Métrologie pondérale de L’Hérault
Métrologie pondérale de L’Hérault
p. 17 à 28
La métrologie pondérale antique de l’Hérault n’est pas aussi riche que pourrait le laisser croire la situation de notre département. Couloir de passage reliant Rome à ses colonies languedociennes et ibériques, la côte méditerranéenne, pourtant riche des oppidums de Murviel, Ambrussum, Mailhac, Ensérune, des ports de Lattes Agde, Narbonne, n’a révélé que des trouvailles métrologiques infimes. Comme dans toutes les régions soumises à Rome, la livre romaine, encore que les vestiges en soient extrêmement rares, y fut certainement implantée.
Les travaux des érudits qui ont étudié la métrologie occidentale – ils sont nombreux au XIXe siècle mais rares au XXe – ont établi que l’étalon romain était à la base de toutes les valeurs pondérales de l’Occident ; si l’on peut avancer que certaines valeurs pourraient nous parvenir de l’Orient à travers l’Afrique du Nord conquise par les Arabes, (une légende prétend même que Charlemagne détermina ses poids et mesures sur des étalons fournis par Haroun-el-Raschid), c’est aussi la livre romaine qui est à l’origine de ces poids. Il en est de même pour les valeurs qui nous parviennent de Scandinavie.
Il faut attendre le Moyen Age, à partir de l’époque carolingienne, pour voir apparaître des Unités pondérales maintenant bien identifiées dont le nombre pourrait surprendre par contraste avec la vacuité des siècles écoulés depuis la fin de l’occupation romaine de nos régions. Si des systèmes pondéraux ont existé avant la conquête romaine, le brassage des tribus venant de l’Est et du Nord n’a pas permis de donner au commerce une implantation suffisante pour qu’il en subsiste quelque trace.
Plusieurs faisons expliquent l’abondance des unités utilisées dans notre région : la première – elle concerne d’ailleurs la plupart des villes du Midi depuis Bordeaux à la Provence, en fait, les pays de langue d’oc – c’est la situation indépendante de ces communes vis-à-vis du naissant royaume de France. Administrées le plus souvent par des Consuls élus, jouissant d’une grande liberté sous la tutelle des Comtes qui se les disputaient, il était tout naturel qu’elles eussent leur propres poids, différents du poids royal, que Charlemagne tentait d’unifier dans les provinces qu’il gouvernait.
En second lieu, des usages remontant à la plus haute antiquité ont donné aux poids utilisés par les médecins et apothicaires des valeurs particulières il en fut de même pour les monnaies lorsque sous Charlemagne, l’unité pondérale monétaire fur le « marc », disposition étendue à toutes les nations occidentales.
Troisièmement, pour les usages commerciaux, s’établit une distinction entre le pesage des matières pondérales : métaux communs, textiles bruts, grains, viande, pain, pour lesquels on utilisa une livre dite « grosse », du pesage des marchandises fines telles que les épices, la soie, les colorants, les produits chimiques, essences, etc. qui furent pesés avec une livre plus légère appelée « subtile » ou « soutive» et en Italie « libra sottile ».
Les marchandises pesées à la livre grosse l’étaient sur la balance dite « romaine » (terme dont l’origine n’est pas à Rome, mais dans la langue hébraïque où le mot « romanah » signifiant grenade, désigne la forme donnée le plus souvent au contrepoids qui coulisse sur le fléau gradué). Pour le pesage à la livre subtile, c’est la balance à deux plateaux qui était utilisée.
Cette classification n’est pas absolue les épices pouvaient être pesées à la livre médicinale, la soie à la livre grosse ou même à une livre différente, ce qui était le cas pour le sel, le charbon, etc. Il est certain que la multiplication de ces unités pouvait favoriser la fraude ; cependant, les textes qui nous sont parvenus précisaient assez bien le type de livre ou autre unité considérée dans les rapports qu’ils indiquaient entre les unités pondérales de deux villes, provinces ou pays par exemple : « 1 sporta de poivre valait à Alexandrie 720 livres sottile de Venise ». La précision de ces rapports, qui résultaient de marchandages où celui du vendeur ou de l’acheteur qui était le plus fort, favorisait son unité, n’était pas très grande ; ils sont toujours exprimés en nombres entiers, et, lorsque par exemple on lit que « 100 livres de Gènes valent 92 livres de Pise », le rapport 100/92 peut tout aussi bien être 101/91 ou 99/93, suivant la façon dont l’arrondissement à l’unité était fait sur les deux unités.
Nous sommes en présence, dans notre région comme dans tout le Midi et l’Italie, de 4 unités pondérales principales : le marc monétaire, la livre grosse, la livre subtile, la livre médicinale.
Dans le royaume franc, la livre romaine était en usage avant le règne de Charlemagne. Elle pesait 326,4 grammes (voir Appendice 1) et se divisait en 12 onces de 27,2 g, 96 drachmes de 3,40 g (8 à l’once), 288 scrupules de 1,133 g (3 à la drachme, 24 à l’once), 6912 grains de 0,047 (24 au scrupule, 72 à la drachme). Au point de vue monétaire, la livre, dont la valeur représentait 326,4 d’argent-métal, se divisait en 12 sous de 20 deniers.
La livre de Charlemagne
Pour bien comprendre la formation des unités méridionales, il faut rappeler ce qu’était la métrologie dans le reste de la France à partir du moment où Charlemagne entreprit de doter son royaume d’une nouvelle série de poids et mesures.
Le XIXe siècle a vu des controversés passionnées sur le résultat de cette réforme suivant les auteurs, la livre de Charlemagne prit les valeurs ci-après :
- Le Blanc 1 l’évalue à 367 g soit 12 onces de la livre de Paris
- Guérard 2 en fait une livre de 15 onces romaines, soit 408 g.
- De Vienne 3 pense que Charlemagne a conservé la livre romaine de 326,4 g.
- Capobianchi 4 la cote aux 5/4 de la livre romaine, soit 408 g.
- Cocheteux 5 : 368,40 g., etc.
Curieusement, les textes relatifs à cette réforme ne nous sont pas connus, alors que le sont ceux par lesquels l’empereur augmente de moitié la capacité des mesures de grains ; il faut bien admettre que pour ne pas modifier le rapport poids-capacité, il ait augmenté également de moitié, la livre romaine, la portant ainsi à 489,50. Cette hypothèse est étayée par le fait qu’en 787, Charlemagne visitant le monastère bénédictin du Mont Cassino, avait demandé à Théodemar, supérieur du monastère, de lui envoyer la règle de Saint Benoît relative aux mesures cette règle prévoyait l’utilisation de la livre de 18 onces romaines pour les rations de pain et de vin fixées aux moines.
Un capitulaire réédité en 817 contient le passage suivant : « Ut libra panis trigenta solidis par duodecim denarios metiatur », c’est-à-dire : « Qu’on mesure le livre de pain à 30 sous comptés à 12 deniers ; le texte précise (« … antequem coquatur », avant que le pain soit cuit). La lettre réponse de Théodemar figure au chapitre XXXI de ce capitulaire, annonçant l’envoi d’un poids et d’une mesure. La livre romaine valant 20 sous, il est clair que 30 sous font une livre et demie, soit 489, 5 grammes 6.
Charlemagne adopta cette unité par le capitulaire réédité en 817 mais il divisa sa nouvelle livre en 16 onces de 30,59 grammes la division par 16 est pratique car elle permet le dédoublement successif jusqu’à l’unité. En outre 16 est le carré de 4 et ces 2 nombres se retrouvent souvent dans les systèmes antiques de mesures.
La livre de Charlemagne resta en vigueur jusqu’à l’avènement du système métrique décimal il en existe un étalon au Conservatoire des Arts et Métiers, appelé « Pile de Charlemagne », (improprement d’ailleurs puisqu’il fut fabriqué sous Jean le Bon vers 1350).
Il est utile de savoir que la livre de 489,5 ne devint officielle que pour les usages monétaires et le commerce des métaux précieux. Les marchandises étaient pesées à une livre de 15 onces de la précédente et qui fut en usage aux Foires de Champagne (458,86 g).
Le Marc de Troyes
Vers 857 apparaît une nouvelle unité, le « marc » que l’on appela au début « marc danois » ou « marc sterling » parce qu’il était en usage en Scandinavie et dans la tribu des Osterlingi, établie dans la région hanséatique de Brême, Hambourg, Lübeck. Le marc sterling était formé de 9 onces romaines (6, chap. 42 et 48) soit 244,75 g. employé aux Foires de Champagne, il prit le nom de marc de Troyes et indifféremment celui de marc de Paris (6, chap. 47).
En France, comme dans tous les pays occidentaux, il devint l’unité monétaire d’après laquelle les rois ainsi que les seigneurs laïques et ecclésiastiques qui avaient le droit de battre monnaie, fixaient la « taille », c’est-à-dire le nombre de pièces à tirer d’un poids de métal de 244,75 grammes.
Puisqu’elle contenait 18 onces romaines, la livre de Charlemagne a été reconnue égale à 2 marcs, ce qui lui donna le nom de « livre poids de marc » qu’elle conserva jusqu’à la Révolution.
Le Marc de Montpellier
Le marc de Montpellier était l’un des plus importants employés dans le Midi de la France, où il resta en vigueur au moins jusqu’à l’acquisition des provinces languedociennes par les rois de France. Comme le dit le florentin Pegolotti (8, page 229) il était formé de 8 onces. Sa valeur a pu être fixée de façon assez rigoureuse car l’interprétation d’un acte de 1309 par lequel Jacques 1er d’Aragon, seigneur de Montpellier, s’engageait à payer au roi de Majorque 160 000 deniers tournois d’argent dont « 56 2/3 ponderant unam marcham Montpessuli » (1, page 190) d’autre part De Wailly 7 (page 114-121) dit que cette monnaie était taillée à raison de 58 dans un marc de Troyes.
Le marc de Montpellier pesait donc (244,75 x 56 2/3) / 58 = 239,41 ce qui le place dans le rapport 85/87 avec le marc de Troyes.
D’autres évaluations arrivent sensiblement au même résultat : en 1270, Philippe le Hardi voulant détourner vers Nîmes le commerce que Montpellier pratiquait avec des marchands italiens, ordonna d’employer à Nîmes les poids de Montpellier (6, chap. 29 et 10, page 345). Pegolotti 8 (6, chap. 29) le confirme, en donnant un autre rapport entre le poids de Troyes et celui de Nîmes : « le marc de Troyes qui fait à Paris 192 deniers (24 deniers x 8 onces), fait à Nîmes 200 deniers », soit une proportion de 24 à 25. Il dit aussi que le marc des Foires de Champagne (ou de Troyes) fait à Paris 8 onces 1/4 soit 198 deniers le rapport est alors de 32/33.
La décision de Philippe III met en lumière l’égalité du marc de Montpellier et des poids de Gênes et de Venise qu’utilisaient les marchands italiens.
En 1265 une ordonnance du sénéchal de Carcassonne 9 dit que le marc du roi est plus grand que celui de Montpellier de 3 deniers : 244,8 – (1,274 x 5) = 238,43.
Enfin une dernière évaluation est faite par Guilhiermoz, métrologue français du début du XXe siècle, qui a remarquablement traité des rapports métrologiques anciens et modernes 10 ; il a établi l’existence d’une livre « byzantine » qui est la livre romaine affaiblie (voir Appendice 2). L’once de cette livre pèse 26,56 grammes. Cette hypothèse, qui paraît indiscutable, met l’origine du marc de Montpellier à 9 onces de la livre byzantine soit 249,04, à une différence infime avec la première valeur trouvée.
Des 5 évaluations précédentes : 239,41 – 235,00 – 237,38 – 236,58 – 239,04, c’est la première que nous retiendrons, car elle s’accorde parfaitement avec des calculs ultérieurs.
Le marc de Montpellier a été en usage à Barcelone et Majorque, où le roi d’Aragon et de Catalogne l’avait apporté, ainsi qu’à Perpignan où son usage est attesté par un tarif du pain : « Totes aquestes onces sobredites son enteses de pes de march de Montpesler » (6, Page 189).
Il est regrettable que Germain 11 dans son ouvrage sur les monnaies de Melgueil et Montpellier, ait calculé le poids des deniers et oboles frappés à l’atelier de Melgueil à partir de 1170, en utilisant le poids du marc de Troyes. A cette époque, il est certain que c’est sur le marc de Montpellier qu’étaient taillées les monnaies locales, la différence est faible, qui correspond à 2 % environ le denier devrait peser 1,178 au lieu de 1,274 grammes.
Un tarif de 1273 (12 page 66) qui dit « … ad pondus decem et octo solidorum et novem denariorum in marca Montispessulani.. »), fixe le poids du denier à 1,066 g au lieu de 1,088 donné par Germain, la taille au marc de Montpellier étant 225 (c.à.d. (18 x 12) + 9).
La livre grosse de Montpellier
La filiation des unités pondérales modernes est généralement évoquée comme une dérivation de la livre romaine de 12 onces, de 326,4 g. Or, il existait, sous l’Empire romain des livres de 15, 18, 20 onces (et une mine italique de 16 onces) ; ces différentes livres étaient fondées sur la même once de 27,2 grammes. Donc, la véritable unité romaine n’était pas la livre mais l’once, et si la postérité n’a pas retenu cette manière de voir, c’est parce que la pesanteur de l’once était trop faible pour les opérations commerciales : on ne pouvait pas acheter une once de pain ou de viande.
Eût-elle été maintenue, la notion « once-unité » eût singulièrement simplifié les rapports métrologiques entre Rome et le monde moderne.
Aussi trouvons-nous, dès l’empire carolingien la trace d’une livre de 15 onces romaines : c’est la livre employée dans les provinces méridionales où l’occupation romaine fut particulièrement active elle était désignée déjà au XIIIe siècle « livre de Montpellier » dans le Languedoc, la Provence et le Dauphiné plus tard elle reçut le nom de « poids de table ». En 1501 Louis XII en prescrivait l’usage à tout le Languedoc, mais les Consuls toulousains, vexés de se voir imposer une mesure issue d’une ville plus petite que la leur, résistèrent à son emploi.
Puisque la livre poids de marc est formée de 18 onces romaines, elle est avec la livre poids de table dans le rapport 6 : 5, c’est-à-dire que 120 livres poids de table font 100 livres poids de marc.
Malgré quelques déviations dont certaines étaient dues à des étalonnages défectueux, ce rapport s’est maintenu jusqu’à la fin du XVIIIe siècle ; si on exprime le rapport 6 : 5 par rapport à 100 livres poids table, il devient 100 : 83,33 et la tentation du nombre arrondi a fait écrire 100 : 83 (parfois même 84).
Le rapport 6 : 5 donne à la livre poids de table la valeur 407,92 g arrondi souvent à 408.
En 1576, Garrault 12 (pages 64-65) égalait la livre de Montpellier à celle de Toulouse et donnait à celle de Paris le rapport 100 : 83.
En 1722 J.-P. Ricard 13 (pages 21-22) donne le rapport 120 : 100 pour les livres de Montpellier mais 118 : 100 pour la livre de Toulouse.
En 1730, un membre de l’Académie (6 page 403), avait dit que le rapport « est aujourd’hui, à un grain près, comme 5 est à 6 c.à.d. que 5 livres poids de marc en font 6 poids de table ». Il s’était servi du poids de marc « dont les orfèvres se servent, comparé avec les étalons qui sont à l’Hôtel de Ville ».
J. Berthelé 14, d’après un manuscrit anonyme conservé à la Sté Archéologique de la ville, dit qu’en 1768 « la proportion du poids de Montpellier à celui de Paris, est que 120 livres de Montpellier ne font que 100 livres de Paris, qui a 1/6e en plus de notre poids… ».
La cause semblerait donc entendue, et les nombreux dictionnaires de poids et mesures confirment cette évaluation : Doursther, 407,9 – Noback 1884, 407,95 – Decourdemanche, 408, etc. Pourtant le poids de la ville paraît avoir été augmenté, à une époque difficile à déterminer.
Les historiens qui ont étudié la vie économique des principales cités du Languedoc ont consulté les Archives départementales et municipales pour y trouver le poids de la livre de table. Les sources les plus répandues et les mieux connues à cet effet, se trouvent dans les collections de Traités de conversion, Tables de comparaison, entre les anciennes et nouvelles mesures, qui ont été publiées à partir de l’An III. Dans chaque département on trouve 2, 3 (et même plus) ouvrages de ce genre, établis par la Commission temporaire des Poids et Mesures ou sur initiative privée.
C’est ainsi qu’en ce qui concerne l’Hérault, on peut consulter :
- du citoyen Fort aîné, de Saint-Pons 15,
- de J.T.H. Poitevin, adjoint au corps de Génie 16,
- du citoyen Poutingon, fondeur, rue Barralerie (!) 17.
des tables où la livre de table est évaluée à 415,855 et 414,65 la différence entre les deux nombres provient sans doute de l’écart entre le kilogramme provisoire et le kilogramme définitif.
Il est normal que plusieurs auteurs, entre autres :
- Machabey fils 18 – Appolis 19, Castaldo 20 aient utilisé ces sources dans leurs publications ; la différence avec le poids de 408 g est faible, mais peut influer sur les conclusions des travaux de ces érudits. En revanche, Ph. Wolff 21 donne le poids de Languedoc = 407,9 g.
En 1744, à un questionnaire de l’Intendant, les communes du diocèse de Montpellier ont répondu ainsi :
- 48 ont dit employer les poids de Montpellier (?)
- 15 ont dit utiliser la livre de 16 onces (?)
- 6 ont donné les proportions 120 : 100 ou 10 :83
- ont donné les proportions 118 : 100
- 1 a donné les proportions 100 :84
- 1 a donné les proportion 7 : 6
- 3 ont dit employer la livre de 14 onces
- 2 n’ont pas répondu.
Il n’est pas étonnant de trouver des réponses aussi vagues ou imprécises : dans les petites villes, il n’y avait pas de poids étalon, mais une romaine dont l’étalonnage est très aléatoire.
Ce désordre correspond bien à ce qu’avait constaté le syndic général Sieur de Joubert lors d’une tenue des États du Languedoc, en 1697 : « … les balances, romaines et poids de la ville de Nîmes ne sont pas semblables à ceux des villes du voisinage, les unes faisant le poids plus faible, les autres plus fort… que le poids de marc étant uniforme dans tout le royaume, il y a quelque apparence originalement le poids de table l’était aussi… » et il propose de faire des étalons qui seraient conservés dans les Hôtels de Ville 22. Sa proportion ne fut pas retenue. Si la Commission temporaire des Poids et Mesures a déterminé le poids de table à 414,65, c’est, probablement, qu’un étalonnage précédent des matrices de la ville a été défectueux ; c’est une circonstance assez courante, et c’est sans doute pour la même raison que les étalons de la livre de Troyes de Paris et Bruxelles diffèrent de près de 3 grammes.
Dans les départements de l’Aude, du Tarn, de la Haute-Garonne, de l’Aveyron, du Vaucluse, du Lot, les Commissions ont entériné le rapport 120 : 100 conservant ainsi sa vraie valeur à la livre de poids de table dénommée d’ailleurs « livre de Montpellier » dans ces régions.
Pour tenter de fixer l’époque à laquelle fut introduite cette modification, nous avons fait une statistique sur les pesées des poids de Montpellier conservés dans les Musées de Montpellier 23, Toulouse 24, Bordeaux 25 et notre propre collection. L’ensemble comprend 202 poids dont 56 d’une livre, 49 d’une demi-livre, 57 d’un quart, 40 d’un 1/8e.
Ils se répartissent ainsi :
- 1er groupe de 107, de pesanteur supérieure à 408 grammes : 60 poids non datés, 47 datés de 1730 à 1798 ; moyenne : 413, 10.
- 2e groupe de 95 poids de pesanteur inférieure ou égale à 408 g : 85 poids non datés, 5 poids datés (1559, 1604, 1672, 1673, 1680), 5 poids portant les noms d’Henri III ou Henri IV ; moyenne : 401,70.
En considérant les unités de 414,65 et 407,92 on peut admettre que le 1er groupe justifierait celle de 414,65 et le second celle de 407,92. Il est normal que la différence entre la moyenne et l’unité soit plus forte dans le second groupe (6,72 pour 1,55 dans le 1er), car il comprend des poids plus anciens, ayant subi une plus grande usure.
L’examen des poids des régions voisines conduit à la même constatation la période 1680-1690 semble être la plus ancienne à laquelle se serait produite la déviation peut-être trouverons-nous dans les Archives de l’Hérault et de Montpellier la solution de ce problème.
La livre subtile de Montpellier
Dans les villes où l’on trouve une livre subtile (soutive, sottile) associée à une livre grosse (qu’est la livre de table) on constate que les deux unités sont séparées par un rapport simple, 2/3, 3/4, 4/5.
Pegolotti (6, pages 223-230) donne la proportion suivante : « A Nîmes et à Montpellier, 100 livres grosses valent 128 livres subtiles » et « 1 1/2 livre subtile de Nîmes-Montpellier vaut à Paris, une livre grosse moins 2 % ». La première évaluation donne à la livre subtile la valeur de 318,69, et la deuxième : 2/3 x 489,60 – 2 % = 318,84.
En principe la livre subtile était les 4/5 de la livre grosse, et celle-ci étant les 5/6 de la livre poids de marc, la livre subtile était 4/5 x 5/6 = 20/30 ou 2/3 de la livre poids marc, c’est-à-dire qu’elle représentait 12 onces romaines.
Le rapport 4/5 pouvant s’écrire 100/125, entre la livre subtile de 12 onces et la livre grosse de 15 onces, devient 100/128 chez Pegolotti dans la 1ère évaluation, et 2 % dans la deuxième (exactement 2,4 %). La raison de cette différence est donnée dans l’Appendice 2.
Remarquons que la livre subtile est les 4/3 du marc de Montpellier cette relation est confirmée par un acte du 11 mars 1174 26 dans lequel Raimond V comte de Toulouse, qui réglait l’atelier de Mauguio, déclare que le marc de Montpellier contenait 9 onces de la livre subtile ; les 3/4 de 318,84 donnent, en effet, 239,12 (pour 239,41).
On trouve encore dans Borlandi 27 une évaluation analogue à celle de Pegolotti : « 12 onces sottile de Gênes valent 12 onces sottile de Montpellier », et, en écrivant aussi « 128 livres de Gênes valent à Montpellier 1 cantaro » (100 livres grosses), il confirme l’égalité des livres subtiles de Gênes et Montpellier, qui explique l’ordonnance de Philippe III sur les poids de Nîmes. Les 1/3 de la valeur choisie 239,41 font 319,20 g pour la livre soutive de Montpellier.
La livre médicinale de Montpellier
Dans les temps anciens, la prescription et la préparation des remèdes n’obéissaient pas à des règles précises ; des termes comme pincée, cuiller, poignée, remplaçaient les indications pondérales.
Au 2e siècle de notre ère, Galien tenta de mettre de l’ordre dans cette confusion : il fit rassembler tout ce qui se rapportait aux poids et mesures et on rédigea à Alexandrie des tables qu’il publia en appendice de son Traité de Médecine 28 ; mais elles sont si pleines de contradictions et d’obscurités qu’il est impossible de reconstituer une théorie valable de la métrologie médicale.
Les médecins grecs et latins utilisaient une livre de 12 onces divisées en 8 drachmes de 3 scrupules de 24 grains. L’observation faite ci-dessus relativement au rôle d’unité joué par l’once, s’applique absolument à la métrologie médicinale, puisque toutes les livres médicinales comportent 12 onces ; dans les prescriptions médicales la quantité des drogues devait rarement s’exprimer en unité supérieure à l’once.
Les Arabes empruntèrent aux Romains leur livre, mais y introduisirent 2 modifications : ils donnèrent 20 grains au scrupule appelé aussi drachme, et comptèrent 9 drachmes à l’once :
Les médecins italiens adoptèrent en partie le système arabe ; le médecin salernitain Saladin d’Ascoli, au XIIe siècle dit que l’École de Salerne adopta la livre arabe de 9 onces de 60 grains, mais qu’à Padoue et à Naples, les médecins formèrent des onces de 8 et 10 drachmes respectivement (6, chap. 22 et 7, chap. 10).
Pour la première fois, au XIIIe siècle, un texte définit clairement une unité médicinale : « Le scrupule est le poids de 20 Körwern (grains) – 3 scrupules ou 60 körwern sont autant qu’une drachme – 90 körwern font 1 drachme 1/2 ou 1 exagium ou 1 solidus – 6 solidi ou 9 drachmes font 1 once et 108 drachmes font une livre » 29 c’est par harmonie avec le sou que l’once de 8 drachmes a été portée à 9. Le grain utilisé était évidemment le grain romain de 0,0472 gramme.
Les relations étroites entre les Écoles de Salerne et Montpellier introduisirent la livre de Salerne dans le midi, mais en revenant au compte 8 drachmes – plus conforme aux habitudes occidentales – et avec le grain poids de marc de 0,0531.
La valeur de la livre de Salerne n’a pas changé dans ce transfert : 12 onces de 9 drachmes de 60 grains de 0,0472 font 305,94 grammes et 12 onces de 8 drachmes de 60 grains de 0,0531 font la même valeur.
La livre salernitaine de Montpellier se répandit en France, où elle entra en concurrence avec deux autres livres : d’une part une livre « soutive » de 12 onces poids de marc, de 367,12 grammes qui est celle mentionnée page 861 dans l’Encyclopédie de Diderot, d’autre part avec la vieille livre romaine de 12 onces, de 326,4 grammes.
Cette confusion favorisait les fraudes : le médecin prescrivait les drogues dans une livre, l’apothicaire les délivrait dans une autre ; sur le plan médical, ce n’était pas grave, l’important étant que les proportions soient les mêmes et la différence n’était pas grande.
Souquet 30 dit que les épiciers vendaient au poids de marc les drogues que les médecins prescrivaient à la livre romaine (c’était la livre de 305,94 appelée ainsi parce qu’elle contenait 12 onces) les doses augmentaient ainsi de 6 % la dépense du malade ; mais de plus de 30 % si les drogues étaient vendues à la livre !..
L’École de Médecine de Paris voulant imposer la livre de 367,12 à toute la France, les disputes avec l’École de Montpellier se poursuivirent sur plus d’un siècle. Finalement, la seconde édition du Codex, parue en 1732, adopta la livre poids de marc de 16 onces, 128 gros (drachmes), 384 deniers (scrupules) 9216 grains de 0,0531 g. Mais Montpellier resta fidèle à sa livre salernitaine de 305,94 qui est les 3/4 de la livre grosse et qui correspond à 10 onces de la livre de Paris.
La livre de la soie de Montpellier
Montpellier (et Nîmes aussi) disposaient d’une livre spéciale pour le pesage de la soie, à l’instar de Lyon où ce commerce, beaucoup plus important, donnait à la livre de soie une plus grande utilité ; celle-ci pesait 15 onces de la livre de Paris, soit 458, 86 grammes. Le poids de la livre de soie de Montpellier est donné par une évaluation de Pegolotti (6, page 231) : la livre employée à Nîmes-Montpellier pour peser la soie valait une livre et une demi-once comme pour lui la livre de Paris était celle de 15 onces, il en venait pour la livre de soie : 15 x 30,6 = 459 – 15,3 = 474,3 grammes.
Il dit d’autre part que l’once marchande de Naples et celle de Nîmes-Montpellier ont le même poids de 29,514 g ou 472,22 à la livre. L’article cité sous le N° 27, qui donne au marc de Montpellier la valeur de 3/4 de la livre soutive, dit aussi que les deniers de Melgueil étaient taillés à 18 sous 2 deniers au marc ou 24 sous à la livre.
Puisque le marc qui contenait 216 deniers (soit 18 sols de 12 deniers pesait 239,41 grammes, celui qui en contient 218 pèse 2/218e en moins, soit 237,21 grammes.
La livre de 16 onces correspondant à ce marc est 474,42 grammes ce qui confirme la première évaluation ci-dessus sans s’éloigner beaucoup de la deuxième. Guilhiermoz (6, chap. 29) et Decourdemanche (38, page 72) confirment cette valeur pour la livre de soie de Nîmes-Montpellier.
Conclusion
Le résumé de cette étude est le suivant :
L’appendice 2 montre l’existence d’une livre romaine affaiblie que l’on a nommée « livre byzantine ».
Ainsi, la livre romaine est à l’origine de nos unités locales, soit avec la valeur antique de 326,40 g dont l’once est de 27,20 g, soit avec la valeur affaiblie de 318,72 dont l’once pèse 26,56 g.
La première a donné naissance au marc de Troyes, à la livre poids de marc, à la livre grosse et à la livre de soie, car sa filiation s’est faite à travers le Nord et l’Est, où l’affaiblissement de la livre n’a pas été constaté. En revanche, le marc monétaire et la livre subtile ont pris naissance en Italie et en Méditerranée, où la livre antique est passée de 326,40 à 318,72. Quant à la livre médicinale, si elle provient aussi d’Italie et du Proche-Orient, sa valeur découle du marc de Troyes, car, utilisée seulement par les médecins, elle a été protégée de la dévaluation de la livre romaine.
Les dictionnaires d’unités de poids dans les villes d’Europe fourmillent de valeurs différentes, mais qui s’écartent assez peu des valeurs ci-dessus les petites différences proviennent souvent d’étalonnages défectueux, les plus importantes résultent de modifications dans les échelles de division : unité de 18 onces divisée en 16 onces (Charlemagne), adoption de 20 grains au scrupule au lieu de 24, transformation du rapport 3/2 en 10/7 entre le metqal et le dinar, etc. C’est ce qui justifie une gymnastique un peu ardue dans le maniement des unités et sous-multiples ; il en résulte toutefois un système assez cohérent.
Appendice 1
Du poids de la livre romaine
La plupart des métrologues des XIXe et XXe siècles ont adopté pour la livre romaine la valeur de 327,45 grammes, établie par Mommsen et Boeckh. Auparavant, depuis le XVIIe siècle, nombreuses sont les études faites à ce sujet, qui donnèrent des valeurs comprises entre 312 et 382 grammes.
Ces derniers temps, plusieurs numismates ont, comme l’avaient fait Mommsen et ses prédécesseurs, cherché le poids de la livre romaine dans les pesées de pièces de monnaie, mais en y appliquant les règles rigoureuses de l’analyse statistique.
Ces travaux eussent été valables, appliqués à des « populations homogènes» (c’est ainsi que l’on nomme, en science statistique, l’ensemble des éléments considérés dans l’étude). Ce ne fut jamais le cas et, d’ailleurs, ces études aboutissent toutes à des résultats différents déjà, Letronne et Mommsen, en utilisant les mêmes pesées, trouvent des valeurs différentes : 327,14 et 327,45.
La méthode serait parfaite si elle était appliquée à la porte, si l’on peut dire, de l’atelier monétaire, aux conditions suivantes : que les étalons de l’atelier coïncident exactement avec ceux de la vraie livre, qui furent déposés dans le temple de Jupiter, (mais que l’on n’a pas retrouvés) que les balances de l’atelier soient d’une précision éprouvée qu’un écrémage des pièces lourdes n’ait pas été fait par l’officier monétaire (ni plus tard, par des possesseurs successifs) que toutes les pièces proviennent, en même temps, du même atelier.
De plus, ces lots étudiés, enfouis à des époques mal connues, avaient subi une usure pas toujours décelable à la vue une autre erreur de certains de ces analystes est d’éliminer les pièces lourdes, alors que ce sont les plus aptes à représenter l’unité vraie, comme l’ont déclaré Soutzo, Blancard, Dieudonné, Grierson, Miles, etc.
Les moyennes obtenues sur les poids romains retrouvés ne sont pas meilleures il est préférable d’utiliser les relations avec d’autres mesures de longueur ou de capacité, dont les étalons sont moins susceptibles d’altération, ou pour lesquelles il existe des valeurs incontestées. Par exemple, puisque la livre poids de marc est étalonnée à 489,5 grammes et qu’elle est égale à 1/2 fois la livre romaine, celle-ci vaut 326,33 grammes, arrondie à 326,4.
Cette valeur est acceptée par les métrologues : Dieudonné, Mauss, Guilhiermoz, Decourdemanche ; ce n’est probablement pas la valeur rigoureusement exacte, mais elle a l’avantage de s’insérer parfaitement dans la théorie générale de la métrologie antique.
Appendice 2
La livre romaine affaiblie ou livre byzantine
Dans deux de ses ouvrages (voir notes 6 et 7), P. Guilhiermoz a établi qu’à partir de l’époque de Théodose, la livre romaine avait subi dans la région méditerranéenne de légers affaiblissements.
Ce tait est prouvé d’abord par l’existence, dans les villes et ports de la Méditerranée, de livres ayant un poids voisin de 317 / 319 grammes : Constantinople : 318,90, Pavie : 318,75, Le Caire : 317,81, Naples : 320,75. Cet affaiblissement a été admis per Boeckh dans sa « Griechische und Römische Metrologie ». L’once de cette livre a été évaluée à 26,56 g et la livre, appelée dès lors « livre byzantine », à 318,72 grammes.
Mais, ce qui ne pourrait être que spéculations sur des poids pris dans des endroits différents, se trouve confirmé par un texte important écrit par Saint Eucher au VIe siècle (note 37). Il dit : « Talentum est pondo LXII.S quod faciunt LXXX librae atticae ».
Ce rapport 62,5 : 80 peut s’écrire 100 : 128. Si le « pondo » est une livre romaine de 15 onces, il doit être avec elle dans le rapport 100 : 125, puisqu’il en est les 4/5, mais ce rapport est devenu 100 : 128 donc la livre romaine s’est affaiblie dans le rapport ; ce qui donne 2,4 %.
Pegolotti a indiqué ce rapport entre la livre grosse et la livre subtile de Montpellier, ce qui nous a fait dire que la livre grosse était formée de 15 des onces de la livre romaine antique tandis que la livre subtile comprenait 12 onces romaines affaiblies.
Autre preuve : le marc de Montpellier est, on l’a vu, les.3/4 de la livre subtile ; d’après le texte du sénéchal de Carcassonne que nous avons cité (119, page « le marc du roi est plus fort de 5 deniers que celui de Montpellier ». Comme le marc se compose de 192 deniers, le rapport des 2 marcs est 192 : 197, soit un écart infime avec le rapport 125 : 128.
Appendice 3
Poids de l'Hérault
Les poids des villes du Midi appartiennent à deux catégories :
- Poids monétiformes, de forme ronde, comportant à l’avers, un type particulier à la ville, et sur l’autre face un écu à trois lys ou une grande fleur de lys ; une couronne circulaire contient, sur les deux faces, une légende donnant le nom de la ville, la division du poids par rapport à la livre, la date.
- Poids anépigraphes, presque toujours de forme octogonale ou, tout au moins, de forme carrée aux angles abattus ; ils sont unifaces et, si le revers comporte quelquefois des chiffres et des lettres, en creux, il s’agit de marques de contrôle ou d’initiales de possesseurs. Ils représentent en général les armes de la ville ou un détail particulier de ces armes. Il est exceptionnel que leur matière ne soit pas le bronze, ce qui implique un mode de fabrication par fusion. Du fait de leur résistance à l’usure, il en existe une grande quantité dans les musées et collections particulières : Toulouse, 2500 environ ; Montpellier, 465 ; Bordeaux, 365 ; Narbonne, 700 environ ; Musée de Cluny, 200, etc.
Poids de Montpellier – A l’exception des quatre plus anciens qui sont monétiformes, et d’un poids hexagonal douteux, ils sont de forme octogonale, unifaces ; à l’avers on voit :
- soit 3 bandes rectangulaires superposées (fig. 2)
- soit l’écu aux trois lys surmontant le tourteau des Guilhems des armes de la ville (fig. 3)
- soit une simple fleur de lys (fig. 4).
Les 4 les plus anciens sont monétiformes (fig. 1) ; 3 sont datés de 1559 et un de 1604 : le poids hexagonal, en plomb, montre un cœur en relief couvrant l’avers conservé « depuis toujours » dans une famille montpelliéraine, il pourrait dater de Jacques Cœur.
On en connait 72 au musée de Toulouse, 107 à Montpellier, 9 à Béziers ainsi qu’à Nîmes, Narbonne, etc. Des deux côtés du motif principal figurent presque toujours 2 signes incus le tourteau des Guilhems et la fleur de lys royale ; ils figurent aussi quelquefois au revers avec des lettres et dates.
Il existe enfin, au musée de Toulouse et dans notre collection, 4 poids en forme d’amphore (fig. 11) munis d’une poignée articulée :
- 1 de 4 livres pesant 1637,5 grammes dont la livre est de 414,37
- 1 de 3 livres, de 1244 g dont la livre est de 414,33
- 1 de 3 livres, de 1238,2 g dont la livre est de 412,71
- 1 de 2 livres, de 829,39 dont la livre est de 414,65
Ce sont des étalons de la période postérieure à 1680-1690.
- Poids de Pézenas – En 1559, la ville de Pézenas avait adopté l’unité pondérale de Montpellier, comme le prouve le poids de la figure 1 sur une face les 3 fleurs de lys rappellent les armes de Pézenas, et sur l’autre on voit le tourteau des Guilhems (fig. 7). Dès le XIVe siècle, la ville était pourvue de poids, comme le prouvent les lettres patentes du 13 juin 1328 par lesquelles Philippe de Valois faisait « inhibition et deffences aux particuliers habitans à Pézenas, de se servir d’autres poids et mesures que celles qui seront échantillées et marquées des armes de la ville, selon les anciennes coutumes ».
Le 10 juin 1687 (32, N°891), une déclaration des Consuls de la ville certifie que les romaines de la ville ont été échantillées sur celles de Montpellier. Il se pourrait que cette opération soit en rapport avec la modification des étalons qui – selon nous – a dû se placer vers 1680-1690 ; l’adoption de la livre de 414,65 aurait motivé l’étalonnage du contrepoids de la romaine officielle auparavant réglé sur 408 grammes.
Le 3juin 1784, (32, N°894), un procès-verbal « d’étalonnage et d’échantillage des poids-matrices de la ville de Pézenas a été fait à l’Hôtel de Ville de Montpellier, par les députés de Pézenas, sur les poids-matrices de la ville ».
Des lettres-patentes du roi Henri IV, du 15 juillet 1597 autorisent les habitants de la ville à fabriquer leurs poids ; une déclaration de la communauté confirme cette décision et précise que le poids de la romaine sera de 100 livres. (Il y avait pourtant des quintaux de 104 livres et même de 112 pour le pesage du plomb(. (voir fig. 7). Poids de Béziers – A l’exception de 8 poids ronds du Musée de Toulouse (25) les poids de Béziers sont octogonaux ou de forme carrée, avec des coins abattus ; ils portent en relief les armes de la ville aux trois faces, avec en tête les trois lys des bonne villes (fig. 5) cependant il en existe qui ont la forme d’un écu.
Le plus ancien est daté 1578, mais on peut, peut-être, attribuer à la ville de Béziers un poids de Montpellier parfaitement octogonal qui a, au droit, l’écu au tourteau et au revers les lettres B et M en relief ; les autres poids de cette forme sont postérieures à 1748.
Un poids en amphore, mais démuni de sa poignée, porte l’inscription en relief : 1687 – MAITRISSE DE BÉZIERS, TROIS LIVRE.
Un poids d’une livre montre au revers l’inscription incuse St Giniès c’est la petite ville de Saint-Geniès-le-Bas, voisine de Béziers (voir fig. 5).
- Poids d’Agde – De même forme que ceux de Béziers, les trois faces sont ondées la date la plus ancienne est 1684 sur un poids du musée de Nîmes (voir fig. 6).
- Poids de Lodève – La ville de Lodève avait adopté les unités de poids de Montpellier. Le poids en amphore de notre collection pesant 3 livres (1238,2 g) porte sur la poignée, en creux, une fleur de lys, un croissant et une étoile, qui sont 3 meubles des armes de Lodève.
Un autre poids montpelliérain est marqué au revers et en creux : LODEVE.
Ernest Martin 31 signale qu’en 1560 le Conseil décide que la boucherie, qui avait jusqu’alors été pesée à la romaine, le serait dorénavant aux balances (à 2 plateaux) avec des poids de pierre ; il y avait, comme dans le Sud- Ouest une coutume de peser la viande avec une livre dite « carnassière » égale à 3 livres poids de table.
Si l’on trouve des poids supérieurs à 6 livres, ils sont en pierre et se conservent moins bien le texte ci-dessus explique aussi que les poids antérieurs aux XIIe-XIIIe siècle sont assez rares, car les villages n’avaient pas de poids- étalons, mais effectuaient lés pesées au moyen d’une romaine.
Depuis le XIIe siècle, il existait des « poids publics » (le plus ancien étant le Poids-le-Roi de Paris) auxquels les marchands étaient tenus de faire les pesées supérieures, selon les villes, à 12 ou 24 livres. A Montpellier il y avait le poids de la farine, à Gignac des balances appelées « archimbelles t étaient à la disposition des habitants pour peser la viande (Archives de Gignac, DD29 1697-1735).
Les poids publics étaient équipés de romaines ou de balances à 2 plateaux dans ce cas, les poids étaient en pierre, ce qui explique leur rareté : beaucoup ont été transformés en contrepoids de porte ou autres usages, et, dans l’état où ils sont, ils n’ont aucune signification métrologique.
- Poids de Montagnac (fig. 10) – Trois poids sont connus, qui portent le globe crucifère des armes de la ville. Comme pour Pézenas et Lodève, on connaît des poids de Montpellier qui ont au revers l’indication Montagnac gravée, prouvant que la ville utilisait les unités de Montpellier avant d’avoir ses propres poids.
- Poids de Saint-Thibéry – Ce sont des poids du XVIIIe siècle, dont l’un est daté 1791 ; les mouchetures d’hermine accompagnant les fleurs de lys, sont les armes de la ville (fig. 8).
- Poids de Saint-Pons (fig. 9) – Il en existe aux dates de 1687 et 1697. Un document de 1683 indique que les poids seront marqués des armes de la ville et de la crosse de l’évêque on connaît un poids portant cette crosse à côté de l’olivier, ce serait donc la crosse de Mgr de Montgaillard, évêque de 1684 à 1713.
- Poids de Vias – Ce serait un poids d’Agde portant le nom de Vias il est cité dans le Bulletin de la Sté Archéologique du Midi de la France de 1878, par Mr. Barry, sans autre précision et nous n’avons pu le localiser 32.
Remarque : Dans cet article, 7 notes ont été supprimées pour cause d’inexistence des appels dans le texte.
Notes
1. Le Blanc, Traité historique des Monnaies de France, Paris, 1612, p. 83.
2. Guérard, Polyptique de l’abbé Irminon, Tome 1er, 1844.
3. De Vienne, De la prétendue livre de Charlemagne, Annuaire de la Sté Fse de Numismatique, T. XX, 1896, pages 13-15.
4. Capobianchi, Pesiproporcionali desunti delle libre romana… de Carlo Magno, Rivista italiana di Numismatica, 1892.
5. Cocheteux, Revue Belge de Numismatique, 1884, page 333.
6. P. Guilhiermoz, Notes sur les poids du Moyen Age, Bibliothèque de l’École de Chartres, T. LXVII, 1906.
7. De Wailly, Mémoires de l’institut, Académie des Inscriptions, T. XXI, 1ère partie.
8. Pegolotti, Pratica delle mercatura, Tome 3 de l’ouvrage de Pagnini « Delle decima e de varie altre gravezza imposte delle commune di Firenze, Lisbonne, 1766 (Autre édition, Cambridge, 1936).
9. Mouynès, Archives communales de Narbonne, série AA N° 52, p. 92.
10. P. Guilhiermoz, Remarques diverses sur les poids et mesures du Moyen Age, Ibidem, T. LXXX, 1919.
11. Germain, Mémoire sur les monnaies seigneuriales de Montpellier et Melgueil, 1852, page 49.
12. Garrault, Recherches des monnaies, mesures et poids etc., 1576.
13. J.-P. Ricard, Le Négode d’Amsterdam, 1722.
14. J. Berthelé, Montpellier en 1768, Archives de la ville, Tome IV, chap. XXXII, page 141.
15. Fort Ainé, Tables de conversion entre les anciens poids et mesures du Département de l’Hérault et les nouveaux, Montpellier, An XIII.
16. J.T.H. Poitevin, Tables de comparaison entre les anciens poids et mesures et ceux en usage à Montpellier, An VII.
17. Poutingon, Tableau de comparaison entre les anciens poids et les nouveaux, Montpellier.
18. Machabey, Histoire des poids et mesures depuis le XIIIe siècle, Paris, 1962.
19. Appolis E., Le Diocèse civil de Lodève, Albi, 1961.
20. Castaldo A., Le Consulat médiéval d’Agde, Paris, 1974.
21. Wolff, Commerce et marchands de Toulouse, Paris, 1954.
22. Dom Vaissette, Histoire du Languedoc, Tome 14, page 1506.
23. Bonnet E., Catalogue manuscrit des poids de la Sté Archéologique de Montpellier.
24. Poids et mesures du Languedoc, Musée Paul Dupuy, Toulouse, 1953.
25. Burguburu Paul, Catalogue des Poids anciens des villes de France, Musée de Bordeaux, Médailler municipal, 1936.
26. Cartulaire de Maguelone, Registre D f° 195 v°.
27. Borlandi, Il Manuale di mercatura de Saminiato de Ricci, Université de Gênes, 1963.
28. Galien, Brevis Tractatus de Ponderibus et Mensuris, Venise, 1525 (Paris 1639 – Leipzig 1821).
29. Lehmann-Haupt, Die Herkunft des Apothekergewichte, Klio, T. XXI, 1936-37, p. 49.
30. Souquet, Métrologie française, Toulon, 1840.
31. Martin E., Histoire de la ville de Lodève, Tome 1, page 288.
32. Le présent auteur est à la disposition des lecteurs qui désireraient des explications plus détaillées ; II demande, en outre, à ceux qui possèdent des poids de l’Hérault (et même des départements voisins) de vouloir bien lui en faire part, pour sa documentation.
