Le site antique et médiéval de Saint-Pierre de Pabiran à Montagnac (Hérault)
Le site antique et médiéval de Saint-Pierre de Pabiran à Montagnac (Hérault)
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1 – Introduction
L’existence d’un site archéologique à Saint-Pierre de Pabiran n’avait fait l’objet que d’une simple mention dans la littérature locale ainsi F. Rey-Lacroix considère ce gisement comme la plus importante des villas gallo-romaines de la commune 1 ; il ne donne cependant aucune précision sur les découvertes qui justifient cet intérêt. Les auteurs de synthèses régionales, comme E. Bonnet, qui a publié ses « Antiquités et Monuments du département de l’Hérault » en 1905, n’ont pas une ligne pour ce site qu’ils ignorent visiblement 2. En 1972, l’un de nous avait pu faire étudier quelques tessons de céramique paléochrétienne recueillis sur ce site 3, où la tradition locale encore vivace place l’un des principaux établissements antiques de la commune.
1.1 – Localisation
Situé à 1,6 Km au Nord du village actuel (fig. 1), le gisement occupe le versant Nord d’une petite vallée peu profonde, celle de La Font du Loup, qui rejoint à l’Ouest, 2 km plus loin, le cours de l’Hérault. En fait, le relief est si peu sensible à cet endroit qu’il serait excessif de décrire l’emplacement comme exposé au Sud. Les terrains de ce plateau peu accidenté constituent les dernières terrasses dominant la plaine alluviale de l’Hérault 4, à 44 m d’altitude.
1.2 – Toponymie
Comme beaucoup de domaines actuels, celui de Pabiran doit son origine à une fondation d’époque romaine. Il est d’ailleurs remarquable que le nom du propriétaire antique (probablement Papirus ou Papirius) soit parvenu jusqu’à nos jours sans déformation notable 5. Le seul problème toponymique reste celui du vocable chrétien accolé au nom antique à la période médiévale En effet le domaine actuel qui occupe l’emplacement du fundus porte le nom de St-Jean de Pabiran, et la tradition voudrait qu’il y ait eu deux églises voisines : St-Jean et St-Pierre 6 – Dans les sources médiévales, dont les plus anciennes sont du XIe siècle, le nom de St-Jean n’apparaît jamais. En revanche, la croix de la Clapière qui doit marquer l’emplacement de l’église, encore visible en 1690, est dite aussi croix de St-Peyre, ainsi que le tènement voisin.
Les sources écrites 7 apportent les éléments suivants :
- «…villa que vocant Papiranum… » 1027 (Cartulaire d’Aniane. P. 204) ;
- «…monachi de Pabeira… » (Cartulaire de Gellone. p. 140) ;
- «…villa que vocatur Pabeirani… » 1120 (Cart. Anian. p. 209) ;
- «…villa de Pabirano… » 1136 (Cart. Anian. p. 217) ;
- «…capellani de Papirano… » 1146 (Cart. chap. Agde p. 134) ;
- «…ecclesia Sti. Petri de Pabirano… » 1158 (Cart. de Valmagne. LXIII, E. f° 60) ;
- «…parrochia S. Petri de Pabirano… » 1161 (Cart. Gellone. p. 497) ;
- «… S. Petri de Papirano… » 1173/1174 (Diplôme de Louis le Jeune en faveur de l’église d’Agde. Cart. Agat. 252. Cart. Chap. Agde p. 91 et 327) ;
- «…terminio de Pabira… » 1212 (Cart. Gellone. p. 497) ;
- «…villare de Pabirano… » 1224 (H.G.L. VIII, c. 802) ;
- «…Prieuré de Pabirano… » 1518 (carte du Diocèse d’Agde) ;
- «…St-Pierre… » 1770/1775 (carte de Cassini).
1.3 – Découvertes et recherches
C’est sans doute la découverte constante de tessons de céramique, lors des labours, qui révéla aux agriculteurs et aux érudits du siècle dernier l’existence d’un site ancien à cet endroit. Aucune description de ces éventuelles découvertes ne nous est parvenue. Seules, les trouvailles récentes nous apportent quelques précisions sur l’organisation spatiale du domaine (fig. 2).
Peu avant la dernière guerre, un défonçage de la parcelle 174 (point 1 du plan cadastral) amenait la découverte de plusieurs inhumations en terre libre et en sarcophages monolithes. Cuves et couvercles furent extraits et, pour la plupart, brisés : quelques fragments sont conservés devant les bâtiments du domaine de la Clapière, auquel appartiennent ces terres. Un fragment de fond de cuve, large de 57 cm, est encore sur le site dans un talus ; une cuve intacte est conservée chez Mme L. Ruand à Montagnac (long. : 1,92 m ; ht : 0,47 m) (fig. 3).
En 1971, un nouveau défonçage de la parcelle 174 a mis au jour la suite de la nécropole du Haut Moyen-Age, consistant en inhumations en coffres de lauzes et en pleine terre (point 1 du plan). Ces travaux amenèrent l’un de nous (D.R.) à surveiller le site. Les documents recueillis proviennent aussi bien de la nécropole de la parc. 174, que de l’habitat de la parc. 204. Alors que les vestiges mis au jour à l’Est du chemin de la Clapière semblent concerner uniquement le Moyen-Age, l’habitat localisé au point 2 du plan, à l’Ouest de la parcelle 204, couvre une période beaucoup plus longue, de l’Antiquité à l’époque médiévale. Cet habitat fut prospecté systématiquement de 1982 à 1984 : la plupart des documents présentés aujourd’hui proviennent de ces ramassages. Nous ne pouvons donc qu’évoquer le site funéraire, dont une part du mobilier n’est d’ailleurs pas en notre possession, en attendant une étude ultérieure.
2 - Les vestiges
Sauf exception, tous les vestiges décrits ici, proviennent de la partie hachurée de la parc. 204 sur la figure 2. Quelques tessons, plus rares, se rencontrent également entre cette zone de plus grande densité et le carrefour du calvaire, mais la concentration des documents à l’Ouest de la parcelle désigne, sans aucun doute, l’emplacement des bâtiments principaux. Tout le mobilier ayant été recueilli en surface nous l’avons classé selon des critères morphologiques en deux lots, antique et médiéval.
2. 1. -Documents antiques
Si la céramique fournit la très grande majorité des objets inventoriés, on note néanmoins, pour cette époque, quelques objets caractéristiques en métal et en terre cuite.
2.1.1. – Plomb : Parmi de nombreux fragments de plomb informes, tôles tordues et déchets divers, on a pu identifier 3 plombs de filets ils ont la forme classique du cylindre replié sur lui-même dans le sens de la longueur, et mesurent respectivement : 32, 32,5 et 33 mm (fig. 4 n° 1, 2 et 3).
Ces objets attestent la pêche au filet pratiquée sans doute dans l’Hérault tout proche, comme on le faisait dans le Vidourle à Ambrussum 8. L’agrafe de réparation (fig. 4 n° 4) est un objet courant dans toute l’Antiquité 9.
2.1.2. – Fer : Il s’agit là aussi, de très nombreux fragments informes et tordus, parmi lesquels se trouvent plusieurs clous, naturellement indatables même s’ils correspondent aux types antiques. Quelques rares scories ferreuses ont été recueillies.
2.1.3. – Bronze : Il est très rare, et nous n’avons recueilli qu’une tôle déformée et un fragment d’objet circulaire, qui est peut-être un miroir il est trop corrodé pour que l’on puisse préciser davantage cette identification.
2.1.4. – Monnaies, (par G. Depeyrot et M. Bompatre)
Onze monnaies ont été recueillies, dont voici la description :
- Denier, Lyon, – 2, + 4, fourré
D/ CAESAR AVGVSTVS DIVI F PATER PATRIAE
R/ CL CAESARES AVGVSTI F COS DESIG PRINC IVVENT
10, RIC 207 suiv. - Sesterce Domitien ?
23.77. - Sesterce, Marc Aurèle ou L. Vérus
D/ (?)-ARM PARTH
64. - antoninien, Claude II (268-270), illisible, 4.47.
- antoninien, Claude Il, Rome, 269
D/ (imp) CLAVDIVS AVG
R/ VICT ORIA AVG
49, RIC 105.
- antoninien, Claude Il, Rome, 269 D/ (imp) CLAVDIVS AVG R/ VICT ORIA AVG 49, RIC 105.
- antoninien, Rome, 269-270 D/ (imp). CLAVD(ius) AVG R/ (Lae)TITIA AVG 30, RIC 56.
- Bronze, Rome, 330 (F1 Iv1 Cons)TANTIVS NOB (c) GLOR/IA EXERC/ITVS RFT 38, RIC 328.
- bronze, Arles, 345/47 D/ Illisible R/ type Victoriae dd auggq nn. RIC 83 s., 1.73..
- bronze, 353/358 D/(D N CONSTAN)-TIVS P F AVG R/ (Fel temp)-REPARATIO 19.
- Double tournois de Louis XIII LOS XIII R DE FRAN ET NAV. R DOUBLE TOURNOIS 1618 Atelier de Villeneuve les Avignon, 2, 62..
- Henri III, Liard Hybride. D/ Type du liard au SI-Esprit, après 1583-1586 R/ Type du liard 1er type (1577-1580) Hybride connu pour Montpellier en 1587, Lafaurie 987a, 0,73.
2.1.5. – Terre cuite : Nous avons récolté deux pesons 10 de tisserand de forme pyramidale, appartenant à deux modèles différents (fig. 5, n° 6, ht : 106 mm et n° 7, ht : 103 mm). Un bouchon d’olla ou d’amphore, d’un diamètre de 75 mm environ (fig. 5, n° 8) a été taillé dans une tegula. Tous ces objets, quoique rarement signalés, sont fréquents, notamment sur les sites régionaux 11.
2.1.6. – Revêtements : Les rares fragments recueillis sont les seuls à nous renseigner sur l’aspect extérieur ou intérieur, voire sur la structure des bâtiments qui ont pu exister sur le site, de même que les tegulae et imbrices nous renseignent sur les couvertures.
La présence de fragments de terre cuite, caractéristiques par leur minceur et les incisions quadrillées destinées à faciliter l’accrochage du mortier, des tubuli d’hypocaustes, atteste l’existence de salles chauffées. Quelques éléments de placage de marbre suggèrent de la même manière des aménagements intérieurs relativement luxueux (épaisseurs 25 mm, 17 mm : 2 ex. 14 mm 2 ex.) Il faut signaler la découverte, récente (mai 85, prospection Y. Kaytmas) d’un fragment de mosaïque monochrome, à tesselles de calcaire blanc, grossièrement équarries. L’existence d’enduits peints n’est guère douteuse, même si on ne les retrouve aujourd’hui que sous la forme de minuscules fragments de couleur rouge ils ont été depuis longtemps détruits par les labours.
2.1.7. – La céramique : L’interprétation des vestiges céramiques, pour un ramassage de surface, est limitée par la force des choses aux types les plus caractéristiques. Ce sont, pour l’Antiquité, les amphores et les céramiques fines. Amphores (fig. 6) : Les plus anciennes sont illustrées par quelques fragments d’amphores italiques, appartenant aux types Dressel 1A ou 1B 12, et qu’il faut rapprocher sur le plan chronologique des tessons de céramique à vernis noir (cf. infra). Ces documents appartiennent vraisemblablement au Ier siècle av. J-C. Le Ier siècle ap. J.-C. n’est que très peu représenté avec 4 anses de Dressel 2/4 ou apparentées, une lèvre de Gauloise 4 du Ier ou IIe siècle. En revanche, les amphores tardives (Même au Ve s.), encore mal connues, fournissent une série plus abondante (Dressel 25/27) : 7 lèvres. 14 anses et 4 pivots 13.
2.1.8 - La verrerie
Des quatre fragments de verre antique, ceux de la panse et du pied, classiquement obtenus par retournement de la matière lors du soufflage, ne sont pas identifiables. Le seul tesson caractéristique appartient à une coupe côtelée de type Isings 3 22. Il s’agit sans doute de l’une des formes de verrerie les plus courantes dans les Provinces.
2. 2 - Documents médiévaux
Nous ne dirons rien des sarcophages monolithes qui appartiennent à un type peu caractérisé utilisé pendant près d’un demi-millénaire, depuis l’époque paléochrétienne. Bien que les vestiges de l’église St-Pierre ne soient pas localisés avec précision, la nécropole médiévale s’étendait très certainement autour du bâtiment disparu Celui-ci, de style roman, puisque remontant au moins au Xe-XIe s., devait se placer dans la partie occidentale de la parc. 174
Le seul fragment architectural attribuable à cette époque a été trouvé dans la parc. 204, à près de 150 m de l’emplacement présumé de la chapelle. On ne peut donc affirmer qu’il en provienne effectivement.
Fragment de chapiteau de pilastre (par J.-C. Bessac) (fig. 9). Marbre blanc à gros cristaux, très probablement originaire des gisements pyrénéens de la haute vallée de la Garonne (Saint-Béat et environs). Le fragment a été retaillé symétriquement dans la partie centrale inférieure d’un chapiteau de pilastre la retaille a été effectuée au gravelet. Du décor d’origine ne subsiste plus que la base des deux feuilles cannelées surmontées d’un filet formant écoinçon. Le creux de la cannelure de la feuille est façonné à la gouge L’emploi de cet outil sur le marbre n’est pas courant à l’époque romaine. Son usage se vulgarise progressivement, dans l’ornementation du marbre, tout d’abord en Italie vers le XIIIe s et plus tard, semble-t-il, en France, au début de la Renaissance.
L’essentiel des vestiges médiévaux les mieux datés consiste donc en céramique tournée. Moins abondante que la poterie antique, elle n’a fourni que 65 fragments (grise tournée, cuisson réductrice : 62 rouge tournée, cuisson oxydante : 3).
La céramique médiévale (par MG. Colin) (fig. 10) Les 62 tessons de céramique grise se répartissent comme suit :
Quant aux 3 fragments de céramique à cuisson oxydante, on peut les dater de la seconde moitié du XIIIe s.
Sur le plan chronologique, l’occupation médiévale du site est donc attestée entre le XIe (peut-être le Xe d’après certains décors à guillochis) et la fin du XIIIe s. Les témoins d’occupation de la deuxième moitié du XIIIe, se raréfiant, marquent probablement l’abandon progressif du site.
Conclusions
Le site de Pabiran a donc connu deux phases distinctes d’occupation, l’une antique et l’autre médiévale : c’est du moins ce qui ressort de l’étude typologique des vestiges récoltés en surface.
Il ne faut cependant pas oublier que les documents qui correspondent à certaines périodes de l’habitat, notamment les plus anciennes, peuvent être largement sous-estimés par la technique d’échantillonnage (vestiges ramenés à la surface du sol par des labours). D’autre part, on reste mal renseigné sur les caractéristiques typologiques céramiques fabriquées et utilisées pendant les « dark ages » : VIe-Xe s., soit précisément la période qui fait défaut dans notre séquence chronologique… !
Néanmoins, on ne peut qu’être frappé par la correspondance inespérée entre les sources écrites et archéologiques pour la période médiévale. Jusqu’à preuve du contraire, nous considérons donc que la nécropole détruite dans les années 1970 correspond (peut-être seulement en partie, d’ailleurs), à l’habitat voisin qui se place, nous l’avons vu, entre l’an 1000 et 1250 environ.
L’habitat antique, paradoxalement, reste moins bien connu, du fait de sa très longue durée. Plusieurs périodes ne nous sont attestées que par des documents isolés, et on peut hésiter à faire le décompte des documents datés pour évaluer l’importance relative de l’établissement aux diverses périodes. Les réserves dues aux conditions de la récolte ne nous imposent-elles pas une image illusoire de l’occupation ?
L’établissement le plus ancien nous est révélé par les amphores Dr 1 et la céramique à vernis noir. Compte tenu des niveaux profonds dont ils proviennent, ces documents même peu abondants ne peuvent s’expliquer par le seul hasard de vases conservés, par exemple, à l’époque augustéenne. Il y a bien un habitat ancien, dont on ne peut dire encore s’il représente l’origine de l’exploitation agricole antique, ou s’il en est séparé par un hiatus important. Si la campanienne B se place entre 120 et 20 av. J.-C, environ 25, la campanienne A pourrait dater d’une période légèrement plus ancienne (du milieu IIe au milieu Ier av. notre ère). Si on peut opter pour une chronologie large, l’occupation remontant alors au moins à la Conquête, rien ne s’oppose théoriquement à ce que l’ensemble de ces documents anciens proviennent d’un niveau unique, par exemple entre 100 et 80 av. J.-C. Il resterait cependant difficile, dans cette dernière hypothèse, d’expliquer par le hasard la localisation à cet endroit précis (qui n’est pas particulièrement désigné par les conditions naturelles) de deux habitats antiques successifs. Selon nous, il faut au contraire voir dans ce petit lot d’amphores, et surtout de céramique à vernis noir, les témoins du premier habitat de Pabiran.
On reste néanmoins surpris par la rareté relative des documents augustéens (céramique à parois fines et sigillée précoce). En revanche le Ier s. de notre ère est très bien représenté, essentiellement d’ailleurs par la sigillée sud-gauloise. Celle-ci suggère une période d’occupation plus intense entre les règnes de Claude et d’Hadrien. Ces fabrications gauloises sont relayées dans la deuxième moitié du IIe s., par les sigillées claires A (31 t.) auxquelles il faut sans doute rattacher les céramiques à lèvre noircie (24 t.).
Au IIIe s., les témoins restent peu nombreux avec les sigillées claires B et C (23 t.). La « lucente », abondante (910, témoigne d’un regain d’activité entre la fin du IIIe et la fin du IVe s. C’est à la même époque que remontent les premières formes de claire D (lamb, 51 : Hayes 59 a, vers 320-400 ; Lamb. 54 : Hayes 61, vers 330-420), suivies par les « dérivées de sigillées paléochrétiennes » (D.S.P.) que l’on s’accorde à placer généralement au Ve s. Les amphores Dr. 25/27 restent mal connues, mais elles s’échelonnent sans doute du IIIe au Ve s. Les témoins archéologiques les plus tardifs, si l’on peut suivre les datations proposées par J. Hayes, sont les deux tessons de claire D, de forme Lamb. 55 : Hayes 88 (500-520 ap. J.-C.) et Lamb. 55 B : Hayes 104 (530-580 ap. J.-C.).
Postérieurement au VIe s., jusqu’au Xe ou même XIe s., on ne possède donc pour l’instant aucun document caractéristique permettant d’attester la permanence de l’habitat sur le site de Pabiran. Cela signifie-t-il que celui-ci s’est déplacé, pour reparaître après un hiatus de 4 ou 5 siècles ? La question ne peut être tranchée aujourd’hui surtout en l’absence de fouille. Ce « blanc chronologique » correspond trop, on l’a vu, à une raréfaction des recherches et à une méconnaissance des séries céramiques contemporaines, pour qu’on en déduise systématiquement un abandon du site à cette époque. Le déplacement de l’habitat au cours du XIe s. (peut-être vers le village actuel) est en revanche beaucoup mieux attesté par les documents archéologiques, puisqu’on n’aurait aucun mal à reconnaître les témoins éventuels du XIVe-XVe et des siècles postérieurs.
En définitive, cet article illustre bien les possibilités et les limites de nos prospections : d’une part, les ramassages de surface systématiques permettent bien, à partir d’un certain volume d’informations, de déterminer avec une relative précision, les différentes phases d’une occupation ancienne d’autre part, il faut garder à l’esprit le fait que plusieurs périodes sont caractérisées par des documents, soit fragiles (céramiques non tournées, ou peu cuites), soit mal connus (« dark ages »). Enfin, les phases d’occupation correspondant aux niveaux les plus anciens sont nécessairement peu attestées dans le mobilier de surface : notre vision de l’histoire du site s’en trouve de ce fait déformée.
Malgré ces lacunes, les céramiques italiques républicaines sont assez nombreuses à Pabiran pour qu’un établissement de cette époque soit certain. L’important domaine agricole qui va prospérer à cet endroit, pendant plus de 6 siècles, a donc été précédé par un habitat beaucoup plus ancien : le contexte historique nous interdit de voir, dans ces traces l’origine même de la villa, puisque les premières exploitations de ce type n’ont pu être installées, même dans le Biterrois, avant la déduction coloniale.
La villa créée à Pabiran, probablement dans le dernier tiers du Ier s. av. J.-C., est donc au contraire venue remplacer un habitat antérieur. Alors que d’autres villas contemporaines semblent surgir « ex nihilo », on a donc dans ce cas réutilisation (appropriation ?) d’un site indigène: l’observation est d’importance et mériterait d’être confrontée à d’autres pour que l’on puisse préciser s’il s’agit d’un processus rare ou au contraire attesté, au moins sur le plan local 26. Nous espérons seulement, par ce travail, avoir montré l’intérêt de la méthode, et l’importance d’un site méconnu : la plupart des questions soulevées ne pourront cependant trouver une réponse que dans une recherche plus approfondie appuyée sur des fouilles stratigraphiques.
Notes
1. F. Rey-Lacroix, Histoire statistique et archéologique de la ville de Montagnac (Hérault), Béziers 1843, p. 162.
2. Une mention néanmoins dans le récent Guide de l’art et de la nature – Hérault, Paris, 1980.
3. J. et Y. Rigoir, Les DSP de la zone littorale du département de l’Hérault, dans Bull. Soc. Et. Scient. Sète et sa Région, 4, 1972, p. 99-136.
4. Coordonnées Lambert : X = 693,15 y = 133,40.
5. F. Hamlin, Les noms de lieux du département de l’Hérault, Rodez 1983, p. 269 et 354.
6. F. Rey-Lacroix, op. cit.
7. E. Thomas, Dictionnaire topographique de l’Hérault, Paris 1865, p. 194 (porte à tort Pabiran sur la commune de Montblanc ; O. Terrin, Cartulaire du Chapitre d’Agde, Nîmes 1969, p. 475 ; G. Combarnous, Les noms de lieux dans le Cartulaire de Gellone, Clermont-l’Hérault 1975, p. 76 ; Abbé Cassan, E. Meynal, Cartulaires des abbayes d’Aniane et de Gellone, Montpellier 1897, 1910 ; Cartulaire de Valmagne, inédit : microfilm conservé aux Archives Départementales, Montpellier.
8. Voir M. Feugère, Le mobilier non céramique, n° 69, fig. 134, dans J.-L. Fiches, Maisons gallo-romaines de l’oppidum d’Ambrussum (Villetelle, Hérault), Suppl. à la Rev. Arch. Narb., à paraître ; pour l’Hérault, G. Fédière a également découvert un objet de ce type sur la villa située au pied de l’oppidum d’Ensérune.
9. Elle apparaît en Gaule méridionale dès le VIe s. av. J-C. ; cf., pour discussion du type et bibliographie, M. Feugère, Découvertes au quartier de Villeneuve, Fréjus (Var), dans Doc. Arch. Mérid. 4, 1981, p. 151 s.
10. De tels pesons se sont rencontrés sur l’oppidum d’Aumes, à Nizas, à Jonquières…, etc. Un bouchon circulaire, taillé comme ici dans une tuile, a été découvert en place sur un col d’amphore Gauloise 1, à Bagnols-sur-Cèze (villa de Courac) ; les fouilles de la villa de Loupian en ont également livré de très nombreux exemplaires.
11. On ne peut attribuer avec certitude à cette forme qu’une lèvre incomplète et 4 anses.
12. Sur ces amphores, voir en dernier lieu S. Keay, Late Roman Amphorae in the Western Mediterranean, Oxford 1984 (BAR S196).
13. N. Lamboglia, Per una classificazione preliminare della ceramica campana, dans Actes del 10e Congr. Int. Studi LigurI 1950, Bordighera 1952, p 139.206.
14. C. Goudineau, Note sur la céramique à engobe interne rouge-pompéien (« Pompejanisch-roten Platten »), dans Mél. Arch. Hist. Ecole Française de Rome 82, 1970, p. 159-186.
15. J.W. Hayes, Late Roman Pottexy, Londres, 1972, forme 22.
16. N. Lamboglia, Nuove osservazioni sulla « terra sigillata chiara » I, Tipi A e B, dans Rivista di Studi Liguri, XXIV, 1958 (3-4), p. 259-296.
17. J.W. Hayes, Late Roman Pottery, op. cit.
18. Ibid.
19. J. Rigoir, La céramique sigillée grise paléo-chrétienne, dans Provence Historique, X, 1960.
20. J. Rigoir, Les céramiques paléochrétiennes grises et orangées, dans Gallia XXVI, 1968, p 177-244.
21. C. Isings, Roman Glass from Dated Finds, Groningenn-Djakarta 1957.
22. Rue de la Calade, Montpezat, 30730 Saint -Mamert-du-Gard.
23. Ce décor est fréquent sur les sites de la vallée de l’Hérault (notamment à Roujan), mais il est encore peu connu car rarement publié.
24. Tessons de facture ancienne (finesse et composantes de la pâte).
25. La céramique à vernis noir a été examinée par M. Py, qui a bien voulu nous faire part de ses observations sur le faciès et la chronologie.
26. Nous tenons à remercier J.-L. Fiches qui nous a fait profiter sur cette question de précieuses remarques.
