Notes brèves Informations 1981-3 Au Sommaire des Revues
Notes brèves Informations 1981-3 Au Sommaire des Revues
p. 52 à 54
Mélanges d’histoire contemporaine offerts au professeur Robert Laurent
Le Centre d’Histoire Contemporaine du Languedoc Méditerranéen et du Roussillon (Université Paul Valéry de Montpellier) présente en souscription un ouvrage de 300 pages environ, dont la parution est prévue pour la fin de 1981.
La Table des Matières comprend les éléments suivants : Hommage à Robert Laurent ; Comité d’Honneur ; Bibliographie des Travaux de R. Laurent ; Liste des Mémoires réalisés sous sa direction ; P. Barral, 1907 en Provence ; J. Bouvier, Sur les « clignotants » antérieurs à la crise dite de « 1974-1975 » en France ; G. Cholvy, L’économie de l’Hérault dans la première moitié du XIXe siècle ; A. Cosson, Le négociant nîmois au XIXe siècle – Les permanences d’une bourgeoisie traditionnelle A. Ducel, L’opposition libérale dans le Languedoc méditerranéen en 1820 ; G. Gavignaud, Quelques éléments du mode de fonctionnement de la société roussillonnaise ; J. Godechot, A propos de la déclaration des Droits de l’Homme de 1789 P. Guiral, La France pays importateur d’annélides à usage médical vers 1840 ; J. Le Coz, Société rurale et aménagement, le cas de la Vallée Française (Cévennes) Y. Maurin, Une tentative de dirigisme économique. L’introduction des mérinos en France (1786-1814) H. Michel, Une enquête fiscale à Montpellier au milieu du XVIIIe siècle : la vérification des biens bâtis soumis au 20e : R. Puech, Le livre des comptes d’un bourgeois-paysan des Corbières au milieu du XIXe siècle ; S. Savey, La propriété paysanne dans quelques communes du Gard. Un exemple pour la lutte du sol ; J. Sagnes, Viticulture et politique : Édouard Barthe 1882-1949 ; L. Secondy, Les Pignanais au XIXe siècle ; Liste des souscripteurs.
Le prix de souscription est de 82 F. franco. S’adresser au Centre d’Histoire Contemporaine du Languedoc méditerranéen et du Roussillon, Université P. Valéry, B.P. 5043 – 34032 Montpellier Cedex.
L’inscription grecque d’Agde
Les inscriptions grecques trouvées en « terre barbare » sont plutôt rares. Celle-ci pourrait être une des découvertes plus intéressantes faites sur le site d’Agde, malheureusement elle n’a pu être déchiffrée.
Elle fut découverte au fond d’un sondage pratiqué sous une rue bordant le Square de la Mairie. Sous la rue moderne, existent encore les restes pavés d’une rue romaine et des restes de maisons de même époque élevées au-dessus de murs de périodes antérieures, et enfin des murs en terre ou briques crues de période archaïque. Enceinte probable d’une de ces maisons à abside trouvées sur le site de Bessan – La Monédière et étudiées par M. Nickels 1. C’est parmi les couches de cendres, restes d’incendie de cette habitation, que fut trouvée notre inscription.
Cette inscription est gravée au stylet sur une mince lame de plomb de huit centimètres dans sa plus grande dimension. Elle avait été repliée plusieurs fois puis roulée en petit cylindre. D’où quelques difficultés pour la mise à plat et le raccordement des divers fragments.
Nous avions pensé d’abord qu’il s’agissait d’une de ces « tablettes d’envoûtement » ou d’imprécations dont on connaît d’assez nombreux exemplaires et que l’on déposait souvent près de tombeaux. Mais d’après Louis Robert qui l’examina le premier, il s’agirait d’une lettre privée, de document rare, même en Grèce, où trois seulement figurent au Musée d’Athènes 2.
Le texte est rédigé en caractères grecs ioniens du IVe s., lettres non cursives, sans intervalle entre les mots. Ce texte est mutilé et incomplet. Quelques mots sont lisibles comme Α Г Α ϴ Н, qui pourrait être le nom de la ville d’Agde mais aussi un simple adjectif, Δ Ι Χ Α Ι Ρ Ε Ι, С Κ Υ Τ Ε Υ. Il serait question dans cette lettre « de cuirs ou de cordonnier ». Mais ni Louis Robert ni M. Lejeune, qui examina plus tard le document, n’ont réussi à rétablir un texte cohérent.
C’est le laboratoire du Musée de Nancy qui fut chargé de la restauration de la pièce et en fit un montage avec inclusion sous plastique comme une belle orfèvrerie, assurant une parfaite protection. Mais si sa conservation est bien assurée dans le temps, elle a malheureusement disparu au Musée d’Agde depuis une dizaine d’années sans laisser de traces.
Peut-être, comme les monnaies retrouvées du Trésor de l’Étang de Banhas, figure-t-elle parmi les collections cachées de quelque antiquaire ou amateur d’antiquités.
Si un épigraphiste se chargeait aujourd’hui, après quelques décennies, d’étudier à nouveau notre inscription, le travail devrait se faire sur des photographies dont les négatifs ont disparu du Musée de Nancy.
Et peut-être faut-il encore espérer que des procédés de lecture toujours plus perfectionnés de semblables cryptogrammes, permettront de restituer quelques bribes de cette correspondance vieille de vingt-cinq siècles, d’un Grec agathois.
Signalons enfin qu’une inscription grecque analogue, sur feuille de plomb, se trouve au Musée d’Antibes et n’a pas encore été mieux déchiffrée.
Raymond ARIS.
Notes
Évolution urbaine et architecturale a Pézenas à l’époque moderne
(à propos de la thèse de Jean Nougaret).
Pézenas est une ville heureuse, dotée par les historiens d’une mémoire solide. Ville relais sur la route, ville de foires depuis le Moyen Age, elle eut son heure éblouissante à la fin du XVIe siècle, moment où les gouverneurs de Languedoc, les Montmorency, dominaient en la province et choisissaient Pézenas résidence. Leurs successeurs, des princes du sang, de la maison de Condé, résident eux aussi et accueillent les troupes de comédiens. Puis la ville sommeille paisiblement, réveillée chaque année par ses foires jusqu’à leur disparition au XIXe siècle, Pézenas est une ville de 6 à 10.000 habitants des origines à nos jours : le type même de la capitale d’un « pays », échelon intermédiaire entre bourg et la capitale provinciale. Mais Pézenas a gardé de son « heure éblouissante » un magnifique patrimoine architectural qui s’inscrit dans un espace urbain à peine remanié.
Comme toutes les villes de la période moderne, Pézenas est une « ville close » la clôture militaire, enceinte et portes, est en effet l’élément déterminant dans la définition d’une ville à cette époque ; on peut rappeler la définition donnée dans le dictionnaire de l’Académie : « La ville est un assemblage de maisons disposées par rues et fermée d’une clôture commune qui est ordinairement de murs et de fossés ». Pézenas a gardé dans son plan la marque de ses enceintes successives : la première, médiévale, renforcée au Nord par le château, disparaît à la fin du XVIe siècle, les fossés deviennent promenades publiques ou dalles ; la seconde « Montmorency », englobe un espace urbain double, voire triple, témoin de l’expansion de la ville à la fin du XVIe siècle.
L’auteur établit la répartition des édifices en grands ensembles fonctionnels et examine les espaces publics, les espaces religieux, les espaces commerciaux. Ces espaces s’établissent suivant un parcellaire une des intéressantes découvertes de l’auteur est celle du lien qui existe entre parcelle et surface parcellaire. Le plus souvent les parcelles sont définies par leur forme à Pézenas elles le sont par leur surface. Des parcelles de 8 cannes (mesure de surface valant 4,83 mètres) sont liées à un habitat populaire et leur groupement en zone confirme cette interprétation. Des parcelles de 8 à 20 cannes correspondent au monde du travail, combinant lieu de travail et lieu d’habitation. Les grandes parcelles enfin, résultat vraisemblable d’un long remembrement, sont occupées par la résidence aristocratique à partir de la fin du XVe siècle le nouveau Pézenas – celui de la fin du XVIe siècle – est au contraire établi sur un parcellement de forme régulière et de surface moins constante qu’en ville intra-muros : on retrouve les champs carrés spécifiques de l’agriculture méridionale. La ville, comme d’habitude, conquiert l’espace rural mais en conserve le découpage traditionnel.
L’ouvrage se poursuit par l’analyse des techniques de construction mises en œuvre par les corps de métiers et par l’étude des contrats et devis (les prix faits).
Puis viennent les études particulières consacrées à la demeure privée ; le plan est traditionnel et l’auteur rappelle la réalisation lyonnaise de la même époque il comprend une façade sur rue, un couloir faisant communiquer la rue et la cour intérieure, celle-ci étant souvent entourée de galeries. L’ensemble s’adosse à une maison de même plan orientée à l’opposé. Entre les divers niveaux il faut pouvoir circuler d’où l’importance donnée à l’escalier d’abord en tourelle sur rue, à vis, de 15 à 20 marches par volée, puis sur cour intérieure, à volées, droit au tournant, qui est la grande nouveauté du XVIIe siècle. La façade est « typiquement méridionale » : ou rez-de-chaussée, la porte d’entrée, quelquefois la boutique, un premier étage à 2 baies correspondant à la « salle haute » de réception et d’habitation, un deuxième étage à deux baies plus réduites cache les chambres, un troisième étage à 2 baies étroites. La façade évolue lentement et au XVIIIe siècle se développe en largeur et en hauteur. La fenêtre à l’italienne apparaît vers 1650 et avec elle disparaîssent les fenêtres à meneaux. Le balcon apparaît au premier étage un peu partout. La porte d’entrée est souvent le seul élément décoratif de cette façade sans décor, d’où le soin apporté à sa réalisation. La porte reçoit tout l’effort décoratif et par là témoigne des styles les premières portes du XVIe siècle sont caractérisées par des moulures complexes et des arcs brisés, déprimés ou en anse de panier. Les portes deviennent diverses au XVIIe siècle « siècle de la variété », avec des lyres à arc en plein cintre, à entablement, à fronton. Le « siècle de la simplicité », le XVIIIe siècle, marque un retour à la mouluration comme élément de décor, voire à la sculpture des clés.
L’auteur décrit ensuite « la maison des champs ». A partir du XVIe siècle, les familles riches, le plus souvent nobles, prennent l’habitude de vivre en un hôtel urbain durant l’hiver (distractions de la vie mondaine), et en une maison des champs durant l’été (loisirs champêtres, surveillance des travaux des tenanciers ou des fermiers). Appelées maison des champs, grange, château, métairie, « métairie en forme de château », ces habitations sont nombreuses. L’auteur en étudie une douzaine autour de la ville.
L’architecture religieuse est bien représentée à Pézenas. A l’époque médiévale existaient : l’église paroissiale, la commanderie du temple et le couvent des Cordeliers. L’église paroissiale est la chapelle de la Commanderie du temple peu à peu développée et embellie les Montmorency offrent, par exemple, une crucifixion de Rubens. Le 30 Janvier 1733, le clocher s’écroule et détruit une partie de la voûte de la nef. Jean Nougaret apporte de nouvelles précisions sur la reconstruction de l’église, finalement confiée à l’architecte méridional Franque. En 1746, la ville dispose de nouveau d’une église paroissiale desservie par un curé, des vicaires et un collège de 12 chanoines. Le couvent des Cordeliers bâti dans les faubourgs est détruit en 1576 afin de permettre la mise en défense de la place. La réfection des bâtiments paraît précoce et on inaugure un nouveau clocher dès 1605.
A partir de 1560-1570 naît la ville de la Contre-Réforme, celle des Montmorency, caractérisée principalement par l’installation des ordres religieux. Dans ce nouveau Pézenas ils occupent à peu près la moitié de la surface, ce Pézenas religieux se trouvant relié à la ville par la promenade du Quay, offerte aux Piscénois par Montmorency. Alors s’édifient les chapelles des pénitents blancs, des pénitents noirs, des pénitents bleus, des pénitents gris, les chapelles et couvents des Capucins, des Ursulines, les chapelles, couvents et collèges des Oratoriens, un peu plus tard, les écoles des Sœurs noires et les chapelles, couvents et hôpitaux des Dames hospitalières. Toutes ces églises ou chapelles comprennent le « mobilier » habituel des églises de Contre-Réforme : les autels, les retables, les confessionnaux, la chaire, le baptistère pour la confection desquels sont engagés des maîtres des métiers de peintre, menuisiers et sculpteurs venant de Pézenas (Fournier). de Béziers (Laguiolle), de Montpellier (Roux, Laporte, Grenier), de Toulouse (Maurin).
L’architecture publique consiste essentiellement en la maison consulaire, reconstruite de 1769 à 1771 sur l’emplacement de la « nouvelle » maison consulaire édifiée en 1552.
De l’architecture militaire de la ville il ne reste rien : le château a été détruit en 1632 sur ordre de Richelieu, la première enceinte a été détruite à la fin du XVIe siècle et, sur les fossés de l’ouest, est tracée la promenade du « Quay ». L’enceinte du début du XVIIe enserre un espace urbain triplé tout le XVIIe siècle, elle est soigneusement entretenue, car le Languedoc est directement exposé aux attaques espagnoles. Quand le Roussillon est rattaché à la couronne le danger s’éloigne et la ville laisse son enceinte devenir ruines.
Ce qui frappe dans cet ouvrage, c’est l’extraordinaire vitalité de Pézenas qui triple sa surface bâtie et enclose à la fin du XVIe siècle sous l’impulsion des Montmorency à une époque où Montpellier et Nîmes perdent d’importantes surfaces bâties dans les faubourgs et se renferment frileusement dans leurs murs. L’expansion piscénoise est peut-être aidée par la tenue de foires elle paraît, en tout cas, due aux gouverneurs du Languedoc de la Maison de Montmorency. Ce Pézenas de résidences urbaines et de résidences campagnardes, est aussi un Pézenas d’églises et de chapelles, de cloîtres, de collèges et d’hôpitaux. Le Pézenas des Montmorency est le Pézenas de la Contre-Réforme, dressée face à la réforme huguenote, qui domine à l’est vers Montpellier, Nîmes, la Vaunage et la Cévenne. Damville anima le parti des Politiques, mais resta un fervent catholique : n’est-il pas enterré chez les capucins du Grau d’Agde ?
Jean Nougaret conduit son étude en soulignant le caractère original d’une architecture essentiellement locale, à l’écart de grands courants artistiques. Bien sûr des « Traités d’architecture » sont connus, spécialement, comme dit l’auteur, « l’inévitable Serlio », mais ils servent de base d’inspiration aux artisans locaux à qui l’on doit ce monument intact du début du XVIIe siècle le Pézenas de Monsieur de Montmorency.
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