L’occupation du sol à Salasc d’après les documents fiscaux d’époque moderne
L’occupation du sol à Salasc d’après les documents fiscaux d’époque moderne
* Professeur certifié stagiaire d’Histoire-Géographie
p. 79 à 87
Situé dans la vallée du Salagou, zone de contact entre celle de l’Hérault et les Monts de l’Escandorgue, le terroir de Salasc associe plusieurs types de terrains. Il s’étend à des altitudes allant de 150 à 500 mètres, sur les sols de ruffe du bassin permien de Lodève, mais aussi sur les calcaires dolomitiques du Cirque de Mourèze ou les terrains alluviaux du Salagou et de ses affluents 1. Devant une telle variété, il paraît légitime de s’interroger sur la nature de l’agriculture traditionnelle salascoise à une époque où les contraintes du milieu naturel étaient plus importantes que de nos jours. La vigne avait-elle dès avant le XIXe siècle commencé à se répandre comme dans la vallée de l’Hérault ? La civilisation pastorale des garrigues et des causses était-elle, au contraire, plus forte ? Et quelle était la part d’influence de l’irrigation, rendue possible par les abondantes sources d’origine karstique 2 ? Aucune étude concernant l’occupation du sol à Salasc sous l’Ancien Régime n’avait jusqu’à ce jour répondu à de telles interrogations. Pourtant, les archives fiscales de ce village héraultais, appartenant au diocèse de Lodève jusqu’à sa suppression en 1790 3 se prêtent à l’histoire agraire.
Le compoix de 1601 4, plus ancien document conservé à être exclusivement consacré au terroir de Salasc, est parvenu jusqu’à nous intact. Certes, les informations statistiques qui peuvent en être extraites sont inégales quant à leur précision. Il n’en reste pas moins que ce compoix constituera un excellent point de départ à notre étude 5. Les consuls l’ont utilisé jusqu’en 1791 6 pour calculer le montant des impositions foncières des personnes possessionnées à Salasc, époque à laquelle ont été confectionnés les états de sections qui l’ont relayé. Ce dernier document 7, malgré quelques lacunes dues à l’outrage du temps, vient clôturer les deux siècles couverts par notre étude. Entre le compoix et les états de sections, outre quelques sources non cadastrales, deux registres apportent des compléments. Le premier est le compoix du diocèse dont les quelques pages concernant Salasc ont été élaborées à partir de mesures effectuées sur le terrain en 1627 8. Le second document est un plan-terrier dressé en1766 9 à l’intention de l’évêque de Lodève, coseigneur du lieu conjointement au comte de Clermont 10. Bien que lacunaire, ce cahier de grand format, associant légendes et plans, contient des renseignements précis sur une partie du terroir.
La notion de terroir telle qu’elle est appréhendée ici doit être explicitée. Elle ne recoupe pas le sens que lui donnent les géographes d’aujourd’hui, qui préfèreraient employer le terme de finage. Pour notre part, nous considérons le terroir, selon la terminologie des compoix d’époque moderne, comme l’ensemble des terres dépendant du ressort d’une communauté. Dans le cas de Salasc, le terroir d’Ancien Régime correspond, à quelques nuances près, à la commune actuelle qui a cependant subi quelques amputations au XIXe siècle 11.
Les documents cadastraux nous permettront de mettre en évidence, d’une part l’évolution de l’espace bâti du terroir de Salasc entre le Moyen Âge et le début du XIXe siècle et, d’autre part, celle de la mise en culture aux XVIIe et XVIIIe siècles.
La configuration de l'espace bâti salascois
Bien que n’étant pas antérieurs au XVIIe siècle, les documents salascois de type cadastral permettent de mieux comprendre les siècles précédents, en particulier pour ce qui concerne les espaces bâtis. À l’époque moderne, outre quelques modestes bâtiments d’exploitation disséminés sur le terroir, les cadastres révèlent des constructions rassemblées en deux lieux : Salasc et Roques, seul véritable hameau de la juridiction de la communauté.
Roques comptait alors une dizaine de maisons. Ces habitations, auxquelles étaient affiliés des bâtiments d’exploitation tels que cazals, jasses et patus 12, étaient réparties, comme l’atteste l’observation des vieilles maisons actuelles, en trois quartiers distants d’une centaine de mètres les uns des autres. Le principal était le Mas de Roques alors que le Mas de Brengues, du nom de plusieurs propriétaires du cru mentionnés dans le compoix 13, et le Mas de Fouchoy ne comptaient chacun qu’une ou deux maisons. Roques correspondait donc déjà à la structure d’habitat relativement dispersé en hameaux que l’on retrouve du côté de l’Escandorgue sur l’autre rive du Salagou, vers Octon ou Mérifons, ainsi que, au sud-ouest, vers Valmascle.
En revanche, Salasc illustre le modèle d’habitat groupé typique du Biterrois. La soixantaine de maisons que comprenait le village aux XVIIe et XVIIIe siècles était agglomérée, ainsi qu’il ressort du plan-terrier de 1766 14. Une étude détaillée de ce cahier, complétée par d’autres documents et des observations sur le terrain, permet de mieux comprendre les différentes phases de l’expansion de Salasc avant la Révolution.
Il est malaisé de parler des origines du village. Comme Laurent Schneider l’a montré à la suite de prospections au sol, il est possible qu’un site antique se dissimule sous le village moderne 15. Toujours est-il que Salasc existait, probablement sur l’emplacement actuel, dès le haut Moyen Âge, ainsi que l’attestent les mentions dans les cartulaires médiévaux 16. Le groupe de maisons attenant à l’église paroissiale constitue sans aucun doute la partie la plus ancienne du village. Le plan de 1766 met bien en évidence sa forme de quadrilatère enserrant une placette intérieure (fig. 2). Les maisons y étaient déjà ouvertes vers l’extérieur, souvent avec des escaliers 17. Au Moyen Âge en revanche, l’insécurité des temps ne devait leur laisser d’issues que vers l’intérieur, les façades extérieures étant aveugles et munies d’un appareil défensif, comme le laisse deviner une portion de la muraille occidentale tardivement trouée par de larges portails (fig. 3). Les documents d’époque moderne nomment ce noyau la « Claustre » ou la « Clastre » 18, ce qui fait penser à la maison curiale ou claustrale 19 qui s’y trouve, mais aussi à une notion de clôture 20. Cet aspect fermé est attesté par des actes notariés concernant des parcelles dites « dans les murs anciens » 21, ainsi que dans le compoix de 1601 par la mention, dans les confronts de certains bâtiments de cet ensemble, de la « murailhe de la Ville » 22. Car, dans le plus ancien des documents cadastraux, si le « Tour de la Claustre » est le toponyme utilisé pour désigner certaines parcelles des environs, le vieux centre médiéval est appelé la « Ville », par opposition au « Barry » voisin 23.
Déjà en 1601, le Barry, ou faubourg, rassemblait l’essentiel des constructions, ne laissant qu’une dizaine de maisons et des bâtiments agricoles à l’intérieur des vieux murs (fig. 4). Cela revient à dire que, même si la Ville n’avait peut-être pas encore perdu son rôle de refuge, du fait des récentes guerres de religion pendant lesquelles Salasc, village catholique 24, avait été pris par les protestants 25, le croît démographique avait déjà nécessité la sortie de l’enceinte primitive. En effet, le nombre visiblement assez peu variable des maisons au cours des XVIIe et XVIIIe siècles et l’étude des confronts du compoix de 1601 révèlent que le faubourg avait, trois ans après l’édit de Nantes, une extension assez similaire à celle visible sur le plan de 1766. La plus importante expansion spatiale du village s’est donc produite avant le XVIIe siècle. Les dates tardives gravées au-dessus des portes de certaines maisons de ce quartier pourraient faire penser le contraire. Mais elles ne doivent pas être considérées comme celles de la construction des bâtiments en question. Il faut bien admettre qu’elles correspondent à des travaux de réfection car, sur le plan de 1766, étaient déjà représentées des maisons dont la datation sur la pierre ne remonte qu’à la fin du XVIIIe voire au début du XIXe siècle. Pour preuve, cette maison proche du four, datée de 1776 mais déjà existante en 1766 26 et dans laquelle Marie-Sylvie Grandjouan décèle même des vestiges du XVIe siècle 27. Il est donc certain, le compoix de 1601 l’atteste, que déjà au début du XVIIe siècle les maisons du Barry s’alignaient le long de la rue nommée à l’époque « Carriere Dreche » 28. Au nord, cette rue aboutissait sur le plan de 1766 à la place du bas du village, qui appartenait déjà à la communauté en 1688 29. A l’autre extrémité, la Carrière Dreche se prolongeait par le chemin de Clermont. Des bâtiments bordaient des deux côtés cet axe principal du Barry, sauf près de la Ville où leur alignement s’interrompt encore aujourd’hui d’un côté, laissant une place sur laquelle s’ouvre la demeure ayant servi de presbytère au XVIIIe siècle.
De nos jours encore, le faubourg n’est nulle part attenant à la Ville. Un glacis de plusieurs mètres de large a échappé aux constructions sur trois pans du quadrilatère primitif. Une telle particularité provient du fait qu’il s’agit d’un terrain communal, ce qui était déjà le cas au XVIIe siècle. En effet, la communauté possédait les anciens « fossés qui sont autour du petit enclos des maisons appel(l)é la Ville » 30, nommés « Caves 31 de la Ville » dans le compoix de 1601 32. L’origine de ce glacis, succédant aujourd’hui aux fossés, est donc défensive et sa cession à la communauté avant le XVIIe siècle doit être mise au compte d’une transaction entre l’autorité seigneuriale, jouissant de la prérogative militaire, et les représentants des villageois 33. Dans ce périmètre défendant jadis la Ville et inutilisé à l’époque moderne, les habitants avaient creusé des « crus à fumier » qu’il a fallu combler au XVIIIe siècle pour construire le Jeu de ballon 34, à l’ouest du vieux centre. Au sud également, si aucun document n’a permis de connaître l’utilisation des fossés à l’époque moderne, leur statut communal ne fait aucun doute 35. Il en va de même au nord, où la place avait déjà succédé aux fossés en 1688 36. À l’est, enfin, la surface n’est pas aujourd’hui aussi dégagée que sur les trois autres côtés de l’ancien noyau médiéval. Le glacis défensif y a pourtant été présent mais a disparu précocement au profit d’une rangée de maisons (fig. 5). Seule une étude concernant le statut juridique de cette zone permet de comprendre le cheminement entre l’abandon du système défensif et la situation actuelle.
Le côté est de la Ville est tout d’abord caractérisé par la présence de l’église. L’édifice doit être postérieur au quadrilatère de maisons, ce dernier préexistant peut-être sous la forme du site antique pressenti par Laurent Schneider 37. Cette postériorité expliquerait que l’église soit en saillie par rapport à la Ville, contrairement à la position centrale qu’elle aurait pu avoir dans un village d’origine ecclésiale. Près de l’église se trouve l’ancien four banal, à l’époque moderne indivis entre les deux coseigneurs 38, contre lequel la communauté construisit l’Hôtel de Ville au XVIIIe siècle. Ces deux bâtiments accolés sont au milieu de l’espace de l’ancien fossé, séparés aussi bien de la Ville que du Barry. Leur localisation n’a rien de surprenant. Les consuls y ont en effet édifié la maison commune, puisque l’ensemble des anciens fossés était juridiquement à leur disposition. De même, ..le four banal se trouve sur un terrain jadis affecté à la défense des villageois. Avec la construction de cet édifice, l’autorité seigneuriale a donc laissé cet espace à la disposition de tous. En revanche, à quelques mètres de là, face au chevet de l’église, le glacis est absent et n’a été à première vue remplacé par aucun édifice à vocation publique. À sa place, au contraire, un alignement de maisons, c’est-à-dire un terrain privé, de forme légèrement concave, ne laisse qu’un étroit passage contre le chevet de l’église. Ces maisons, comme l’a remarqué Laurent Schneider 39 ont dû se substituer aux anciens fossés dont elles épousent la forme présumée. Les documents cadastraux permettent de comprendre pourquoi seule cette partie de l’ensemble défensif a été aliénée au profit de particuliers. Les maisons en question figurent dans le cadastre de 1836 40, mais le plan de 1766 exclut les parcelles qui les supportent de l’espace représenté sur la feuille du village. Étant donné que toutes les maisons de Salasc mentionnées par la légende, conservée en entier pour cette partie du terroir, sont représentées sur le plan, il est certain que ces terrains n’étaient pas encore bâtis en 1766. Les parcelles étant numérotées selon un ordre logique, cet espace peut être assimilé à celles situées entre l’ancien cimetière 41, aisément localisable grâce au cadastre de 1836 42, et un vacant communal 43 correspondant à l’actuel Champ de la Ville qui confrontait les anciens fossés jusqu’à la vente de sa partie nord en 1883 44. Effectivement, entre le cimetière et le Champ de la Ville, la légende du plan de 1766 fait état de deux parcelles non bâties : un jardin et un pré appartenant au prieur 45. Il s’agissait, sous l’Ancien Régime, de biens ecclésiastiques revenant aux desservants successifs de l’église Saint-Génès voisine, de telle sorte qu’ils restaient vierges de toute construction. Les maisons qui s’y trouvent actuellement n’ont donc pu être bâties qu’à partir de la Révolution, lorsque le pré et le jardin du prieur furent vendus comme biens nationaux 46. Il reste maintenant à expliquer pourquoi cette partie des fossés n’est pas revenue, lors de l’abandon des fortifications et comme le reste du système défensif, à la communauté. Un certain nombre de facteurs ont dû favoriser la cession de ces parcelles au prieur. Il y a d’abord la proximité des édifices religieux : l’église d’un côté, le cimetière de l’autre, tous deux appartenant au Chapitre cathédral de Lodève 47. L’autorité militaire a dû accorder au prieur cette portion du système défensif quand la sécurité des temps ne justifiait plus son maintien, ce qui n’allait pas dans le sens d’une véritable aliénation d’un terrain à vocation communautaire. En effet, la cession d’un morceau du glacis défensif au prieur ne le soustrayait pas complètement à l’intérêt de tous, si l’on considère l’importance que recouvrait alors pour les villageois la fonction religieuse du bénéficiaire. En outre, en cas de nécessité, ces parcelles possédées par le prieur afin d’améliorer sa subsistance pouvaient rapidement être à nouveau transformées en glacis défensif. Ce n’est qu’à l’époque moderne que des attaques contre l’Église commencèrent à menacer l’intégrité de ces biens. Ce fut d’abord momentanément, lorsqu’ils furent cédés à des particuliers sur décision royale suite aux guerres de religion 48. Puis, les événements révolutionnaires rendirent possible une aliénation définitive des parcelles en question au profit de particuliers. Dès lors, cet espace proche du cœur du village ne fut plus protégé contre les constructions, à la différence des autres portions des anciens fossés, passées dans le patrimoine communal.
Il est possible à présent de retracer, presque exclusivement à partir des archives d’époque moderne, les grandes phases de l’expansion du village et de la réutilisation des anciens fossés, la documentation manquant cependant pour pouvoir avancer des dates précises. Salasc était à l’origine une petite forteresse quadrangulaire entourée d’un glacis défensif circulaire d’un diamètre assez régulier. Sa défense incombait alors certainement au seigneur de Salasc, c’est-à-dire selon l’époque : l’évêque, le laïc clermontais ou les deux à la fois. Puis, probablement au bas Moyen Âge, la fonction militaire perdit de son importance et les coseigneurs installèrent le four banal au beau milieu du glacis défensif. Les seigneurs absentéistes laissèrent même la jouissance du reste des fossés à la communauté, gardant seulement le four avec ses revenus banaux, cet édifice leur appartenant encore à la Révolution. Une parcelle fut cédée au prieur pour y faire son jardin, un espace restreint étant laissé à la communauté le long de l’édifice religieux pour servir de voie publique. C’est durant cette même phase, qui a pu durer plusieurs siècles que, selon la même logique, un patu jouxtant l’église a été cédé au Chapitre 49, permettant l’agrandissement de l’édifice aux dépens des fossés à partir du bas Moyen Âge 50. La partie communale des anciens fossés fut, quant à elle, d’abord utilisée assez anarchiquement par les villageois qui y entreposèrent leur fumier. Mais, peu à peu, l’espace fut aménagé par la communauté avec l’établissement précoce de la place publique puis, au XVIIIe siècle, de l’Hôtel de Ville et du Jeu de ballon. Dans le même temps, la croissance démographique avait nécessité le développement précoce d’un faubourg.
A côté de Roques et Salasc, un troisième centre d’habitat, mineur et éphémère, apparaît au cours du XVIIIe siècle. Il s’agit de l’écart du Mouly, devenu depuis la Mouline. En 1601, seul s’y trouvait un moulin à blé 51, ce qui y exclut tout habitat permanent. Au XVIIIe siècle, en revanche, plusieurs documents prouvent que le lieu est habité 52. L’importance des récoltes céréalières du terroir de Salasc justifie certainement l’occupation de cet écart.
La mise en culture du terroir aux XVIIe et XVIIIe siècles
Les documents cadastraux décrivent en effet un terroir à forte prédominance céréalière. Leur intérêt, s’il est remarquable pour l’étude des surfaces bâties, n’en est pas moindre pour celle des espaces strictement ruraux. Il faut cependant effectuer certaines manipulations avant de pouvoir discerner les dominantes de l’occupation agricole du sol.
Les cadastres permettent de percevoir la mise en valeur de l’ager et son évolution entre 1601 et 1791. Quelques approximations ne peuvent hélas être évitées, car les documents ne sont pas assez précis pour permettre de déduire la part inculte ou en bois d’un terrain partiellement cultivé. En outre, certains articles du compoix, comme des états de sections, concernent des associations culturales. Il s’agit de parcelles sur lesquelles coexistent, plutôt côte à côte que complantées, différentes espèces sans que la superficie et l’allivrement de chacune soient systématiquement détaillés. Il faudra donc toujours compter avec une marge d’approximation. Les trop multiples dénominations de parcelles ont été regroupées sous quelques vocables constituant chacun une catégorie culturale. Leur nombre a heureusement pu ne pas excéder la douzaine grâce à une double manipulation. Il a fallu d’une part créer une catégorie « champ, bois et inculte » regroupant les nombreux terrains liant un champ à au moins un terrain du saltus. D’autre part, plusieurs parcelles à composantes multiples ont été rangées dans la catégorie comprenant l’élément considéré comme dominant. Pour cela il a fallu vérifier sur le terrain les aptitudes pédologiques des parcelles posant problème. La localisation des terrains en fonction du nom de leur tènement, heureusement complété par les confronts pour le compoix de 1601, étant rarement assez précise, le rapport entre l’allivrement et la surface des terrains d’une même catégorie a été d’un précieux secours. L’allivrement moyen à l’hectare a donc été calculé pour l’ensemble des terrains mesurés et estimés de chaque catégorie. Chaque association a ainsi pu être rangée dans la catégorie à laquelle appartenait l’une de ses composantes, en fonction de la comparaison entre sa valeur à l’hectare et celle de la composante en question. Par la même occasion, on a pu découvrir une hiérarchie liée au rapport de chaque culture et à la qualité du sol la supportant. Seules quelques associations revenant souvent, comme celles combinant des champs à des cultures arrosées ou à des vignes, ont été conservées et assimilées à des catégories.
Après avoir effectué toutes ces manipulations, la somme des superficies des parcelles arpentées n’est que de 647,78 ha en 1601 et 627,97 ha en 1791, alors que le terroir de Salasc comptait à l’époque plus de 900 ha. Le croisement des différentes sources disponibles permet de découvrir la nature des quelques 300 ha manquants. Il s’agit de terrains incultes mis à la disposition de tous et correspondant aux « herbages (…) pour l’usage et l’entretien des bestiaux » dont disposait la communauté Certains articles du compoix de 1601 évoquent allusivement ces espaces dans les confronts d’autres parcelles par des expressions comme le « bouissas de Sainte-Coulastrine » ou les « rocs de Roquelare » 54 terrains qui n’apparaissent jamais en tant que tels dans le registre. Le compoix diocésain de 1627 est le document le plus approprié à la perception de ces communaux. En effet, s’il exclut les terrains les plus rocailleux, trop arides pour être de quelque revenu, il totalise 249,5 ha d’inculte, hermes exclus, et 160,17 ha de bois, à côté des composantes spécifiques de l’ager. La somme des surfaces recensées en 1627 est de 861,90 ha. En tenant compte des terrains rocailleux, laissés de côté, et des hermes, ces derniers étant arbitrairement mêlés aux champs et aux faregealz par les arpenteurs, et en comparant les chiffres avec ceux de l’ager en 1601 et en 1791, un total d’environ 350 ha de terrains incultes et 160 ha de bois peut être avancé pour le début du XVIIe siècle ainsi que pour la fin du XVIIIe.
Cet ensemble de terrains, constituant le saltus, était partiellement possédé par des particuliers, notamment les bois. Les garrigues et les rochers, espaces moins pourvus en végétation, étaient le plus souvent communaux. Les villageois s’y approvisionnaient en branchages pour le feu 55, en buis, plante aux utilisations multiples 56 et, surtout, y envoyaient paître leurs troupeaux. Les 82 chèvres de Salasc, redoutées pour leur voracité, furent en effet tolérées à condition de rester sur les hauteurs les plus arides, à la différence de communautés aux terroirs plus fertiles où leur interdiction fut renouvelée par l’ordonnance de 1753 57. Les chênaies étaient, quant à elles, plus spécialement destinées aux porcs 58. Les ovins, enfin, au nombre de 1 120 pendant la période révolutionnaire étaient menés dans les garrigues mais aussi, après les récoltes, dans les champs et les vignes 60 où ils concouraient, par leurs déjections, à la fertilisation du sol.
A côté du saltus, les conditions géologiques sont en effet favorables à l’existence d’un ager de près de 400 ha. Les champs y occupaient de loin la première place, soit plus de 300 ha en 1601 dont la plupart, ainsi que les plus fertiles, se trouvaient dans la plaine de Salasc (fig. 7), même s’ils étaient omniprésents dans l’ensemble du terroir. Un dénombrement des quantités de grains semées en 1758 donne une idée des espèces auxquelles ces champs étaient consacrés 61.
Même si le subdélégué Bonafous, commanditaire de l’enquête, considère les chiffres communiqués par les consuls comme sous-estimés, ceux-ci peuvent être lus comme des ordres de grandeur. Il en ressort une domination écrasante du « blé, froment ou touselle », côtoyé par de plus petites quantités d’autres céréales comme le seigle, l’avoine ou la paumelle. Outre les céréales, des espèces de légumineuses comme les pois chiches, pour lesquels Émile Appolis remarque que Salasc est dans la partie du diocèse où l’on en sème le plus, ou encore les vesces, sont recensées 62. Elles prenaient certainement place dans les champs, du moins sous forme de cultures dérobées sur la jachère triennale 63.
Après l’écrasante domination des céréales, le second type d’occupation de l’ager révélé par le compoix de 1601 est le vignoble, avec à peine 16 ha de vigne seule, chiffre qui peut être étendu à près de 40 ha au grand maximum, si l’on considère les autres parcelles comprenant une part en vigne. Ce vignoble réduit se trouvait essentiellement concentré en deux tènements. Il occupait, d’une part, un tiers environ des 16,68 ha de la Redonde, en aval de Salasc ; et, d’autre part, environ la moitié du graveleux Plo de Roques, ce qui contribuait encore au XVIIIe siècle à faire de ce tènement s’étendant entre le hameau du même nom et la rivière de Salagou « le principal et meilleur fond des vignes dud. Lieu » 64. D’autres vignes étaient disséminées dans le reste du terroir, en particulier sur les terrains calcaires et rocailleux de la Tiberenque et de ses environs, mais pour de bien moindres superficies.
Après les champs de céréales et la vigne, on s’attend à trouver les oliviers comme troisième élément de l’agriculture méditerranéenne traditionnelle. Or, à Salasc en 1601, ceux-ci ne se rencontraient que complantés dans des vignes ou des champs, sur quelques parcelles ne totalisant qu’un peu plus de 11 ha. En dehors de ce nombre dérisoire d’oliviers, les autres arbres fruitiers étaient trop peu nombreux pour constituer de véritables vergers. Tout au plus, peut-on retenir quelques pruniers, cognassiers et noyers, disséminés dans d’autres cultures et encadastrés seulement lorsqu’ils étaient proches des maisons. Il devait bien y avoir quelques autres arbres fruitiers dans la campagne, mais en nombre certainement trop dérisoire pour être pris en considération.
À côté d’un vignoble réduit et d’une arboriculture à l’état de traces, le terroir salascois se distingue par la relative importance des cultures arrosées. Celles-ci, fortement concentrées autour des maisons, occupaient très exactement 12 ha et 19 ares. Il faudrait y ajouter quelques ares de terrains partiellement cultivés sous forme de sebieres, c’est-à-dire d’oignonières 65, ces cultures arrosées étant les seules dont la surface n’a pas toujours été distinguée d’avec d’autres composantes par les arpenteurs. L’enquête de 1758 mentionne justement la présence d’oignons ainsi que celle d’autres plantes potagères comme les raves et les pommes de terre 66, espèce nouvelle faisant une timide apparition à Salasc et dans les terroirs environnants 67. Dans la catégorie des cultures arrosées entrent également les cambinieres ou chènevières ainsi que les ferratjals et, surtout, les prés qui, avec plus de 7 ha, constituent la principale espèce arrosée en 1601.
Après 1601, la documentation manque pour suivre avec précision l’évolution des surfaces et de la localisation des différentes composantes culturales du terroir de Salasc. En 1627, le compoix diocésain donne quelques indices, hélas très limités du fait du regroupement arbitraire d’éléments tels que les hermes et les champs. Sa fiabilité est, tout au plus, limitée aux vignes, dont on peut dire qu’avec 28,15 ha elles ne se sont pas étendues en un quart de siècle et ont même régressé. Il en est de même pour les olivettes, dont la rareté, voire l’inexistence, est confirmée par l’absence de mention dans le compoix diocésain.
Ensuite, et jusqu’à la seconde moitié du XVIIIe siècle, seuls les arrentements de la part de dîme revenant au Chapitre permettent de discerner la tendance de la mise en culture (fig. 8). Si les arrentements décimaux ne donnent aucun chiffre de superficie, ils tiennent certainement compte, avec un léger décalage dans le temps, de l’évolution de la production de telle ou telle denrée. La courbe de ces arrentements dépend donc, outre de la concurrence entre les fermiers postulants, des catastrophes diverses ou des bonnes années qui influent sur la quantité des récoltes. Mais elle traduit également, partiellement du moins, les avancées ou reculs de l’emprise d’une espèce donnée sur le terroir. Emmanuel Le Roy Ladurie a montré à quel point les dîmes permettent de percevoir l’évolution de la mise en culture des terres en Languedoc à l’époque moderne 68. Prenons donc les arrentements en nature des grains, du vin et de l’huile, lesquels s’entremêlent parfois dans des baux globaux, ou manquent pendant quelques années lorsque les archives du Chapitre n’ont pas été conservées 69. La production d’huile, dont aucun arrentement ne tenait compte aux alentours de 1601, ce qui confirme les conclusions tirées d’après le compoix, n’apparaît que dans les baux du milieu du siècle. Le fait qu’elle soit payée en vin, conjointement à celle du fruit du vignoble, fait pencher pour une oliveraie toujours dérisoire. Il n’en reste pas moins que de véritables olivettes ont dû être plantées à Salasc peu avant 1650. Les arrentements du vin et de l’huile, partis vers 1650 d’un niveau très proche de celui du début du siècle, augmentent régulièrement en valeur jusqu’en 1667, date à laquelle ils sont mêlés à ceux des grains et perçus sous forme de céréales. La production des cultures arbustives a donc été freinée dans la première moitié du XVIIe siècle. La mortalité due à la peste de 1630-1631, aux conséquences dévastatrices sur le long terme mises en évidence par Emmanuel Le Roy Ladurie pour les communautés pauvres du Lodévois 70, doit être pour beaucoup dans le retard du démarrage de la poussée de la vigne à Salasc. Mais, contrairement à d’autres contrées lodévoises, on ne constate à Salasc qu’un simple retard, puisque l’expansion reprend comme dans l’ensemble du Languedoc dans la seconde moitié du XVIIe siècle. En effet, dès 1648, la dîme des grains, dont le niveau était alors inférieur à celui du début du siècle, augmente rapidement. La hausse continue lorsque lui est adjointe la dîme du vin et de l’huile. Entre 1648 et 1657, la part des chanoines en blés s’est accrue de près de 52 % alors que celle du vin, puis du vin et de l’huile, a connu une progression de 40 % entre 1649 et 1658. Une telle augmentation de la production du terroir est probablement à mettre sur le compte d’une reprise démographique consécutive à la peste de 1630-1631. Cette reprise a mené la production et, par conséquent, l’espace cultivé, à des limites supérieures à celles du début du XVIIe siècle. Après 1650, l’étendue des terrains du saltus a donc dû se réduire par rapport aux chiffres calculés d’après le compoix de 1601 ou le compoix diocésain de 1627, les moins infertiles des hermes étant défrichés et cultivés.
Mais, vers 1660, le maximum de la mise en culture du terroir semble atteint, puisque les arrentements de la dîme des grains, malgré l’adjonction de ceux du vin et de l’huile, n’augmentent pas notoirement. Dès les années 1670, ils commencent même à décliner, certainement du fait de l’épuisement du sol sur les terrains médiocres récemment défrichés, phénomène observé en Provence à la même époque par René Baehrel 71. Ce processus conduit rapidement à l’abandon des terrains en question, souvent en pente et, donc, sensibles à l’important coefficient de ravinement propre au climat méditerranéen. Malgré une remontée de la courbe peu avant 1710, une nouvelle chute révèle la dureté et la durabilité de la crise. La disparition de l’huile dans les arrentements à partir de 1710 permet d’expliquer ce nouveau déclin par le grand froid de 1709 qui, comme partout ailleurs, a détruit les oliviers. Jusqu’à la fin de sa perception en nature en 1771, la dîme salascoise stagne à un niveau proche de celui qui était le sien au début du XVIIe siècle. Les effets de la poussée des années 1640-1660 ont donc été anéantis par la crise marquant la charnière des XVIIe et XVIIIe siècles. À la différence du reste du Languedoc, où la croissance reprend généralement dès avant le milieu du XVIIIe siècle, l’évolution de la mise en culture du terroir salascois est telle que, en 1791, lorsque sont élaborés les états de sections, l’ager occupe une étendue proche de celle de 1601.
L’évolution bi-séculaire a cependant amené quelques différences, tant au niveau de l’étendue des différentes cultures que de leur localisation. Les champs, tout d’abord, même s’ils restent la principale composante de l’ager, ont reculé. Les 210 ha de champs seuls auxquels peuvent être ajoutés une cinquantaine d’hectares où cette composante cohabite avec d’autres sont loin d’atteindre le minimum de 300 ha qu’ils occupaient en 1601. En 1791, les céréales concernent donc tout au plus 230 à 240 ha. Sur les pentes, le recul des champs n’a que partiellement profité à la friche. En effet, les tènements peu fertiles, comprenant désormais une surface en champs inférieure à celle de 1601, ont été partiellement colonisés par d’autres espèces.
À Mon Mas, par exemple, tènement en pente au sol calcaire et rocailleux, outre l’extension des terres incultes et celle plus modérée des bois, sont apparus 3,38 ha de genêts et 4,73 ha de vigne. Les genêts, espèce à vocation textile encadastrée pour la première fois en 1766, couvrent environ 45 ha en 1791 et suppléent quelque peu au déclin du chanvre d’autant plus qu’ils ne demandent ni irrigation ni fertilité du sol 72. Ils s’adaptent donc tout particulièrement aux arides ruffas. Au Bosc de Roques, autre tènement pentu, les vignes, encore rares en 1601, se sont depuis multipliées sous forme d’étagères de cultures. En 1747, Jacques Vernhes, de Roques, y reçoit à ferme une parcelle dont il doit « entretenir le j(e)une plantier de vigne » et employer les pierres qu’il y trouvera « à construire des murailles pour soutenir la terre » 73. La vigne, parallèlement à la colonisation de ces coteaux, est également demeurée dans ses anciennes implantations de la plaine mais a régressé ailleurs, notamment dans les dolomies particulièrement arides de la Tiberenque. Aussi s’étend-elle toujours, comme en 1601, sur un peu moins de 40 ha, entre 38 et 39 ha exactement.
L’autre culture arbustive que constitue l’olivier a, elle aussi, décliné par rapport à sa déjà médiocre implantation de 1601, malgré sa légère et éphémère percée de la seconde moitié du XVIIe siècle. Les oliviers ne poussent plus que sur 1,69 ha de terrain, encore ne s’y trouvent-ils que complantés. Si l’on tient compte des deux autres parcelles où poussent, pour l’une quelques mûriers et pour l’autre quelques amandiers, force est d’admettre que, malgré de possibles omissions de la part des arpenteurs, il n’existe toujours pas en 1791 de verger salascois. En s’en remettant aux conclusions de Paul Marres qui, au début du XXe siècle, constate encore la rareté des oliviers dans la plai-ne de Salasc, cette indigence peut être expliquée par une mau-vaise exposition, trop soumise à la froideur du vent du nord 74.
Les cultures arrosées, enfin, doivent être étudiées séparément les unes des autres du fait de leurs évolutions divergentes entre 1601 et 1791. Les chènevières, avec moins d’un hectare, ont régressé même si Salasc reste l’un des villages du Lodévois où l’on cultive le plus de chanvre 75. Les jardins continuent pour leur part à occuper 2 ha environ. Comme pour les chènevières, les besoins en eau, en fertilisant et en main-d’œuvre justifient leur localisation à proximité des maisons. Mais, à la différence du compoix de 1601, d’après lequel presque toutes les cultures arrosées étaient concentrées près des maisons de Salasc et de Roques, certaines d’entre elles se cultivent désormais plus loin dans le terroir. Il s’agit des prés qui, visiblement, ne trouvent plus assez de place aux alentours des espaces bâtis. Ils ont triplé leur superficie par rapport à 1601, atteignant une vingtaine d’hectares en 1791. Certains sont encore proches des maisons avec les autres cultures arrosées, cependant que d’autres profitent d’une probable extension du réseau d’irrigation dans la plaine de Salasc. Le compoix de 1601 faisait déjà état dans ses confronts de « vies de l’aigue », notamment à Roques et à Salasc où celles-ci révélaient le captage des abondantes sources en un réseau d’irrigation précocement élaboré. Mais au XVIIIe siècle, ce réseau a dû être amélioré, notamment par le détournement du Valat de la Treilhe, qui était encore dans les mémoires pour permettre d’inscrire son ancien tracé sur le plan terrier élaboré en 1766 76. Aussi, ce même plan révèle-t-il le mitage de l’espace céréalier et, dans une moindre mesure, viticole de la plaine de Salasc par des prés et quelques autres cultures irriguées ? Cette extension des prés, complétée par la timide apparition d’espèces nouvelles comme la luzerne et le sainfoin, a dû profiter au cheptel, en particulier au bétail équin et bovin de travail.
Entre 1601 et 1791, donc, si aucune expansion durable de la vigne ou de l’olivier n’a pu s’opérer, si les céréales ont reculé, l’évolution bi-séculaire a surtout permis une meilleure utilisation des ressources hydriques en vue d’une amélioration de l’alimentation du bétail.
L’analyse statistique des anciens cadastres salascois permet donc d’éclaircir un certain nombre de points en ce qui concerne l’occupation du sol de ce terroir du pays des ruffes.
L’espace bâti, d’abord, resté toujours extrêmement minoritaire à l’échelle d’un terroir dépassant largement les 900 ha, a peu évolué au cours de l’époque moderne. La plus grande expansion spatiale du village fut incontestablement médiévale, lorsque la petite forteresse primitive vit un faubourg croître au-delà de ses fossés tandis que ceux-ci devenaient de moins en moins nécessaires. À l’époque moderne, en revanche, seuls quelques travaux visant à la réutilisation non militaire des alentours des vieux murs attirent l’attention.
Le reste de l’étendue du terroir, c’est-à-dire les espaces agricoles ou agro-pastoraux, se caractérise par un certain conservatisme au long des XVIIe et XVIIIe siècles, malgré une importante mais éphémère croissance de l’espace cultivé au milieu du XVIIe siècle. Comparée à la poussée viticole générale en Bas-Languedoc au XVIIIe siècle 77 la persistance d’un vignoble marginal tout au long de l’Ancien Régime est frappante. Au lieu de développer les cultures commerciales, les Salascois ont privilégié leur vitale agriculture céréalière grâce à la fertilité des sols de la plaine. En plus du cheptel ovin et caprin nourri sur les arides ruffes et les autres terrains de garrigue, ils se sont souciés de leur bétail de trait dont ils ont amélioré l’alimentation grâce à l’irrigation de nouvelles parcelles. Ce phénomène de multiplication des prés est d’ailleurs la seule évolution réellement positive, à côté de l’introduction du genêt d’Espagne qui constitua plutôt un palliatif au retour de la friche sur des terrains arides rapidement usés par la céréaliculture.
La mise en culture du terroir de Salasc à l’époque moderne est donc étroitement liée à sa situation géographique. Mais la tendance agro-pastorale des montagnes voisines semble primer sur le développement viticole des régions languedociennes moins éloignées du littoral. D’autres aspects que ceux qui viennent d’être abordés vont également dans le sens d’un certain conservatisme et d’une stagnation économique. Ils méritent d’être étudiés de plus près avant de pouvoir avancer de nouvelles conclusions sur la conjoncture économique de la haute vallée du Salagou à l’époque moderne.
Notes
1. Carte géologique de la France au 1/50 000e, feuille de Lodève, Orléans, Éditions du BRGM, 1982.
2. Écologistes de l’Euzière, « La géologie de l’Hérault », Cahier de Cuculles, n° 3, 1991, p. 73.
3. Abbé Gérard Alzieu, « Le diocèse de Lodève et ses évêques », Un diocèse languedocien : Lodève Saint-Fulcran, 1 000 ans d’histoire et d’archéologie, Millau, Imprimerie Maury, 1975, p. 86.
4. ADH, Salasc CC 1.
5. Cet article résume quelques-uns des aspects mis en évidence par notre mémoire de maîtrise, Un terroir du Lodévois à l’Époque Moderne : occupation du sol et aspects de la vie agricole à Salasc aux XVIIe et XVIIIe siècles (1601-1791), présenté en 1996 à l’Université Paul Valéry de Montpellier sous la direction de Monsieur le professeur François-Xavier Emmanuelli.
6. Ainsi qu’il ressort des mutations foncières portées en marge.
7. ADH, Salasc 1 G 1.
8. ADH, Lodève CC 28, fos 550-563. Pour plus d’informations concernant le compoix diocésain, voir Émile Appolis, Un pays languedocien au milieu du XVIIIe siècle, Le diocèse civil de Lodève, étude administrative et économique, Albi, Imprimerie Coopérative du Sud-Ouest, 1951, p. 278-284, ou « Les compoix diocésains en Languedoc », tiré à part des Cahiers d’Histoire et d’Archéologie, 1946, p. 4-6.
9. ADH, Salasc CC 2.
10. Émile Appolis, op. cit., p. 23.
11. Ainsi que l’atteste la délimitation contenue dans le compoix diocésain (f° 551 r° 552 V°), laquelle intègre dans la communauté quelques dizaines d’hectares passées depuis dans les communes d’Octon et de Mérifons.
12. Selon Frédéric Mistral, Lou Tresor dou Félibrige ou dictionnaire provençal-français, Aix, Remondet-Aubin, 1878 et Paul Cayla, Dictionnaire des institutions, des coutumes et de la langue en usage dans quelques pays de Languedoc de 1538 à 1648, Montpellier, Imprimerie P. Dehant, 1964, on peut comprendre ces termes comme suit : Le cazal est un bâtiment agricole couvert en état souvent médiocre. La fasse est une bergerie. En ce qui concerne le patu, au sens de fosse à fumier avancé par Adolphe Crémieux, La vie politique et économique à Clermont-l’Hérault au XVIIe siècle, Montpellier, 1949, p. 149, pour les compoix de Clermont devra être préféré pour Salasc celui d’entrepôt non couvert jouxtant une maison.
13. ADH, Salasc CC 1, en particulier les folios 300 et suivants.
14. ADH, Salasc CC 2, plan du village.
15. Laurent Schneider, Première approche des structures de peuplement dans les campagnes du Lodévois et du Biterrois nord-oriental, Ve-XIIIe siècles, mémoire de maîtrise, dactylographié, Université Paul Valéry Montpellier III, 1989, p. 291.
16. Mentions énumérées par Franck R. Hamlin, Les noms de lieux du département de l’Hérault, Nouveau Dictionnaire topographique et étymologique, Nîmes, Lacour, 1983, réimpression 1988, ouvrage non paginé, article Salasc.
17. ADH, Salasc CC 2, plan du village.
18. ADH, Salasc BB 1 et BB 2, passim.
19. Émile Appolis, op. cit., p. 88 la maison curiale est appelée claustre.
20. Laurent Schneider, « Le rôle des dépendances monastiques dans la morphogenèse villageoise du Languedoc central », Morphogenèse du village médiéval, IXe-XIIe siècles, Actes de la table ronde de Montpellier, 22-23 février 1993, Cahiers du Patrimoine, n° 46, Millau, Imprimerie Maury, 1996, p. 236, évoque les différents sens possibles du terme claustre.
21. Notamment ADH, 2 E 41/95, minute de Duguiès, f° 74 r°, acte du 25 août 1757 et 2 E 41/97, f° 102 r°, acte du 2 septembre 1775.
22. ADH, Salasc CC 1, passim.
23. Ibidem.
24. Cf. notamment ADH, G 4436. Procès-verbaux des visites pastorales de Jean de Plantavit de la Pause, copie de Lugagne en 1873, f° 88.
25. Ernest Martin, Histoire de la ville de Lodève depuis ses origines jusqu’à la Révolution, Montpellier, Serre et Roumégous, 1900, vol. 1, in 8°, p. 32-33.
26. ADH, Salasc CC 2, plan du village.
27. Documentation Inventaire Général, DRAC Languedoc-Roussillon, maison n° 6 (AB 162 sur le cadastre) ; informations aimablement communiquées par Marie-Sylvie Grandjouan.
28. ADH, Salasc CC 1, passim.
29. ADH, C 2966, Amortissements, diocèse de Lodève, f° 222 r°, 2 mai 1688.
30. Ibidem.
31. Émile Appolis, op. cit., p. 49 à Saint-Saturnin, une partie des fossés porte également « le nom significatif des Caves ».
32. ADH, Salasc CC 1, passim.
33. Comme Émile Appolis, op. cit., p. 202, l’a mis en évidence pour d’autres droits seigneuriaux concédés.
34. ADH, Salasc BB 2, délibération du 28 février 1762.
35. ADH, C 2966.
36. Ibidem.
37. Laurent Schneider, op. cit., p. 291.
38. ADH, Salasc 1 G 1, nos 96 et 97.
39. Laurent Schneider, op. cit., p. 290.
40. ADH, 3 P 3720, plan cadastral.
41. ADH, Salasc CC 2, n° 522.
42. ADH, 3 P 3720.
43. ADH, Salasc CC 2, n° 519.
44. ADH, 2 O 292/8, vente d’une partie du Champ de la Ville, 1883.
45. ADH, Salasc CC 2. Parcelles nos 520 et 521.
46. ADH, Q 241, Biens nationaux.
47. ADH, Lodève CC 28, f° 557.
48. ADH, 2 E 26/302, minute de Forest, f° 10 v°- 11 v°, acte du 25 mars 1631. Sur ce point, cf. Emmanuel Le Roy Ladurie, Les Paysans de Languedoc, Paris, SEVPEN, 1966, p. 359-371.
49. ADH, Lodève CC 28, f° 556 v° : en 1627, le Chapitre possède un patu jouxtant l’église.
50. Maurice de Dainville, « Les églises romanes du diocèse de Montpellier », Monspeliensia, t. II, Montpellier, Imprimerie de la Charité, 1935-1940, p. 191.
51. ADH, Salasc CC 1, f° 221 r° et 225 v°.
52. En particulier ADH, 2 E 31/3, minute d’Alquier, f° 176 v°, acte du 5 décembre 1785.
53. [APPEL MANQUANT] ADH, C 2966.
54. ADH, Salasc CC 1, passim.
55. ADH, Salasc BB 2, délibération du 12 frimaire an 3.
56. Espérance Bellis, « Le buis à Salasc », Bulletin du GREC, n° 19, p. 13-17; n° 20, p. 28-29; n° 21, p. 17-21, 1981.
57. ADH, C 2842, Dépaissance des chèvres. Le problème des chèvres dans le diocèse de Lodève est présenté par Émue Appolis, op. cit., p. 447-449.
58. Plusieurs baux de terres prévoient en effet un statut particulier aux glandages ; notamment ADH, 2 E 41/90, minute de Duguiés, 1° 98 r°-99 r°, acte du 17 novembre 1748 : un bail de ressources végétales à destination de bestiaux contient une clause incluant « le glandage de tous (l)es chesnes ».
59. [APPEL MANQUANT] ADH, Salasc BB 2, délibération du quinzième jour du second mois de l’an 2.
60. Par exemple, ADH, Salasc BB 1, délibération du 19 septembre 1734 : l’accès des troupeaux aux vignes n’était interdit que « jusques a la vandange ». Sur ce point, cf. Émile Appolis, « La question de la vaine pâture en Languedoc au XVIIIe siècle Annales Historiques de la Révolution Française, n° 86, mars-avril 1938.
61. ADH, C 2905, État des grains semés dans les communautés du diocèse de Lodève, f° 36, fait à Salasc le 28 mars 1759.
62. Pour plus de précisions concernant les noms et quantités des espèces semées à Salasc, se reporter à Émile Appolis, op. cit, p. 399 et suivantes.
63. Émile Appolis, op. cit., p. 389.
64. ADH, Salasc BB 1, délibération du 20 juin 1734.
65. Frédéric Mistral, op. cit, donne en effet ce sens à un terme occitan qu’il orthographie cebieiro.
66. ADH, C 2905.
67. Émile Appolis, op. cit., p. 412.
68. Emmanuel Le Roy Ladurie, Les Paysans de Languedoc, Paris, SEVPEN, 1966.
69. ADH, Série G, archives du Chapitre Cathédral de Lodève.
70. Emmanuel Le Roy Ladurie, op. cit., p. 422 et suivantes.
71. René Baehrel, Une croissance : la Basse-Provence rurale (fin du XVIe siècle-1789), Paris, SEVPEN, 1961, p. 104-106.
72. Émile Appolis, « La fabrication des toiles de genêt dans le Lodévois au XVIIIe siècle », Bulletin de la Société Languedocienne de Géographie, 2e série, t. XI, 1940, p. 42-48.
73. ADH, 2 E 41/95, minute de Duguiés, f° 48 v°-49 v°, acte du 12 juin 1747.
74. Paul Marres, « Le Lodévois », Société Languedocienne de Géographie. Bulletin, t. XLVII, 1924, notamment p. 215.
75. Émile Appolis, op. cit., p. 413.
76. ADH, Salasc CC 2, plan.
77. Jean-Jacques Vidal, « L’époque moderne », in L’Hérault de la Préhistoire è nos jours, ouvrage collectif, sous la direction de Gérard Cholvy, Saint-Jean-d’Angély, Éditions Bordessoules, 1993, p. 276-277.
