Notes brèves Informations 1970-4
Notes brèves Informations 1970-4
p. 30 à 36
Un coffre breton du XVIIème siècle au musée de Vulliod-Saint-Germain
Le patrimoine artistique de Pézenas vient de s’enrichir, grâce à un don récent de Madame Édith de Vulliod, d’un élément de mobilier du XVIIème siècle, un coffre de chêne, daté de 1660, modifié postérieurement en bahut.
Ce meuble est exposé depuis le mois de juillet 1969 dans le grand hall du premier étage du musée, sous l’une des cinq tapisseries d’Aubusson, de la suite d’Alexandre, provenant également de la famille de Vulliod.
La reproduction photographique que nous donnons ci-contre valant mieux que toute description, nous nous bornerons à indiquer ici les dimensions : (H. : 1,13 m ; L. : 1,95 ; prof. : 0,75) et les modifications apportées. La partie supérieure a reçu, à 0,14 m. du sommet, une série de planches formant fond, tandis que l’abatant, (refait), est maintenant composé pour ses deux tiers d’une partie fixe, pour un tiers, d’une partie mobile permettant l’accès commode à l’espace ainsi ménagé. En outre, deux portes ont été obtenues par découpage dans la façade du meuble. Enfin deux étagères ont été placées à l’intérieur.
La façade présente une structure et une décoration absolument semblable à celles des coffres bretons du XVIIème siècle ? On retrouve la division verticale par panneaux, surmontés d’une bande sinueuse d’entrelacs abritant chaque panneau sous une sorte d’arcade et formant un arrondi sous la serrure, sur un coffre de mariage daté de 1614, conservé au manoir du Strang 1. De plus, le motif central (formé d’anses de paniers entrelacés inscrites dans un cercle et présentant, au point de tangence des anses, six rosaces) est rigoureusement identique à celui d’un coffre du Musée de Quimper 2. Il en va de même pour la serrure, dont le sommet des moraillons est orné d’une coquille.
Nous pouvons à la lumière de ces comparaisons, confirmer l’origine bretonne du meuble et maintenir, en dépit d’importantes transformations postérieures la date de 1660, au moins pour la partie décorée de la façade.
Jean Nougaret
Notes
Curiosité : Le grelot de JUST CASTEL
Dans le premier bulletin des « Études sur Pézenas et sa Région », Monsieur Nougaret, conservateur du Musée Vulliod-Saint-Germain, nous a vivement intéressé par ses « Notes d’archéologie campanaire », travail fouillé qui a permis de mieux connaître ces fondeurs, et en particulier Just Castel « fondeur de Montpellier résidant à Pézenas » ou il est mentionné dès 1765.
Nous venons signaler deux œuvres de Castel. L’exécution de la première est connue par un contrat de Me Jean Fabre, notaire à Cessenon, du 2 avril 1764, par lequel Joseph Moustelon premier consul d’Olargues, emprunta 1300 livres à noble Barthélémy Milhé de Cessenon « pour le paiement de la refonte et augmentation de la grande cloche dudit Olargues » et les réparations de l’église et du clocher, de Saint-Julien en conformité des ordonnances de Monseigneur des 30 novembre et 7 février derniers. Il est même stipulé que Castel entreprendrait cette refonte et augmentation pour 835 livres.
ILLUSTRATION ICI
Nous ne savons si cette cloche rythme encore la vie des habitants de ce pittoresque village alors que la seconde œuvre est possédée par le docteur Bergé au château de Saint-Martin-de-la Garrigue. Il s’agit d’un énorme grelot portant dans la partie inférieure de part et d’autre de la fente trois fleurs de lys et dans ta partie supérieure le nom du fondeur (voir cliché). L’intérêt de cet apport est réduit mais ce grelot constitue une originalité qui mérite pourtant d’être signalée en espérant que quelqu’un viendra l’expliquer.
J. BERGASSE
Sculptures antiques à Puissalicon
Dans les Mélanges d’Archéologie et d’Histoire offerts à André PICANIOL Paris, 1966, I, se trouve un article de Fr. Braemer qui, à partir d’une étude de marbres antiques trouvés à Puissalicon, ouvre des perspectives sur les mentalités et les mœurs de la société gallo-romaine (A propos d’un portrait récemment découvert à Puissalicon, pages 383-394).
En premier lieu, l’auteur reprend l’étude d’une tête masculine, en marbre des Cyclades, découverte à proximité du tracé de l’aqueduc antique de Gabian à Béziers, sur la rive gauche du Libron, à la condamine du moulin. Le site caractérisé par des fragments divers et les ruines d’un bâtiment romain, et la sculpture avaient été relevés par l’abbé Giry (Bulletin de la Société Archéologique de Béziers, XXIV, 1958, p. 26) et signalés dans le rapport de H. Gallet de Santerre dans Gallia, XVII, 1959, 2, p. 465 (figure 13 pour la tête). Il ne fait point de doute que le site archéologique correspond à un habitat campagnard, une villa gallo-romaine. Cette tête appartenait à une sculpture ornant cette demeure de martre. Le phénomène, relève Fr. Braemer, est fréquent dans la province de Narbonnaise, qui imitait ainsi l’Italie où s’affirmait, chez les élites, le goût d’orner ainsi les grandes demeures. On découvre ici un indice « d’italianisation » des mœurs provinciales, phénomène qui se manifest également dans certaines régions de la péninsule ibérique : la province de Bétique (l’actuelle Andalousie) et la côte orientale de la péninsule, qui faisait partie de la province de Tarraconaise (cf. Garcia y Bellido, Esculturas romanas de Espaňa y Portugal, Madrid, 1949 ; J. M. Blazquez, Estado le la romanizacion de Hispania bajo Caesar y Augusto Emerita, XXX 1962 71 129.
Le corps e l’article est consacre a l’étude d’une effigie masculine découverte dans le même village, en 1958, au tènement de Peyreseignade (cf. H.de Gallet de Santerre, Gallia, 1950 2, p. 465 et figure 14). Comme la précédente, elle se trouve au milieu des ruines d’un établissement romain. Divers critères sylistiques permettent de la dater de l’époque de Tibère (14 après J.-C. – 37 après J.-C. et de la rapprocher de certains portraits d’Agrippa, ami influent de l’empereur Auguste. En tout cas, il ne s’agit point d’un habitant de la villa. A partir de ce premier résultat, Fr. Braemer ouvre des perspectives sur les mentalités de l’aristocratie gallo-romaine au début du Ier siècle après J.-C. L’intérêt porté à ces personnages officiels, qui incarnaient l’état romain, révèle l’état d’esprit du milieu rural des provinces annexées depuis déjà longtemps par Rome. Elles paraissent, à cette époque, gagnées à la cause impériale. Il restera bien sûr à mieux fixer la catégorie sociale des propriétaires de villae ; la connaissance de leur domination serait en la matière fort précieuse 1.
Michel CHRISTOL
Note
1 Ce phénomène ne semble point isolé. De semblables constations sont suggérées par la découverte, à Poilhes, d’un portrait présumé de César : Fr. Braemer, Un portrait présumé de César, Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France, 1948-1949, p.112, planche IV. Au lieu dit « le Viala » situé près de la Voie Domitienne, fut découvert un portrait de César, aux traits idéalisés, révélant l’œuvre de propagande augustéenne dans la province de Narbonnaise.
Revue Archéologique de Narbonnaise
Le tome II, 1969, vient de paraître au cours du premier trimestre de l’année. Sur de nombreux points il intéresse le Bas-Languedoc. J. Guilaine, Le dépôt de bronzes de Carcassonne, étudie, aux pages 1-27, un important dépôt mis au jour aux environs de Carcassonne, enfoui aux environs de 600 avant J-C. Il appartient aux gisements de la civilisation launacienne (dont le nom dérive du dépôt dé Launac, aux environs de Fabrègues : cf. Cazalis de Fondouce, la cachette de fondeur de Launac ; Mémoires de. la Société Archéologique de Montpellier, 1902, 171-208). Néanmoins sa localisation, sur la route transversale Méditerranée-Atlantique par le seuil de Naurouze, éclaire les influences de la civilisation du Bronze final de type atlantique. Une carte fait le point des dépôts connus jusqu’à ce jour. Y. Solier, Note sur les potiers pseudo-campaniens Nikoas et Ion, aux pages 29-48, à la suite d’étude minutieuse, pense que les ateliers locaux ont pu imiter les productions italiennes, dès la fin du IIIème siècle. En tout cas ses arguments, appuyés sur une carte de répartition des trouvailles, sont très sérieux. Il apporte beaucoup à l’étude des civilisations établies entre l’Èbre et l’Hérault. J.-C. M. Richard s’attaque au problème des origines de Montpellier (le problème des origines de Montpellier, pages 49-62), ville sans passé, selon la plupart des historiens. Il n’en reste pas moins que la région montpelliéraine a subi l’empreinte de toutes les civilisations qui se sont développées dans l’Hérault oriental. Un seul regret : les faits toponymiques ne sont point étudiés. L’article de M. et F. Py (Contribution à l’étude des remparts de Nages), aux pages 97-121, intéresse un secteur quelque peu marginal. On peut tout de même en retenir les conclusions chronologiques : trois phases d’occupation, Nages 1 (300-250 env.), Nages II (230-120 env.), et après une interruption marquée dans la stratigraphie Nages III (100 av.-10 ap. J.-C.), époque qui se clôt avec le déplacement du site en plaine. Aux pages 123-132, se trouve un article de J.-P. Pappalardo, déjà publié dans le Bulletin de la Société d’Études Scientifiques de Sète et de sa région, dont nous avons fait état dans un précédent numéro (fascicule II, 1970).La mise à jour de tombes à Frontignan a fourni à L. Albagnac, Fr. et M.C. Valaison la matière d’un intéressant article : les tombes du chemin des Romains à Frontignan (pages 133-163). Ces sépultures, aux formes multiples, sont par les éléments céramiques et monétaires qu’elles contenaient. Elles s’échelonnent du milieu du IVème siècle à la fin du IVème siècle. Seule, la datation de la tombe VIII, présente quelques difficultés, dans la mesure où la chronologie appuyée par les documents céramique ne concordait pas avec celle que fournissent les monnaies. D. Rouquette étudie une plaque-boucle et une boucle d’oreille découverte à Marseillan (les parures wisigothiques de Marseillan, pages 197-205). Un labour les a mises à jour au lieu dit Église du Bagnas, dans un contexte archéologique qui suggère l’existence d’un établissement antique, christianisé. Ces deux documents pourraient provenir de tombes sises autour d’un lieu sanctifié. Il ne manque point d’éléments de comparaison à proximité immédiate (cf. Abbé J. Giry, les plus vieux de culte chrétiens, Bull. Soc. Arch. Béziers, 1960, 26, p. 17 sq.). Enfin, A France Lanord, l’Éphèbe d’Agde (pages 187-191) donne d’intéressants détails sur les procédés utilisés pour la restauration de cette pièce remarquable enlevée par les plongeurs d’Agde (G.R.A.S.P.A.) au lit de l’Hérault.
Michel CHRISTOL
