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2.00

Description

Les services régionaux du Travail sous Vichy

* Archiviste chargée de collecte et de classement, Archives départementales de l’Hérault

Extrait

En 1950, les Archives départementales de l’Hérault ont reçu un versement de la direction départementale du travail et de la main-d’œuvre concernant d’une part, les services du Commissariat à la lutte contre le chômage (CLC), puis des organismes qui lui ont succédé jusqu’à la Libération en 1944, et, d’autre part, les services régionaux du secrétariat d’État au Travail (services gérant la main-d’œuvre étrangère, les chantiers ruraux, les centres de reclassement et les ouvroirs féminins, le service médical de l’inspection provinciale puis régionale, le centre auto, l’intendance régionale, le groupe ravitailleur régional, l’inspection du travail). En l’absence de bordereau de versement, ce versement a fait l’objet d’un premier travail de classement et d’inventaire par Pierre Jouve, auteur du répertoire numérique initial en 1977 intitulé « fonds de la main-d’œuvre étrangère ». En 2014, il a été décidé de reprendre ce répertoire afin de l’adapter aux nouvelles normes de descriptions archivistiques internationales et de mieux détailler les analyses afin de répondre aux nécessités de la recherche. En 2018, a été publié le nouveau répertoire numérique de ce fonds, rebaptisé « fonds des services régionaux du secrétariat d’État au Travail » mais toujours identifié sous la cote 15 W. Outre le département de l’Hérault, s’agissant de services à compétence régionale, ce fonds couvre également les départements suivants : Aude, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère, Pyrénées-Orientales et Tarn.

Contexte historique

À partir de 1939, le contexte européen met la vie des Français en alerte. En février 1939, après la victoire de Franco, la France a dû accueillir de nombreux républicains espagnols vaincus et en fuite. L’Allemagne devient l’ennemi à redouter. Le 3 septembre 1939, la France lui déclare la guerre. Après un court conflit et une fulgurante offensive allemande, l’armistice est signé le 22 juin 1940 à Rethondes. Le territoire français est partagé en deux zones séparées par une ligne de démarcation. Montpellier se trouve en zone « libre ».

Le 10 juillet 1940, l’Assemblée nationale vote le texte de la loi constitutionnelle composée d’un unique article : « L’Assemblée nationale donne tous pouvoirs au gouvernement de la République, sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain, à l’effet de promulguer, par un ou plusieurs actes, une nouvelle Constitution de l’État français ». Une nouvelle administration, basée à Vichy, est alors mise en place. Le Travail, placé en tête de la devise du gouvernement « Travail, Famille, Patrie » en est la valeur centrale.

Le 14 juillet 1940, René Belin, ancien n° 2 de la CGT, est nommé secrétaire d’État à la Production industrielle et au Travail, poste qu’il occupe jusqu’au retour de Laval aux affaires en avril 1942 (Fig. 1). Lui succèdent au poste de secrétaire d’État au Travail jusqu’à la Libération Hubert Lagardelle, Jean Bichelonne puis Marcel Déat. Le secrétariat d’État au Travail connaît plusieurs réorganisations entre 1940 et 1944, perdant notamment la Production industrielle dès 1941. À la Libération, la transition est assurée par un secrétaire général provisoire avant la constitution du ministère du Travail et de la Sécurité sociale par Alexandre Parodi fin 1944. L’ordonnance du 24 mai 1945 confère au service public le monopole du placement et du contrôle des mouvements de la main-d’œuvre. L’ordonnance du 2 novembre 1945 attribue le monopole du recrutement des travailleurs étrangers à l’Office national d’immigration (ONI).

Le Commissariat à la lutte contre le chômage (CLC) et les services encadrant la main-d'œuvre

Le Commissariat à la lutte contre le chômage (CLC) est créé par le décret du 11 octobre 1940, émanation de la volonté de René Belin de faire de la lutte contre le chômage une de ses priorités. À l’automne 1940, la France, qui compte 40 millions d’habitants, est complètement désorganisée depuis la défaite. Plus d’un million de chômeurs est recensé à la mi-novembre dont 172 000 résident en zone libre. Le CLC est chargé de recenser la main-d’œuvre disponible et ses possibilités d’emploi, de rechercher les travaux de toute nature pou-vant être entrepris, d’établir un programme pour la réalisation et le suivi de ces travaux, d’y affecter la main-d’œuvre disponible. À ce titre, il assure la gestion des formations de main-d’œuvre encadrée. En zone libre, il remplit également la fonction d’organisme de reclassement. Les services du CLC s’étendent aux travailleurs français et indigènes, aux travailleurs étrangers, aux chantiers ruraux, aux ateliers féminins, aux expulsés et réfugiés, aux militaires français démobilisés rapatriés. En zone libre, le CLC, dirigé par le commissaire adjoint Henri Maux jusqu’en mars 1942, est organisé en cinq services et un bureau : les services général, du contrôle, de documentation, de reclassement, de la main-d’œuvre encadrée et le bureau central des inspecteurs provinciaux. Le service de la main-d’œuvre encadrée comprend la main-d’œuvre nationale (MON), la main-d’œuvre indigène (MOI), la main-d’œuvre nord-africaine (MONA), la main-d’œuvre étrangère (MOE), le service social des étrangers (SSE) et la section médicale. Supprimé en janvier 1943, ses attributions sont exercées successivement par la direction de la main-d’œuvre au secrétariat d’État au Travail et par l’Office de reclassement professionnel de la main-d’œuvre (ORPMO), le Commissariat général interministériel à la main-d’œuvre (CGIMO) placé sous l’autorité d’un comité interministériel à la main-d’œuvre, puis cette structure est rattachée au ministère du Travail en novembre 1943 sous le nom de Commissariat général à la main-d’œuvre (CGMO), transformé en Commissariat général à la main-d’œuvre et au travail (CGMOT) avant d’être rebaptisé Secrétariat général à la main-d’œuvre (SGMO) en mars 1944. Au sein de ces organismes, apparaît une direction ou service en charge de la main-d’œuvre encadrée, au niveau central mais également au niveau régional, avec, en outre, des chefs régionaux des différents groupes de main-d’œuvre encadrée et du service social (chef de légion pour la main-d’œuvre indochinoise, chef de groupement pour la MOE, délégués régionaux du SSE – appelé ensuite Contrôle social des étrangers -, des chantiers ruraux et centres de reclassement avant leur suppression ou modification, du service encadré du travail). En fait, si de nombreuses réorganisations sont intervenues entre 1943 et 1944, le schéma général est resté relativement stable. Par ailleurs, en février 1943 est créé le service du travail obligatoire dont la mise en œuvre est assurée par le Commissariat général au STO (CGSTO). […]

Informations complémentaires

Année de publication

2019

Nombre de pages

10

Auteur(s)

Élisabeth PERRIER

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf