Notes brèves Informations 1977-1 Au Sommaire des Revues

Remarques sur des céramiques de type gréco-oriental dans la basse vallée de l’Hérault. A propos du Colloque International C.N.R.S. (Naples 6-8 Juillet 1976) sur « Les céramiques de la Grèce de l’Est et leur diffusion en Occident »

La basse vallée de l’Hérault a reçu, dès le tout début du VIe s. ou bien à la transition des VIIe et VIe s., des vases tournés de type gréco-oriental. Toute recherche se rapportant, soit à la Méditerranée orientale et à la diffusion dans le bassin méditerranéen nord-occidental de céramiques, soit à la présence dans ces régions de potiers émigrés doit donc être suivie avec la plus grande attention (Cf. les publications d’A. Nickels).

Il ne s’agit pas, cependant, de proposer ici une vue d’ensemble des nombreuses communications faites à Naples 1 en juillet 1976 sur « Les céramiques de la Grèce de l’Est et leur diffusion en Occident ». Nous souhaitons seulement souligner certains aspects nouveaux qui ont été mis en lumière pendant ce Colloque tout en présentant certaines remarques personnelles. En effet, en dehors de Marseille et de ses abords puis de Saint-Blaise, il ne nous semble pas qu’il existe dans le bassin méditerranéen nord-occidental ailleurs que dans la basse vallée de l’Hérault une zone archéologique où se pose avec autant d’acuité le problème des premières importations de type gréco-oriental et de leurs imitations. Actuellement, d’ailleurs, c’est le département de l’Hérault qui compte le plus grand nombre de sites ayant connu une occupation dès le VIe s. avant notre ère : en effet, en ne comptant que les sites les plus importants par les découvertes qui y ont été faites, ce sont huit gisements qui peuvent être mis en regard de deux habitats dans les Pyrénées orientales, de trois habitats dans l’Aude et de trois dans le Gard 2.

Les embouchures des trois fleuves – l’Hérault, l’Orb et l’Aude – embouchures qui, dans l’antiquité, étaient probablement encore plus voisines qu’elles ne le sont aujourd’hui, ont dû favoriser, vers la fin du premier âge du Fer, à la fois cette concentration d’habitats indigènes et les échanges avec les navigateurs.

A Naples au Colloque sur les céramiques de la Grèce de l’Est trois grandes aires géographiques ont été considérées : la Grèce de l’Est et la Mer Noire, la Grèce du Nord (Macédoine), les Iles grecques et la Grande Grèce puis l’Italie centrale et le bassin nord-occidental de la Méditerranée 3. Le programme était ambitieux. Les résultats ont-ils répondu à l’attente, notamment à celle des chercheurs qui travaillent sur les rives du Golfe du Lion ? Par suite de la nature même des découvertes dans les deux bassins, opposés, de la Méditerranée – le bassin oriental et le bassin occidental proprement dit, une réelle satisfaction ne pouvait certainement pas être éprouvée. Et c’est J.-P. Morel qui a excellemment résumé cette impression de disparité : en remarquant que les responsables des fouilles et des recherches en Méditerranée orientale avaient présenté soit de beaux vases à cataloguer dans la céramique « de luxe », soit des fragments remarquables par leur décor, et en contrastant cette présentation avec celle des responsables des fouilles et des recherches en Méditerranée nord-occidentale qui, eux, n’avaient pu offrir que des profils de fragments peu ornés ou sans ornement, J.-P. Morel a posé la question : « A-t-on parlé de la même chose ? » 4.

Dans les lignes qui suivent, nous nous sommes limité à l’examen des problèmes suivants : problèmes de technique, problèmes de détermination d’origine, problèmes de chronologie, problèmes de styles et de provenance puis, pour conclure, nous avons tenté de nous rendre compte du profit que nous pourrions tirer en Méditerranée nord-occidentale de l’apport riche et varié qui nous a été offert à Naples.

Les embouchures des trois fleuves – l’Hérault, l’Orb et l’Aude – embouchures qui, dans l’antiquité, étaient probablement encore plus voisines qu’elles ne le sont aujourd’hui, ont dû favoriser, vers la fin du premier âge du Fer, à la fois cette concentration d’habitats indigènes et les échanges avec les navigateurs.

A Naples au Colloque sur les céramiques de la Grèce de l’Est trois grandes aires géographiques ont été considérées : la Grèce de l’Est et la Mer Noire, la Grèce du Nord (Macédoine), les Iles grecques et la Grande Grèce puis l’Italie centrale et le bassin nord-occidental de la Méditerranée 3. Le programme était ambitieux. Les résultats ont-ils répondu à l’attente, notamment à celle des chercheurs qui travaillent sur les rives du Golfe du Lion ? Par suite de la nature même des découvertes dans les deux bassins, opposés, de la Méditerranée – le bassin oriental et le bassin occidental proprement dit, une réelle satisfaction ne pouvait certainement pas être éprouvée. Et c’est J.-P. Morel qui a excellemment résumé cette impression de disparité : en remarquant que les responsables des fouilles et des recherches en Méditerranée orientale avaient présenté soit de beaux vases à cataloguer dans la céramique « de luxe », soit des fragments remarquables par leur décor, et en contrastant cette présentation avec celle des responsables des fouilles et des recherches en Méditerranée nord-occidentale qui, eux, n’avaient pu offrir que des profils de fragments peu ornés ou sans ornement, J.-P. Morel a posé la question : « A-t-on parlé de la même chose ? » 4.

Dans les lignes qui suivent, nous nous sommes limité à l’examen des problèmes suivants : problèmes de technique, problèmes de détermination d’origine, problèmes de chronologie, problèmes de styles et de provenance puis, pour conclure, nous avons tenté de nous rendre compte du profit que nous pourrions tirer en Méditerranée nord-occidentale de l’apport riche et varié qui nous a été offert à Naples.

A) Problèmes de technique

Tant que grâce à des examens de laboratoire multipliés, des « règles sûres » de détermination d’origine – c’est-à-dire de zones d’origine plutôt que de telle ou telle cité précise de la Grèce de l’Est – n’auront pas été trouvées, il semble qu’il soit peu judicieux de vouloir utiliser des « critères techniques » de différenciation (F. Villard).

Toutefois, deux tentatives de détermination de régions ou de lieu d’origine à l’aide d’examens faits en laboratoire ont été présentées au Colloque de Naples. L’une d’elles consiste à établir le plus possible de cartes des argiles des diverses régions de la Grèce de l’Est (J. Boardman). L’autre est basée sur la comparaison des constituants chimiques de tessons ayant un lieu de découverte assuré – Istros/Histria sur la cote roumaine de la Mer Noire – et des constituants chimiques des argiles du même lieu (P. Dupont, Recherches de laboratoire sur les céramiques gréco-romaines d’Histria, thèse de 3e cycle, Lyon, 1976 et communication faite à Naples : Une approche en laboratoire des problèmes de la céramique de la Grèce de l’Est).

Faire aller de pair les analyses de tessons et celles qui se rapportent aux argiles nous paraît être une méthode qui doit, à la longue, aboutir à des résultats qui puissent aider à une meilleure compréhension des céramiques en général et des céramiques préromaines en Méditerranée en particulier. Les cartes des argiles venant s’ajouter aux recherches précédentes, un ensemble de documentation très précieux sera à la disposition de tous les chercheurs qui, sans être des « hommes de laboratoire », s’attachent à mieux comprendre les problèmes que continuent à poser les céramiques de la Grèce de l’Est et leurs nombreuses imitations dans les diverses régions de la Méditerranée et de la Mer Noire. Toutefois, il ne faut pas oublier qu’un même banc d’argile peut fort bien, à des niveaux différents, présenter des compositions argileuses dissemblables.

Puisque rares seront les fouilleurs et les chercheurs qui joindront à une formation archéologique une expérience réelle en laboratoire est-il possible de « compléter » ce qui précède par les remarques suivantes en pensant qu’elles resteront valables encore bien longtemps ? En d’autres termes l’appréciation, nécessairement plus ou m’oins « subjective », des caractéristiques techniques d’une céramique ne doit pas être considérée désormais comme ayant perdu toute valeur. Pour ceux qui ne travaillent pas en laboratoire (et ils sont légion) il est bon et même indispensable de continuer de se poser les questions habituelles en face d’un vase et de tenter d’y répondre. Faut-il rappeler que quatre considérations principales doivent être envisagées ? Ce sont : 1) la dureté de la terre cuite ; 2) son dégraissant ou ses dégraissants avec l’estimation, même approximative, de l’abondance ou de la rareté de ces « matières premières non plastiques » ; 3) couleur à la cassure – et à la cassure seulement – de la terre cuite avec une détermination de cette couleur grâce soit à la Notice sur le Code Expolaire de A. Cailleux et G. Taylor (Éditions N. Boubée et Cie, 3 pl. St-André des Arts, Paris), soit au Soil Color Charts de Munsell (Munsell Color Company Inc., Baltimore, Maryland, USA) bien que ces tables de couleurs ne se rapportent qu’à des couleurs de sols et non de terres cuites ; 4) aspect de la surface externe – existence ou non d’un réel « engobe », d’un simple « lait argileux » coloré (clay wash, Tonschlamm) ou bien variation de couleur due à une circonstance de la cuisson, coup de feu par exemple 5 puis, en complément, considération de la couleur de la peinture qui, dans le cas des céramiques de la Grèce de l’Est et de leurs imitations, ne devrait jamais plus être appelée un « vernis ». Enfin, en ce qui concerne ces problèmes de technique, à l’aide de quel élément caractéristique un fouilleur ou un chercheur peut-il espérer à bon droit d’être en mesure de présenter un classement ? Selon nous un type de classement d’après la couleur de la peinture n’est pas le meilleur que l’on puisse retenir. Rares sont les cas en effet où un tel classement peut servir « d’adjuvant » ; la seule exception, pour ce qui est des céramiques considérées, serait peut-être les coupes dites « ioniennes » à peinture (et non « vernis ») noire, Il semble, en effet, que cette caractéristique, indépendamment de toute autre, soit déjà en faveur d’un classement des pièces en question parmi le groupe des « importations » et non pas des imitations occidentales 6.

Sur ces problèmes, le programme – toujours valable – des recherches nous semble être bien résumé par le titre d’un article en langue anglaise paru en 1966 dans le Ceramic Monthly (14-1, 24-27) : « When fingers think« .

B) Problèmes de détermination d’origine

Par « origine » nous entendons simplement, dans le cas présent, vases « importés » ou bien vases imités d’après des exemplaires gréco-orientaux.

On sait qu’il est maintenant admis qu’une « forte proportion » des céramiques qui sont découvertes dans les gisements du bassin nord-occidental de la Méditerranée – Provence et Languedoc-Roussillon – doit être attribuée à des ateliers occidentaux ainsi que F. Villard l’a rappelé à Naples. On sait également qu’il est difficile de distinguer, à l’œil nu du moins, une pièce « importée » d’une pièce occidentale.

Il semblerait cependant que la rareté d’un document – forme unique ou peu fréquente, décor exceptionnel qui n’allie pas des caractéristiques empruntées à des origines diverses – puisse être en faveur d’une origine probablement non occidentale. La rareté, en Méditerranée nord-occidentale, de la forme de l’œnochoé trouvée sur les rives de l’étang de Mauguio – œnochoé caractérisée non seulement par une embouchure trilobée, mais par des disques à l’attache supérieure de l’anse qui est surélevée ainsi que de la forme du vase stamnoïde tel qu’il existe, en petit nombre, et en forme complète dans la nécropole de St Julien à Pézenas est déjà en faveur de productions d’ateliers non occidentaux 7.

Pourtant J. Boardman n’accepte pas que la rareté d’une forme et à plus forte raison d’un décor (puisqu’un décor est plus facile à imiter) soit un critère qui puisse être retenu pour classer une pièce parmi les « importations ». La présence d’une forme sur un seul site n’a, selon lui, pas plus de valeur.

Pour cette question – difficile entre toutes et cependant essentielle – de l’origine d’atelier, l’étude de la forme d’un vase peut assez souvent apporter des éléments déterminants d’appréciation. En effet, il arrive que des formes, mêmes fragmentaires, recueillies par exemple en Languedoc méditerranéen et dans la basse vallée de l’Hérault présentent des caractéristiques d’hybridité. Une forme qui fournit, semble-t’il, un bon exemple de ce qui est avancé est celle de la coupe « ionio-attique ». Cette coupe allie à la technique de la céramique dite « ionienne » – terre cuite en atmosphère oxydante – ou même à la technique de la céramique éolienne – terre cuite en atmosphère réductrice – des caractéristiques anormales sur une coupe « ionienne » de la forme, tardive, B 2, c’est-à-dire à pied tronconique. Un bourrelet au sommet de ce type de pied, bourrelet emprunté aux coupes attiques du dernier quart du VIe s. et des premières décennies du Ve siècle 8 se trouve, par exemple, sur un pied tronconique en provenance du site héraultais de La Monédière, à Bessan 9. Ce même pied d’ailleurs présente aussi un biseau au-dessus du plan de pose ; cette autre caractéristique est également à rattacher à la typologie des coupes attiques du 3e quart du VIe s. -celles des petits maîtres – comme à celle des coupes, plus rares et « entièrement noires », des premières décennies du Ve siècle 10. Par ailleurs, bien que certaines coupes ayant une origine de fouille en Méditerranée orientale offrent la caractéristique – ornementale – d’un médaillon avec cercle et point à l’intérieur de la vasque, on pourrait même penser qu’une telle caractéristique, empruntée encore à la céramique attique, doive aussi être en faveur d’une production occidentale 11. Il en va de même pour l’existence sur la vasque, dans sa partie inférieure et à l’extérieur, de bande(s) 12.

Toujours à propos de la forme et des imitations occidentales il faut bien préciser que ne peuvent être classés parmi la « céramique grecque d’Occident » que les exemplaires qui sont des imitations à la fois de la technique et de la forme, c’est-à-dire qui sont caractérisés par une imitation qui est globale. Les imitations qui n’emprunteraient que la technique comme, par exemple, les gobelets carénés gris qui semblent bien n’être, tout bien considéré, que des imitations d’une forme occidentale non tournée (G. Vallet) ne méritent guère d’être rangés parmi la céramique grecque d’Occident 13.

La technique des vases cuits en atmosphère réductrice c’est-à-dire gris « à cœur » est, comme l’on sait, une technique qui a joui d’une grande faveur sur les rives nord-occidentales de la Méditerranée, que ce soit en Provence (Ch. Arcelin, thèse du 3e cycle, Aix-en-Provence, 1975 et communication à Naples : 4000 vases étudiés et 8000 tessons examinés) ou bien en Languedoc méditerranéen et Roussillon (A. Nickels : 1000 plats à marli dessinés en provenance de trois grandes régions celle d’Agde avec une production précoce – dès le 2e quart du VIe s., celle de la basse vallée de l’Aude et celle de la région roussillonnaise). Or la quasi totalité des exemplaires étudiés sont de fabrication occidentale.

Pour les vases en terre parfois dite « claire », c’est-à-dire cuits en atmosphère oxydante ou bien, selon la terminologie de laboratoire, en atmosphère « ré-oxydante », il semble qu’il soit plus malaisé de se faire une opinion définitive en ce qui concerne tel ou tel exemplaire, fragmentaire le plus souvent d’ailleurs, qui est recueilli dans un gisement sur les rives du Golfe du Lion. Une tendance qui est assez répandue est de voir un peu partout des produits massaliètes. Même en Catalogne, à Ampurias, P. Rouillard est tenté d’attribuer une technique très fréquente dans cet « emporion » – sa technique 1 – à une fabrication « sans doute massaliote » 14.

Il semblerait, cependant, que seules des caractéristiques techniques ne devraient pas être prises en compte afin de porter un jugement d’origine de production. A ce propos J. Boardman pense avec raison que, pour pouvoir se faire une opinion sérieuse sur un vase, il faut se trouver en présence d’une forme complète avec son décor complet. Or de tels exemplaires sont rares en Méditerranée occidentale comme d’ailleurs en Méditerranée orientale. Dans la basse vallée de l’Hérault, il existe néanmoins, dans la nécropole de St-Julien à Pézenas, un nombre relativement important de vases complets, c’est-à-dire qui sont ou bien entiers ou bien restaurés. Parmi ces vases, une forme nous semble être particulièrement importante : c’est celle du vase stamnoïde à anses soit verticales, soit obliques sur l’épaule du type appelé par les auteurs de langue allemande amphoriskos mit Schulterhenkel. En effet, en regard des nombreux vases étrusques (73 amphores et 34 canthares) il n’est possible de compter que sept vases stamnoïdes complets, vases ayant servi, comme dans le monde grec, d’ossuaires. Cinq types formels et quatre types décoratifs les caractérisent. Des différences de technique importantes existent entre eux 15. De tels vases, pour lesquels des rapprochements en Méditerranée orientale ou bien en Mer Noire, particulièrement à Istros/Histria, ne peuvent être faits qu’avec de simples fragments de col ou d’épaule à ornement comparable, peuvent-ils être les « premières » productions de « potiers émigrés » ou bien, plus vraisemblablement, étant donné l’ensemble de leurs caractéristiques, des exemplaires vraiment importés de la Méditerranée orientale ?

C) Problèmes de chronologie

Un des apports essentiels du Colloque de Naples a été, selon nous, de remettre en question certaines considérations de chronologie. En effet que ce soit sur des points d’importance (imitée ou bien à propos de grands ensembles stylistiques des vues novatrices ont été avancées.

1) Méditerranée orientale

Nous avons choisi, en ce qui concerne le bassin de la Méditerranée orientale, de considérer la survivance d’une forme – celle de la coupe à arêtes vides (void rays) sur la vasque, à l’extérieur. En effet, ce type de coupe est représenté dans la nécropole de St-Julien à Pézenas 16. Or, en Méditerranée orientale et sur la forme de la coupe, ces arêtes vides ont été figurées pendant plus de deux siècles : à Thasos (F. Salviat) on les trouve à la fin du VIIe s., sur la côte macédonienne, à Abdère, elles sont datées dans la seconde moitié du VIe s. (K. Rhomiopoulou, alors qu’à Milet elles survivent encore à la fin du Ve s. (P. Hommel). Il est donc évident que, dans le cas présent, les diverses datations adoptées pour des sites de la Méditerranée orientale, ne peuvent aider en aucune manière à dater l’exemplaire d’une sépulture de la nécropole de St-Julien à Pézenas 17.

Mais à cette constatation de portée limitée deux autres considérations peuvent être ajoutées. Elles sont dues l’une et l’autre à J. Boardman. En premier lieu, pour le VIe siècle, seule la céramique attique doit être utilisée pour fournir la datation correcte d’un contexte, par exemple d’un groupe funéraire. En effet une association avec un vase corinthien ne peut pas avoir alors une valeur chronologique satisfaisante puisque la succession chronologique des types corinthiens au VIe siècle n’a pas reçu de solution satisfaisante. En second lieu la céramique orientalisante (style des chèvres sauvages) a été datée trop haut et son évolution a dû être plus rapide. Il ne faut plus penser que le wild goat style a duré pendant « cent » ans.

D’une manière plus générale, dès qu’il s’agit des céramiques de la Grèce de l’Est, il ne saurait être question de rechercher une chronologie absolue. Seule une chronologie relative est possible et grâce, uniquement, à des gisements qui se trouvent, non pas en Méditerranée orientale, mais en Méditerranée occidentale dans le sens le plus large des termes (J. Boardman).

2) Méditerranée occidentale

Les dangers de la typologie sont bien connus même s’il demeure nécessaire de ne pas négliger ce type de recherche. En effet telle ou telle forme courante et dépourvue de décor comme celle de la grande amphore à vin est-elle susceptible d’un classement typologique valable ? La forme du bord de ces amphores varie ; les variations de profil de ce bord peuvent-elles avoir une valeur réelle d’évolution et par conséquent de chronologie ? Une constatation que nous avons faite immédiatement après le Colloque de Naples, lors de la visite du dépôt-musée sur l’acropole de Vélia 18, nous a fait éprouver un certain scepticisme à cet égard. En effet dans l’habitat primitif qui a existé entre le moment de la fondation de Vélia – vers 540/535 – et le moment de l’incendie de cet habitat de l’acropole – en 480 – tous les profils imaginables de bord d’amphore de type grec sont représentés.

Un autre danger, qui est à mettre également en rapport avec des considérations de chronologie, serait de ne pas accepter que des imitations occidentales aient été produites dès l’arrivée sur les côtes occidentales des premiers prototypes. Il semble, en effet, que l’insuffisance ou bien l’arrêt des importations n’aient pas été forcément la cause déterminante des productions des céramiques grecques d’Occident 19. En d’autres termes des « potiers émigrés » étaient présents dans les établissements grecs de la Méditerranée nord-occidentale – Marseille, Agde, Ampurias – dès les premiers jours de l’existence de ces établissements. Ces « colons » de la Grèce de l’Est faisaient partie d’un demos d’artisans (E. Lepore).

D) Problèmes de styles et de « provenance »

Nous avons déjà fait allusion à des questions de style – wild goat style par exemple – et d’origine sinon de provenance, c’est-à-dire de région de production sinon de « centre » ou d’atelier de production. Dans les quelques lignes qui suivent, nous souhaitons aborder la question du style « rhodien » et celle du problème « phocéen ».

1) Méditerranée orientale

Existe-t-il encore un style « rhodien » ? Telle est la question que l’on pourrait se poser au retour du colloque de Naples. Il semble, en effet, que ce style ait éclaté en plusieurs groupes même si F. Villard paraît être toujours en faveur d’une production rhodienne. On tend actuellement à déposséder Rhodes de beaucoup de caractéristiques sinon d’exemplaires qui, jusqu’ici, étaient considérés comme lui étant propres. Une réaction contre le « parti-pris » rhodien tel qu’il est représenté par l’ouvrage de Ch. Kardara, Rhodiakè Aggeiographia, 1963, s’exprime au grand jour. Dans le même ordre d’idées, les provenances limitées à une seule cité grecque de la côte anatolienne – Muet par exemple – ne peuvent plus être jugées convenables. Même la céramique dite de Chio, a pu être fabriquée ailleurs qu’à Chio (J.-Boardman). De plus des centres de faible importance ou peu connus ont pu avoir une grande production de vases (J. Boardman).

2) Méditerranée occidentale

La « spécificité » de l’expression phocéenne a été à nouveau soulignée par J.P. Morel (voir nos lignes dans le n° précédent des Études sur Pézenas […]). Toutefois, bien que, dans la Méditerranée préromaine, seule cette expansion ait eu une grande importance il faut convenir que le monde phocéen reste « marginal » notamment pour ce qui est de la céramique. En conséquence est-on justifié de parler de commerce (phocéen) en Gaule méridionale ? J.-P. Morel semble être d’avis qu’il faille y renoncer. Bien plus, une question, plus capitale encore, reste posée : « Qu’est-ce qui est phocéen en Méditerranée orientale dans la vaisselle commune ? » (J.-P. Morel) 20.

E) L’apport, les manques, les « ouvertures »

La constatation majeure qui s’est imposée à nous une fois le Colloque de Naples terminé, c’est la disproportion entre l’apport considérable des recherches en Méditerranée orientale comme en Méditerranée centrale – Grande Grèce et Etrurie – (23 exposés) et la maigreur de l’apport des chercheurs ayant qualité pour parler de la Méditerranée nord-occidentale (5 ou 6 personnes ont pris la parole et parfois seulement pendant 5 minutes). Comme l’a remarqué J. Boardman il y avait donc « lack of balance ». Certes comme il a été indiqué précédemment en note (voir note 4) plusieurs fouilleurs languedociens – B. Dedet, M. Py pour le Gard, J.-L. Fiches, J. Giry, H. Prades, P.-Y. Genty pour l’Hérault, G. Rancoule, Y. Solier, O. Taffanel pour l’Aude – étaient absents et certains sur un chantier de fouilles. Mais même s’ils avaient été présents, ils n’auraient pu présenter, le plus souvent, que des types de céramiques qui paraissent être laissés de côté dans de trop nombreuses fouilles de la côte anatolienne. En effet la seule grande publication qui, à ce jour, ait fait état de la banale « poterie de cuisine » trouvée sur un site de la Grèce de l’Est est celle, déjà ancienne, de J. Boehlau et K. Schefold sur Larisa/Hermos 21 la céramique courante de Troie VIII publiée en 1958 en anglais 22 semble en effet offrir moins de termes de comparaison.

Il faut donc reconnaître que, dans une très large mesure, il est très difficile sinon impossible de faire des rapprochements entre des pièces découvertes dans un gisement du Golfe du Lion datables du VIe s. et ce qui est mis au jour en Méditerranée orientale. D’ailleurs des céramiques qui étaient en vogue dans le bassin méditerranéen oriental pendant le siècle en question ou bien ne sont pas parvenues dans les gisements de la Méditerranée nord-occidentale ou bien ne s’y trouvent qu’en nombre très réduit. Par exemple la céramique dite de Fikellura est absente dans le Golfe du Lion et la céramique de Chio y est une rareté 23. Pourtant des « vases de luxe » ont bien été importés jusqu’en Mer Noire à Istros/Histria 24.

Mais même ces céramiques, à bandes peintes ou bien ornées d’une ligne ondée, quels agents de transmission les ont apportées sur les rives du Golfe du Lion ? Faut-il, en bloc, les considérer comme étant, à de très rares exceptions près, des produits occidentaux ? Mais sur quels critères vraiment valables se baser ?

Les inconnues restent donc nombreuses dès que l’on s’éloigne des côtes de la Mer Tyrrhénienne. En effet, à Gravisca encore 25, le port de la cité étrusque de Tarquinia mais qui était un véritable emporion grec, la céramique « ionienne » et les exemplaires de la céramique de luxe (wild goat style, Fikellura) permettent d’avoir une vue plus claire des importations qui furent très nombreuses sur ce site.

Ces quelques remarques de conclusion étant faites, quel devrait être le type de recherche à faire en priorité ? Les fouilleurs manquent rarement. Ceux qui souhaitent publier, après étude aussi exhaustive que possible, des documents mis au jour sont bien moins nombreux. Il est souhaitable néanmoins que des monographies soient rédigées puis publiées et lorsque leur nombre, pour une région donnée, sera suffisant il sera probablement possible, comme en exprimait le vœu J. Boardman, que soient établies des listes de sites ayant reçu des poteries comparables de la Grèce de l’Est. Nous ajouterions volontiers que puissent être généralisées les publications d’études aussi détaillées que possible concernant les céramiques ordinaires trouvées dans les gisements de la Méditerranée orientale : les excellents modèles offerts par les longs articles sur les fouilles allemandes faites à Samos et parus depuis 1929 dans les M D A / (A) restent, malheureusement, isolés.

A Naples, nous avons appris beaucoup de choses mais il faut avouer que nous ne savons rien de plus à propos de la diffusion des céramiques de la Grèce de l’Est dans les gisements du Golfe du Lion. Pourtant les céramiques tournées et peintes non attiques que l’on y trouve et qui sont datables avant 550 environ n’ont pas pu être toutes fabriquées sur place. Qui, d’ailleurs, s’aventurerait à le soutenir ?

J.-J. JULLY.

Notes

  1 Sans « recopier » le programme définitif du Colloque voici un aperçu des sujets qui ont été traités :
I – GRÈCE DE L’EST – MER NOIRE :
→ G. Vallet : Problèmes d’intérêt général (vocabulaire, chronologie, commerce, colonisation) ;
→ E. Akurgal : Bilan (recherches en Eolide et l’Ionie du Nord : périodes antérieures au Ve s. av. J.-C.) ;
→ céramique monochrome grise ;
→ C. Ozgünel : Eolide + Ionie du Nord : le géométrique récent ; Baiburluoglu : les céramiques chiotes d’Anatolie ; V. Von Graeve : Muet céramiques aux 8e et 7e s. av. J.-C. ; P. Hommel Muet céramiques du 6e s. av. J.-C. ; P. Courbin : Syrie : Ras el Bassit : céramiques des 7e et 6e s. av. J.-C. ; P. Alexandrescu : Mer Noire : sites : céramique de la Grèce de l’Est ;
II – GRÈCE – GRANDE GRÈCE :
→ K. Rhomiopoulou : Nord de l’Egée : céramiques (8e, 7e, 6e s. av. J.-C.) ; (Ch. Kardara : absente (texte communiqué : Rhodes : céramique de la Grèce de l’Est) ; H.P. Isler : Samos : céramique archaïque ; J. Boardman : Chios : les céramiques les moins courantes ; J.-J. Jully : Carie : le sanctuaire de Labraurida : céramiques archaïques (fouilles G. Säflund) ; F. Salviat : Thasos : céramique de la Grèce de l’Est ; P. Orlandini : Gela : céramique de la Grèce de l’Est ; A. Rallo : Sélinonte : céramique de la Grèce de l’Est ; P.G. Guzzo : Côte ionienne de l’Italie importations gréco-orientales ; F.G. Lo Porto : Pouilles : importations de la céramique de la Grèce de l’Est ; W. Johannowsky : Campanie : même sujet ;
III – ITALIE CENTRALE BASSIN NORD-OCCIDENTAL DE LA MÉDITERRANÉE :
→ M. Cristofani-Martelli : Etrurie : matériel gréco-oriental ; M. Torelli : Etrurie : Gravisca ; F. Boitani-Visentini et M. Slaska : Gravisca : céramique « ionienne » ; E. Pierro : Tarquinia : même sujet ; E. Paribeni : Italie méridionale + Etrurie (remarques) ; A. Nickels : Languedoc méditerranéen : céramique monochrome grise : le plat à marli + la céramique peinte à Bessan ; Ch. Arcelin : Provence : céramique monochrome grise ; J.-P. Thalmann : Drôme : Le Pègue : céramiques tournées ; P. Rouillard : Péninsule Ibérique : céramiques peintes de type grec importations, imitations ; R. Martin : « Les influences de la Grèce de l’Est dans les domaines de l’architecture et de la sculpture :» ; J. Boardman : « Le problème des analyses et quelques observations générales sur des résultats possibles » ; P. Dupont : « Une approche en laboratoire des problèmes de la céramique de la Grèce de l’Est » ;
IV-INTERVENTIONS (NON PRÉVUES) ET DISCUSSIONS :
→ Diverses interventions soit sur des fouilles, soit sur l’ensemble des communications ont été faites :
→ → a) Corse : Aléria : J. Jehasse ;
→ → → Basse vallée de l’Hérault : Pézenas, nécropole de St-Julien : Jully
→ → → Péninsule Ibérique généralités y compris l’orientalisant en Andalousie : C. Arnegui ;
→ → b) Remarques générales : J. Boardman, J.-P. Morel, M. Gras, etc.
V – VUE D’ENSEMBLE :
→ E. Lepore : « Perspectives historiques d’après les témoignages et les faits ».

  2 Voir carte n° 1 ; sites mentionnés dans le texte.

  3 Après la mention de tel ou tel point de vue nous indiquerons, entre parenthèses, le nom de la personne qui l’a exprimé.

  4 L’absence de plusieurs fouilleurs languedociens a privé le Colloque d’une information – précieuse – de première main.

  5 Nous souhaiterions que les problèmes de terminologie soient abordés de front et, une fois pour toutes, sinon résolus du moins circonscrits. En effet il y a un abus ou bien un emploi erroné de certains termes français qui, lorsque l’on est, en outre, lecteur de publications anglo-saxonnes ou allemandes, est particulièrement choquant. Citons, par exemple, l’emploi du mot « engobe ». En anglais il y a deux termes alors que nous n’en avons qu’un : slip : argile de potier à l’état liquide utilisée pendant le tournage pour le décor et pour fixer les anses ce serait donc dans certains cas l’équivalent de notre « barbotine » engobe : « slip » blanc ou coloré (qui masque la couleur naturelle de la terre cuite). Or, le plus souvent sinon toujours, les céramiques de la Grèce de l’Est importées en Méditerranée nord-occidentale et à plus forte raison leurs imitations ne présentent pas d’engobe. Ce que l’on peut distinguer c’est un simple « lait argileux » faiblement coloré mais sans épaisseur ; autrement dit c’est le clay wash des anglais ou le Tonschlamm des allemands. Ces derniers emploient d’ailleurs deux termes lorsqu’il s’agit d’un véritable « engobe » : ce sont Farb Uberzug. Par ailleurs le terme vernis ne devrait être employé qu’entre guillemets puisque les céramiques de la Grèce de l’Est et leurs imitations n’ont jamais reçu de vernis au sens de « verres qui, à la température de cuisson voulue fondent et s’étalent à la surface des pièces » (M. Haussonne, Technologie céramique (…), 1954, p. 21).

  6 Mentionnons quelques références concernant les problèmes de technique qui peuvent être à la portée de ceux qui ne sont pas des « hommes de laboratoire » : a) ouvrages : Outre celui de M. Haussonne, voir B. Leach, A Potter’s Book, Londres, 1975 (14e édition) ; A. O. Shepard, Ceramics for the archaeologist, Washington, 1974 (3e édition) avec, seulement, des exemples pris dans les céramiques du continent américain ; Ceramics and Man (ouvrage collectif), Chicago, 1965 ; A. Bouchard, Corrélations entre la composition chimique et la provenance des poteries antiques, Annales de la Faculté des Sciences de l’Université de Clermont, n° 45, 1971 ; b) signalons l’existence à Paris d’une bibliothèque privée – celle de la Société céramique française, 23, rue de Cronstadt, 15e – qui est cependant accessible, sur demande, aux lecteurs intéressés : il est possible d’y consulter outre les revues allemandes spécialisées telles que Berichte des Deutschen Keramischen Gesellschaft, Keramische Zeitschrift, Angewandte Chemie et des revues en langue anglo-saxonne comme Archaeometry ou Journal of the American ceramic society, les Ceramic Abstracts que publient cette dernière revue et d’obtenir des résumés en français des études en langue étrangère.
→ Une thèse de la Faculté de Pharmacie de Paris est utile à consulter : D. Halot, Recherches sur la technologie des terres cuites, 1958 (exemplaire à la Bibliothèque Nationale).

  7 Bien sûr d’autres caractéristiques se rapportant à la technique et même au décor doivent être prises en considération afin de pouvoir aboutir à un jugement définitif. Voir, ci-après, dans le texte même, quelques remarques complémentaires à propos de cette forme de vase stamnoïde.

  8 Cf. B.A. Sparkes, L. Talcott, Agora XII, 1970, pl. 19/399. 405. 407 : coupes type C.

  9 Cf. J.-J. Jully, Skrifter Utgivna av Svenska lnstitutet i Rom, 40, XXXI : 5, Opuscula Romana VIII : 5,1974, pl. II c3.

  10 Cf. B.A. Sparkes, L. Talcott, op. cit., fig. 5/434, 437.

  11 Cf. J.-J. Jully, op. cit., 1974, pl. III a 4.

  12 Cf. A. Nickels et P.Y. Genty, Une fosse à offrandes du VIe siècle avant notre ère à la Monédière, Bessan (Hérault), R A N, VII, 1974, p. 42, fig. 8 inférieure.

  13 Sur ces gobelets cf. J. Giry, J.-J. Jully, Y. Solier, R. E Lig., XXXIII (1-3), 1967 (1972), p. 204 sq.

  14 La tendance à privilégier Marseille dès qu’il s’agit du commerce de répartition en Méditerranée nord-occidentale nous paraît être curieusement illustrée par une étude récente : cf. J. Hind, Pyrene and the date of the « Massaliot Sailing Manual », Rivista Storica dell Antichità, 2e année, 1972, p. 39 sq. Dans cet article argument est tiré de l’absence de la mention d’Emporion/Ampurias dans l’Ora Maritima d’Avienus pour rajeunir les sources d’information utilisés dans le portulan. Par ailleurs et malgré l’existence dans la Palaiapolis de céramiques du VIe s., céramiques publiées dès 1964 (cf. M. Almagro dans Excavaciones arqueológicas en España, n° 27), J. Hind estime que la « Pyrene polis is none other than an early, but quickly defunct name for Emporiae ». Mais si, comme l’auteur le pense, les sources antiques du périple d’Avienus ne sont pas plus anciennes que le milieu du IVe s., comment faire cadrer les témoignages de l’archéologie et les déductions de l’auteur ? De plus, dans ce travail le terme « Emporion » n’apparaît pas mais celui – beaucoup plus tardif – d’Emporiae, c’est-à-dire de la cité « double » de Strabon (III, 4, 9).

  15 Publication en cours de rédaction définitive (J-J. Jully et Y. Solier pour les céramiques tournées et d’autres chercheurs pour les autres documents), C N R S : E R A 63.

  16 Cf. Ch. LIinas, A. Robert, R A N IV, 1971, p. 22, fig. 38. Le pied à double biseau n’est pas reproduit sur cette figure.

  17 Les publications fourniraient d’ailleurs des constatations analogues en effet les arêtes vides ont figuré sur des exemplaires tardifs de la coupe à oiseau (bird bowl) (cf. J. Boardman, J. Hayes, Tocra I, 1966, pl. 38/733 : environ milieu du VIe s.) et même sur coupe à rosette de points (cf. Id., ibid., pl. 38/723 : datation : avant 530) mais, dans ce cas, le groupe de traits verticaux sous la lèvre est absent.

  18 Voir la carte n° 2, site n° 10. Carte des gisements du VIe s. avant J.-C. en Languedoc méditerranéen et Roussillon ayant fait l’objet de publications ou de recherches personnelles.

  19 Un exemple de contemporanéité – relative peut-être cependant – est proposé par les coupes de la cache de La Monédière/Bessan : cf. A. Nickels, P.Y. Genty, op. cit., 1974, p. 42 et 43, fig. 8, 9 : une coupe « ionienne » forme B 2 avec une peinture « brun-noir » était associée à six coupes produites par des ateliers occidentaux, coupes de trois types différents : imitation « fidèle », imitation « libre », type hybride, « ionio-attique ».
→ En élargissant le problème de ces imitations, il faut remarquer que la question du rôle de Marseille à propos de la réexpédition des vases de la Grèce de l’Est plus à l’Ouest comme de la diffusion de ses propres produits n’a pas été abordée à Naples. Ce problème, qui est toujours d’actualité, est pourtant lié à celui de la datation des plus anciens exemplaires gréco-orientaux qui sont parvenus en Languedoc méditerranéen. S’agissait-il de contacts fortuits, épisodiques ? Ces documents sont-ils venus dans le sillage du commerce étrusque ? Ou bien n’était-ce qu’une sorte de « dumping » marseillais ? Une remarque peut-être éclairante sur ce point nous semble être la suivante ce n’est qu’après 550, que les plus anciennes amphores à vin dites de Marseille sont attestées en Languedoc méditerranéen (cf. M. Py, Les Oppida de Vaunage, Gard (…), thèse de 3e cycle, Montpellier, 1972, II, p. 633 : « Bord A »).

  20 A ce propos nous avons recueilli cette remarque faite par P. Hommel : « la céramique à bandes peintes n’existe pas à Phocée ». Or l’on sait que ce type de céramique constitue une grande partie de la céramique peinte du VIe s. en Languedoc méditerranéen, notamment dans, le groupe des vases de la « céramique grecque d’Occident ».

  21 Larisa-am-Hermos (…), III, 1942.

  22 C. Blegen (et C. Boulter pour la céramique), Troy IV/1, 2.

  23 Cf. A. Nickels, Un calice de Chios dans l’arrière-pays d’Agde, à Bessan, Hérault, R A – 1 – 1975, p. 13-18.

  24 Voir notamment Dacia, nelle série, II, 1958, p. 69 sq. ; Studi Clasice, IV, 1962, p. 49 sq. et l’ouvrage collectif Histria II, 1966, p. 433-436 fig. 1-4.

  25 Voir la carte n° 2, site n° 8.

Une étude sur les structures mentales paysannes en Languedoc médiéval

Le tome 83 des Annales de Bretagne reproduit les actes d’un colloque tenu à l’Université de Tours en juin 1975 sur Le Temps et l’Histoire. La lecture de la quinzaine de contributions montre à l’évidence tout ce que, dans le domaine de l’analyse des mentalités, peut apporter à d’autres disciplines la recherche historique et les échanges fructueux de méthodes qui peuvent s’établir. On retiendra notamment une étude pleine de finesse de R. Chevallier sur les calendriers rustiques (p. 245-252), et surtout, parce qu’elle intéresse le Bas Languedoc, la contribution de Mme M. Gramain (M. Gramain, Mémoires paysannes. Des exemples bas languedociens aux XIIIe et XIVe siècles, Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, t. 83, 1976, 2, p. 315-324).

La question abordée est difficile car, analphabète, le monde paysan est incomplètement accessible. Ce n’est qu’au hasard d’enquêtes judiciaires (n’oublions pas tout le parti que vient d’en tirer E. Le Roy Ladurie à propos de Montaillou) bien choisies, celles qui sont relatives à des usages reposant sur la tradition, qu’apparaissent les mentalités paysannes.

Certes les thèmes sont pauvres dans ces querelles de clocher, et il n’est pas sûr que l’on ait choisi indistinctement tous les témoins cités. Enfin le témoin n’est pas maître de son témoignage, il répond à des questions, et le notaire, de son côté, traduit sa parole (en résumant ? en corrigeant ?) en latin.

Constatations surprenantes, peu d’anecdotes personnelles, peu de références aux catastrophes naturelles, au sensationnel. Mais, au delà de ces caractéristiques, apparaît « une hiérarchie de la mémoire fondée sur l’origine sociale et sur l’activité professionnelle plus que sur l’appartenance à un milieu rural ou urbain » : hommes d’église, marchands, fermiers des revenus du roi se rappellent avec précision (dates, chiffres) parce que, sans doute, ils ont reçu une instruction.

Quant à la conscience du temps, il semble bien qu’elle se rythme sur les saisons ou sur le calendrier des fêtes religieuses. Tout ce qui est antérieur à la vie des témoins est « de temps immémorial », hormis dans certains cas particuliers où le témoin est attentif à la continuité du lignage (les nobles). En somme on vit surtout au présent.

M. C.