Mémoire d'Oc n° 060
Mémoire d'Oc n° 060

Mémoire d'Oc n° 60 (novembre 1997)
Que sont nos Troubadours devenus

73 pages – (1997)

Introduction

Dans la ville, un quartier vient de naître : rues nouvelles, espaces verts, constructions neuves, écoles… Comment s’y retrouver ? Il faut donner un nom à chacun des éléments de cette extension urbaine. Oui, mais lequel ?

Au cours d’une de ses conférences Monsieur le Professeur CHOLVY a parlé de la « désacralisation de l’espace » depuis la Révolution, si bien que les rues ne portent plus désormais de noms religieux, si nombreux et si commodes à utiliser autrefois.

Il s’ensuit, au gré des propositions et discussions au sein de la commission compétente, une floraison de noms qui intriguent parfois ou étonnent souvent.

Ainsi, au cours d’une flânerie à la Paillade, j’ai découvert, avec quelque amusement, qu’un groupe de rues de ce quartier neuf étaient placées sous l’invocation des troubadours.

A-t-on voulu relier le présent au passé et conserver la mémoire de ceux qui, par leurs chansons, pastourelles et autre tensons enchantèrent nos lointains aïeux et savent aujourd’hui encore nous charmer ?

Quoi qu’il en soit, leur nom est toujours là, blanc sur fond bleu d’une plaque émaillée, pour nous rappeler le rôle éminent que notre belle langue occitane joua dans la naissance et l’épanouissement de la poésie lyrique.

Depuis la nuit des temps, les diverses régions qui composent le pays d’Oc ont été habitées : Tautavel, Cro-Magnon, Lascaux, autant de noms qui appellent à nos mémoires le souvenir de nos très lointains ancêtres; partout ils ont laissé de très nombreuses traces et l’on s’accorde à reconnaître qu’existaient sur les deux versants des Pyrénées, à la fin du néolithique (-2500 environ) et au chalcolithique une culture et un peuple dont les Basques seraient les derniers représentants.

Certaines recherches laissent supposer qu’auraient vécu sur ces territoires des populations parlant une langue ou des dialectes appartenant à une langue-mère commune à la quasi-totalité du bassin méditerranéen.

Plus près de nous au IIème millénaire avant Jésus-Christ arrivent les Ligures ; plus tard au Xème et IXème siècles avant Jésus-Christ, c’est le tour des Celtes et au Vème siècle celui des Ibères, d’origine africaine.

Du VIème au IIIème siècle avant Jésus-Christ, Grecs et Gaulois s’installent aussi, ces derniers marquant fort peu les populations, à l’inverse des Grecs.

Et puis… chacun de nous connaît la conquête romaine qui a pour conséquence de substituer la culture latine à la culture grecque.

Le temps passe, les envahisseurs aussi. Du VIème au VIIIème siècle les Wisigoths englobent le midi français et la Catalogne espagnole dans une commune monarchie. Au VIIIème siècle, voici les Arabes, vaincus par Charles Martel à Poitiers. Mais après leur défaite, si certains repassent en Espagne pour se cantonner au sud du futur royaume d’Aragon, nombre d’entre eux s’installent en pays d’Oc, comme simples citoyens et exercent des professions diverses : commerçants, professeurs, médecins…

Terres de passage, Midi et Catalogne manifestent une évidente communauté de civilisation ; n’oublions pas que, jusqu’en 1349 Montpellier est le centre universitaire des états catalano-aragonais.

Au VIème siècle, ces deux « provinces » ont déjà une grande activité littéraire dont témoignent Ausone, Sidoine Apollinaire ou Sulpice Sévère ; et les étrangers à la Gaule méridionale s’accordent à reconnaître la supériorité de la forme dans les œuvres qui en proviennent.

Ne peut-on voir là les prémices d’un des soucis majeurs des Troubadours ?

« Terres de passage » avons-nous dit en évoquant « Midi et Catalogne ».

Bien évidemment, le mélange et le heurt de chacun de ces peuples en mouvement, les différentes traces qu’ils y ont laissées, ont créé l’originalité et la richesse de l’esprit occitan et aussi, au cours des siècles, tout un langage.

L’influence la plus importante a été – qui ne le sait ? – celle du latin. Lors de la conquête de la Gaule par les Romains, trois langues dominaient dans le territoire : le belgique, le celtique, l’aquitanique. Sous l’influence du latin, elles se modifièrent pour donner naissance à trois langues nouvelles :

— la langue d’Oîl, français du Nord,

— la langue d’Oc, provençal (Sud et Sud-est),

— le gascon, (Sud-ouest).

Si le terme de « langue romane » s’applique à toutes les langues néo-latines (français, roumain, italien, espagnol, portugais), les termes « provençal, limousin, langue d’oc » désignèrent plus spécifiquement notre langue.

La primauté du limousin, adopté jusqu’en Catalogne, est confirmée d’une part par l’histoire littéraire – les premières œuvres « troubadouresques » de Guilhem de Poitiers, sont écrites dans cette langue -, d’autre part, par l’analyse philologique : à quelques exceptions près, le limousin moderne offre des formes qui sont restées identiques à celles de la langue classique ou qui en dérivent régulièrement et conformément aux seules lois de la phonétique.

Ainsi s’est formée dans le pays d’oc, malgré les inévitables diversités des idiomes parlés, une langue classique contribuant à uniformiser l’expression écrite des textes littéraires et administratifs jusqu’à la fin du XVème siécle.

Naturellement l’influence du latin s’amenuise; et l’on constate qu’existent conjointement, à côté des différents dialectes, une langue de la cité, politique, commerciale, administrative et une langue de la poésie, plus difficile, plus archaïque, constituée dés avant l’an mil – nous avons déjà évoqué le souci de la forme – La langue occitane devient rapidement une langue de civilisation.

Si bien que nous pouvons dire, citant le Professeur CAMPROUX, que « la littérature occitane dès le XIIème et le XIIIème siècles est celle d’une langue qui ne fut jamais politique ».

Et cette langue est celle des Troubadours, au vocabulaire riche et nuancé, capable d’exprimer avec une rare profondeur et une rare précision une foule de nuances de sentiments.

Grâce à elle, les Troubadours ont porté au plus haut degré l’art de « trobar« .

Contenu du numéro :

Troubadours

1) Le siècle d’or :
     L’épanouissement,
     L’Amour courtois,
     …de quelques Troubadours.

2) Le siècle de fer :
     La Renaissance,
     Le retour à l’ordre,
     La permanence.

3) Espoirs et déceptions :
     Le Félibrige,
     Les nouveaux Troubadours.

Mémoire d’Oc

Hôtel de Varennes
2 place Pétrarque
34 000 Montpellier

Blog : https://memoiredocsite.wordpress.com/
Contact : memoiredoc@free.fr