Notes brèves Informations 1979-2 Au Sommaire des Revues
Notes brèves Informations 1979-2 Au Sommaire des Revues
p. 33 à 42
Chronique d’Histoire Moderne
I. Sources et ouvrages de références
1 – Les Archives nationales. État général des fonds.
Sous la direction de Jean Favier. Tome I, L’Ancien Régime, sous la direction d’Etienne Taillemite, Paris, Archives Nationales, 1978, in-8°, 820 p.
Cet ouvrage qui est destiné à guider les chercheurs dans les immenses fonds des Archives nationales, remplace l’ancien État sommaire établi en 1891. Cette mise à jour qui était indispensable n’a pas entraîné une nouvelle rédaction de toutes les notices introductives. Pourtant quelques-unes sont des découvertes, comme celles des sous-séries ZZ2 et ZZ3 qui regroupent les papiers des saisies réelles et des consignation qui ne sont pas sans intérêt pour les historiens de la société et de l’économie. D’autre part, ce nouvel inventaire signale des documents, incorporés au fonds depuis 1891, comme les lettres adressées par les bureaux de la monarchie à l’intendant du Languedoc, d’Aguesseau. Bref, cette nouvelle version de l’État général des fonds de la section ancienne ne peut « qu’éclairer la route des historiens », comme le souhaite Jean Favier dans son avant-propos.
2 – Archives nationales. Catalogue général de cartes, plans et dessins d’architecture.
Série NN. Paris, Arch. Nat., 1978, 619 p.
Ce répertoire ne doit pas être ignoré par les chercheurs de notre département, même si les cartes diocésaines qui y sont décrites sont peu nombreuses et datent presque toutes de 1781 (Cartes d’Aldring). La collection des cartes de la province de Languedoc nous a paru plus intéressante. Elle commence par celle de Charles de l’Escluse chez Ortelius (1570). Elle comprend d’autre part plusieurs cartes qui se rapportent à l’organisation militaire de la province, comme celle-ci « Tableau des compagnies de bourgeoisie de la province du Languedoc… », imprimé chez Pech à Montpellier, en 1691.
3 – V. GADOURY, F. DROULERS, Monnaies royales françaises, 1610-1792,
Monaco, 1978.
Cet ouvrage se présente comme la transcription d’un fichier des monnaies de cette période, classées par ateliers d’émission. La description de chacune d’elles est suivie de leur cours. Utilisant des travaux récents comme ceux de G. Sabin (1974) sur, les écus de Louis XIII à image ou de Victoar, paru en 1973, sur les Rois-Louis, ce répertoire devrait rendre de grands services aux chercheurs.
4 – Répertoire des visites pastorales de la France. Première série, Anciens diocèses (jusqu’en 1790).
Tome I, Agde-Bourges, Paris, CNRS, 1977, in-8°, 324 p.
Voilà un instrument de travail qui comblera tous ceux qui sont convaincus de la valeur des visites pastorales, en particulier pour la connaissance du clergé, de ses attitudes morales et pastorales, l’état des lieux de culte et souvent pour celle de la population des fidèles. Ce premier tome contient des notices sur deux évêchés de notre département : Agde et Béziers, qui ont été établies par Mme Mireille Laget et Mme Annette Sahraoui. Comme le recommandaient les maîtres d’œuvre de cette entreprise, D. Julia et Venard, elles ont classé et désigné les divers documents qui s’y rapportaient : documents préalables comme les mandements de visite, les actes proprement dits de visite, enfin les documents postérieurs à la visite comme par exemple les ordonnances rendues à la suite de la visite de l’évêque. Elles ont, d’autre part, présenté une analyse du contenu selon une grille attribuant un numéro de code à chacune des rubriques susceptibles d’apparaître dans ce type de document. Enfin chaque notice est précédée des références bibliographiques et cartographiques.
Que la publication de ce remarquable travail soit l’occasion pour les collectionneurs de signaler les visites pastorales qu’ils possèdent. Peut-on croire et accepter que les chercheurs qui travaillent sur la vie religieuse du diocèse d’Agde n’ont à se mettre sous la dent qu’une requête de l’évêque Louis Fouquet, que connaît si bien l’abbé X. Azéma, au parlement de Toulouse en vue de l’exécution d’une ordonnance de visite, à laquelle s’ajoute une lettre du supérieur du séminaire au sujet des frais de visite sous l’épiscopat du P. Arrazat ?
5 – Enfin signalons ces ouvrages généraux A.-P. de Mirimonde,
L’iconographie musicale sous les rois Bourbons. La musique dans les arts plastiques, XVIIe-XVIIIe siècles,
Paris, 1975-1977,
et Statuts, chapitres généraux et visites de l’ordre de Cluny, par Dom G. Charain, tome VIII, 1715-1746,
Paris, 431 p.
Nous remercions Mme A. Sahraoui pour nous avoir signalé quelques titres de cette chronique.
II. – Ouvrages ou articles Généraux contenant des informations sur notre Région
1 – G. CHAUSSINAND-NOGARET, La vie quotidienne des Français sous Louis XV,
Paris, Hachette, 1979, in-8°, 384 p.
L’auteur, qui est loin d’être un inconnu pour les lecteurs de cette revue, nous offre en ce début d’année un nouveau livre pour nous divertir, de son aveu même. De fait, il est, en vérité, peu fréquent de lire un ouvrage qui transmette avec une telle aisance le « je ne sais quoi » qui fait l’originalité de l’esprit du XVIIIe siècle et en particulier de celui du temps de Louis le Bien-Aimé. En compagnie de notre guide, historien et écrivain, nous rendons visite aux grands et aux humbles de ce siècle : du « roi de cœur » aux « culs-blancs », nom de dérision donné par la soldatesque régulière aux miliciens d’occasion. Nous passons des uns aux autres sans jamais nous ennuyer tant la plume est légère, les images nettes et fugitives. Et parfois dures : lisez, pauvres Montpelliérains, l’examen médical, par lettres interposées, du romancier anglais Smollett par l’éminentissime Antoine Fizes (p. 167), ou, si vous n’avez point l’esprit de clocher pour lui en garder rancœur, volez jusqu’au chapitre sur le Palais, et si vous n’avez pas peur de réviser des vérités bien établies, découvrez sans sursauter un premier président du parlement de Paris, Maupeou pour ne point le nommer, chapoté du bonnet d’âne par Clio. Mais n’est-ce pas là une composante de l’esprit de ce siècle qu’aime tant Guy Chaussinand-Nogaret, et qu’il sait nous faire aimer.
2 – Cinq siècles de protestantisme à Marseille et en Provence, Actes du colloque tenu à Marseille
(mai, 1976), Marseille, 1978, in-8°, 189 p.
Bien qu’aucune communication à ce colloque n’aborde l’histoire du protestantisme languedocien, trois d’entre elles peuvent intéresser dans une perspective comparative les lecteurs de cette revue. La première, de M. Vénard, Le comportement du peuple provençal face au fait protestant au XVIe siècle, p. 25-41, s’attache à expliquer pourquoi « à la fin du XVIe s., à part le secteur vaudois, devenu calviniste, dont Mérindol fait figure de capitale et d’emblème, le protestantisme a presque disparu de la Basse-Provence occidentale ». Selon lui, « les masses populaires ont été heurtées par un modèle religieux qui leur est apparu étranger », d’autant qu’il était transmis en langue française « qui, pour nos provençaux n’était pas moins étrangère que le latin ». D’où leurs réactions qui vont du scandale à l’étonnement. Ainsi une forme de religiosité provençale fait échec à la Réformation comme elle parvient à faire souvent échec à l’œuvre religieuse de la Révolution. La seconde, due à M. Voyelle, qui a été le premier des modernistes à interroger systématiquement la mort d’autrefois (Jalons pour une histoire du silence : les testaments réformés dans le sud-est de la France du XVIIe au XVIIIe siècle) s’inscrit dans la foulée de recherches collectives sur les testaments provençaux. En ne retenant que ceux signés par des protestants ou plus justement par des nouveaux convertis, dans trois localités, Lourmarin et Orange en Provence, Saint-Jean-du-Gard en Languedoc, il révèle plusieurs types de survie des communautés protestantes dans le Midi de la France au cours du XVIIIe siècle : stabilité des groupes cévenols dont témoigne la continuité sans faille des testaments de Saint-Jean-du-Gard ; échec de la conversion forcée mais « effritement des groupes réformés au fil du siècle dans les communautés du Lubéron » ; enfin le « modèle » que suggère l’exemple d’Orange, une « minorité aux abois » où les plus opiniâtres se rencontrent dans la petite bourgeoisie et les classes populaires. Ainsi le testament qui peut constituer une excellente source pour repérer les débuts de la Réforme comme l’ont montré les travaux qu’a dirigés naguère Jean Boisset, révèle les attitudes religieuses profondes des nouveaux convertis au cours du XVIIIe siècle. Enfin la troisième que nous voudrions signaler ici, est celle de Ch. Carrière, Hommes d’affaires protestants à Paris et à Marseille à la fin de l’Ancien Régime, p. 72-88. Article important comme tous ceux de Charles Carrière, et doublement.
Il commence en effet par un tableau comparatif des structures économiques de Paris et de Marseille au siècle des Lumières, ce qui lui donne l’occasion d’analyser les rapports entre le négoce et les finances dans la vie économique de la fin de l’Ancien Régime. Ensuite, il montre comment Marseille a joué pendant tout le siècle « son râle de foyer d’appel des nouveaux catholiques restés de cœur ». Genève et la Suisse lui offrent des négociants tandis qu’elles dirigent vers Paris des banquiers. Ces hommes d’affaires protestants, à Marseille, ils étaient tentés par « l’horizon maritime » ; à Paris, par les spéculations que la proximité avec le Pouvoir leur permettait d’entrevoir. Enfin, quelques réflexions générales fondées sur une rare intimité des milieux économiques réformés :
1) « Le Refuge, même si son mobile profond n’était pas économique, a renforcé, accéléré une démarche qui se serait continuée de toute manière »,
2) « Le protestantisme parisien n’est pas l’image fidèle du protestantisme français », de même que la banque protestante, étudiée naguère par H. Lüthy dans un des plus beaux livres qu’on ait écrit depuis la guerre sur le XVIIIe siècle, ne saurait se réduire à son expression parisienne.
3 – « Entrer dans la vie ». Naissances et enfances dans la France traditionnelle, présenté par J. Gélis, M. Laget et M. F. Morel,
Paris, 1978. In- 12, 246 p.
Le sujet est dans le vent, dira-t-on. De fait, les ouvrages ne manquent pas sur ce thème. Pour ne citer que les plus connus Philippe Aries, L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime. Paris, 1960 (Réédition, Paris, 1973) et P. Darmon, Le Mythe de la procréation à l’âge baroque. Paris, 1977. Pourtant, ce livre, par moments. musée des horreurs à déconseiller formellement aux femmes enceintes trop sensibles, est loin d’être un simple écho des idées déjà exprimées. En grande partie, la documentation est originale : certes l’inévitable P. Félines et son Catéchisme des gens mariés (Caen, 1782) est cité, mais son témoignage est perdu au milieu de mille autres documents découverts par l’un ou l’autre membre de cette triade qui se consacre depuis plusieurs années à l’étude de la naissance et de la petite enfance dans la France préindustrielle. Les lecteurs de cette revue connaissent déjà bien les travaux de Mireille Laget dans ce domaine. A mon sens le tour de force si heureusement réussi par les auteurs de cet ouvrage tient d’une part à avoir fondu leur collaboration au point qu’il n’y a aucun hiatus d’un chapitre à l’autre, du début à la fin de leur, livre, et par leur curiosité rassemblée et mêlée, à avoir présenté leur sujet dans une optique beaucoup plus large que d’ordinaire. Ainsi, l’analyse de l’évolution des attitudes n’est pas coupée ou mal confrontée aux tendances majeures de la démographie. Enfin, tous ceux qui s’intéressent à l’histoire du Bas-Languedoc seront heureux de trouver grâce à notre collaboratrice et amie Mme Laget, de nombreuses données, le plus souvent inédites sur notre région : de la fiche démographique de la famille de Pierre Pontet, vigneron à Pignan au XVIIIe siècle, père de 9 enfants dont 6 meurent en bas âge (p. 45) au serment de Marguerite Banquier, sage femme à Mauguio, qu’elle prête en 1754. (p. 78). Pourquoi le cacher, j’ai beaucoup aimé ce livre à l’écriture alerte qui m’a beaucoup appris.
4 – Jean NICOLAS, La Savoie au 18e siècle Noblesse et bourgeoisie,
Paris, 1978, 2 tomes.
Que l’on me pardonne de citer cet ouvrage d’histoire régionale. Les allusions à notre département sont rares même si par exemple le mouvement des prix du froment en Savoie est comparé à celui de Béziers, ou si l’influence et le prestige de l’Université de Médecine de Montpellier en ces terres savoyardes sont soulignés. En fait, cet ouvrage ne doit pas être ignoré car il constitue un modèle d’étude de la vie provinciale du XVIIIe siècle, centrée sur l’analyse des groupes sociaux dominants, au sein desquels s’est amorcée une redistribution de la richesse et de l’influence dans ce « duché pauvre et écarté et en dépit d’une économie routinière attardée dans sa ruralité » : un modèle où les exigences du quantitatif n’excluent pas le qualitatif comment oublier le gracieux Henry Costa dessinant d’après l’antique ou Maître Michel Blanc, notaire à Beaufort, posant avec son double menton et sa plume d’oie.
5 – Michel C. PERONNET, Les évêques de l’Ancienne France.
Lille, 1977. In-8°, 2 T., 1486 p.
Dans cet ouvrage, qui correspond à sa thèse d’État, l’auteur, qui a déjà collaboré à notre revue, traite un grand sujet : la douzaine de générations d’évêques qui se sont succédé dans les cathédrales françaises entre 1516 et 1789. Il souligne avec raison qu’une partie de ses caractéristiques proviennent « des structures de très longue durée de l’Église, fortifiées par le concile de Trente ». Mais, surtout, il s’est attaché à définir l’origine sociale de l’épiscopat français sous la monarchie absolue et ses rapports avec le Trône, en particulier au XVIIIe siècle. L’ensemble s’organise de la manière suivante : une première partie sur la génération épiscopale de 1789, où sont présentées pour la première fois d’une manière systématique les carrières et les familles des évêques qui furent confrontées aux débuts de la Révolution : la conclusion est inattaquable : « Le recrutement épiscopal se fait parmi des prêtres formés à Saint-Sulpice, anciens élèves de la Sorbonne, âgés de plus de 35 ans, vicaires généraux depuis 10 ans. Ils sont nobles de race ou d’anoblissement, nés en province, dans des familles connues, actives et riches formant le noyau dirigeant de la noblesse » la seconde, intitulée « Pape, Roi, évêques. Les Évêques de l’Ancienne France : structures et conjonctures » (1516-1789) permet à notre auteur de montrer comment sous l’Ancien Régime l’épiscopat français s’impose « comme un corps national, nobiliaire et indépendant ». Enfin, dans la dernière partie, M. Peronnet décrit la vie des évêques sous Louis XV et Louis XVI, leurs relations avec la monarchie par le biais des assemblées du clergé dont les mécanismes institutionnels et l’esprit sont très bien mis en valeur, et enfin leurs attitudes face à la crise prérévolutionnaire et révolutionnaire leur résistance à la Constitution civile, correspondant à la dernière manifestation de leur cohérence.
A mon sens, cette note réduite à un sommaire de l’ouvrage voile les intérêts nombreux parmi lesquels puis-je citer : 1) le recours dans l’analyse à la notion couplée d’image et réalité à laquelle ont été sensibles jusqu’ici surtout les historiens des relations internationales ; 2) la technique d’analyse sociale que révèlent les tableaux des appendices et celle du contenu des cahiers de doléances nobles ; 3) l’exposé méthodologique, biographique, généalogiques et d’histoire diocésaine, qui devrait rendre des services aux chercheurs qui s’intéressent à l’histoire de l’Église et à celle de la noblesse.
6 – Claude LAURIOL, La Beaumelle, un protestant cévenol entre Montesquieu et Voltaire,
Genève, 1978, 616 p.
Cette thèse d’État décrit la vie d’un philosophe, ennemi de Voltaire. Huguenot de Valleraugue, Laurent de la Beaumelle a joué un grand rôle dans la diffusion des idées éclairées au, Danemark et plus largement dans l’Europe du Nord. Ce premier historien de Mme de Maintenon a connu, comme d’autres penseurs de ce siècle, la Bastille par deux fois. L’étude de Claude Lauriol, qui se fonde en particulier sur les archives familiales de son héros, doit être lue par tous ceux qui aiment, non sans parfois quelque nostalgie, l’Europe éclairée et par tous ceux qui s’interrogent sur les conditions de la survie du protestantisme en France entre la Révocation de l’Édit de Nantes et l’Édit de Tolérance de 1787. Enfin, les historiens locaux noteront le récit du séjour à Montpellier de ce philosophe ennemi et victime de Voltaire à Montpellier, des derniers jours de 1757 à la fin mai 1758. A peine sorti de la Bastille, il y vient chercher un contrat, une charge et une femme. Il y projette d’écrire une Histoire des États de la province de Languedoc. Il négocie une dot mais comme les parents de sa belle ne peuvent finalement lui verser que 40.000 L., il renonce à ses intentions et décide de chercher sa promise dans les jeunes filles qui peuvent se constituer en dot de 50 à 60.000 L. Il réapparaît à Montpellier le 13 VIII 1758 pour y être incarcéré une journée pour avoir tenu des propos jugés trop forts sur le Duc de Richelieu.
7 – Pierre SERRES, Abrégé de l’Histoire du Calvinisme de la ville de Montpellier, publié pour la première fois avec des extraits inédits. Introduction et notes par M. Barral et M. Peronnet.
Montpellier, 1977, 137 p.
Une fois encore l’Entente bibliophile de Montpellier a eu une heureuse initiative en publiant cet abrégé inédit sous le patronage d’un grammairien et d’un historien, les professeurs Barral et Peronnet, de la Faculté des Lettres de Montpellier. Le premier s’est chargé de présenter la vie et les œuvres de Pierre Serres et de décrire avec un grand soin le manuscrit sur lequel se fonde cette impression. Le second s’est attaché à définir Pierre Serres « en tant qu’historien du Calvinisme de Montpellier ».
Issu d’une famille montpelliéraine de petits robins catholiques, Pierre Serres a laissé une œuvre de 14 titres, se rapportant tous à sa ville natale. « D’une langue souvent archaïsante » et « d’un style assez lourd », son abrégé qui date du début du XVIIIe siècle, couvre en « quelques dizaines de pages, un siècle et demi d’histoire ». Récit bref, peu original dans l’information, mais qui pour reprendre l’analyse de M. Peronnet, montre « comment s’est imprimée une image des huguenots montpelliérains dans l’esprit d’un catholique de la même ville, celle d’huguenots pleins d’hardiesse, d’insolence et de malice ».
Voilà un nouveau succès pour l’Entente bibliophile en espérant qu’elle nous donne vite un nouveau texte de cet intérêt présenté avec cette qualité.
8 – Menestral, l’art des pays d’Oc,
BP 79, 31013 Toulouse Cedex.
Il n’est pas trop tard pour signaler cette revue qui vient courageusement commencer sa quatrième année de publications : une revue d’histoire de l’art languedocien, forte de son bilinguisme et du concours des meilleurs connaisseurs. Un exemple, l’appel à Jean Claparède pour présenter l’œuvre du peintre montpelliérain Jean Raoux (n° 15, 1978). Un voeu, du fond du cœur, qu’à l’instar de notre collaborateur et ami Jacques Peyron, qui, après avoir étudié le plafond peint de Pomas (Aude) (n° 19, 1978) vient d’entreprendre une mise au point sur les plafonds peints gothiques d’Albi dont quelques-uns n’avaient jamais été publiés, Jean Claparède, qui a tant aimé le Musée Fabre et tout fait contre vents et marées pour qu’il soit un Conservatoire des Arts montpelliérains, accepte, pour notre plus grande joie, de poursuivre cette galerie des peintres de Montpellier dont il a une connaissance à nulle autre pareille.
9 – C.E.J. CALDICOTT, Le gouvernement de Gaston d’Orléans en Languedoc et la carrière de Molière, XVIIe siècle,
1977, n° 116, p. 17-42.
Universitaire canadien, l’auteur s’attache dans cet article à identifier les membres les plus influents de la classe dirigeante dans la province du Languedoc, entre 1644 et 1660. Il démontre qu’ils sont tous des « fidèles » de Gaston d’Orléans, que ce soit l’abbé de la Rivière, « âme damnée du gouverneur », ou que ce soit l’intendant Le Tonnelier de Breteuil ou son successeur Bazin de Bezons. Mais surtout il prouve que les agents du gouverneur dans la province ont fait partie, jusqu’en 1632 des réseaux de fidélité commandés par le duc de Montmorency. C’est le cas, en particulier, de ses trois lieutenants généraux, tous les trois « rescapés de la bataille de Castelnaudary ». Ainsi nous comprenons mieux la puissance du gouverneur qui ne craint pas, par exemple, d’intervenir dans les élections consulaires, comme à Montpellier en 1645.
Au grand dam des Piscénois, C. Caldicott pousse plus loin sa recherche pour réduire le rôle joué par le prince de Conti pendant la tournée languedocienne de Molière. Il montre qu’à son retour de la guerre de Catalogne, Conti, qui n’est pas encore gouverneur, est un homme désargenté, sans volonté et à peine pardonné pour son rôle dans 1’Ormée de Bordeaux. Le prince, manœuvré par Aubijoux, n’a pu, selon notre historien, honorer l’assignation qu’il avait tirée sur le fonds de l’étape pour payer en 1656 la troupe de Molière qu’en comptant sur le soutien des lieutenants-généraux, puisqu’en principe il était interdit de divertir les fonds de l’étape. Molière aurait prolongé son séjour dans le Midi, moins par amitié pour Conti qu’à cause de ses relations avec tout un réseau de nobles libertins qui auraient connu Madeleine au Marais, et dont la plupart faisait partie de la clientèle de Gaston d’Orléans. Pour terminer, C.E.J. Caldicott se demande s’il ne faut pas voir dans Tartuffe des traits de l’abbé de la Rivière, « fripon de basse naissance qui devint évêque-duc de Langres et chancelier des Ordres du Roi ».
10 – Y. CASTAN, Procédure judiciaire et signes de différenciation sociale en Languedoc au XVIIIe siècle,
Bull. de la Société d’histoire moderne, 76e année, n° 20, p. 2-5.
Article dense, comme tous ceux d’Y. Castan, qui s’attache à saisir à partir de 1750 environ un détachement encore minoritaire des valeurs d’adhésion commune. A l’esprit « de complaisance, de serviabilité, de gratuité bienveillante » se substitue peu à peu « une mentalité pratique », qui se manifeste en revendiquant sa liberté d’action jusqu’aux limites de son droit ou de son autorité. L’honneur prend un aspect « plus farouche, privilégiant le labeur à poursuivre.., la défense âpre et ouverte des intérêts », qui se rencontre le plus souvent chez de petits artisans, commerçants et trafiquants, c’est-à-dire chez des hommes qui, non seulement, savent lire et écrire, mais encore connaissent et appliquent la notion de rigueur, comme le révèlent leurs livres de comptes ou leurs bilans. Ainsi une minorité commençait dans nos bourgs et villages languedociens de la fin de l’Ancien Régime à troquer une morale « d’engagement solidaire » contre la morale du bonhomme Richard qui, par le biais de la diffusion des almanachs, gauchissait ses traditions dans un sens plus individualiste. Au même moment, les éléments les plus turbulents des communautés étaient promus au rang de délinquants tandis qu’au début du siècle, ils pouvaient compter sur une certaine tolérance complice et garde-fou de leurs compatriotes.
11 – Renée BERTRAND-BONNET, Dans le vignoble languedocien : Paulhan,
Nice, 1978, in-8°, 111 p.
L’ouvrage correspond à une chronique historique locale, où la période moderne est traitée dans une dizaine de pages (p. 21-32). Même si seuls les grands, à l’échelle de ce bourg, apparaissent, ce petit livre, écrit avec amour, peut servir d’introduction à l’histoire de cette commune.
III. - Publications récentes, publications en cours, divers
Sans attendre de les avoir reçus, nous voudrions signaler les ouvrages suivants dont il sera rendu compte dans un des prochains numéros :
- Mireille LACAVE, Illustration du Vieux Montpellier, Avignon, Aubanel, 1977.
- -J. VIDAL, Vauvert et les Vauverdois du XVIIe siècle au début du XIXe siècle, thèse de 3e cycle (Histoire), Montpellier, Faculté des Lettres, 1978.
- SAUZET, Contre-Réforme et réforme catholique en Bas-Languedoc au XVIIe siècle : le diocèse de Nîmes de 1598 à 1694. Étude de sociologie religieuse, Lille – Paris, 1978, 2 tomes.
- CHENE, Les professeurs de droit français à Montpellier au XVIIIe siècle. Thèse, Faculté de droit, Montpellier, 1978.
- -B. ELZIERE, Histoire des Budos, Aix-en- Provence, 1978.
- SECONDY, Pignan en Languedoc.
- Colin JONES, Poverty, Vagrancy, Society in the Montpellier région, 1740-1815, thèse de D. Phil., Oxford, 1975.
- BLANCHARD, Les ingénieurs du « Roy » de Louis XIV à Louis XVI, Montpellier, Déhan.
- Églises et Institutions, Actes du Ve Colloque du Centre d’Histoire de la Réforme de l’Université Paul Valéry.
- Le Centre d’Histoire de la Réforme et du protestantisme de l’Université Paul Valéry organise les 25, 26, 27, 28 septembre 1979 un colloque (le sixième du centre) consacré à la controverse religieuse. Les séances sont publiques et auront lieu à l’Université Paul Valéry.
Henri MICHEL
Université Paul Valéry.
Le syndicalisme révolutionnaire dans le midi viticole et sa postérité : à propos de l'article de Laura L. FRADER, Paysannerie et syndicalisme révolutionnaire : les ouvriers viticoles de Coursan (1850-1914). (Cahiers d'histoire de l'Institut Maurice Thorez, 4e trimestre 1978)
Dans un article substantiel, l’historienne américaine Laura Frader présente les principaux aspects de sa thèse de doctorat soutenue en 1978 à l’Université de Rochester (New York) sous le titre : « The working class in the wine industry of Lower Languedoc : Coursan, 1850-1914 ». Nous avons là un excellent exemple de micro-analyse historique déjà illustré pour le village de Cruzy (Hérault) par un autre chercheur américain J. Harvey Smith : « Work routine and social structure in a French village Cruzy (Hérault) in the 19 th century », Paper for the session on the Peasantry at the Brockport Conférence, September 29-30, 1972. Si l’on ajoute aux noms de Laura L. Frader et de J. Harvey mitn, celui de Leo Loubére, qui a publié « Radicalism in Mediterranean France. Its rise and décline (1848-1914) », Albany, 1974, on peut voir que notre région sollicite fortement l’intérêt des chercheurs américains.
Laura Frader étudie successivement la période 1850-1880 (l’âge d’or de la viticulture) puis celle de l’essor du grand capitalisme viticole (1880-1900) et enfin les années 1900-1914 qui voient la naissance et l’essor du syndicalisme révolutionnaire.
Alors que le milieu du XIXe siècle est caractérisé, à Coursan, par un relatif morcellement des terres et une situation assez favorable pour les ouvriers agricoles (les salaires tendent à augmenter), les choses changent avec l’arrivée du phylloxéra qui détruit le tiers du vignoble de la commune. La reconstitution post-phylloxérique modifie la répartition de la propriété : le grand domaine se développe tandis que de nombreux petits possédants se prolétarisent. Dans le Narbonnais, l’évolution politique vers la gauche (radicalisme puis socialisme) va de pair avec le développement viticole. Mais ce socialisme devient de plus en plus modéré, de plus en plus parlementaire. En 1907, ces socialistes du Narbonnais, mais non ceux du Gard et de l’Hérault, pratiquent la collaboration de classes et Laura L. Frader rappelle que, pour Ferroul, la Confédération Générale des Vignerons (CGV), qui se crée alors, se définit comme « l’union fraternelle du capital et du travail ». Ferroul devient alors président de la CGV entouré d’un bureau composé des plus grands propriétaires de la région. Aussi observe-t-on à Coursan une désaffection ouvrière à l’égard de ce socialisme et la croissance de l’abstentionnisme aux élections. Ce phénomène est général dans la région et nous l’avons noté pour plusieurs communes de l’Hérault. Cet abstentionnisme s’accompagne de la croissance des effectifs du syndicat ouvrier et du développement des grèves.
Cette étude, solidement étayée sur une riche documentation, se suffit à elle-même. Nous voudrions cependant prolonger la réflexion à propos du syndicalisme révolutionnaire dans le Midi viticole.
Au sein de la Fédération des Travailleurs Agricoles du Midi (1903-1914), d’orientation syndicaliste révolutionnaire, le syndicat des ouvriers agricoles de Coursan est certainement un des plus marqués par l’anarchisme d’où procède le syndicalisme révolutionnaire. Il est assez proche de ceux de Marsillargues (Hérault) et d’Aimargues (Gard). Dans ces communes, on retrouve avec la même ampleur ce phénomène d’abstentionnisme électoral. François Cheytion, leader du syndicat ouvrier de Coursan, semble avoir droit à l’appellation d’anarcho-syndicaliste alors que Paul Ader, secrétaire de la FTAM et ouvrier à Cuxac-d’Aude, est plutôt syndicaliste révolutionnaire. Anarcho-syndicalisme et syndicalisme révolutionnaire ont en commun une hostilité fondamentale au capitalisme, un esprit de classe intransigeant, un degré élevé de combativité, la croyance en la vertu de la grève générale, la méfiance à l’égard de la politique. Mais, au plan national, sous l’influence de syndicalistes venant de milieux révolutionnaires différents (blanquistes, allemanistes), l’anarcho-syndicalisme se transforme peu à peu en syndicalisme révolutionnaire c’est-à-dire que les traits les plus spécifiquement anarchistes sont abandonnés en particulier l’individualisme (sur la nécessaire distinction entre ces deux formes de syndicalisme, voir : Jean Maitron, Histoire du mouvement anarchiste en France, Sudel, 1951 et H. Dubief, Le syndicalisme révolutionnaire, A. Colin, 1969). Nous ajouterons que, dans le Midi viticole, une riche expérience de luttes ouvrières a facilité ce passage d’une forme de syndicalisme à un autre. Il y a incontestablement une évolution de la plupart des syndicalistes vers un sens plus grand des responsabilités (c’est le cas de Paul Ader en particulier) à la veille de 1914. D’autre part, un certain nombre de ces syndicalistes révolutionnaires viennent du socialisme guesdiste.
Dans le Midi viticole, l’attitude agrariste déjà évoquée des socialistes SFIO (Ferroul en Narbonnais puis Barthe en Biterrois) explique l’évolution d’une partie importante des ouvriers de la vigne vers le syndicalisme révolutionnaire. Dans plusieurs communes viticoles de l’Hérault, par exemple, à la veille de 1914, la SFIO perd des voix chez les ouvriers.
On peut aller plus loin et tenter de préciser la postérité du syndicalisme révolutionnaire en Languedoc viticole. Dans les années 1921-1939, le jeune Parti communiste (issu dans l’Aude et dans l’Hérault d’une scission minoritaire de la SFIO) soucieux de développer un socialisme de classe ayant rompu avec les pratiques dites de « collaboration de classes », cherche à s’implanter en milieu ouvrier. Ce n’est certes pas un hasard s’il trouve alors chez les ouvriers agricoles, marqués par le syndicalisme révolutionnaire, un terrain favorable. Dans de nombreuses communes de la plaine viticole languedocienne et roussillonnaise, la filiation syndicalisme révolutionnaire – syndicalisme unitaire (de la Confédération Générale du Travail Unitaire ou CGTU) – est nette et, à travers elle, la filiation syndicalisme révolutionnaire-communisme. Il s’agit de la rencontre de deux courants facilitée par l’insistance avec laquelle le PCF, dans les années 1920, revient sur la rupture avec le « parlementarisme » de la SFIO. Les thèmes de la grève générale, de la méfiance à l’égard de la politique et donc de l’abstentionnisme électoral disparaissent alors chez ces ouvriers qui se rallient au communisme mais les autres aspects du syndicalisme révolutionnaire (sens de classe aigu, grande combativité sur les lieux du travail, attention apportée aux revendications quotidiennes) sont valorisés car ce sont ceux dont le Parti communiste a besoin.
Bien sûr, ce passage se produit de façon complexe et tous les ouvriers influencés par le syndicalisme révolutionnaire ne suivent pas cette voie. Il en est qui continuent à refuser de participer aux élections et c’est encore plus vrai pour ceux qui sont directement touchés par l’anarchie. D’autre part, ce passage se fait sur une longue durée, de 1921 au lendemain de la seconde guerre. Enfin, à l’intérieur du Parti communiste, d’autres courants se mêlent à celui-ci (un des plus importants est celui qui est issu de la Résistance dans la mesure où il établit le lien avec le « Midi Rouge » du XIXe siècle) et le parti lui-même, par sa ligne politique et sa pratique, assure les synthèses. Mais, dans ces communes viticoles, où le syndicalisme révolutionnaire était influent avant 1914 (et même si le prolétariat diminue fortement en nombre par la suite), le Parti communiste obtient, depuis la Libération, quelques uns de ses pourcentages les plus élevés aux diverses élections et dirige souvent des municipalités comme à Aimargues, à Marsillargues durant un temps, à Coursan (depuis 1947) ou dans les 13 communes de la « ceinture rouge » de Béziers.
Jean SAGNES,
Université de Perpignan.
La nécropole de Saint-Julien a Pézenas (Hérault) et la nécropole de Medellin en Estrémadure 1 rapprochements d'ambiance phénico-punique et ibéro-languedocienne
Entre Péninsule ibérique et Languedoc-Roussillon, les rapprochements que l’on peut établir entre certains groupes de documents de civilisation matérielle d’époque préromaine renouvellent les vues trop subjectives qui avaient cours il y a une vingtaine d’années 2. Il semble que, dès la fin du VIIe siècle, les navigations maritimes des Phéniciens de l’Ouest (côte andalouse), puis des Puniques, leurs successeurs, les aient mis en contact avec les populations préromaines établies entre l’étang de Thau et les Albères. Toutefois, jusqu’à ce jour, les rapprochements proposés sont encore peu nombreux. Ceux qui viennent ci-après le sont pour la première fois.
Il est d’ailleurs remarquable que ce soit entre une région de la Péninsule Ibérique qui est éloignée de la Méditerranée (l’Estrémadure) et la basse vallée de l’Hérault que nous puissions établir des rapprochements. Medellin est une petite localité située dans la province de Badajoz, dans la haute vallée du Guadiana. Sur une colline avec château médiéval (le « cerro del Castillo ») se trouvait un habitat dans la phase d’existence la plus ancienne – Medellin I 3 – couvre une période antérieure à 800 avant notre ère et dure jusqu’au début du VIIe s. Ce site se caractérise par une occupation continue jusqu’à la période romaine. Au pied de cette colline était une nécropole dont la phase la plus ancienne date seulement de la seconde moitié du VIIe s. et du début du VIe siècle 4, alors que sa phase 2 a été placée entre 550 environ et 500/475, et que sa phase finale ou 3 correspond à la première moitié du Ve siècle 5. Quant à la nécropole de St-Julien à Pézenas, elle se trouvait également au pied d’une hauteur, celle de la colline de St-Siméon qui fut occupée à l’époque préromaine 6. Le mobilier connu des sépultures de la nécropole de St-Julien permet de distinguer deux phases principales : a) 600 environ à 550/540 ; b) 540 environ à 500 environ ou début du Ve s.
Parmi les rapprochements proposés, trois groupes paraissent pouvoir être précisés :
- le groupe de caractéristiques qui ont pour origine le monde méditerranéen, en particulier le monde phénico punique,
- le monde « indigène » avec une survivance de pratique funéraire que l’on peut rattacher à l’Europe centrale,
- le monde « indigène évolué », ayant acquis des caractéristiques « personnelles », typiques de la Méditerranée occidentale, tant en Péninsule Ibérique qu’en Roussillon-Languedoc méditerranéen (à l’ouest de l’étang de Thau).
Dans les deux nécropoles, on observait le rite de l’incinération. Cependant alors que la nécropole de St-Julien n’a pu être fouillée qu’après le charruage qui l’avait révélée, la nécropole de Medellin a été fouillée à la suite de prospections et dès qu’une tranchée creusée pour une décharge d’eau de la plaine cultivée (huerta) a fait apparaître des ustrina 7 ; ceci explique que les constatations qui furent faites, en cours de fouille à Medellin, soient souvent plus détaillées que celles qui concernent la nécropole de St-Julien/Pézenas.
On peut présenter les rapprochements de la façon suivante : en premier lieu les pratiques des survivants à l’égard d’un défunt, puis la structure du loculus funéraire ; en second lieu ce qui, parmi le mobilier funéraire, peut être rapproché y compris l’offrande alimentaire ; enfin ce que l’on peut déduire d’après ce mobilier à propos des occupations de la population préromaine qui incinérait ses morts.
1. - Pratiques funéraires
Emplacements d’incinération : ustrinum 8, bustum 9 ; dépôts d’offrandes ne faisant pas partie du mobilier funéraire et ayant pu servir à des libations au-dessus de la sépulture : silicernia 10 ; probabilité de telles libations 11 après incinération, tri soigneux fait des os qui restent et, avant de les mettre dans l’ossuaire, nettoyage dans l’eau 12 ; enfouissement dans un loculus du mobilier funéraire de telle manière que le creux principal, centré, soit entouré d’une banquette de terre pour recevoir divers objets ayant appartenu au défunt tandis que l’ossuaire occupe le centre de ce loculus 13. Présence, parmi le mobilier funéraire, d’une offrande alimentaire représentée par l’os du quartier de viande qui avait été déposé 14.
2. - Éléments comparables du mobilier funéraire
3. - Nature d'occupations artisanales comparables
Prédominance d’activités en relation avec la métallurgie 18 au milieu d’une société qui, par ailleurs, est de type agricole.
⁂
On peut aussi élargir les rapprochements à la Péninsule ibérique, à la Méditerranée orientale et à l’Europe centrale.
Le rite d’incinération est attesté aussi bien en Méditerranée orientale d’ambiance phénicienne que dans les milieux indigènes du centre de l’Europe 19. Le tumulus à incinération des busta 3 et 20 de Medellin 20 se retrouve à la fois dans le monde indigène de l’Andalousie 21 et en Languedoc méditerranéen, à Agde, dans la nécropole du Peyrou 22. Par contre, ailleurs1l’existence de busta semble être exceptionnelle 23. Celle de loculi à banquettes est caractéristique du monde phénicien à Motyé, et en Andalousie 24. Les silicernia n’auraient pas été observés ailleurs, même en Andalousie 25. Quant aux dépôts d’offrande, ils sont connus dans toute la Méditerranée et aussi en dehors du monde phénicien 26.
Pour ce qui est des documents du mobilier funéraire auxquels nous avons fait allusion précédemment celui qui est le plus ancien en date est le couteau en fer à rivets et de forme souvent anguleuse sur le dos. Son origine en Méditerranée orientale est connue 27 et, à ce propos, il est remarquable de souligner sa rareté dans une grande nécropole de l’Europe centrale, celle de Hallstatt 28 où presque tous les couteaux sont à soie. La fibule annulaire hispanique de grand diamètre a été datée dans la Péninsule Ibérique au début du Ve siècle 29. Elle est connue dans la même basse vallée de l’Hérault sur le comptoir indigène de La Monédière, à Bessan 30.
Les deux sociétés rurales qui incinéraient leurs morts à St-Julien et à Medellin avaient une activité de subsistance de type agricole avec élevage de bovidé 31 et de mouton/brebis 32, c’est-à-dire qu’à une population de réels sédentaires était associée une population de pasteurs. Mais leur caractéristique majeure était une activité artisanale en relation avec la métallurgie, soit celle du bronze et du fer à St- Julien 33, soit celle du fer à Medellin 34. Comme en Autriche, à Hallstatt, ces populations étaient celles de techniciens et de commerçants intermédiaires 35.
Les rapprochements de pratiques funéraires, de civilisation matérielle et de milieu social qui viennent d’être proposés, permettent de se rendre compte de la complexité de ce monde « barbare » occidental des VIIe et VIe siècles avant notre ère. Devenus depuis peu de temps sédentaires, des migrateurs de type pastoral, qui avaient emprunté des voies terrestres de cheminement par delà les Alpes et les Pyrénées, avaient été assimilés par des populations agricoles. Ces nouveaux Occidentaux recevaient de navigateurs-négociants ou de leurs intermédiaires indigènes soit l’objet prototype vite imité, soit l’idée d’une pratique funéraire nouvelle, notamment celle du symposion funéraire. Ces contacts, ces influences, furent le point de départ d’embryons de civilisations nouvelles véritablement occidentales : celle des Celtibères d’Andalousie et d’Estrémadure, celle des Ibères des régions de la basse vallée de l’Èbre, puis de la koiné ibéro-languedocienne sur les deux versants pyrénéens.
J.-J. JULLY.
Notes
1 C’est en grande partie grâce à l’ouvrage remarquable de M. Almagro-Gorbea – El Bronce final y el periodo orientalizante en Extremadura – Biblioteca Prehistórica Hispana, XIV, 1977, que les remarques présentées dans ces lignes peuvent être faites. Voir le Compte-rendu de l’ouvrage dans la R E A (R. Etienne, J-J Jully, A. Coffyn, P. Rouillard), à paraître.
2 Nous faisons allusion notamment aux vues de J. Jannoray en 1955 (Ensérune, Contribution à l’étude des civilisations préromaines de la Gaule méridionale, passim), vues qui allaient à l’encontre d’une arrivée de populations ibères en deçà des Pyrénées, même si cet auteur acceptait la présence de « matériel ibérique » sur le site (ibid., p. 418 sq.( ainsi qu’à celles, semble-t-il, opposées, de F. Benoit, dix ans plus tard, en 1965 (cf. Recherches sur l’Hellénisation du Midi de la Gaule, p. 99, par exemple : « la région de Narbonne, autrefois habitée par les Elisyques, avant l’invasion (sic) ibérique »).
3 Cf. M. Almagro-Gorbea, o.c., p. 481.
4 Id., ibid., loc. cit.
5 Id., ibid., loc. cit.
6 Cf. J. Giry, L’oppidum de Saint-Siméon (commune de Pézenas) (…) – Études sur Pézenas et sa région, 1970/2 p. 3-6.
7 Cf. M. Almagro-Gorbea, o.c., p. 288.
8 « Lieu où l’on brûle un corps » (dont les cendres sont ensevelies dans un autre endroit). A vrai dire, à St-Julien, la présence d’emplacements pour ustrina a été envisagée grâce à des indices qui n’ont pas toujours semblé très concluants : J. Giry, La nécropole préromaine de Saint-Julien (Cne. de Pézenas – Hérault) R E Lig., 31(1-2), 1965 (1970) par exemple p. 190, 210 et la mention p. 205 (« tombe 220 » : « En quatre endroits de cette zone et espacés de deux à trois mètres, se trouvaient des pierres fortement brûlées, placées sur le sol naturel. Il s’agit peut-être d’ustrina ») ; Ch. LImas, A. Robert, La nécropole de Saint-Julien à Pézenas (Hérault). Fouilles de 1969 et 1970. R. N, IV, 1971, p. 14 et 16 (« Dans cette dernière zone, vide de tombes, deux foyers circulaires creusés dans la croûte étaient remplis de galets rubéfiés et de quelques charbons de bois aucun matériel susceptible de les dater n’y fut découvert »). Quant à Medellin, à part la mention de la découverte d’ustrina avant le commencement de la fouille (cf. M. Almagro-Gorbea, o.c., p. 288, 296) il s’agit plutôt de busta (voir note 9).
9 « Lieu où l’on brûle et où l’on ensevelit un mort ». Pour Medellin les exemples ne sont pas rares : M. Almagro Gorbea, o.c., p. 293, 294, 296, 297, 298 aussi p, 317, 325, 335, 380 : buste nos. 3, 9, 12, 19, 20. Pour St-Julien, il en va de même en effet 17 cas de fosse/loculus, présentant soit le « fond brûlé », soit le mobilier posé au-dessus de pierres brûlées qui se trouvaient sur le sol naturel, ont pu être relevés : J. Giry, o.c., p. 129, 171, 184, 189, 192-193, 197, 199, 206, 210, 229, 231, 235, « tombes » 9, 154, 177, 189, 196, 206, 208, 221, 222, 230, 258, 265, 275 ; Ch. Llinas, A. Robert, o.c., p. 14, 19, 20, sépultures 4/69 (= E R A 213), 7/69 (= E R A 216), 9/69 (= E R A 218), point 8/9 (= E R A 217). Des « feux d’offrandes » ont également existé à Medellin (M, Almagro Gorbea, o.c., p. 381 notamment) : ils sont en rapport avec des dépôts d’offrandes (voir la note suivante).
10 Silicernium : « repas funèbre » et M. Almagro-Gorbea, o.c., p. 337 : « On appelle silicernia ou dépôts d’offrandes les ensembles de documents formés par des objets qui ont été déposés dans la nécropole sans qu’ils fassent partie d’un mobilier ou figurent dans une sépulture quelconque » exemples à Medellin, ibid. p. 292, 293, 294, 295, 299 : offrandes associées au feu rituel réalisé sur la sépulture et autour d’elle. Pour St-Julien, les exemples de feux rituels ne manquent pas nous en avons relevé plus d’une demi-douzaine : J. Giry, o.c., p. 132, 183, 192, 194, 200 et carnet de fouilles : « tombes » 128, 174, 195, 200, 209, 213 et 172. Comme exemple dans cette nécropole d’un dépôt d’offrandes consistant en vases, J. Giry, ibid., p. 131, « tombe 11 » = E R A 13. Une offrande de vases comparable a été remarquée à Medellin : M. Almagro, o.c., p. 380.
11 Pour St-Julien, J. Giry, o.c., p. 118. Le grand nombre de fragments d’amphores vinaires de type grec serait d’ailleurs en faveur de cette vue. Quant à Medellin il a dû y exister, outre des sacrifices d’animaux (M. Almagro-Gorbea, o.c., p. 381-382) des offrandes liquides d’accompagnement (id., ibid. p. 503).
12 A St-Julien comme à Medellin les cendres étaient criblées afin de les séparer des quelques os ayant subsisté après l’incinération ; de plus ces os, très propres, étaient lavés : J. Giry, o.c., p. 131, 136, 223 : sépultures 11, 16 B, 251 (= E R A 13, 19, 186) ; cf. M. Almagro-Gorbea, o.c., p. 300, 379.
13 Cette structure du loculus est attestée quinze fois à St-Julien : J. Giry, o.c., p. 133, 151, 158, 171, 177, 180, 187, 191, 196, 197, 212, 216, 223, 225, 226, 228 : « tombes » 14, 115, 128, 154, 165, 172, 182, 190, 205, 233, 240, 251, 253, 254, 257 (= E R A 17, 53, 65, 90, 101, 108, 118, 125, 140, 167, 174, 186, 188, 189, 192) plus de la moitié – 8 sur 15 – étaient des sépultures de guerriers. A Medellin des ossuaires sont placés également dans des loculi et peuvent être protégés par des pierres : M. Almagro-Gorbea, o.c., p. 291, fig. 103/A, -A, B, -B, comme à St-Julien : J. Giry, o.c., p. 197, sépulture 206 (= E R A 141) ; toutefois le « surcreusement » caractéristique des 15 sépultures de St-Julien n’y est pas signalé alors qu’il existe dans les nécropoles phénico-puniques ou avec influence de cette ambiance (cf. dans le premier cas, la nécropole de Motyé J.-J. Jully, Onze sépultures de la nécropole archaïque de Motyé. (…), sous presse : sépulture 8 du 28-7-1962 et dans le second cas, la nécropole de « La Joya », à Huelva : J.-P. Garrido Roiz, E. Ma. Orta Garcia, Excavaciones en la necrópolis de « La Joya » Huelva, II : 1978, p. 24, tombe 12).
14 L’offrande alimentaire à l’intérieur de la sépulture est bien attestée à St-Julien : 8 fois il s’agit du bœuf J. Giry, o.c., p. 146, 187, 188, 191, 199, 213, 219, et 8 fois également de mouton : Id., ibid., p. 190, 192, 197, 215, 216, 218, carnet de fouilles pour la « tombe » 244, puis p. 221 dans un cas le bœuf était associé au mouton : p. 188, « tombe » 183 (= E R A 119) et dans un autre cas le mouton était associé à l’agneau et au sanglier : p. 190 : « tombe » 189 (= E R A 124). A Medellin il y a deux cas de restes d’animaux sans que ce rite soit aussi clairement attesté qu’à St-Julien : M. Almagro-Gorbea, o.c., p. 380.
15 Cette grande fibule annulaire est représentée en Estrémadure et à Medellin même Id., ibid., p. 258, fig. 2, 3, 4, p. 332, fig. 129, p. 340, fig. 134, p. 411, fig. 160, groupe funéraire 19/1 et groupe funéraire 8/1. A St-Julien deux exemplaires et peut-être trois exemplaires sont comparables : cf. J. Giry, o.c., p. 197, 211 et probablement p. 156 : « tombes » 205, 232 et 125 (= respectivement E R A 140,166 et point 62).
16 Le couteau en fer à dos anguleux (afalcatado) est représenté à Medellin : M. Almagro-Gorbea, o.c., p. 307, fig. 109/6 : « conjunto 11 », p. 332, fig. 129 : « conjunto 19 ». A St-Julien 40 localisations différentes ont été relevées toutefois les exemplaires (présentant encore un angle) qui nous sont connus sont au nombre de 7 seulement : J. Giry, o.c., p. 131, 152, 163, 202, 214, 224, 226, « tombes » 12 A, 117, 137, 214, 234, 251, 253.
17 Ce type de couteaux à rivets qui, parfois, ont la pointe recourbée correspond à des prototypes de Méditerranée orientale J. Deshayes. Les outils de bronze de l’indus au Danube, 1950, n° 2584, exemplaire à pointe relevée : Grèce préclassique, Égée ; un exemplaire de ce type nous est connu à St-Julien : J. Giry, o.c., p. 163, « tombe » 137 (= E R A 74). Sur l’origine en Méditerranée orientale, voir aussi M. Almagro. Bosch, L’origine de l’art ibérique à la lumière des, récentes découvertes, R A, 1977/2, p. 277.
18 D’après certains objets dans les mobiliers des nécropoles de St-Julien et de Medellin, il est possible de se rendre compte de l’activité artisanale locale qui caractérisait principalement les sociétés rurales qui déposaient, parmi le mobilier funéraire de leurs morts incinérés, ce qui leur appartenait. Les couteaux en fer fournissent déjà un exemple convenable. A Medellin un creuset avec traces de cuivre se trouvait dans le loculus 3a : M. Almagro-Gorbea, o.c., p. 300, aussi p. 377. A St-Julien un moule de la partie supérieure d’une poignée d’épée a été découvert dans la nécropole mais sans ossuaire (J. Giry, o.c., p. 149, grès) ; des objets en cuivre – gobelet, boucle de ceinture : « tombes » 181 et 35 (= E R A 117, abords et 21), J. Giry, o.c., p. 187 et 137, ou bien combinant le bronze et le fer – gobelet à nouveau puis boucle de ceinture ornée en plus de cuivre : « tombes » 254 et 244 (= E R A 189 et 178), Id., ibid., p, 226 et 220, sont autant de preuves d’un travail de métallurgie et d’une grande habileté technique.
19 M. Almagro-Gorbea, o.c., p. 385, 386.
20 ld., ibid., p. 380.
21 G. Bonsor, Les colonies agricoles préromaines de la vallée du Bétis, R A, XXXV, 1899, p. 241, fig. 41, p. 266, fig. 63 : Bencarron et La Huerta Nueva M. Almagro-Gorbea ; o.c., p. 383.
22 Archeologia (Paris), 114, 1978, p. 72.
23 M. Almagro Gorbea, o.c., p. 384 cependant il en a existé en Andalousie, par exemple à Acebuchal : ibid., p. 382.
24 Cf. note 13. Même structure de loculus dans la province de Séville, à Carmona, dans la nécropole de La Cruz del Negro G. Bonsor, o.c., p. 274, fig. 73, p. 276, fig. 75.
25 M. Almagro-Gorbea, o.c., p. 383, 384.
26 Id., ibid., p. 384. Quant à l’offrande alimentaire, son origine semble pouvoir être recherchée en Europe centrale ; elle existait dans la nécropole de Hallstatt : cf. K. Kromer, Das Gräberfeld von Hallstatt, 1959, p. 25 : l’offrande alimentaire s’y trouve dans les sépultures les plus anciennes de guerriers ; on y rencontre également des « crochets doubles » en bronze (Fleischhaken). Deux sépultures à St-Julien pourraient en avoir contenu : J. Giry 1965 (1970) p. 184, 208, sépultures 174 et 223.
27 Cf. note 17.
28 K. Kromer, o.c., sur 1000 sépultures intactes deux couteaux en fer à rivets et de forme suffisamment reconnaissable nous sont connus : pl. 82/1, sépulture 469, texte p. 130, pl. 170/1, sépulture 870, texte p. 138 ; ce dernier est le seul avec un dos anguleux. Ce couteau à rivets est un type qui, à Hallstatt, faisait partie du mobilier des sépultures de guerriers les plus anciennes (ibid., p. 25 et pl. 5/11, dos curviligne).
29 E. Cuadrado, Problemas de la fibula anular Hispanica, 1957 Id., Precedentes y prototipos de la Fibula anular Hispanica, 1963, p. 46 sq. ; M. Almagro. Basch, Sobre et origen posible de las mas antiguas fibulas anulares hispanicas, Ampurias, 28, 1966, p. 215 sq. ; W. Schüle, Die Meseta-Kulturen der lberischen Halbinsel, 1969, p. 152-153 avec une possibilité de datation avant le début du Ve s.
30 J.-J. Jully, La fibule annulaire hispanique à aiguille libre provenant de La Monédière (Bessan, Hérault), C L P A, 14, 1965-1, p. 85-89.
31 Pour Medellin, M. Almagro-Gorbea, o.c., notamment p. 513-514 « La vache est l’espèce la plus abondante à Medellin avec presque 40 % de tous les restes identifiables ». Pour St-Julien/St-Siméon, J. Giry, o.c. passim et voir notre note 14.
32 Id., ibid., passim et mémo note 14 ; cf. M. Almagro Gorbea, o.c., p. 514 : « brebis et chèvre ».
33 Voir la note 18. On pourrait ajouter que l’industrie « launacienne », qui caractérise le Languedoc occidental et l’Ariège (J. Guilaine, L’âge du Bronze en Languedoc occidental, Roussillon, Ariège, 1972, p. 345-359) avec une datation entre le Bronze final III A et le Hallstatt D, c’est-à-dire jusqu’au début du VIe s., était, dans cette « zone géographique-carrefour », une preuve déjà remarquable d’une activité métallurgique. Pour St-Julien et pour le VIe s. les exemples de documents attestant une grande habileté technique de métallurgistes expérimentés seraient nombreux, que ce soient les objets de parure comme les boucles de ceinture en bronze, dans un cas en cuivre, dans un autre cas en bronze et fer avec ornements de cuivre, les soliferrea ou les fréquentes pointes de lance.
34 M. Almagro-Gorbea, o.c., p. 384 scories de fer dans des sépultures, p. 500 : dès le début du VIIe s.
35 K. Kromer, Die Bedeutung des Fundortes Hallstatt für die europaïsche Eisenzeit, Beitrage Oesterr, z. Erforsch. d. vergangenh. u. Kulturgesch. d. Menschenheit (Wenner Grenn Foundation), 1958, p. 60.
