Notes brèves Informations 1978-4 Au Sommaire des Revues
Notes brèves Informations 1978-4 Au Sommaire des Revues
p. 39 à 40
La festa del retorn
Plusieurs ouvrages de récente parution, tout un ensemble de manifestations, notamment un temps de Carnaval, ont remis en honneur la fête languedocienne, dans laquelle se retrouve une société et s’exprime une civilisation. Avec la Festa del Retorn, il ne s’agit pas de retrouver une fête d’autrefois, mais de faire renaître, dans une authentique création, les plus vieilles traditions festives.
Cette Festa del Retorn (la Fête du Retour), organisée par la Jeunesse de Pézenas, les 5 et 6 août, ne pouvait être mieux définie que par un des siens dans les Novelas de la Carriera, n° 6, juin 1978 : « L’estiu arriba… la terra espitaliera deven un comptador onte tot se crompa e se vend, lo solelh, la garriga, los omes, la cultura… Mas volem pas per nautres lo solelh que calcina quand d’autres an drech al solelh que brunis. Pasmens, l’estiu nos toma pas que los toristas. Los amics, fraires e sorres partits trabalhar amondaut dins la suelha, tornon tamben… Nautres que demoran al pais, cal pas veire l’estiu d’un uelh. I a totes los colegas de retorn dins la terra mairala que nos cal festejar. Aquel estiu, Pésenas mostrara lo camin. La joinessa que demora fara la bomba ambe la joinessa qu’es partida. Sara la Festa del Retorn. Aquel ivern avem dich : « Farem del Carnaval la Festa Nacionale ». Aquel estiu direm : « Fasem de la Festa del Retorn la Festa de la Joinessa al pais enamorada »… Ensemble parlarem de l’esper d’un retorn definitiu ».
Au Musée municipal, il y avait l’exposition « Cinquante ans de vie piscénoise », présentant plus d’un millier de photographies au Théâtre de verdure, c’était la représentation de la dernière création du Théâtre de la Carriera (La Fille d’Occitania) ; dans les rues, comme aux grands jours, le Poulain avait fait sa sortie. Si surtout l’on ajoute tout le reste, l’on peut dire, avec les connaisseurs, que rien de la tradition piscénoise ne manquait. Maître Carnaval qui règne sur le temps de Carême, reviendrait-il aux beaux jours ? A l’an que ven.
M. C.
L’Abbaye de Fontcaude
L’abbaye de Prémontrés de Fontcaude, sur le territoire de la commune de Cazedarnes, est, comme on le sait, une véritable révélation due à l’initiative de l’abbé Giry, qui y a effectué, depuis 1969, plusieurs campagnes de fouille et de mise en valeur. Deux substantiels articles, dus à Claire Vignes, une jeune archéologue qui a participé aux recherches, nous apportent une documentation capitale sur cet établissement monastique. L’un traite de l’histoire 1, l’autre des chapiteaux du cloître qui tiennent une place exceptionnelle dans l’histoire de l’art du Languedoc au Moyen-Âge 2.
L’établissement, fondé en 1154 pour des chanoines réguliers de Saint Augustin, passa aux Prémontrés en 1179 et c’est sans doute à cette date qu’il prit rang d’abbaye. Sa prospérité matérielle ne cessa de s’accroître et elle pu essaimer plusieurs prieurés et granges. La communauté semble, avec dix-huit religieux, avoir atteint son plus grand nombre au milieu du XIVe siècle. En 1379, l’abbaye se trouva curieusement désertée, sans doute sous la menace des bandes qui ravageaient la région. La vie n’y reprit que raréfiée. Il s’y ajouta la commende, puis les ressacs des guerres de religion. L’abbaye fut incendiée en 1567 et se releva difficilement de ses ruines. Les procès-verbaux des visites pastorales du XVIIe siècle font valoir notamment la destruction de la nef de l’église et de deux galeries du cloître. Les réparations ne furent que sommaires et insuffisantes et, devant la déchéance de l’abbaye, la commission des Réguliers, intitulée par Louis XV, décida sa suppression. Les bâtiments et le domaine furent vendus à la Révolution et les destructions s’accumulèrent. Le chœur et le transept de l’église, sauvegardés, servirent de grange et de remise jusqu’à une époque toute récente.
Fontcaude était devenue une carrière de pierres. Des fragments du cloître, véritablement débité, furent employés dans des maçonneries du hameau, d’autres étaient conservés chez des particuliers ; enfin les fouilles en ont exhumé. En les réunissant, on a constitué une collection de plus d’une centaine de morceaux.
Le cloître n’était pas de grandes dimensions. Il formait un quadrilatère de 22 m sur 21,50. Les arcades reposaient sur des colonnettes doubles à chapiteaux composés de deux corbeilles tronconiques, taillées dans un même bloc. La couverture était en charpente. La structure générale était donc comparable à celle de nombreux cloîtres languedociens, mais ce qui différenciait le cloître de Fontcaude et en faisait son originalité, c’est que ses chapiteaux n’étaient pas à décor végétal, mais richement historiés. Il y a là de quoi surprendre une telle profusion iconographique tranchait sur les habitudes régionales et ne correspondait pas non plus à l’esprit des Prémontrés, dont les soucis de simplicité et de dépouillement étaient très proches de ceux des Cisterciens.
Claire Vignes, qui a procédé à une analyse très méthodique des fragments retrouvés, reconnaît que les thèmes traités sont dans leur extrême variété, loin d’être cohérents. La moisson, il est vrai, n’a été que partielle et nombre de fragments sont en très mauvais état. Des explications seraient sans doute fournies par les manques, qu’on n’a malheureusement plus guère de chances de retrouver. On reconnaît des thèmes de la vie du Christ, mais on se trouve aussi devant des figurations inexplicables, comme celle d’un très beau bas-relief de pilier d’angle, représentant sur sa face principale une jeune fille accompagnée d’un guerrier, se tenant debout un livre à la main, face à un roi assis, les jambes croisées, le bras droit levé, rendant la justice. L’autre face montre un guerrier comparable au précédent tandis qu’un ange sort de la nuée un glaive à la main et qu’un édifice s’écroule sur un autre soldat.
Nous n’entreprendrons pas d’évoquer, même sommairement, la richesse iconographique du cloître de Fontcaude. Claire Vignes, analysant la stylistique avec une remarquable précision, distingue la marque d’au moins trois sculpteurs et démontre qu’ils ont été très marqués par la sculpture de l’Île-de-France des années 1240-1260. Certes, les sculptures fontcaudiennes n’atteignent pas à la perfection des œuvres du nord de la France, mais elles montrent que, dans la coulée de celles-ci, les maîtres languedociens ont su œuvrer avec un réel talent.
Reste à expliquer la présence d’une telle sculpture dans le cloître d’une abbaye solitaire dans son vallon et, au surplus, appartenant à l’ordre des Prémontrés qui se voulait rigoriste. A cet égard, on ne peut faire que des hypothèses. Peut-être faut-il voir là une survivance romane des cloîtres à chapiteaux historiés.
La réhabilitation de Fontcaude est maintenant pratiquement achevée. Les vestiges subsistants ont été entièrement dégagés de la gangue de déblais et de terre qui les engorgeaient. L’église a retrouvé toute sa beauté, dépouillée et sereine. L’ancienne salle de travail des moines a été recouverte et aménagée en musée, où les étonnantes sculptures du cloître sont offertes à l’admiration des visiteurs.
Henri-Paul EYDOUX.
