Notes brèves Informations 1977-2 Au Sommaire des Revues
Notes brèves Informations 1977-2 Au Sommaire des Revues
p. 30 à 38
Droite et gauche de 1789 à nos jours
Publication du « Centre d’Histoire Contemporaine du Languedoc méditerranéen et du Roussillon », Montpellier Université Paul Valéry, 1975, 24x 16 cm, 375 p.
Ce fort volume s’annonce sous une élégante couverture dont le fond mi-partie rouge et blanche évoque le thème général de la recherche, tandis que le dessin des écussons provinciaux en désigne le cadre. On y verra d’abord le témoignage de la vitalité d’un centre universitaire d’histoire contemporaine particulièrement actif, qu’animent Robert Laurent, Gérard Cholvy et Raymond Huard. Il constitue les Actes d’un Colloque, le premier (sauf erreur) d’une série montpelliéraine qui continue. On peut être – ou ne pas être – « régionaliste » mais on ne peut pas sérieusement contester que l’histoire régionale ou départementale soit un genre majeur : ce n’est pas une veine épuisée, ni une mode dépassée. Quelles que soient les formes que doivent prendre à l’avenir les travaux universitaires, un fait s’imposera toujours : pour approfondir un problème d’histoire sociale, il faut brasser en masse des archives de séries et de provenances diverses, et il faut bien connaître les lieux et les gens ; or, pour remplir ces deux conditions, un chercheur unique ne peut couvrir qu’un espace restreint.
Il n’est pas question de résumer ici le contenu, très riche et très régional à la fois, de cet ensemble de 17 communications, portant en majeure partie sur le XIXe siècle, et pour quelques-unes sur la première moitié du XXe siècle. Certaines du reste, contenaient la substance de livres plus étendus et aujourd’hui bien connus (G. Cholvy, Léo Loubère), la plupart provenaient de chercheurs en cours de thèse et dont on entendra bientôt parler avec faveur. Nous laissons au lecteur languedocien épris d’histoire, le plaisir de les découvrir dans leur détail local ou chronologique.
Peut-on ajouter à cette promesse d’intérêts multiples des considérations d’ordre plus général ? On retiendra peut-être d’abord que « Droite » et « Gauche » ont été acceptées comme des évidences plutôt que discutées comme des problèmes. Et certes il est bien vrai que débattre de la nature de ces tendances, et de l’essence de leur couple conflictuel, c’est aborder un problème qui est peut-être un peu au-delà de la compétence historienne telle qu’on l’entend le plus souvent mais le fait est aussi que, dans le Midi, la polarisation idéologique est si indiscutablement présente qu’on ne songe guère à discuter la pertinence de ce mode de classement.
D’autres problèmes généraux, classiques sans doute, mais toujours difficiles et toujours à reprendre, ont été abordés : civilisation de la vigne et du vin, et problème viticole ; – classe ouvrière, socialisme, dépendance ou indépendance du socialisme par rapport au radicalisme « bourgeois » préexistant ; – présence protestante, et interférence entre les conflits religieux et les politiques ; – particularités culturelles (félibrige) et interférence (ou non) avec la politique : – voici quatre problèmes à la fois très historiques et très actuels au cœur des préoccupations languedociennes mais aussi bien souvent présents dans les débats nationaux. Et c’est pourquoi nous sommes convaincus que ce recueil d’études trouvera des lecteurs nombreux et attentifs bien au-delà de la région dont il traite et qui l’a vu naître. Et par là même, nos collègues montpelliérains et tous leurs invités auront bien servi le rayonnement régional.
M. AGULHON.
L’Église et le village : une dimension de l’histoire rurale
Gabriel LE BRAS, L’ÉGLISE ET LE VILLAGE, Paris, Flammarion, 1976 (15×24,5), 289 p.
En 1925 Marc Bloch demandait à l’A., alors jeune professeur à Strasbourg, de l’aider à situer le sacré dans l’histoire rurale. Le présent ouvrage posthume n’aurait pas vu le jour sans la collaboration attentive de Madame Gabriel Le Bras qui a rassemblé et ordonné une rédaction dont les premières lignes, annotées par Marc Bloch, ont été écrites voici un demi siècle. Nous avons là un bilan : la synthèse des multiples Curiosités d’un inlassable initiateur à l’aise dans l’histoire, le droit, la sociologie, la psychologie et la toponymie.
Les liens d’interdépendance qui unissent le village à l’église sont d’emblée étroitement soulignés dans une France qui fut tout à la fois et pendant des siècles, rurale et pratiquante.
L’Église a répondu aux besoins de sécurité et de dépassement qui habitaient les communautés. Par elle des lieux sacrés ont été christianisés. De beaucoup le plus grand bâtiment du village, le lieu de rassemblement pour la messe dominicale est au centre d’une activité de tous les instants, unissant le sacré au profane. Le régime juridique en est précisé et G. Le Bras relève l’accord qui existe entre la loi de séparation et le droit canon, la première reconnaissant que le seul usage de l’église est l’exercice du culte approuvé par Rome. Un chapitre est consacré au cimetière et au culte des morts avec ses survivances païennes, dont certaines « encore actives au début de ce siècle ».
Pendant des siècles, territoire de la commune et territoire de la paroisse ont été identiques. La paroisse a favorisé le groupement et les contacts entre habitants, surtout lorsque l’habitat est dispersé. Chapelles, oratoires, croix, calvaires, ermitages sont autant de rappels de la présence du sacré dans la communauté. L’A. présente aussi ses intermédiaires, le clergé avec ses auxiliaires, un « petit état-major qui contribuait à la dignité des cérémonies » et que le XXe siècle a vu disparaître. Il évoque les résistances que les chantres ont opposé à l’abandon de l’us gallican lorsque fut imposée la prononciation romaine.
La paroisse est le point de ralliement de services divers. Au XIXe siècle, les marguilliers et l’ensemble des fabriciens se sont vu attribuer un rôle que le Code de droit canon, plein de méfiance à l’égard des laïcs, ne leur reconnaît plus. Les relations entre le curé et les confréries n’ont pas toujours été faciles, en raison d’une ambition naturelle à l’autonomie chez les secondes.
Un long chapitre est consacré à la « profession chrétienne » des villageois et à son rôle social. La place de la mère dans l’éveil de la foi est fortement soulignée : « Cet abandon des fonctions religieuses de la mère est sans doute la plus grande perte qu’ait subi le christianisme et son histoire devrait être écrite » (p. 185). Sont évoquées, toujours avec précision, les liturgies agraires, les coutumes vicinales, le chapelet égrené en mai et en octobre dans l’une des maisons du hameau la veillée des morts. Pratiques et signes de vitalité avec cette conclusion sévère qui suscitera quelques réserves : « Nos études personnelles sur la pratique sont périmées, non seulement à cause de leur date, mais encore parce que nous avons appris que la pratique n’est souvent qu’une routine elle a de multiples significations… il faut aller beaucoup plus loin que les gestes pour découvrir la conscience » (p. 191).
En soulignant les profondes transformations intervenues depuis le début du siècle, l’A. signale les résistances (aux orientations de Vatican II, « on a changé notre religion »), les survivances et les abandons.
Cet essai de synthèse appellera quelques critiques. Elles viendront de spécialistes attentifs à déceler les aspects les plus fragiles d’une analyse qui relève d’un genre fort difficile : s’en tenir au présent tout en étant sans cesse attiré vers le passé dans une étonnante chevauchée à travers les siècles. Pour notre part nous eussions aimé qu’une attention plus grande fut portée à la périodisation et, sur ce terrain, nous avons relevé quelques points qui prêtent à discussion. L’église est la plus ancienne construction du bourg (p. 46) oui sans doute, et particulièrement en régions détachées, car dans les « chrétientés » un immense effort de construction caractérise la seconde moitié du XIXe siècle (surtout le Second Empire) au point que dans certains cantons le néo-gothique est l’architecture dominante d’églises de campagne aux proportions de cathédrales On eût aimé ici quelques développements sur la statuaire industrielle et l’ensemble de l’art saint-sulpicien dans sa relation avec le mental populaire d’une époque.
Au nombre des exceptions tolérées pour l’inhumation en dehors du cimetière, il conviendrait de souligner l’importance qu’attachent les protestants à leurs tombes champêtres dans certains villages, d’autant que cet attachement persiste. Nous croyons les survivances païennes plus durables que ne l’indique l’A. dans tel village corse on portait encore vers 1960 des aliments sur les tombes…
Nous sommes aujourd’hui moins sûrs qu’à la veille de la Révolution « presque tous les ruraux étaient pascalisants » (p. 172). Par contre les progrès de la recherche dans les quinze dernières années permettent d’affirmer nettement qu’il y eut reconquête partielle plus ou moins durable. Dans certains diocèses la pratique pascale culmine à la fin du XIXe siècle au terme d’un ou de plusieurs mouvements de flux, souvent amorcés sous la Monarchie de Juillet, considérée il y a peu encore comme le moment d’un détachement uniforme. Les chercheurs sérieux renoncent aujourd’hui au schéma d’un détachement linéaire et uniforme depuis 1789. La publication des statistiques engrangées par le chanoine F. Boulard permettra d’établir les nuances qui s’imposent. Au nombre des images qui ornent les murs du foyer paysan, ajoutons en ses diverses représentations, celles des Sacrés-Cœurs (certaines placées sur la porte d’entrée comme il est facile d’en voir encore). Sur la foi des travaux de M. Faure et P. Toulat, l’A. est conduit à dater du lendemain de la première guerre mondiale l’essor de l’Action catholique en milieu rural, négligeant par là de faire état des groupes de jeunesse reliées à l’A.C.J.F., déjà vigoureux dans certains diocèses au début du siècle, une histoire mal connue à vrai dire. Si l’on descend de la ferveur à la religiosité, il nous paraît utile de tenter une périodisation des recours superstitieux depuis le début du XIXe siècle en liaison, d’une part avec les progrès de l’alphabétisation et l’influence d’un meilleur encadrement en prêtres, d’autre part avec le recul des grandes craintes (disettes, épidémies, loups…) et la confiance, plus ou moins grande que les populations éprouvent vis-à-vis du prêtre : la superstition demeurant, semble-t’il, plus vivace dans les régions rurales anticléricales (le Berry de George Sand et de M. Bouteiller, le Limousin d’A. Corbin, le Narbonnais…) que dans les chrétientés.
Ces quelques remarques de « spécialiste » du XIXe siècle, ne diminuent en rien l’intérêt qui s’attache à la lecture d’un ouvrage où le sens du concret – manifesté par l’attention aux hommes et aux lieux – est sans cesse présent au travers de pages qu’alimentent de précieuses parce que fort précises notations infrapaginales. Il servira de guide aux chercheurs débutants en sciences humaines, de nos jours souvent moins familiarisés avec une civilisation où le religieux était étroitement imbriqué au profane, une civilisation au sein de laquelle Gabriel Le Bras était né, a vécu et donné le meilleur de lui-même comme chercheur. Il sera lu du spécialiste dont il contribuera à élargir l’horizon. Les disciples, les élèves retrouveront non sans émotion l’écho d’un enseignement dispensé avec cette qualité trop rare chez beaucoup d’universitaires, la chaleur humaine.
Gérard CHOLVY
Franchises postales et contreseings en Languedoc sous l’ancien régime
Dans un remarquable ouvrage, publié en 1965, sur « La poste de l’ancienne France des origines à 1791 », M. Louis Lenain, de l’Académie de Philatélie, a procédé à une analyse des « Franchises et Contreseings », droits qui faisaient bénéficier certains expéditeurs ou destinataires de lettres à l’exemption du paiement du port. Il étudie successivement le droit de franchise, le contreseing et l’abonnement.
- « le droit de franchise permet de bénéficier de la faveur de recevoir les lettres sans en payer le port en principe, les correspondants des mêmes personnes doivent acquitter dans l’autre sens ».
- par contre, « le droit de contreseing autorise ceux qui en sont investis à expédier et à recevoir les lettres sans payer aucune taxe ».
- ces droits diffèrent de l’abonnement, consenti, par l’administration des Postes, à certains corps constitués, provinces et municipalités notamment, en vertu duquel, « moyennant un versement forfaitaire annuel, les lettres sont distribuées franches aux contractants ».
La richesse des documents conservés aux Archives Municipales de Pézenas nous a permis, lors d’une récente exposition philatélique, consacrée à « l’Histoire de Pézenas », de présenter, au Musée de Vulliod-Saint-Germain, quelques lettres portant l’indication du bénéfice de ces droits.
Il nous a paru intéressant, à la demande de nombreux visiteurs, philatélistes ou non, de compléter cette simple présentation, par un bref commentaire sur l’Histoire Postale, une analyse plus poussée des différents droits précités et une illustration complémentaire.
Nous avons également pensé être agréable, non seulement aux marcophiles languedociens, mais aussi à tous ceux qui s’intéressent aussi bien à l’histoire postale, en général, qu’à l’histoire de notre Languedoc, en particulier, en leur donnant, en appendice, une liste des principaux bénéficiaires de ces droits en Languedoc : « Les Gouverneurs de la Province et les Intendants de Justice, de Police et des Finances ».
Le transport des messages, verbaux ou écrits, est aussi vieux que l’humanité. Les hommes, groupés en société, ont toujours éprouvé le besoin de communiquer entre eux, de correspondre, de donner des ordres, de fournir des informations.
Déjà, chez les Grecs, les Romains, les voies militaires, que parcouraient les messagers, étaient jalonnées de « petits postes » qui allaient donner, plus tard, leur nom à l’organisation du transport des messages.
Vraisemblablement, le « Cursus Publicus », créé sous Auguste, disposait de relais sur la Voie Domitienne qui longeaient le littoral languedocien. Les courriers, placés sous l’autorité du Préfet des Transports (Praefectus véhiculorum) des Provinces de Lyonnaise, d’Aquitaine et de Narbonnaise devaient utiliser cette organisation « pour accélérer le transport des messages dont ils étaient chargés ».
Avec la chute de l’Empire romain, cette organisation disparaît et l’on assiste progressivement, et ce jusqu’au XVIe siècle, à la naissance d’un certain nombre d’organisations de transport de messages écrits. Ces « postes » se développeront parallèlement et anarchiquement jusqu’au moment où l’influence centralisatrice de la monarchie éliminera ces diverses messageries pour créer une poste d’État.
La plus ancienne est très certainement « La Poste des Moines ». Les communautés religieuses conventuelles connaissent, au Moyen Age, un extraordinaire développement en Europe occidentale. Les ordres religieux de Cîteaux et de Cluny sont particulièrement importants. La création d’un service de poste reliant entre elles les Abbayes d’un même ordre devient indispensable pour permettre aux chefs de ces ordres religieux de faire connaître la vie de la communauté aux abbayes qui dépendaient d’eux. C’est le rôle de la « rotula », rouleau de parchemin sur lequel était inscrit le message de l’abbaye mère, porté par des moines-messagers, dont on trouve la trace à Valmagne, près de Pézenas, abbaye de l’ordre de Cîteaux, et à Sauzet, près de Montpellier, appartenant à Cluny.
Un peu plus tard, apparaissent « Les Messagers de l’Université », créés par l’Université de Paris, et dont certains « ministres de l’Université » font remonter l’origine à Charlemagne. Leur rôle est d’assurer les relations entre les « escholiers », nombreux à Paris, et leurs familles restées en province.
« Les Messagers des Villes » prennent naissance avec le développement urbain. Leur rôle est d’apporter aux intéressés avis des décisions des corps municipaux. Au début, tout à la fois, porteur de message, crieur public, huissier, cet agent de transmission doit aller de plus en plus loin, et devient un véritable messager officiel. Ces « Messagers des Villes » prendront très rapidement une extension considérable en Languedoc, et leur rôle restera très important, défendu par les États de la Province, contre les Maîtres des Courriers le Fermier Général des Postes, les Messagers royaux ou universitaires.
Sur les chemins de Languedoc on rencontre également d’autres messagers, ceux des corporations, des confréries, et même des messagers privés appartenant à de riches personnages ou de riches marchands, comme Jacques Cœur, par exemple.
Outre les correspondances des religieux, des étudiants, des consuls, des membres des confréries ou des corps de métiers, ou encore des personnages importants qui les emploient, ces « courriers » vont, très rapidement, – comme d’ailleurs beaucoup de ceux qui se déplacent du fait de leur profession (négociants, forains, etc.) – acheminer, certes occasionnellement, mais moyennant rétribution clandestine, des lettres échangées entre particuliers.
Le Roi, lui aussi, a ses propres messagers. Une « poste d’État », avec ses « chevaucheurs » et ses relais, est créée en 1479, pour l’usage exclusif du souverain : « Les Chevaucheurs de l’Écurie du Roi ». Mais les messagers royaux n’échappent pas à la règle et assurent, eux aussi, parfois de façon tout aussi clandestine, le transport des lettres de particuliers.
Les abus constatés, l’organisation progressive des messagers des Villes et de l’Université vont provoquer une modification de la Poste du Roi. C’est en 1576 que pour la première fois la Poste Royale est officiellement mise à la disposition des particuliers. Quelques vingt ans plus tard, Henri IV place sous la même autorité le service des postes et celui des relais c’est la naissance de « La Poste aux Lettres », « une organisation assurant, selon des horaires et des itinéraires prévus, et dans le moindre temps, le transport des correspondances relatives au service, non seulement de l’État, mais aussi des particuliers, et contre rémunération de ces derniers ».
Elle est l’œuvre de Fouquet de la Varane, nommé Général des Postes par Henri IV par Lettres Patentes données le 8 Janvier 1608. Cet embryon d’administration postale va rencontrer d’ailleurs, dès sa création, une sérieuse concurrence, et en Languedoc, comme dans tout le royaume, la lutte va s’engager entre les organisations traditionnelles (messageries des villes et de l’université) et la Poste royale pour la conquête du monopole postal. Le privilège exclusif de la Poste aux lettres n’interviendra qu’avec le bail unique concédé à la Ferme Générale des Postes (1672).
Nous sommes encore très loin de l’organisation sociale : un service régulier mis à la disposition du public pour le transport des lettres moyennant le paiement d’une taxe préalablement fixée par l’administration. C’est ainsi qu’avant que l’administration ne taxe elle-même les lettres transportées (1650), et n’y indique le montant du port, le prix en était débattu entre les deux parties intéressées (l’expéditeur et le messager), et, afin d’éviter tout abus, inscrit sur la lettre pour être perçu du destinataire.
Le premier essai de tarification officielle du port des lettres date de l’Édit de Novembre 1576. Ce tarif fera d’ailleurs, avant la fin de l’ancien régime, l’objet de cinq révisions successives (en 1627, 1644, 1676, 1703 et 1759).
Le droit de port ainsi fixé est, en principe, acquitté par le destinataire. Cependant toutes les lettres transportées ne donnent pas lieu à une telle perception, et ce pour des motifs différents.
Est évidemment exempt d’un tel paiement le courrier transporté par des messagers particuliers, différents de ceux de l’administration postale, ou des messagers privés : « chevaucheurs » ou messagers royaux, courriers des villes et des universités, etc. Ces lettres ne portent d’ailleurs l’indication d’aucune marque postale. Les documents reproduits sur les fig. 1 à 5 en constituent quelques exemples, qu’il ne faut d’ailleurs pas confondre avec les lettres en franchise.
Les lettres en franchise sont, en effet, portées par l’administration postale, mais « le droit de franchise permet de bénéficier de la faveur de recevoir les lettres sans en payer le port ». Ce droit de franchise est, en principe, accordé par le Roi, et, dans quelques cas, par le Fermier Général des Postes. En bénéficient notamment la famille royale, les princes du sang, et les personnages importants du royaume. Les lettres ainsi acheminées en franchise comportent, outre, parfois, la mention « Affaires du Roi » ou « Service du Roi » et une marque postale, soit un paraphe constitué par quelques boucles manuscrites, soit une simple barre sur l’adresse, portée par le postier pour indiquer que la lettre n’est pas taxée (Fig. 6).
Une telle franchise postale est également accordée aux ordres religieux mendiants, ainsi qu’aux administrateurs et au personnel de la Ferme Générale pour les besoins du service et même pour leur correspondance particulière.
« Le droit de contreseing autorise ceux qui en sont investis à expédier et à recevoir les lettres sans payer aucune taxe ». Consenti par acte royal il vise surtout à exempter du paiement du port certains fonctionnaires de l’État pour les besoins de l’Administration. Sous Louvois, seuls les Secrétaires d’État, les Intendants des Finances et les Gouverneurs des Provinces en étaient bénéficiaires. Par la suite, ce droit est étendu aux Intendants de Province dans le ressort de leur circonscription.
Comme par les lettres en franchise, les lettres avec contreseing comportent le paraphe de franchise du postier constitué de quelques boucles manuscrites (Fig. 7) ou d’une simple barre sur l’adresse (Fig. 8). Certaines de ces lettres ne comportent cependant que l’indication du contreseing (Fig. 9 et 10).
On confond parfois d’ailleurs franchise et contreseing avec l’abonnement que l’administration postale accordait à certains corps constitués, notamment aux municipalités. Ces lettres, distribuées franches aux bénéficiaires, portent en effet des paraphes de franchise ou un contreseing (Fig. 11). Parfois au contraire, elles sont taxées au départ, puis détaxées ensuite (Fig. 12).
⁂
Tels sont les principaux cas d’exemption du paiement du port des lettres sous l’Ancien Régime. Les cahiers de doléances, préparés en vue de l’Assemblée des États Généraux de 1789, vont comporter de nombreux relatifs à la poste et aux messageries, et un des premiers actes de l’Assemblée Nationale sera d’abolir les privilèges faisant ainsi disparaître un certain nombre de droits de franchise et de contreseings. Après la Révolution, la Poste va subir d’importantes modifications et devenir, peu à peu, une administration d’État : le Directoire des Postes, qui groupe sous une même autorité la Poste aux Lettres, la Poste aux Chevaux, et les Messageries. Le port sera toutefois toujours payé par le destinataire. C’est la réforme de 1848 qui, avec la création de la taxe unique, va donner le jour au timbre-poste, qui, comme actuellement devra être « frappé d’un cachet pour qu’il ne puisse servir une autre fois ». Il y aura toutefois encore des franchises postales. [Jean SERVIERES]
Bibliographie
- Histoire générale du Languedoc de Dom Vaissette. Tome XIII – 1877 – Édit. Privat – Toulouse – Études historiques sur la province de Languedoc de 1643 à 1790 (de la Régence d’Anne d’Autriche à la création des départements).
- de l’Administration du Languedoc avant 1789. Pierre Vialles. Impr. Martel Jean Aîné – Montpellier, 1889.
- Histoire de Pézenas et de ses environs (Hérault). Chanoine A. Delouvrier – Impr. Richard, Pézenas, 1900.
- Archives de la Ville de Pézenas – Inventaire de F. Resseguier – 1774 – publié par Jos. Berthelé, Archiviste du Département de l’Hérault – Montpellier, 1907.
- Les Postes en Languedoc. E. Renard – Les Annales du Midi – Toulouse 1934/1935.
- Histoire Générale des Postes Françaises. E. Vaillé – Paris – 1947/55.
- Les Postes et Télécommunications dans le Département de l’Hérault – Thèse de 3e cycle – Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Montpellier – Louis Battesti – 1964.
- La Poste de l’Ancienne France, des Origines à 1791. Louis Lenain – Arles – 1965.
- Guide de Pézenas en Languedoc. Claude Alberge, Michel Christol et Jean Nougaret – Édit. Les Amis de Pézenas – 1972 (2e édition).
- Armorial de la Noblesse de Languedoc – Généralité de Montpellier – Louis de la Roque – Marseille – 1972 (réimpression de l’édition de Montpellier 1860).
- Une Ville d’États, Pézenas aux XVIe et XVIIe siècles, Molière à Pézenas – Albert-Paul Alliés – Édit. Les Amis de Pézenas – 1973 (4e édition).
- L’Histoire de la Poste – Dr P. Lejeune – Les Feuilles Marcophiles n° 9 – Février 1976.
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Cette brève présentation n’a été possible que grâce aux travaux déjà effectués, à l’aimable collaboration et aux précieux conseils d’éminents philatélistes que je tiens à remercier tout particulièrement aujourd’hui, MM. Louis Lenain et le Dr Pierre Lejeune, de l’Académie de Philatélie et le regretté Georges Chapier, à la mémoire duquel je rends un hommage ému et attristé.
Appendice
A) Les gouverneurs du Languedoc (des Montmorency jusqu’en 1789)
- 1526/1563 – Anne de Montmorency-Damville.
- 1563/1614 – Henri 1er de Montmorency.
- 1614/1632 – Henri II de Montmorency.
- 1632 – Henri de Schomberg.
- 1632/1644 – Charles de Schomberg.
- 1644/1660 – Gaston-Jean-Baptiste de France, Duc d’Orléans.
- 1660/1666 – Armand de Bourbon, Prince de Conti, Comte de Pézenas.
- 1666/1682 – Henri de Bourbon, Duc de Verneuil.
- 1682/1737 – Louis-Auguste de Bourbon, Prince de Dombes, Duc du Maine.
- 1737/1755 – Louis-Auguste de Bourbon, Prince de Dombes, Marquis de Trévoux, Chevalier des Ordres du Roi, Lieutenant général de ses armées, colonel-général des Suisses et Grisons.
- 1755/1775 – Le Comte d’Eu.
- 1775/1788 – Louis-Antoine de Gontant, Duc de Biron, Pair du Royaume, Colonel-général des Gardes Françaises.
B) Les intendants de Languedoc
- 1642/1647 – François Bosquet, avec :
- de 1642 à 1643, Nicolas Bretel, sieur de Gremouville.
- de 1643 à 1647, Jean Balthazar, sieur de Malherbe.
- 1647/1653 – Louis Le Tonnelier, seigneur de Breteuil.
- 1653 – Deux commissaires extraordinaires : Alexandre de Sève, Seigneur de Chantignouville et Louis Boucherat.
- 1653/1673 – Claude Bazin de Bezons, à partir de 1665 à ses côtés Charles de Tubeuf, Conseiller du Roi, maître des requêtes.
- 1673/1685 – Henri d’Aguesseau, maître des requêtes.
- 1685/1718 – Nicolas de Lamoignon de Baville.
- 1718/1725 – Louis de Bernage, chevalier, Seigneur de St-Maurice.
- 1725/1743 – Louis – Basile de Bernage de Saint- Maurice.
- 1743/1750 – Jean Le Nain, Baron d’Asfeld.
- 1751/1785 – Jean-Emmanuel de Guignard, Vicomte de Saint-Priest.
- 1786/1790 – Charles-Bernard de Balainvilliers.
