Les débuts du collège d’Agde (1671-1676)

Les archives d’Agde et celles du département de l’Hérault nous ont révélé de nouveaux documents qui permettent de préciser les débuts du collège d’Agde 1. Nous nous attacherons surtout à mettre mieux en lumière le jeu des rapports sociaux, et l’action de l’évêque d’Agde, initiateur de cette entreprise.

Depuis 1652, Agde possède un séminaire diocésain desservi d’abord par les prêtres de la Visitation Sainte Marie, créé par Monsieur Bonal. Après la mort prématurée de ce dernier, les prêtres lazaristes le dirigent et dès lors, le séminaire est uni à la paroisse St-André dont le curé est nommé, sur présentation de l’évêque d’Agde, par le chapitre de St-Pierre de Montpellier, prieur primitif. L’évêque, Louis Foucquet, depuis l’arrestation de son frère le surintendant. Nicolas, réside à Villefranche-de-Rouergue où les prêtres bonaldistes ont une de leur principale maison. Or, en 1671 les prêtres lazaristes abandonnent le séminaire St-André, n’ayant pu obtenir d’assurances sur l’avenir de leur fondation 2. C’est pour Mr d’Agde l’occasion d’essayer de prendre en main son séminaire en y établissant des prêtres séculiers ; c’est alors aussi qu’il songe à fonder un collège. Il obtient la nomination de Monsieur Bérard, un chanoine de Pézenas à la cure de St-André, et choisit Monsieur Carrade, un jeune prêtre du diocèse, comme vicaire général pour le « département » d’Agde, avec résidence au séminaire St-André. Cet ecclésiastique assure également la charge de vicaire de l’église paroissiale ; un troisième prêtre apparaît aussi à cette époque sur les registres paroissiaux : Monsieur Courtois qui signe plus d’une fois « curé et directeur du Séminaire » ; nous ignorons l’origine de Monsieur Courtois, mais il n’est pas impossible qu’il soit des prêtres de Monsieur Bonal 3. Les ouvriers de l’entreprise étant en place ou sur le point de l’être, Louis Foucquet s’adresse aux consuls par lettre du 23 juillet 1671 il leur dit le désir qu’il a « de procurer beaucoup d’avantages à la communauté et à la ville d’Agde en choisissant parmi la jeunesse les sujets les plus vertueux pour les faire élever et rendre dignes de servir Dieu, et outre cela l’institution de bonnes classes où l’on puisse élever les enfants à lire des livres de piété, et, dans la vie civile, à bien écrire, compter, bien entendre le latin et même à des ouvrages de main qui se puissent honnêtement pratiquer dans toutes sortes de familles » 4. Le prélat demandait au conseil de ville d’en conférer avec Messieurs Goudal et Delmas ; en fait c’est Monsieur Carrade qui remplacera Monsieur Goudal dans l’élaboration de ce projet 5. Les vues du prélat étaient donc doubles : créer un petit séminaire qui puisse servir de pépinière à son grand séminaire d’Agile, et, en ouvrant cette création à tous les enfants de la ville pour que d’honnêtes citoyens s’y puissent former, créer du même coup un collège municipal. Il convient de noter que l’apprentissage aux ouvrages des mains s’adaptait bien à une ville où de nombreux artisans du fer et du bois travaillaient pour la marine elle ne nous étonne pas d’ailleurs de la part d’un disciple de Port-Royal qui désirait que les prêtres eux-mêmes consacrent quelques heures de leur journée au travail manuel. Cependant ce plan de 1671 n’eut pas de suite immédiate.

Nous pouvons, semble-t-il, savoir pourquoi par des allusions postérieures. Difficultés de personne d’abord : Monsieur Goudal quitte Agde sans en informer l’évêque Monsieur Carrade, sur qui on fondait de grands espoirs, meurt après quelques mois de séjour à St-André et ne peut mener bien loin les négociations nécessaires avec les représentants de la ville 6 ; Monsieur Bérard, quant à lui, paraît ne pas avoir totalement approuvé l’initiative épiscopale 7.

La bipolarité du diocèse d’Agde est la source d’une autre difficulté : les consuls de cette ville n’ayant pas manifesté un grand empressement à participer financièrement à la création du collège, Foucquet fait alors porter ses efforts sur Pézenas. Ainsi, constate l’évêque en 1674, « si la communauté (d’Agde) lui montre plus d’attachement et de reconnaissance que par le passé, et l’aide à concourir à son propre bien, il lui en fera plus, avec l’aide de Dieu, qu’à Pézenas » 8.

En ce dernier quart du siècle, Pézenas bénéficie encore du lustre que lui avaient donné la présence des Conti et les assemblées des États, tandis qu’Agde, siège cathédral d’un évêque exilé, reste essentiellement une ville marchande dont l’activité portuaire est déjà menacée par la récente création de Sète.

L’entreprise est donc à relancer L’évêque d’Agde va d’abord refaire l’unité des prêtres de St-André ; après la mort de Monsieur Carrade, nous assistons dans les années 1673-1674 à un renouvellement du personnel ; apparaissent successivement, Mr Thiron, puis Mr Pierre Andrieu, simple acolyte, mais docteur en théologie, enfin Mr Louis Beschard. Les hommes nouveaux sont choisis avec soin, très probablement en pays rouergat où l’évêque peut les jauger par lui-même ; peut-être ces prêtres sont proches du milieu bonaldiste 9. La lettre écrite par Foucquet aux prêtres de St-André à la fin de cette période, au moment où le collège va enfin s’ouvrir, traduit bien cette volonté épiscopale de créer une véritable communauté sacerdotale. La cohérence interne de leur groupe brisera toute tentative contre le collège, leur conscience dans le travail et leur piété leur gagnera la confiance des esprits non prévenus, enfin leur esprit hiérarchique les gardera profondément unis à leur évêque. Cette dernière qualité qui est une exigence constante de Foucquet, va jusqu’à spécifier ce groupe de prêtres au point de lui permettre de s’ériger en communauté sacerdotale reconnue par les évêques 10.

Une fois le groupe de prêtres mis en place, les négociations sont reprises avec la communauté des habitants, et l’initiative est une nouvelle fois épiscopale ; c’est d’abord en septembre 1674, une invitation faite aux consuls d’Agde de se concerter avec Mr Andrieu « de tous les moyens à prendre pour établir un petit collège dans cette ville, et, (pour les filles) les Saintes Filles de l’Enfance dans la maison acquise du sieur de La Sablière… » 11.

Le corps de ville, tout en envoyant auprès de l’évêque une délégation pour étudier cette question représente aussitôt, comme en 1671, « sa misère et pauvreté tant à cause du temps qui court que de la ruine du commerce, la stérilité des rentes qui font que les habitants sont dans une extrême disette et ne peuvent pas grand chose pour un établissement si célèbre » 12.

Le 12 octobre, le point des affaires est rapporté à nouveau au conseil ; après négociation avec Monseigneur et consultation du Père Marrot 13 oratorien, grand vicaire pour Pézenas en qui l’évêque a toute confiance, le Conseil de ville constate que les stipulations financières sont encore à préciser 14. Aussi le 31 octobre, Louis Foucquet invite encore les délégués de la ville à rencontrer ses propres représentants : Messieurs Sauvy, Accaron, prêtres, et Andrieu, acolyte, pour mettre une dernière main à l’établissement du collège. Le chapitre lui-même est intéressé à l’affaire, encore que l’évêque ne se fasse pas d’illusion de ce côté-là ; de fait, une entrevue avec les délégués du chapitre n’ayant abouti à rien, les autres parties s’en tiennent là et finalement dressent un projet de contrat à la mi-novembre 1674 15. Cette transaction déjà connue dans ses grandes lignes 16 apparaît donc comme le résultat d’une difficile négociation entre les divers corps sociaux de la ville.

Finalement le seigneur évêque reste le maître d’œuvre et le responsable de ce collège clérical de délégations en confirmations, le contrat ne sera signé que le 30 décembre : il est rappelé dans les préambules que le désir de Mgr était d’abord « d’établir un collège pour l’instruction des clercs de son diocèse qui aspiraient à l’état ecclésiastique » mais que dans ce collège « pourtant, tous séculiers pourront venir étudier gratis » sans avoir besoin « d’aucune autre approbation que leur capacité ». L’évêque se réserve en outre la possibilité de confier dans l’avenir ce collège « à une communauté ecclésiastique dont l’institut soit reçu par l’Église ». Foucquet pense peut-être déjà à l’Oratoire, à moins qu’il n’espère que le succès de cette « communauté hiérarchique » puisse être consacrée définitivement par l’Église.

Du point de vue financier, l’évêque et la communauté des habitants donnent chacun 400 francs, mais la ville doit fournir les locaux du vieil hôpital (estimé à 1115 livres, 17 sols, 6 deniers) ; quant aux réparations nécessaires à l’installation des classes, la contribution de la communauté est laissée au jugement de l’évêque dont on espère cependant qu’il la mesurera à « ses forces et foulles qu’elle souffre journellement ». Les plaintes de la communauté, en l’occurrence, ne paraissent pas uniquement clauses de style, il est certain que ses ressources sont modestes, surtout en comparaison de l’aisance épiscopale et de la richesse du chapitre d’Agde.

Ce dernier n’a pas voulu participer à l’entreprise. Il existe cependant une prébende préceptorale, dont le titulaire devait jadis veiller à l’instruction de la jeunesse, mais le temps des écoles des chapitres est bien révolu !

Du moins, l’évêque et la communauté se réservent « les droits qu’ils peuvent avoir d’obliger le chapitre du dit Agde, à pourvoir les revenus d’une prébende jusqu’à ce que la vacance d’une soit arrivée, pour l’affecter et unir au dit collège au gré des Ordonnances Royeaux (sic) et arrêts des cours souveraines ».

Oratoriens de Pézenas, corps des officiers municipaux, chapitre et curie épiscopale, constituent ainsi autant de groupes d’influence avec lesquels les prêtres de St-André doivent compter. Aussi bien, la lettre du 27 décembre, déjà citée, est une véritable leçon de tactique pastorale. Foucquet y invite les prêtres hiérarchiques à gagner, avant tout, la confiance du peuple par la solidité de leur prédication et par leur sollicitude pastorale, attachés aux prêtres de leur paroisse, les fidèles prendront vite à cœur les intérêts du collège.

En revanche, il ne s’agit pas d’escompter l’appui des chapitres : les bénéficiers et chanoines d’Agde sont « dédaigneux et ignorants » et, comme ceux de Montpellier, soucieux surtout de leur intérêt financier.

Quant aux oratoriens, il faut leur faire confiance, et rester en bons termes avec eux. La crainte de leur venue à Agde peut rendre le chapitre de Montpellier plus accommodant…

Somme toute d’abord « garder la citadelle » (de St-André) et envoyer de bons « secondaires dans les paroisses voisines », d’où ils nous enverront des écoliers qu’ils auront commencé à former, « puis mettre sous eux les régents des paroisses, à mesure qu’ils seront « tirés des séminaires » pour que tout y retourne comme au centre et que chaque chose aille dans l’esprit uniforme et fort exact d’une même discipline canonique ». Cette évocation de l’avenir du collège et de la paroisse St-André est un reflet évident de la pensée de Mr Ollier et de Mr Bourdoise, touchant la formation des prêtres…

En réalité, l’avenir immédiat du collège ne fut pas si brillant, dans les années 1675 et 1676. La situation financière restait précaire ; la ville doit emprunter pour payer les 400 livres promises aux régents 17, et elle supprime sa délégation annuelle à Villefranche-de-Rouergue pour affecter la somme ainsi dégagée à l’aménagement des classes nouvelles, « savoir 450 livres en 3 ans, en raison de 150 livres par an » 18.

Plus graves sont aux yeux des consuls les insuffisances pédagogiques : le 27 octobre 1675, les habitants demandent au conseil de ville d’examiner la situation du collège « qui se trouve déserté faute de régent, ni en ayant que fort peu, et cela enseignant aux écoliers par une méthode qui ne se pratique que dans ce seul collège, ne se servant aucunement des principes qu’on montre par tous les collèges de France, ce qui est un grand préjudice au public et aux jeunes enfants, lesquels sortant de ce collège ne peuvent être reçus en aucun autre, pour ne savoir les principes du latin ». La rentrée de la St Luc ne s’est pas fait ; le grand vicaire doit en avertir Monseigneur 19.

Quoi qu’il en soit des mesures prises sur le champ pour assurer la scolarité d’une année bien mal commencée 20, Louis Foucquet, à son grand regret sans doute, doit prendre acte de L’échec de sa communauté hiérarchique. Et, dès le début de l’année 1676, il fait appel aux oratoriens ; après un premier refus 21 l’Oratoire accepte quelques mois plus tard de prendre en charge l’établissement « aux meilleures conditions et avec les servitudes nécessaires ». Le Père Claude Lyon, supérieur du collège de Pézenas, est chargé de traiter avec l’évêque, ses officiers, et les principaux habitants d’Agde 22. Le contrat est signé le 11 septembre 1676. Il inaugurait une nouvelle et fructueuse étape de l’histoire du collège.

Xavier AZÉMA.

Annexe

Lettre de Louis Foucquet aux prêtres de St-André d'Agde

A.D. Hérault G. 2061

A Villefranche, le 27 décembre 1674
Pour Messieurs les hiérarchiques,

Je vous envoye une lettre du Père Galtié, fort connu de Mr Andrieu et copie de la réponse que je luy fais.

J’estime qu’il seroit fort bon secondaire à St-André et vous devés à mon sens l’inviter de vous venir joindre, car Mr de Verlhac en étoit tout à fait content pour le service de la cure où il étoit, et il importe de nous fortifier de grand nombre de bons sujets, d’abord tant pour mieux garder la Citadelle, que pour les mettre secondaires dans les paroisses voisines, d’où vous enverront des écholiers, qu’ils auront commencé de former, et nous mettrons sous eux les régens des paroisses à mesure que je les titeroy des séminaires, pour que tout y retourne comme au centre, et que chaque chose aille dans l’Esprit uniforme d’une même discipline canonique, et fort exact. Appliqués-vous donc bien à cette grande idée, par la prière et par la fidélité à vos employs.

Je suis bien aise d’aprendre que Mr Beschard satisfasse le peuple, car pour les ecclésiastiques de la Cathédrale dédaigneux et ignorans, leur goût n’est pas à rechercher, mais comme peut-être l’année qui vient je donneroy un fort grand employ de la prédication à Mr Beschard, il doit fortifier son Advent et son Caresme des plus solides passages des S. Pères, et les expliquer avec le feu d’une éloquence toute sacerdotale. Les cinq volumes des « Instructions Chrétiennes » 23 en contiennent toute la substance. Il n’y a plus qu’à les mettre en œuvre.

Je vous répète toujours qu’il faut regarder les intérêts généraux de l’Église et non pas certaines circonstances personnelles, et que toutes choses veulent qu’il y ait une extrême liaison de sentiment, de conduite et de cœur, entre l’Oratoire et les communautés naissantes, pour mieux s’appliquer à défendre les grandes vérités de l’Église, que les Molinistes attaquent touts par leur dogmes erronés, et par leurs intrigues, en divisant les disciples de St Augustin, les affaiblissant, et les décriant.

J’ay eu bien de la joye de ce que Mgr de Chaalons sur Marne 24 s’est retiré à l’Institution de l’Oratoire pendant les premiers jours de son affliction de la mort de Mr. de la Houssaye. Il prendra soin, sans doute de procurer une grande union entre la Congrégation et les communautés hiérarchiques et même avec ces Mss. du St Sacrement si l’on en peut démoliniser quelques sujets qui y font figure.

Je prie toujours M. Andrieu de me faire sçavoir où logent ses parens à Tolose avec qui il faut concerter pour avoir ses dimissoires.

Je vous prie décrire de ma part avec M. l’Abbé de Lavernhe 25 touchant ce bon sujet d’Avignon : comment il se nomme et ce qu’il y a donc à faire pour l’avoir.

Je vous envoye la notice du Patriarchat de Rome que vous m’avés demandée.

La préface de Valérius Ecclésiasticus qui commence « si mihi animus » est très peu de chose contre les profanes, et ce qui est bien ridicule elle préfère Baronius à Eusèbe, Théodoret, et aux anciennes sources, et ce n’est qu’un médiocre abrégé de Baronius que tout ce recueil. Il peut être bon aux enfans dans les classes pour le latin mais non pas aux clercs pour la solide science ecclésiastique. Je n’ay fait qu’ouvrir pareilement Florus Sanctus qui, peut-être, s’est aidé de Sabian incomparablement moindre que Baronius, néamoins ces deux livres, et Le Florus Christianis, en ôtant toutes les opinions ultramontaines trop favorables à la Cour de Rome, (j’entens dans Valerius et dans le Florus Christianis de Frère Ribauti) peuvent être d’usage aux sçavans pour entretenir la mémoire des faits qui échapent, et aux autres pour donner des idées et pour préparer à de profondes études de la science de l’Église.

Je vous exhorte donc de les faire venir de Tolose et de Paris pour votre collège, et d’en instruire tout à fait le cœur et la mémoire de vos jeunes gens. La latinité y est belle mais pour vous autres et pour ceux qui seront sortis des études ordinaires, il faut aller aux sources. Le Florus Christianus se vend à Paris chez Josse, rue St Jacques à l’enseigne de la Coronne d’épines, le Valerius Ecclesiasticus à Tolose chez Raymond Bosc, mais la préface ou la lettre de Guyanus à Goudour manque à cette seconde édition, et le Florius Sanctus se vend à Tolose chez Jean Boude.

Il faut que le peuple d’Agde se déclare tellement pour le Collège que comme il n’y a que M. Bérard et le Chapitre de Monpelier qui puissent nous chicaner, embarrasser et détourner, il leur fasse entendre qu’à quelque prix que ce soit on ne le souffrira point là, surtout après luy avoir interdit comme j’ay fait les fonctions curales, et que quant au Chapitre de Monpelier s’il ne paye au Séminaire l’entretien des prêtres de la paroisse outre qu’il pourra l’envoyer servir, que le peuple demandera trois prêtres, l’entretien de l’église et des bâtiments, et qu’au lieu de 500 livres il leur en coûtera plus de 400 écus outre les frais du procès si l’on en vient à une séparation du séminaire et de la cure. C’est que, comme jusqu’à la fin du procès on ne souffrira dans le ministère de la cure, que les prêtres du séminaire, s’ils ne sont régulièrement payés sur les dimes de St-André, le peuple est en droit de ne pas les payer à qui ne les fait pas servir. Enfin il faut cantonner en ce lieu la hiérarchie, peu verbaliser par écrit, de peur de procédure et d’embarras, mais par voye de fait, modeste et ferme et sans bruit. Le peuple étant gagné à vos intérêts et à son propre service, exécuter mes ordres et ne souffrir là que des hiérarchiques, outre que j’estime qu’il faut prendre un dévolu de Rome sur la cure de St-André, comme n’étant point remplie en titre à toutes fins, et il vaut mieux à mon sens que ce soit sous le nom de M. Andrieu que de personne, attendu qu’il a eu sa dispense, et qu’on ne le peut point inquiéter de ce côté-là ; et c’est ce qu’il faut que M. Bérard 26 conduise promptement et secrètement, et qu’il fasse venir incessamment la dispense.

Vous lirés ce que je vous adresse ouvert par relation à vos affaires, ou pour votre instruction 27. Je seray même peut-être d’avis de mettre dans le conseil temporel pour autoriser plus les hiérarchiques, ou M. Beschard ou M. Andrieu selon qu’entre vous vous verrés celuy qui est le plus capable d’affaires temporelles, et d’application à la conservation des droits de l’Église. Enfin, j’ay tous les grands desseins qui peuvent dépendre de moy pour l’établissement hiérarchique à St-André mais ne doutés pas que jusqu’à ce qu’il soit pleinement affermi, on ne le traverse de toutes parts, même par intrigue entre vous, si on n’y peut faire naître ou de la jalousie ou de la contention, ou faire tomber les uns ou les autres dans quelque piège ou dévier par quelque promptitude ou inconsidération ; enfin observez-vous en toute chose avec une incroyable régularité, et employez toute sorte de manières douces et honnêtes pour gagner Mrs. de Monpelier en votre faveur, et à ne point embarrasser de mauvaises affaires. Mais c’est au peuple à agir fortement et à se déclarer hautement pour votre maintien en toutes manières, le Collège et les fondations y étant attachés ; mais pour cela il faut bien cultiver toute la ville et toute la paroisse, non par des complaisances humaines mais par toute sorte de services ecclésiastiques et faire voir à Mrs de Monpelier que s’ils vous poussent on n’y introduira l’Oratoire dont le chapitre n’aurait pas si bonne composition que de vous.

Andrieu remettra le conseil temporel à Mr de Fabrit avec sa lettre.

Conférés le plus qu’il se pourra avec M. le promoteur des affaires du diocèse et de la manière de les conduire, afin qu’un jour, votre communauté soit une pépinière hiérarchique d’officiers majeurs du diocèse s’il se peut qui soient zélés, habiles, désintéressés et pieux.

Je me recommande à vos prières et je suis Messieurs tout à vous.

Louis Evesque d’Agde (signature autographe) 28.

Notes

  1 Nous tenons ici à remercier spécialement Monsieur Mouraret, conservateur des archives municipales d’Agde, dont l’accueil très obligeant a grandement facilité nos recherches.

  2 Sur cette période, cf. Xavier Azéma, Louis Foucquet, Évêque et Comte d’Agde, Paris, Vrin 1963, pages 76-77 et passim.

  3 Archives municipales d’Agde (A.M. Agde) G.G. 16, pages 71 sq.

  4 A. M. Agde B. B. 16 f° 130.

  5 A. M. Agde B. B. 16 f° 132. Monsieur Delmas est un officier laïc de l’évêque, « licencié en droit, procureur juridictionnel de Mgr. l’évêque et comte d’Agde ».

  6 A. M. Agde G. G. 16 page 84.

  7 A. D. Hérault, G. 2061, lettre publiée infra.

  8 A. M. Agde B. B. 17 f° 32.

  9 A. D. Hérault G 2061 : Mrs Beschard et Andrieu paraissent connaître les prêtres de Villefranche-de-Rouergue : M. Goudal est plus certainement un prêtre bonaldiste : cf M. Rigal, Raymond Sonal et son œuvre, Rodez 1960, page 396.

  10 Dans sa lettre aux prêtres de St-André, Foucquet fait allusion aux liens de l’Oratoire avec « vos communautés naissantes » ; il estime que M. de Châlons sur Marne « prendra soin de procurer une grande union entre la congrégation (de l’Oratoire) et les communautés hiérarchiques ». On peut en conclure que ces communautés ont été établies dans plusieurs diocèses, mais nous n’avons pas encore trouvé de preuves formelles de cette hypothèse.

  11 A. M. Agde B.B. 17 f° 32 ; au f° 36, il est fait allusion à un projet d’établissement des Ursulines « utile au public pour l’éducation des jeunes filles ».

  12 A. M. Agde B.S. 17 f° 32 v°.

  13 A. M. Agde B. B. 17 f° 33.

  14 A. M. Agde B. B. 17 fos 35-36.

  15 A.M. Agde B .B. 17 f° 42.

  16 Dr J. Picheire, Agde, Pierre Bissuel, Lyon 1960, page 141. A. M. Agde B. B. 33 pages 237-245, et, en original A. D. Hérault. IIE 1/61 fos 147-152.

  17 A.M. Agde B.B. 17 f° 78.

  18 A. M. Agde B.B. 17 f° 69 v°.

  19 A. M. Agde B.B. 17 fos 80-81 ; y aurait-il là l’écho de méthodes bonaldistes ? Cf. Raymond Sonal, op. cit. pages 150-151.

  20 Les 200 livres semestrielles sont payées au « recteur du collège », avec retard, en mars 1676. A.M. Agde B. B. 17 f° 89.

  21 Archives nationales. M. M. 582 f° 84 : « Mardi 21 janvier 1676. On n’acceptera la cure ni le collège d’Agde à quelque condition que ce soit, mais on pourra proposer à M. d’Agde qu’il mette son collège sous la conduite des plus sages et des plus capables des jeunes ecclésiastiques qui sortiront de son séminaire de Pézenas ».

  22 Archives nationales M. M. 582 fos 84-85.

  23 Instructions chrétiennes sur les mystères de Notre Seigneur et sur les principales fêtes de l’année, Paris, veuve C. Savreux, 1671, cinq vol. in 8°. Cet ouvrage d’Antoine Singlin, parut suspect aux auteurs du Dictionnaire des livres jansénistes cf. t. II, page 270.

  24 Félix Vialart de Herse, un des ouvriers les plus actifs de la paix de Clément IX qui mit fin à la première période de la crise janséniste.

  25 Pierre de Tressan de la Vernhe, prêtre languedocien, familier de Mgr Pavillon, missionnaire dans tout le Midi mort en 1684.

  26 Ne faut-il pas lire plutôt « Beschard », lecture qui serait plus cohérente avec l’ensemble de la lettre.

  27 Louis Foucquet, toujours soucieux du secret de sa correspondance, utilise des courriers spéciaux pour ses instructions secrètes il parle ici d’un courrier officiel « ouvert ».

  28 La lettre est de la plume d’un secrétaire de Foucquet, la signature est autographe. Nous avons conservé l’orthographe du manuscrit, rétabli systématiquement les majuscules devant les noms propres, et un minimum de ponctuation. Outre l’intérêt que présente ce document pour l’histoire du collège, il nous paraît bien compléter le portrait de Louis Foucquet, bibliophile avisé, antimoliniste militant, défenseur de l’autorité épiscopale mais l’évêque apparaît ici plus diplomate que dans d’autres écrits de cette époque.