Les Templiers de Tiveret (commune de Cabrières Hérault)

L’objet de cette note 1 est de fournir quelques renseignements sur un établissement de l’ordre du Temple, qui était resté méconnu 2 par suite d’une localisation imprécise, due à la mauvaise lecture d’un nom de lieu.

Le Dictionnaire topographique de l’Hérault3 cite une mention de 1323, (eccl. de Crozis seu de Tinereto), qui, telle qu’elle a été transcrite, pourrait laisser croire que l’église de « Tineret » est identique à celle des Crozes, hameau de la commune de Cabrières. En réalité, comme nous le verrons plus loin, le nom de lieu « Tinereto » aurait dû être lu Tivereto (avec un v à la deuxième syllabe et non un n) et l’église correspondante ne saurait être confondue avec celle de Saint-Martin-des-Crozes.

Le même nom de lieu est mentionné dans une charte de 1184 qui a été publiée par M. Clovis Brunel 4 et c’est sans doute le texte de 1323 qui a induit l’éditeur à lire « Tineret », alors que le manuscrit original, que j’ai examiné aux archives départementales de la Haute-Garonne, porte, par deux fois, Tiveret : al maio de Sancta Maria de Tiveret et B. prior de Tiveret5 Cette graphie est confirmée non seulement par un texte du Cartulaire d ‘Aniane et de Gellone 6 où il est question dès 1174 de l’église Sancte Marie de Tiveret, mais encore par la carte de Cassini qui donne au même lieu le nom de Tiveret. Du reste, comme je l’ai constaté sur place, la prononciation actuelle est Tibérét. La localisation proposée par le Dictionnaire topographique, à savoir Saint-Martin-des-Crozes, a ensuite amené l’éditeur à identifier comme suit le même lieu : « Tineret, commune de Saint-Martin-des-Crozes ». Comme nous l’avons vu, le nom de « Tineret »n’existe pas. Quant à la ferme, aujourd’hui en ruines, de Tiveret, elle est située dans la commune de Cabrières, à trois kilomètres environ du hameau des Crozes où se trouve une église consacrée à saint Martin (cf. plan de situation, figure 1).

TIVERET et ses environs
Fig. 1 TIVERET et ses environs. 1. Les Crozes - 2. Le Temple - 3. Château de Cabrières - 4. Tènement des Mounios - 5. Ruisseau des Pistrous
Église de Tiveret Chapiteau de la nef
Fig. 2 Église de Tiveret Chapiteau de la nef
Le château de Cabrières, vu du sud
Fig. 3 Le château de Cabrières, vu du sud. Les cercles blancs indiquent, de droite à gauche, l'emplacement du puits, de la première église, de la seconde église et du bâtiment à opus spicatum
Saint-Roman-de-Cabrières... la première église
Fig. 4 Saint-Roman-de-Cabrières... la première église
Maison du barri de Cabrières
Fig. 5 Maison du barri de Cabrières

La charte de 1184 est par ailleurs très intéressante car elle indique qu’il y avait à Tiveret à la fin du XIIe siècle un établissement des Templiers relativement important : il était qualifié de maio et il avait à sa tête un prieur, c’est-à-dire, dans ce cas, d’un commandeur local, assisté de quelques frères ou donats, ainsi que le laisse entendre le texte : Et aquest solvement et aquest do sobredig… los qualz ai donatz ab me medeis per fraire a Deu et a la maio de Sancta Maria de Tiveret (lignes 5-7). Le souvenir de cette « maison » n’est pas complètement aboli dans la commune de Cabrières. A 1 km au nord de Tiveret, la ferme du Temple conserve le nom de ses anciens propriétaires. D’autre part, à Tiveret même subsiste une partie de l’église, notamment un chapiteau de la nef (romain, figure 2) et les substructions de l’abside arrondie.

Ainsi que l’indique encore la charte de 1184, le membre de Tiveret était rattaché à la commanderie principale de Sainte-Eulalie-de-Cernon (Aveyron) par l’intermédiaire de la commanderie secondaire de Lodève, puisque la donation a été faite a Lode vae la cort del Templo, dans les mains de B. Eschafre maistre de la maio de Sancta Eulalia. La commanderie de Lodève, dont l’existence est aussi attestée par une autre charte de 1185 7 était devenue au XVIIIe siècle une simple dépendance de Sainte-Eulalie. 8 Entre temps, elle avait toutefois joué un rôle un peu plus important : outre Tiveret et Clermont-l’Hérault, 9 elle administrait, semble-t’il au début du XIVe siècle, le château et le domaine de la Couvertoirade.(Aveyron). Cette dernière supposition est basée sur le fait que dans l’inventaire de la commanderie de Sainte-Eulalie, dressé lors de la suppression de l’ordre du Temple, 10 il n’est pas question de la Couvertoirade. Il est probable que cet établissement était alors rattaché à la commanderie de Lodève dont la prospérité n’a été, de toute manière, que de courte durée, à en juger par le petit nombre de documents qui la concernent.

Dans la charte de 1184, il est question d’un personnage nommé B. de Cabreira, qui est cité immédiatement après B. prior de Tiveret. Dans ce cas, Cabreira ne désigne pas une localité située « vers Sainte-Eulalie », mais plus vraisemblablement la puissante forteresse de Cabrières qui se dresse à 1 km au nord-est de Tiveret. Signalons, à ce propos, que ce château célèbre, qui est mentionné au VIe siècle par Grégoire de Tours (castrum nomine Caprariam) et qui fut par la suite le chef-lieu d’une viguerie carolingienne (suburbium Caprariense), 11 enferme encore de remarquables vestiges archéologiques dont l’étude mériterait d’être précisée par des fouilles méthodiques. (figure 3) Outre les fragments d’amphores italiques, de tegulae gallo-romaines et de céramique sigillée que j’ai recueillie dans les éboulis et qui attestent une occupation du site bien antérieure à l’époque mérovingienne. Il faut noter sur la plate-forme supérieure la citerne pratiquement intacte de l’angle sud-ouest (avec son enduit caractéristique de crémade, à base d’argile brûlée), de nombreuses substructions et des remparts assez ,bien conservés ; ensuite, en contrebas, du côté de l’est, le puits de section carrée qui a été creusé sous un auvent rocheux ; enfin, sur la pente sud, deux églises, dont la plus ancienne, 12 située non loin du puits, présente sur son mur méridional un appareil en arêtes de poisson, (figure 4) appareil que l’on retrouve sur les ruines d’un bâtiment adossé directement au rocher, (figure 5) à peu de distance de la seconde église, 13 au-dessous de l’angle sud-ouest du château. A une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Cabrières on peut voir encore les ruines d’un autre château fort qui a été nommé par référence à son illustre voisin et qui a été indirectement mentionné plus haut (note 7). Il s’agit de La Roque de Cabrerolles (Caprairolas en 987) qui englobe dans ses murs une église romane dont le plan – abside arrondie prolongeant sans décrochement extérieur les murs de la nef (figure 6) – se retrouve dans quelques châteaux du Midi de la France. 14 Comme l’indique le manuscrit de 1758 déjà cité (note 8), l’église de Notre-Dame de la Roque, ainsi que les « vestiges d’un ancien fort ou maison » situés « contre icelle » appartenaient au XVIIIe siècle à l’ordre des Hospitaliers et dépendaient alors de la commanderie de Grézan (commune de Laurens, Hérault).

Cabrerolles... Notre-Dame de la Roque
Fig. 6 Cabrerolles... Notre-Dame de la Roque

La maison du Temple de Tiveret ne semble pas avoir duré bien longtemps, car une donation rédigée en 1224 dans le château même de Cabrières (factum est oc apud castrum Caprarie) et portant sur un emplacement à bâtir (unum locale) situé au pied du rocher (in barrio castri de Caprariaconfrontatur a circio in rupe castri prédicti) a été consentie non pas au commandeur de Sainte-Eulalie mais à Bernard de la Case, précepteur des Templiers de Pézenas, sans qu’il soit question du prieur de Tiveret. 15 Deux autres donations de la même époque (1239 et 1242), qui concernent également des biens situés dans la paroisse de Saint-Roman-de-Cabrières, ont aussi pour unique bénéficiaire les Templiers de Pézenas. 16 Il est donc probable que dès le XIIIe siècle le membre de Tiveret ne jouait qu’un rôle très secondaire, bien qu’un commandeur de Cabrières soit encore mentionné en 1245. 17 Cela signifie sans doute que, dès le XIIIe siècle, la commanderie de Cabrières, c’est-à-dire la maison de Tiveret, n’était plus qu’une simple dépendance de la commanderie de Pézenas et perdait peu à peu son autonomie. Au XVIIIe siècle, en tout cas, ni le nom de Cabrières, ni celui de Tiveret ne sont inscrits dans l’inventaire des possessions de l’ordre de Malte. 18

Essayons maintenant d’élucider le sens du toponyme Tiveret. Le problème que pose ce nom de lieu est particulièrement intéressant, puisqu’il remet en question, comme on va le voir, deux articles du FEW de M. W. von Wartburg, Dans cet ouvrage, en effet, l’auteur considère que le mot tiure, qui, en ancien provençal et aussi dans certains dialectes languedociens, 19 désigne le « tuf calcaire », vient d’une forme hypothétique *tibure, pour *lapis de Tibure, c’est-à-dire « pierre de Tibur », d’où a été tiré le mot travertin (de l’italien travertino, remontant à lapis Tiburtinus), alors que tuber, ou plus exactement sa variante tufer, ne serait à l’origine que des mots apparentés à truffe. Comme le mot latin suber donne normalement en ancien provençal siure « liège », 20 il est permis toutefois de penser, avec J. Ronjat, 21 que Tiure remonte légitimement à tuber, sans qu’il soit nécessaire de restituer un étymon problématique, ce qui est le cas pour *tibure. Le passage sémantique d’« excroissance » à « tuf » est compréhensible, puisque les sources qui tuffent forment un bourrelet minéral, qui augmente sans cesse de volume. Dans ces conditions Tiveret, et aussi Tibéret – conformément à la prononciation locale actuelle – serait le continuateur normal de *Tuberetu (m), accentué sur la troisième syllabe, tandis que tubere (m), accentué sur la première syllabe, aurait donné non moins normalement tiure, avec vocalisation du groupe -b (e) r- et dissimilation du ŭ, issu du u long latin, en i, exactement comme dans suber) siure22 Dans *Tuberetu (m), le b latin intervocalique serait devenu un v provençal ( comme caballum ) caval), avec passage du u protonique à i23 d’où la forme du XIIe siècle Tiveret, qui donne plus tard Tiberet, par suite de la confusion du b et du v que l’on observe dans cette région occidentale de l’Hérault, et qui doit être francisée en Tiveret24 Tiveret signifierait donc « l’endroit où il y a du tuf » et cette interprétation semble justifiée par le fait qu’il y a réellement au-dessous de la ferme de Tiveret d’épais bancs de tuf déposés par les eaux de la source qui jaillit à proximité de l’ancienne église. 25

Sur le même plan toponymique, remarquons enfin que le ruisseau qui coule entre le château de Cabrières et Tiveret s’appelle Les Pistrous (francisé en « Pitrous », sans accent circonflexe sur l’i), alors que le versant nord de cette petite vallée, c’est-à-dire le tènement situé entre le château et le ruisseau, est dénommé Mounios. L’examen de ces deux noms de lieu montre qu’ils ont la même signification, mais qu’ils ont été formés à des époques différentes. En effet, si Mounios remonte au pluriel de molinariu (m), devenu *molnariu, puis *monnariu (cf . le toponyme rouergat Le Monna, commune de Millau, dont la forme est Lo Molnar en 1198), avec traitement local de –ariu (devenu –ier, puis –io par confusion avec les continuateurs des suffixes en –ia) et signifie donc « les meuniers », Pistrous est parallèlement la suite du mot latin pistore (m) qui est à l’origine de l’ancien provençal pestre ou pistre (pestor ou pistor au cas régime), qui signifie « boulanger ». Toutefois, dans le cas précis, il semble que ce dernier mot ait conservé son sens primitif de « broyeur de grain », c’est-à-dire de « meunier » – plutôt que de « boulanger » – et qu’il soit donc l’exact synonyme de Mounios. Nous aurions donc affaire à deux couches toponymiques successives, l’une celle de Pistrous, remontant à l’époque romaine ou, au plus tard à l’époque latine, tandis que l’autre, celle de Mounios, daterait du Moyen âge, ce qui correspondrait aux deux étapes archéologiques de l’occupation du rocher de Cabrières, que nous avons notées plus haut. De toute manière, Pistrous et Mounios exprimeraient une seule et même réalité, à savoir l’existence d’anciens moulins à eau, aujourd’hui disparus. 26 Il est probable que ces moulins étaient établis sur les petites chutes d’eau que forme le ruisseau, au-dessous du château de Cabrières et en aval de Tiveret.

N. B. – Ce petit travail de mise au point doit beaucoup à M. Joseph Inquimbert, de Cabrières , qui s’est fait un plaisir de me guider dans les environs de son village. Qu’il en soit ainsi remercié.

pièce justificative

Donation de droits sur les lieux de Saint-André de Séténières et d’Aygues-Vives, situés dans la viguerie de Cabrières.

Charte Pézenas 4, n° l, sans date.

ln nomine domini ego Adalaic filia Rangarz donatrix sum tibi viro meo Petro. Certum quidem et manifestum est quia sic placuit animis /2/ meis et placet nulloquoque gentis imperio nec suadentis ingenio set propria expontanea hoc eligit mihi bona volumptas /3/ donare volo quod ita et facio . Dono tibi Petre in donacione in comitatu Biterrense in vicharia Chaprariense in terminio /4/ de villa que vocant Setenarias totam quartam partem de decimum de omnes res sicut Augerius melius abuit in vita sua. Et de ipso decimo /5/ in comunio donc tibi une modio de tercio si Petrus Augerius et fratres sui guerire poterini per directo. Et in ipsa ecclesia de Sancto Andreo do no tibi /6/ medietatem. Et in ipso terminio dono tibi ego Adalaic supra scripta tibi Petre sextam partem de tascha de terminio de Aiqua Viva. Istam dona- /7/. -cionem supra scriptam dono tibi in tale vero racione quod si tu Petre infantem vel infantes de me abueris que de te fiant generati /8/ in me et de me fiant nati ad ipsis ista donacio revertat. Et si nos infantem non abeamus tu Petre abeas teneas et possi- /9/ -deas in vita tua post obitum tuum ad proximos meos revertat nullo contra dicente. Ed si ullus omo clerici /10/ vel laici aut ulla femina disrrumpere voluerit ista donacione suprascripta vel dec imum in alia honor nostra tota /11/ comunia fiad cum sorore nostra Adalaic et infantes ejus. Et in antea carta firma et stabilis permaneat semper. Facta carta donacio /12/ ista in die jovis regnante Filipo rege. Signum Adalaic qui hanc donacione scribere fecit et manus suas firmavit /13/ et firmare rogavit. Si Petrus et omnes fratres sui S. Bernardus Sigarius /14/ S. Willelmus Poncius Signum Petrus Gairau. In domini nominé Garnerius presbyter scripsit. 27

A. SOUTOU
Chargé de Conférences à l’Université Toulouse-Le Mirail.

Notes

  1 Cet articla reproduit, avec quelques modifications, un premier travail, paru dans les Annales du Midi, 1971, p. 27-94.

  2 Il n’est pas mentionné dans l’étude d’E. BONNET, las Maisons de l’Ordre du Temple dans le Languedoc Méditerranéen, dans Cahiers d’histoire et d’archéologie, 1933, 158-178 et 1931, 512-525.

  3 S. v. Saint-Martin-des-Crozes.

  4 ACLP 211.

  5 Il y a dans le texte de la même charte deux autres erreurs de lecture : à la ligne 17, « Peiro d’Alverngne », au lieu de Peiro d’Alverngue et « Deusde Glandiz », au lieu de Deusde de Glandiz. D’autre part, à la ligne 13, « eussous » et « doneus » auraient dû être séparés, suivant les conventions de l’éditeur, en eu sso us (eu sso us en bas guirenz : je vous en suis bon garant) et done us (done us o en tot : je vous le donne en entier).

  6 Cartulaire de Gellone, Montpellier, 1898, III, pièce DXXXXVIIII.

  7 ACLP 219. Précisons ou rectifions dans ce dernier texte quelques localisations toponymiques : a) → Fontes (lignes 15-16) : davant la porta del castel de Fontes). Il ne s’agit pas d’une localité située « vers Sainte-Eulalie », mais de Fontes, canton de Roujan, Hérault. b) → Moreze (lignes 16-17 : R. de Moreze). C’est Mourèze canton de Clermont, Hérault. c) → Cabrairola (ligne 17 : B. de Cabrairola), C’est Cabrerolles, canto n de Murviel, Hérault. d) → Caucenojol (ligne 17 : P. de Caucendol). C’est Caussiniojouls, canton d e Murviel, Hérault. e) → Liura (ligne 18 : R. de Liura). Ce n’est pas « La Lioure, commune du Viala-du-Tarn, Aveyron », mais Lieuran-Cabrières, commune de Montagnac, Hérault.

  8 Ainsi qu’il apparaît dans l’État des prieurés et commanderies de la langue de Provence, manuscrit rédigé en 1758, Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence. Un registre disparu du, Fonds de Malte de Toulouse – dont il reste un résumé dans l’inventaire 117 de la commanderie de Sainte-Eulalie – énumérait en 1661, parmi les possessions de la région de Lodève, des biens dans la ville même, ainsi que « les massages de Merou haut et bas, Poujols et mas de la Grave ».

  9 Dans cette charte les noms de lieu Casols (ligne 21: Bertran de Casols) et La Costa (ligne 24 : Bernart de la Costa d’a Clermont) correspondent respectivement à Cazouls d’Hérault, canton de Montagnac et à Lacoste, canton de Clermont-l’Hérault.

  10 Publié par Mme A. Higounet-Nadal, Annales du Midi, 1956, 255-262.

  11 Cf. A. Vincent, Toponymie de la France, Bruxelles, 1937, 630. La viguerie de Cabrières était importante car son territoire s’étendait non seulement jusqu’à Villemagne, à l’ouest de Bédarieux (Hist. Lang., t. XII, 209), mais encore, en direction du sud-est, jusqu’aux environs immédiats de Pézenas. Une charte inédite du Fonds de Malte de Toulouse (Pézenas 4, n° 1, sans date) indique en effet qu’elle englobait le village de Séténières : in comitatu Biterrense in Chaprariense in terminio de villa que voncant Setenarias. Or, la localisation de ce village, qui a été identifié à tort avec « Le Sesquier, commune de Mèze » (cf. Dictionnaire topographique de l’Hérault), est précisée par un texte de 1157 (Pézenas 4, n° 3) donnent les confronts de l’ancien étang de Pézenas : quod stagnum est inter castrum de PÉZENAS et castrum de Torreves (Tourbes) Et castrum de Colnatio (Conas) et villam de Setheneriis. D’après d’autres textes de la même liasse, l’établissement des Templiers de Séténiéres, mentionné en 1168 sous la forme étymologique Septenarias (Pézenas 4, n° 7), était situé à 2 km environ au sud-ouest de Pézenas, au ,bord de l’ancien étang qui alors portait son nom (stagno de Setenario : Pézenas 4, n° 41, 1246), en un lieu de la carte de Cassini appelle la commanderie de Lestang. Le domaine de Séténières comprenait au XVIe siècle, en plus de l’église paroissiale de Saint-André, les chapelles de Saint-Alban de Pouget et de Saint-Clément d’Aygues-Vives (parrochiam sive prioratum Sancti Andree de Cethenieris cum suis cappellis Sancti Albani de Pogeto et Sancti Oementio de Aquis vivis : Pézenas 4, n° 24, 1504). La Charte n° 1 d e la liasse Pézenas 4, citée plus haut, ne porte pas de date précise. Toutefois on peut penser qu’elle remonte à la fin du XIe siècle ou au début du XIIe, étant donné qu’elle a été écrite sous le règne du roi Philippe (regnante Filipo rege], qui, d’après le contexte paléographique et linguistique .(cf. le texte en annexe), ne peut être que Philippe 1er (1060-1108). Elle constitue donc un précieux témoignage historique sur la région de Cabrières et de Pézenas ava nt l’installation de l’ordre du Temple.

  12 Cette église, dont les murs latéraux présentent encore par endroits une élévation de 4 mètres, est à moitié enfouie dans ses décombres.

  13 Église à chevet droit dont les substructions pourraient être facilement dégagées.

  14 Notamment à Durban (Ariège), Durfort (Aude), Montaigut (Tarn) ou Revel (Aveyron).

  15 Fonds de Malte de Toulouse, Pézenas 9, 19.

  16 Ibidem, Pézenas 9, 20 et 22.

  17 E. BONNET, Op. cit., 1933, 167.

  18 Cf. l’État des prieurés…, cité à la note 7.

  19 Cf. Abbé de S(AUVAGES), Dictionnaire languedocien-français, Nîmes, 1761, s. v. tiourë.

  20 Siourë chez l’abbé de Sauvages, op. cit.

  21 Grammaire historique des parlers provençaux modernes, Montpellier, 1930-1941, 74 et 136.

  22 Cf. J .ANGLADE, Grammaire de l’ancien provençal, Paris, 1921, 83.

  23 Ibidem, 109 et 140.

  24 Comme fève correspond en français au latin faba, devenu fava en ancien provençal et fabo dans le Languedoc actuel.

  25 Le nom de Font-Tubière, qui désigne une source de la commune de Sainte-Eulalie-de-Cernon (Aveyron), peut être considéré comme le continuateur de *fons tuberia ou *fons tuberea et signifie donc « fontaine à tuf ». Dans l’adjectif *tuberia / tuberea, formé avec le suffixe atone ius / eus, le groupe final eria / erea a été traité comme le suffixe tonique –aria, devenu –eria à un certain stade de son évolution phonétique, d’où la prononciation dialectale actuelle foun tubieyro. L’alternance d’accent entre tübere > tiure et *tuberea > tubieira (mention du XIIIe siècle : usque ad fontem Tubieira) se retrouve dans cassanu > casse « chêne » et cassanea cassanha « chênaie ». Quant à la formation de Tiveret, elle correspond comme nous l’avons vu, à un troisième type d’accentuation *tuberetu, Cf. la série parallèle des trois noms communs ou toponymes issus de robur : *robere (ou *robore, restitué par M. M. von Wartburg) roure (prononcé avec diphtongue) « rouvre » rober-ea > La Rouvière et rober-etu > Rouveret. Dans le cas de Font-Tubière, comme dans celui de Tiveret, la réalité (présence du tuf) confirme le sens du toponyme.

  26 On peut penser, pour l’époque romaine, à une meunerie hydraulique analogue à celle de Barbegal, près d’Arles.

  27 Le caractère archaïque de cette charte est marqué par des maladresses de style, des incorrections et surtout par des transcriptions de la langue parlée. Signalons par exemple : ligne 5, guerire, latinisation du provençal, guerir, d’origine germanique ; ligne 6, Aiqua (Viva), à mi-chemin entre le latin et le provençal. Relevons également la manière pittoresque de désigner les rôles respectifs du père et de la mère dans la procréation des enfants : de te fiant generati in me et de me fiant nati. L’église St-André-de-Séténières avait déjà été citée, semble-t’il, dans un texte antérieur à la charte publiée ci-dessus. En effet, c’est très probablement le nom de la même église que l’on peut reconnaître sous une transcription fautive – dans un document de l’an 990 concernant l’abbaye de St-Thibéry (HGL, V, c. 315) : in fetenarias medietatem ecclesie Sancti Andree cum toto honore ecclesiastico. Le toponyme « Fetenarias », non identifié sous cette forme, doit être corrigé en Setenarias.