. Devèze…) se sont efforcés de montrer l’originalité de Murviel, dont l’histoire s’enracine dans le bel oppidum, du temps de la Pax Romana… Une monographie exemplaire et bien menée.
Sylvie L’Hostis : Ganges, la Vis, le Causse de Blandas, Espace Sud Éditions, juin 1997, 183 p., plan, ill., cartes. – Un coup de cœur d’une Bretonne dynamique, fascinée par les pays des garrigues, Sylvie L’Hostis entraîne son lecteur au fil des sites, en alliant agréablement photographies et commentaires bien fournis. L’auteur a voulu appréhender dans sa totalité un pays, pas seulement à travers l’histoire des hommes et des pierres. La roche, l’animal et la fleur embellissent aussi les randonnées dans ces lumineuses et attachantes terres.
Annales de l’Université Populaire du Sud-Aveyron. T. 9, Millau, 2000, 295 p., ill., cartes. – Publication des textes des conférences millavoises des années 1993-1994. Le lecteur héraultais retiendra l’article-hommage de Jean Delmas au chanoine Hermet, « historien et ethnologue », qui fut longtemps curé de L’Hospitalet-du-Larzac, domaine du prieuré de Cassan, avant la Révolution. Hermet a été l’auteur d’une somme exemplaire sur la Graufesenque, inégalée encore à ce jour.
André Fages : Cazelles et pierre sèche. Les Adralhans, coll. Passion des Causses, Millau, 2000 (294 p., plans, ill., cartes). – Poursuivant les recherches sur le petit patrimoine bâti, André Fages nous offre une belle recension des ouvrages en pierre sèche des Grands Causses. Le Larzac héraultais, les causses de Campestre et de Blandas figurent en bonne place. Les photographies séduisent par leur caractère pédagogique et enrichissent l’inventaire.
Pierre Clerc : Notes pour un dictionnaire de Biographie héraultaise. Anciens diocèses de Montpellier, Maguelone, Béziers, Agde, Lodève et Saint-Pons. Avec la collaboration de G. Barral, M. Barral + P. Burlats-Brun, L. Dulieu, J.-B. Elzière. Version 1999, 964 p., biblio et glossaire. – Les notices biographiques ont été rédigées pour fournir aux lecteurs indications et repères bibliographiques.
Vaste entreprise collective à l’initiative du réputé libraire montpelliérain, un trésor d’érudition qui a l’avantage de laisser ouverte la recherche et de donner le champ libre aux spécialistes de tel ou tel sujet pour les ajouts et compléments éventuels.
L’édition 2000 s’avère tout aussi prometteuse avec 1 216 p., une bibliographie de plus de 250 titres et un glossaire très précieux. [J. FRAYSSENGE]
[10] Aux origines de la coopération vigneronne
Maraussan célébrera, en décembre 2001, le centenaire de sa cave coopérative. Gardiens de mémoire, les historiens seront là pour commémorer un événement élevé par les vignerons languedociens au rang d’acte fédérateur.
Les faits sont connus aux veilles de Noël 1901, « les Vignerons Libres » s’associent à Maraussan dans le but de vendre en commun les vins qu’ils ont élaborés individuellement dans leurs caves. « Les Petits Vignerons » ont donné le ton à Mudaison, deux mois auparavant, et d’autres expériences suivront dans le département de l’Hérault : Maureilhan et Ramejan en 1903, Puisserguier en 1904, en tête d’une longue liste étalée sur plus d’un demi-siècle.
Le vignoble languedocien et roussillonnais traverse alors une série de crises de mévente ; la liberté syndicale acquise en 1884 incite à chercher la force de lutter et l’espoir de persévérer dans l’union. Si chacun sait que l’individualisme triomphe aisément au temps de la prospérité, il n’est pas toujours aisé d’appréhender la diversité de l’organisation syndicale. Au « syndicat-luttes des classes », réputés révolutionnaires, les agriculteurs ont privilégié, dans leur élan associatif, le « syndicat-boutique ». Celui-ci répond à deux exigences : d’une part, limiter la marge bénéficiaire des fournisseurs de produits de culture en regroupant les achats ; d’autre part, rapprocher producteurs et consommateurs en regroupant les offres de vente.
Les expériences associatives ont pu varier selon les produits (lait, vin…) et selon les régions. Les notables conservateurs, membres de la Société des Agriculteurs de France, ont coordonné les réseaux associatifs de l’Ouest. Les républicains, considérés comme « progressistes », ont œuvré en cheville avec la Société Nationale d’Encouragement à l’Agriculture, notamment en bordure du Massif central. Les socialistes se sont implantés dans le vignoble méridional, ponctué d’initiatives et d’influences diverses.
Dès 1886, les syndicats viticoles mettent en vente, à Perpignan, les vins de leurs membres. Quatre ans plus tard, le Syndicat des Pyrénées-Orientales organise la « Bourse des Vins de Perpignan », promise à moins de succès que la « Bourse aux Vins de Colmar », sa cadette de quelques années. Au congrès de Montpellier, le 11 août 1901, les syndicats ayant pour objet la vente des vins décident de fixer un prix minimum pour les transactions ; il s’agit d’aider les producteurs à ne pas céder aux exigences du négoce, tout en luttant contre l’avilissement des prix en période de marasme.
Tandis que producteurs conservateurs ou modérés tentent d’organiser le marché viticole régional, le bardant de défenses syndicales, Elie Cathala, limonadier à Béziers et militant social, exécute son projet : mettre en relation les « Vignerons Libres de Maraussan » et les coopératives ouvrières de consommation situées dans les banlieues parisiennes et septentrionales. L’idée fait mouche : en amont, regrouper les vignerons en coopératives de vente ; en aval, approvisionner directement en vin les consommateurs regroupés en coopératives ouvrières.
Le succès est immédiat : expédié en wagons-foudres, le vin est entreposé à Charenton d’où il alimente, sans relâche, les réseaux distributeurs. Lorsque Jean Jaurès vient, au printemps 1905, inaugurer le chantier de la future cave de Maraussan destinée à remplacer le local de fortune sommairement aménagé jusqu’alors, il exalte « le vin de la révolution sociale ». Le mouvement coopératif s’ancre symboliquement dans le Midi rouge alors qu’échoue, la même année, la tentative des Maraussannais conservateurs de fonder à leur tour une cave commune.
Les débats idéologiques ne sont pas clos pour autant. Les théoriciens du socialisme agraire, déniant au coopératisme tout rôle émancipateur, refusent de faire l’éloge des « associationnistes ». Ceux-ci n’en continuent pas moins à fonder leur défense sur la conviction que seule l’union fait la force.
Les générations successives de caves coopératives, attentives à transmettre le flambeau de leur légitimité économique et sociale, ont traversé bien des turbulences ; la réussite de leurs adaptations multiples est à mettre au compte de leurs membres les plus actifs, les engagements idéologiques de la première heure ayant eu l’éphémère durée d’une Belle Époque tourmentée… La construction coopérative sortie de sa chrysalide contribue, en cette levée du troisième millénaire, à faire la gloire de Maraussan. Et d’ailleurs. [G. GAVIGNAUD-FONTAINE]
[11] La Résistance au coup d'État du 2 décembre 1851
La résistance au coup d’État du 2 décembre 1851 a été très importante dans l’Hérault. Le nombre de victimes de la répression, tués, exécutés, déportés, atteste de la vigueur de cette résistance et de son caractère à la fois républicain, paysan et ouvrier. A Béziers, Pézenas, Capestang, Saint-Thibéry, Bédarieux, Prémian, Riols…, la résistance et la répression ont été massives. Il en fut ainsi dans beaucoup de villages de l’Hérault. Il y a là une mémoire à réveiller, mais une mémoire qui va de l’avant : car ces femmes et ces hommes de 1851 ont porté des actes et des valeurs concernant la république, la république sociale, la citoyenneté… Travailler aujourd’hui sur ces événements, c’est faire acte de modernité et situer certaines des racines les plus importantes des démarches de progrès que nous cherchons.
Depuis trois ans, l’association 1851-2001 agit intensément dans ce sens. Elle a réalisé de fortes initiatives, colloques, rencontres, travaux, en Provence surtout, mais aussi sur le plan national. Un tel effort rencontre le travail réalisé par des universitaires et chercheurs, par exemple le colloque de 1998 à l’Université Paul Valéry de Montpellier ou les rencontres et éditions réalisées autour de Charles Renouvier. Par ailleurs, des groupes dans des villages, ainsi à Neffiès, cherchent et agissent. Des dossiers de rénovation des stèles de Roujan, Neffiès, Riols, ont été déposés auprès du Conseil général de l’Hérault. D’autres initiatives sont en cours, nous nous excusons de ne pas toutes les citer.
Sur ces bases, un groupe s’est réuni à Pézenas le 5 mai avec l’objectif de prolonger dans le département l’action de l’association 1851-2001. Il s’est donné comme but :
1) De préciser, avec le concours des chercheurs, les faits de la résistance et de la répression. Lecteurs, communiquez- nous tout ce qui vous semble intéressant.
2) De stimuler l’action autonome de groupes, associations, municipalités, individus.., prenant ici et là des initiatives diverses : recherches locales, appel aux descendants des déportés et victimes, conférences…
Il pourra aider les bonnes volontés en coordonnant, en donnant le contact avec des historiens ou écrivains, en appuyant les interventions auprès des pouvoirs publics, en indiquant des sources, en répercutant les initiatives notamment par l’intermédiaire du bulletin de l’association 1851-2001… Il proposera de grandes rencontres en 2001 permettant de donner à la commémoration toute l’ampleur nécessaire : ainsi, journée des Mées le 7 octobre, rencontre de Manosque le 18 novembre…
Contacts : J. Bonnet, La Barrière, 34390 Colombières-sur-Orb. Tél. 04.67.95.2 1.14. E-mail jacques.bonnet4@libertysurf.fr. [J. BONNET]
[12] Une thèse et histoire sur les réformes monastiques de Louis le Pieux et sur le rôle de Saint-Benoît-d'Aniane
Issue d’une discussion en Allemagne sur les réformes monastiques sous Louis le Pieux et sur le rôle de Benoît d’Aniane, cette thèse de doctorat d’histoire, présentée en juillet 1999 et soutenue en janvier 2000, a pour but d’établir la teneur énonciative et la valeur historique de trois sources principales pour l’histoire de Benoît et de son monastère. Le choix des sources signifie de chercher un accès aux réformes par l’histoire et par la tradition manuscrite du monastère d’Aniane. Le compte-rendu suivant se restreint au fil conducteur et aux résultats d’un intérêt plus général de ce travail. Les résultats spécifiques concernant certains monastères du Languedoc et diverses questions de la Septimanie carolingienne (Aniane, Gellone, Caunes, Goudargues, Bellecelle de Castres, Uzès ; importance politique, religieuse et architecturale d’Aniane) sont ici mis de côté; il est envisagé de publier ces recherches spéciales ultérieurement dans plusieurs articles en français, entre autres dans les Études Héraultaises.
La Vita Benedicti Anianensis d’Ardon (VBA) est une première source pour l’histoire de Benoît et des réformes. Malgré quelques réserves prononcées dans le passé contre certains passages, aucune étude critique de l’œuvre sur base de la tradition manuscrite et de l’intérêt de son auteur n’a été entreprise jusqu’à présent. Mis à part les transcriptions du XVIIe siècle, qui relèvent toutes de la tradition du monastère d’Aniane, le seul manuscrit complet se présente comme une introduction au cartulaire d’Aniane. Les traces apparentes d’une utilisation politique du texte pendant le Moyen Age central nécessitaient une analyse de la situation historique du monastère dans la deuxième moitié du XIe et au XIIe siècle, ainsi que du cartulaire à l’égard de la date de son commencement et des phases d’inscription postérieures. Ces recherches conduisent à une vue partiellement nouvelle des querelles d’Aniane avec La Chaise-Dieu et Gellone (Saint-Guilhem-le-Désert). Elles font aussi voir sous un jour un peu plus clair les activités falsificatrices, historiographiques et légendaires au monastère de Benoît. Le texte de la Vita, inscrit au cartulaire peu après 1130, a subi des altérations à deux reprises. Pendant le haut Moyen Age encore, l’appendice des lettres a été augmenté. Vers 1100, l’énoncé des chapitres 17-18 et celui du chapitre sur la conversion de Guillaume de Toulouse furent modifiés d’une manière très subtile, une charte de Charlemagne fut interpolée. Néanmoins, la teneur originale de ces passages peut être reconstruite.
La lecture intégrale de la VBA permet de constater qu’Ardon n’a pas seulement écrit la biographie de l’ancien abbé vénéré, mais aussi une justification politique de Benoît. La comparaison des informations d’Ardon avec ce que l’on peut apprendre d’autres sources sur l’histoire de certaines communautés du royaume d’Aquitaine, se révèle comme très instructive. De nouveaux résultats pour l’histoire primitive de quelques-uns de ces établissements sont possibles (Aniane, Bellecelle de Castres, Caunes, Saint-Savin-sur-Gartempe, Micy). Mais avant tout, on comprend dans quelle mesure l’auteur a sélectionné les données historiques qu’il fait connaître d’après son intérêt de présenter Benoît. La mise en parallèle avec Benoît de Nursie en est seulement un de plusieurs aspects. L’étude de la Vita et de textes complémentaires montre que l’analyse historique doit aussi tenir compte des considérations et des convictions politiques comme mobiles d’actions de la part de Benoît. A cet égard, le récit d’Ardon sur la conversion de son héros est assez significatif : la rupture dans la carrière de l’aristocrate Witiza ne semble pas seulement causée par une grande émotion religieuse, incontestable d’ailleurs, mais elle apparaît aussi comme une conséquence politique de la lutte pour le pouvoir entre Charlemagne et Carloman et de la mort subite du dernier. Des conclusions comparables à celles concernant Benoît, qui n’était jamais prêtre, s’imposent pour le développement du paysage monastique en Aquitaine : une optique visant surtout aux besoins d’un renouveau spirituel de la vie commune néglige nécessairement d’autres circonstances d’importance. De plus, la question de savoir si Benoît en Aquitaine comme dans l’Empire avait ou non un officium formel, et si cet office à supporter qu’il existât ne comprenait pas plus de ressorts que l’introduction de la règle bénédictine seulement, n’est pas encore tranchée. Ardon comme peut-être la Notitia de servitio monasteriorum le laissent supposer.
La Notitia qui comprend plus de 80 monastères de l’empire franc, groupés en trois classes selon leur obligation de servir le roi par dona et militia, par dona sine militia ou par orationes seulement, intéresse l’histoire constitutionnelle aussi bien que celle de la réforme monastique. Cette source est considérée comme une partie constituante de la législation d’Aix-la-Chapelle de 817-819. D’après l’interprétation généralement admise, l’empereur aurait stipulé, par un privilège collectif, l’étendue du service pour l’empire des monastères réformés et vivants sous un abbé régulier, en les classant parmi une des trois catégories. Mais cette interprétation ainsi que le texte lui-même laissent toujours des questions en suspens et révèlent même des contradictions. Eu égard aux nombreux efforts déjà entrepris pour comprendre cohéremment ce texte, une étude nouvelle devait sembler vaine si elle ne prenait en considération les problèmes autour du Chronicon Moissiacense (CM), de provenance inconnue, et de l’Anianense (CA : désigné en français « Annales d’Aniane »). En effet, une chronique de Saint-Gilles (CG), éditée au XVIIIe siècle et comprenant la Notitia, offre beaucoup de concordances, soit avec le CM, soit avec le CA. Sur base d’une édition synoptique des seuls manuscrits du CA et du CM il est devenu possible de retracer la voie de transmission d’un manuscrit perdu pendant le Moyen Age Aniane, Gellone (Saint-Gilles), Uzès.
Pour la plupart des chercheurs, le CA passe pour une version tardive et moins fiable du CM. Indépendants l’un de l’autre, ces textes relèvent en réalité d’un ouvrage annalistique perdu du début du IXe siècle provenant du monastère d’Aniane (Annales Anianenses AA). Des AA dépendent cinq textes historiographiques du Languedoc : 1) Dans la deuxième moitié du IXe ou au Xe siècle, un moine d’Aniane composa une Historia Karoli gloriosi (HKG), pour laquelle il utilisa les AA, la Vita Karoli d’Eginhard peut-être à partir d’un des tout premiers exemplaires, les Annales Mettenses priores et d’autres sources des archives de son monastère. Cette HKG méconnue se cache comme couche antérieure derrière le CA. 2) Moyennant des interpolations légendaires et l’adjonction d’un appendice comprenant des extraits de la VBA tendancieusement modifiés, la HKG fut transformée vers le milieu du XIIe siècle en une compilation idéologique sur l’excellence de l’histoire d’Aniane (CA). Elle fait connaître des éléments distincts ainsi que la genèse de la légende de Charlemagne anianais. De plus, en combinaison avec d’autres textes d’Aniane, elle démontre qu’on possédait au monastère de Benoît un exemplaire des actes du 6e concile de Constantinople (681), dont on a désaffecté les listes d’évêques pour établir un catalogue fictif des participants à la fausse dédicace d’Aniane. 3) A partir du IIe siècle, les AA étaient disponibles au monastère voisin de Gellone. Ici sans doute ou au prieuré de Sauve fut écrit, peu avant 1071, pour le monastère de Psalmodi le manuscrit latin 4886 de la Bibliothèque Nationale comprenant le soi-disant Moissiacense comme transcription partielle des AA. 4) La CG joint la Notitia aux extraits des notices annalistiques 813-817 des AA. Le responsable pour cette compilation – il s’agit d’un faux historiographique – était au printemps 1324 Raymond de Sérignac, qui, venant de Saint-Guilhem, devint alors abbé de Saint-Gilles. 5) Aux archives de la cathédrale d’Uzès, les AA apparaissent une dernière fois. Sous le nom de Chronique d’Uzès sont connues quelques notices relatives à l’histoire carolingienne du Languedoc, que leur scribe a trouvées au plus tôt vers 1500 auxdites archives. Pour la plus grande partie, ces notices ne représentent que des extraits tirés du texte et des gloses marginales des AA.
Tandis que les témoins postérieurs des AA ne reflètent que des intérêts locaux, les AA elles-mêmes devaient avoir contenu sous forme de gloses marginales un grand nombre d’informations concernant l’histoire carolingienne de la Septimanie. On peut supposer avec raison que c’est Benoît qui a donné lieu à la gestion des annales dans son monastère et que c’est lui qui a procuré les textes chronistiques et annalistiques provenant du Nord qui constituaient la base des AA pour les temps antérieurs.
La connaissance des relations entre les descendants des AA a facilité l’étude de la Notitia, qui montre jusqu’au XIVe siècle la même voie de transmission que les AA. Lors de son transfert du siège abbatial de Saint-Guilhem à celui de Saint-Gilles, Raymond de Sérignac fut confronté à un litige pendant entre sa nouvelle abbaye et le sénéchal de Nîmes, concernant l’obligation de l’abbé de prêter hommage et fidélité au roi. Comme preuve historique rapportant une législation constitutionnelle de Louis le Pieux, Raymond fit présenter sa CG à Nîmes pour prouver qu’il ne devait rien au roi nisi orationem. De ce contexte historique relève toute la tradition manuscrite de la Notitia. La critique, qui ne peut plus déterminer en tous ses détails l’action falsificatrice de Raymond, établit qu’il n’existe pas d’indice textuel qui permettrait d’affirmer que la composition des différentes listes de noms de monastères ait été modifié depuis l’âge carolingien, à l’exception du rattachement d’une liste de monastères du royaume d’Aquitaine à la catégorie la plus privilégiée et, bien entendu, de l’adjonction du nom de Saint-Gilles à celle-ci. Au IXe siècle, des listes de monastères ont été en effet composé à l’égard des dons et de la milice. Mais il ne s’agissait pas d’un texte avec force de loi d’un capitulaire promulgué ou d’un privilège impérial. Les listes de la Notitia nous ont plutôt conservé un témoin de l’écriture pragmatique à la cour de Louis le Pieux, révélateur à la fois de la « Klosterpolitik » impériale, de la préparation et de la réalisation du renouvellement des privilèges à partir de 814 et du rôle de Benoît à la cour. Pour plusieurs des questions spéciales discutées à propos de la Notitia, de nouvelles réponses sont proposées, dont quelques-unes restent sous la réserve de la tradition altérée.
Parmi les résultats de cette thèse, deux aspects d’un intérêt plus général sont accentués. Le rôle qu’a joué Benoît pour la transmission de règles monastiques anciennes est connu. Les quelques restes de la tradition manuscrite d’Aniane, y compris la VBA, et les conclusions qu’une analyse détaillée peut en tirer, mettent en évidence une importance considérable du monastère d’Aniane aussi pour la transmission d’autres textes des premiers temps carolingiens. Complétant et confirmant les informations d’Ardon, les textes étudiés font voir dans quelle mesure Aniane fut intégré dans les structures de communication et d’échange culturel ainsi que personnel de l’empire franc ; l’apport spécifique d’Aniane à l’histoire carolingienne se précise. Les résultats concernant Benoît et les réformes montrent qu’on ne devrait pas surestimer les mobiles spirituels et réformateurs dans un tissu de conditions différentes. La fonction politique de l’activité de Benoît et du renouveau monastique pour la consolidation du pouvoir carolingien en Aquitaine et pour la renovatio regni Francorum de Louis le Pieux est mise en relief. L’interprétation politique de certains aspects de la vie et des activités de Benoît ne signifie quand même pas qu’on pourrait négliger l’importance de son identité de moine. Mais peut-être doit-on comprendre sa vita post conversionem aussi comme nouveau projet de vie d’un aristocrate pieux et ambitieux qui, après la grande rupture de sa vie, essaya de regagner un champ d’activité conforme à sa naissance et comparable aux perspectives promettrices de Witiza avant 771. Dans le mouvement romain et bénédictin déjà existant, Witiza l’a trouvé et, s’appelant dès lors Benoît, il a réussi. [Walter KETTEMANN]
Walter KEUEMANN, Subsidia Anianensia. Uberlieferungs-und textgeschichtliche Untersuchungen zur Geschtche Winza Benedikts, seine Klosters Aniane und zur sogenannten « anianischen Reform ». Mit kommentierten Editionen der, Vita Benedicti Anianensis, Notitia de servitio monasteriorum, des Chronicon Moissiacense/Anianense sowie zweier Likaltraditionen aus Aniane. Université de Duisbourg, Allemagne, 1999.
[13] Raoul Joseph Lambert (18 mars 1914-16 mai 1969)
Andrée et Henri Lambert, les enfants du peintre montpelliérain contemporain Raoul Lambert s’attachent à constituer le catalogue de l’artiste et seraient reconnaissants à toutes les personnes qui posséderaient des œuvres de bien vouloir prendre contact avec eux (A. Lambert, tél. : 01.47.06.72.92 et H. Lambert, tél. 04.67.02.24.39). Pour compléter le catalogue et le site Internet :http: //andree.ifrance.com et http://perso.wanadoo.fr/s.tremblay. [J.-Cl. RICHARD]
[14] Catharisme et cathares
Le département voisin de l’Aude est très fortement engagé sur le thème du catharisme puisqu’il se présente, aujourd’hui, dans une large communication comme le « Pays cathare ». On sait que l’Hérault, du moins dans sa partie occidentale (le « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens » attribué au légat Arnaud Amaury, à Béziers, est tristement connu !), a été directement mêlé aux événements concernant cette « hérésie ».
Pour autant, même si, depuis longtemps déjà, les écrits et les discours conduisent à des exagérations en contradiction avec la réalité historique, il convient de saluer la récente publication d’un ouvrage de synthèse, sous la direction de Jacques Berlioz (Le Pays cathare, les religions médiévales et leurs expressions méridionales, Paris, Seuil, 2000, collection Histoire n° 279, 319 p.) qui remet, en quelque sorte, les pendules à l’heure, sous une forme claire, précise et parfaitement au point sur l’ensemble de l’historiographie. On le savait, mais il convient d’y insister avec tous les auteurs de ce volume, on ne saurait parler du catharisme sans son contexte politique, social et culturel qui permet réellement d’aboutir à la sérénité historique. [J.-Cl. RICHARD]
[15] Les Platter toujours bienvenus...
On doit à Emmanuel Le Roy Ladurie une magistrale étude sur les Platter qui ont permis d’intituler les ouvrages sous le titre générique de Le siècle des Platter (1498-1628), où l’on voit Thomas, Félix, Thomas II, depuis la Suisse, entreprendre des voyages et de longs séjours dont ils ont laissé les comptes-rendus, dans un seizième siècle qui a fortement marqué l’Hérault et le Bas-Languedoc. Ces deux volumes (I, Le mendiant et le professeur, Paris, Fayard, 1995, 529 p., et II, Le voyage de Thomas Platter, 1595-1599, Paris, Fayard, 2000, 703 p., avec la collaboration de F.-D. Liechtenham pour la traduction en français) constituent, à la fois, un guide de voyages pour nos régions mais aussi une extraordinaire source historique à laquelle E. Le Roy Ladurie apporte, par ses notes et commentaires, un supplément du meilleur des spécialistes de la société méridionale à l’époque moderne. [J.-Cl. RICHARD]
[16] L'érudition mauriste à Saint-Germain-des-Prés
C’est sous ce titre que Pierre Gasnault a réuni quatorze articles déjà publiés et trois nouveaux (Paris, 1999, Institut d’Études Augustiniennes, 334 p.) et signalé ses autres travaux, non repris ici. On sait tout ce que l’érudition mauriste a apporté à l’histoire nationale et, bien entendu, à l’histoire des monastères de la Congrégation de Saint-Maur (Aniane, Saint-Chinian, Saint-Guilhem-le-Désert, Saint-Thibéry et Villemagne-l’Argentière, dans l’Hérault d’où est issu le célèbre supérieur général Dom Grégoire Tarisse, originaire de Pierrerue). L’intérêt de la Congrégation pour les « études » s’est manifesté en permettant à un certain nombre de moines de pouvoir se consacrer, presque exclusivement, à la recherche historique. Que serait l’histoire du Languedoc, par exemple, sans l’œuvre de Dom de Vic, Dom Vaissette et leurs collaborateurs !
Pierre Gasnault insiste, à juste titre, sur l’importance des correspondances qui sont conservées en France et à l’étranger et apportent des renseignements et des témoignages de première main sur des manuscrits, des sources, des événements, disparus ou occultés, depuis l’époque classique.
Les nombreuses études récemment publiées et en cours sur les mauristes répondent au souhait de Pierre Gasnault de voir encore mieux explorés, publiés et expliqués les immenses travaux conduits aux XVIIe et XVIIIe siècles par une pléiade de bénédictins qui ne pouvaient savoir, alors, quelle place ils tiendraient dans la recherche historique contemporaine. [J.-Cl. RICHARD]
[17] Nouvelle revue d'onomastique
Avec la plus grande régularité, la Nouvelle Revue d’Onomastique paraît en conjuguant des dossiers thématiques et des articles courants. Dans les derniers volumes publiés depuis 1995, on signalera les études sur les domaines romans et slaves (nos 25-28, 1996), romans, basques et littéraires (nos 29-30, 1997), romans, berbères et toponymie des limites (nos 31-32, 1998), romans, grecs et voies de communication (nos 33-34, 1999) et méthodologie et approches pluridisciplinaires (nos 35-36, 2000). Bibliographies et comptes-rendus apportent une moisson d’informations de grand intérêt. Une revue qui doit figurer dans toutes les bonnes bibliothèques et une assurance, pour les historiens, pour une discipline tout à fait « auxiliaire de l’histoire ». [J.-Cl. RICHARD]
[19] 1848, 1851 et le cent cinquantième anniversaire de la 2e République et de la Résistance au coup d'Etat du 2 décembre 1851
On ne peut pas dire que cet anniversaire a été marqué, dans notre région comme ailleurs, par de grands événements si bien que des historiens se sont interrogés sur ce silence relatif (L. Hincker, Au bonheur d’une commémoration discrète ? A propos du 150e anniversaire de la Révolution de 1848 en France, Cahiers d’Histoire, revue d’histoire critique, 72, 1998, p. 125-133). C’est avec d’autant plus d’intérêt que nous lirons trois ouvrages récents qui tournent autour de ces événements historiques. Voilà les Actes des journées d’Étude de 1997 à Château-Arnoux et de 1998 à Toulon (Gap, 2000, édition de l’Association des Mées pour cet anniversaire, 240 p.) sous le titre : Provence 1851, une insurrection pour la République, les Actes d’un colloque de l’Université de Montpellier III (18-19 septembre 1998), édités en 1999 sous le titre : De la Révolution au coup d’État (1848-1851) : les répercussions des événements parisiens entre Alpes et Pyrénées (Montpellier, 1999, 274 p.) et un colloque – accompagné d’une exposition avec Catalogue – tenu à Carcassonne en 1998 (6 et 7 novembre) sur Armand Barbès et les hommes de 1848 (Carcassonne, 1999, 271 p.), trois ouvrages de qualité et qui constituent une excellente mise à jour (avec d’importantes bibliographies) par les meilleurs des spécialistes, conduits par Maurice Agulhon.
Ceci nous vaut l’occasion de rappeler qu’il existe dans l’Hérault une section de l’Association provençale des Mées, animée par le professeur J. Bonnet (34390 Colombières-sur-Orb), qui organise des rencontres régulières afin de favoriser l’étude de cette période et, en particulier, des familles des 3 000 personnes qui, dans l’Hérault, ont été poursuivies devant les tribunaux et dont un grand nombre furent emprisonnées, exilées ou déportées outre-mer. Ceci peut être l’occasion d’étudier de façon très précise, par commune, les personnes concernées et l’histoire politique au niveau communal ou cantonal. C’est aussi la possibilité – on en a des exemples – de voir des archives et documents familiaux inédits sortir des armoires avec, dans certains cas, des journaux ou mémoires rédigés par les condamnés et dont certains ont été publiés, il y a quelques années. Tout ceci permettra de réaliser une synthèse en conjuguant les documents locaux, départementaux et nationaux : on voit déjà, sur les cartes, des zones où la « résistance » a été particulièrement forte et où se mettent en place des espaces « républicains » qui, de cette époque à aujourd’hui, ont eu l’occasion de se manifester dans des circonstances, parfois, aussi difficiles que celles des années 1851-1852. [J.-Cl. RICHARD]
[20] Moulins et meuniers : des techniques, des sociétés
Claude Rivals vient de donner, en deux volumes magnifiques, la synthèse des recherches qu’il conduit avec ténacité et affection pour le monde de la meunerie et des meuniers (Le Moulin et le Meunier ; I, Une technique, un métier ; II, Une symbolique sociale, Toulouse, Empreinte édition, 2000, 2 volumes richement illustrés, noir et couleurs, dans une reliure et un emboîtage éditeur : 498 F).
En 500 pages, il présente les divers types de moulins, leurs constructions, les statuts, les évolutions et consacre tout son second volume – car Claude Rivals est d’abord sociologue et ethnologue – à la société meunière et à tout ce qui « tourne », dit et non-dit, autour d’un milieu qui alimente fortement l’imaginaire.
L’illustration est très fournie et permet réellement de découvrir tous les aspects du sujet car elle est empruntée non seulement aux constructions elles-mêmes mais à une iconographie qui va des manuscrits aux cartes postales et photographies de famille. Pour l’Hérault, qui dispose d’un patrimoine moulinier considérable, l’ouvrage de Claude Rivals est indispensable non seulement à ceux qui consacrent de nombreuses recherches à ce sujet mais aussi à un large public qui découvrira la vie, le rôle et les dimensions d’un moyen de production matériel et imaginaire dont, aujourd’hui, il est difficile d’apprécier l’importance qu’il a eu durant des siècles.
Avec Jacques Le Goff, qui signe la Préface, on peut dire qu’il s’agit bien avec ce dernier ouvrage de Claude Rivals d’une « somme inspirée, d’un chef-d’œuvre dans tous les sens du terme, œuvre de labeur, de savoir, d’art… et d’amour ». [J.-Cl. RICHARD]
[18] Taureaux et... corridas...
Entre le taureau qui tient une place prépondérante dans l’histoire et les représentations des civilisations les plus anciennes et l’animal qui occupe l’espace fermé des arènes, existe-t-il une continuité ou ce dernier rôle n’est-il que le symbole de civilisations finissantes avec la prédominance du spectacle et de la cruauté gratuite… Voilà une question qui soulève de nombreuses polémiques et qui possède, de part et d’autre, ses « champions ». Sur le plan historique et symbolique, on signalera l’ouvrage de T. Lafranchis (Le Taureau, Puiseaux, 1993, 164, Bibliothèque des Symboles) qui permet de retrouver la plupart des études classiques et, pour les opposants à la corrida, le récent volume de Cl. Starozinski (La mort donnée en spectacle ou petit manuel d l’usage des anti-corridas, Nîmes, 1998, 143 p.) qui a fondé une association pour la suppression des corridas. Le débat n’a pas cessé et a connu, récemment, un regain en relation avec les limites données, localement, aux courses libres et « abrivados ». Les points de vue sont si opposés qu’il est vain de croire à un rapprochement possible d’autant plus que les tenants des corridas en font l’un des aspects d’un art de vivre, d’une « civilisation », alors que les préoccupations de leurs adversaires leur semblent relever d’un raisonnement à courte vue et d’une méconnaissance de la réalité du terrain… [Jean de CLARIS]
