Notes brèves et informations 1970-2

Michel CHRISTOL, (assistant d'Histoire Romaine à la Sorbonne)
Jean NOUGARET (Conservateur du Musée de Vulliod-Saint Germain)
& Jean SERVIERES

Une nouvelle revue régionale

Nous aurions dû annoncer dès notre premier numéro de 1970 la naissance du « Bulletin de la Société d’Études Scientifiques de Sète et sa Région », dont le premier numéro a vu le jour en 1969. Cette réalisation d’un très grand intérêt est à mettre à l’actif du Centre Culturel Sétois, et plus particulièrement de sa dynamique section d’archéologie. Au sommaire de la revue, quatre articles.

J.-P. Pappalardo présente un vase sigillé de Montans à Balaruc-le-Vieux (Hérault) (pages 1-4). Il s’agit du résumé d’un article à paraître dans le tome II de la « Revue archéologique de la Narbonnaise ». Ce vase, trouvé par hasard dans un tas d’immondices, parait provenir d’une nécropole datée de 50 à 120 après J.-C. Par sa forme il s’apparente aux travaux des ateliers de Montans, ateliers gallo-romains dont les productions supplantèrent, au Ier siècle après J.-C., les vases importés d’Italie. Par sa décoration il rappelle également le travail des ateliers gallo-romains. Et pourtant la signature parait italienne (marque ATEIXANTHI). L’examen attentif de l’estampille permet à ce chercheur trop tôt disparu de conclure à une contrefaçon de celle-ci. Citons les conclusions de l’auteur à propos de ce vase fabriqué dans le second quart du Ier siècle après J.-C. : « l’influence arretine n’avait presque plus prise sur les potiers, mais il est fort possible qu’elle atteigne encore le groupe des acheteurs. Les produits portant des signatures de potiers arrétins connus pouvaient connaître une faveur certaine ».

Le corps de l’ouvrage est consacré à un état des fouilles entreprises à Sète et sa région, entendue au sens large. Une série de notices, due le plus souvent aux fouilleurs eux-mêmes, fait le point sur les sites archéologiques connus. Ce travail, bien classé, bien documenté, livre la substance des multiples rapports de fouilles adressés au Directeur de la circonscription archéologique à Montpellier. Il constitue un outil de travail essentiel. Un seul regret : hormis pour Sète, point de carte et peu d’illustrations. Mais qu’on n’y voit point de critique : les frais d’illustration auraient sans doute rendu impossible la parution de la revue. A la suite de cette somme précieuse, se trouve, aux pages 59-68, une présentation du service des fouilles et antiquités et un exposé de la réglementation des fouilles archéologiques en France : nul doute que ce texte apportera des informations précises sur la législation des fouilles à tous ceux qui, dans tous nos villages, s’intéressent au passé régional.

Aux pages 71-84, une étude du « complexe salinier du Barrou à Sète dans l’Antiquité et au Moyen-âge » clôt la revue. Ce qui avait été jugé pendant longtemps un établissement thermal paraît être plutôt un centre saunier dont la production permit le développement d’une « industrie » de salaisons et de fabrication de « garum » (condiment fort apprécié sur les tables romaines). Une série de monnaies, couvrant la période de l’Empire romain, du Ier siècle au IVe siècle, permet de placer l’apogée de l’activité de ce centre important aux premiers siècles de l’ère chrétienne. Plus tard les salines seront concédées à l’abbaye d’Aniane. Relevons qu’un rapport sur les fouilles du Barrou se trouve dans le fascicule de la revue, aux pages 36-51, et là, l’illustration est abondante 1.

Michel CHRISTOL

Quelques ouvrages récents sur le Languedoc ou la Provence

Du 28 au 31 mars 1968 s’est tenu à Toulouse un colloque d’histoire médiévale. Les actes viennent d’en être publiés sous le titre : « Les structures sociales de l’Aquitaine, du Languedoc et de l’Espagne au premier Age féodal », éditions du C.N.R.S., Paris, 1969. Présidé par le doyen J. Schneider, il se rapporte plus au Haut-Languedoc qu’au Bas-Languedoc à vrai dire. Mais l’intérêt des communications présentées impose de ne point le négliger.

Uniquement orientée sur le Bas-Languedoc, par contre, telle est l’enquête menée par Monsieur J. Proust, Professeur à la Faculté des Lettres de Montpellier, qui étudie « l’Encyclopédisme dans le Bas-Languedoc au XVIIIe siècle » (édité par le Centre d’Études du XVIIIe siècle et le Centre d’Études Occitanes, Faculté des Lettres de Montpellier, 1968).

L’étude se divise en deux parties ; après une analyse de l’Encyclopédisme sont publiés les principaux articles dûs à des Languedociens, notamment l’article CHIMIE, dû à la plume de Venel, natif de Tourbes, habitant Pézenas. Nous essaierons d’en présenter un compte-rendu dans un prochain numéro.

S’insérant dans des sphères extérieures au Languedoc, tel se présente l’ouvrage de Maurice Agulhon : « Pénitents et Francs-Maçons de l’ancienne Provence », Paris, Fayard 1968 (452 pages in 8e). Le sous-titre révèle l’importance de l’étude : essai sur la sociabilité méridionale. Ces associations, confréries de paroisse, de métiers, de pénitents constituent une trame de la vie sociale dans la France du Midi. C’est à un passage des confréries religieuses à des confréries laïques que nous fait assister l’auteur. Même si l’ouvrage n’intéresse pas directement le Bas-Languedoc, il ouvre de larges perspectives sur les sociétés méridionales dans la France d’Ancien Régime et la France révolutionnaire.

Note

  1 Page 42-43, description d’une monnaie de Constantin attribuée à l’atelier de Tarragone. Elle appartient plutôt à l’atelier de Ticinum (Pavie) en Italie du Nord et fut frappée en 319-320. CL Patrick M. Bruun « The roman impérial coinage », vol. VII, Constantine and Licinius, Londres 1966, pages 356-376-378.

Complément à un article récent : À propos du fondeur Dominique Geoffroy

Nous signalions, dans un article précédent 1, la présence à Pézenas du Fondeur Dominique GEOFFROY, auteur d’une cloche fondue pour Pignan (Hlt) et auquel on peut attribuer une autre cloche (datée de 1679), conservée au musée de Vulliod-Saint-Germain. 2

Nous devons à l’obligeance de Monsieur Claude ALBERGE la connaissance de deux documents provenant des registres d’État-Civil de Pézenas et intéressant notre fondeur.

Le premier est un acte de mariage daté du 27 novembre 1677 3 unissant Dominique GEOFFROY, maître fondeur, natif de Vannes-Saint-Hilaire en Lorraine, et Jeanne COR fille de Jean GOR et Guilhaumette MAS, habitants de Pézenas.

Ne connaissant pas alors ce document, nous n’avions fait mention que du contrat de mariage unissant la fille de Jean COR, Jeanne, au maitre fondeur de Nîmes, André LAVALETTE 4, contrat passé le 11 février 1689 devant Me CHANUT, notaire de Nîmes.

Or le second document qui vient de nous être transmis n’est autre que l’acte de décès, le 25 février 1686, à l’âge de trente-cinq ans, du fondeur GEOFFROY 5, né donc si l’on croît à l’exactitude du registre, en 1651. Le second mariage en 1689, de Jeanne COR, avec André LAVALETTE, également fondeur, est caractéristique de ces unions de familles d’artisans exerçant le même métier dont témoignent abondamment les documents d’archives. C’est pourquoi il nous a semblé utile de présenter au lecteur ces quelques renseignements.

Jean NOUGARET

Notes

  1 NOTES D’ARCHÉOLOGIE CAMPANAIRE, « Études sur Pézenas et sa région », I, 1970, p. 21.

  2 La date de 1687, donnée dans l’article précédent, pour la fonte de la cloche de Pignan, d’après l’index de BERTHELE, doit en réalité être lue 1685 (1687 étant celle de l’emprunt destiné au paiement de la dite cloche), comme le confirme par ailleurs le Fichier BERTHELE de la Soc. Arch. de Montpellier.

  3 Registre paroissial année 1677, f° 53.

  4 Ce contrat est mentionné dans une quittance GOR/LAVALETTE (A.D. Hérault, II E 69/ 102, f° 236).

  5 Registre paroissial de l’année 1686 en date du 25 février. Il faut noter que l’emprunt de la commune de Pignan, cité plus haut, ne signale pas l’origine lorraine de Dominique GEOFFROY. (A D.H. C 3022). Sur l’apport des fondeurs ambulants de Lorraine, on se référera aux ouvrages de Joseph BERTHELE, Anciens textes campanaires de l’Hérault, Ephemeris campanographica, (Montpellier, Valat, 1911) et Mélanges de Campanographie ancienne et moderne (Montpellier, Valat, 1906).

La vie de la société. L’Assemblée Générale des Amis de Pézenas

Le vendredi 30 janvier 1970, s’est tenue, sous la présidence de Monsieur François HÜE, l’Assemblée Générale des Amis de Pézenas à laquelle assistaient Monsieur Jean BENE, Sénateur-Maire, Président du Conseil Général de l’Hérault, ainsi que les principaux responsables de l’association et de nombreux conseillers municipaux. Après un large tour d’horizon des activités diverses au cours de l’année écoulée, et après avoir rappelé la récente nomination de Monsieur Jean NOUGARET aux importantes fonctions de Conservateur du Musée de Vulliod-Saint-Germain et sa brillante présentation de thèse sur l’Architecture urbaine de la Ville de PÉZENAS, de la fin du XVIe siècle au début du XVIIIe siècle, le Président François HÜE devait donner la parole aux divers responsables pour la présentation des rapports financiers des différentes commissions.

Monsieur Jean SERVIÈRES, Secrétaire Général des Amis de Pézenas procédait tout d’abord à une analyse approfondie du Budget d’ensemble de l’Association dont la balance, grâce aux diverses recettes et à l’aide financière de la Municipalité de Pézenas, du Conseil Général de l’Hérault et d’autres organismes officiels tels que le Commissariat Général au Tourisme, le Secrétariat à la Jeunesse et aux sports, le Service de la Musique des Affaires Culturelles, la Chambre de Commerce, etc., et malgré les dépenses importantes résultant de l’organisation de manifestations diverses, de l’aménagement de la Boutique du Barbier Gély et de la publication d’un dépliant couleur, devait rester excédentaire.

Excédentaire également, quoique plus modeste, était le bilan financier du Syndicat d’Initiative, présenté par Monsieur César GÉLY, trésorier.

L’examen du bilan financier de la Commission du Musée, présenté par son Secrétaire, Monsieur Jean NOUGARET, Conservateur, devait être précédé d’une analyse détaillée des différents aspects du fonctionnement de ce Musée : l’évolution du nombre des entrées au cours de l’année 1969 et leur comparaison éloquente avec les chiffres des années précédentes, le succès des expositions pédagogiques et les perspectives d’avenir, l’enrichissement de la Bibliothèque et du mobilier, le classement des archives et les possibilités désormais offertes aux chercheurs,…

L’examen des différents comptes-rendus financiers devait se terminer avec celui de la Mirondela dels Arts présenté par son trésorier, Monsieur Jean ALLARY. Ce bilan révélait également notamment grâce à la subvention municipale, un excédent des recettes sur les dépenses. Au cours de son exposé Monsieur ALLARY devait mettre l’accent sur le succès financier des différentes manifestations artistiques, théâtrales et folkloriques organisées au cours des mois d’été.

En conclusion de l’examen des différents rapports financiers, et tout en louant le succès de l’œuvre entreprise, Monsieur le Sénateur-Maire devait souligner l’aide apportée par la Municipalité à l’action menée par les « Amis de Pézenas », tant sur le plan matériel que sur le plan financier et rappeler notamment l’installation du Bureau d’accueil du S.I. dans la Boutique du Barbier GÉLY, ainsi que les aménagements et la gestion du Musée.

Les Amis de Pézenas devaient, ensuite procéder à l’examen des différentes questions figurant à l’ordre du jour. La première question étudiée, la plus importante, était relative au projet de création d’une Commission « Portes et Ferronneries » dont le but essentiel serait la sauvegarde et la conservation des portes, marteaux, balcons et serrures, si chers au Docteur Georges COCHAND, Vice-président des Amis de Pézenas à PARIS, à qui revient cette initiative. Après un long débat au cours duquel le Docteur Jacques MOLINES et Monsieur René LANET devaient préciser, au nom du Docteur COCHAND le but les conditions de fonctionnement et de financement de la future commission et Monsieur Georges SUTRA de GERMA souhaiter que cette commission soit largement constituée de Piscénois, et après que Monsieur le Sénateur-Maire ait rappelé les limites des travaux pouvant être effectués dans le cadre du Secteur Sauvegardé et la nécessité de maintenir les activités les plus diverses au sein de l’association des Amis de Pézenas, le Président François HÜE mettait au vote la proposition de création d’une nouvelle commission intitulée : « Portes et Ferronneries ». Cette proposition était adoptée à l’unanimité, la désignation de son bureau devait être effectuée au cours de la prochaine réunion du Conseil d’Administration des Amis de Pézenas.

Les Amis de Pézenas devaient ensuite, tout d’abord procéder au remplacement des membres du Conseil d’Administration décédés ou démissionnaires du fait de leur départ, et ensuite traiter de questions diverses et notamment :

  • de la nécessité de mise en place d’une signalisation du Bureau d’Accueil du S.I.
  • de la tenue, à la Chambre de Commerce de Béziers, d’une Table Ronde sur le Tourisme et des projets évoqués, en particulier l’installation à Pézenas d’un Bureau d’Information,
  • la visite de Pézenas en Mai 1970 par les participants au Congrès des Caisses d’Épargne et de Prévoyance du Midi et du Sud-Est
  • de la parution d’un Bulletin trimestriel édité par les Amis de Pézenas, traitant d’« Études sur Pézenas et sa Région »
  • de la publication du dépliant d’appel « Pézenas en Languedoc » et la nécessité de procéder à une réédition du dépliant de visite.

L’Assemblée Générale devait prendre fin à 23 h 00, après que Monsieur Georges SUTRA de GERMA ait demandé des éclaircissements sur la date approximative d’édition de la thèse de Monsieur Jean NOUGARET et sur les possibilités de l’obtenir et après que Monsieur Claude ALBERGE, responsable des festivités d’animation de la Mirondela dels Arts, ait présenté le bilan moral des manifestations 1969 et posé la question de leur avenir.

Jean SERVIÈRES
Secrétaire Général des Amis de
Pézenas.