Les inscriptions gallo-romaines de l’oppidum du Castellas
à Murviel-lès-Montpellier (Hérault)

L’oppidum du Castellas à Murviel-lès-Montpellier (Hérault) occupe une surface de vingt-deux hectares limitée par une enceinte de pierres sèches qui atteint une longueur de près de deux kilomètres. Ces proportions en font le site le plus vaste de la région montpelliéraine. Depuis 1951, des campagnes de fouilles régulières ont lieu chaque année et elles ont permis de fixer l’occupation antique, en l’état actuel des recherches, entre le IIe s. avant J.-C. et le IIe s. après J.-C. 1 Avant 1951, de nombreuses découvertes sporadiques avaient été faites, parmi lesquelles un petit groupe d’inscriptions gallo-romaines. Le Corpus Inscriptionum Latinarum en a publié cinq et l’Histoire Générale de Languedoc en a donné six 2. Le nombre s’en élève maintenant à sept en y joignant un texte inédit mis au jour à l’occasion d’un défoncement qui l’a mutilé 3. Enfin, sur le territoire de la commune voisine de Montarnaud existe une seule inscription, signalée en 1896, que nous avons cru devoir rattacher à cette étude. C’est donc le dossier de huit inscriptions que nous présentons aujourd’hui : il permettra de compléter les études publiées ou en cours de rédaction 4 dans le programme des publications du chantier de fouilles 5.

I - Le corpus de Murviel-les-Montpellier

1. Autel de pierre calcaire trouvé, d’après Ch. d’Aigrefeuille, au bas de la colline de Murviel près de la fontaine 6. Transporté à Montpellier dans la maison d’Aigrefeuille, il se trouvait au XIXe siècle, selon E. Herzog, dans la cour du Musée. Actuellement conservé dans la collection lapidaire de la Société Archéologique de Montpellier, à l’ancien lycée de garçons (2 rue Girard).

Haut. : 0,77 m ; larg. 0,46 m ; ép. : 0,28 m. Champ épigraphique entouré d’une moulure : haut. 0,45 m ; larg. 0,39 m. Haut. des lettres : 4,5 cm. Les lettres sont étroites et serrées. Les A n’ont pas de barre horizontale, les O sont pointus à leurs extrémités, les traits obliques des A, M et N parviennent au milieu ou aux deux tiers des hastes verticales, les L ont une barre inférieure très réduite. Cette gravure ressemble par de nombreux points à celle d’une partie de l’inscription de Montarnaud (ci-dessous n° 8).

1. D(is) M(anibus)
P(ublii) Anthi(i) Logi,
patris sacrorum,

4. Cornelia, Luci(i) fil(ia),
d(e) s(uo) p(osuit).

« Aux dieux Mânes de Publius Anthius Logus, père des mystères, Cornelia, fille de Lucius, a élevé à ses frais (ce monument) ».

Ch. d’Aigrefeuille, Histoire de la ville de Montpellier, éd. 1739, II, p. 80 ; E. Herzog, Galliae Narbonensis provinciae romanae historia, Leipzig 1864, Append. épigr., n° 91 p. 23 ; C.I.L. XII, 4188 ; H.G.L. XV, n° 1877 p. 1075 ; F. Cumont, Textes et documents figurés relatifs aux mystères de Mithra, Bruxelles 1899, t. II, n° 502 E. Bonnet. Antiquités et monuments du département de l’Hérault, 1905, p. 337 ; E. Bonnet, Carte archéologique de la Gaule romaine, Département de l’Hérault, 1946, p. 11 n° 2 ; M.-J. Vermaseren, Corpus lnscriptionum et Monumentum Religionis Mithriacae, 1956, t. I, n° 885 ; V.-J. Walters, The cult of Mithras in the Roman provinces of Gaul, E.P.R.O. 41, 1974, n° 9 p. 63-65, avec la pl. IV.

Fig. 1

Le nom du prêtre de Mithra a donné lieu à diverses lectures : P. Anthemius (d’Aigrefeuille), P. Aninus Logus (E. Herzog), Panthilogus (C.I.L.), P. Anteius Logus (H.G.L.), P. Anthilogus (E. Bonnet). Il faut s’en tenir à la leçon de V.J. Walters : P. Anthius Logus.

L’inscription a été généralement datées de la fin du IIe ou du IIIe siècle. La gravure inclinerait à choisir une époque relativement basse. Mais l’emploi de la formule D(is) M(anibus), suivie du génitif, et celui du prénom, qui tend à être abandonné vers 150-200 ap. J.-C. 7, sont des indices pour choisir une datation plus haute, sans doute la seconde moitié du IIe siècle.

2. Longue pierre quadrangulaire de calcaire coquillier, en très mauvais état, trouvée en février 1839 à Murviel-lès-Montpellier par Marcellin Cambon « au milieu de constructions antiques qui paraissent avoir appartenu à un réservoir, dans une terre limitrophe du chemin qui longe les remparts ». Actuellement conservée dans la collection lapidaire de la Société Archéologique de Montpellier, à l’ancien lycée de garçons (2, rue Girard).

Long. 1,54 m haut. : 0,57 m ; ép. : 0,19 m. Haut, des lettres : 9 cm (ligne 1), 6,5 cm (ligne 2), 6 cm (ligne 3).

Sex(tus) Vetto, C(aius) Pedo, aed(iles),
viam, lacum ex d(ecreto) d(ecurionum)

refic(i coer(averunt)

2. Longue pierre quadrangulaire de calcaire coquillier, en très mauvais état, trouvée en février 1839 à Murviel-lès-Montpellier par Marcellin Cambon « au milieu de constructions antiques qui paraissent avoir appartenu à un réservoir, dans une terre limitrophe du chemin qui longe les remparts ». Actuellement conservée dans la collection lapidaire de la Société Archéologique de Montpellier, à l’ancien lycée de garçons (2, rue Girard).

Long. 1,54 m haut. : 0,57 m ; ép. : 0,19 m. Haut, des lettres : 9 cm (ligne 1), 6,5 cm (ligne 2), 6 cm (ligne 3).
Sex(tus) Vetto, C(aius) Pedo, aed(iles),
viam, lacum ex d(ecreto) d(ecurionum)
refic(i coer(averunt)

Fig. 2

« Sextus Vetto et Caius Pedo, édiles, ont fait réparer le chemin et le réservoir en exécution d’un décret des décurions ».

A. Ricard, Notice sur quelques sépultures antiques découvertes à Altimurium, Mémoires de la Société Archéologique de Montpellier, I, 1840, p. 518, n. 5 8 A. Pelet, Excursion archéologique à Murviel (Hérault), Mémoires de l’Académie du Gard, 1863, p. 50 ; E. Herzog, Galliae Narbonensis provinciae romanae historia, Leipzig 1864, Appen. épigr., n° 88 p. 22 ; C.I.L. XII, 4190 ; H.G.L. XV, n° 1876 p. 1075 ; E. Bonnet, Antiquités et monuments du département de l’Hérault, 1905, p. 353-354 ; E. Bonnet, Carte archéologique de la Gaule romaine, Département de l’Hérault, 1946, p. 11 n° 1.

Le Corpus, se fondant sur la qualité de la gravure, a placé l’inscription à la fin de la République ou au début de l’Empire. L’état actuel de la pierre rend encore plus hasardeux que d’ordinaire l’usage des critères externes pour dater le document. On remarque, cependant, que les deux édiles portent, avec leur prénom, un surnom en guise de gentilice, témoin d’un début d’adoption des coutumes romaines d’état-civil. Cet élément permet de confirmer la datation de la fin du Ier s. avant ou du début du Ier s. après J.-C.

Fig. 3

3. Plaque de calcaire entourée d’une moulure. Découverte à Murviel-lès-Montpellier, elle est actuellement conservée dans la collection lapidaire de la Société Archéologique de Montpellier, à l’ancien lycée de garçons (2, rue Girard).

Haut. : 0,43 m ; larg. : 0,58 m ép. : 0,17 m. Champ épigraphique : haut. 0,34 m ; larg. 0,50 m. ; Haut. des lettres : 7 cm (lignes 1 et 2), 6,5 cm (ligne 3), 6 cm (ligne 4).

1. C(aio) Geminio
Apro,
C(aius) Geminius Vol (tinia)

4. Captor, patri.

« A Caius Geminius Aper, Caius Geminius Captor, de la tribu Voltinia, à son père ».

  1. Allmer, Revue épigraphique du Midi de la France, I, p. 371 n° 414 ; C.I.L. XII, 4199 H.G.L. XV, n° 1878 p. 1075-1076 ; E. Bonnet, Carte archéologique de la Gaule romaine, Département de l’Hérault, 1946, p. 11 n° 3.
Fig. 4

La formule au datif de cette épitaphe, la belle capitale à sillon triangulaire et l’élégante ligature de la troisième ligne suggèrent de placer l’inscription dans la première moitié du Ier s. après J.-C.

4. Plaque de calcaire brisée en quatre morceaux, découverte récemment à Murviel-lès-Montpellier dans la nécropole des Réaux, lors d’un défoncement de surface qui a éraflé les deux premières lettres. Conservée au Musée municipal de Murviel-lès-Montpellier (Inventaire n° 60-78) 9.

Haut. : 0,38 m larg. : 0,50 m. Champ épigraphique entouré d’une moulure : haut. 0,21 m ; larg. 0,31 m. Haut. des lettres .5 cm (ligne 1), 3,5 cm (ligne 2), 4,5 cm (ligne 3).

C(aio) Veratio

Veni Pio

« A Caius Veratius Pius, fils de Venus ».

Inédit.

On pourrait également lire, peut-être, C(aio) Veratio, Veni [f(ilio)] pio, c’est-à-dire : « A Caius Veratius, bon fils de Venus ». Le formulaire filius pius, accompagné du génitif, est en effet bien attesté à Lattes, sur le même territoire que Murviel-lès-Montpellier, dans la deuxième moitié du Ier s. avant et au début du Ier s. après J.-C. 10 Lié, semble-t-il, à la mentalité indigène, il peut, selon les cas, qualifier un dédicant anonyme ou se rapporter au défunt mentionné dans l’épitaphe. Quoiqu’il en soit, la construction au datif de l’inscription et l’usage de la filiation au génitif, qui présente une tournure celtique, permettent de placer le document au début du Ier s. après J.-C.

Fig. 5

5. Stèle en calcaire, décorée dans sa partie supérieure de deux bustes, placés dans une niche, dont seul subsiste celui d’un homme jeune. A sa droite, traces du buste d’une femme (?). Trouvée à Murviel-lès-Montpellier, elle est aujourd’hui conservée au siège de la Société Archéologique de Montpellier, 5 Rue des Trésoriers de la Bourse (Inventaire n° 1053).

Haut. : 0,49 m ; larg. : 0,50 m ; ép. : 0,14 m. Champ épigraphique : haut. 0,12 m ; larg. 0,45 m. Haut. des lettres : 4 cm (ligne 1), 3,5 cm (ligne 2).

..] itae, Quinto …] Ferrini f(ilio), … d(edit) ]d(edicavit)

« A… ta et à Quintus…, fils de Ferrinus, un tel a donné et dédié (ce monument) ».

C.I.L. XII, 4210 ; H.G.L. XV, n° 1880 p. 1076 ; E. Espérandieu, Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine, I, 1907, n° 519 p. 337 ; E. Bonnet, Carte archéologique de la Gaule romaine, Département de l’Hérault, p. 11 n° 5.

C’est le monument funéraire d’un homme et d’une femme, sans doute l’épouse et le mari. Le Corpus donne la lecture d’un P à la dernière ligne, mais il s’agit visiblement d’un D qui n’était suivi d’aucune lettre et qui doit appartenir à une formule de dédicace.

Le formulaire au datif et le génitif de filiation invitent à placer ce petit monument au début du Ier siècle après J.-C.

6. Longue pierre calcaire qui sert de linteau à la porte d’une maison du village de Murviel-lès-Montpellier 11.

Haut. : 1,42 m ; larg. : 0,27 m dans le bas, 0,285 m dans la partie supérieure ; ép. : 0,17 m. Haut. des lettres : 5 cm.

Teres l(ibertus ?) « Teres, affranchi ».

H.G.L. XV, n° 1881 p. 1076 (donne par erreur la lecture : L. Teres).

La pierre, qui s’évase légèrement vers le haut, est intacte du côté gauche, ainsi qu’à droite sauf au niveau de sa base. S’il est possible d’affirmer qu’il ne s’agit pas d’une stèle, puisqu’on voit encore les moulures qui en limitaient le socle et qui prouvent que la pierre n’était pas fichée en terre, on ne peut dire ce qu’était, dans son état primitif, le monument dont la partie supérieure a été arasée. L’Histoire Générale de Languedoc a émis l’hypothèse qu’il s’agirait d’un autel en gaine d’Hermes surmonté d’un buste.

Fig. 6

7. Sept fragments d’une plaque de marbre rose trouvés, lors de fouilles faites à Murviel-lès-Montpellier par la Commission de la Carte des Gaules, avec d’autres débris antiques (fragments de statues et de chapiteaux, céramiques) dans une citerne située près du sommet de l’oppidum. Le document se trouve au siège de la Société Archéologique de Montpellier, 5 Rue des Trésoriers de la Bourse, qui l’a acquis en août 1862 (Inventaire n° 805).

Haut. : 0,34 m ; larg. : 0,35 m ; ép. : 0,015 m. Haut. des lettres : 5 cm.

…] na ( ?) …] náso

A. de Montgravier et A. Ricard, Murviel, ruines d’un oppidum des Volces Arécomiques, Revue Archéologique, 2ème série, VII, 1863, p. 158 ; C.I.L. XII, 4205 ; H.G.L. XV, n° 1879 p. 1076 ; E. Bonnet, Carte archéologique de la Gaule romaine, Département de l’Hérault, 1946, p. 11 n° 4.

Les éditeurs précédents n’ont publié que la deuxième ligne. Il subsiste cependant des traces visibles de lettres appartenant à une ligne supérieure, sensiblement écartée de la suivante. L’état actuel ne permet pas d’interpréter ce qui semble être la fin d’un mot.

La belle gravure est du Ier siècle ap. J.-C. L’apex qui surmonte la lettre A de la deuxième ligne indique d’ordinaire une voyelle longue aux Ier et IIe siècles 12.

8. Cippe en calcaire trouvé en 1896 dans l’église de Montarnaud 13 au cours d’une tournée d’inspection par J. Berthelé, archiviste du département, et le chanoine L. Cassan, archiviste du diocèse. Il est actuellement conservé à l’intérieur du château de Montarnaud, propriété de Mme de Nicolay.

Fig. 7

Haut. : 0,70 m ; larg. : 0,39 m ; ép. : 0,27 m. Champ épigraphique : haut. 0,31 m ; larg. 0,275 m. Haut. des lettres : 3 cm.

On discerne deux registres d’écriture. Les quatre premières lignes offrent une capitale soignée, aux lettres larges. Les A sont bien ouverts avec une barre horizontale à mi-hauteur, les O et les D sont arrondis bien que les P aient une bourse ouverte. Les mots sont séparés par des points circulaires. En revanche, les deux dernières lignes présentent des lettres étroites et serrées qui ne sont pas sans rappeler la graphie de l’autel de P. Anthius Logus à Murviel-lès-Montpellier (ci-dessus n° 1). Les A n’ont pas de barre horizontale, le O est pointu à ses extrémités, les B et les D ont des panses légèrement déportées vers le bas, le L a une barre inférieure très réduite ; enfin, les traits obliques des M et des N parviennent aux deux tiers des hastes verticales. Quant à la gravure, elle est sensiblement moins profonde que celle du début de l’inscription.

1. D(is) M(anibus)
P(ublii) Caecilii, P(ublii) f(ilii),
Volt(inia), Titulli,

4. ann(orum) IV, mens(ium) V,
Vibi(a ?) Clar(a ?) Samnag(ensis)
blandissimo.

« Aux dieux Mânes de Publius Caecilius Titullus, fils de Publius, de la tribu Voltinia, âgé de quatre ans et cinq mois, Vibia Clara (?), du peuple des Samnagenses, au très charmant (enfant) ».

Fig. 8

J. Berthelé, Rapport de l’archiviste du département de l’Hérault, Conseil général de l’Hérault, session d’août 1896, Rapport du Préfet et rapports des chefs de service, p. 231 ; A. Héron de Villefosse, Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France, 1896, p. 232 ; Année Épigraphique, 1896, n° 87 A. Allmer, Revue épigraphique du Midi de la France, III, 1897, p. 446 n° 1182 Mémoires de la Société Archéologique de Montpellier, 2e série, I, 1894-1899, p. 416 (séance du 16 juin 1896) ; J. Berthelé, Les « Samnagenses » et l’oppidum de Nages (Gard), à propos de l’inscription romaine de Montarnaud, Mémoires de la Société Nationale des Antiquaires de France, LXII, 1901, p. 241-292 E. Bonnet, Antiquités et monuments du département de l’Hérault, 1905, p. 310 n. 1. E. Espérandieu, Inscriptions latines de Gaule Narbonnaise, Paris 1929, n° 545 ; E. Bonnet, Carte archéologique de la Gaule romaine, Département de l’Hérault, 1946, p. 19 n° 57.

La lecture de l’inscription est difficile à la cinquième ligne. Si Samnag ne fait pas problème, il n’en est pas de même du ou des mots qui précèdent. Les leçons anciennes VIB.ECLAE ne conviennent guère et n’offrent pas de sens 14. Nous suggérons de lire Vibi(a) Clar(a), gentilice et surnom attestés à Nîmes et plus généralement en Narbonnaise : il s’agirait peut-être de la mère de l’enfant défunt.

Le formulaire D(is) M(anibus) suivi du génitif, l’abréviation des noms de la femme et la graphie des deux dernières lignes nous font supposer une date proche de la fin du IIe siècle ap. J.-C.

II - L'apport de l'épigraphie a l'Histoire de Murviel-lès-Montpellier

Fig. 9

Les inscriptions de Murviel-lès-Montpellier, comprises entre la fin du Ier siècle av. J.-C. et la fin du IIe siècle ap. J.-C., confirment que l’occupation du site s’est prolongée sous le Haut Empire 15. Aucune ne nous a laissé le nom antique de l’agglomération, et aucun texte ne vient suppléer cette lacune 16. La mention de Muro Vetulo, qui qualifie l’aspect du site et de ses fortifications, remonte seulement au XIe siècle 17. L’intérêt de l’inscription de Montarnaud vient donc de ce qu’elle mentionne, à la cinquième ligne, le peuple des Samnagenses. Ce n’est pas le lieu d’ouvrir le dossier de cet ethnonyme. Nous nous bornerons à rappeler ici que les Samnagenses sont connus par trois sources. Ils sont mentionnés par Pline l’Ancien dans sa célèbre énumération des oppida latina de Gaule Narbonnaise : Oppida latina Aquae Sextiae Salluviorum, A vennio Cavarum (.), Nemausum Arecomicorum, Piscinae, Ruteni, Samnagenses, Tolosani Tectosagum Aquitaniae contermini, « Oppida de droit latin : Aix des Salyens, Avignon des Cavares (…), Nîmes des Arécomiques, Pézénas, les Rutènes, les Samnagenses, les Toulousains, peuple des Tectosages, limitrophes de l’Aquitaine » 18. Il existe d’autre part un monayage de bronze, à légende grecque Samna /gêt[ôn], dont la typologie est très proche de celle des petits bronzes de Marseille au taureau cornupète et que l’on situe au Ier siècle av. J.-C. : la carte de répartition actuelle va des Bouches-du-Rhône à l’Hérault, les points les plus occidentaux étant Aumes et Magalas 19. L’épigraphie, enfin, fournit deux inscriptions celle de Montarnaud publiée dans cette étude et celle qui fut découverte à Nîmes en 1560 20. Cette dernière, perdue depuis longtemps 21, qui paraît être du IIe siècle, rappelait les générosités d’un personnage dont le nom a disparu après avoir mentionné des statues d’Isis, de Serapis, de Vesta, de Diane et de Somnus, ainsi qu’une sportule de cinq deniers par tête aux décurions de Nîmes à l’occasion de la dédicace du temple d’Isis et de Serapis, elle indiquait l’offrande d’une imago de Mars en argent aux [S]amnagenses. En s’appuyant sur ce dossier de sources, on a voulu localiser la ville des Samnagences. On a, tour à tour, proposé Senez (Alpes de Haute-Provence), Senas (Bouches-du-Rhône), Saint-Pierre de Sénos (Vaucluse), Ganges (Hérault), Nages (Gard), Albi (Tarn) 22. L’hypothèse d’une localisation dans la région de Murviel-lès-Montpellier devra faire l’objet d’un examen attentif que nous avons l’intention de publier dans une prochaine étude.

Murviel-lès-Montpellier, en tout cas, possédait une administration qui lui était propre, comme en témoigne l’inscription n° 2 qui mentionne des édiles agissant sur décret des décurions. On a voulu y voir la preuve que l’agglomération possédait une « organisation municipale » 23. Il nous paraît exclu, dans l’état actuel des connaissances, que Murviel ait été une cité possédant ses propres décurions : ces derniers sont probablement ceux de Nîmes sur le territoire de laquelle se trouvait l’oppidum. En ce qui concerne les édiles, on ne peut guère retenir l’hypothèse d’O. Hirschfeld, dans le Corpus, selon qui ce seraient ceux de Sextantio dont Murviel-lès-Montpellier aurait dépendu. Sont-ils donc, eux aussi, des magistrats nîmois comme l’a supposé E. Herzog 24 ? Il ne nous semble pas. Les édiles de Nîmes que l’on connaît prennent soin d’indiquer qu’ils ont été aediles col[oniae] et rappellent leur appartenance à la tribu Voltinia, selon la règle habituelle d’accès à la citoyenneté romaine dans une cité de droit latin que mentionne clairement Strabon : « Nemausus jouit de ce qu’on appelle le jus latii, droit qui assure la citoyenneté romaine à qui a revêtu l’édilité ou la questure » 25. Ce n’est pas ici le cas. Certes, l’absence de l’indication de la tribu Voltinia n’est pas à elle seule une preuve décisive, mais on remarque, toutefois, que les deux hommes ne portent qu’un prénom immédiatement suivi d’un cognomen 26. On penchera par conséquent vers une autre solution : S. Vetto et C. Pedo ont été des édiles propres à Murviel 27.

Si l’on met donc entre parenthèses un hypothétique statut d’oppidum latinum, supposition contre laquelle semble aller l’état-civil de ces deux édiles, on serait ici dans le cadre bien connu de l’administration des vici, tout au moins à la date de l’inscription n° 2. Pour administrer ces agglomérations, plus ou moins importantes, qui ne possédaient aucun statut particulier et qui étaient incluses dans le territoire d’une cité 28, on trouvait des magistri, aediles, quaestores, curatores ou actores 29. Ces responsables annuels 30 étaient-ils nommés par les autorités de la cité ou étaient-ils choisis par les vicani, habitants du vicus, qui se réunissaient en assemblées aptes à prendre des décisions pour toute la communauté villageoise, comme le montrent les formules : (ocus) d(atus) d(ecreto) v(icanorum) et exvic (anorum) d(ecreto) 31 ? C. Jullian a fait observer que le titre d’édile indique plutôt une nomination sur place 32, mais il reste douteux que ce système ait été appliqué à Murviel-lès-Montpellier puisque les travaux menés par les édiles y furent exécutés sur décret des décurions de Nîmes. On supposerait plus volontiers que dans ce cas S. Vetto et C. Pedo aient été des fonctionnaires chargés de gérer les affaires de la bourgade par délégation et sous l’autorité des magistrats nîmois. Ils eurent pour mission, notamment, de diriger des travaux publics, ce qui correspond à la pratique habituelle de ce type de responsables et qui convient bien à l’époque où ils vivaient (fin Ier s. av. ou début Ier s. ap. J-C.), caractérisée par de nombreux aménagements édilitaires. Du chemin et du réservoir qu’ils firent réparer, on ne sait rien. On signale toutefois à Murviel-lès-Montpellier, en dehors de l’enceinte, l’existence d’une fontaine dont la construction serait antique et dont les eaux alimentaient encore les habitants au début du XXe siècle. Deux piédroits soutenaient, à l’entrée, un gros bloc monolithe de 3,50 m formant linteau, et l’intérieur voûté en plein cintre, qu’A. Ricard visita en 1839, se divisait en trois réservoirs où l’eau se décantait successivement 33.

Ces inscriptions jettent un peu de lumière sur la romanisation progressive d’une petite bourgade, romanisation plus tardive qu’on ne le pense parfois. A la fin du Ier s. av. et au début du Ier s. ap. J.-C., il semble que la population de Murviel-lès-Montpellier soit encore proche d’une mentalité celtique. On y utilise des noms celtes : Vetto, Ven(n)us 34. La filiation est indiquée par le nom du père au génitif : C. Veratius Veni, Q. Ferrini f(ilius). Mais les coutumes romaines d’état-civil commencent à s’introduire avec l’usage des tria nomina. A cet égard, il est intéressant d’observer la désignation des deux édiles S. Vetto et C. Pedo qui portent un prénom et un cognomen, sans gentilice. Ce système ne doit pas être confondu avec ce qu’on appelle habituellement les duo nomina (prénom et nom) qui en principe disparaissent avec le règne de Claude. Ce n’est pas non plus le couple nom et surnom qui devient de mode à partir de la seconde moitié du IIe s. ap. J.-C. et qui finit par l’emporter au III35. On a ici d’un côté un élément onomastique typiquement romain, le prénom, inconnu des Gaulois, accolé à un élément plus celtique dans la mesure où il s’affilie à la tradition du nom unique. Il y aurait dans ce cas comme une esquisse d’un phénomène plus général et connu ailleurs : la fabrication d’un gentilice à partir d’un cognomen individuel promu au rang de patronyme par modification de la désinence 36. Ce serait en quelque sorte un chaînon intermédiaire dans l’évolution qui a conduit du nom unique aux tria nomina classiques 37. Ces tria nomina, si l’on met à part le cas douteux de C. Veratius (Pius ?), sont utilisés dans des inscriptions plus tardives : C. Geminius Aper et C. Geminius Captor (première moitié du Ier s.) P. Caecilius Titullus (fin du IIe s.), avec transmission au fils non seulement du gentilice mais également du prénom du père. Mais il est symptomatique que ces quelques cas concernent alors précisément des citoyens romains : si C. Geminius Aper n’avait encore peut-être que le droit latin, son fils de toute évidence a la cité romaine puisqu’il est inscrit dans la tribu Voltinia, de même que P. Caecilius Titullus, mort en bas âge, ce qui suppose que son père avait déjà la civitas pleine et entière. Quant aux gentilices attestés à Murviel-lès-Montpellier, ils n’offrent aucune originalité et sont largement attestés dans la province de Narbonnaise ou plus particulièrement dans la région nîmoise : Cornelius 38, Geminius 39, Veratius 40, Caecilius 41, Vibius 42.

Reste qu’à la fin du IIe siècle apparaît un élément gréco-oriental dans cette onomastique . P Anthius Logus, prêtre du culte de Mithra. Le nom Anthius dérive du cognomen Anthus qui se rencontre en association avec les cultes orientaux 43 et que J.-J. Hatt a classé parmi les surnoms religieux dont la popularité en Gaule s’est largement répandue 44. Logus est la forme romanisée d’un mot grec. Il semblerait donc que P. Mthius Logus fût un homme, affranchi peut-être, d’origine orientale ce qui est en accord avec sa fonction dans une communauté mithraïque. En qualité de pater sacrorum, en effet, il en accueillait les nouveaux membres et se chargeait de leur initiation aux divers grades de mystères 45. V.-J.Walters a fait remarquer que les documents du culte de Mithra en Gaule se trouvent surtout le long de l’axe rhodanien et autour des Bouches-du-Rhône 46 : ce serait donc à partir de là qu’il aurait gagné le territoire de la cité de Nîmes. Il semble toutefois que P. Anthius Logus a dû exercer sa fonction plutôt à Nîmes qu’à Murviel-lès-Montpellier même 47.

Ainsi le dossier épigraphique de Murviel-lès-Montpellier n’est pas sans intérêt. Sa minceur n’est qu’apparente : il suffit de penser aux innombrables oppida languedociens dépourvus totalement d’inscriptions latines. Son existence confirme que ce type d’habitat a perduré bien après l’époque augustéenne à laquelle trop souvent on rattache le déclin et la disparition des oppida. Il contribue de plus à éclairer l’organisation du territoire qui dépendait de Nîmes et devrait donc être rapproché des études de cadastres romains qui connaissent actuellement un bel essor dans le Midi 48.

Notes

  1. J.-C. M. Richard, La région montpelliéraine à l’époque préromaine (750-121 avant J.-C.), Bruxelles, 1973, p. 42-45, 71-75 129, 153-154 ; GaIlia, 27, 1969, p. 397 ; 29, 1971, p. 385-386 ; 36, 1978, p. 443 ; 37, 1979, p. 532 ; J.-C. Richard et J.-L. Fiches, Deux sites fortifiés de la Gaule méridionale : les oppida d’Ambrussum (Villetelle, Hérault) et du Castellas (Murviel-lès-Montpellier, Hérault), Revue Historique des Armées, 1979, n° 3, p. 27-39. Les recherches archéologiques sont conduites avec l’active collaboration de M.-P. Soyris, conservateur du Musée municipal, et des membres du Groupe de Recherches Archéologiques de Montpellier et de sa région. La municipalité et la population de Murviel-lès-Montpellier apportent tout leur concours à ces recherches.

  2. On en trouvera les références ci-dessous. E. Bonnet, Carte archéologique de la Gaule romaine, Département de l’Hérault, 1946, p. 11, cite les cinq documents publiés par le Corpus, mais mentionne qu’on en a trouvé six dans ses Antiquités et monuments du département de l’Hérault, in Géographie générale du département de l’Hérault, t. 3, 2e fascicule, p. 402 n° 2. Les références de cet ouvrage seront données dans l’édition originale, et non dans le tiré-à-part dont la pagination a été reprise pour la réimpression de 1980.

  3. Nous avons écarté de notre liste deux textes suspects (C.I.L. XII, * 272 ; H.G.L. XV, p. 1200 n° 2231) que nous n’avons pu retrouver :
1) NEBRUS SUMP : P. Gariel, Series praesulum Magalonensium et Monspeliensium, Toulouse, 2e éd. 1665, p. 24 ; Id., Idée de la ville de Montpellier recherchée et présentée aux honestes gens, Montpellier, 1665, p. 98 ; Ch. d’Aigrefeuille, Histoire de la ville de Montpellier, éd. 1739, II, p. 80. Cette inscription aurait été vue au bas de la colline de Murviel-lès-Montpellier, à proximité de la fontaine.
2) En caractères grecs : Philocratôr /ole /opolgeorgos. P. Gariel, op. cit. ; E. Bonnet, Antiquités…, p. 361-362. Sur la base d’un fût de colonne cannelée qui sert de borne subsistent des traces de lettres trop usées pour en tirer la moindre lecture. Ce document correspond, peut-être, à ce qu’à signalé le Chanoine Gariel.

  4. Nous adressons nos remerciements à Mmes et MM. les membres du Groupe de Recherches Archéologiques et Historiques de Montpellier et de sa région, à M. P. Soyris, Conservateur du Musée municipal de Murviel-lés-Montpellier, à M. P. Devèze, Maire, et à son Conseil municipal, à M. M. David, de Murviel-lès-Montpellier, à Mme de Nicolay et sa famille, à M. R. Saint- Jean, Conservateur des collections de la Société Archéologique de Montpellier. Nous exprimons également notre gratitude à MM. les Professeurs M. Vermaseren et L. Vidman pour les renseignements qu’ils nous ont communiqués et à M. M. Chalon, Maître-Assistant à l’université Paul Valéry de Montpellier, pour l’aide qu’il nous a apportée.

  5. J.-C. Richard et P. Soyris, Les monnaies de l’oppidum du Castellas à Murviel-lès-Montpellier (Hérault) (1950-1975), Revue Archéologique de Narbonnaise, 9, 1976, p. 219-245 ; J.-Ch. Balty, Un portrait romain d’époque républicaine trouvé en Narbonnaise à Murviel-lès-Montpellier (Hérault), Revue Archéologique de Narbonnaise, 14, 1981 ; J.-C. Richard, M. Feugère, P. Soyris, Les fibules de Murviel-lès-Montpellier (Hérault), Archéologie en Languedoc, 3, 1980, p. 123-134.

  6. C’est par erreur que M.-J. Vermaseren (C.I.M.R.M., I, 885) et V.-J. Walters (E.P.R.O. 41, p. 36 et p. 63) en ont fait une inscription de Sextantio.

  7. M. Le Glay, Remarques sur l’onomastique gallo-romaine, dans L’onomastique latine, Colloques Internationaux du C.N.R.S., n° 564, Paris, 1977, p, 274.

  8. Nous possédons du même auteur une description de la découverte dans les Mémoires de la Société Archéologique de Montpellier, 1ère série, 2, 1841-1849, Compte-rendu des séances, p. IV, séance de février 1839 : « M. Richard donne connaissance de nouvelles découvertes faites à Murviel et informe notamment qu’on a mis à jour de fortes murailles composées de trois assises de pierre et une inscription antique qui donne à penser, d’après le mot lacum qu’on y remarque, que ces constructions sont les restes d’un ancien lac ou réservoir de la ville. M. Richard soumet les dimensions du texte entier de l’inscription à la Société qui charge la Commission de Murviel d’en faire l’acquisition. Dans la séance du 8 mars 1839, M. Alicot, au nom de la Commission d’exploration de Murviel, fait un rapport sur les dernières découvertes qu’ont amenées dans cette localité les fouilles ordonnées par la Société. Il résulte de ce rapport qu’ils été trouvé au fond d’une tranchée de 1 m 72 de profondeur de grosses pierres de taille sur l’une desquelles figurait l’inscription dont il s été parlé. Ces pierres affectaient une ligne légèrement courbe et étaient posées en retrait, d’assise en assise, de manière à présenter la forme de gradins. Quatre assises encore en place figuraient cette disposition d’une manière non douteuse. Vers le milieu de cette ligne de construction a été reconnu un passage de 1 m 50 environ dallé en pierres plates et disposé en plan incliné. Les membres de la Commission n’ont pas hésité à penser que là avait dû exister un lac ou réservoir destiné aux besoins des habitants de l’antique Altimurium. Une sonnette de troupeau, trouvée en ce lieu profondément oxydée, ainsi que quelques pièces de monnaie antique en bronze dans le même état d’altération, confirment cette supposition par les traces visibles qu’elles portent d’un long séjour au fond de l’eau… ».

  9. Cette inscription provient de la parcelle 427 section A ; elle a été généreusement donnée au Musée par M. M. David que nous tenons à remercier ici.

  10. E. Demougeot, Stèles funéraires d’une nécropole de Lattes, Revue Archéologique de Narbonnaise, 5, 1972 n° 2 p. 66, n° 3 p. 67, n° 6 p. 71, n° 9 p. 74, n° 11 p. 76, n° 16 p. 84, n° 23 p. 95 et n° 25 p. 97. Sur ces huit exemples, cinq sont de la deuxième moitié du Ier s. av. et trois du début du Ier s. ap. J.-C. En outre, dans cinq cas, la formule apparaît dans des épitaphes à noms celtiques (E. Demougeot, loc. cit., p. 111).

  11. Cette inscription sert de linteau à la maison de M. G. Ghersi, Rue des Porches.

  12. R. Cagnat, Cours d’épigraphie latine, 1914, p. 27.

  13. Lorsque le document a été vu pour la première fois à cet endroit, il avait déjà fait l’objet d’un transport. Nous remercions Mme de Nicolay et sa famille de nous avoir autorisés à publier cette inscription.

  14. Elles sont passées de l’inventeur J. Berthelé dans les publications postérieures, y compris le Recueil d’Espérandieu qui propose toutefois d’interpréter en Vibia Eclae = Aegle.

  15. Les fouilles récentes ont montré que l’agglomération avait connu un grand développement aux deux premiers siècles. Cf. J.-C. M. Richard et J.-L. Fiches, loc. cit, p. 31-32.

  16. Les tentatives pour l’identifier avec le Naustalo d’Avienus (Or. Mar. 616), le Vindomagus de Ptolémée (II, 10,6) ou la ville des Umbranici (Pline, H.N., III, 37) sont vaines. Cf. F. de Saulcy, Etude topographique sur l’Ora Maritima de Festus Avienus, Revue Archéologique, 2e série, 15, 1867, p. 80 ; Abbé Guichard, Cahier des fouilles de Murviel, 23 mars 1932, et Mémoires de la Société Archéologique de Montpellier, 2e série, 11, 1958, p. 39 (séance du 7 juillet 1934) ; E. Desjardins, Géographie historique et administrative de la Gaule romaine, II, p. 120.

  17. J.-C.M. Richard, La région montpelliéraine à l’époque préromaine (750-121 av. J.-C.), Bruxelles, 1973, p. 43. Le nom d’Altimurium, donné par les Chroniques de Saint-Denis (LVII, 27) comme étant celui d’une ville détruite en 737 par Charles Martel, ne se trouve que dans la traduction française des Chroniques faite au XIIIe siècle, et non dans le texte latin (ibid., p. 35 n. 15).

  18. Pline, H.N., III, 37 (éd. D. Detlefsen, 1972, p. 16), avec les variantes Samnegenses, Samna gens est.

  19. R. de Lagoy, Description de quelques médailles inédites de Massilia, de Glanum, des Caenicenses et des Auscii, Aix, 1834, p. 38-40 et fig. n° 25 id., Notice sur l’attribution de quelques médailles des Gaules inédites ou incertaines, Aix, 1837, p. 28-29 et fig. n° 15 ; L. de La Saussaye, Numismatique de la Gaule Narbonnaise, Blois-Paris, 1842, p. 99-102 ; F. de Saulcy, Lettres à M. de Longpérier sur la numismatique gauloise, Revue numismatique, 2e série, 8, 1863, p. 156-157 et pl. VI fig. 1 et 2 ; E. Muret et A. Chabouillet, Catalogue des monnaies gauloises de la Bibliothèque Nationale, Paris, 1889, n° 2256 à 2275 ; E. Bonnet, Médailles de la Société archéologique de Montpellier, Montpellier, 1896, p. 12-13, n° 161 à 164 ; R. de Lagoy, Médailles gauloises, Revue numismatique, 1857, p. 388-389 et pl. XI n° 2. Le dossier numismatique sera présenté ailleurs par J.-C. Richard.

  20. C.I.L. XII, 3058 = H.G.L. XV, n° 94 p. 565-566 et n° 447 p. 747-748 = L. Vidman, Sylloge inscriptionum religionis lsiacae et Sarapiacae, Berlin, 1969, n° 728 p. 311.

  21. J. Berthelé, Mémoires de la Société Nationale des Antiquaires de France, LXII, la donne comme perdue peu après sa découverte. M. Victor Lassalle, Conservateur des Musées de Nîmes, ne l’a pas retrouvée.

  22. Parmi les auteurs qui ont émis ces hypothèses, nous citerons : en faveur de Senez, A. Longnon, Géographie de la Gaule au VIe siècle, 1878, p. 459, et Atlas historique de la France, p. 159 ; en faveur de Senas, Baron Walckenaer, Géographie ancienne, historique et comparée des Gaules, 1839, I, p. 281-282 ; de La Saussaye, op. cit., p. 100 ; G. Conbroux, Catalogne raisonné des monnaies nationales de la France, 1839, 1ère partie, p. 39, art. 549 ; J. Laugier, Les monnaies massaliotes du Cabinet des médailles de Marseille, 1887, p. 54 ; en faveur de Saint-Pierre-de-Sénos, Fr. Germer-Durand, H.G.L., XV, p. 748 ; en faveur de Ganges, E. Germer-Durand, H.G.L., XV, p. 566 ; en faveur de Nages, J. Berthelé, Mém, Soc. Nat, Antiq. Fr., LXII, 1901, p. 241 sq. ; en faveur d’Albi, A. Allmer, Revue épigr. Midi Fr. 1897, p. 446. Pour sa part, G. Barruol, Les peuples préromains du Sud-Est de la Gaule, Étude de géographie historique, Paris, 1969, situerait la ville des Samnagenses non loin du delta du Rhône, sur la rive languedocienne du fleuve, dans la région de Remoulins ou de Bagnols-sur-Cèze, (p. 202-203).

  23. A. Pelet, Mémoires de l’Académie du Gard, 1863, p. 52.

  24. E. Herzog, op. cit., p. 126.

  25. Strabon, IV, 1, 12.

  26. Vetto est considéré comme un surnom dans les Indices du C.I.L. XII qui n’en donnent pas d’autre exemple. L’origine en est celtique. On connaît un M. lulius Vettonianus à Nîmes (I.L.G.N., 475). Pedo est un cognomen atteste à Nîmes et dans la Narbonnaise (C.I.L. XII, 1295, 2744, 3850, 4068, 4883 ; I.L.G.N. 516).

  27. E. Bonnet, Antiquités…, p. 354.

  28. Isidore, Etym. XV, 2, 11.

  29. C.I.L. XII, 1005, 2250, 2611 ; A.E. 1969-1970, 388. Pour des exemples originaires des Trois Gaules, cf. M. Gayraud, L’inscription de Bram (Aude)…, Revue Archéologique de Narbonnaise, 3, 1970, p. 106-107. Les titres sont assez semblables à ceux des responsables des pagi, cf. M. Gayraud, Narbonne antique des origines à la fin du IIIe siècle (Rev. Arch. de Narbonnaise, Suppl. 8), Paris, 1981, p. 346-347.

  30. Festus, p. 371, 21, éd. Müller = p. 502, éd. Lindsay.

  31. C.I.L. XII, 1783, 1815, 2449, 2461, 4155.

  32. C. Jullian, Histoire de la Gaule, IV, Paris, 1913, p. 353 ni.

  33. A.-L. Millin, Voyage dans les départements du Midi de la France, IV, 1808, p. 348-349 ; A. Ricard, Notice sur quelques sépultures antiques découvertes à Altimurium, Mémoires de la Société Archéologique de Montpellier, I, 1840, p. 519 ; E. Bonnet, Antiquités…, p. 404-405  ; id., Carte archéologique…, p. 10.

  34. Vetto est un andronyme d’origine celte : A. Holder, Alt-Celtischer Sprachschatz, 18e fasc., Leipzig, 1908, col. 268. Pour Ven(n)us ou Ven(n)a, ibid., 17e fasc., 1907, col. 173. On connaît ce dernier nom sur l’inscription du Pont de Saint-Chamas (C.I.L. XII, 647, C. Donneus Vena), à Briançon (C.I.L. XII, 95, Vena fille de Nematevus et mère d’un magistrat municipal), et à Nîmes (E. et F. Germer-Durand, Inscr. antique de Nîmes, 1893, n° 596 p. 1018 = I.L.G.N. 494, Valentina Venni filia).

  35. Cf. la mise au point récente de M. Le Glay, Remarques sur l’onomastique gallo-romaine, dans L’Onomastique latine, Colloques Internationaux du C.N.R.S., n° 564, Paris, 1977, p. 271 n. 4 et p. 274.

  36. ibid., p. 273.

  37. Sur les types de dénomination, cf. notamment E. Demougeot, Stèles funéraires d’une nécropole de Lattes, Revue Archéologique de Narbonnaise, 5, 1972, p. 49-116, en part. p. 53-55.

  38. Le nom est extrêmement fréquent dans tout l’Empire (A. Lussana, Osservazioni sulle iscrizioni di una gens romana, Epigraphica, XI, 1949, p. 33-43, compte 2600 Cornelii dans les volumes du C.I.L.). Pour la Narbonnaise, 234 exemples dénombrés R. Syme, Tacitus, p. 783 ; Y. Burnand, Domitii Aquenses, 1975, p. 226. Ce gentilice peut en partie remonter dans la Province à l’époque de Marius, lorsque Sylla (L. Cornelius Sulla) fut légat en 104 av. J.-C.

  39. En Narbonnaise : C.I.L. XII, 553, 2199, 3598, 4199, 4450, 5900 a : I.L.G.N. 422.

  40. En Narbonnaise : C.I.L. XII, 168, 272, 298, 524, 525, 527, 570, 620, 639, 660, 820, 912, 1019, 1023 add, 1133, 1251, 1377, 1675, 1710, 1717, 1778, 1956, 2297, 2417, 2586, 2838, 3289, 3290, 3431, 3495, 3791, 4782, 5217, 5218 ; I.L.G.N. 238, 370, 553, 581.

  41. Ce nom est très répandu dans la Province, particulièrement à Vienne, Nîmes, Arles, Béziers et Narbonne. E. Badian, Foreign Clientelae, 1958, p. 309 ; R. Syme, op. cit., p. 783 ; Y. Burnand, op. cit., p. 226 (63 Caecilii). L’expansion de ce nom dans la région pourrait commencer avec le gouvernement de Q. Caecilius Metellus Celer, consul en 60 av. J.-C.

  42. En Narbonnaise : C.I.L. XII, 214, 219, 234, 306, 316, 467, 710, 909, 964, 1002, 1020, 1104, 1149, 1997, 2029, 2350, 2951, 3469, 4014-4017, 4272, 4338, 4500, 4534 add, 4627, 4962, 5203,5230-5233. A Narbonne, ce gentilice peut avoir été apporté dès la fondation de 118 av. J.-C. (cf. M. Gayraud, Narbonne antique des origines à la fin du IIIe siècle, 1981, p. 153). Il faut aussi tenir compte sans doute du proconsul M’Vibius Balbinus, proconsul sous Tibère (C.I.L. IX, 5645).

  43. C.I.L. XIII, 1754 (Lyon) ; C.I.L.VI, 2232 (Rome).

  44. J.-J. Hatt, La tombe gallo-romaine, Paris, 1951, p. 49 et p. 252. D’après cet auteur, cette mode aurait été apportée par des immigrants venus des régions orientales de l’Empire. M. Le Glay a fait observer qu’elle est, au contraire, très romaine et qu’on la trouve dans la plupart des provinces (loc. cit., L’onomastique latine, 1977, p. 272-273).

  45. Autres titres attestés en Gaule : perses, C.I.L. XII, 1324 (Vaison) ; pater, C.I.L. XIII, 542 (Auch) ; pater patrum, C.I.L. XIII, 2540 (Vieu-en-Val-Romey).

  46. V.-J. Walters, op. cit., p. 31 et carte n° 2 hors texte.

  47. Sur les religions orientales à Nîmes, cf. R. Turcan, Les Religions de l’Asie dans la vallée du Rhône, E.P.R.O. 30, Leiden, 1972, p. 41 (Mithra), p. 62-63 (Cybèle), p. 109 (Jupiter Héliopolitain).

  48. Crédit photographique : n° 1, 3, 4, 6,8 : J.-C. Richard ; 2, 5, 7 : M. Chalon.