Les Écoles Normales du Gard à l’époque des lois laïques

Au seuil des années 80, il y a dans le département du Gard, l’École Normale de garçons, ouverte, ainsi que l’École mutuelle annexe, le 1er septembre 1831, deux ans avant que la loi Guizot n’y oblige les départements. Une École Normale de filles est alors créée mais pas sans racines. Alors que la loi obligeant chaque département à créer une École Normale de Filles dans un délai maximum de 3 ans est promulguée le 9 août 1879, il existe depuis juillet 1841, un Pensionnat Normal, destiné à former des institutrices et fondé par le Consistoire de Nîmes. Pour le Département du Gard, les problèmes n’ont pas été cruciaux car les structures existaient déjà. Donc, on s’est surtout préoccupé de questions matérielles, en particulier des locaux.

La formation des instituteurs avant la laïcisation

A l’origine, l’École Normale de Garçons est installée dans des locaux de particuliers, rue des Fours à chaux, puis, à la rentrée de 1884, chemin de Sauve. L’insuffisance de ces locaux amène l’Administration à envisager l’acquisition d’un terrain et la construction d’une école. En 1862, le Directeur porte son attention sur un terrain complanté de vignes et d’oliviers, route d’Uzès, la propriété Guibal.

La première rentrée scolaire a lieu le 11 octobre 1869. Comme le constate le Directeur, le bâtiment répond aux besoins ; tous les services sont pourvus, on pourrait , s’il le fallait, augmenter le personnel de l’établissement : « Nous pouvons d’ailleurs affirmer qu’au point de vue hygiénique, nos espérances se sont complètement réalisées. Quelques élèves ont été, il est vrai, un peu éprouvés au début, par l’air vif de la campagne mais leur indisposition a été de fort courte durée et aujourd’hui, maîtres et élèves, parfaitement acclimatés, jouissent tous d’une excellente santé. Aucune trace de fatigue grâce aux travaux manuels du jardin auxquels les élèves ont pris une part très active, ce qui entraîne chez eux, un délassement de l’esprit ».

L’objectif de l’École Normale ? Former des gens capables d’enseigner, de transmettre un savoir. D’après le Directeur de l’École Normale des Instituteurs en 1842, le niveau est très bas : « quelques-uns d’entre eux sont arrivés à un âge qui laisse peu de possibilité au perfectionnement ; d’autres n’ont qu’une intelligence bornée, paresseuse ; d’autres ont beaucoup de peine à comprendre des méthodes qui s’éloignent tant de la routine où ils se sont toujours traînés enfin presque tous ne peuvent parvenir à apprendre par cœur, ne fût-ce qu’une règle, qu’une définition de 2 à 3 lignes – le nombre de ceux qui nous ont pleinement satisfait n’a donc pu être que très borné ».

Les normaliens passent trois années à l’École Normale où on cherche moins à étendre leurs connaissances qu’à les fortifier en les complétant : « Nous ne tenons pas aux sujets d’élite, à ceux du moins qui se font remarquer seulement par des facultés brillantes : ils font rarement des instituteurs modèles ».

Pour l’enseignement général, les élèves s’exercent longuement à la lecture ; ce qui laisse à désirer c’est la prononciation ils apprennent à faire tous les genres d’écriture à main posée ; pour ce qui est de l’orthographe, des analyses, il y a lieu d’être satisfait quant au style on ne peut trop exiger ; en arithmétique, la moitié seulement des élèves suit convenablement les cours.

On essaie de développer chez eux l’aptitude à l’enseignement. En 1842, le Directeur déplore le manque d’aptitudes pédagogiques des maîtres : « les notions, les instituteurs les possèdent généralement mais sans s’en rendre parfaitement compte et ils manquent souvent de méthode pour les transmettre quoiqu’elles soient essentielles ». Aussi, les normaliens s’exercent à la pratique de l’enseignement à l’École Annexe, ceux de 3ème année y assistent tous à tour de rôle, en prenant à sa direction une part active sous la surveillance du maître spécialement chargé de cette école. Ils y font preuve de bonne volonté et de zèle. Leur présence dans cette école a pour objet « la mise en pratique des conseils et des leçons que le Directeur leur donne, 2 fois par semaine, sur l’éducation des enfants, les méthodes d’enseignement et la tenue des écoles en général ».

L’instituteur doit aussi savoir se rendre utile dans les communes. Ainsi à côté des matières fondamentales, on l’initie à la greffe et à la taille des arbres on lui apprend à monter et régler une horloge ; enfin, une fois par semaine, il assiste à des cours de comptabilité communale et de rédaction des actes de l’État-Civil, afin que s’il devient aussi secrétaire de mairie, il puisse remplir ces fonctions accessoires sans trop d’embarras.

On constate chez les élèves maîtres une disparité de niveau entre les catholiques et les protestants. En 1838, un inspecteur général exprime « le regret qu’il éprouve de voir que l’École ne comptât qu’un bien petit nombre de catholiques, comparativement à celui des élèves protestants ». A partir de la même année, l’Administration s’efforce de maintenir une certaine égalité numérique entre les élèves des deux cultes alors que les candidats protestants sont les plus nombreux. Il en résulte que les catholiques admis à l’École sont généralement moins instruits, moins capables que les autres : « les notes de l’élève N°1 de la série catholique sont loin de valoir celles de l’élève occupant le même rang dans la série protestante. Le N°5 de la série protestante, vaut même beaucoup mieux que le N°2 de la série catholique. En un mot la série catholique est fort inférieure à la série protestante ». En 1848, 3 élèves sur 7 obtiennent le brevet, le Directeur note que « les élèves qui ont échoué sont très peu intelligents ; s’ils ont été admis à l’École, c’est parce qu’ils sont catholiques et que jusqu’ici… les candidats catholiques s’étaient présentés en trop petit nombre au concours pour qu’il y eût latitude suffisante dans le choix ».

L’on pense généralement que l’amélioration de l’Instruction Publique aussi bien dans les campagnes que dans les villes dépend plus de la moralité des maîtres que de l’étendue de leurs connaissances et l’on se félicite que « les instituteurs semblent avoir à cœur de montrer que si leur savoir est faible, leurs convictions sont grandes ». Même comportement chez les normaliens : « leur foi est vraie, leurs convictions profondes ». En 1879, un Inspecteur Général écrit : « les élèves des deux cultes catholique et protestant y vivent en bons termes, respectant mutuellement leur liberté de conscience et préparent ainsi cet avenir attendu depuis longtemps, mais prochain aujourd’hui, où l’école communale recevra tous les enfants sans distinction de croyances religieuses ».

Le Pensionnat Normal

Toujours dans le même rapport, nous relevons : « le département n’a pas encore malheureusement d’école normale pour les institutrices. Un cours libre fort bien organisé d’ailleurs et dirigé avec beaucoup d’intelligence prépare les jeunes filles protestantes à la carrière de l’enseignement ». Le Pensionnat Normal fut la première véritable École Normale pour jeunes filles créée par les protestants de France. Son recrutement s’étendait au-delà du Gard (Lozère, Hérault, Tarn, Ardèche, Vaucluse…). L’important nombre de bourses créées par les Conseils Généraux et le fait qu’elles aient été reconduites de 3 ans en 3 ans est un signe certain de l’estime dont jouissait le Pensionnat Normal.

L’École consistoriale payante de filles, déjà existante, fut annexée comme école modèle au Pensionnat Normal dès sa création afin que les élèves-maîtresses puissent se familiariser avec leur futur métier.

De 1870 à 1883, le Pensionnat Normal connut 2 problèmes essentiels :

  • un problème de locaux : l’École préparatoire au Ministère Évangélique ayant été fermée fin juillet 72, s’était posé le problème de l’utilisation des locaux rendus disponibles. Le Consistoire refusa toute offre d’achat et le Pensionnat Normal fut transféré pendant les vacances de Pâques 77 dans les locaux du chemin de St-Gilles, bien que la Commission Permanente ait accueilli peu favorablement le projet : éloignement du centre ville, coût du transfert… Cependant, cela permit une augmentation du nombre des élèves maîtresses (de 39 à 53) et amena le Consistoire à créer dans les nouveaux bâtiments, une école modèle payante.
  • un problème de financement en liaison étroite avec le lent phénomène de sécularisation de l’État.

A la différence des écoles primaires, le passage du Pensionnat Normal sous le seul contrôle de l’État posa bien des problèmes. Le Conseil Général du Gard avait pris l’habitude d’accorder des subventions pour frais de culte aux Églises reconnues par l’État depuis 1820, il votait chaque année 14 200 F. pour l’Évêché et 6 500 F. pour le Consistoire de Nîmes qui consacrait cette allocation aux 2 institutions d’intérêt départemental qu’il dirigeait l’École Préparatoire au Ministère Évangélique et le Pensionnat Normal. En 1872, la totalité fut consacrée au Pensionnat Normal. En 1873, les membres radicaux du Conseil Général firent supprimer l’allocation mais elle fut rétablie en 1874. Le Consistoire multiplia les démarches afin d’informer le Conseil Général que cette subvention n’avait d’autre destination que la cause de l’instruction primaire.

Le 2e épisode des difficultés financières s’ouvrit en 1880 et ne devait se terminer qu’avec la disparition de l’établissement. Au renouvellement du Conseil Général de 1880, les républicains opportunistes supprimèrent le budget des cultes. Le Consistoire se tourna vers le gouvernement qui, considérant la haute qualité de l’enseignement donné au Pensionnat Normal, lui accorda une subvention de 1 500 F. que l’Inspecteur Général des écoles primaires fit porter à 3 000 F. étant donné « l’excellente tenue » du Pensionnat Normal et son « intelligente direction ».

Avec la loi du 9 août 1879, obligeant chaque département à créer une École Normale de Filles, les autorités universitaires du département du Gard entreprirent de trouver un local convenant à cet effet et certains avaient vu là une occasion pour le Consistoire de vendre à l’administration, le local du Pensionnat Normal. Le 16 février 1880, la Commission du Pensionnat Normal remit au Consistoire un long rapport où elle se prononçait contre toute éventuelle demande à l’État de se substituer au Consistoire, estimant que le Pensionnat Normal « est un centre d’instruction protestant qui ne fera pas double emploi avec la future École Normale de Filles ». Bien que ces conclusions fussent violemment combattues par certains membres du Consistoire « maintenir en face des Écoles de l’État. une école rivale ; c’est se porter en adversaire et c’est ce que ne doit pas faire le Consistoire… il est Français avant d’être sectaire », la Commission maintient son premier rapport et le Consistoire adopte ces conclusions par 11 voix contre 2 après avoir rejeté par 9 voix contre 3 un amendement tendant à offrir à l’État l’immeuble du Pensionnat Normal et à transporter ce dernier, dans son ancien local, rue des Flottes.

L’augmentation très forte des dépenses occasionnées par l’entretien du Pensionnat Normal amena le Consistoire à réviser sa position. Le 17 juin 82, il accepta de louer l’immeuble à l’État. Le 19 juin 1883, par un arrêté ministériel, le Consistoire remettait à l’État le Pensionnat Normal qui serait désormais « annexe provisoire de l’École Normale d’institutrices de Nîmes » et recevait comme directrice provisoire, la Directrice du Pensionnat Normal. Les locaux de l’École Normale de Filles n’ayant pu être prêts pour l’automne 1883, l’ouverture des cours de l’École Normale de Filles se fit dans les locaux du Consistoire, rue de St Gilles. Cette situation se prolongea jusqu’à l’été 1884 : alors les élèves purent occuper les locaux construits par l’État.

Les locaux de l'École Normale de filles :

Revenons à la construction de ces locaux. Dès la session d’août 79, le Conseil Général est invité à délibérer sur l’exécution de la loi.

« Le département du Gard possède, pour les garçons, une École Normale qui fonctionne dans d’excellentes conditions, et assure un recrutement très satisfaisant des instituteurs. Le recrutement des institutrices doit être assuré de la même manière ; il est en ce moment, pour les institutrices protestantes, très facile et trop facile même, car il y en a un grand nombre sorties pour la plupart de l’excellente École Normale protestante de Nîmes qui attendent depuis longtemps un emploi. Maïs la même facilité n’existe pas pour le recrutement des institutrices catholiques, et, au jour prochain où la lettre d’obédience ne suffira plus et où le brevet de capacité sera nécessaire pour tous, évidemment il y aura pénurie extrême de candidates. Nous devons donc sans perdre de temps, nous occuper de l’exécution de la loi ».

L’inspection Générale déplore de son côté que le recrutement des institutrices catholiques soit encore abandonné aux hasards de la préparation individuelle : « nul progrès n’est plus désirable en ce moment pour le développement de l’instruction Primaire. Élever une fille, c’est préparer une famille à la Société ».

Le Conseil Général propose de construire une École Normale de Filles sans rechercher le concours d’un autre département. La construction de l’École Normale de Garçons ayant coûté 130 000 F. dont les 2/3 environ à la charge du département, il paraîtrait normal de compter sur une dépense à peu près semblable pour l’École Normale de Filles en espérant que l’État contribuera à une partie de la dépense. « La circulaire ministérielle nous parle des libéralités de l’État qui se mesureront sur l’empressement et la générosité des départements ». La moitié des frais de première installation prise au compte du département occasionnerait pendant 4 années une dépense annuelle de 16 000 F., la 1ère annuité devant être inscrite au budget de 1880, les dépenses scolaires seraient payées sur les centimes de l’Instruction Primaire. Il est rappelé que le Conseil Général subventionne une École Normale primaire protestante et que cette subvention n’aura plus sa raison d’être le jour où existera une École Normale départementale. Ce projet soulève l’opposition des Conservateurs qui souhaitent pour réduire les dépenses, s’associer à un autre département, qui pensent que le jour où on ne se contentera plus de leurs lettres d’obédience, les institutrices congréganistes sauront passer les examens nécessaires, qui espèrent enfin que « la loi grotesque » ne passera pas au Sénat et qu’un « attentat aussi odieux contre les consciences chrétiennes et contre la liberté » ne sera pas consommé.

Pour l’emplacement, on offrait des terrains nus dans la plaine entre 5 et 10 F. le mètre carré (Cours Neuf – Moulin Raspail – rue de St Gilles…) mais même la plus réduite de ces propositions aurait entraîné le département dans une dépense hors de proportion avec le maximum de ressources pouvant être affecté à la réalisation du projet. Dans l’intérêt capital de la salubrité de l’école, il fut convenu d’en chercher plutôt l’emplacement au nord de la ville et sur un lieu un peu élevé – 4 propositions attirent l’attention du Conseil Général :

  • La propriété Boissier, à la porte de la Fontaine mais le prix était trop élevé.
  • La propriété Roussy, au pont de la route de Sauve mais la proximité du cimetière protestant présentait un voisinage importun.
  • La propriété Giran, sur le quai du Cadereau mais elle était située au-delà du quartier où sont reléguées les maisons de tolérance de la ville et c’était là, un vice absolument rédhibitoire.
  • La propriété Meynier de Salinelles, au clos Saiette, au pied de la Tour Magne, 3 ha dans une situation et une exposition des plus désirables à 30 000 F.

Cependant, des inconvénients : extrémité de la ville bien éloignée du centre mais peu gênant pour un internat, terrain mouvementé qui oblige à des prestations coûteuses, l’eau et le gaz ne pourront y arriver que par des travaux onéreux, sol aride, les murs de clôture augmenteront la dépense mais cet emplacement est dans une situation très salubre.

Le Conseil Général caresse avec prédilection le projet d’une école normale modèle, largement pourvue du luxe naturel de l’air, de l’espace, de la salubrité de la gaité. Un tel établissement ferait honneur au département et à ceux qui l’en auraient doté « la grandeur d’une nation s’atteste dans l’ampleur de ses édifices publics et particulièrement dans l’ordre des besoins moraux. Voyez, Messieurs, les congrégations religieuses, les sacrifices qu’elles savent consentir pour créer des établissements d’éducation hors pair, sous le rapport des conditions matérielles, avec ceux de l’État. Là, sans doute, est une des raisons de leur succès. Sans vous proposer de faire des folies ni de construire un palais, j’ai cru que vous m’approuveriez de n’avoir pas cédé, dans un projet de cette nature, aux conseils d’une parcimonie trop stricte ». A l’unanimité, le jury institué pour statuer sur le concours de projets, réuni le 8 juillet 1880 à la Préfecture, a préféré celui proposé par M. Lucien Feuchères.

La disposition générale des bâtiments présente une sorte de doubles tenailles deux longs bâtiments parallèles unis par un troisième bâtiment dans leur milieu ce qui donne un très grand développement de maçonnerie. Un seul dortoir est établi au 1er étage du bâtiment du milieu, il peut contenir 50 lits. Le bâtiment prévu devait loger une directrice, 5 maîtresses adjointes une infirmière, 3 domestiques, 40 à 50 élèves et au besoin, une économe.

L’adduction des eaux comporte deux espèces de travaux jusqu’à l’entrée de la propriété travaux qui incombent à la ville ; puis réservoir, canalisation intérieure et mécanisme pour l’élévation des eaux (soit une machine à vapeur, soit un manège, soit un bélier hydraulique).

Les prévisions budgétaires se portent à 200 000 F., le Ministre de l’Instruction Publique met à la disposition du Conseil Général une somme de 100 000 F.

En juillet 82, une Commission composée de 3 architectes des Bouches du Rhône, de l’Hérault et du Vaucluse, est chargée de la vérification des travaux. Certains changements ont été apportés.

  • déplacement de l’axe du bâtiment vers l’Ouest dans la masse du rocher.
  • certains matériaux ont été modifiés par rapport au projet initial
  • emploi de la pierre de Fontvieille plus tendre à la place de la pierre de Beaucaire très dure et très résistante
  • le mortier employé contient très peu de sable dans sa composition ce qui enlève de sa force de cohésion.
  • l’ordonnance architecturale de la construction a été scrupuleusement conservée.
  • le bâtiment principal a donné lieu à un excédent de dépenses occasionné par les travaux souterrains considérables.
  • il fallait en outre prévoir, puisque c’est un établissement de jeunes filles, un mur de clôture qui devait ceinturer entièrement la propriété (800 m).

Si le Préfet se retranche derrière les conclusions de la Commission, nombreux sont les membres du Conseil Général qui mettent en cause la responsabilité de l’architecte en l’accusant de s’être procuré des bénéfices illicites par des changements préjudiciables à la solidité de l’édifice.

C’est en octobre 1885 que l’École Normale de filles put prendre possession du bâtiment que le département lui avait fait construire. Mais il restait encore beaucoup à faire pour procurer aux maîtresses et aux élèves une installation convenable à tous les points de vue tant hygiénique qu’esthétique.

Avec la laïcisation, des besoins en formation apparaissent, il faut recruter davantage d’instituteurs et l’École Normale de Garçons doit faire face à des problèmes d’agrandissement.

Les locaux de l'École Normale de garçons :

En 1879, l’École Normale de Garçons compte 26 élèves maîtres et 6 pensionnaires. Aux termes de la circulaire du 20 Mai 1882 qui recommandait de recevoir l’an d’après dans les Écoles Normales le plus grand nombre d’élèves possible, le Conseil Général fit le nécessaire pour que le nombre dés élèves fut porté de 32 à 43 ; « seulement, depuis cette époque, nos élèves sont un peu les uns sur les autres… il faut se hâter d’en finir avec cette situation intolérable. Le remède est connu de tout le monde… l’École Normale actuelle est insuffisante, très insuffisante. Eh bien, qu’on nous en construise une nouvelle ou ce qui vaudrait beaucoup mieux, qu’on élève d’un étage… celle que nous occupons… »

Le nombre de 43 élèves paraît être le chiffre maximum que le bâtiment pourra accueillir tant qu’il n’aura pas été agrandi. « Depuis 1869… les temps sont bien changés… qui aurait cru alors que douze ans plus tard, les besoins de l’instruction populaire auraient pris un tel développement, que la nouvelle École construite pour un personnel de 32 élèves serait juste trop petite de la moitié. C’est cependant ce qui est arrivé ».

En effet, le nombre d’élèves maîtres admis à l’École Normale, limité par l’exigüité des locaux, ne suffit pas au recrutement du personnel si bien que l’Administration se voit obligée de prendre des maîtres qui sont arrivés au brevet sans passer par l’École Normale et qui ne peuvent acquérir les connaissances pédagogiques nécessaires à tout instituteur qu’en débutant en qualité d’adjoints dans des écoles importantes.

« Je disais que tous les départements qui environnent le Gard, l’Hérault, les Bouches du Rhône, le Vaucluse, l’Ardèche même, avaient pris les devants et doublé le personnel de leurs Écoles ; que le Gard seul, faute d’un immeuble suffisant, n’avait rien pu faire encore et que pour assurer le recrutement des instituteurs, l’Administration académique avait dû se résigner à confier les nombreux emplois vacants à tous les postulants munis d’un brevet, quels que fussent d’ailleurs leur âge et leur origine… Il faut se demander si un personnel ainsi obtenu sera toujours à la hauteur de sa tâche et si on n’aura pas plus tard le regret d’avoir introduit dans le personnel enseignant un trop grand nombre de maîtres n’ayant jamais connu la discipline des Écoles Normales et par conséquent, n’offrant pas, pour la plupart, des garanties suffisantes d’instruction et surtout d’instruction professionnelle ».

Or en 1884, l’École Normale doit procéder à des réparations, certaines parties du bâtiment inspirant des craintes sérieuses au point de vue de la solidité, les délais de garantie étant expirés, le paiement des réparations incombe au Département. L’architecte départemental, Monsieur Feuchères ayant évalué la dépense à 31 500 F., la Commission des bâtiments départementaux exprime alors l’avis qu’il y aurait intérêt à faire de nouvelles études en y comprenant l’agrandissement du local. Elle manifeste le désir de réaliser les 2 projets à la fois (devis 50 839 F). A la demande d’un Inspecteur Général de l’Instruction Publique, on substitua au projet d’agrandissement par surélévation, un projet d’agrandissement latéral afin de ne pas surcharger un édifice déjà fatigué.

En 1885, l’Inspecteur d’Académie constate avec satisfaction que l’École Normale de Garçons a été restaurée et considérablement agrandie. Rien ne s’opposait donc plus à ce que l’effectif des élèves maîtres soit porté à 50. Alors que les travaux avaient été exécutés tant pour l’École Normale de Filles que pour l’École Normale de Garçons et les fonds départementaux mandatés et affectés à leur destination, la subvention de l’État dont l’Administration départementale avait plusieurs fois réclamé l’ordonnance, n’avait pas encore été mise à sa disposition par suite de l’épuisement des crédits inscrits au budget de 1885.

Le Conseil Général se voit donc obligé de recourir à un emprunt dans les conditions prévues par la loi du 20 juin 1885. « L’État n’interviendra à l’avenir, dans les dépenses de construction ou d’appropriation d’établissements scolaires, qu’en remboursant à titre de subventions aux départements et aux villes ou communes, les annuités nécessaires au service de l’intérêt et de l’amortissement des emprunts contractés par eux en vue des dépenses… ». Le Conseil Général contracte donc un emprunt au Crédit Foncier de France, aux conditions de cet établissement. Cet emprunt qui n’aggravait en rien les charges du département, souleva cependant l’indignation de certains membres du Conseil Général, inquiets de ta solvabilité des finances de l’État.

Conséquences de la laïcisation sur le fonctionnement des Écoles Normales :

Le problème des locaux résolu, nous pouvons nous interroger sur les conséquences de la laïcisation sur le fonctionnement des Écoles Normales. Sous l’effet des besoins, le nombre de postes mis au concours va en augmentant, on fait même appel à des suppléants selon les années. L’âge moyen des candidats se situe entre 18 et 15 ans, la plupart ont le brevet (en 1888, 17 sur les 20 garçons et 13 sur les 15 filles), chacun est soumis à une enquête préalable portant sur leur moralité et l’honorabilité de leurs parents.

Ce qui apparaît intéressant, c’est la révision du concours prévue dans la circulaire de Jules Ferry du 17 juillet 1881.

  • 1ère innovation, la composition du jury d’examen: pour entourer de plus de garanties le choix des élèves-maîtres, les candidats sont examinés au chef lieu du département par une Commission nommée par le Recteur et qui comprend parmi les membres outre le Directeur, un inspecteur de l’enseignement primaire et le Président de la Commission de surveillance, un maître adjoint de chaque école normale (un en lettres, l’autre en sciences). « Il convenait de ne pas laisser plus longtemps les professeurs de l’école étrangers à un examen qui donne entrée dans l’établissement… (ils) ont intérêt à ce que les portes de l’école ne s’ouvrent qu’à des candidats bien préparés ; habitués, d’ailleurs à pratiquer les élèves, ils sont plus aptes que personne à découvrir sous une enveloppe un peu rude, les qualités dont les aspirants peuvent être doués… »
  • 2ème innovation, la forme du concours: les compositions écrites auront lieu au siège de chaque circonscription, seront adressées le même jour à l’inspecteur d’Académie qui réunira la Commission pour corriger les copies et dresser une liste d’admissibilité. Au jour fixé, les candidats admissibles se réuniront à l’École Normale où ils viendront passer, aux frais de l’État, les 8 ou 10 jours proposés comme temps normal d’épreuves. Mais, outre l’examen oral, la Commission accueillera comme élément d’appréciation, les indications que lui apporteront le directeur et les professeurs qui pendant toute la semaine vivront au milieu des candidats, les traiteront par avance comme s’ils étaient déjà de la maison. Tous les soirs, mettant en commun leurs observations, ils prépareront un rapport détaillé sur chaque candidat ; « ce qui importe c’est moins de constater qu’un candidat possède une certaine somme de connaissances que de s’assurer qu’il est apte à en acquérir de nouvelles ; ce qui importe, c’est de découvrir s’il a, dès à présent, ou s’il est en voie d’acquérir les qualités d’esprit et de caractère qui sont, pour l’avenir, des indices sérieux, sinon d’absolues garanties, de ce qu’on est convenu d’appeler la vocation ». Il est précisé que cette méthode exigera plus de soin, de tact, une intervention plus délicate et plus assidue, des appréciations à la fois plus fermes et plus fines qu’elle entraînera en particulier l’abandon du système de notation par chiffres afférents à chaque épreuve et réductibles en moyenne à la fin de l’examen.

« Je crois nécessaire que les examinateurs consentent à se considérer non comme des experts appelés à se prononcer sur la valeur intrinsèque de telle composition considérée isolément, mais comme des jurés auxquels on demande un jugement d’ensemble sur les aptitudes, sur les preuves ou sur les promesses de capacité des différents candidats ».

Modification aussi, dans les études avec une plus grande ouverture vers les disciplines non instrumentales.

  • en 1879, une enquête est conduite sur l’état des sciences physiques et naturelles dans les Écoles Normales et les écoles primaires.
  • chaque année, un concours académique de géographie met en compétition les élèves des différentes écoles normales.
  • tous les élèves-maîtres ayant obtenu le brevet participent à un voyage d’études.
  • Des excursions scientifiques conduites pendant l’année scolaire permettent aux élèves de prendre contact avec le réel. En 1883, les 40 élèves de l’École Normale furent conduits à Bessèges pour y étudier, sur place, dans les Forges et les Fonderies, toute la métallurgie du fer. « Divisés en plusieurs groupes et sous la direction de guides intelligents, ils purent visiter les fours à coke où se fait en même temps l’extraction des sous-produits de la houille, les hauts fourneaux, les convertisseurs Bessemer, les laminoirs les ateliers de puddlage ainsi que les mines de charbon de Lalle ». Une 2ème excursion leur permit de visiter Aigues-Mortes et le Grau du Roi ; « les remparts de la ville, la Tour de Constance, d’admirer ces beaux et riches vignobles reconstitués dans les sables, de voir les canaux, les salins, la mer que la plupart de nos élèves n’avaient jamais vue et-où tous ont pu se baigner ainsi que de faire connaissance avec la flore si intéressante de la côte méditerranéenne ».
  • d’autre part, des cours de langues vivantes sont donnés à l’École Normale à partir de 1885 (épreuves obligatoires pour le brevet supérieur en 1888) : anglais à l’École Normale de Filles, allemand à l’École Normale de Garçons.
  • l’enseignement manuel se développe à partir de 1886, il est demandé un crédit pour l’installation d’ateliers de menuiserie et ajustage à l’École Normale de Garçons.
  • les promenades obligatoires du jeudi et dimanche après-midi, dirigées par les professeurs, sont consacrées en grande partie à visiter les usines, les exploitations agricoles, les musées, les collections, les monuments de la ville et les environs afin de profiter à l’instruction des élèves.
  • Enfin, ce qu’on essaie de développer chez ces futurs instituteurs, c’est la loi laïque et la conviction républicaine. « Ils auront bientôt à élever des enfants, former leur cœur, développer leur intelligence, leur inspirer par l’exemple et par les leçons, les sentiments les plus nobles et les plus élevés, l’amour du bien et la haine de tout ce qui est mal, le dévouement à ses semblables, à la Patrie et aux institutions qu’Elle s’est librement données ».
  • Le département du Gard n’a pas eu de problèmes cruciaux, il a eu affaire à des problèmes matériels plus que d’organisation ou même de doctrine.
    Il a dû faire face à des difficultés financières : en effet, les dépenses des Écoles Normales ont été triplées : 32 358 F pour l’École Normale de Garçons, seule en 1879 ; 94 799,82 F pour les deux Écoles Normales en 1886-87 et la part du département a presque quadruplée : 23 408 F en 1879 et 90 949 F en 1886-87
  • Avec la laïcité, nous constatons une RUPTURE puisque la parité entre catholiques et protestants n’est plus nécessaire. L’appartenance religieuse n’est plus prise en compte au niveau du concours d’entrée.
  • Par rapport aux décennies antérieures, l’idéal a changé – la conviction laïque et républicaine remplaçant la conviction religieuse. Il y a cependant une certaine PERMANENCE dans le modèle de l’instituteur : pas un sujet très brillant, mais quelqu’un qui ait la vocation, quelqu’un qui présente des aptitudes pédagogiques, quelqu’un qui avant tout, soit un exemple de moralité.