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Description

L’École de Santé Navale et Coloniale à Montpellier (1940–1943)

Le vendredi 28 Juin 1940 arrive en gare de Montpellier, après un long arrêt en gare de Sète pour passer de la traction électrique à la traction vapeur, un train spécial en provenance de Bordeaux avec à son bord 120 élèves de l’École de Santé Navale et Coloniale.

Bordeaux se trouvant en « zone occupée », l’École de Santé Navale, comme les autres Écoles Militaires, ne pouvait rester sous la coupe de l’occupant.

Historique

Jusqu’à la Révolution les Médecins et les Chirurgiens de la Marine étaient formés dans 3 Écoles avec Hôpital Rochefort, Toulon et Brest, datant du XVIIème siècle, dont la qualité leur avait valu le titre de « Collège Royal de Médecine ».

En 1802 quand Bonaparte réforme l’Université (les Écoles de Médecine avaient été, rappelons-le, fermées par la Révolution – tout le monde pouvait être médecin ! – qui « n’avait pas besoin de savants » et Lavoisier guillotiné) la nouvelle Loi prévoit que les médecins militaires « peuvent en raison des services rendus à la Nation et de leur acquis antérieur » soutenir une Thèse après un stage raccourci et sans paiement de droits.

Ceux-ci vont largement en profiter puisque de 1802 à 1893 ce sont 1 145 « marins », dont 149 déjà décorés de la Légion d’Honneur, sans compter les médecins de l’Armée de Terre, qui soutiendront une thèse à Montpellier, soit 13 % des thèses soutenues.

Il faut préciser que depuis très longtemps les médecins, d’ailleurs plus souvent des chirurgiens, embarqués sur les bateaux ne faisaient pas que de la Médecine mais aussi de la Botanique, de la Zoologie, de la Minéralogie, de l’Ethnologie etc… Ils ont approvisionné le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris et de nombreux jardins botaniques en plantes, en minéraux, animaux nouveaux (terrestres ou marins) qu’ils découvraient. D’ailleurs beaucoup portent leur nom et je n’en citerai qu’un « l’anophelès Coustani » du nom d’un médecin de Marine né à Montpellier, donné par Alphonse Laveran lui-même.

Amédée Lefevre (thèse 1827) identifiera le Saturnisme et Gélineau (thèse 1858) découvrira la Narcolepsie. D’autres aussi seront célèbres.

Avec l’évolution de la législation concernant les études médicales, les médecins militaires ont dû suivre le mouvement, une École de Santé Militaire fut créée à Lyon en 1888 et en 1890 l’École Principale du Service de Santé de la Marine et des Colonies à Bordeaux. Montpellier était également sur les rangs pour l’accueillir et Bordeaux l’emportât car elle accordait plus de bourses et fit valoir qu’elle était à mi-chemin de Brest et de Toulon (!) et qu’elle avait un port. Celui de Palavas ne pouvait rivaliser avec le port de la Lune alors dans sa période faste.

Pour présenter le concours d’entrée à l’École de Bordeaux les candidats suivaient une année d’étude (la première année de Médecine) dans l’une des 3 anciennes Écoles et ceux de Toulon étaient donc inscrits à la Faculté de Montpellier. Les Professeurs se déplaçaient à Toulon pour les examens. Cela a duré jusqu’en 1963 date de leur fermeture.

Mais l’implication des Médecins de la Marine dans la Faculté de Médecine de Montpellier remonte loin puisqu’en 1826 le Doyen Dubrueil était un ancien marin. Il y eut plusieurs Professeurs célèbres (Fonssagrives J.-B., Saurel L., Chrestien A., Pourché Fr., Maurel E…) et le dernier est Maurice Dejean (Promotion 1909) qui était Chef du Service d’Ophtalmologie il y a un demi-siècle et son fils Chef du Service O.R.L. aux Cliniques Saint Charles.

Les Années 40

Les « Navalais », nom familièrement employé pour désigner les élèves de l’École de Santé Navale, de la dernière promotion de médecins et de pharmaciens entrée en 1939 (tous les autres étaient partis sur le front dans des régiments coloniaux ou affectés sur des bateaux – ils rejoindront Montpellier durant l’été sauf ceux qui auront été tués ou faits prisonniers -) arrivent donc dans une complète désorganisation et les autorités préfectorales, militaires et universitaires vont rapidement trouver des solutions.

Les élèves seront logés, en attendant de rejoindre le Pavillon Colonial de LA Cité Universitaire, au Lycée de Jeunes Filles, à l’Enclos Saint François, à la Caserne de Lauwe et au Sanatorium Bon Accueil (pour femmes) qui deviendra la Clinique Lavalette où ils recevront en guise de verres, les crachoirs paraffinés destinés aux tuberculeux

Fin Décembre 1942 ils sont « priés » par l’occupant de quitter rapidement la Cité U pour l’Asile d’Aliénés de Font d’Aurelle. Remarques amusantes en ces temps tristounets à Bordeaux l’École occupait un ancien Asile d’Aliénés. Elle a quitté la ville où se trouvent les Trois Grâces sur la Place de la Bourse, (bronze de Visconti – 1865) par la Gare Saint Jean pour arriver à la Gare (Saint Roch) et retrouver les Trois Grâces (marbre de Carrare de d’Antoine – 1767) Place de la Comédie et l’Hôpital Saint Charles a remplacé l’Hôpital Saint-André. Les locaux de Bordeaux avaient été un ancien Séminaire en 1821, comme la caserne de Lauwe le fût lors de sa construction en 1870. Étranges coïncidences ! […]

Informations complémentaires

Année de publication

2010

Nombre de pages

10

Auteur(s)

Docteur André BORGOMANO

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf