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Description

Les promenades à Montpellier au XVIIe et au début du XVIIIe siècles

Le XVIIe et le début du XVIIIe siècle constituent dans l’histoire montpelliéraine une période décisive dans l’évolution des relations entre la royauté et la province du Languedoc. La volonté d’unification du royaume en détermine les grandes lignes de force, militaires et fiscales avant tout, mais elle s’inscrit également dans l’espace de la ville. Le renouvellement du cadre architectural et monumental qui l’accompagne a fait l’objet d’études significatives. L’espace de la ville lui-même fait aussi l’objet à cette période de transformations qui retiennent l’attention. Les promenades en particulier, formes urbaines importées et adaptées à la ville médiévale, révèlent une volonté d’affirmation royale relayée par les représentants du roi dans la capitale provinciale.

Le projet d’esplanade de Richelieu (1629)

Après le siège et la reprise de Montpellier en 1622, Louis XIII ordonne la démolition de l’enceinte bastionnée qui défendait la ville protestante. Sur la colline de Montpelliéret, à l’est, le roi fait construire deux ans plus tard une citadelle, achevée en 1627. Le choix de Montpellier, dont l’analyse brillante est connue, répond à des impératifs militaires essentiels à cette période dans la stratégie royale en Languedoc : l’édifice « qui importe au repos de tout le Languedoc » assure en effet le contrôle de la région et en particulier des Cévennes proches, bastion du calvinisme. Mais il s’agit également de rompre avec les particularismes d’une province dominée par les Montmorency, dont Pézenas est alors la capitale. Avant même la crise de 1632 et l’édit de Béziers, la décision militaire du roi et de son ministre introduit un déplacement de la centralité politique en Languedoc : « le choix fait du vieux Clapas [Montpellier] comme réduit central militaire de la région valait presque pour sa désignation de capitale ».

Dans ce contexte, lors de son séjour à Montpellier en juin 1629, Richelieu projette l’aménagement d’une esplanade sur l’espace laissé vacant entre la citadelle et la ville. Il ordonne tout d’abord la démolition du front est de l’enceinte médiévale, laissant la ville ouverte du côté du nouvel édifice militaire : « Le dimanche 22e [du mois de juin 1629], Mr le cardinal fit résoudre par les maréchaux de France les travaux qu’il convenait de faire à l’esplanade, qui consistaient aux ouvrages extérieurs qu’on devait faire à la citadelle, du côté de la ville, à l’entière démolition des murailles de Montpellier de ce côté-là ». Deux nouveaux murs de conjonction relient deux bastions de la citadelle, celui du Roi et celui de la Reine, à la porte du Pila Saint-Gély au nord et à celle de Lattes au sud et complètent ainsi le dispositif militaire. Richelieu contresigne un mois plus tard un plan de l’ingénieur de la citadelle, Beins : « Le plan de l’Esplanade avec la Gallerie cy dessus a été arresté par nous de la part de sa Majesté le 25 juillet 1629 et est ordonné à Monsieur Defossé gouverneur de Montpellier de le faire exécuter donnant les idées franches et noblement pour servir de jardins aux propriétaires des maisons qui aboutissent à la place a charge que les dits propriétaires fera à leurs despens la closture et les galleries telles quelles sont désignées par les plans cy dessus. A. Card. de Richelieu ». Un deuxième plan semblable au premier porte en légende les indications significatives du projet : « A : la dite Esplanade, B : les vestiges des murailles de la ville qui ont été abattues, C : le plan de la gallerie susdite qui doit être faite en arcades selon le dessin, D : les lignes de murailles faites de neuf pour joindre la ville et la citadelle, E : les allées d’arbres qui doivent être plantées le long des lignes ». Sur ce plan comme sur le premier figurent les dispositions prévues pour l’occupation du site : la destruction des fossés et de la courtine libère du côté de la ville des terrains inféodés par des particuliers pour des jardins et délimités par une galerie du côté de l’esplanade projetée ; cette dernière forme un angle obtus centré sur la pointe de la demi-lune de la citadelle ; enfin, deux allées plantées d’arbres bordent les murs de conjonction au nord et au sud. Fait remarquable, ce deuxième plan contient également un dessin qui révèle le projet d’élévation concertée pour la galerie : arcades en anse de panier surmontées d’un étage attique de deux mètres de haut environ et percé de baies dont la modénature est associée à la clé des arcades, motif maniériste enrichi par les chaînages et les frontons triangulaires sommés d’une boule. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2003

Nombre de pages

16

Auteur(s)

Thierry LOCHARD

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf