Les Marques de Tâcherons du Comble de la Cathédrale Saint-Etienne d’Agde

La cathédrale Saint-Etienne d’Agde est un ouvrage fortifié, entièrement construit en basalte, qui fut édifié pour la majeure partie pendant la deuxième moitié du XIIe siècle. Son couronnement de mâchicoulis, en arcs bandés sur des contreforts rectangulaires, en fait un des premiers témoins de ce type de fortifications, souvent cité comme exemple 1.

Le plan de l’édifice est en forme de T, sans abside, et le transept est légèrement incliné par rapport à l’axe de la nef (fig. 8). Sur les deux croisillons du transept s’élèvent deux tours : celle du sud dépasse à peine le toit, et l’absence de couronnement et de mâchicoulis sur cette tour a toujours laissé supposer qu’elle était restée inachevée, et devait à l’origine s’élever à la même hauteur que l’autre 2 ; l’autre tour, sur le croisillon nord, forme un donjon fortifié qui s’élève à 35 mètres du sol.

Une particularité très intéressante, que présentent diverses parties de l’édifice, réside dans le grand nombre de marques de tâcherons tailleurs de pierres que l’on y rencontre, et dont certaines sont remarquables. Ces marques se trouvent (ou se trouvaient) principalement sur les voussoirs de la voûte de la nef, entre l’arc doubleau et le mur ouest, sur la partie des deux tours qui dépasse le toit, et sur le dallage qui recouvrait le comble jusqu’au mois de juin 1975. Trois autres bâtiments contigus à la cathédrale, le palais épiscopal, la salle capitulaire et le cloître, dont la construction est sensiblement contemporaine, présentent également de nombreuses pierres signées.

Nous limiterons cette première étude aux marques que nous avons relevées sur le comble.

Au début de l’été 1975, les travaux entrepris en vue de la modification de la toiture ont été l’occasion de la mise au jour du dallage du comble précédemment caché par une couverture en tuiles. Cette partie de l’édifice ayant été profondément modifiée depuis cette date, il était d’autant plus urgent d’en faire une étude, au moins sommaire, qu’une telle occasion ne pourra plus jamais se renouveler. Malheureusement, lorsque nous y sommes montés, une partie importante du dallage avait déjà été démontée, et nous n’avons pu procéder à un relevé systématique de la partie restante. Les quelques éléments que nous présentons permettront malgré tout de sauver de l’oubli certaines caractéristiques remarquables de cet ouvrage 3.

La couverture en pierres

Avant ces travaux, le comble qui protégeait la voûte laissait apparaître extérieurement un toit à double pente, recouvert de tuiles mécaniques, et divisé en six secteurs d’inégale importance par un chemin de dalles de basalte, qui en couronnait le faîte, et de deux doubles volées d’escaliers, qui permettait de franchir la toiture sans avoir à le contourner par les chemins de ronde (fig. 2 et 4).

Ce chemin faîtier était constitué de dalles rectangulaires, imbriquées entre elles par deux épaulements situés sur les deux grands côtés (fig. 5). Il s’inclinait légèrement vers le sud au-dessus du transept, après la deuxième rangée d’escaliers, pour suivre l’inclinaison de l’axe de l’édifice (ce détail est visible sur la photographie fig. 2).

Près du raccordement des escaliers avec le chemin faîtier, deux ouvertures, protégées chacune par une petite construction sommaire fermée d’une simple tôle, communiquaient l’une avec l’œil-de-bœuf de l’intérieur de la voûte, l’autre avec une simple ouverture rectangulaire obtenue par enlèvement d’un voussoir. Une ferrure scellée en face de chacune de ces ouvertures, et encore en place au début des travaux, (fig. 2 et 3) constituait à une époque antérieure, avec une deuxième ferrure enlevée, le palier d’un treuil par lequel on manœuvrait les lustres dans la nef. Les arbres de ces treuils, encore munis de leurs deux manivelles et de leur roue à cliquet, étaient déposés dans la guérite contiguë à la tour sud.

La cathédrale d'Agde
Fig. 1 La cathédrale d'Agde (Photo : Ramond Alex)
Le comble de la cathédrale avant les travaux
Fig. 2 Le comble de la cathédrale avant les travaux (Juillet 1971)
Le dallage de couverture du comble
Fig. 3 Le dallage de couverture du comble, après enlèvement des tuiles (Juillet 1975)

De part et d’autre de ce chemin central, deux doubles rangées d’escaliers, également en dalles de basalte, séparaient donc chaque versant du toit en trois aires inégales, et permettaient d’accéder aux treuils et de franchir le comble. Un troisième double escalier bordait le toit à son extrémité ouest (fig. 3 et 8).

Sur le mur est, une moulure en saillie épouse le profil de la couverture à environ 10-15 centimètres au-dessus du dallage, et se prolonge sur les flancs des deux tours vers l’intérieur de l’édifice (fig. 2 et 6). Il s’agit de toute évidence d’un solin destiné à éviter les infiltrations des eaux de ruissellement à la jonction des murs avec le comble. Aux endroits où elle est horizontale, elle est formée par une saillie de l’assise de pierres correspondante, ainsi qu’on peut le vérifier au bas de la porte de l’escalier à vis du clocher (fig. 6). Elle date donc de la construction de l’édifice, et n’est pas une addition ultérieure. Ceci laisse donc supposer que le dallage en pierres constituait l’unique couverture de l’édifice à l’origine.

Cependant, à une époque non déterminée, la cathédrale fut recouverte par une toiture à deux pentes, portée par une charpente qui s’appuyait sur les parapets crénelés, et en modifiait profondément l’aspect. C’est ce qui rend les gravures du XVIIIe siècle si insolites à nos yeux 4.

On remarque également, sur la face sud du donjon (fig. 2 et 7), la marque laissée par un autre toit à deux égouts d’axe perpendiculaire au précédent, ainsi que les trous, bouchés, de trois de ses pannes. Nous pensons que ce deuxième toit a pu être contemporain du toit principal dans lequel il pénétrait, en s’arrêtant toutefois à la panne faîtière de ce dernier (la tour sud, même avant l’arasement de ses deux pignons qu’elle a subi au début de ce siècle ne paraît pas avoir été assez élevée pour que ce toit secondaire soit venu s’y appuyer). Quoi qu’il en soit, il a dû protéger cette partie de l’édifice pendant une période assez longue, pour que le joint de mortier des pierres du donjon ait été conservé au-dessous de la marque, alors qu’il a presque complètement disparu au-dessus.

Ces couvertures ont été supprimées dans le courant du siècle dernier, et l’on a alors donné à l’édifice l’aspect que nous lui connaissons, à l’exception de la tour sud, qui n’a été modifiée – par des travaux qui semblent également avoir été exécutés, pour certains détails, sans grand respect pour l’intégrité archéologique de l’édifice – qu’au début de ce siècle 5.

L’enlèvement de la grande toiture, entre autres modifications, a nécessité quelque temps plus tard 6 le recouvrement du dallage, dont l’étanchéité des joints n’était plus suffisante, par la couverture en tuiles mécaniques. Peut-être faut-il placer à ce moment-là le démontage des treuils et la modification de la toiture de la tour sud.

La dépose, en juillet 1975, de cette couverture en tuiles, dont le défaut d’étanchéité est à l’origine de ces derniers travaux, a permis de remettre au jour, pour un court laps de temps avant sa dépose, le dallage précédemment caché (fig. 3, 6, 7).

Ce dallage, qui semble avoir été remanié par endroits (fig. 13), était constitué de dalles rectangulaires en basalte, de 15 centimètres d’épaisseur en moyenne, et de dimensions variant de 30 à 70 centimètres environ. Sur chaque côté de ces dalles étaient taillés des épaulements disposés de façon à obtenir une imbrication de chaque dalle avec ses voisines (fig. 5 et 12). Un joint de mortier comblait l’espace laissé entre les pierres. Il semble d’ailleurs que des rejointoiements successifs aient nécessité une taille en chanfrein des bords de certaines dalles (ce détail est visible sur de nombreuses dalles de la photographie N° 12).

Coupe schématique de la voûte et du comble
Fig. 4 Coupe schématique de la voûte et du comble (la distance figurée entre ces deux parties de l'édifice est purement conjecturale)
Disposition schématique des principaux types de dallage
Fig. 5 Disposition schématique des principaux types de dallage 14

Les marques de tâcherons 7

L’examen des marques de tâcherons qui étaient visibles sur les pierres du dallage, présente un grand intérêt : le quart environ des pierres étaient signées, et nous avons répertorié, sur la moitié environ de la surface du comble, 272 marques réparties en 26 catégories. Le résultat de ce recensement est donné par le tableau fig. 10, et nous avons indiqué en représentation schématique la répartition des marques sur les pierres du secteur 2N, dans le tableau fig. 9. Si notre relevé a été systématique pour ce dernier secteur, nous avons dû, par contre, nous contenter d’un simple inventaire pour les secteurs 2S et 3S. Aucune marque n’a pu être relevée sur les secteurs 1N et 1S, ces secteurs ayant été déjà démontés et bétonnés à la date où nous avons opéré 8. Quant au secteur 3N, ses pierres ont été recouvertes, à une date inconnue, d’une couche de bitume qui en oblitérait pratiquement toutes les marquas (voir fig. 13).

En se reportant au tableau de la figure 9, on constatera que toutes ces marques sont exclusivement formées de figures géométriques, contrairement à celles que l’on rencontre sur d’autres parties de l’édifice et qui sont parfois nettement alphabétiques (par exemple « po », « A », etc.). Certaines d’entre elles constituent même deux séries homogènes, par simple addition d’un ou deux traits supplémentaires (marques nos 5, 6, 7 et 21 à 25).

État du secteur 1N en Juillet 1975
Fig. 6 État du secteur 1N en Juillet 1975 (Au premier plan, une partie du dallage du secteur 2N ; au milieu, dalles démontées de l'escalier à l'arrière plan, quelques dalles du secteur 1N déposées sur le chemin de ronde)
Etat du secteur 1S en Juillet 1975
Fig. 7 Etat du secteur 1S en Juillet 1975. (Au premier plan, une partie du dallage du secteur 2S)

De nombreuses marques, et principalement les plus simples, se rencontrent également non seulement sur les tours ou la voûte, mais encore sur d’autres édifices tels que les soubassements de l’évêché, le cloître, le chapitre, ou même sur certains vestiges de l’ancien couvent de Notre-Dame-du-Grau 9. Il en est ainsi des signes que nous avons numérotés 3, 5, 6, 7, 8, 9, 15, 19… L’inventaire de tous les signes que l’on rencontre dans Agde et dans ses environs permettra probablement des comparaisons intéressantes.

Il faut noter toutefois que la lecture de certaines marques a été incertaine, à cause soit d’un endommagement de la surface de la pierre, soit d’un débordement du joint de mortier. Celles dont la lecture présente une telle incertitude sont celles que nous avons numérotées 1, 11, 14, 18, ainsi qu’une marque N° 5, 7, 8, 20, portées respectivement par les pierres 15J, 9L, 24P et 19F du secteur 2N, et de deux signes N° 6 (pierres N° 15K et 25L).

Toujours dans ce secteur 2N, la pierre N° 130 porte un signe 21 qui semble avoir été modifié par le prolongement à l’intérieur d’une des deux branches obliques jusqu’à l’angle opposé (fig. 9), mais la netteté de ce trait supplémentaire n’était pas suffisante pour ne nous laisser aucun doute, et ne pas faire penser à une marque d’abrasion.

Il nous fait remarquer également qu’il nous a parfois été difficile de différencier entre elles les marques N° 21 et 22, principalement dans ce même secteur. Il est probable que le nombre de pierres portant le signe N° 22 devrait être augmenté au détriment de l’autre. Toute vérification est évidemment impossible.

Une fois posées ces restrictions, des remarques intéressantes peuvent être faites, et font d’autant plus regretter que cet inventaire n’ait pu être fait que pour la moitié seulement de la couverture.

Tout d’abord, certains signes se rencontrent en nombre relativement élevé (N° 3, 5, 10, 20, 21) ; quelques-uns sont même assez fréquents à la fois sur les trois secteurs recensés, et se retrouvent avec la même abondance dans le donjon, jusque dans la salle des cloches (N° 21, par exemple), à l’intérieur de la voûte (N° 3 et 5), ou sur le cloître (N° 3 et 5).

D’autres signes, par contre, ne se rencontrent qu’en petit nombre, ou même isolément. Ou ils sont simples, et se rencontrent plus fréquemment sur les autres ouvrages (N° 6, 7, 8, et surtout 9, qui est très fréquent partout) ou bien, au contraire, ils sont relativement complexes, et nous ne les avons pour l’instant pas encore rencontrés ailleurs (N° 11, 13, 14, 18). (Il convient toutefois d’être très prudent dans ces comparaisons : c’est ainsi que l’église de Vias, dont la construction doit être postérieure d’environ un siècle à celle de la cathédrale d’Agde, présente, d’une part, de nombreux signes identiques au N° 2, mais le travail du parement de la pierre et l’orientation du signe par rapport au lit sont différents et d’autre part, on y rencontre également de nombreux signes voisins des N° 5 et 9, pour lesquels un examen trop rapide pourrait amener à une confusion).

Plan schématique du comble
Fig. 8 Plan schématique du comble
Répartition schématique des marques de tâcherons
Fig. 9 Répartition schématique des marques de tâcherons sur les dalles du secteur 2N

Un signe relativement complexe, le N° 26, n’apparaît que dans un seul secteur, et il y est abondant (le 1/5 des marques de ce secteur).

Autre fait curieux, la répartition des marques les plus abondantes entre les trois secteurs recensés n’est pas régulière. C’est ainsi que la fréquence du N° 10 augmente lorsqu’on passe du secteur 2N au secteur 2S, puis 3S, alors que le phénomène est inversé pour les signes N° 5, et ceux du groupe du N° 21 (21 à 25 réunis).

Un problème plus intéressant est posé par les pierres du secteur 2N que nous avons repérées 23H (signes 3 et 15), 13M (signe 19 répété deux fois), et 3G (signes 17 et 21) (fig. 11). Ces pierres portent en effet deux marques, ce qui laisse supposer, soit qu’elles ont été taillées par deux ouvriers, soit qu’elles ont nécessité, lors de leur mise en place, un réajustement par un autre ouvrier, ou par le même que celui qui l’avait taillée, et qui y a apposé la deuxième signature. La présence sur la pierre 13M de deux signes identiques, rendrait cette deuxième hypothèse plus probable 10.

Enfin, nous devons également nous intéresser, non plus aux pierres marquées, mais à celles qui ne le sont pas, et qui sont en majorité : les trois quarts environ des pierres du dallage sont dépourvues de marque, cette proportion étant constante sur les trois secteurs recensés (on ne devra pas oublier, en examinant le total des marques du tableau fig. 10, que la surface du secteur 3S est inférieure à celle des deux autres). Nous n’avons de même relevé aucune marque sur les dalles du chemin faîtier, des escaliers.

Nous avions tout d’abord pensé que ces pierres non marquées avaient été placées à l’envers, la marque en dessous, mais il n’en est rien. Le démontage de ces dalles a en effet permis de voir que la surface en parement et celles des épaulements ont seules été dressées avec soin, la face inférieure ne l’étant que grossièrement, et cette disposition est logique la face en parement doit être lisse, afin de faciliter l’écoulement de l’eau de pluie ; celles des épaulements doivent être taillées avec précision, pour favoriser un bon ajustement des dalles entre elles la face inférieure, au contraire, n’a pas besoin d’être taillée finement, sa rugosité ayant pour avantage de faciliter l’accrochage du mortier (la différence de finesse du taillage selon les faces peut être observée sur la photographie fig. 12). Il n’était donc pas question d’apposer une marque sur une surface aussi rugueuse, et elle devait d’autant plus être gravée sur la face en parement, qu’elle était plus qu’une simple marque de repérage ou de comptabilité, mais une véritable signature de l’ouvrier. C’est ainsi que des claveaux d’un arc ruiné, situés dans l’ancien jardin du couvent de Notre-Dame-du-Grau, présentent en effet chacun une marque au centre de l’intrados, à l’endroit où elle était la plus visible tous ceux qui passaient sous cet arc pouvaient donc voir la liste des ouvriers qui y avaient travaillé.

On peut donc en déduire que les ouvriers qui signaient leur ouvrage étaient en minorité parmi ceux qui travaillaient à la cathédrale, au moment où l’on construisait cette couverture.

Il est alors intéressant de comparer ces marques à celles de la dernière travée de la voûte, ainsi qu’à celles du donjon qui sont le plus facilement accessibles, à l’intérieur de l’escalier à vis et de la salle des cloches. Nous n’avons relevé, jusqu’à présent, aucune marque sur les murs de l’édifice, jusqu’au niveau du comble. Dans l’escalier à vis en particulier, les pierres sont démunies de marque jusqu’à ce niveau par contre, toutes celles qui sont au-dessus sont marquées, et dès les premiers signes rencontrés apparaissent les plus caractéristiques du toit. C’est ainsi que le N° 21 (et peut-être aussi le N° 20) se rencontre depuis les pierres de l’encadrement de la porte qui fait communiquer cet escalier avec le comble (fig. N° 6), jusqu’aux claveaux des arcatures de la salle des cloches (fig. N° 2). Quant aux signes N° 3, 5, 9, peu abondants dans les secteurs 3S, ils sont au contraires fréquents sur les voussoirs de la voûte situés au-dessous. Une telle comparaison n’aura toutefois de valeur que lorsque nous aurons pu procéder au recensement complet des marques de l’édifice.

Inventaire des marques de tâcherons
Fig. 10 Inventaire des marques de tâcherons des secteurs 2N, 2S et 3S
Quelques marques de tâcherons
Fig. 11 Quelques marques de tâcherons a) Les deux marques N°17 et 21 de la pierre 30 b) Les deux marques N°19 de la pierre 13M c) La marque N°20 de la pierre 60 d) La marque N°24 e) La marque N°18 f) Une marque N°26 g) La marque N° 11

Il est alors permis de supposer que les dalles de couverture du comble nous font assister, avec la première travée de la voûte, à l’arrivée sur les chantiers d’Agde des premiers tailleurs de pierres qui avaient la coutume de signer leur ouvrage, et qui se mêlent aux autres ouvriers, avant, peut-être, de les supplanter pour un temps 11.

A l’issue de cette étude, pouvons-nous assigner une date à la construction de cette partie de l’ouvrage ?

Nous avons remarqué que certains signes rencontrés sur le comble se retrouvent également sur le donjon, ainsi que sur les soubassements du palais épiscopal et sur les murs de la salle capitulaire. En particulier, un signe absent du comble, mais abondant dans l’escalier à vis du donjon, (ce signe représente une étoile à cinq branches), se retrouve également sur ces deux autres édifices 12.

Il n’est alors pas sans intérêt de remarquer que ces trois bâtiments sont cités simultanément dans un acte du cartulaire de l’évêché, daté de 1182. Dans cet acte, l’évêque d’Agde Pierre Raymond fait donation des droits qu’il détenait dans l’île de Sète aux frères de Fontaines, en retenant toutefois pour lui et pour ses successeurs le droit de fabriquer de la chaux, qui ne pourra être utilisée qu’en vue de la construction ou de la réparation de la cathédrale, du palais épiscopal, et de la maison commune des chanoines 13.

Il est donc permis de supposer que le comble de la cathédrale a été construit dans le dernier quart du XIIe siècle 15.

Michel ADGÉ

Une partie des dalles provenant du démontage du comble
Fig. 12 Une partie des dalles provenant du démontage du comble (remarquer la différence de la rugosité des faces inférieure et supérieure) Photo X
Vue générale du comble
Fig. 13 Vue générale du comble, au commencement de la dernière phase des travaux (Octobre 1975)

Annexe : Les récents travaux de modification du comble

Au début de l’été 1975, la couverture en tuiles a été déposée, et l’on a commencé à déposer le dallage, le chemin faîtier et les escaliers situés au-dessus du chœur. Ainsi que le montrent les photographies N° 6 et 7, prises le 29 juillet 1975, cette couverture en pierres a été remplacée par une épaisseur équivalente de béton armé.

A partir du mois de septembre, une partie du secteur 2N, les trois quarts du secteur 2S et quelques mètres carrés du secteur 3S, ont été à leur tour déposés et bétonnés. Ce qui restait du chemin faîtier et des escaliers a été également déposé et nivelé par du béton (fig. N° 13).

Dans l’angle sud-ouest de l’édifice, une guérite en pierres, à peine visible dans le bord gauche de la photographie N° 5, et dont la toiture en tuiles canal tombait en ruines, abritait l’arrivée sur le toit d’un escalier à vis. Cette guérite a été démolie à son tour, et l’escalier obturé par une dalle de béton.

La suite des travaux a consisté, ainsi qu’on commence à le voir sur la photographia N° 13, à cimenter des tuiles canal sur toute la surface du comble, sur le béton et les dalles, après interposition d’un grillage triple torsion. Une chaîne de tuiles canal complète le faîte de cette nouvelle couverture.

Plus que par des raisons d’étanchéité – on peut constater, sur la photographie N° 13, que la moitié du dallage reste en place, bien qu’elle ne soit pas plus étanche que la partie qui a été déposée -, ces travaux ont été commandés par la nécessité où l’on était de se procurer des pierres de taille pour restaurer la chapelle attenante à la cathédrale, et qui fut construite en 1860 avec les débris du cloître.

Notes

  1 Voir par exemple C. Enlart : Manuel d’archéologie française, Deuxième partie, tome II : Architecture militaire et navale, p. 625 (Picard éd. 1932). Dans le département de l’Hérault, à l’ouest d’Agde, on rencontre notamment des mâchicoulis de même époque sur une maison fortifiée de Capestang, etc.

  2 C’est l’opinion de la plupart des auteurs (J. Picheire : Histoire d’Agde, P. Bissuel, Lyon, 1966, p. 164 ; P. De Gorsse : Monographie de la cathédrale Saint-Etienne d’Agde, Toulouse 1922, p. 21 ; Mgr E. Lazaire : Agde Chrétienne, Valat, Montpellier, 1929, p. 95, etc.), et elle semble justifiée. On doit remarquer toutefois qu’il aurait été dangereux, sur un ouvrage fortifié, de flanquer le donjon d’une deuxième tour de même hauteur. Peut-être est-ce la raison qui a conduit à l’arrêter peu après le niveau du comble, à moins qu’elle n’ait été conçue dès l’origine pour s’arrêter vers cette hauteur.

  3 En dehors du fait qu’une partie du comble avait déjà été démontée au moment où nous avons commencé cette étude, diverses circonstances nous ont empêché de faire ce relevé avec autant de précision qu’il aurait été souhaitable. De plus, au début du mois de novembre, après la communication de nos photographies à la Conservation des Bâtiments de France, la porte de l’escalier à vis du clocher a été condamnée, et sa serrure changée à plusieurs reprises.

  4 Voyez par exemple J. Picheire, op. cit., p. 118 ; P. De Gorsse, p. 14 ; J.-M. Amelin : Vue de l’Hérault, vol. 9, p. 2, n° 4 (Bibliothèque Municipale de Montpellier), (aquarelle datée de 1823) ; etc.

  5 Voyez par exemple la photographie reproduite par P. De Gorsse, op. cit., p. 24.

  6 Mgr. E. Lazaire, qui fut archiprêtre d’Agde jusqu’en 1912, écrivait en 1929 : « Toutes les voûtes sont couvertes d’un dallage en pierre de taille parfaitement appareillé, formant une magnifique plate-forme indispensable en cas d’attaque, pour le service des créneaux et des mâchicoulis ». (op. cit., p. 95). Il est donc probable que la seule couverture de l’édifice qu’il connaissait alors était ce dallage.

  7 Pour plus de commodité, nous avons numéroté les six secteurs du comble, d’est en ouest : 1 N, 2N et 3N pour le versant nord, et 1S, 2S et 3S pour le versant sud (fig. 8).

  8 Les pierres de ces deux secteurs, amoncelées au bas de la cathédrale (fig. 12), ne pourront toutefois fournir d’indication précise lorsque leur réutilisation dans la chapelle attenante à la cathédrale aura rendu leurs marques accessibles, car elles y seront mélangées avec celles provenant des autres secteurs.

  9 Un examen superficiel de quelques édifices plus ou moins éloignés de la cathédrale nous a fait reconnaître, par exemple, le signe N° 2 sur l’église de Vias (identification douteuse), le N° 20 sur un contrefort de la cathédrale de Saint-Pons, les N° 5, 19 et 20 sur certains contreforts de la maison fortifiée de Capestang. Nous attachons moins d’importance, par contre, à la présence d’un signe N° 9 sur la coupe d’un claveau d’ogive de l’église ruinée de Saint-Pierre-des-Vals, près de Mas Cabardès : il s’agit probablement d’une simple marque de repérage. Les époques sont de toute façon différentes (XIVe ou XVe siècle, pour cette dernière).

  10 Les contreforts de la cathédrale de Saint-Pons présentent également des pierres portant deux marques différentes.

  11 Il ne s’agit là que d’une hypothèse. Peut-être des recensements ultérieurs plus complets permettront-ils de la confirmer ou de l’infirmer.

  12 Si les soubassements de l’évêché présentent relativement peu de pierres marquées, par contre, pratiquement toutes celles de la salle capitulaire le sont.

  13 Voyez A. Castaldo : L’Église d’Agde, pp. 8, 9, 10 (P.U.F., 1970).

  14 Ce schéma, destiné essentiellement à donner une idée de la géométrie des divers types de dalles du comble, paraît peu logique en ce qui concerne l’agencement des dalles de couverture : la disposition que nous avons adoptée semble en effet faciliter les infiltrations des eaux de ruissellement dans le comble, alors que cette pénétration serait logiquement contrariée si l’on plaçait le talon des dalles vers le faîte, en les faisant pivoter de 180°. Il semble toutefois que ce dallage ait été monté non à partir de l’égout, mais du faîte (afin de charger la clef de la voûte avant d’en charger les reins ?). La fig. 3 montre en effet, pour le secteur 2S, et la fig. 13 pour le secteur 2N, que les lits des dalles qui n’ont pas été remaniées sont parallèles au faîte (détail très visible sur le secteur 3S), alors que celles qui sont à l’égout n’ont plus leur lit parallèle à ce dernier, ce qui a conduit à modifier progressivement la largeur des dalles, et même à intercaler une rangée supplémentaire afin de rattraper ce manque de parallélisme (secteur 2N, fig. 13). Il était alors plus facile, dans ce cas, de monter les dalles selon la disposition indiquée sur notre schéma. En l’absence de précisions supplémentaires, les deux dispositions restent donc également possibles.

  15 Monsieur le Professeur Higounet a bien voulu nous signaler, parmi les lacunes de notre bibliographie, la thèse de R. Rey : Les églises fortifiées du Midi de la France, et, en ce qui concerne les marques de tâcherons, l’ouvrage récemment consacré au canton d’Aigues-Mortes par l’inventaire Général des Monuments et Richesses Artistiques de la France.
Il est intéressant de comparer, dans ce dernier ouvrage, les marques relevées sur certains remparts d’Aigues-Mortes, avec celles de la cathédrale d’Agde, bien que celle-ci soit, selon toute probabilité, antérieure d’environ un siècle à ces remparts. C’est ainsi que l’on retrouve, par exemple, à Aigues-Mortes, des marques correspondant à nos numéros 3, 4, 19, 20, 21, etc. Il sera évidemment intéressant de comparer, entre ces deux ouvrages, les techniques de taille et de gravure.
Ceci doit donc nous rendre extrêmement prudents lorsque l’on utilise les concordances de marques entre plusieurs monuments à des fins de chronologie, ainsi que nous l’avons déjà remarqué au sujet de l’église de Vias.