L’histoire de la communauté de Conas, aujourd’hui hameau distant de quelques deux kilomètres de la ville de Pézenas, à laquelle elle fut réunie en une même commune en 1446, reste difficile à écrire. Les archives seigneuriales sont pourtant conservées au château de Léran (Ariège) par M. le Duc de Lévis-Mirepoix, héritier des Thézan-Poujol, derniers seigneurs de l’endroit. Les archives municipales de Pézenas recèlent bien quelques pièces de caractère fiscal ou judiciaire. Mais rien ne subsiste des papiers d’une communauté qui, du XIIIe siècle à la fin de l’ancien régime, et malgré l’acte d’union de 1446 conserva une administration consulaire propre. Ils auraient été l’outil indispensable pour l’étude de l’église paroissiale Saint-Martin. C’est donc avec une documentation fragmentaire et périphérique que peut être esquissé un historique du sanctuaire.

Origines et situation

L’église de S. Martini Colencianicis est mentionnée pour la première fois en 1133 par le Cartulaire d’Agde. On la retrouve en 1147 et 1173 toujours sous le même vocable, mais cette fois de Colnar dans la « Gallia Christiana » 1. Possession des évêques d’Agde dès l’origine, elle se place à l’est de l’agglomération, surplombant le lit majeur de l’Hérault longé par la « Carrière Mercadale » (ancienne voie romaine de Saint-Thibéry à Rodez) et l’ancien cimetière Notre-Dame depuis longtemps désaffecté. La photographie aérienne livre les traces de fondation d’un ancien édifice. S’agit-il d’un premier sanctuaire placé au milieu de l’ancien cimetière sous le vocable de Notre-Dame de « Conas Vieil », dont il est fait encore mention dans un acte du début du XVe siècle ? 2 Ce terroir de plaine porte d’ailleurs le nom de Notre-Dame alors que l’« ort de Saint-Martin » se place sur la soubergue proche. La procédure d’arpentement réalisée au début du XVIIe siècle (1602) mentionne encore un champ dit du Cimetière Notre-Dame, qui confronte de terrai led. cimetière, de narbonnés la carrière de la croix de la Peyrade (dont le socle est encore visible), de marin la carrière mercadale, d’aguial la carrière allant du portanel au moulin, le dit cimetière contenant deux sétérées moins deux dextres. Il n’est pas interdit de penser qu’ici comme ailleurs s’est opéré un déplacement de site. L’habitat se fixait d’abord sur la terrasse, dont partie était occupée par le cimetière, en bordure de la voie romaine, pour s’accrocher ensuite sous la menace des invasions, à la butte dans un système de fortifications soutenu par les tours féodales 3. Le sanctuaire reste cependant distinct de l’enceinte féodale, la voie qui y conduit se glisse entre le rempart seigneurial et celui de la communauté. Le souci de défense en même temps que l’affirmation de l’autonomie de la communauté vis-à-vis du pouvoir seigneurial, ont influencé son implantation dans le site 4.

Construction

Mlle Laure Gigou rattache la porte d’entrée surmontée d’un arc brisé à la période romane et l’essentiel de l’édifice « au XIVe ou au XVe siècle » 5. Avant qu’une analyse archéologique plus poussée à la faveur de travaux de restauration notamment, n’autorise à définir précisément la période de construction, et avant même de procéder à la description de l’édifice, qu’il nous soit permis de présenter deux hypothèses.

Si l’on peut établir un lien logique entre la construction d’un édifice et la situation matérielle et morale dans laquelle se trouvent ceux qui la mettent en œuvre et si l’on en croit les études démographiques récemment conduites par M. Gramain 6 et A. Castaldo 7, mis à part son premier tiers, le XIVe siècle est une telle période de déclin pour la communauté de Conas que toute hypothèse de construction à cette époque doit être écartée. Elle a pu certes être entreprise dans le premier tiers du XIVe siècle, au moment où en 1338 la communauté compte 150 taillables, soit 675 habitants environ. Mais avant même le milieu du siècle s’amorce le déclin qui conduit en 1446 au rattachement des quatre derniers taillables à la communauté de Pézenas. Ce n’est donc guère avant la fin du XVe siècle — seconde hypothèse — qu’aurait pu être entreprise la construction de l’édifice. Cette période correspond d’ailleurs avec l’arrivée à Conas de la maison seigneuriale des Lauzières qui, de 1450 à 1562, poussera même ici une branche particulière dite de Conas 8.

Le 10 août 1495 dame Sauve, mère et tutrice de noble Arnaud de Lauzières, fonde et dote la chapellenie de Saint-François. La chapelle est logée dans le croisillon nord du transept 9. Plusieurs actes mentionnent le choix de son titulaire par le seigneur. En 1585, Raymond Belugou, qui en est le chapelain, doit défendre ses droits d’en percevoir les décimes contre les prétentions de l’évêque d’Agde.

Autre fondation particulière, seigneuriale, est la chapelle Notre-Dame, située à l’opposé dans le croisillon sud du transept 10. En 1620 encore, Antoinette d’Avanson, héritière des Lauzières, épouse de Thomas de Thézan, baronne de Conas, nomme un chapelain 11 et établit par testament une rente de 2.000 livres pour que soit journellement célébrée une messe soit à l’église de Conas, soit dans la chapelle des religieuses de Sainte-Ursule à Pézenas 12. Jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, les seigneurs continueront ainsi à nommer et doter les bénéficiers des chapelles Saint-François et Notre-Dame logées dans les bras du transept de part et d’autre du chœur. C’est là, semble-t-il, leur seule intervention dans le sanctuaire communal.

La nef reste propriété de la communauté. Elles purent servir de lieu de sépulture aux Lauzières de la branche dite de Conas, résidant ici de 1450 à 1562, mais les Thézan, leurs successeurs, originaires du Poujol-sur-Orb lui préférèrent l’église de ce lieu. Ouverts en 1628, les registres de la paroisse Saint-Martin de Conas ne mentionnent aucune sépulture seigneuriale ni aucun acte religieux intéressant une famille qui, d’ailleurs, ne réside plus.

Eglise St-Martin-de-Conas Façade sur la porte d'entrée
Fig. 1 Eglise St-Martin-de-Conas Façade sur la porte d'entrée
(Photo Bernard DUGUIES)
Eglise St-Martin-de-Conas Porte d'entrée
Fig. 2 Eglise St-Martin-de-Conas Porte d'entrée
(Photo Bernard DUGUIES)

Description

L’édifice présente, dans son plan et sa structure les caractéristiques essentielles de l’art gothique méridional, encore fortement teinté d’influences romanes.

Le plan est celui d’une église à nef unique, (longue de 17 mètres, large de 7 et haute d’environ 8 mètres) comportant à l’Ouest des contreforts angulaires. Un transept aux bras peu profonds précède le chœur pentagonal rythmé, au droit de la naissance des ogives de l’abside, par des contreforts.

La voûte est formée de croisées d’ogives délimitant deux travées dans la nef et une au transept, plus largement développée, selon un quadrilatère parfait.

Les ogives, qui se rencontrent en une clef ornée d’une rosace, sont moulurées d’un tore à listel et retombent sur des colonnes engagées, surmontées de chapiteaux au sobre décor de feuillages sur deux rangs et à tailloir à double boudin. Les arcs doubleaux séparant chaque travée sont de tracé brisé. La faible épaisseur des murs, non compensée par la présence d’arcs formerets, et l’absence d’arcs-boutants susceptibles de contenir une forte poussée (remplacés ici par le vieux système roman du contrefort) expliquent la modeste élévation de l’édifice et le choix de ce type de couverture.

Pour les mêmes raisons, les bras du transept, d’une largeur de 3,50 m à peine, couverts de voûtes d’ogives de même profil que les précédentes, sont peu développés. La solidité est assurée par les deux arcs chanfreinés ouvrant le transept sur la nef. Les chapiteaux des colonnes qui les reçoivent sont dépourvus de décoration.

La retombée de l’arc triomphal, également chanfreiné, s’effectue sur des colonnes engagées à dosseret. L’élévation du chœur, plus faible que celle de la nef, est égale à celle des bras du transept.

La voûte du chœur est portée par huit ogives, moulurées aussi d’un tore à listel. Une lierne relie la clef annulaire à l’arc triomphal. Les nervures prennent naissance sur des colonnettes engagées à dosseret. Le tailloir des chapiteaux, comme à l’arc triomphal, épouse la largeur du dosseret. Un bandeau souligne la base des fenêtres dessinant, au niveau des colonnettes, un ressaut que vient affirmer un culot tronconique.

Deux chapelles à chevet plat formant absidioles de part et d’autre du chœur, mais d’une moindre élévation, s’ouvrent à l’extrémité des bras du transept. Elles sont voûtées d’ogives.

Une troisième chapelle, dite du Rosaire, située au flanc Nord de la deuxième travée de la nef, ne communique que par une porte avec le bras Nord du transept qu’elle prolonge. Une ouverture, aujourd’hui murée, permettait l’accès à la nef. D’une hauteur réduite à 3 mètres, cette chapelle diffère des précédentes par son voûtement : les nervures ne sont plus toriques mais font alterner cavet et chanfrein. L’un des voûtains a été percé postérieurement pour permettre le passage d’un escalier vers la sacristie située au-dessus.

Au sud se dresse le clocher, massif polygonal sur son flanc méridional, pénétré d’un escalier à vis logé dans l’épaisseur des murs. Bien que soutenue par un grand arc de décharge de tracé brisé, sa partie supérieure, à l’origine percée de deux baies en plein cintre (l’une a été obturée à la suite d’un effondrement de la clef) a subi bien des remaniements.

La porte occidentale (modifiée au XVIIe siècle) abrite un tympan sans décoration sous un grand arc brisé, souligné à sa partie supérieure par un larmier mouluré en bec-de-corbin.

Ces rares transformations ne doivent pas faire oublier la parfaite unité présentée par l’édifice dans son architecture et sa décoration. Si le décor sculpté est strictement limité à quelques chapiteaux — dans la nef — à feuillages simples, et aux clefs ornées d’une rose, la présence d’une mouluration identique, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, lui confère cette unité incontestable.

L’analyse de l’architecture, la confrontation avec les documents déjà produits sur la fondation des chapelles et les études réalisées permettent de conclure, en dépit de quelques archaïsmes, à une construction tardive. L’absence de tout élément de fortification vient encore renforcer l’hypothèse d’une construction homogène de la fin du XVe siècle, exception faite pour la chapelle du Rosaire, postérieure, — première moitié du XVIe siècle ? — et de la construction médiocre qui la surmonte (XVIIIe siècle).

Eglise St-Martin-de-Conas. Le Chevet. Au premier plan le cimetière
Fig. 3 Eglise St-Martin-de-Conas. Le Chevet. Au premier plan le cimetière. (Photo Michel DESCOSSY)

Les desservants

La vie de la paroisse est ordonnée par un curé vivant en principe des produits de la dîme. Au Moyen Age Saint-Martin de Conas figure parmi les dimeries qui se partagent le terroir piscénois. Le décimateur ou prieur a la charge de l’entretien du culte. Cent cinquante ans après l’union de la communauté à celle de Pézenas, c’est au tour du prieuré de Saint-Martin d’être réuni à celui de Saint-Pierre au bénéfice du chapitre de la collégiale institué le 31 décembre 1600 par une bulle du pape Clément VIII 13. Depuis 1560, il ne reste d’ailleurs plus rien dudit prieuré, dont les biens ont été progressivement acquis par les seigneurs du lieu. La construction du sanctuaire n’est peut-être pas étrangère à cette faillite, mais la levée des deniers imposée sur tout le clergé de Languedoc par Henri III a été le détonateur. Ainsi le prieur a-t-il été amené à vendre une première terre à Antoinette d’Avanson, seigneuresse de Conas 14. La même achète à nouveau, en 1576, un champ « situé près le cloître dudit prieuré » 15. En 1597 enfin les commissaires députés par le roi pour l’aliénation des biens ecclésiastiques vendent pour 734 livres, 12 sous et 6 deniers, la dernière partie des biens du prieuré à Thomas d’Avanson, seigneur d’Espondeilhan, Conas, Pézenas, etc. A cette époque déjà la maison claustrale, située hors l’enceinte sur la vaste terrasse qui flanque le village au midi est déjà en ruines.

En 1603, la dimerie de Saint-Martin est affermée pour 7 ans pour 5.000 livres 16. Moyennant quoi, le chapitre de Pézenas s’oblige à entretenir à Conas les desservants et à subvenir aux frais de culte. Un vicaire sédentaire est même adjoint au curé pour célébrer personnellement une seconde messe et concourir aux autres offices et cérémonies de l’église. Mais, avare de ses deniers, le Chapitre ignorera bien vite ses devoirs, ce qui conduira les consuls à le poursuivre maintes fois en justice (Document 1). Les curés de la paroisse sont connus par les registres paroissiaux

Eglise St-Martin de Conas. Le clocher
Fig. 4 Eglise St-Martin de Conas. Le clocher.
(Photo Bernard DUGUIES)
Eglise St-Martin de Conas. Le voûtement du chœur
Fig. 5 Eglise St-Martin de Conas. Le voûtement du chœur.
(Photo Michel DESCOSSY)

1628-1648

Jean REDON

1648-1674

(absence de registres)

1674-1683

COMBES

1683-1686

ANDRE

1686-1690

VALADA

1690-1696

DIJOUX prêtre et vicaire perpétuel

1695-

ROUX Michel, mineur conventuel « en place de vicaire »

1695-1709

MICHEL

1709-1739

BONNARIC (enterré dans l'église de Conas le 6 janv. 1739).

1739-1752

BAPTISTE

1752-

GOR

1753-1763

BAPTISTE

1763-1766

GAUDION

1766-

Frère FRANÇOIS, capucin prêtre et procuré

févr.

PEYS curé

1766-1783

PEYS parti à Saint-Pons

1783-1791

BOUDOU parti à Pomérols (originaire de Conas)

1791-juin

MARCELLIN, capucin desservant prêtre délégué

1792-

VIGOUROUX, procuré.

Deux de ces prêtres seront d’ailleurs ensevelis dans la nef de l’église : le 6 janvier 1739, Guillaume Bonnaric âgé de 70 ans et le 5 juillet 1769 J. Gaudion prêtre et bénéficier de l’église cathédrale d’Agde, âgé de 42 ans.

Autre motif de conflit entre la communauté et le Chapitre décimateur : le logement du curé. Une maison « située dans l’église » lui est à l’origine destinée mais elle est en ruines. Les devis succèdent aux projets (en 1687 puis encore en 1765) sans que le Chapitre se décide à la faire réparer ou à en construire une nouvelle. Le curé est donc logé dans une maison louée par la communauté à un habitant du lieu : ainsi en 1766, François Gaudion achète 1.100 livres à un autre particulier la maison curiale et la loue par bail pour 100 livres l’an. Elle se compose d’un cellier au rez-de-chaussée, d’une chambre au premier étage, de deux chambres au second et de deux greniers. Le curé peut y loger son domestique et parfois un étudiant comme Louis Pagès venu d’Agde, en 1777, étudier chez le curé Peys. Il doit trouver ailleurs l’écurie pour son attelage « nécessaire pour ses déplacements ». Les registres de délibérations municipales du XVIIIe siècle résonnent des réclamations des curés successifs de Conas quant à leur logement.

Entretenu et logé par la communauté, pour 120 livres l’an, le régent des écoles, qui apparaît à la fin du XVIIe siècle (1698) semble éprouver moins de difficultés. Chargé de l’instruction de la jeunesse, il assiste le curé dans l’exercice du culte et apparaît comme tantôt le parrain tantôt le témoin du mariage 17 – Les régents des écoles de Conas furent successivement :

1698-1703

Jean ARCHIMBAUD, le premier connu

1709-

GALINIER (qui assiste beaucoup aux enterrements)

1728-

Guillaume BENEZECH, enterré cette année là à Page de 60 ans

1740-1774

Jean BRIBES, souvent choisi comme parrain. Le 10 mars 1774, il est enseveli, à l'âge de 57 ans, devant la porte du cimetière. PRUNET est le nouveau régent.

1776

Mathieu BILLIERE.

La communauté l’entretient, de même qu’elle pourvoie aux frais de logement du curé. Elle est souvente fois solicitée pour les réparations à faire au sanctuaire.

Les travaux au XVIIIe siècle

En 1689, la cloche s’étant rompue, il faut la remplacer 18. En 1720 la solidité de la grande, comme de la petite, qui sonne le branle, est douteuse. Gor reçoit 30 livres pour les consolider. Les enfants montent sur le toit et mettent à mal les cordes que l’on doit fréquemment remplacer. Peut-être faut-il voir dans ces incursions l’origine de bien des dégâts : vitraux brisés et gouttières, qu’il faut s’employer à réparer. En 1715 le curé demande autorisation de procéder à une quête pour réparer « les gouttières considérables » en 1740, sous le cautionnement de Jean Villebrun, maçon, Canal va entreprendre pour 1.200 livres de plus d’importantes réparations, celles que l’évêque d’Agde vient d’ordonner 19. Le 3 décembre 1743 Monseigneur préside en personne la cérémonie d’inauguration des nouveaux fonts baptismaux 20. Les consuls de Pézenas, pourtant marguilliers de la paroisse, déclarent de ne point y avoir été conviés « ainsi qu’il s’est toujours pratiqué » lorsque Monseigneur d’Agde visitait les paroissiens de Conas. Le 8 mai 1745, nouvelle visite du prélat qui ordonne à nouveau « plusieurs créations et décorations » en distinguant bien celles restant à la charge de la communauté. Trois mille livres seront empruntées à Madame de Carlencas. Le document ne mentionne malheureusement pas le détail des opérations. Il indique toutefois l’existence d’une nouvelle et troisième chapelle, placée sous l’invocation du Rosaire, en posant la question de savoir si cette chapelle est de fondation particulière ou si elle est une dépendance de la nef. Peut-être avons-nous là l’origine des modifications intervenues sur le côté nord de la nef. A l’arrière de la chaire existe une chapelle séparée de la nef par un mur et dont l’un des voutains a été percé pour permettre le passage d’un escalier. La chapelle du Rosaire aurait ainsi disparu au bénéfice d’une sacristie à l’étage. La réception de l’ensemble des travaux est faite en 1762 21. Ce sont là les seules modifications importantes qu’ait connues l’édifice au XVIIIe siècle, avec sans doute aussi le percement d’une lucarne circulaire sur la façade et l’implantation du maître-autel de marbre.

Le chaussement du sol et son cimentage, qui firent disparaître les pierres tombales et les pieds de la chaire et des fonts baptismaux, ont été réalisés à la fin du siècle dernier.

Eglise St-Martin de Conas. Chaire et bras nord du transept-chapelle Saint-François
Fig. 6 Eglise St-Martin de Conas. Chaire et bras nord du transept-chapelle Saint-François. (Photo Michel DESCOSSY)
Eglise St-Martin de Conas Lavabo à l'arrière du maître-autel
Fig. 7 Eglise St-Martin de Conas Lavabo à l'arrière du maître-autel.
(Photo Michel DESCOSSY)

La vie de la paroisse

Baptêmes, mariages, enterrements, cérémonies de confirmation effectuées épisodiquement par l’évêque ponctuent la vie de la communauté paroissiale. La fête de la Saint-Martin, célébrée au 11 novembre de chaque année, y revêt une solennité toute particulière.

Revêtus de leur livrée écarlate, escortés de leur valet et précédés par la jeunesse, drapeau en tête, les consuls de Conas accueillent leurs hôtes piscénois à la Croix de fer, à peu de distance de l’ancienne limite des terroirs de Pézenas et Conas 22. Après le service divin, proclamation est faite, au devant de l’église, des édits et ordonnances du roi ou de Mgr le Prince de Conti, engagiste du Comté de Pézenas (Document 2). MM. les consuls des deux communautés réunies prennent ensuite place pour le banquet fraternel, le troisième de l’année auquel prennent part les consuls piscénois et pour lequel ils s’octroient une dépense de 25 livres 23.

La paroisse disparaît avec la Révolution et son dernier curé, Vigouroux. Le régent des écoles ne tarde pas à le suivre. A la restauration du culte, le service de Conas est confié dimanches et jours de fêtes au vicaire de la nouvelle paroisse de Saint Ursule créée à Pézenas, à raison de 400 francs l’an. Aujourd’hui une messe y est encore célébrée le premier vendredi de chaque mois.

Claude ALBERGE
(Septembre 1978).

Les fonts baptismaux (Milieu XVIIIe s.)
Fig. 8 Les fonts baptismaux (Milieu XVIIIe s.). (Photo Michel DESCOSSY)

Document I

Procès entre la communauté de Conas et le Chapitre Collégial de Pézenas

28 août 1773 (A. M. P. R. D. F° 270)

« La commune de Conas étant unie à celle de Pézenas depuis au moins 1446 et y ayant eu plusieurs transactions passées entre les 2 communautés pour régler leurs droits et terminer entre elles toutes leurs contestations, la communauté de Pézenas aurait consenti plusieurs obligations envers celle .dud Conas, et entre autres celle d’appuyer autant qu’il sera possible et juste les prétentions des hans dud Conas, pour tout ce qui est afférent au service divin ; qu’ils réclament aujourd’hui cet appui dans un procès qu’ils ont commencé contre le chapitre collégial de Pézenas, devant M. l’Official d’Agde, au prétexte que led chapitre en qualité de prieur de St Martin a fourni de tous les temps un prêtre aud Conas pour dire une seconde messe les fêtes et les dimanches de l’année, lequel a toujours assisté et chanté aux offices et processions les dimanches et fêtes, la nuit de la Noël et de la Semaine Sainte.

Que cet usage a toujours été maintenu jusques à ce jour dernier que le prêtre fourni par led chapitre s’en retourne après avoir dit la seconde messe et n’assiste conséquemment plus aux offices, dont il résulte que les offices ne se célèbrent plus avec toute la solennité et la décence due, puisqu’il arrive parfois que le curé se trouvant indisposé et n’y ayant pas d’autres prêtres, les offices ne se font point les dimanches et fêtes.

Que les consuls de Conas n’ont rien oublié pour engager les chapitres à remplir à cet égard les usages et les devoirs que lui imposent la qualité de prieur de Conas, mais n’ayant point daigné faire attention à leurs demandes, moins encore considéré que le prieuré de Saint-Martin de Conas fait le principal revenu dud chapitre, il est révoltant qu’après un usage suivi de tous les temps, ce chapitre veuille innover sans autre motif que celui de l’épargne.

Que tous ces faits sont constants et positifs, et pour lesquels les consuls dud Conas ont donné plusieurs mémoires à l’effet de demander l’appui qu’ils réclament aujourd’hui, mais soit que les embarras où se trouve la communauté de Pézenas quant aux réparations de la rivière, soit enfin qu’il y ait un peu de retard de la part de MM. les anciens consuls, la communauté de Conas demeurant en souffrance et ne voulant pas laisser perdre ses droits, elle aurait formé une instance devant M. l’official d’Agde aux fins susdites. Et comme il importe à la communauté de Conas d’observer les formalités nécessaires, il prie l’assemblée de vouloir bien délibérer en vertu de l’union entre les deux communautés de poursuivre la permission de M. l’Intendant à l’effet d’autoriser les poursuites déjà faites contre led chapitre, et de leur permettre de plaider jusques à sentence ou arrêt définitif, et que pour fournir au procès il sera permis à la communauté de Pézenas d’emprunter une somme de 100 livres.

De plus comme depuis l’instance formée devant l’Official le chapitre refuse par caprice l’huile nécessaire qu’il a fournie de tous temps, et même depuis la dernière déclaration du roi, pour la lampe de la paroisse de Conas, l’assemblée est priée de demander dans la même requête à M. l’Intendant un emprunt plus considérable pour soutenir les droits de lad communauté de Conas.

…il a été délibéré unanimement de prendre fait et cause pour la communauté de Conas »

Boudou
consul de Conas
présent.

Document II

Procès-verbal des publications faites a Conas le 11e novembre jour et fête de Saint Martin 1766

(A. M. P. R. D. 1766-1770 f 15)

« De par le Roy et de Son Altesse Sérénissime Monseigneur le prince de Conty Comte de Pézenas, et de l’ordonnance de MM. les Consuls, gouverneurs de la ville de Pézenas, lieutenants généraux de police de lad ville tant en civil que criminel.

Il est défendu à toutes sortes de personnes de jurer ni blasphémer le Saint nom de Dieu et de la Sainte Vierge et autres Saints et Saintes sous les peines portées par les ordonnances royaux.

Il est de même défendu toutes sortes de personnes de garder aucun bétail gros ni menu, ni les faire dépaître dans les olivettes, vignes preds et riberals et autres terres et possessions où les fruits sont pendants ni même dans les terres d’autrui de quelle nature qu’elles soient sans l’exprès consentement par écrit des propriétaires, duquel on sera tenu de faire dénonce au greffe de l’hôtel de ville et avant se servir dud consentement que les mêmes peines et autres portées sur les arrêts et règlements du Parlement de Toulouse.

Il est encore défendu à toutes personnes excepté les gentilshommes de porter aucunes armes à feu, épées, poignards et autres sur semblables peines.

L’an 1766 et le 1er jour du mois de novembre

Finalement il est défendu à toutes personnes de chasser à chiens courans, de buette, ni à l’entour de pigeonniers par grenades, simbels et autres sur les peines contenues à l’ordonnance.

L’an 1766 et le 11e jour du mois de novembre, jour et fête de Saint Martin, fête locale du lieu de Conas, annexe de la ville de Pézenas, MM. Pierre Léon Clemans, Claude Vallat et Claude Beaulac second, troisième et quatrième consuls dud Pézenas, led sr Beaulac 4e consul en cette qualité faisant les fonctions de procureur du roy, tous revêtus de leur robe d’honneur et livrée consulaire, assistés de M. Marc Antoine Mazuc, greffier et secrétaire en chef de lad communauté, s’étant transportés au lieu de Conas suivant les anciens droits et privilèges à nous attribués, sur la réquisition dud sieur Beaulac, faisant la fonction de procureur du roi, pour y faire les proclamations des ordonnances royaux cy devant écrites, étant arrivés à la croix appelée del fer, les consuls dudit Conas seraient venus avec la jeunesse et leur drapeau à lad croix del fer pour nous y recevoir et au son de la trompette nous serions allés avec lesd consuls et la jeunesse à la teste dans l’église paroissiale dud Conas, où étant arrivés, après avoir fait la prière ordinaire, étant sortis au devant de lad église, sur la réquisition du sr Beaulac avoir fait faire la publication des d. ordonnances et ordonné l’exécution d’icelles, et de suite nous étant transportés à la place publique dud lieu avec lesd sr consuls et lad jeunesse, sur les nouvelles réquisitions qui nous ont été faites par led Beaulac avons pareillement faire faire la publication des ordonnances en lad place et ordonné l’exécution d’icelles avec défense à toutes personnes d’y contrevenir sous les peines y contenues et ce dessus avons dressé le présent verbal pour servir au Roy à son Altesse Sérénissime et à la communauté ainsi qu’il appartiendra et nous sommes signés avec lesd consuls de Conas et notre greffier ».

Notes

  1 Eugène THOMAS, Dictionnaire topographique du département de l’Hérault, Paris, 1864.

  2 Léran, Fonds THEZAN, 134-21 Convention entre Antoine de THEZAN co-seigneur du lieu et le clergé de Notre-Dame de Conas-Vieil.

  3 Au début du XIIIe siècle, la seigneurie de Conas est partagée entre 4 co-seigneurs, dont deux possèdent chacun une tour. Voir Claude ALBERGE, Une exploitation agricole à la fin de l’Ancien Régime, le domaine seigneurial de Conas, Études sur Pézenas et sa région, VIII, 3, 1977.

  4 Dès le XIIIe siècle, Conas jouit d’ailleurs d’un consulat dont l’élection reste cependant supervisée par le baile seigneurial.

  5 Laure GIGOU, Les possessions des évêques d’Agde du IXe au début du XIIIe siècle. Étude historique et archéologique des fortifications et d’édifices religieux, Études sur Pézenas et sa région, V, N° 3, 1974.

  6 Monique GRAMAIN, Un exemple de démographie méridionale la viguerie de Béziers dans la première moitié du XIVe siècle. Annales de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Nice, 17, sept. 1972.

  7 André CASTALDO, Crises du XIVe siècle et démographie dans la région piscénoise : l’exemple de Conas, Actes du XLVIIIe congrès de la Fédération Historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon (Pézenas 1975), Montpellier, 1976.

  8 Voir note (3).

  9 Léran. Fonds THEZAN. 72. 13.

  10 Id. 72.15 ter.

  11 Id. 72.11.

  12 Id. 166.17.

  13 Archives municipales de Pézenas (A. M. P. Inv. Resseguier 566. Layete 6 liasse 2. Carte 6).

  14 Léran. Fonds THEZAN. 134-9.

  15 Id. 135.21.

  16 Par la suite elle sera globalement affermée avec celle de Saint-Pierre.

  17 A noter que si dès 1698 la communauté de Conas entretient un régent des écoles, celle de Pézenas n’a pas encore d’école gratuite en 1789. Son curé s’en plaint d’ailleurs dans le cahier de doléances. Cf. Claude ALBERGE, Le Tiers-État et les États généraux de 1789, Études sur Pézenas et sa région, V, 1, 1974.

  18 Toutes ces informations fragmentaires sont retirées de la consultation des registres de délibérations municipales pour les années mentionnées.

  19 A. M. P. Registres de délibération 1740-1745 fos 48, 155, 217, 250.

  20 L’une des pièces les plus intéressantes du mobilier encore existant, outre une peinture à l’huile du XVIIe siècle représentant Saint-Joseph et l’Enfant-Jésus est une rangé de stalles.

  21 A. M. P., R. D. M. 1762 fol. 100.

  22 Cette croix est aujourd’hui disparue. Elle se situait au point de divergence de deux chemins dont l’un conduit au point de rassemblement des canaux de drainage de l’Étang, lieu-dit aujourd’hui « pontil de Conas » la présence d’un habitat gallo-romain témoigne de l’intérêt de ce carrefour.

  23 Le repas de la Saint-Martin vient après celui de l’Ascension qui a lieu sur le pré Saint-Jean où les consuls reçoivent des maîtres-artisans de la ville les offrandes pour les pauvres, et celui du début de l’été qui clôture une visite-inspection des fontaines de la ville.