L’origine de Montpellier : à propos d’une contribution récente
L’origine de Montpellier : à propos d’une contribution récente
* Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)
À la mémoire de Frank R. Hamlin.
p. 319 à 325
Le regretté Frank R. Hamlin, auquel la toponymie de l’Hérault et la toponymie d’oc en général doivent tant, et le catalaniste Joseph Gulsoy ont fait paraître récemment une nouvelle contribution à un problème dont la bibliographie était déjà riche : l’étymologie du nom de lieu Montpellier (Hamlin/Gulsoy 1999). Comme l’indique le titre (« Montpellier en Languedoc et Montpellier en Catalogne »), cet article enrichit le dossier de la prise en considération d’un cognat catalan (Commines 1996, 371-3). Mais ce n’est point là le seul apport de cet important travail.
— Sont d’abord passées en revue [143-144] de façon méthodique (on trouvera un classement purement chronologique dans Hamlin 2000, 254) les formes médiévales des deux toponymes.
1.1. En ce qui concerne Montpellier, la classification n’est pas entièrement homogène à côté des « Formes romanes » (lesquelles, aux dates dont il s’agit, méritent pleinement d’être qualifiées d’occitanes), du « Type latinisé Monspistellarius », du « Type latinisé Montepessulus » et du « Type latinisé Monspessulus », figure en effet une catégorie baptisée « Première attestation ». Nous proposerons donc, comme base de la discussion, un classement différent des formes médiévales. Bien qu’on ne dispose pas encore, après de multiples tentatives étymologiques, d’un dossier de mot où originaux et copies soient distingués, les copies datées, et où la langue des documents soit systématiquement spécifiée, les données rassemblées par Hamlin et Gulsoy sont suffisamment nombreuses pour permettre de distinguer clairement plusieurs traditions (v. Hamlin 2000, 254 et Hamlin/Guisoy 1999, 1434, pour les contextes et les références).
1.2. La tradition la plus importante pour l’étymologie est celle dont toutes les formes vernaculaires médiévales se trouvent relever (chaque date ci-dessous correspond à un seul et même document) 1 :
— 1.a. Montpestlier 1090 (cont. lat.), Montpestler 1103 (cont. occ.), Monpestleir 1147 (cont. occ.), Monpestler ca 1160 (ong. ; cont. occ.) 2 ;
— 1.b. Montpeslier (var.) 1090 (cont. lat.), Monpesler 1147 (cont. occ.), Monpeslier 1191 (cont. occ.) 3 ;
— 1.c. Monpeylier 1423, Monpeylié 1424, Monpeylia 1435, Monpeliey 1438 4 ;
— l.d. Montpelier 1209 (cont. occ.), Montpellier ca 1375 (cont. fr.), 1395 (cont. occ.) 5.
1.3. On peut placer sur le même axe diachronique, en prolongement de (d.), les formes plus récentes, à partir de Montpellier 1526 (Hamlin 2000, 254), jusqu’à la graphie et aux prononciations actuelles. Se rattachent sans difficulté au même ensemble un certain nombre de formes latines (le.) ou latinisées sur base occitane (1.f) : (le.) Monte Pestelario / Pestellario 985 (cop. déb. 13e s., Bourin-Derruau 1992, 80) et Montempestellarium ca 1076 ; Montepestilario / Mon tepistellario ca 1103 (peut être avec influence de pistillum) ; (11) Montepislerio 11e siècle, Montepesler 1122. Au total, la tradition (1) englobe l’essentiel des attestations disponibles depuis la forme la plus ancienne (a. 985) jusqu’aux formes actuelles 6. Cette tradition reflète plus ou moins directement et fidèlement, compte tenu du décalage chronologique entre l’évolution du mot dans le code oral et ses enregistrements dans l’écrit, et des trois langues dans lesquelles les documents qui nous intéressent ont été rédigés – et réserves faites en ce qui concerne les dates des copies -, l’axe principal de l’oralité.
1.4. Par opposition à cet axe principal, deux traditions secondaires se détachent : 2. un type Mons Pessulanus, représenté par six mentions s’échelonnant de 1090 à 1296 ; 3. Montent Pessulum 1106-1120 et Montempessulum 1121. Ces deux traditions, relativement tardives et visiblement liées l’une à l’autre, n’apparaissent qu’en contexte latin et n’exercent aucune influence sur l’axe de l’oralité ; elles n’ont donc qu’une importance secondaire pour l’étymologie. On soulignera cependant le caractère absolument inattendu, artificiel et arbitraire de Mons Pessulanus (avec ré-étymologisation par pessulus et changement de suffixe en faveur de -anus).
— Quant au toponyme catalan Montpeller, « nom d’un despoblat a l’extrem O. del municipi de Vilagrassa (Urgell) », ses formes anciennes [144], déjà publiées dans Coromines (1996, 371), sont remarquables en ce qu’elle « possèdent une frappante ressemblance avec celles de Montpellier» [144], En particulier, des formes comme Montepessulano 1080 (première attestation sûrement datée) ou Montepesulani 1339, ne peuvent, compte tenu de ce qu’on vient de dire, avoir été recréées indépendamment de la tradition montpelliéraine. L’« hypothèse de travail » que retiennent, en définitive, Hamlin et Gulsoy [153], à savoir une double genèse indépendante, nous paraît, du coup, la moins probable. Certes, l’hypothèse d’une transplantation et la question de savoir dans quel sens celle-ci s’est effectuée ne vont pas sans soulever certaines difficultés au plan extra-linguistique, difficultés dont rendent bien compte les auteurs [152-153] on peut cependant penser que la possibilité d’une transplantation de la Catalogne vers le Languedoc avant 985 est très peu crédible. Somme toute, on doit, selon nous, en rester, au jugement de Coromines (1996, 371), qui écrivait : « Es ben versemblant que [Montpeller] sigui un succedani de la famosa ciutat llenguadociana ».
— Hamlin et Gulsoy passent ensuite en revue [144-145] les autres exemplaires français du type Montpellier. Ceux-ci paraissent généralement dépendre, d’une façon ou d’une autre (allusion, emprunt, intermédiaire éventuel d’un nom de famille), du nom de la ville languedocienne. Pour aucun d’entre eux on ne dispose, en tout cas, de l’assurance d’avoir affaire à une formation indépendante. Au total et en pratique, il paraît difficile de sortir Montpellier de son isolement.
— Hamlin et Gulsoy se livrent alors à l’interprétation des formes anciennes [145-146].
4.1. En ce qui concerne Montpellier, ils indiquent que « les graphies romanes en -peslier et en -pestl(i)er font apparaître […] que, dès l’époque des premières attestations […], [la] prononciation connaissait deux légères variantes, une occlusive dentale ayant eu tendance à s’introduire par épenthèse dans le groupe « -sl- » [145 et n. 13]. Il paraît malheureusement impossible de leur accorder cette interprétation qui suppose que l’insertion de [t] épenthétique se produirait au 11e siècle dans e dans le groupe « -sl- » de l’occitan médiéval. Une telle épenthèse nous semble rigoureusement inconnue, en effet, en tant que règle de l’ancien occitan. Elle n’est envisageable que comme un traitement généré par une syncope (bien antérieure au 11e siècle) ayant abouti à un groupe –s(s)’L-. En fait, ce traitement paraît transitoire et antérieur au passage à [-skl-] qui est de règle, et c’est pourquoi Ronjat (1930-1941, § 355) n’en fait pas état. Il n’a été cristallisé que dans les cas où, au stade [-stl-], s’est développée, sur un ancien diminutif proparoxytonique, une néo-suffixation à suffixe accentué. On connaît ce phénomène dans pess(u)lu > *pestlu (noté dans les gloses par la graphie de compromis pestulum, à côté de pesculum), d’où *Pestellu > 0cc. pestèl (FEW 8, 309a) et dans ass(u)la > *astla (graphie de compromis astula, à côté de ascla chez Cassiodore ; cf. (FEW 25, 572b n. 23 et 24), d’où ASTELLA > aocc. astela (FEW 25, 571b et 603ab). Ce sont là, du reste, les deux seuls parallèles que citent Hamlin et Gulsoy [154 n. 13] : on voit toute leur spécificité au plan des conditions morphologiques. La large diffusion géographique des néo-dérivés en question – anglonormand, occitan, catalan, Rovigno dans le cas de *pestellu (v. FEW 8, 309a), toutes les langues romanes, à l’exception du sarde et du roumain, dans le cas de astella (v. FEW 25, 603ab) – suffit à montrer que le phénomène est, en tout état de cause, de longtemps antérieur aux « premières attestations » du nom de Montpellier, et qu’il remonte à l’époque protoromane 7.
4.2. Par conséquent, on ne peut pas non plus accorder aux auteurs que « tout porte à croire que le nom moderne de Montpellier (en Languedoc) est dans la ligne directe de Montpeslier », dans la mesure où ils excluent par là que les formes en -stl- représentent le stade le plus anciennement attesté (il s’agirait pour eux, semble-t-il, d’une sorte de branche morte de l’évolution).
4.3. Au regard de la phonétique historique, les formes vernaculaires et leur répartition chronologique (v. ci-dessus § 1.2.) suggèrent clairement, au contraire, un enchaînement (a) > (b) > (c) > (d), soit : Montpestlier > –peslier > –peylier > –pellier. L’évolution phonétique du toponyme est alors régulière. Les changements (a) > (b) > (c) sont conformes au développement régional de *cast(e)llare > Cayla ou de *cast(e)ll?ciu > Caylus (v. Ronjat 1930-1941, § 355); quant au passage Monpeylier > Montpellier – cette dernière forme ayant été sélectionnée par la norme française -, passage que Hamlin et Gulsoy admettent [145] sans en rendre compte, tout invite à l’expliquer par dissimilation de [i] second élément de diphtongue par le yod du suffixe (cf. Grammont 1965, formule vi), segment appartenant, quelle qu’ait été sa nature phonétique exacte (consonantique ou vocalique), à la syllabe accentuée et à un morphème reconnaissable.
4.4. À cette étape de l’analyse, il semble donc légitime de tirer, au plan de l’expression, les inférences suivantes quant à l’étymon de Montpellier. Toute la tradition principale (1), représentée par la forme vernaculaire la plus ancienne Montpestlier 1090 et à laquelle on peut rattacher la forme la plus ancienne monte *pest’l(l)ãriu 985 (1.e.), remonte à une base du type monte * pest’l(l)ãriu directement antécédente à Montpestlier. Dans ce prototype phonétique, la voyelle syncopée ne peut être directement spécifiée (mis à part le fait qu’il ne saurait s’agir de a). Dans le groupe -stl- issu de la syncope, [t] peut être soit primaire, soit secondaire (généré dans un groupe -s(s)’l-). Mais dans cette seconde hypothèse [t] épenthétique n’est crédible qu’à la condition que *pes(s)’l(l)ãriu ait comporté un suffixe accentogène, c’est-à-dire, en pratique, -ellu. Dans la première hypothèse, la base étymologique plus éloignée du second terme serait du type *pest’l(l)ãriu ; dans la seconde, du type *pes(s)el(l)ãriu.
Hamiin et Gulsoy abordent ensuite 1’« Histoire des tentatives étymologiques » [146-148]. On ne rendra pas compte ici en détail de leur examen. On pourra en retenir que l’étymologie proposée par Gröhler (1913-1933, 78) et reprise par Dauzat/Rostaing (1978) doit être écartée ; aux raisons avancées par les auteurs [146], on ajoutera que « lat. *pestellum var. de pastellum, pastel » (Dauzat/Rostaing 1978, 468) est dépourvu de tout soutien roman (cf. REW 6274 ; FEW 7, 752a) ou, d’ailleurs, latin. On approuvera la critique radicale qui est faite des étymologies de Grammont [146-147] et de Camproux (par le pré-indo-européen) [147]. On louera aussi les auteurs de ne point confondre, comme Vincent avait déplorablement tendance à le faire, l’ancien français et l’ancien provençal, et la critique qu’ils produisent des solutions qui, partant de *pestellu « verrou » ou issue, font appel à des motivations invraisemblables : « mont verrouillé, capable d’arrêter les assaillants » (Nègre) ou « hauteur qui verrouille la route » (olim Gulsoy).
On passe ensuite à l’exposé d’une « nouvelle hypothèse étymologique » [148-151].
6.1. Hamlin et Gulsoy se penchent d’abord, à juste raison, sur le suffixe -ier, souvent oublié, en effet, dans les discussions tournant autour de l’origine de Montpellier. Ils défendent l’existence dans les toponymes héraultais Rieu Cabrier, Montferrier, Montboissie, d’un suffixe –ier à valeur collective, équivalent des « formes en –ière(s) » plus courantes. C’est dans cette série que les auteurs proposent d’inscrire Montpellier [149]. On aurait affaire à un prototype monte *pis(u)lãriu, dont le second terme serait « le latin pisulum diminutif de pisum pois », combiné au suffixe -ãriu de sens collectif. Soit, pour le toponyme, « la valeur primitive de colline où poussent les [petits] pois » [149].
6.2. À cet égard, on fera observer, en premier lieu, que « le latin Pisulum « ne paraît pas attesté ; les auteurs ne fournissent pas de référence et André (1985, 201), dont les dépouillements sont très larges, n’a enregistré que pisum et pisus. Il convient donc de marquer cette forme d’un astérisque.
6.3. Dans la nouvelle interprétation qui est proposée, une première difficulté tient à l’analyse du suffixe -ãriu. Ronjat (1930-1941, § 695) rappelle que « l’emploi prim. du suif. en latin » est de former des adjectifs relationnels, et que « les autres emplois proviennent de substantivations ». Or, il ne fait pas de doute que dans Rieu Cabrier Montferrier, Montboissier ou Montpellier – si ce nom était issu de monte *pis(u)lãriu -, les seconds termes ont un statut adjectival et une fonction épithétique, sans passage par une substantivation. Une valeur supposément collective du suffixe dans cette série apparaît donc comme douteuse. On peut remarquer, en outre, que dans la toponymie de Hérault, pour nous en tenir, avec les auteurs, à ce seul département, Rieu Cabrier, Montferrier, Montboissier et Montpellier sont à intégrer, en réalité, à un ensemble plus vaste de toponymes présentant la même structure. On citera, sans prétendre à l’exhaustivité Campo Miller 12e s. (Hamlin 2000, 73) ; Combe Cabrières, Combe Cabrière 1668-1669 (op. cit., 66) ; Combeginière, Combesinière 1706 (op. cit., 115) ; Insula Vacheria 1202 (op. cit., 411) ; Mata Loberia 1156 etc. (op. cit., 238) ; Montouliers, Monte Olerio 940 (op. cit., 254); Pioch Argentier, Podio Argentario 1138 (op. cit., 15) ; Puech Lévriers, Podio Lebrier 1312 (op. cit., 215) ; Roquemolière (op. cit., 338) ; Rocham Vultureriam 1196 etc. (op. cit., 338) ; Ruppem Vaqueriam 1288 (op. cit., 411) ; Valloubière, Vallis Luparia ca 1140 (op. cit., 415) ; Vahloussière, Valoussiere 1770-1772 (op. cit., 415). Les commentaires de Hamlin (2000, passim) tendent à prouver qu’il n’avait guère reconnu l’unité de cette série. On observe que la base de l’adjectif en -ãriu est le plus souvent un nom d’animal, parfois un nom de végétal, mais qu’il peut s’agir aussi du nom d’une chose produite ou extraite (argentu, ferru, mola, ôlla), ce qui écarte de nouveau une valeur collective du suffixe. Au plan diachronique, cette série se caractérise par le fait que les seconds termes adjectivaux ne sont pratiquement jamais attestés en occitan, mais le sont souvent, en revanche, en latin (argentãriu « qui concerne l’argent », caprãriu « qui concerne les chèvres » etc.). On a donc affaire, dans l’ensemble, à des formations pré-occitanes. C’est dans ce paradigme dérivationnel plus large qu’il convient, nous semble-t-il, d’inscrire Montpellier. On ne pourrait, selon nous, maintenir la suggestion de Hamlin et Gulsoy que dans ce cadre (dérivé en -ãriu à valeur relationnelle ou de caractérisation).
6.4. Mais on en est dissuadé par une seconde difficulté, plus considérable. À partir d’une base MONTE *pis(u)lãriu, le [t] des formes du type Montpestlier, formes qu’il convient de poser à l’origine de tout le développement documenté du toponyme (v. ci-dessus § 4.3.), serait épenthétique. Or, nous avons conclu, d’autre part (ci-dessus § 4.4.), qu’une hypothèse obligeant à recourir à [t] épenthétique ne serait crédible, au vu des parallèles existants, qu’à la condition que la base du dérivé ait été constituée par un dérivé en -ellu. Ce n’est évidement pas le cas de *pis(u)lãriu.
6.5. Il est impossible, par ailleurs, de songer à sauver l’hypothèse des deux auteurs en partant d’un parallèle à astella et *pestellu et ce pour deux raisons : d’une part, on ne trouverait aucune manifestation tangible un tel dérivé ; d’autre part, un dérivé en -ellu existe dans cette famille lexicale : c’est *pisellu formé directement sur le simple pisu (REW 6534 ; FEW 8, 607a et 608b, pisum ; Hamlin et Gulsoy 149 [ici encore, lire « pisellum]) 8. À ce double titre, *pistellu sur *pis(u)lu apparaîtrait comme une vue de l’esprit particulièrement arbitraire.
6.6. Dans ces conditions les arguments supplémentaires produits par Hamlin et Gulsoy quand ils s’attachent ensuite [150-151] à « conforter [leur] opinion » en montrant, d’une part, qu’« il existe dans les pays de langue occitane et catalane des toponymes dérivés de pisulu, de pisellu ou de pisu ; d’autre part, [que] certains d’entre eux désignent des hauteurs montagneuses », ne peuvent avoir aucun point décisif dans le débat. On notera cependant, en marge de la question principale, que rattacher Pézouillet (Aniane), Pedoleto et Pedobet prob. 12e s., à « » pisuletum » endroit où les pois abondent » [150] (on lira *pisulet?m ) en supposant une « influence secondaire, sans doute celle du celle du paronyme pesolh » pou » », relève d’un procédé désinvolte envers la phonétique historique (il va de soi que, dans les formes du 12e siècle, <1> peut parfaitement noter la latérale palatale [Ã] en conformité avec la forme moderne). Dans ce cas comme dans celui des autres toponymes réunis par Hamlin (2000, 294), seul pesolh « pou » semble à même d’expliquer l’ensemble du matériel.
— L’avant-dernière section de l’article concerne « La naissance des deux localités » (celles de Montpellier et de Montpeller) [151-152] : elle sort donc du cadre de nos compétences. Enfin, dans leur conclusion [152-153], les auteurs, comme nous avons eu l’occasion de le signaler ci-dessus ( 2), sans écarter définitivement l’idée d’un emprunt, dans un sens ou dans l’autre, entre Languedoc et Catalogne, adoptent, comme « hypothèse de travail, la conjecture que les toponymes Montpellier et Montpeller, si semblables à la fois dans leurs formes anciennes et dans l’aboutissement de leur nom à l’époque moderne, se seraient créés indépendamment l’un de l’autre », « sans doute à l’époque gallo-romaine » [153]. Nous ne voyons pas bien, dans ces conditions, comment il est possible de soutenir en même temps que ces noms ont été formés « peu avant la date des premières attestations » [153], qui sont respectivement 985 et 1080.
— 8. Au total, même s’il nous semble difficile d’en adopter toutes les conclusions, l’article de Hamlin et Gulsoy constitue sans aucun doute une contribution de premier ordre au dossier de Montpellier, tant par les formes anciennes qu’il recueille et classe que par les éléments nouveaux qu’il apporte, ou encore par la juste critique qu’il fait des hypothèses en cours. A ces divers titres, il forme une base de départ indispensable au développement de la discussion étymologique.
— 9. C’est dans cette optique que nous conclurons en proposant les quelques prolongements que voici.
9.1. Les points qui nous semblent à présent acquis sont les suivants : A l’origine de Montpellier se trouve un composé syntagmatique entrant dans un pattern formationnel, qui n’est pas rare dans la région ou ailleurs, associant à monte un adjectif de relation en -ãriu (v. ci-dessus § 6.3.). On doit, d’autre part, reconstuire ce second terme adjectival en *pest’l(l)ãriu, soit primaire, soit issu de *pes(s)-el(l)-ãriu (v. ci-dessus § 4.3. et 4.4.). Les conditions formelles auxquelles doit satisfaire la base étymologique se trouvent ainsi définies. On peut ajouter que cette base est nécessairement un substantif latin ou néo-latin, ce qui circonscrit nettement les recherches,
9.2. Dans ces conditions, s’agissant d’un problème souvent débattu, il est difficilement pensable que la base en question n’ait pas déjà été reconnue. *pest’l(l)ãriu ne peut guère être construit, en effet, que sur lat. pistillu > aocc. Pestel « pilon » (REW 6537 ; FEW 8, 600-1) ou sur lat. vulg. *pestellu > occ. pestèl « pêne » (REW 6442 ; FEW 8, 308-9) 10. Dans la première hypothèse, on aurait [t] primaire ; dans la seconde, on aurait affaire, dans l’étymon lexical, à [t] secondaire dans un suffixal en -ellu (v. FEW 8, 309a).
9.3. Il est difficile de trouver des critères permettant de départager les deux hypothèses étymologiques envisageables. La solution monte *pestellãru ne paraît disposer, de prime abord, que d’avantages assez minces sur MONTE *pistellãru, avantages qui se situent au seul plan de l’économie explicative.
9.3.1. Cette solution permet en effet de rattacher les traditions savantes (2) et (3) (v. ci-dessus § 1.4.) à la tradition vernaculaire principale (I), et d’éviter d’en faire des latinisations tout à fait aberrantes, en unifiant en quelque sorte l’ensemble de la tradition.
9.3.2. Dans le même sens, la forme la plus ancienne Monte Pestelario 985 (var. Monte Pestellario) est aussi légèrement favorable à monte *pestellãriu, puisque, dans le cadre de cette hypothèse, cette forme s’explique de la façon la plus simple comme continuation transparente de la tradition étymologique. On peut également observer à cet égard que l’histoire des formes du toponyme Montpellier se trouve illustrer assez bien la mutation qui se constate au 11e siècle dans la tradition graphique de nombreux autres toponymes méridionaux. Jusqu’au 11e siècle (dans le cas de Montpellier, jusqu’à ca 1103) se transmettent des formes de tradition latines archaïsantes (ici 1.e., avec conservation de l’intertonique), tandis qu’à partir du 11e siècle, les formes latines sont généralement des formes latinisées sur la base du vernaculaire (ici 1.f.) quand il ne s’agit pas de nouvelles traditions relativement indépendantes de la langue parlée (ici 2. et 3.) 11. La conservation de la tradition latine des toponymes, y compris de toponymes d’importance mineure, s’explique par la continuité de la culture de l’écrit depuis l’Antiquité tardive et l’époque mérovingienne, en particulier dans la Gaule méridionale 12. En sorte que, sauf arguments particuliers, qui font en l’occurrence défaut, on est en droit de penser que Monte Pestel(l)ario représente fidèlement une tradition graphique plus ancienne.
9.4. Sur le plan sémantico-référentiel, monte *pestelllãriu et monte *pistelllãriu peuvent paraître, l’un et l’autre, assez incongrus. Hamlin et Gulsoy [147] ont fait justice, par ailleurs, des hypothèses émises jusqu’ici quant à la motivation de monte *pestelllãriu. On peut toutefois faire état, croyons- nous, en faveur de monte pestelllãriu, d’un parallèle qui nous paraît susceptible de rendre vraisemblable cette formation.
9.4.1. On connaît en effet une série de noms de lieux du type Clavière(s). Cette série est représentée, à notre connaissance, dans les départements suivants : Indre, Cher, Lot-et- Garonne 13, Gard 14, Lozère 15, Ardèche 16, Haute-Loire 17, Cantal (maximum d’intensité : 15 exemplaires) 18, Puy-de- Dôme 19, Creuse 20, Haute-Vienne 21 et Dordogne 22, Or, l’explication admise jusqu’ici ne paraît pas pourvue d’une base lexicologique solide. Le sens de « closerie, enclos » qu’on invoque, et seulement en occitan moderne 23, est donné – sans localisation, ni exemple – par Mistral (s.v. claviero), mais il n’a pas été retrouvé par le FEW (2, sous clavis et clavus) et nous ne connaissons pas la source du Maillanais, si elle existe. On préférera donc supposer que les toponymes du type Clavière(s), apparaissant sur une vaste aire méridionale, dépourvus d’article et donc de formation relativement ancienne (avant ca 700, cf. Chambon 2000, 69-70) 24, remontent à *clavãria(s), dérivé tardif de clavu « clou » ou de clave « clé ; barre de fermeture, verrou » (cf. Charbonnières, Ferrières, Plombières, Ollières, Sabonères, Thiolières, Verrières et autres ; Vincent 1937, § 837 sqq., passim) 25.
9.4.2. La série Clavière(s) pourrait donc montrer, selon nous, que certains toponymes de l’Antiquité tardive ou du premier haut Moyen Âge ont pu se motiver sur le nom d’un produit métallurgique particulier 26.
9.4.2. La série Clavière(s) pourrait donc montrer, selon nous, que certains toponymes de l’Antiquité tardive ou du premier haut Moyen Âge ont pu se motiver sur le nom d’un produit métallurgique particulier 26.
9.4.3. Ainsi la dérivation monte pestelllãriu … Montpellier, basée sur *pestellu « verrou » selon le même patron que Montouliers (Hérault) ou Montpothier (Aube ; Dauzat-Rostaing 1978, 468), et parallèlement à Clavières sur clavu ou clave, pourrait-elle obtenir un supplément de crédibilité. La coprésence, dans la même zone, de Montpellier et de Montferrier–sur–Lez doublé de Mont Ferrier le Vieux (Hamlin 2000, 253) pourrait aussi être considérée comme suggestive.
9.5. Dans cette hypothèse, Montpellier référerait à un lieu doublement caractérisé : par son site (à travers le premier terme du composé) 27 et par une activité de petite métallurgie (à travers le second terme). Bien qu’il soit difficile à situer chronologiquement avec quelque précision (on se contentera de supposer que la formation est altimédiévale), ce nom se serait appliqué d’abord à l’un des éléments constitutifs typiques d’un grand domaine (atelier) et non pas, d’abord, au centre d’une villa. Ceci n’aurait rien que de vraisemblable sur le plan extra-linguistique : « la persistance de l’activité artisanale au sein de l’exploitation agraire » durant le haut Moyen Âge et, en particulier, le chasement des forgerons sur des manses des grands domaines agricoles sont des faits bien connus (Doehaerd 1990, 205-15). Tout porterait à croire, dans le cadre de cette hypothèse, que c’est de l’un des domaines dont les noms sont de formation antérieure (gallo-romaine) et qui se trouvaient sur son territoire actuel (liste dans Hamlin/Gulsoy 1999, 152) que Montpellier a originellement été une dépendance.
Références bibliographiques
Amé (É.), 1897. Dictionnaire topographique du département du Cantal, Paris.
André (J.), 1985. Les Noms de plantes dans la Rome antique, Paris.
Bouillet (J.-B.), 1854. Dictionnaire des lieux habités du département du Puy-de-Dôme, Clermont-Ferrand [reprint, Marseille, 19831.
Bouret (J.), 1852. Dictionnaire géographique de la Lozère, Mende/Florac [réimpression, Éditions de la Tour Gile, 19901.
Bourin-Derruau (M.), 1987. Villages médiévaux en Bas-Languedoc. Genèse d’une sociabilité (Xe-XIVe siècle), t. I : Du au village (Xe-XIIe siècle), Paris.
Bourin-Derruau (M.), 1992. « Le Bas-Languedoc », in : M. Zimmermann (dir.), Les Sociétés méridionales autour de l’an Mil. Répertoire des sources et documents commentés, Paris, 55-106.
Chambon (J.-P.), 2000. « Pour la chronologie des toponymes (gallo)romans d’origine délexicale. Étude d’un type tardo-antique aquitain : Fornols », Estudis romànics 22, 59-82.
Chambon (J.-P.), Herilier (C.), 1998. « Sur un des plus anciens textes en occitan d’Auvergne : un bref de cens, passé inaperçu, du monastère de Sauxillanges », Lengas 43, 7-36.
Charrié (P.), 1979. Dictionnaire topographique du département de l’Ardèche, Paris.
Chassaing (A.), Jacotin (A.), 1907. Dictionnaire topographique du département de la Haute-Loire, Paris.
Coromines (J.), 1996. Onomasticon Cataloniae. Els noms de lloc i noms de persona de totes les terres de llengua catalana, t. 5, Barcelone.
Dauzat (A.), Rostaing (C.), 1978. Dictionnaire étymologique des noms de lieux de France, 2e éd., Paris.
Doehaerd (R.), 1990. Le Haut Moyen Âge occidental. Économies et sociétés, 3e éd., Pans.
Doniol (H.), 1863. Cartulaire de Brioude [Liber de honoribus Sto Juliano collatis], Clermont-Ferrand/Paris.
Few = Von Wartburg, Walther, 1922- : Franzôsisches Etymölo-gisches Wörterbuch. Eine darstellung des galloromanischen sprachschatzes, 25 vol., Leipzig/Bonn/Bâle.
Fournier (G.), 1996. Les Mérovingiens, 7e éd., Paris.
Gasca Queirazza (G.), Marcato (C.), Pellegrini (GB.), Petracco Siccardi (G.), Rossebastiano (A.), 1990. Dizionario di toponomastica. Storia e significato dei nomi geografici italiani, Turin.
Geary (P.J.), 1989. La Naissance de la France. Le monde mérovingien, Paris.
Germer-Durand (E.), 1863. Dictionnaire topographique du département du Gard, Paris.
Grammont (M.), 1965. Traité de phonétique. 8e éd., Paris.
Gröhler (H.), 1913-1933. Über Ursprung und Bedeutung der französischen Ortsamen, 2 vol., Heidelberg.
Hamlin (F.R.), 2000. Toponymie de l’Hérauit. Dictionnaire topographique et étymologique, Millau/Montpellier.
Hamlin (FR.), Gulsoy (J.), 1999. « Montpellier en Languedoc et Montpeller en Catalogne », Nouvelle Revue d’onomastique 33-34, 143-157.
Lausberg (H.), 1970. Lingüistica romanica, t. I, Madrid.
Martel (P.), à paraître. « Le nom de Montpellier et les débuts de son histoire : une affaire déjà ténébreuse ».
Nègre (E.), 1990-1991. Toponymie générale de la France. Étymologie de 35 000 noms de lieux, 3 vol., Genève.
REW = W. Meyer-Lübke, Romanisches Etymologisches Wörterbuch, Heidelberg, 3e éd., 1935.
Riché (P.), 1962. Éducation et culture dans l’Occident barbare. VIe-VIIIe siècles, 3e éd., Paris [achevé d’imprimé : 1989].
Ronjat (J.) 1930-1941. Grammaire historique des parlers provençaux modernes, 4 vol., Montpellier.
Rostaing (C.), 1950. Essai sur la toponymie de la Provence (depuis les origines jusqu’aux invasions barbares), Paris [réimpression, Marseille, 1973].
Vidal (H.), 1985. « Aux origines de Montpellier : la donation de 985 », Bulletin historique de la ville de Montpellier 5, 11-37 [non consulté].
Villoutrreix (M.), 1981. Les Noms de lieux de la Haute-Vienne, Limoges.
Vincent (A.), 1937. Toponymie de la France, Bruxelles.
Werner (K.), 1984. Histoire de la France. Les origines (avant l’an mil), Paris.
Notes
1. Nous donnons en note certaines indications complémentaires tirées de Martel, à paraître. Nous remercions l’auteur de nous avoir communiqué ce travail.
2. Cf. encore les formes en –stl– dans les fueros de Jaca (1134) et dans le texte juridique Lo Codi (Martel, à paraître).
3. Cf. encore les formes en –sl– chez Marcabru, Peire Vidal et Gormonde de Montpellier, dans Flamenca, la Croisade contre les Albigeois, la coutume de Montferrand, les comptes consulaires de Rodez (1358) et dans un document montpelliérain de 1482 ; en français : Montpeslier chez Froissart et en 1484 (Martel, à paraître).
4. Montpeylier 1204 (« copie postérieure »), 14e siècle, Rodez à partir de 1368, Montpeylier 1521, 1539 (Martel, à paraître).
5. Montpelier 1357, 1404, 1479, 1518, Monpellier 1357, 1497, 1446, 1518 (toutes mentions dans des textes occitans ; Martel, à paraître).
6. Il est dit que la prononciation française flotte « entre [mõpəlje] et [mõpə’lje], cette dernière étant préférée » [153 n. 2]. Une erreur du prote aura sans doute rendu le passage incompréhensible. Les deux principales réalisations en usage sont, semble-t-il, celles en [-pelje] et [-pœlje]. V. sur ce point l’enquête en cours sous la direction de notre collègue Jacques Bres (département de Sciences du langage, Université de Montpellier-III).
7. D’autre part, le changement [-sl-] > [-skl-] est contemporain de la sonorisation de -s- intervocalique (Lausberg 1970, § 512).
8. On se demande d’ailleurs pourquoi les auteurs ne citent pas le FEW, et se contentent de compiler Levv, Mistral et Palay, alors que l’article de Wartburg fournit des données beaucoup plus nombreuses et précises.
9. [APPEL MANQUANT] Notons toutefois que le fait que « les forages […] trouvent assez facilement de l’eau « sur le site de Montpellier ne paraît pas suffire à laisser entendre que ce site aurait dû en principe se recommander depuis l’antiquité comme étant favorable à l’exploitation urbaine [!] » [151] et que, sur le plan linguistique, l’hypothétique révélation par des fouilles archéologiques à venir d’un « lieu de culte pré-romain » à Montpellier, ne comporterait aucune incidence sur le débat étymologique et ne permettrait en aucun cas d’opter « en faveur de l’osque pestlum « temple», terme à consonance intrigante » [155 n. 25]. Ceci pour différentes raisons qui paraissent évidentes, la première étant qu’aucun toponyme d’origine osque n’a jamais été signalé, à notre connaissance, sur le territoire de la Gaule.
10. Du point de vue phonétique, il serait possible d’envisager également PEĒNS(I)LE (REW 6392 ; FEW 8,201-3). Mais, en l’occurrence, cette possibilité ne débouche sur rien de convaincant : il ne pourrait s’agir ni de l’adjectif au sens de « bâti sur voûte, suspendu » (qui a vécu dans la toponymie méridionale, cf. Pont-Pessil, vill., comm. de Marvejols, Lozère), ni de sa substantivation (> fr. poêle « chambre chauffée par un poêle »), laquelle ne convient pas sur le plan sémantico-référentiel, ni guère sur le plan géolinguistique.
11. Il nous est impossible dans le cadre de la présente note de développer ce point comme il conviendrait.
12. Cf., à ce sujet, Fournier (1996, 56-7), Geary (1989, 115), Riché (1962, notamment 220-2, 259-2), Werner (1984, 407).
13. Pour ces trois départements, v. Dauzat/Rostaing 1978, 195.
14. Clavière (comm. d’Alès) ; diminutif : Claveryrolle (comm. de Saint-Bonnet-de-Saldrinque) v. Germer-Durand 1863.
15. Clavière (comm. de Termes) ; v. Bouret 1852.
16. Clavières (comm. de Saint-Agrève) ; v. Charrié 1979.
17. Clavières (comm. de Malvalette) ; v. Chassaing/Jacotin 1907.
18. V. Amé 1897, où l’article Claveure (comm. de Méallet) est à fondre avec l’article Clavières (comm. de Méallet).
19. Clavières (comm. d’Apchat ; comm. de Saint-Martin-des-Olmes) ; v. Bouillet 1854.
20. Clavière (comm. de Saint-Sulpice-le-Guérétois) ; diminutifs : Claverolles (comm. de Blaudeix et Saint-Sulpice-le-Guérétois), Claveyrolles (comm. de Saint-Junien-la-Bregère).
21. Clavières (comm. de Nantiat) ; diminutif : Claverolas (comm. de Nedde) ; v. Villoutreix 1981, 49.
22. Claviéras (comm. de Sainte-Marie-de-Chignac).
23. Vincent (1937, § 784) place Clavières (Cantal) sous « clavière clôture de haies », un étymon qui, ayant toutes les apparences d’être du français (moderne), est peu apte à rendre compte de toponymes du domaine occitan, dont l’un (Clavières, ch-l. de comm., cant. de Ruynes) est attesté dès 939-940 (Doniol 1863, n° 239). Nègre (1990-1991 § 24881), parmi les « Formations dialectales », reprend les mêmes noms du Cantal et les explique comme « pl. de occ. clavièro, clabièro « closerie, enclos (TDF) ». Villoutreix (1981, 49) commente : « D’après Mistral (TDF) clavièro [1. claviero] sf, serait un espace de terrain entouré d’une clôture ». Selon Dauzat/Rostaing (1978, 195), le sens de « clôture, barrière cloutée » se trouverait dans Claviéres, qui serait un dérivé de clavus « clou » (aucun étymon n’est clairement posé).
24. Avec l’article et au singulier, Dauzat/Rostaing (1978) citent la Clavière, « ham. Char., Cher, Creuse, Indre, D.-Sèvres » : cette aire centre-occidentale n’est qu’en intersection partielle avec la précédente. Cf. encore Clavières (Turin, Italie), près du Mont-Genèvre (« chiusura » selon Olivieri ; « l’assenza di documentazione non consente tuttavia di esprimere opinioni controllate », Gasca et al. 1990, 216).
25. CLAVÃRIU semble représenté par Claviers (Var) ; cf. Vincent 1937, § 784 et Rostaing 1950, 122-3.
26. Cf. aussi, en ce qui concerne l’artisanat du bois, l’Équinlerie (comm. d’Égliseneuve-des-Liards, Puy-de-Dôme), attesté depuis le 10e siècle (Chambon/Hérilier 1998, 13), dérivé en -ARIA de SCÜTELLA > aocc. occ. escudela « écuelle » (FEW 11, 350a).
27. Sans que le premier terme, malgré Bourin-Derruau (1992, 81), « évoque la future toponymie des castra, toponymie qui se révèle au siècle suivant [= 11e s.] »
28. [APPEL MANQUANT] Dans la donation comtale de 985 qui recèle la première mention de Montpellier, on lit, dans la copie du cartulaire des Guilhems, « in terminio la Montepestelario » et l’on a proposé de corriger « la » en villa (Hamlin/Gulsoy 1999, 151, d’après Vidal 1985), correction vraisemblable même si nous n’apercevons guère le mécanisme de la faute. La copie que suit Bourin-Derruau (1992, 80) porte seulement « in terminio de Monte Pestellario ». On peut noter que si Candillargues, décrit comme villa dans l’acte de 985, l’est également dans les mentions précédentes et suivantes (960, 1029, 1031-1060, 1099 ; v. Hamlin 2000, 78), il n’en va pas de même de Montpellier qui, selon la documentation réunie par Hamlin (2000, 254), n’est, en revanche, que tardivement désigné sous ce terme (en 1121 et dès 1114, comme nous l’indique M. H. Vidal), pris alors, probablement, dans une acception différente du « sens territorial » de tradition carolingienne (cf. Bourin-Derruau 1987, 61-2).
