Mémoire d'Oc n° 016
Mémoire d'Oc n° 016

Mémoire d’Oc n° 16 (février 1992)
Le mas de Caravette

133 pages – (1992)

Introduction

« Le mas Caravètes existe toujours, dans la garrigue vallonnée, à treize kilomètres au Nord-Ouest de Montpellier, par delà Grabels et Combaillaux, dans la commune de Murles, à égale distance de Saint-Gély-du-Fesc à l’Est de Viols-le-Fort au Nord, d’Argelliers à l’Ouest, sur une colline de 251 mètres d’altitude qui domine la corne sud-occidentale du bois de Valène. Autour du mas le domaine où voisinent les bosquets de rouvre et d’Yeuse, le maquis de chêne kermès et les vignes… »

« …Le bois de Valène est une vaste étendue de garrigue calcaire creusée de combes, dressée parfois en piochs arrondis, qui s’étend, rocailleuse et pauvre d’aspect entre Viols-le-Fort, Saint-Gély-du-Fesc, Combaillaux, Murles et Caravètes. Ce territoire de médiocre valeur aujourd’hui était il y a sept cents ans d’une grande importance pour une ville comme Montpellier… »

Ces quelques lignes sont extraites d’un mémoire publié en 1930 par la Société Archéologique de Montpellier et intitulé « la baronnie de Caravètes« . L’auteur en est Louis J. Thomas, Historien de Montpellier, qui raconte l’acquisition de la baronnie et du bois de Valène par les Consuls de Montpellier au 13ème siècle, leur histoire plus ou moins agitée pendant plus de cinq siècles jusqu’à la disparition de la baronnie en 1789, la vente aux enchères et la dispersion des terres en 1792.

Les éclaircissements topographiques figurant aux Inventaires des Archives municipales de Montpellier, apportent des précisions sur l’origine de ce nom de Caravelle : « Il existe dans la commune de Murles un mas important qui au moyen âge et sous l’ancien régime fut possédé comme le bois de Valène par la ville de Montpellier. C’est le domaine de Caravelles auquel se rapportent maints documents de nos archives municipales. »

« Quels peuvent bien être les éléments constitutifs du nom de Caravettes ?

Les deux dernières syllabes « ETTES », sont, – on peut bien dire certainement -, le féminin pluriel du suffixe romain « ETUM« . La syllabe initiale « CAR » est visiblement un exemple de plus du vocable anté-romain que nous avons reconnu dans l’adjectif carosus… Cette syllabe initiale « CAR » et cette finale « ETTES » sont réunies par le groupe « AV », où nous n’hésitons pas à reconnaître le suffixe gaulois « AVOS » qui, associé avec « ETUM » a produit, à l’époque romaine le suffixe double « AVET« … et « AVETUM« .

Pour Alain Nouvel la racine « KAL – KAR – GAL – CAR » dur d’où « pierre, rocher, construction en pierre » etc., est la racine la plus importante méditerranéenne d’origine proche orientale.

Nos lointains ancêtres de la préhistoire qui ont laissé de nombreuses traces dans ce terroir en particulier les dolmens signalés par Jean Arnal, nous ont donc aussi laissé le nom du mas de Caravette.

Ce nom de Caravette est donc très ancien. Et pourtant la plupart de nos compatriotes en ignorent l’existence ; beaucoup de Montpelliérains d’origine connaissent l’expression « Barons de Caravette » qui court dans la mémoire collective rappelant une noblesse plus ou moins mythique, plus ou moins fantaisiste à laquelle ils pourraient prétendre. Rares sont ceux qui savent qu’une baronnie de Caravette a existé jusqu’à la révolution française ; plus rares peut-être ceux qui connaissent l’existence actuelle du mas de Caravette et qui peuvent le situer ce mas dont l’ancienneté se perd dans la nuit des temps existe toujours à nos portes ; il est habité par ses propriétaires et reste le siège d’une exploitation agricole d’un millier d’hectares.

Mais quelle est l’orthographe exacte de ce nom ? En langue d’Oc, il n’existe qu’une façon de l’écrire c’est Caravetas qu’on trouve en particulier dans les écrits de François Dezeuze. En français l’orthographe est très variée ; l’historien Louis Thomas reprenant la formule languedocienne écrit Caravètes, comme les auteurs de la carte du bois de Valène levée au milieu du 17ème siècle, orthographe reprise ces dernières années par le groupe folklorique « La Garriga« , Les intendants de Languedoc au 18ème siècle écrivaient Caravettes.

Après la révolution, quand le mas appartient à des propriétaires privés, l’orthographe varie avec le temps. Joseph de Barbeyrac conserve la graphie des Intendants ; l’acte de vente de 1876 fait état du domaine de Caravette, mais l’acquéreur Pierre Fargues écrit Caravettes ; son fils Alfred utilise parfois Caravettes mais le plus souvent il préfère Carabettes qui correspond à la prononciation languedocienne utilisée quotidiennement dans le mas avec le payre et les bergers ainsi qu’avec les fournisseurs ou les artisans.

Aujourd’hui, les documents cadastraux et les cartes de l’Institut Géographique national écrivent Carravette.

Les propriétaires tiennent au nom de Caravette ; c’est ainsi que le nom du mas sera écrit tout au long de cette plaquette, exception faite des citations ou le nom conservera l’orthographe qu’il a dans le texte cité.

Ces mêmes documents cartographiques situent une « métairie de Carravette » métairie étant la traduction française d’ailleurs inexacte du mot languedocien « mas ». Par fidélité à la tradition languedocienne on écrira « le mas de Caravette », mais on dira de préférence tout simplement Caravetre comme on dit « la Comédie » ou « le Courreau » de préférence à « Place de la Comédie » ou « rue du Faubourg du Courreau ».

Contenu du numéro :

Les mas

Caravette, baronnie communale :
     Histoire de la baronnie,
     Histoires de bois,
     Histoires de chèvres,
     Histoires de comptes.

Caravettes, sans barons :
     Les propriétaires,
     Terres et bois,
     La petite Laurède,
     Les routes du bois,
     La vie au Mas.

Caravette, des barons par milliers :
     Les « barons de Caravettes »,
     Deuzeuze et « les Barons »,
     « La Garriga » et les « Barons ».

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