Notes brèves Informations 1977-3 Au Sommaire des Revues
Notes brèves Informations 1977-3 Au Sommaire des Revues
p. 39 à 41
Un journal local : « le Languedocien »
« Le Languedocien » est né le Dimanche 20 Juillet 1845, succédant rapidement, dès le numéro 5, au « Bulletin commercial et d’annonces », hebdomadaire édité et imprimé en Juin par le même Richard imprimeur-libraire, rue du Quay à Pézenas. Il paraît alors tous les samedis, après la fixation des cours des 3/6, en quatre pages sous le format 25 x 32 cm. On peut s’abonner pour 6 francs l’an. Il est l’enfant de la querelle des tracés, récemment étudiée par Jean Servières. La construction de la voie-ferrée entre Cette et Bordeaux est alors projetée. Lequel des tracés sera choisi entre Cette et Béziers, celui par Agde ou celui par Pézenas ? Les Biterrois se rallient à la cause agathoise. Leur presse est divisée. Tandis que, sans doute par esprit de concurrence, l’« Indicateur de l’Hérault », qui sort des presses de Mme Domairon, appuie les thèses piscénoises, « le Journal de Béziers », de l’imprimerie Millet, rue Paul Riquet, mène campagne pour le tracé par Agde et contre les intérêts piscénois. Qui, pour contre-attaquer, créent le « Bulletin » et font dialoguer le poulain et le chameau en ridiculisant ce dernier. La riposte ne tarde pas et « le Journal de Béziers » d’écrire :
« Voilà Pézenas qui ressuscite et du même coup enfante un Bulletin commercial et d’annonces ; c’est la question du chemin de fer qui a opéré ce beau miracle ». Et d’accuser le nouveau-né de fantaisie, voire de corruption n’aurait-il pas acheté les faveurs du « Journal des chemins de fer » qui s’est prononcé pour le tracé par Pézenas ? Et de conclure : « Le Bulletin est plein de son chemin de fer, il en couche, il en rêve, il le fourre partout ; ici, en faits divers ; là, en nouvelles locales ; plus loin en variétés. Il le met dans la bouche des bêtes mêmes. Il en a fait un savoureux dialogue entre un chameau et un poulain qui, tour à tour se donnent le doux nom de « cher papa » et de « cher fils » en devisant de la chose. Quand cette production, qui ne pouvait sortir que du cerveau d’un Piscénois, sera arrivée à son terme, nous l’analyserons, pour la plus grande gloire de l’esprit humain et le plus grand plaisir de nos lecteurs ».
Cette « production », celle du premier journal local piscénois, se renouvellera en fait chaque semaine jusqu’en 1914, soit pendant près de 70 ans.
Certes la bataille pour le chemin de fer sera perdue, mais « le Languedocien » conservera son audience auprès des viticulteurs et du négoce en vins et 3/6, en se spécialisant dans ce type d’information après la tourmente des années 1848-1851.
La collection complète du « Languedocien » vient d’être offerte aux Amis de Pézenas par Monsieur René Marty qui, après son père, a pris la succession de la maison Richard. S’y ajoutent, pour les années 1845-1851, d’autres journaux : locaux, comme « Lou Tarribarri, journal révolutionnaire » auquel succède « Le Tintamarre de l’Hérault », journal politico-comique, imprimé par Benezech à Pézenas, départementaux « le Journal de Béziers », « l’indicateur de l’Hérault », « l’Hebdomadaire » de Béziers, « Le Messager du Midi », « l’Estafette du Midi », « le Papillon » de Montpellier, « la Méditerranée » de Sète, la « Revue des actes judiciaires, avis divers et variétés » de Saint-Pons ; régionaux et extra-régionaux : « Le Moniteur de l’Aude » de Carcassonne, « le Patriote » journal de Narbonne, « la Commune » ou encore « le Diable » de Toulouse, etc. Les historiens du XIXe siècle trouveront là une abondante matière documentaire. La connaissance encore limitée que nous avons du XIXe siècle piscénois pourra ainsi avancer, grâce avant tout à la compréhension et à l’attachement de M. René Marty au pays qui l’a vu naître et qui l’estime. Les Amis de Pézenas le remercient de sa générosité, lui souhaitent un prompt rétablissement et la retraite la plus longue et la plus agréable parmi eux.
C. A.
J’avais publié dans le quatrième numéro de 1970 des « Études sur Pézenas et sa région » un curieux grelot de Just Castel, ce fondeur qui résida un temps à Pézenas. Je le pensais alors exceptionnel par sa taille (29 centimètres de circonférence) mais la nouvelle découverte d’un autre grelot m’amène à penser que la chose ne fut peut-être pas si rare.
Ce dernier, encore plus important, a 36 centimètres de circonférence et surtout est une œuvre plus soignée.
L’hémisphère inférieur est plus finement décoré. Quatre doubles-traits saillants se terminent par une fleur, tissent aux deux trous et deux autres à l’attache. Il a pour toute décoration les trois fleurs-de-lys et la représentation de Saint-Pierre, patron de l’église de Cessenon, (ce grelot ayant été possédé dans ce pays).
L’hémisphère inférieur est plus finement décoré. Quatre doubles-traits saillants se terminent par une fleur, tissent aux deux trous et deux autres à l’attache. Il a pour toute décoration les trois fleurs-de-lys et la représentation de Saint-Pierre, patron de l’église de Cessenon, (ce grelot ayant été possédé dans ce pays).
L’hémisphère inférieur est plus finement décoré. Quatre doubles-traits saillants se terminent par une fleur-de-lys tandis que s’inverse très originalement la marque du fondeur « Just Castel aîné » (voir clichés).
J.-D. Bergasse.
L'archéologie de la basse vallée de l'Hérault
Il s’avère de plus en plus que la basse vallée de l’Hérault est devenue un champ archéologique de première importance et d’une belle fécondité. En attendant la publication des fouilles de la nécropole de Saint- Julien (Pézenas), à la suite des travaux de J.-J. Jully (cf. Études sur Pézenas, III, 1972, 3, p. 3-21 ; IV, 1973, 2, p. 3-28 ; VII, 1976, 4, p. 3-8 ; cf. M. Gras, Études sur Pézenas, VIII, 1977, 1, p. 3-8), la Revue Archéologique de Narbonnaise, tome IX, 1976, apporte des matériaux de qualité. A. Nickels et G. Marchand, aux pages 45-62 (Recherches stratigraphiques ponctuelles à proximité des remparts antiques d’Agde), en s’appuyant sur une série de sondages, reprennent la question de l’enceinte antique d’Agde, dont on peut voir des témoins au bas de la promenade, à côté de l’actuelle poste centrale. Ils nuancent l’appellation de mur grec qui lui est habituellement donnée. Il s’agirait plutôt d’une construction qui n’est pas antérieure à la fin du IIIe siècle avant Jésus-Christ. Mais il existe aussi une structure plus ancienne, indubitablement antérieure à la fin du IIIe siècle avant Jésus- Christ, qui est sans doute un rempart. C’est pour les auteurs l’occasion de faire le point (p. 61-62) sur l’occupation d’Agde à l’époque archaïque. Le site est occupé à ce moment, tandis que la basse vallée de l’Hérault était fréquentée par les navigateurs grecs et étrusques dès le tournant des VIIe et VIe siècles. D’Agde les Grecs rayonnèrent dans l’Agadès, où ils s’établissent peu après le milieu du VIe siècle. Le comptoir lui-même connaît une intense activité au IVe et au IIIe siècle. Longtemps les archéologues ont adopté des positions divergentes : les uns admettant que le comptoir agathois avait été créé dès le VIe siècle (F. Villard) ; d’autres estimant que la création d’Agde n’était que du IVe siècle (J. Jannoray). Tout dépend si l’on envisage l’installation commerciale première, assez précaire, qui est de date haute, ou si l’on évoque la colonie qui suppose une installation plus stable, à date plus basse (cf. aussi J.-J. Jully, Études sur Pézenas, VII, 1976, 4, p. 6).
Dans la même revue, aux pages 203-209, D. Rouquette et M. Michel publient les résultats d’un sondage fructueux effectué sur le territoire de la commune de Florensac (Une tombe protohistorique au rec de Bragues à Florensac (Hérault)). Le matériel recueilli permet de proposer pour cette tombe mise au jour une date correspondant au deuxième quart du VIe siècle avant Jésus-Christ, et d’établir de fructueux parallèles avec les tombes de la nécropole de Saint-Julien de Pézenas.
De portée plus générale sont les réflexions d’A. Nickels parues dans les Mélanges de l’École Française de Rome (Antiquité), 88, 1976, 1, p. 141-157 Contribution des fouilles de l’arrière-pays d’Agde à l’étude du problème des rapports entre Grecs et indigènes en Languedoc (VIe – Ve siècles). S’appuyant sur des fouilles rigoureuses qu’il a effectuées sur le site de la Monédière, dans le sillage des travaux de J. Coulouma, J. Giry, J.-J. Jully, l’auteur détermine les grandes étapes des contacts entre Grecs et indigènes. D’abord apparaît une première phase indigène, dès la première partie du VIe siècle, caractérisée par la prédominance d’un mobilier non tourné et par quelques importations grecques alors la Monédière est un marché indigène florissant, largement ouvert sur le monde méditerranéen par l’intermédiaire d’Agde. Par la suite, dès la seconde moitié du VIe siècle, se constate une présence grecque incontestable, que révèlent des maisons à abside d’un grand intérêt archéologique, car elles traduisent de la façon la plus évidente le phénomène d’installation des Grecs. Leur présence correspond-elle à la prise de contrôle d’un marché indigène ou à une tentative de colonisation agricole ? Quoi qu’il en soit de tels faits supposent un dynamisme réel du comptoir agathois. Mais cette phase est courte. Dès le début du VIe siècle le monde indigène exerce une grande pression sur le site dont les occupants grecs sont chassés. Sur les maisons se surimposent des cabanes. La Monédière redevient un site indigène avant de disparaître à la fin du Ve siècle.
Tels sont les grands rythmes de ces relations entre Grecs et indigènes. Leur connaissance précise résulte tant de fouilles précises conduites sur des sites de première importance que de menues observations multipliées à propos de sondages plus ponctuels, volte même de découvertes fortuites. Qu’il soit rendu grâce aux archéologues de métier tout autant qu’aux chercheurs locaux pour ces résultats fort importants.
C. A
