L’enquête postale de 1847 Repérer des hameaux ou compter des lettres

A l’automne 1847 tous les établissements de poste aux lettres de France – soit 800 distributions et plus de 2 500 directions 2 – reçoivent une circulaire du nouveau directeur général, Benjamin Barthélémy Dejean 3. Elle annonce une double « demande de renseignements » : d’une part, « constater le mouvement des correspondances » durant deux semaines (du 15 au 28 novembre), d’autre part, « transcrire correctement, dans l’ordre alphabétique, et suivant la véritable orthographe, les noms des hameaux, fermes, châteaux, etc. ». Et cela pour chacune des communes desservies par les bureaux. A cet effet, un formulaire par commune est envoyé ; il comporte en particulier un tableau pour le courrier et un pour les lieux-dits. Les formulaires remplis ont été par la suite rassemblés à Paris, plus ou moins exploités et reliés en volumes (deux ou trois par département) qui furent déposés en 1862 à la Bibliothèque impériale (l’actuelle Bibliothèque nationale 4).
Cet article se propose de faire connaître ce document puis de présenter quelques données chiffrées pour l’Hérault. La comparaison avec les moyennes nationales 5 permet de situer ces résultats départementaux. Quelques pistes explicatives qui se sont révélées fécondes au niveau de la France entière seront avancées également en ce qui concerne l’Hérault. Mais les interprétations fines doivent s’appuyer sur la connaissance de la région, avant de l’enrichir en retour. Ce sera la tâche des lecteurs érudits.

Présentation du document

Le formulaire imprimé sur quatre pages se présente comme une suite de tableaux à remplir. Le premier, le tableau « du mouvement des correspondances », occupe toute la page 2 du formulaire. Il sépare d’emblée deux courants : « les correspondances adressées dans la commune » et celles « recueillies dans la commune » pour être expédiées plus loin. Au sein de ces deux flux, il distingue les lettres, le courrier des fonctionnaires et, pour les arrivées uniquement, les journaux et imprimés. Les lettres elles-mêmes se répartissent en deux catégories, les lettres lointaines et les locales, c’est-à-dire celles qui ne quittent pas l’aire du bureau (en gros, le canton). Ces distinctions procèdent de critères tarifaires franchise pour les fonctionnaires, taxes particulières appliquées aux imprimés et aux journaux, tarif unique de 10 centimes pour le courrier local, affranchissement plus complexe des autres lettres. En effet, à cette date qui précède l’introduction du timbre (1849), le port est le plus souvent payé à l’arrivée, par le destinataire ; il est proportionnel au poids et surtout à la distance.

Le directeur doit faire les relevés 14 jours consécutifs, la dernière ligne du tableau servant de récapitulation pour les deux semaines. On ne peut douter du soin apporté par les responsables des bureaux de postes qui sont habitués à tenir rigoureusement leur comptabilité et à fournir des états statistiques. Le comptage des objets qu’ils ont manipulés pendant cette quinzaine paraît fiable, en particulier le relevé des lettres arrivées, et celui des taxes perçues.

Malheureusement pour nous, seules les communes rurales devaient fournir ces renseignements postaux, les communes sièges d’établissements de poste en étaient dispensées. Là se marque une des ambiguïtés de l’enquête qui semble tiraillée entre un désir tout moderne d’exhaustivité, d’homogénéité, de possibilité de synthèses avec tous les tableaux dont le cadre est imprimé et des habitudes plus anciennes, où la pensée se nourrit de monographies, de fragments, d’impressions individuelles. Le tableau A montre la représentativité de l’enquête postale selon la taille des communes 6. Pour repérer les communes et les habitants touchés par l’enquête de 1847 une comparaison a été établie avec les chiffres du recensement de 1851.

Les communes de moins de 2 000 habitants sont presque toutes là. En revanche la représentation chute au-delà : une commune sur deux entre 2 000 et 5 000 habitants, une sur dix pour les plus de 5 000. Si l’on passe du nombre des communes à leur population, les écarts se creusent encore car les communes les plus peuplées ont été écartées. Quelques petites villes sont toutefois prises en compte. Ce sont les chefs-lieux de cantons sans bureau comme Capestang, Claret, Lunas, Mauguio, Murviel, Roujan et Servian, et les rares chefs-lieux avec bureau dont le directeur a quand même rempli entièrement le formulaire : Le Caylar, Les Matches, Olargues et surtout Bédarieux. Le zèle de son directeur nous donne une idée du trafic postal dans une ville de près de 10 000 habitants.

Les lieux habités, en revanche, doivent être relevés pour toutes les communes, sièges de bureaux de poste compris. Ils figurent effectivement pour toutes les communes, à quelques unités près. Il est prévu une page et demie pour leur nomenclature, et même des feuilles supplémentaires, qui se révèlent utiles dans certaines régions d’habitat dispersé. A Riols il a fallu transcrire 55 noms, à Fraisse-sur-Agout, 79 noms, et jusqu’à 180 à La Salvetat. Aux injonctions de la circulaire du directeur général (« mon intention formelle étant qu’aucun lieu habité, n’eut-il qu’une seule maison, portant une appellation propre, ne soit omis ») s’ajoutent celles du formulaire : il est précisé d’écrire « lisiblement », de « bien séparer les mots dans les noms composés et dans ceux accompagnés de l’article le, la, les ». Le nom de chaque localité est accompagné de sa description (hameau, château, fermes, moulin, usine, fabrique, auberge, baraques sur la plage, cabanes, campagnes ou jardins, station du chemin de fer, etc.), de sa distance au chef-lieu de la commune, du nombre de ses habitants et du nom du principal d’entre eux. Parmi les 23 lieux-dits de Cette sont mentionnés l’ancien et le nouveau lazaret (dont M. Robillard est le directeur et le médecin ; 7 habitants), une sécherie de morue, des postes de douanes, une fabrique de cordes (dirigée par la Veuve Salonne), une saline fabriquant soude et potasse, les moulins à blé de Vivarez aîné 7. Les juges de paix sont sollicités pour réviser ces listes. Des compléments sont apportés – des écritures différentes l’attestent. Ainsi, sur le territoire de la commune de Péret (canton de Montagnac) une métairie, la Grange de Defours, où vivent 4 personnes sous l’autorité d’Amédée Lunaret est ajoutée, alors que dans un premier temps le directeur n’avait relevé aucun lieu-dit (il avait écrit « néant »). A Ceilhes-et-Rocozels le juge de paix signale qu’à la ferme des Mayonnettes (qui abrite 14 personnes) l’habitant le plus imposé n’est pas Castel mais Vignes. Tous les renseignements ne figurent pas toujours : Marie Fajon, directrice à Castries, omet le nom du plus imposé. Mais les directeurs se justifient souvent, tel celui de Montpellier : « il n’a pas toujours été possible d’indiquer le principal habitant ou le plus imposé de chaque localité, soit parce que les rôles des contributions directes ne mentionnent pas d’imposés dans certains endroits, soit parce que la position, la position relative surtout, des individus est ignorée des divers agents de l’administration ». Celui de Juvignac regrette : « je n’ai pas pu me procurer le nom du meunier ». D’autres vont au-delà de ce qui leur est demandé. Le directeur de La Bastide (dans le Tarn) dont dépend Cassagnoles indique le nombre de maisons pour les vingt lieux-dits et la directrice de Mèze, comme celle d’Aniane, situe les localités selon les points cardinaux.

L’enquête postale offre donc une image riche et originale du terroir français, même si d’autres sources peuvent être sollicitées. En l’an XII le ministère de l’Intérieur avait lancé une enquête (circulaire du 12 fructidor) assez proche, par certains aspects, de celle de 1847. Les préfets étaient chargés de dresser « des tableaux des communes des départements avec indication des hameaux qui les composent, des rivières qui les baignent, de leur population, de leurs établissements publics ». Mais les préfets se sont plus ou moins mobilisés et seuls les tableaux de 25 départements sont centralisés aux Archives nationales 8 (l’Hérault n’en fait pas partie).

Lieux-dits et échanges postaux ne sont pas les seules préoccupations de l’administration. Elle s’intéresse aussi beaucoup aux boîtes aux lettres qui symbolisent sa volonté de pénétrer jusqu’aux communes les plus reculées ou les plus minuscules. Cazevieille, 64 habitants dont 15 seulement au chef-lieu ou Saint-Martin-de-Combes (rattaché depuis à la commune d’Octon), 43 habitants, en ont une. Dans le tableau qui concerne « la situation de la boîte aux lettres », on doit préciser, outre son emplacement, le bâtiment sur lequel elle est placée et son exposition. Celle de Brenas (150 habitants dont les deux tiers sont dispersés), à 20 kilomètres du bureau de poste de Lodève, est rue de l’église, dans l’épaisseur du mur de la maison curiale, exposée au nord. Des directeurs s’inquiètent. A Balaruc, la boîte, en saillie sur l’établissement thermal, « mérite d’être changée » ; à Cournonterral, elle est exposée à la pluie ; à La Caunette également « les lettres sont parfois mouillées » ; de plus, elle est « placée à l’extrémité de la commune », ce qui est « un grave inconvénient » et le directeur de conclure : « il serait à désirer que cette boîte fût changée ». Les directeurs utilisent la colonne destinée à leurs observations pour réclamer une tournée quotidienne du facteur qui visite les boîtes et distribue le courrier. Ainsi les communes qui dépendent de la distribution de Saint-Martin-de-Londres ne sont-elles desservies qu’un jour sur deux, et à Saint-Nazaire-de-Pézan se fait sentir la « nécessité d’un service quotidien par rapport aux fabricants de 3/6 » (d’alcool), tandis qu’à Viols-en-Laval « les habitants réclament avec insistance le service quotidien » (dans ce village de 80 habitants le facteur n’a pourtant distribué que 6 lettres durant la quinzaine).

S’ajoutent enfin des renseignements sur les habitants et les ressources, rassemblés dans le deuxième tableau. Les produits végétaux et minéraux, les industries, les objets commercialisés sont énumérés et non quantifiés (« moulin », « blé »). La « manufacture de drap » représente aussi bien le petit atelier que la véritable usine, et le « 3/6 » (alcool à 36 degrés Cartier) ne distingue pas l’alambic de type familial de la grande distillerie. Ces indications ainsi que la liste des noms des notables (ces « principaux habitants » qui intéressaient les préfets en 1811 par exemple) trahissent une appréhension du réel plus proche des décennies passées que de la passion statistique du XIXe siècle avancé. Dans ce même tableau coexistent ces éléments désuets et la distinction toute moderne entre populations agglomérée et dispersée, qui sera analysée avec les écarts.

A. - Communes de l'Hérault présentes dans l'enquête de 1847 et population concernée par rapport au recencement de 1851

Les raisons d'une enquête

Pourquoi cette enquête fut-elle lancée par l’administration ? La date, 1847, si proche de l’introduction du timbre en France (le 1er janvier 1849), incite d’abord à la lier aux débats qui précèdent la réforme de l’affranchissement. On doit substituer à une taxe proportionnelle au poids et à la distance (et dont le montant s’élève rapidement), payée par le destinataire, une taxe fixe (fonction uniquement du poids), peu élevée, payée par l’expéditeur. La Grande-Bretagne, qui nous a précédés, a vu l’augmentation rapide de son courrier et, point capital, des profits postaux, malgré le bon marché relatif du timbre. Quel sera le bilan financier de l’introduction du timbre en France ? C’est la question qui agite parlementaires et hommes d’affaires. Les comptes des postes sont précis et réguliers et il ne semble pas que cette enquête, très lacunaire pour les aspects postaux, ait pu être utile. On l’a d’ailleurs rangée sous le titre de « Statistique de toutes les communes et lieux habités de France » et les seules prévues sont celles du nombre des écarts dans chaque canton : le point essentiel reste la nomenclature des lieux-dits.

La connaissance de ces noms est en effet nécessaire. En France, depuis 1830, le service rural assure la distribution du courrier, alors qu’auparavant (et cela se pratique encore au XIXe siècle dans d’autres pays) le destinataire d’une lettre, s’il habitait hors de la commune du bureau de poste, devait se rendre à celui-ci pour retirer son courrier. Cette innovation suppose une rédaction correcte de l’adresse et la possibilité pour les facteurs de la localiser. Les dictionnaires des postes, régulièrement mis à jour, répondent à ces exigences. Le dictionnaire de 1835 recense 26 000 hameaux en sus des 37 000 communes. L’enquête de 1847 doit servir à préparer une nouvelle édition. Elle paraît finalement en 1859 9, contenant 150 000 noms, soit une moyenne de 3 lieux-dits par commune. L’enquête de 1847, riche de plus de 630 000 localités, en proposait 16 ! Quant aux autres renseignements, quelles qu’aient été les intentions de B. Dejean, ils ont été encore moins utilisés, ce dictionnaire renonçant à toute incursion dans le domaine de l’économie 10. Nous présentons ici une analyse partielle, effectuée grâce à l’informatique, des chiffres relatifs à la population et au trafic postal de l’Hérault.

Les lieux-dits et la population dispersée

La notion de population agglomérée apparaît officiellement pour la première fois en 1808 11, mais elle n’est alors prise en compte qu’au-delà de 2 000 âmes. En 1847, pour la première fois, toutes les communes, et pas seulement les villes, sont passées au crible. Le critère de contiguïté préconisé depuis le début du siècle est repris. Il est précisé lors du recensement de 1846 : « on doit considérer comme agglomérée la population rassemblée dans des maisons contiguës ou réunies entre elles par des parcs, jardins, vergers, chantiers, ateliers ou autres enclos de ce genre, lors même que ces habitations ou enclos seraient séparés l’un de l’autre par une rue, un fossé, un ruisseau, une rivière ou une promenade ».

L’expression « population dispersée » recouvre les situations les plus diverses, de l’émiettement à l’agglo-mération de fait. A Cabrerolles seuls 70 habitants sur 730 sont agglomérés au chef-lieu ; les autres se « dispersent » dans des villages comme La Nouvelle Borie (200 habitants) ou Auguevives (160) ; Rosis n’a que 59 habitants au chef-lieu (sur 900), mais Audabre, qui en dépend, en compte 218. Ces réserves faites, le terme de dispersion signale le plus souvent une réalité. A Capestang 208 personnes s’éparpillent en 23 écarts (population totale 2 040) et à Causse-de-la-Selle (590 habitants au total) 440 en 18 localités.

Dans l’Hérault, on compte 9,5 écarts par commune contre 16, nous l’avons dit, pour la France. Ces nombres confirment que la population de l’Hérault est plus groupée que celle de la France : elle est agglomérée à 76 % dans le département et seulement à 46 % sur le territoire national 12. Pour la proportion de population agglomérée, l’Hérault est au 20e rang sur 86 départements. Il n’y a pas, cependant, de relation simple entre dispersion et multiplication des lieux-dits. La comparaison de la carte 1 (nombre des lieux-dits) et de la carte 2 (dispersion de la population), qui ne sont pas superposables, le montre bien. Cette moyenne de 76 % de population agglomérée (ou, ce qui est équivalent, de 24 % de population dispersée) masque une grande diversité selon les arrondissements et les cantons (voir tableau B, carte 1, et tableau C, carte 2).

Dans la plaine littorale, les maisons sont groupées. Le canton d’Agde en est un bon exemple, où les villages de Bessan et Marseillan accueillent pratiquement tous les habitants de leur commune. En revanche, sur les contreforts des Cévennes, ils se dispersent. L’éparpillement est total dans le canton de La Salvetat ; 10 % à peine des habitants vivent dans les villages ; les hameaux, maisons isolées et lieux-dits se multiplient. Nous insistons sur ce critère de dispersion car il semble lié à l’intensité des échanges postaux. Nous y reviendrons.

Le trafic postal

Si la plupart des communes (plus de 90 %) et une bonne moitié de la population de l’Hérault (52,8 %) sont concernées par l’enquête postale, la part du courrier comptabilisé est en revanche minime. Selon toute probabilité, elle est pour le département qui nous occupe encore plus mince que pour la France entière. Rappelons qu’au niveau national seul un tiers des lettres reçues et un sixième des lettres expédiées figurent dans l’enquête, qui touche pourtant les deux tiers de la population. C’est dire que l’absence des relevés urbains laisse échapper la majorité des lettres qui ont réellement circulé, ces lettres que la ville génère plus que la campagne. Reste une image fiable du trafic postal dans les campagnes.

Cette image se dessine point à point, chaque lettre ou imprimé forçant le trait autour des villages où le courrier circule le plus. Mais les hommes et les femmes qui écrivent se dérobent et les longues séquences de chiffres ne révèlent rien de leurs motivations, de leur assiduité ou de leurs habitudes. A défaut d’un éclairage direct sur les épistoliers le comptage des objets se résout en indices construits qui permettent mesures et comparaisons. Le plus simple est de rapporter le nombre d’objets au nombre d’habitants : ce quotient devient un fil conducteur qui va de la commune au canton 13 et du département à la France entière. La norme et les écarts à la moyenne se repèrent par rapport à lui et il se prête à la cartographie.

Trafic postal en 1847 - l'Hérault et la France entière (pour 100 personnes en 15 jours)
D. - Trafic postal en 1847 - l'Hérault et la France entière
(pour 100 personnes en 15 jours)

Dans une France dont le Bassin parisien (avec des frontières mouvantes selon les indices considérés) brasse l’essentiel du courrier, l’Hérault apparaît comme un département moyen – ce que résume le tableau D. La cohérence du trafic postal, qu’il s’agisse de lettres envoyées ou reçues, de journaux ou d’imprimés incite à proposer un indice global. Pour cet indice postal cumulatif (courrier des fonctionnaires excepté) l’Hérault occupe le 46e rang parmi 86 départements.

La cartographie de cet indice global (carte 3) met en évidence une zone côtière d’intense circulation (Montpellier, Frontignan, Mèze, Agde) qui se prolonge dans les cantons de Servian, Gignac et jusqu’au Caylar. Autour de ce pôle positif les échanges postaux s’amenuisent. Cet arc de circulation moyenne est lui-même cerné, de l’est à l’ouest, d’une bande de faible trafic qui trouve ses minima à Olargues, Lunas et La Salvetat.

Si les indices de l’enquête (pour 100 habitants en 15 jours) sont commodes lorsqu’il s’agit de comparer ou cartographier, il peut être plus évocateur de fixer approximativement le courrier reçu en un an. En multipliant les données de l’enquête par 26, on obtient cette évaluation annuelle. Ce procédé, proposé à l’époque même, se justifie par le caractère ordinaire du trafic du mois de novembre, ni intense (comme en décembre), ni faible (en jan-vier) 15. En 1847 cet habitant abstrait des campagnes héraultaises recevait 1,4 lettre par an (5,3 multiplié par 26/100), contre 1,6 pour le rural français et 3,3 pour le français moyen. C’est peu. Le petit village de Saint-Martin-de-Combes ne voit passer aucune lettre en deux semaines et il n’est pas seul dans ce cas.

Ensemble du courrier (lettres imprimées et journaux) en 1847.
Carte 3 - Ensemble du courrier (lettres imprimées et journaux) en 1847.

La carte 4 (arrivée des lettres lointaines et locales) montre que le courrier se raréfie lorsqu’on s’éloigne d’un triangle côtier dont la base irait d’Agde à Montpellier. Là, l’habitant rural du canton de Frontignan ou celui de Gignac reçoit plus de 2 lettres par an. Aux franges du département, surtout au nord-ouest, on en reçoit bien moins (une tous les deux ans à Olargues ou La Salvetat). Seule la prise en compte du courrier du chef-lieu fait remonter les chiffres pour le canton du Caylar (2,6 lettres annuelles) – nous reviendrons plus loin sur cet effet positif des fonctions administratives.

Les frais de port sont acquittés, à l’arrivée, par le destinataire. Si les sommes perçues par la poste sont liées au nombre des lettres qui circulent (comme ce sera le cas avec le timbre), elles dépendent plus encore de la distance parcourue par ces lettres. La taxe moyenne par lettre pour la France atteint 0,325 franc et elle est à peine inférieure pour l’Hérault (0,319). Cela correspond à une distance de 80 kilomètres environ et représente, en coût, plus d’une heure de salaire pour un manœuvre. Les lettres de proximité, bien que taxées seulement à 10 centimes, sont rares (une tous les trois ans). La communication écrite semble donc s’utiliser de préférence sur une aire restreinte, entre 20 et 100 kilomètres. Au-delà, le coût paraît prohibitif, en deçà, on aurait plutôt recours à l’oral. Émile de Girardin le remarquait à l’époque : « A courte distance, le pauvre n’écrit pas ; il se rend à pied là où l’appellent ses affaires et ses affections de famille. A longue distance, à moins d’une nécessité impérieuse, il n’ose pas écrire car ce serait s’exposer à recevoir une réponse qui pourrait lui coûter le salaire d’une journée de travail ! » Mais les lettres venues de loin ne sont pas absentes : à Pailhès, à côté de taxes de 20 centimes (1 lettre) et de 30 centimes (2 lettres) le receveur a noté un affranchissement à 1,70 franc ; à Nézignan deux lettres exceptionnelles totalisent 5,20 franc.

Les lettres expédiées (carte 5) sont encore moins nombreuses que celles que l’on reçoit chacun n’envoie qu’une lettre tous les 18 mois à peu près (0,7 lettre par an et par habitant). Dans ses relations épistolaires hors du canton de Murviel, la commune de Saint-Nazaire-de-Ladarez qui compte pourtant près de mille habitants, n’a reçu que trois lettres et n’en a expédié qu’une en 15 jours (plus le courrier local). La carte du départ des lettres n’est pas tout à fait superposable à celle de l’arrivée. Se retrouvent certes les mêmes pôles positifs (Agde, Gignac, Frontignan) et négatifs (La Salvetat, Olargues). Mais quelques cantons qui reçoivent (relativement) beaucoup de courrier, en expédient peu : Mèze, Montpellier-ouest, Castries. Ces distorsions sont sensibles même au niveau de l’arrondissement, comme le résume le tableau E.

L’abonnement (très onéreux) à un journal (carte 6) indiquerait a priori une pratique bien distincte de l’écriture des lettres. Pourtant, la cartographie de ces deux indices n’est pas sans similitude, même si la réception de la presse est un peu décalée par rapport à celle du courrier. Les amateurs de papier imprimé se trouvent, comme les épistoliers, à Mèze, Montpellier, Frontignan et Gignac, mais aussi dans les cantons de Capestang, Servian, Montagnac et Pézenas qui ne se distinguent pas par leur courrier intense. A l’autre extrême, Olargues, Lunas et La Salve-tat sont déficitaires en journaux (et en lettres), mais également Lodève et Saint-Pons qui sont des cantons moyens pour les lettres.

De toute façon, les journaux sont rares : 3 en 15 jours pour 100 habitants, soit 0,8 par personne dans l’année. Dans le canton de Gignac, Le Pouget a reçu 135 journaux durant l’enquête. Cette moyenne de 3,6 journaux annuels par personne est dépassée à Pouzols et à Popian. Mais dans le même canton Arboras (155 habitants) n’en a reçu aucun. Les communes reléguées hors du circuit des périodiques ne sont pas rares.

Le poids des villes

Le XIXe siècle est marqué par une forte expansion du courrier. Le nombre moyen de lettres par Français passe de 2 en 1830 à 3,3 en 1847, saute à 7 en 1856 et atteint la vingtaine dans les années 1890. Dans l’Hérault à la fin du siècle, les échanges sont encore plus intenses (plus de 35 lettres en 1888 d’après la Grande Encyclopédie). Malgré cette forte croissance, la géographie du courrier que révèle l’instantané de 1847 est-elle superposable à celle qui se dessine à d’autres dates ? Serait-elle très différente si les villes étaient inclues ? Au niveau national, la prise en compte des villes et la diversité des critères retenus selon les années pour mesurer les flux ne bouleversent pas la carte. L’évolution se fait de façon globalement cohérente entre 1802 et 1876 16. Des distorsions apparaissent cependant pour quelques départements la Loire-Inférieure, les Basses-Pyrénées et… l’Hérault. L’enquête de 1847 semble sous-évaluer le courrier. Les produits postaux classent l’Hérault au 10e rang en 1827, au 8e en 1836, au 12e en 1842. En 1876 encore le département est dans le peloton de tête. La non-prise en compte des villes dans l’enquête de 1847 se fait particulièrement sentir ici. En effet, ajoutée à d’autres pistes que nous signalerons, l’urbanisation influence le trafic postal de façon non négligeable.

Tableau E - lettres reçues et envoyées par arrondissement (pour 100 habitants en 15 jours)

Certes, la taille de la commune se fait sentir. Les communes de l’Hérault de moins de 500 habitants reçoivent en moyenne 4,8 lettres (3,7 venues de loin et 1,1 provenant du canton) pour 100 personnes en 15 jours et celles de plus de 2 000 habitants, un peu plus, soit 6,5. Mais l’accroissement est beaucoup plus marqué avec le critère de l’agglomération. En zone de grande dispersion de la population, toutes tailles confondues, l’indice est de 2,5, il atteint 4,7 en région moyennement dispersée et dépasse 6 pour les communes agglomérées. La progression est plus forte encore pour le courrier expédié : les lettres sont multipliées par trois en zone de population agglomérée. Le bourg exerce un effet positif qui culmine à la ville. Le zèle du directeur des postes de Bédarieux en offre un bon (et rare) exemple. Là, l’indice de l’arrivée des lettres atteint 19 et celui du départ dépasse 21.

Les centres urbains brassent l’essentiel des lettres ; surtout, ils en expédient vers les campagnes plus qu’ils n’en reçoivent. Chacun joue au cœur de sa région ce rôle moteur que Paris assure pour la France 17. Les villes, qui représentent un tiers de la population française, reçoivent les deux tiers des lettres et des journaux et en expédient une part plus importante encore.

Cette intensification du courrier dans les villes se lit aussi dans les indices des chefs-lieux de canton 18. Pour l’Hérault, l’indice de réception de toutes les lettres des chefs-lieux est de 6,4 et celui des communes « ordinaires » un peu inférieur (5,2). L’écart se creuse pour le départ des lettres 4,6 pour les chefs-lieux et seulement 2,2 pour les autres communes, mais les départs restent inférieurs aux arrivées, ce qui signale une région en marge des échanges intenses. A taille et à dispersion égale, les indices des chefs-lieux sont généralement supérieurs à ceux des villages voisins, mais ce n’est pas toujours le cas. Le Caylar est un chef-lieu de 830 habitants presque tous groupés ; il accueille brigade de gendarmerie, justice de paix, perception, notables et bureau de poste. L’indice d’arrivée des lettres dépasse 10, celui des journaux, 6. Dans le même arrondissement de Lodève, Lunas est aussi chef-lieu et de population comparable (1 420 habitants dont 805 au bourg). Mais ses activités administratives sont réduites et il faut se rendre à Lodève (à 14 kilomètres) pour trouver un bureau de poste. Ses indices reflètent sa relative mise à l’écart : 4,3 pour les lettres, 0,9 pour les journaux. Autre chef-lieu à faibles scores : Mauguio (2 700 habitants, dont 1 550 au bourg), sans bureau de poste lui non plus (celui de Montpellier est à 12 kilomètres), a un indice inférieur à 3 pour les lettres lointaines (mais il faut ajouter un nombre égal de lettres locales) ; Lansargues (1 450 habitants), tout proche, reçoit plus de lettres lointaines : indice supérieur à 4 (plus 1,8 pour le courrier local). Et Marseillan (3 600 citadins), sans fonction administrative, mais avec bureau de poste, a un indice de 8 pour les lettres (aucun courrier local). Comme cela est apparu pour la France entière, en zone de circulation restreinte du courrier, le rôle actif des chefs-lieux s’estompe. Dans l’Hérault comme dans nombre de départements du Sud, les relations se font directement, oralement, et l’usage de la lettre reste limité, même dans la petite ville. Si la fonction administrative reste un stimulant aux échanges, elle semble de toute façon moins performante que l’activité économique qui, elle, fait monter en flèche les indices postaux.

Le courrier d'affaires

Pour mesurer l’activité économique, on peut faire appel à l’expérience des statisticiens du XIXe siècle (d’Angeville 19, Legoyt 20) et la compléter par des synthèses contemporaines (B. Lepetit 21). D’une large confrontation entre les différents paramètres, il résulte qu’à l’échelle du territoire l’activité postale traduit très fidèlement les niveaux du développement industriel et commercial. Comme le note le directeur de Gigean pour la commune de Poussan : « Ce pays reçoit beaucoup de lettres à cause de l’industrie des habitants. » Il s’agit de fabriques « d’eau de vie, d’éther sulfurique, de tuiles ». Les notions d’enclavement (dans les régions de quasi autosuffisance agricole ou d’industries anciennes déclinantes) et d’ouverture (pour les zones qui exportent) se révèlent particulièrement opératoires. Dans l’Hérault, les forts indices postaux se trouvent dans les arrondissements dynamiques de la plaine où une production viticole de qualité se développe et qui connaissent depuis le début du siècle une forte croissance de leur population. La connaissance de l’état de l’économie locale permettrait de mettre en relation de façon fine la circulation épistolaire avec la nature et le mode des productions, les technologies, la taille des entreprises, l’extension des marchés ou le type de clientèle.

Quelques exemples. « Le commerce considérable de bois qui entretient des relations journalières avec la ville de Montpellier », noté par le directeur des Matelles, ne suffit pas à hausser les indices de Saint-Gély-du-Fesc (550 habitants) jusqu’à la moyenne du département (indice de réception des lettres inférieur à 3 pour la commune, supérieur à 5 pour le département) ; l’activité reste locale, limitée aux charrois et ces échanges de proximité nécessitent peu de courrier. A Saint-Georges-d’Orques (700 habitants), où le directeur ne signale que le commerce des vins mais qui produit ces tonneaux indispensables à l’activité de la région, l’indice atteint 22 (dont un gros tiers est dû aux lettres de la circonscription de Montpellier). Aucune commune mesure avec le trafic de Lattes (330 habitants dispersés) ; « le chef-lieu n’est composé que de pauvres agriculteurs » remarque l’enquêteur, de plus « les fonctionnaires résident à Montpellier ». La proximité de la ville n’est pas toujours stimulante.

Vilmascle et Villeneuvette sont exemplaires de situations opposées. Vilmascle, dans le canton de Clermont, une cinquantaine d’habitants dispersés et le double au village, vit de blé, de vin, des bois et des châtaignes ; « commerce et industrie : point » note laconiquement le receveur. En 15 jours il est arrivé deux lettres (une des environs, une venue de plus loin), il en est parti une seule ; aucun journal. Dans le même canton, Villeneuvette est plus peuplée (380 habitants et 40 dispersés) et surtout plus active « une grande manufacture pour l’habillement des troupes » l’anime. Là, 60 lettres sont arrivées et 38 journaux. Sur les bases de la quinzaine, le directeur du bureau de Clermont a calculé le montant de la taxe annuelle acquittée par chaque habitant 1,41 franc.

Parmi le courrier qui circule, une bonne part relève de l’activité des avocats, avoués et notaires 22. Leur présence se ferait-elle sentir sur les flux ? Si une incidence locale ne peut être niée, aucune corrélation nette ne s’établit au niveau national ni même départemental. Il est d’ailleurs difficile de quantifier les activités juridiques. Tenons-nous au plus général. La France compte 5,3 notaires ou huissiers pour 10 000 habitants 23 ; sous ce rapport, l’arrondissement de Montpellier se situe au-dessous de la moyenne (avec 4,4) et les autres au-dessus (Béziers : 5,4, Saint-Pons : 5,9 et Lodève : 6,2). Si études et officines induisent du courrier, on ne saurait établir de proportionnalité entre leur densité et les scores postaux de l’arrondissement.

Écoles et bureaux de poste

Recevoir des lettres, y répondre, gérer des services administratifs, lire des journaux : ces pratiques ont partie liée avec l’alphabétisation. Pour cerner d’une autre façon l’enquête de 1847, il était donc légitime de s’interroger sur la capacité des Français à lire et à écrire. Cependant, on ne peut pas établir une liaison simple de cause à effet. Se pose le problème d’une compétence et de son utilisation, du passage du « savoir lire et écrire » à une pratique effective (rédiger une lettre). L’alphabétisation au XIXe siècle peut être mesurée grâce à l’enquête diligentée par le recteur Maggiolo 24 (signatures des conjoints sur leur acte de mariage) et aux données fournies par l’armée 25 (capacités des conscrits). Sans entrer dans la critique de ces documents 26 leur cartographie permet de constater que la géographie de l’alphabétisation se rapproche globalement de celle de la pratique épistolaire. Mais il y a des discordances. La faiblesse des indices postaux dans des régions pourtant alphabétisées (c’est le cas en Alsace, dans les Alpes, l’ouest pyrénéen, le sud du Massif central et dans l’Hérault) ou bien la situation contraire (dans la vallée de la Loire) soulignent la distance qui sépare une acculturation élémentaire d’une réelle maîtrise de l’écriture et de l’occasion de la mettre en pratique. C’est un processus complexe qui conduit (éventuellement) du « savoir tracer des mots » au « savoir produire un texte ».

La concurrence entre une langue régionale parlée et la langue française utilisée à l’écrit serait aussi à prendre en compte ici. Sont considérés comme patoisants les cantons de Capestang, Olargues, Olonzac, Saint-Chinian, Saint-Pons, Servian. Là, les conscrits sont moins nombreux à savoir lire et écrire que dans les cantons francophones. Certains des cantons patoisants sont aussi à la traîne pour les échanges postaux. Mais pas celui de Capestang ni celui de Servian – non plus que Saint-Pons pour le départ des lettres.

Dans la mesure où les pratiques religieuses influencent le rapport à l’écrit, il faudrait confronter également les zones de forts et faibles indices postaux avec la répartition des protestants et des catholiques dans le département.

L’explication culturelle qui lie, lettres, écriture et alphabé-tisation, apparaît finalement solidaire d’un ensemble de phénomè-nes dont l’environnement, urbain et économique, n’est pas exclu.

L’administration des postes, très centralisée, a voulu prendre toutes les communes dans son réseau. Il est au moins quatre manières de saisir la densité des bureaux. La première est de compter le nombre de communes desservies par un bureau : 10 environ pour la France et 11 pour l’Hérault La seconde évalue la répartition spatiale : 6 bureaux pour 1 000 km2 et 5 dans ce département. La troisième mesure les distances moyennes des communes à leur bureau : 7 km pour celles qui en sont dépourvues ; ici, elle atteint 8 km dans l’arrondissement de Montpellier et 9 km dans ceux de Béziers et Lodève. La dernière chiffre les utilisateurs potentiels de chaque bureau : 10 000 environ, et 13 000 héraultais.

Ces maillages, administratif, spatial et humain, se superposent et se complètent. Ils quadrillent le département de l’Hérault d’une façon un peu moins dense que la moyenne, mais pas plus qu’ailleurs on ne peut parler d’abandon ou de désert. Quelques chefs-lieux de canton sont dépourvus de bureaux : Capestang, Claret, Lunas, Mauguio, Murviel, Servian. En revanche, des communes ordinaires y ont droit (ou à une distribution) : Gigean, Marseillan, Paulhan, Saint-André-de-Sangonis, Saint-Thibéry, Vias. Quelques communes frontalières dépendent des bureaux d’Azille (Aude), La Bastide (Tarn) ou Sommières (Gard). Un bureau représente une incitation certaine à sa fréquentation et les populations réclament un service plus actif. Le directeur de Montagnac note en marge de la liste des 29 écarts : « Recevant tous les jours des réclamations des habitants de la banlieue, je pense qu’il serait très nécessaire qu’on accordât un facteur pour desservir les campagnes. Le facteur de ville ne peut faire ce service. » Un autre s’inquiète des lettres qui échappent au monopole postal : à Viols-le-Fort « le facteur ne fait sa tournée que chaque deux jours, la fraude se fait, attendu que la distribution n’est pas quotidienne ». Mais ici comme sur le reste du territoire national, il serait hâtif de conclure à une relation directe entre implantation et utilisation. Les décalages soulignent les limites de la politique volontariste de désenclavement menée par l’État qui voyait dans la poste un vecteur d’intégration nationale.

L’enquête de 1847, si précieuse pour l’étude de la toponymie, permet aussi de compléter l’image de la population rurale (sa répartition spatiale, son ouverture aux échanges). Les explications suggérées par l’étude nationale, qu’elles soient transposables ou démenties ici, pourront la nuancer et l’enrichir. Mais l’enquête reste muette sur les épistoliers. A peine s’esquissent parfois les pratiques de négociants 27 et de notables. Le directeur de Lunel remarque que « la commune de Saint-Sériès reçoit à elle seule autant de lettres que toutes les autres communes servies par le piéton plus 4 journaux » et il mentionne la présence de la famille de la Tour d’Auvergne et du baron de Vibrac. Encore plus rarement se devine un événement particulier. Les 78 lettres arrivées le lundi 15 novembre à Vendargues, où la famille du baron possède une demeure, ne sont-elles pas liées au décès du général Pierre Berthezene ? Pour approcher les lettres et les hommes, d’autres sources, d’autres recherches seraient nécessaires.

Courrier adressé à M. Vivarez (février 1848)
Courrier adressé à M. Vivarez (février 1848). Collections des marques postales du Musée de la Poste (Paris).
Courrier adressé à M. Vivarez (février 1848)
Courrier adressé à M. Vivarez (février 1848). Collections des marques postales du Musée de la Poste (Paris).

Notes

1.Centre de recherches historiques – École des hautes études en sciences sociales (Paris). Cet article, centré sur l’Hérault, est tiré d’une étude de l’enquête de 1847 qui concernait la France entière. La recherche menée collectivement par Cécile Dauphin, Pierrette Lebrun-Pézerat et Danièle Poublan est parue dans La correspondance. Les usages de la lettre au XIXe siècle, sous la direction de Roger Chartier, Fayard, 1991. C’est à ce volume que nous renvoyons pour tous les développements qui ne peuvent trouver place ici. Michel Demonet, qui avait collaboré à notre étude, a bien voulu reprendre et affiner les calculs statistiques nécessaires à la rédaction du présent article. Anne Varet-Vitu (Laboratoire de démographie historique – EHESS) s’est employée à la confection informatisée des cartes. Que tous les deux Soient chaleureusement remerciés.

2.D’après les chiffres de L’Annuaire des Postes de 1847.

3.Cette circulaire se trouve au musée de la Poste (Paris), Circulaires publiées depuis l’instruction générale de 1832, 1re série, Gestion de M. Dejean, 1 vol.

4.Bibliothèque nationale de Paris, Manuscrits français 9787-10 129. Hérault: Ms. fr. 9912 (arrondissements de Béziers et Lodève), Ms. fr. 9913 (Montpellier et Saint-Pons).

5.Les comparaisons seraient profitables aussi avec les départements voisins où se prolongent des zones géographiquement homogènes. Les régions ne coïncident pas nécessairement avec les limites administratives.

6.Le nombre des communes touchées par l’enquête de 1847 peut varier de quelques unités il arrive que toutes les données ne soient pas présentes. Les lieux-dits sont comptés dans 329 communes et les données postales, selon que l’on considère les départs ou les arrivées, pour 295 ou 301 communes.

7.Plusieurs lettres de la famille Vivarez Sont conservées au Musée de la Poste à Paris, collection des marques postales, et illustrent cet article.

8.Archives nationales, F20 2761 à 2821.

9.Les événements politiques du milieu du siècle ont sans doute retardé l’exploitation de l’enquête de 1847. Elle est ressortie dans les années 1850 et complétée. La directrice de Saint-Chinian remplit le tableau pour Cazedarnes du 22 avril au 5 mai 1850. Le formulaire de Bessan est repris en août 1857.

10.  L’Avertissement du Dictionnaire de 1859 laisse pourtant prévoir une utilisation des renseignements de l’enquête. « Les stations de chemin de fer, le commerce, l’industrie et les produits agricoles » doivent être indiqués pour des sections de communes ou « lorsqu’il est à propos de distinguer [des communes] de leurs homologues ». Quoi qu’il en soit, le Dictionnaire tient plus de la nomenclature que de l’encyclopédie.

11.  Voir René Le Mée, « Population agglomérée, population éparse au début du XIXe siècle », Annales de démographie historique, 1971, p. 455-510.

12.  Pour notre étude nationale, nous avions fixé des seuils de dispersion qui divisaient l’ensemble des 34 000 communes en trois classes d’effectifs égaux : d’un côté, un tiers avait plus de 70 % de population dispersée tandis qu’à l’autre extrême le dernier tiers avait plus de 85 % d’agglomérée. Aussi, pour l’Hérault, les seuils nationaux sont-ils inadaptés ; nous les avons cependant conservés pour faciliter les comparaisons. Les 288 communes de l’Hérault de moins de 2000 habitants sont réparties en trois groupes inégaux : 12 % des communes ont une population très dispersée et plus de 50 % une population très agglomérée.

13.  Pour notre étude nationale, nous avons retenu l’arrondissement comme unité de base. Ici nous avons préféré le canton, plus fin et qui gomme les aléas communaux. (VOIR Légende Tableau D) Suivant les données, les indices sont calculés sur 294, 299 ou 300 communes. Toutes ont moins de 5 000 habitants, la ville de Bédarieux ayant été éliminée des calculs pour rendre pertinentes les comparaisons au niveau des cantons. Elle sera étudiée à part.

15.  Le distributeur de Saint-Martin-de-Londres suggère que le courrier est saisonnier : « Viols-le-Fort possède deux foires annuelles qui sont très fréquentées, il se fait un grand nombre d’affaires ».

16.  En l’An IX, une enquête présente les recettes de chaque bureau (Archives nationales, AF IV 1387c). Le Compte définitif des recettes de l’administration des finances rendu pour l’année 1842 évalue les recettes postales provenant de la taxe des lettres, à une date très proche de celle de notre enquête. Plus tardives : les Statistiques sur le mouvement des correspondances pendant les années 1876 et 1877, Paris, Imprimerie nationale, 1881 (Archives nationales, AD XIX M36).

17.  On a pu évaluer les indices parisiens : 115 pour les lettres reçues, 190 pour les lettres expédiées (pour 100 habitants en 15 jours).

18.  Pour la France entière, la supériorité des chefs-lieux s’affiche nettement. Ils reçoivent deux fois plus de lettres que les villages (11,5 contre 6) et en expédient trois fois plus (11 lettres contre 3).

19.  Essai sur la statistique de la population française considérée dans quelques-uns de ses rapports physiques et moraux, Bourg, 1836 ; rééd. Mouton, Paris, 1969, avec une introduction de E. Le Roy Ladurie.

20.  La France statistique, Paris, 1843.

21.  « Sur les dénivellations de l’espace économique en France dans les années 1830 », Annales E.S.C., 1986.

22.  Voir le chapitre de Danièle Poublan « Affaires et passions » dans La Correspondance…, op. cit.

23.  Moyennes calculées à partir de l’Agenda et annuaire de la magistrature, du barreau et des officiers publics, Paris, 1854.

24.  Publiée dans La Statistique de l’enseignement primaire, 1880, tome 2.

25.  Publiées chaque année par le ministère de la Guerre dans les Comptes présentés en exécution de la loi du 18 mars 1818 sur le recrutement de l’armée, 39 vol., 1818-1857 (le niveau d’instruction figure systématiquement à partir de 1827). Les Comptes numériques et sommaires du recrutement de l’armée (1819-1830) donnent des renseignements au niveau cantonal (AN. F9 150 à 261).

26.  On pourra consulter Lire et Écrire, sous la direction de F. Furet et J. Ozouf, éd. Minuit, 1977, tome 1, et dans le tome 2, M.-M. Compère, « École et alphabétisation en Languedoc aux XVIIe et XVIIIe siècles ».

27.  Le nom des Vivarez, par exemple, apparaît, nous l’avons signalé, mais les flux postaux n’ont pas été relevés dans leur commune, Cette étant siège d’un bureau de poste.