Un ouvrage récent sur l’antiquité de Pézenas.

Les découvertes remontant à Octobre 1963, auprès du domaine de Saint-Julien, sont trop importantes, non seulement pour l’histoire locale, mais encore pour l’étude des grands courants de commerce et de civilisation dans le monde méditerranéen antique : nous ne pouvons pas omettre de signaler la parution, voici déjà plusieurs mois, de l’ouvrage de l’abbé Giry, conservateur du Musée National d’Ensérune : « La Nécropole de Saint Julien », Montpellier., Etiévant, s.d. (1969), 39 p.

L’ouvrage, abondamment et agréablement illustré, fera patienter les historiens et tous ceux qui s’intéressent au passé de notre région, en attendant la parution d’une étude plus complète. Après un historique des découvertes, l’auteur décrit avec précision les résultats obtenus. Il en arrive aux conclusions suivantes : à l’époque du cuivre, vers 2000 ans avant J-C, aurait pu exister un premier habitat. Mais les renseignements sont plus précis à partir de 600 ans avant J-C, car l’essentiel du produit des fouilles se rapporte à cette période.

Sur la colline (oppidum) de Saint-Siméon vivait une peuplade indigène qui par sa civilisation s’apparentait aux peuples établis de l’Hérault au Levante espagnol. L’emplacement de l’habitat est encore mal connu. Cet établissement indigène surveillait les voies de commerce reliant la zone littorale à la « montagne » riche en minerais, et la vaisselle de luxe importée, les vins étrusques payaient le passage des trafiquants. En ce lieu de contacts, il semble bien que nous nous trouvions au cœur du « grand commerce » méditerranéen tel que l’a défini, dans ses travaux, le regretté Fernand Benoit (cf. en dernier lieu, « Recherches sur l’hellénisation du Midi de la Gaule », Ophrys, Aix-en-Provence, 1965)

Après l’Histoire du Languedoc.

Après l’histoire du Languedoc, où une pléiade de spécialistes présentait l’histoire de la province depuis les origines jusqu’au plus récent XXe siècle, la maison d’édition Privat, de Toulouse, publie un autre ouvrage que beaucoup de bibliothèques accueilleront. L’« Histoire de Provence », parue en 1969, présente l’histoire d’une province voisine. L’ouvrage a les mêmes caractères que le précédent : soigneusement édité, illustré avec goût, il est le fruit de la collaboration de spécialistes et intègre, dans un récit alerte, les derniers résultats de la recherche scientifique. Nous espérons en donner bientôt un compte-rendu.

Un témoignage sur l’art des steppes à Montagnac.

L’on peut voir, dans les vitrines du musée de l’Institut d’Art et d’Archéologie de la Faculté des Lettres de Montpellier, un vase qui, par sa décoration, rappelle l’art des steppes. Trouvé en 1959, parmi des vestiges d’époque romaine à Montagnac, sur le domaine de Lavagnac, prés du lieu dit « Le Camp Romain », il a été offert par le compte d’Aulan à l’Institut d’Art de la Faculté des Lettres. Jusqu’ici, il n’avait fait l’objet que d’une courte notice (« Informations archéologiques » Gallia, 20, 1962, 624-625). L’on doit à Mlle E. Demougeot, Professeur d’Histoire Ancienne à la Faculté des Lettres, une étude poussée de cet objet remarquable (« A propos du vase de Montagnac (Hérault) en Hommages à Marcel Renard », Collection Latomus, 103, Bruxelles 1969, Tome III, 183-195).

Sur la panse du vase, s’étagent deux zones, dont l’une (la supérieure) est décorée d’une frise sur laquelle s’affrontent quatre griffons, deux par deux, de part et d’autre d’une tige feuillue. Par sa décoration, ce vase peut-être comparé à des témoignages de l’art scythe, tels qu’ils ont été mis au jour dans la région de Panticapée-Kertch, au fond de la Mer Noire. Le thème des griffons est inspiré des légendes scythes, et dans l’art de ces peuples des steppes ils constituent un ornement magique. Ce thème passe dans l’art grec, où il est adapté, puis dans l’art gallo-romain. Mais il est impossible d’attribuer, de façon sûre, le vase de Montagnac à l’un ou à l’autre stade de l’évolution du thème. En tout cas, il ne semble point sorti d’un atelier gallo-romain. Néanmoins l’hypothèse d’une copie d’époque romaine, issue d’ateliers pontiques, sur des thèmes traditionnels (et sur lesquels les influences helléniques sont peu profondes) serait, selon l’auteur, plus conforme au style de l’objet. Il aurait été importé.

Citons la conclusion, prudente, de l’étude : « suggérer, à cause de sa forme et du type de ses griffons, une éventuelle provenance pontique, en faire l’œuvre ou la copie d’une œuvre des ateliers d’Olbia, ou de Panticapée-Kertch dont les monnaies présentent un type similaire de griffon, n’est certes pas résoudre ce problème mais seulement montrer qu’il y a là un problème. »

Le vase de Montagnac
Fig. 1 Le vase de Montagnac.
(Photo Direction des antiquités)
Détail du vase de Montagnac
Fig. 2 Détail du vase de Montagnac.
(Photo Direction des antiquités)

Trouvaille monétaire à Fontés.

Nous devons à l’amabilité de M. André Burgos la communication d’une monnaie de bronze, découverte en 1968 sur le territoire de la commune de Fontès. C’est une pièce de bronze, frappée pendant le règne de Magnence, usurpateur gaulois qui menaça pendant plusieurs années (330-353) le pouvoir de l’empereur Constance II, fils de Constantin.

Description :

  1. Droit : D N MAGNEN-TIVS P F AVC (Dominus Noster Magnentius Pius Feux Augustus) Buste de Magnence, tête nue, à droite, portant le paludamentum, de trois-quarts en avant.
  2. Revers : SALVS DD NN AVG ET CAES (Salus Dominorum Nostrorum Augusti et Caesaris). Chrisme, entouré de part et d’autre d’un alpha et d’un oméga. A l’exergue: LPAR.
  3. Références : P. Bastien « Le monnayage de Magnence» (350-353) Wetteren 1964, P. 191 N° 298.
  4. Poids : 3,29 grammes.

Les indications fournies par l’inscription à l’exergue permettent d’attribuer cette pièce à l’atelier d’Arles.

Commentaire : la pièce fut frappée pendant la dernière phase du monnayage de Magnence (entre le début de l’année 353 et le 10 août de cette année : Cf. P. Bastien, O. c. p. 223). L’usurpateur émet alors un nouveau type de monnaie destiné à relever son prestige diminué par des échecs militaires successifs mais aussi à lutter contre l’inflation qui se manifeste dès 351-2. Néanmoins, la pénurie de métal entraîne à deux reprises la réduction du diamètre et du poids des monnaies: d’un diamètre de 27-28 mm, elle passe à un diamètre de 21-22, et d’un poids moyen de 8,30 gr. à celui de 14,75 gr. Il faut relever que sur le droit, l’usurpateur est représenté sans diadème : selon P. Bastien (O. c. p. 40) il s’est efforcé jusqu’au bout de ne point heurter l’empereur légitime, en refusant de se faire représenter avec les insignes du pouvoir impérial, dans l’espérance d’un accord. D’autre part, le revers présente le chrisme, entouré des lettres alpha et oméga, symboles de l’éternité du Christ ; il y a là de quoi surprendre de la part d’un païen. Il ne faut point y voir le signe d’une conversion, mais plutôt un élément de propagande politico-religieuse. Magnence voulait se poser en champion de l’orthodoxie chrétienne (à laquelle étaient attachés les Chrétiens d’Occident) et se concilier ses fidèles, contre Constance II, hérétique, qui niait l’éternité de Christ.

Michel Christol

Sur le charbon en Languedoc au XVIIIe siècle.

Nous savions l’économie du Languedoc florissante dans le second tiers du XVIIIe siècle. Faut-il encore qu’il ait amorcé la révolution industrielle à partir du charbon dans la seconde moitié du siècle ? C’est à l’analyse d’une modernité, sitôt vouée à l’échec, que Guy-Roland GALY nous convie dans le numéro des « Annales du Midi » d’avril 1969 : « L’exploitation des houillères en Languedoc et le marché du charbon au XVIIIe siècle » (p. 163 à 195)

Trente mille de tonnes, la place de la province reste modeste : le tiers de la production du bassin de la Loire, le un neuvième de celle d’Anzin. Mais la dispersion géographique des gisements, soulignée d’une carte, attribue à chaque petite région ses « minières ». Certes Carmaux et Alais sont déjà deux grands pôles, mais le Minervois, le Montpelliérais, les vallées de l’Orb et de l’Hérault sont jalonnées de petites exploitations.

Anciennes pour quelques unes, mais la plupart amorcées par la disette en bois que connut le Languedoc à partir de 1730. L’édit royal de 1744, réglementant prospection et exploitation, les États de la province, les intendants entretiennent une, véritable fièvre qui bientôt saisit les porteurs de rentes. Tandis que la famille de Thésan réussit, malgré l’hostilité de la communauté des habitants, à contrôler le périmètre de Graissessac, le seigneur Balguerie, après maints procès et avec la protection de la comtesse du Barry, obtient en 1755 et en 1763 concession de la minière de Neffiès. Les fouilles se poursuivent sur le territoire de Roujan, dressant le chapitre contre la dame de Molères, avant que le prieur de Cassan n’emporte la décision, moyennant 400 livres, en 1779. Quelques années plus tard, le baron de Laurens s’affaire à Fouzilhon.

Mais cette quête se heurte à bien des difficultés. Le charbon « de roche » ou « de terre », où le schiste entre souvent pour la plus large part, est de mauvaise qualité. Il sert plus volontiers le chaufournier que le forgeron. Les entreprises, mises à part celles des de Solages à Carmaux ou des Tubeuf à Alais, qui sont l’exception, manquent de moyens financiers, techniques, d’une main d’œuvre expérimentée. La minière de Neffiès ruinera en quelques années ses quatre propriétaires successifs. L’obstacle majeur vient du commerce. Les débouchés sont rares parce que le mauvais état des chemins rend le transport difficile et couteux, les manufacturiers (sauf quelques exceptions, notamment Giral qui abandonne Montpellier pour Hérépian, aux portes de bassin minier, où il installe une verrerie capable de produire 440 000 bouteilles l’an) et les usagers domestiques continuent à préférer le Bois. Enfin, le charbon anglais arrive à Marseille et Bordeaux à un prix concurrentiel.

La fièvre sera de courte durée. Le capital languedocien continuera donc à préférer l’office, la seigneurie et la rente foncière à la manufacture au commerce et à l’exploitation minière. L’occasion sera manquée là de donner à la région une place dans la révolution industrielle qui s’amorce.

Claude Alberge.