Notes brèves Informations 1980-2 Au Sommaire des Revues
Notes brèves Informations 1980-2 Au Sommaire des Revues
p. 37 à 47
Épaves antiques en Méditerranée
- A. TCHERNIA, P. POMEY et A. HESNARD, L’épave romaine de la Madrague de Giens (Var), Paris, éd. du C.N.R.S., 1978.
- D. COLLS, R. ETIENNE, R. LEQUEMENT, B. LIOU et F. MAYET, L’épave Port-Vendres II et le commerce de la Bétique à l’époque de Claude, Paris, éd. du C.N. R.S., 1977.
Voici, à quelques mois de distance, deux très intéressantes publications d’épaves romaines.
La première, dont Bernard Liou a coordonné la rédaction, présente le matériel trouvé dans l’épave « Port-Vendres II ». Cette épave est connue depuis 1972 : Dali Colls, qui explorait alors les fonds de la rade de Port-Vendres dans l’espoir d’y repérer des gisements antiques, découvrit dans l’avant-port Sud, au niveau de la redoute Béar, à quelque 35 m du bord et par 6 à 7 m de profondeur, des restes d’amphores que transportait le bateau. La fouille commença en 1973.
La seconde publication concerne l’épave de la Madrague de Giens. Découverte en 1967 par l’École de Plongée de la Marine Nationale dans la rade de l’Almanarre, une baie que la presqu’île de Giens forme à l’Ouest de son isthme, elle était distante d’à peu près 350 m de la côte Nord de la presqu’île. Sa fouille a été menée depuis 1972 par une équipe de l’Institut d’Archéologie Méditerranéenne (devenu en 1978 le Centre Camille Jullian), sous la direction de Patrice Pomey, André Tchernia et Antoinette Hesnard.
Les naufrages de ces deux navires de commerce, dont l’un venait de Bétique et l’autre d’Italie, ne sont pas contemporains. Celui de Port-Vendres, très précisément daté grâce au matériel trouvé au cours de la fouille, remonte au règne de Claude, entre 41-42 et 50 ap. J.-C. Celui de la Madrague lui est antérieur dé peu près un siècle. Il s’est produit entre environ 75 av. J.-C. et environ 30 av. J.-C.
L’une et l’autre des deux publications font suite à des fouilles sérieusement menées et bien contrôlées (en dépit des difficultés matérielles, provoquées par exemple par la présence d’herbiers de posidonies). Autre point commun : dans les deux cas, les auteurs, après quatre ou cinq campagnes de fouille, ont voulu présenter le matériel recueilli et exposer leurs premiers résultats, – « de peur que les compléments ou les confirmations qu’un meilleur achèvement requerrait ne retarde à l’excès la publication ». Il s’agit donc de publications très soignées, mais volontairement partielles et rapides. Les auteurs ne cherchent pas à accumuler les descriptions de tessons, ils veulent présenter ce qui est nouveau, et insister sur tout ce qui permet de répondre aux questions qu’ils se posent. S’il comporte des risques, ce parti-pris présente aussi des avantages : il allège la publication, et l’oriente vers la résolution de problèmes précis, tels que l’interprétation des inscriptions peintes sur amphores, celle des estampilles d’amphores et de lingots, ou la disposition des cargaisons sur les navires.
Pourquoi le bateau de la Madrague a-t-il coulé à 300 ou 400 m de la côte ? On l’ignore, car aucun écueil ne se trouve à proximité. En coulant, il n’a pas subi de dislocation. Il s’est posé sur sa quille en touchant un fond de 21 m s’appuyant sur son flanc Sud, l’épave s’est inclinée dans cette direction. Quoique les flancs se soient par la suite rompus, une bonne hauteur de sa muraille Sud est encore très bien conservée. A ce jour, seule la partie centrale du navire a été fouillée l’absence de toute rupture de la coque permet pourtant à P. Poney d’étudier « dans ses moindres détails la structure du navire », en un chapitre dont il faut souligner la précision et la compétence, et que complètent remarquablement des planches photographiques de grande qualité, des plans, des coupes transversales de la coque, et des vues axonométriques. C’était un navire de 30 à 35 m de long, de 9 m de large et de 4,50 m de creux son port en lourd, à pleine charge, se situe entre 300 et 400 tonnes métriques. C’est, après celui de l’épave d’Albenga (qui a coulé au début du 1er s. av. J.-C.), le tonnage le plus élevé qui soit connu de manière certaine pour l’Antiquité gréco-romaine.
La fouille de l’épave de la Madrague a jusqu’ici permis de ramener à terre 500 ou 600 amphores au moins 300 vases de céramique campanienne ; de la céramique commune ; trois lingots de plomb estampillés ; 125 briquettes (dont la fonction reste inconnue) etc. Aucun de ces objets n’est étranger à l’épave. La cargaison se composait donc surtout d’amphores et de céramique (les lingots de plomb n’en faisaient probablement pas parte, mais appartenaient au matériel de bord).
La plus grande partie des amphores était de type « dressel 1 B ». L’analyse chimique des dépôts a confirmé qu’il s’agissait bien d’amphores à vin, comme on le croyait en général. Des noms étaient marqués, estampillés sur la panse de ces amphores : soit des noms uniques, tels qu’Alexander. ou Asclépiades (il s’agit sans doute de noms d’esclaves) soit des noms d’ingénus, – par exemple celui de Publius Veveius Papus, qui figure sur plus de 200 amphores de l’épave. La fréquence de ce nom suggère qu’elles provenaient de la région de Terracine et de Fondi. Elles contenaient donc du Cécube, l’un des meilleurs vins italiens de l’époque.
En plus des estampilles, ces amphores à vin portent des graffites. Faits au doigt ou avec une pointe dans l’argile encore fraîche de la panse, du pied ou des anses, ces graffites représentent un trait, une croix ou une ancre très schématique. Les bouchons sont constitués d’une rondelle de liège, enfoncée dans le col de l’amphore et recouverte d’une couche de pouzzolane. Sur la pouzzolane ont été imprimés des cachets, qui, quand on peut en comprendre le dessin, représentent un fer à cheval, ou des demi-cercles, ou encore plusieurs ovales, disposés en cercle comme des pétales d’une marguerite.
Quel sens prêter à ces estampilles, à ces graffites et cachets ?
S’attaquant à cette difficile question, Antoinette Hesnard propose avec prudence l’hypothèse suivante. Le sens des cachets des bouchons est sûrement lié au vin qu’ils scellent ; ils indiquent des différences dans le contenu des amphores, – différences de qualité de vin, ou différents producteurs. Le graffite, lui, est le signe du tourneur. Les noms d’esclaves estampillés sont ceux d’ouvriers ou de chefs d’ateliers ils ont donc rapport à la fabrication des amphores (et pas à la commercialisation du produit). Quant aux noms d’hommes libres, tels que celui de P. Veveius Papus, ne pourraient- ils pas désigner des négociants ?
Les amphores, lors du naufrage, se sont assez peu déplacées pour qu’A. Tchernia et P. Pomey puissent s’interroger sur la disposition de la cargaison. Il y avait au moins trois couches superposées d’amphores, et peut-être même quatre, au moins dans certaines zones du navire. Calées par des branchages, elles étaient pour la plupart disposées en quinconce, avec un espacement moyen de 1 cm, ménagé pour recevoir les branches de calage. Elles paraissent avoir toutes été embarquées dans le même port. Et les caisses de céramique ? C’est plus douteux, car le lieu de fabrication de la majorité des vases retrouvés n’est pas connu. La position initiale du chargement de céramique est d’ailleurs difficile à déterminer, car les tessons de vases ont été beaucoup déplacés après le naufrage.
La présence de céramique commune est importante du point de vue économique. On pensait jusqu’ici que ces céramiques communes, grossières et bon marché, étaient utilisées dans les régions mêmes où elles étaient produites. On n’imaginait pas qu’elles pussent être transportées par bateau. Malgré que certains en aient, il faut pourtant admettre qu’elles faisaient parfois l’objet d’un commerce maritime l’épave de la Madrague en apporte la preuve. Un commerce à quelle distance ? La réponse n’est pas sûre, puisqu’on ignore où allait le navire, et si la céramique commune avait été embarquée dans le même port que les amphores.
Quant au navire de Port-Vendres, il s’est probablement fracassé sur les rochers de l’actuelle redoute Béar, et a coulé sur place. La coque a été disloquée ; on n’en a retrouvé, ici et là, que quelques vestiges. Du point de vue de la construction navale et de la disposition de la cargaison, l’épave de Port-Vendres est donc moins intéressante que celle de Giens. Mais c’est le contenu de la cargaison qui fait sa valeur, car elle paraît offrir une gamme à peu près complète des exportations maritimes de la province de Bétique : « outre l’étain, le navire transportait du cuivre et du plomb, et, en amphores, de l’huile, du vin, des conserves de poisson ; on trouve sur le gisement, en bonne quantité, des amandes des céramiques à parois fines constituaient certainement un petit complément de cargaison ». Faut-il en conclure que toute la cargaison a été embarquée dans le même port, un port de Bétique évidemment ? Bien que les auteurs en soient convaincus, j’en douterais volontiers. On a en effet trouvé sur l’épave de la céramique arétine et de la sigillée sud-gauloise, en trop grande quantité pour qu’elles puissent faire partie de la vaisselle de bord. Ces céramiques ont-elles été embarquées à l’extrémité Sud de la péninsule ibérique ?
Les éléments les plus intéressants de la cargaison sont les amphores et les lingots. Deux lingots de cuivre, trois de plomb et dix-huit d’étain ont été retrouvés entre 1974 et 1977. Sur presque tous les lingots d’étain, qui pèsent de 3 à 9 kg, ont été imprimées des estampilles, à raison de plusieurs par lingot. L’une de ces estampilles porte le nom de Lucius Valénus, affranchi impérial appartenant à Augusta, c’est- à-dire à Messaline, femme de Claude. Puisqu’elle a reçu le titre d’« Auguste » en 41/42 ap. J.-C., les lingots ne sont pas antérieurs à cette date. Lucius Valérius était peut-être un adjoint du procurateur impérial de la province de Lusitanie. Ces lingots auraient été produits dans la Sierra Morena et acheminés par voie de terre à Mérida, puis jusqu’au Guadalquivir, qu’ils auraient ensuite descendu par bateau. Cette cargaison confirmerait l’importance commerciale du Guadalquivir, tant pour le transport des produits agricoles de la vallée que pour celui des métaux extraits dans la montagne. La fouille de l’épave a permis aussi de remonter près d’une centaine d’amphores « Dressel 20 », qui servaient à transporter l’huile de Bétique ; quelques amphores à conserves de poissons, de type dit « Pompei VII » ; et une quinzaine d’amphores « Haltern 70 ».
L’un des principaux apports de la fouille de Port-Vendres concerne ces amphores « Haltern 70 ». Sur trois d’entre elles, en effet, avait été peint le mot defrutum, qui désigne un vin cuit, obtenu par réduction du moût à la cuisson. Il s’agit donc d’amphores vinaires. Strabon, Columelle, et peut-être Varron, parlaient des exportations du vin de Bétique, mais, comme on ignorait dans quel type de récipients ce vin était transporté, certains, A. Tchernia par exemple, étaient enclins à minimiser la portée de ces allusions textuelles. La fouille de Port-Vendres confirme que les vins de Bétique étaient vendus hors de la province, dans ces amphores « Haltern 70 » qui sont utilisées dès l’époque d’Auguste, et, à ce qu’il semble, jusqu’au début de l’époque flavienne. Par la suite, la vigne a continué à être cultivée en Bétique, et cela jusqu’en pleine époque arabe, aux VIIIe-IXe s. ap. J.-C., comme le souligne R. Etienne à la fin du volume. Bel exemple de continuité, et aussi de discontinuité, car le vin de Bétique, désormais, n’était plus exporté, et, comme le montre la carte établie par R. Etienne, les centres viticoles de l’époque arabe n’étaient pas situés aux mêmes endroits que ceux de l’époque romaine.
Les amphores « Dressel 20 », qu’on a trouvées en grand nombre sur cette épave, transportaient l’huile produite dans la vallée du Guadalquivir. Beaucoup d’entre elles portaient des marques estampillées sur l’anse, et aussi des inscriptions peintes, sur le col, sur la panse, et le long de l’anse. Quarante-quatre inscriptions peintes, ou fragments d’inscriptions peintes, ont été jusqu’ici récupérées au cours de la fouille. Cette ample collection est d’autant plus intéressante que toutes les amphores sur lesquelles elles figurent, appartenaient à une même cargaison, de surcroît bien datée. Au terme de leur étude, les auteurs proposent de nouvelles interprétations de ces inscriptions.
Le long de l’anse droite, les amphores à huile de Port-Vendres, comme celles de Rome et de Pompéi, portent une inscription qu’à la suite d’un article de T. Frank on attribue d’habitude aux douaniers du port d’embarquement. B. Liou et F. Mayet, à partir d’une analyse précise du formulaire de cette inscription, montrent la fragilité d’une telle interprétation.
Des noms au génitif, tels que ceux de L. Pompeius Urbanus ou de C. Titius Caprarius, sont peints sur la panse. On pensait généralement que ces noms désignaient les naviculaires, c’est-à-dire les armateurs à qui appartenaient les navires (et qui, dans certains cas, étaient aussi propriétaires de la cargaison). Mais neuf de ces noms figurent sur les diverses amphores trouvées à Port-Vendres, qui font pourtant partie d’une seule et même cargaison. Est-il possible qu’ils désignent tous le propriétaire du navire ? Oui, car il n’était pas rare que des bateaux eussent plusieurs propriétaires. On se souvient que Caton l’Ancien n’aimait pas prêter de l’argent à des armateurs isolés, possédant chacun un navire. Il préférait que 50 armateurs se groupent en une société, pour posséder en commun une cinquantaine de navires. Les risques étaient ainsi partagés (Plutarque, Caton, 21,6-7). La conclusion à laquelle parviennent F. Mayet et B. Liou est néanmoins plus vraisemblable. Ils reconnaissent, dans ces noms peints sur la panse, des commerçants, – qui se sont entendus pour louer un bateau en commun, ou qui, chacun pour son compte, ont passé avec le naviculaire des accords séparés. Si cette interprétation se trouvait confirmée, elle plaiderait pour l’existence de commerçants moyens, « qui groupent leurs expéditions, et non pas (pour celle) de grosses sociétés de commerce maritime, qui, sans doute, auraient chacun chargé de leurs marchandises le vaisseau tout entier ».
Taille et tonnage des navires techniques de la construction navale ; disposition de la cargaison nature et origine des produits transportés ; trajets parcourus ; rôles respectifs des propriétaires fonciers, des exploitants agricoles, des potiers, des commerçants, des armateurs… Ces deux solides publications de fouilles montrent combien de renseignements nouveaux l’archéologie sous-marine est en mesure de fournir. Elle informe sur la nature des produits commercialisés, sur les « importations » et « exportations » des diverses provinces et de l’Italie, et sur l’évolution de ces flux commerciaux. Mais, heureusement, là ne se borne pas son intérêt. En montrant quels rapports sociaux et économiques s’instituent, à l’époque romaine, autour de la production et de la circulation des biens matériels, elle contribuera peu à peu à nous initier aux arcanes du système économique romain, dont nous saisissons encore si peu.
Jean ANDREAU.
L’histoire locale a-t-elle encore un sens ?
« Le village nous paraît être un lieu où s’épanouit l’originalité d’une communauté humaine de base, rassemblée sur un territoire limité, ayant sa sensibilité propre, ses problèmes spécifiques et sa manière de voir les choses et de les vivre, ce qui n’exclut nullement la diversité au plan des groupes et des individus. N’est-ce pas là un des arguments majeurs qui justifie en profondeur les monographies locales ? ».
Tel est l’argument tiré de mon livre, Pignan en Languedoc (p. 9), par lequel je voudrais introduire quelques réflexions sur ce que l’on appelle parfois « le renouveau de l’histoire locale ».
A la recherche de la vie d'une communauté
Ce titre me semble mieux choisi que celui d’histoire locale qui correspond à une manière plus ancienne d’aborder et de traiter le sujet. L’érudition (qu’il faut se garder certes de mépriser) y tenait la place essentielle. Quant à moi, je préfère parler d’histoire d’une communauté de base d’où le sous-titre de mon livre « Contribution à l’histoire des communautés languedociennes ».
Présenter ainsi les choses, c’est indiquer clairement que le travail est centré sur le groupe humain. Tout y est vu dans la perspective des hommes, à travers leur vie économique, politique, religieuse, associative, leurs jeux, leurs loisirs, leurs travaux, leurs querelles, leur entraide… Cela conduit à privilégier l’étude de la vie quotidienne des hommes, à mettre l’accent moins sur les faits eux-mêmes que sur les conséquences qu’ils ont eues sur la communauté et sur la manière dont ils ont été ressentis. On s’aperçoit alors qu’ils déteignent, parfois encore, sur les habitants actuels, bien longtemps après leur déroulement.
Un appel à la base
La rédaction de cet ouvrage procède en grande partie d’une demande et non d’une initiative personnelle. Elle provient aussi bien de gens appartenant à d’anciennes familles, de tous milieux sociaux, que d’arrivants récents.
Les premiers s’aperçoivent qu’ils sont en train de perdre la mémoire de leur passé avec la disparition d’un certain nombre d’occasions de rencontre, sur la place publique ou à la veillée. Il leur plaît de voir tout cela écrit, pour que leurs enfants puissent s’y plonger et qu’eux-mêmes connaissent mieux le milieu dans lequel vécurent leurs pères et quel fut leur comportement et leur vie au cours des âges.
Certains autres parmi les nouveaux venus entendent l’appel que leur lancent les monuments et les choses anciennes : châteaux, maisons médiévales, hôtels de la Renaissance, vieilles rues, porches… C’est parfois par goût ou par attirance intellectuelle qu’ils souhaitent connaître le passé du lieu où ils ont choisi de s’installer, mieux de s’implanter, avec le sentiment de la durée. Bâtisseurs, ils se sentent sur leur terre ; ce pays, bien étranger, devient maintenant le leur. D’où pour quelques-uns un désir de s’assimiler son histoire.
L’histoire des communautés répond bien à un besoin. A Pignan nous avons tenu trois réunions au cours de l’élaboration de ce livre et le jour de sa parution. La dernière a rassemblé 300 personnes et G. Cholvy, professeur d’histoire contemporaine à l’Université P. Valéry à Montpellier, qui avait été invité à parler ce jour-là a été tout à fait surpris par le nombre d’auditeurs et frappé par la qualité de leur écoute et l’espèce de joie populaire qui se dégageait de cette rencontre.
Quels intérêts peuvent présenter l'histoire des communautés de base ?
De la nuance avant toute chose :
Il nous semble d’abord qu’elle a la singulière faculté d’enrichir l’histoire régionale ou nationale en lui fournissant d’indispensables données nécessaires à la nuance. Si elle ne porte que sur un territoire restreint, exigu parfois, – on peut peut-être, à son sujet, parler de micro-histoire – il y a un avantage à cet inconvénient : permettre une observation scrupuleuse et attentive des réalités vécues par les hommes d’un terroir, parfois d’une manière originale. Il n’est pas sans intérêt, par exemple, de voir comment sont ressentis à l’échelon d’une communauté réduite les changements, les transformations et les événements nationaux. (Cf. La République au Village). Les réactions des gens aux mêmes faits sont souvent vécues différemment par des hommes enracinés dans un sol et pénétrés de conviction, marqués par des particularismes locaux. Cela conduit à se poser un difficile problème : pourquoi des communautés voisines, d’économie comparable, peuvent différer autant dans leur comportement religieux, politique, social et même, plus fondamentalement encore, dans leur attitude face à la vie ? N’oublions pas cette constatation de bon sens : chaque village a sa physionomie, son image de marque, son renom, sa réputation, méritée ou non. Faut-il parler d’un tempérament spécifique des habitants de telle commune ? Faut-il faire appel à des traditions particulières, vivaces et fortes ? Doit-on rechercher à la source de cette originalité des événements particuliers, qui, par leur caractère extraordinaire, ont déclenché de considérables revirements d’opinion dans le long terme ?
C’est dans les différences de mentalités et de croyances mais aussi de mode de vie que l’on atteint le sommet de l’originalité d’une communauté. Essayer de mettre en valeur ce phénomène paraît indispensable. D’où la proposition lancée récemment aux chercheurs des communes voisines de s’attaquer à l’étude des mêmes thèmes pour aboutir à une histoire comparée qui permettrait de mieux mettre en valeur les mentalités locales et d’en rechercher les causes spécifiques (Lancement prévu pour décembre).
La longue durée :
Autre avantage de ce type d’histoire : elle bénéficie de la longue durée. Grâce à elle, on peut, en évitant les ruptures (arbitraires) des périodes historiques classiques, découvrir plus aisément les continuités et mieux apercevoir les racines de ces évolutions, perçues comme majeures dans le long terme, et qualifiées facilement de révolutions, alors qu’elles ne sont en fait souvent que le résultat de transformations progressives, presque imperceptibles. Les mentalités peuvent-elles réellement dans une société paysanne donnée se modifier brutalement du jour au lendemain ? L’exemple de la Réforme est à méditer. Lorsqu’on connaît le caractère traditionnel des croyances vécues dans le monde rural, ne peut-on se dire qu’il a dû falloir bien du temps pour modifier des habitudes et des schémas de pensée aussi profondément ancrés. Mais ces modifications lentes ont fini par constituer un changement radical. La « micro-histoire » permet d’en mieux saisir les phases, si les documents ne font pas défaut.
Elle met aussi en évidence des permanences et des persistances : pourquoi, par exemple, la majorité d’une communauté se fige dans une attitude essentiellement rétrograde, alors que, tout autour, les esprits ont changé ? Pourquoi, par exemple, à Pignan perdurent aussi longtemps des sentiments antirépublicains. On ne peut invoquer ici l’analphabétisme – le taux des illettrés est très bas en 1880 – ni la fermeture du milieu aux influences extérieures depuis des siècles, les villageois sont en rapports quotidiens avec Montpellier, ni une économie arriérée – depuis 1820, en avance d’un demi-siècle sur les villages héraultais, la vigne y règne en maître en couvrant 69 % de la contenance productive. Il faut remonter jusqu’à la grande cassure de 1560, la Réforme, pour expliquer le comportement des habitants en 1793 ou 1905.
Voilà les principaux apports de la « micro- histoire », celle des communautés de base : histoire au champ réduit, au territoire exigu, mais histoire de la logue durée, sans rupture, ferment de nuances, d’interrogations majeures, source d’enrichissement pour l’histoire générale. Histoire des mentalités nécessaires. Satisfaction d’une certaine curiosité des habitants, manière efficace de leur donner le goût de l’histoire, conscience vivante de l’actualité d’un passé, dont nous sommes, souvent tributaires pour le meilleur et pour le pire.
Reste à se faire lire d’un public qui est loin dans sa majorité d’être composé d’intellectuels. Le récit vivant sera une mise en appétit, menant chacun à poursuivre sa lecture alors même que le propos se fera plus sévère et plus technique. Il semble qu’il ne faille pas craindre de recourir à tous les procédés d’expositions légitimes en histoire, dans ce genre d’ouvrage, à la fois pour varier le propos, mieux cerner le réel et faire accepter l’ensemble par un lecteur moyen. Mais avant l’écrit n’est-il pas opportun de donner le goût ou de faire naître l’attrait par l’initiation orale des futurs lecteurs, grâce au recours à la narration vivante et colorée ?
L. SEGONDY.
Cloches de l’Hérault antérieures a la révolution
Une cloche était autrefois considérée comme une personne. Elle était « baptisée » par l’Évêque, son tintement était un appel, le texte inscrit sur sa panse était rédigé à la première personne.
Sa place dans la liturgie ou dans la vie civile était très importante, puisqu’elle convoquait à la prière ou au rassemblement de la communauté et rythmait les heures. Et pour que sa voix se fasse entendre au loin, on dressait une architecture spéciale – campanile, clocher, clocheton – qui dépassait largement les toits des maisons et donnait son caractère au paysage humain.
Fondre une cloche est toujours un acte important de la vie religieuse ou civile. On s’adressait pour cela à un saintier, qui venait sur place dresser son four. Et on inscrivait dans le bronze les faits marquants : noms du fondeur, des parrains et des consuls, date, formule religieuse ou civile… etc.
Une cloche est donc un véritable document d’archive, fait pour braver les siècles.
A ce titre, les cloches de l’Hérault avaient intéressé M. Berthelé, qui publia les « Anciens textes campanaires de l’Hérault » (Imprimerie Générale du Midi, 1914). Mais seul le tome I est paru et il ne concerne que l’ancien Arrondissement de Montpellier. Pour le reste du Département on trouvera quelques renseignements dans le Bulletin de la Société Archéologique de Montpellier, 2e Série Tome V : article rédigé également par Berthelé.
A ces études d’archives, nous avons voulu ajouter une recherche d’ordre archéologique.
C’est ainsi qu’ayant visité, de 1950 à 1960, toutes les églises du Diocèse, pour dresser l’inventaire de leur mobilier, nous nous sommes obligés à monter dans tous les clochers et beffrois, pour examiner les cloches. Nous avons fiché ainsi 285 cloches antérieures à la Révolution, en notant dimensions, inscriptions, décorations… etc. Nous pensons que certaines ont pu encore nous échapper et que cette liste pourra un jour être complétée. D’ailleurs cet examen des cloches n’est pas toujours facile, parfois même périlleux. Aussi des imprécisions de l’ordre d’un siècle, pour la date, pourront peut-être par la suite être levées : dans ce cas nous notons seulement le siècle. Il aurait fallu prendre souvent un estampage ou une photographie de détails intéressants : ce qu’un autre fera sans doute après nous.
Enfin signalons la découverte intéressante que nous avons faite, aidé par M. J. Nicourt, dans l’Abbaye de Fontcaude. A un mètre au-dessous du sol de la Grande Salle nous avons mis au jour le four où avait été fondue la cloche. Il restait encore la base du moule, maintenue contre la fausse cloche par un cordon carbonisé. A quelques pas de là et au même niveau, se trouvait le vase en terre, qui avait servi à fondre le métal. A sa base, sept évents étaient branchés autrefois sur des soufflets, destinés à augmenter la température du charbon de bois. C’est ainsi que le métal, contenu dans le creuset placé au-dessus du foyer, entrait en fusion. Lors de la coulée, une partie du métal s’était répandue autour du vase : c’est là où nous l’avons recueillie.
Nous pensons, à plusieurs indices, que cette installation date de la fondation du monastère, au XIIe siècle.
Nous allons donner ici cette liste assez sèche des cloches de l’Hérault, puisqu’elle note seulement la date ainsi que le nom du fondeur et éventuellement son classement parmi les Monuments historiques.
Peut-être pourrons-nous ultérieurement livrer dans une autre étude tous les renseignements complémentaires, qui ne figurent pas ici.
Abbé GIRY.
| Commune | classée | date | fondeur |
| – ABEILHAN | Cl. | 1632 | I. BIE |
| – ABEILHAN | 1683 | ||
| – AGDE | Cl | 1589 | |
| – AGDE | Cl. | 1665 | F. DAMIAC |
| – AGDE | Cl. | 1729 | GOR |
| – AGEL | 1781 | VALETON F. LAMBERT F. | |
| – AGEL | XVe S. | ||
| – AIGNE | Cl. | 1616 | |
| – AIGUES-VIVES | Cl. | 1582 | S. FAILLET |
| – ANIANE | 1728 | POVRCVIDON | |
| – ANIANE | Cl. | 1761 | I.CASTEL |
| – ANIANE | Cl. | 1777 | IVSTVS CASTEL |
| – ASPIRAN | Cl. | 1768 | IVST. CASTEL |
| – AUMELAS | Cl. | 1638 | M.I. GALV |
| – AUTIGNAC | 1597 | (vendue en 1954 à St-Paulet de Caisson – Gard). | |
| – AVENE (St-Barthélémy) | Cl. | 1668 | M. CAILLIE |
| – AVENE (VINAS) | 1686 | ||
| – AVENE ( SERVIES) | Cl. | 1718 | A. VERGAS DE LAPALISE |
| – BABEAU-BOULDOUX | Cl. | 1767 | I.B. CHRETIENOT |
| – BALARUC-LE-VIEUX | XVe s. | ||
| – BÉDARIEUX | Cl. | 1659 | ROVX BORDES DE MONTPELLIER |
| – BÉDARIEUX | Cl. | 1797 | |
| – BERLOU | Cl. | 1666 | N. B. |
| – BERLOU | Cl. | 1730 | P.A.G. I.T.MVE |
| – BESSAN | Cl. | 1388 | |
| – BÉZIERS (Musée) | 1598 | ||
| – BÉZIERS (Mairie) | Cl. | 1600 | M.I. OVRREL |
| – BÉZIERS (Musée) | 1704 | N.B.I.S. | |
| – BÉZIERS (Musée) | 1704 | N.B.I.S. | |
| – BÉZIERS (S. Aphro) | Cl. | 1781 | IVST CASTEL |
| – BÉZIERS (S. Nazai) | Cl. | 1788 | Claude Brevel (d’après les Annales de la Ville de Béziers 1863, p. 44) |
| – BÉZIERS (Musée) | ? | ||
| – BÉZIERS (Musée) | XVIIe ? | BONS AINE A CARCASSONNE | |
| – BÉZIERS (Musée) | 1621 | F D | |
| – Le BOSC | Cl. | 1604 | |
| – Le BOSC (St-Fréchoux) | 1684 | DG | |
| – BOUJAN | Cl. | 1686 | |
| – BOUZIGUES | 1584 | ||
| – BRIGNAC | Cl. | 1777 | IVST CASTEL |
| – BRIGNAC | Cl. | 1778 | I. CHATELET ET TRIADOV |
| – CABRIÈRES | Cl. | 1609 | SF |
| – CANDILLARCUES | Cl. | 1641 | |
| – CAPESTANG | Cl. | 1559 | P P F |
| – CARLENCAS (Levas) | Cl. | 1762 | F P BARBET |
| – CARLENCAS | Cl. | 1778 | IOSEPH CHATELET |
| – CASTELNAU DE GUERS | Cl. | 1609 | SIMON FAILLET |
| – CASTELNAU DE GUERS | Cl. | 1694 | GOR |
| – CASTELNAU DE GUERS | XVe ? | ||
| – CASTRIES | Cl. | 1664 | LONARD BORDES |
| – CAUSSE DE LA SELLE | 1712 | GOR | |
| – CAUSSES-ET-VEYRAN | 1667 | M. CAILLIET | |
| – CAUX | Cl. | 1630 | I. B. |
| – Le CAYLAR | Cl. | 1759 | IVST CASTEL |
| – Le CAYLAR | Cl. | 1759 | IVST CASTEL LAINE DE BOCTOVNNET |
| – CAZILHAC | Cl. | 1783 | G. POVTINGON |
| – CAZOULS LES BÉZIERS | Cl. | 1529 | |
| – CAZOULS D’HÉRAULT | Cl. | 1591 | |
| – CEILHES (Rocozels) | 1689 | I. MOVTON | |
| – CERS | Cl. | XVe S. | |
| – CESSENON | Cl. | 1412 | |
| – CESSENON | Cl. | 1462 | |
| – CESSERAS | Cl. | 1524 | |
| – CESSERAS | 1669 | ||
| – CEYRAS | Cl. | 1669 | IEAN GOR |
| – CLAPIERS | Cl. | 1669 | ROVX BORDES |
| – CLERMONT L’HRAULT | Cl. | 1585 | |
| – COMBAILLAUX | Cl. | 1739 | T. POVTINGON |
| – COMBES | XVIe ? | ||
| – COURNIOU (Martomis) | 1712 | ||
| – COURNIOU (Martomis) | XVIIIe ? | ||
| – COURNONSEC | 1774 | G. POVTINCON | |
| – ESPONDEILHAN | Cl. | 1665 | M P CAILLIET |
| – FABREGUES | Cl. | 1767 | I POVTINGON |
| – FERRALS | Cl. | 1633 | |
| – FERRALS (Authèze) | 1670 | ||
| – FERRALS | Cl. | 1708 | P. GOR |
| – FERRALS (Authèze) | XVIIe | ||
| – FERRIERES-POUSSAROU | 1664 | ||
| – FERRIERES-VERRERIES | Cl. | 1646 | L. BORDES |
| – FONTANES | Cl. | 1666 | |
| – FOS | Cl. | 1602 | IEAN VEDEL |
| – FOZIERES | Cl. | 1776 | Gily (à contrôler) |
| – FRAISSES S/AGOUT | Cl. | 1732 | |
| – FRONTIGNAN | Cl. | 1617 | H. B. F. |
| – FRONTIGNAN | Cl. | 1662 | F. DANIAS A BEZIERS |
| – FRONTIGNAN | Cl. | 1747 | POVTINGON |
| – GABIAN | Cl. | 1597 | |
| – GABIAN | Cl. | 1778 | L. CHATELET ET TRIANOV |
| – GANGES | Cl. | 1531 | |
| – GIGEAN | Cl. | 1657 | |
| – CIGEAN | Cl. | XVIe | |
| – GIGEAN | 1780 | G. POVTINCON (Cloche fondue) | |
| – CIGNAC | Cl. | 1635 | |
| – CIGNAC | Cl. | 1675 | |
| – GIGNAC | Cl. | 1747 | I. POVTINGON ET BABIANDY |
| – GIGNAC | 1654 | ||
| – GRABELS | Cl. | 1674 | CLAVDE BORDE |
| – GUZARGUES | Cl. | 1605 | IOANN REINAL |
| – HÉRÉPIAN | 1778 | ||
| – JACOU | Cl. | 1767 | I. P. |
| – JONCELS | Cl. | 1733 | ML MOYNE |
| – JONCELS | Cl. | 1784 | CASTEL |
| – JONQUIERES | Cl. | XVe ? | |
| – LAGAMAS | Cl. | 1769 | IVST CASTEL |
| – LAMALOU (Villecelle) | Cl. | 1712 | |
| – LANSARGUES | Cl. | 1677 | DOMINIQUE GEOFFROY A PEZENAS |
| – LAROQUE | Cl. | 1630 | BOVIER |
| – LAURENS | Cl. | 1776 | |
| – LAUROUX | Cl. | 1699 | P. GOR |
| – LAVERUNE | Cl. | 1748 | POVTINGON |
| – LEZIGNAN-LA-CEBE | Cl. | 1694 | P. GOR |
| – LIAUSSON | Cl. | 1708 | P.GOR |
| – LIEURAN | Cl. | 1707 | GOR |
| – LIGNAN | 1664 | ||
| – LIGNAN | Cl. | 1740 | |
| – La LIVINIERE | Cl. | XIVe/XVe | |
| – La LIVINIERE | XVIIe ? | ||
| – LODEVE | Cl. | 1676 | |
| – LODEVE | Cl. | 1702 | |
| – LOUPIAN | Cl. | 1731 | I. GOR |
| – LUNAS | Cl. | 1762 | |
| – LUNEL | Cl. | 1642 | |
| – LUNEL | Cl. | 1655 | E. A. |
| – LUNEL-VIEL | Cl. | 1738 | IOANNIS POVTINCON |
| – MARAUSSAN | 1790 | ||
| – MARGON | Cl. | 1626 | |
| – MARSEILLAN | Cl. | 1616 | |
| – MARSILLARGUES | Cl. | 1509 | (d’après Archives) |
| – LES MATELLES | Cl. | 1781 | C.POVTINGON |
| – MONS LA TRIVALLE | Cl. | 1723 | |
| – MONTAGNAC | Cl. | 1492 | |
| – MONTAGNAC | 1603 | ||
| – MONTBAZIN | Cl. | 1679 | ROUX BORDES DE MONTPELLIER |
| – MONTBLANC | Cl. | 1632 | (refondue en 1956) |
| – MONTBLANC | Cl. | 1780 | T. P. VERENNE |
| – MONTESQUIEU | Cl. | 1534 | |
| – MONTFERRIER | 1727 | IACOBVS GOR | |
| – MONTFERRIER | Cl. | 1790 | F. AMINENS |
| – MONTPELLIER (Pénitents Blancs) | Cl. | XIVe ? | |
| – MONTPELLIER (S. Cléophas) | Cl. | XIVe | |
| – MONTPELLIER (Grammont) | 1669 | ||
| – MONTPELLIER (Cathédrale) | Cl. | 1730 | IACOBVS GOR |
| – MONTPELLIER (Cathédrale) | Cl. | 1730 | IACOBVS GOR |
| – MONTPELLIER (Cathédrale) | Cl. | 1730 | LACOBVS GOR |
| – MONTPELLIER (Hôpital Général) | 1733 | ||
| – MONTPELLIER (Celleneuve) | 1750 | I. P. | |
| – MONTPELLIER (La Piscine) | 1771 | I. P. | |
| – MONTPELLIER (Fac. des Sciences) | Cl. | 1777 | G.POVTINGON |
| – MONTPELLIER (Fac. des Sciences) | Cl. | 1777 | G. P. |
| – MONTPELLIER (Fac. des Sciences) | Cl. | 1779 | G. P. |
| – MONTPELLIER (Fac. de Pharmacie) | Cl. | 1786 | CRIBAILLER FRERES |
| – MONTPEYROUX | Cl. | 1614 | |
| – MOUREZE | Cl. | 1720 | I. GOR |
| – MURVIEL LES BEZIERS | XVe | ||
| – MURVIEL LES BEZIERS | 1729 | ||
| – MURVIEL LES BEZIERS (Coujan) | 1650 | E. M. | |
| – NEFFIES | Cl. | 1778 | IOSEPH CHATELET |
| – NEZIGNAN L’EVEQUE | 1680 | ROUX BORDES | |
| – NISSAN LEZ ENSRUNE | Cl. | 1492 | |
| – NISSAN LEZ ENSERUNE | Cl. | 1714 | |
| – NISSAN LEZ ENSERUNE | Cl. | 1772 | |
| – NIZAS | 1536 | ||
| – NIZAS | XVe ? | ||
| – OCTON | Cl. | XVe ? | |
| – OLARGUES | Cl. | 1616 | |
| – OLONZAC | Cl. | 1677 | |
| – OLONZAC | Cl. | 1792 | F.R. M.T. |
| – PAULHAN | Cl. | 1444 | |
| – PEGAIROLLES de BUEGES | 1641 | ||
| – PERET | Cl. | 1446 | |
| – PÉZENAS | Cl. | 1597 | IEHAN VEDEL |
| – PÉZENAS (Musée) | 1667 | ||
| – PÉZENAS (Musée) | 1679 | W D G | |
| – PIERRERUE | Cl. | 1668 | M. CAILLIET |
| – PIGNAN | 1648 | L. BORDES | |
| – PINET | Cl. | 1774 | IVST CASTEL |
| – POPIAN | 1773 | POVTINGON CADET | |
| – PORTIRAGNES | 1532 | ||
| – PORTIRAGNES | Cl. | 1668 | |
| – Le POUGET | Cl. | 1548 | |
| – Le POUGET | Cl. | 1719 | GOR |
| – POUJOLS | Cl. | 1617 | |
| – POUJOL S/ORB | Cl. | 1543 | |
| – POUJOL S/ORB | Cl. | 1650 | |
| – POUJOL S/ORB | Cl. | 1777 | IVSTVS CASTEL |
| – POUSSAN | Cl. | 1550 | |
| – POUZOLLES | 1614 | M.P.F. | |
| – POUZOLLES | Cl. | 1774 | IVST CASTEL |
| – PRADES S/VERNAZOBRES | 1767 | ||
| – Le PUECH | Cl. | 1789 | LES BRENEL |
| – PUECHABON | Cl. | 1702 | GOR |
| – PUELACHER | Cl. | 1677 | IEAN MOVLON du PUY |
| – PUISSALICON | Cl. | 1703 | P. GOR |
| – PUISSERGUIER | 1615 | ||
| – RIEUSSEC | Cl. | 1749 | BARLET |
| – RIOLS | 1664 | IAN LA BERGNE | |
| – RIOLS | 1669 | P. MIQVEL (?) | |
| – ROQUEBRUN | Cl. | 1647 | |
| – ROQUEBRUN | Cl. | 1683 | N.B. I.S. |
| – ROQUEBRUN (Escaniès) | XVIIe ? | ||
| – ROQUEREDONDE | Cl. | 1713 | GOR |
| – ROQUEREDONDE | 1724 | ||
| – ROSIS (Douch) | 1781 | ||
| – ROUJAN | Cl. | 1673 | |
| – ROUJAN (Cassan) | 1549 | ||
| – ST ANDRÉ DE BUEGES | Cl. | 1677 | ROV BORDES de MONTPELLIER |
| – ST ANDRÉ DE SANGONIS | Cl. | 1655 | |
| – ST BAUZILLE de MONTMEL | Cl. | 1651 | L. BORDES |
| – ST BAUZILLE de la SILVE | Cl. | XVe ? | |
| – ST CHINIAN | Cl. | 1767 | I.B. CHRETIENOT |
| – ST CHINIAN | Cl. | 1767 | |
| – ST CHINIAN | XVe s. | ||
| – ST CLEMENT la RIVIERE | Cl. | 1662 | F.P.M. DOMINIQVE BONOT |
| – ST ETIENNE D’ALBAGNAN | 1719 | ||
| – ST ETIENNE D’ESTRECHOUX | Cl. | 1752 | BARBET |
| – ST ETIENNE de GOURGAS | Cl. | 1489 | |
| – ST FELIX de l’HERAS | Cl. | 1666 | |
| – ST FELIX de LODEZ | Cl. | 1736 | I. DVMAS & M. GANSBERG |
| – ST GELY du FESC | Cl. | 1759 | I. POVTINGON |
| – ST GELY du FESC | Cl. | 1683 | (n’existe plus) |
| – ST GENIES-des-MOURGUES | Cl. | 1683 | ROV BORDES de MONTPELLIER |
| – ST GENIES LE BAS | Cl. | 1401 | |
| – ST GUILHEM-le-DESERT (N-D de Lieu Plaisant) | Cl. | 1787 | (volée) |
| – ST GUILHEM-le-DESERT | XIIe ? | ||
| – ST JEAN de BUEGES | Cl. | 1737 | CANSBERC |
| – ST JEAN de BUEGES | Cl. | 1765 | IVST CASTEL de PÉZENAS |
| – ST JEAN de FOS | Cl. | 1776 | IVST CASTEL |
| – ST JEAN de la BLAQUIERE | 1782 | ||
| – ST JEAN de VEDAS | Cl. | 1763 | I. POVTINGON |
| – ST JULIEN d’OLARGUES | Cl. | 1615 | (provient de St-Hippolyte – Pyrén. Orient.) |
| – ST MARTIN de LONDRES | Cl. | 1763 | POVTINGON |
| – ST MATHIEU de TREVIERS | Cl. | 1765 | I. POVTINGON |
| – ST MAURICE (le Coulet) | Cl. | 1768 | GELY |
| – ST MICHEL d’ALAJOU | Cl. | 1655 | I. BORDES |
| – ST NAZAIRE DE LADARES | Cl. | 1670 | |
| – ST NAZAIRE DE LADARES | Cl. | 1735 | PIE SERVA |
| – ST NAZAIRE de PEZAN | Cl. | 1617 | |
| – ST PAUL et VALMALLE | Cl. | 1693 | P. GOR |
| – ST PAUL et VALMALLE | Cl. | 1694 | (n’existe plus) |
| – ST PONS de MAUCHIENS | 1661 | ||
| – ST PONS de MAUCHIENS | Cl. | 1742 | I.B. CHAVCHARD |
| – ST PONS de THOMIERES | Cl. | 1626 | |
| – ST PONS de THOMIERES | Cl. | 1660 | C. DE BESSE |
| – ST PRIVAT | Cl. | 1694 | GOR |
| – ST PRIVAT | Cl. | 1714 | GOR |
| – ST THIBÈRY | 1696 | ||
| – ST VINCENT de BARBEYRARGUES | Cl. | 1664 | |
| – SALASC | Cl. | 1714 | GOR |
| – LA SALVETAT | Cl. | 1588 | |
| – LA SALVETAT | 1670 | ||
| – LA SALVETAT | 1665 | ROVX BORDES | |
| – SATURARGUES | Cl. | 1777 | POVTINGON |
| – SAUVIAN | 1741 | ||
| – SERVIAN | Cl. | 1598 | |
| – SETE | Cl. | 1761 | A. POVTINGON |
| – SETE | Cl. | 1761 | (a disparu) A. POVTINGON |
| – SETE | Cl. | 1761 | (a disparu) A. POVTINGON |
| – SIRAN | Cl. | 1616 | |
| – Le SOULIE | 1780 | IOSEPH CHATELET de RODES | |
| – SOUMONT | Cl. | 1743 | |
| – SUSSARGUES | Cl. | 1737 | POVTINGON |
| – THEZAN | Cl. | 1657 | |
| – La TOUR S/ORB (Clairac) | 1647 | ||
| – La TOUR S/ORB (Mas Blanc) | 1738 | I. P. | |
| – USCLAS d’HÉRAULT | Cl. | 1772 | IVST CASTEL |
| – USCLAS du BOSC | Cl. | 1713 | GOR |
| – VALERGUES | Cl. | 1713 | |
| – VALROS | Cl. | 1698 | P. GOR |
| – VALROS | Cl. | 1700 | GOR |
| – VENDEMIAN | Cl. | 1693 | P. GOR |
| – VENDRES | XVIe | ||
| – VIAS | Cl. | 1672 | |
| – VIAS | 1773 | N. BONVIE ET F. ROZIER de CHAUMONT | |
| – VIEUSSAN | 1611 | IGPM | |
| – VILLEMAGNE | 1679 | ||
| – VILLENEUVE LES BEZIERS | 1778 | CHATELET | |
| – VILLENEUVE LES MAGUELONNS | Cl. | 1613 | RICHARD ROCH |
| – VILLENEUVE LES MAGUELONNE | Cl. | 1615 | R. ROCH de LORENNE |
| – VILLENEUVE LES MAGUELONNE | Cl. | 1714 | (a disparu) |
| – VILLEVEYRAC | Cl. | 1714 | GOR |
| – VILLEVEYRAC | XVe/XVIe | ||
| – VIOLS LE FORT | Cl. | 1672 | CLAVDE BORDE |
| – VIOLS LE FORT | Cl. | 1714 | MALASAGNE |
~
Jean Sagnes : Le mouvement ouvrier en Languedoc
Syndicalistes et socialistes de l’Hérault de la fondation des Bourses du Travail à la naissance du Parti communiste, Privat 1980, 320 p.
Ce livre est une version remaniée essentiellement abrégée – de la thèse de 3e cycle que Jean Sagnes, assistant à l’Université de Perpignan avait soutenue en 1976 à l’Université P. Valéry de Montpellier sous la direction de B. Laurent.
Jean Sagnes a choisi de mener de front l’étude du socialisme et du syndicalisme héraultais. Approche éclairante car elle souligne les contrastes qui opposent deux mouvements populaires et ouvriers tant dans le domaine de l’enrichissement, de l’organisation, des modes d’action, que sur le plan des idéologies et des mentalités. Cette approche donne à ce livre bien informé, écrit avec précision et clarté une portée tout autre que celle d’une simple monographie. Une présentation de l’Hérault met l’accent sur l’importance de la viticulture dans l’ensemble de la vie sociale les chefs d’établissements sont en 1921 pour 80 % des propriétaires terriens, les ouvriers agricoles représentent 58,8 % des ouvriers en 1891, 43 % encore en 1921. Dans un département dont l’industrie stagne l’économie dépend encore essentiellement de la santé de la viticulture. Autre trait important, les traditions politiques et religieuses sont ici fortement dessinées, tant à droite qu’à gauche ; elles n’empêchent pas d’ailleurs des reports de voix, tactiques, de la droite vers les radicaux ou les socialistes. Le parti radical est le parti dominant du département « parti de la bourgeoisie dans les régions anticléricales du département », c’est aussi un parti de l’ordre et du statu quo dont les résultats électoraux fléchissent quand la droite se réveille. Trois chapitres étudient ensuite les débuts du mouvement ouvrier organisé (1890-1905), le socialisme unifié de 1905 à 1914, le syndicalisme de 1905 à 1914. Ce plan efface un peu 1907, mais la grande vague de 1907 si elle a perturbé assez sérieusement le syndicalisme agricole, n’a pas bouleversé les structures politiques du département. Pendant cette période, le socialisme et le syndicalisme, même s’ils puisent pour une part dans le même fonds (ouvriers agricoles, mineurs, dockers sétois, couches populaires des villes) se différencient fortement. Du socialisme héraultais dont il étudie avec soin l’organisation, les leaders, l’idéologie, l’implantation, Jean Sagnes souligne la perméabilité aux idées réformistes : le Millerandisme a été ici très influent et l’unité socialiste ne dynamise pas le socialisme héraultais. Bien au contraire, à partir de 1910, sous l’influence du député Barthe, « le député du vin » (2e circ. de Béziers), c’est le réformisme et l’agrarisme qui tendent à l’emporter dans le mouvement socialiste. Sauf dans le domaine de l’anticolonialisme (grâce à l’ancien radical Vigné d’Octon), le socialisme héraultais est en retrait par rapport aux positions du socialisme français. La coopération socialiste qui fleurit à partir de 1901 dans les villages viticoles (1ère coopérative à Mudaison en 1901) améliore momentanément les revenus des petits viticulteurs, mais elle s’enlise après ces premiers succès. Au terme d’une étude minutieuse et neuve, J. Sagnes conclut qu’elle a plutôt affaibli que renforcé l’organisation socialiste.
Bien qu’une partie des socialiste milite dans le mouvement syndical, le syndicalisme héraultais affirme vigoureusement son originalité idéologique, son dynamisme au plan de l’action et de l’organisation. On retiendra trois faits marquants : l’ampleur qu’ont prise dans les département les Bourses du Travail (dont J. Sagnes étudie attentivement le fonctionnement interne), le poids dans le mouvement syndical d’avant 1914, des ouvriers agricoles (en 1905 les syndiqués de l’agriculture forment 51,3 % des syndiqués, la Fédération régionale des travailleurs agricoles du Midi est créée en 1902), enfin l’importance du mouvement gréviste dans l’Hérault, notamment dans le secteur agricole (quelques conflits sont décrits de façon détaillée et savoureuse. Les positions du syndicalisme révolutionnaire qui ne sont pas ici très différentes de ce qu’elles sont à l’échelle nationale, ne sont pas cependant majoritaires dans le mouvement syndical héraultais avant 1914, mais le syndicalisme révolutionnaire a contribué puissamment à développer, en milieu prolétarien, le sens de classe. Dès avant 1914 une mutation s’esquisse : le poids des secteurs industriels (étang de Thau notamment) se renforce dans le syndicalisme. Comme à l’échelle nationale, le mouvement syndical se rapproche de la SFIO. Ces tendances s’accentueront pendant la guerre.
La dernière partie de l’ouvrage étudie le mouvement ouvrier de la guerre à la scission de Tours. La guerre désorganise complètement la fédération socialiste de l’Hérault, renforce le prestige de Barthe qui continue à défendre la viticulture et approuve l’union sacrée. Le courant minoritaire est ici très faible. Le mouvement syndical est également démantelé bien que l’union locale des syndicats de Béziers tente de maintenir l’organisation. Un réveil syndical ne s’esquisse que dans l’été 17. 12 grèves, essentiellement industrielles, marquent cette année un petit courant pacifiste, favorable à la révolution d’octobre, mais assez modéré, naît en milieu syndical autour du journal La vie sociale. La renaissance du syndicalisme ne date vraiment que de 1919 et se manifeste par l’essor du nombre des syndiqués (+46,2 % par rapport à 1914) et par une première poussée gréviste surtout dans l’industrie et les transports. De son côté la fédération socialiste reprend vie dans le premier semestre de 1919. Bien que les voix socialistes, stables dans l’ensemble soient en léger progrès (+2 %), les élections de 1919 sont peu favorables au socialisme héraultais, (un seul élu, Barthe) ; mais le scrutin de liste révèle en outre derrière la permanence apparente des résultats électoraux, un changement profond de la géographie du socialisme dans le département. La carte des voix socialistes en 1919 correspond très exactement à celle des inculpés de décembre 1851, le parti est de plus en plus un parti de petits propriétaires républicains, ce dont ses leaders s’accommodent fort bien. Après les grèves de 1920, puissantes dans les secteurs industriels et des transports, plutôt réussies (58 % de résultats positifs ou transactionnels) mais éprouvantes pour les organisations syndicales (des nombreux licenciements, une baisse des effectifs de 15 % environ), le débat de 1920 s’engage avant tout sur le terrain politique, les C.S.R. Comités syndicalistes révolutionnaires, (organisation de tendance de la minorité de la CGT) n’étant pas encore organisés. Il est marqué dans l’Hérault par une remontée en partie conjoncturelle, mais tout de même significative, des adversaires de l’adhésion à la IIIe Internationale, minoritaires au début de l’année 1920, nettement majoritaires en décembre à Tours (16 mandats contre l’adhésion, 9 pour). Les socialistes héraultais se partageront pourtant par moitié entre la S.F.I.O et la S.F.I.C., mais les ouvriers agricoles et les ouvriers d’industrie vont plutôt vers le parti communiste dont le caractère prolétarien s’affirme ainsi nettement.
Ce livre dense, prudent dans l’examen des faits, nuancé grâce à une expérience intime de la région, ne restitue pas seulement avec finesse la personnalité du socialisme et du syndicalisme héraultais. Il s’inscrit aussi dans un débat plus général : sur les vecteurs du socialisme réformiste (la tradition républicaine, une structure sociale précise, et ici un agraréme de gauche) sur la spécificité du syndicalisme révolutionnaire, son enracinement prolétarien, l’adéquation de son idéologie à une phase du mouvement ouvrier, ses destinées divergentes. Jean Sagnes montre que les transformations et mutations des forces politiques et syndicales loin d’être le résultat seulement d’une évolution idéologique ou essentiellement conjoncturelle s’enracinent toutes profondément dans le terreau social. On pouvait le présumer. Il vaut toujours mieux le prouver (*).
Le Bulletin du Centre d’Histoire Contemporaine du Languedoc-Roussillon
Avec une belle régularité, ce Bulletin apporte des informations « fraîches » et un coup d’œil scientifique sur la production historique qui se rapporte à notre région. Rien, semble-t-il, ne lui échappe. Il suffit de se reporter au n° 25, février 1980. La reparution en livre de poche de l’ouvrage d’Edmonde Charles-Roux, L’irrégulière ou mon itinéraire Chanel, est l’occasion pour R. Huard de dégager par une suite de fines remarques tout ce que la biographie de Chanel peut apporter à l’histoire sociale du Languedoc (Haute Couture et « Occitanie : « Coco « Chanel et les siens). Avec cela des résumés de communications (M. Riou, Le monarchisme populaire en Languedoc), des bibliographies (M. Michel et R. Huard, sur les Villes), des notes de lecture (G. Cholvy sur A. Pomarède, Mémoires d’un ouvrier vigneron royaliste). Dans le numéro 25 paraîtra une autre version du compte-rendu par R. Huard de la thèse de J. Sagnes (cf. dans ce même d’Études sur Pézenas, ci-dessus).
M. C.
