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Description

Les peintures murales de l’oratoire de Pierre de Montbrun
dans la chapelle du Palais-Vieux des archevêques de Narbonne
(vers 1280)

* Maître de conférences honoraire en histoire de l’art médiéval, Université Paul-Valéry Montpellier III

Dans la chapelle du Palais-Vieux des archevêques de Narbonne (Aude), les peintures murales gothiques de l’ancien oratoire personnel de l’archevêque Pierre de Montbrun, découvertes avant les années cinquante et depuis fortement restaurées – pour ne pas dire repeintes –, sont parfaitement documentées, grâce d’abord à l’article de Vincent Perret (1891-1981), qui en avait assuré une partie du dégagement et permis de les faire connaître sur le plan national. Mais il a fallu attendre l’étude exhaustive et récente faite par Henri Pradalier, tant sur l’architecture que sur le décor peint, pour avoir une approche plus fouillée et scientifique. On sait que la chapelle de La Madeleine du Palais-Vieux des archevêques de Narbonne, élevée sous l’épiscopat de Pierre de Montbrun (24 octobre 1272 -29 mai 1286) entre les années 1273 et 1279, possède latéralement et côté sud, un tout petit oratoire de 1,80 m sur 1,15 m, qui, comme les deux oratoires royaux rajoutés plus tard à la chapelle haute de la Sainte-Chapelle de Paris (vers 1245-1248), permettaient ici à l’archevêque de s’isoler dans son palais épiscopal pour prier, méditer ou assister aux offices. L’arc d’entrée est surmonté par un gâble à crochets à l’intérieur duquel est peint, comme dans le haut d’une verrière, un personnage assis en majesté et vénéré à ses pieds par des anges. Malgré l’effacement de la peinture, nous proposons d’y reconnaître l’image, alors classique, de la Vierge à l’Enfant vénérée par des anges. Dans une étude iconographique ou iconologique, cette restauration radicale de l’œuvre, qui n’avait laissé d’authentique que quelques plages colorées et où le tracé linéaire a été repris, pose moins de problème que pour mener une véritable étude stylistique. N’oublions pas aussi que cette chapelle avait servi à l’enseignement mutuel depuis 1850, et que le petit oratoire avait même été transformé en placard. Ce qui l’a peut-être finalement sauvé ou protégé… Il suffira donc de rappeler ici la répartition des thèmes de cet oratoire, bien daté par les armoiries de cet archevêque, et de tenter de voir quels sont leurs rapports possibles avec la liturgie ou les livres liturgiques contemporains.

Lorsque Pierre de Montbrun assistait à la messe ou priait dans son petit oratoire privé, en direction de l’autel oriental, situé au-dessous de la grande baie aujourd’hui refaite, il voyait en face de lui la Crucifixion. Tous ceux qui ont décrit cette scène majeure, annonciatrice de la Rédemption, estiment, avec raison, que la Vierge Marie, debout à la droite du Christ, se tenait près d’une sainte Femme, dont la tête est en partie conservée et que Henri Pradalier a proposé d’identifier avec sainte Marie-Madeleine, dont l’élévation solennelle (revelatio) des « reliques », à Saint-Maximin, avait eu lieu en décembre 1279, en présence du futur Charles II, prince de Salerne, fils de Charles Ier, roi de Naples et de Sicile, qui aurait eu une « apparition » de la sainte : ce qui permettrait sans doute de dater ces peintures murales autour de 1280, date à laquelle Pierre de Montbrun participa, à Saint-Maximin, au transfert des reliques, en présence notamment des archevêques d’Arles, d’Embrun et d’Aix.

De l’autre côté de la croix, Saint Jean figure près du Centurion, bien reconnaissable à son geste : il lève le bras en signe d’attestation pour témoigner clairement que « Celui-ci était vraiment le Fils de Dieu ». Au pied de la croix et agenouillée, pouvait se trouver – comme, vers 1286 ou 1293 sur le diptyque peint de Rabastens (Tarn), ou vers 1290-1295, sur le missel des Frères prêcheurs de Toulouse, tous deux peints à Toulouse et au pathétique exacerbé – les restes figurés de la sainte patronne de la chapelle, Marie-Madeleine, dont le culte prend alors plus d’expansion, avec le couvent des dominicains de Saint-Maximin (Var) confié, avec la Sainte-Baume, aux frères prêcheurs par Charles II, en 129517. On sait par ailleurs qu’à Narbonne, l’archevêque Pierre de Montbrun (1272­1286) avait accordé, aux religieuses repenties […]

Informations complémentaires

Année de publication

2016

Nombre de pages

7

Auteur(s)

Jean-Pierre SUAU

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf