Le décor intérieur et le mobilier à Pézenas aux XVIIe et XVIIIe siècles
Le décor intérieur et le mobilier à Pézenas aux XVIIe et XVIIIe siècles
p. 32 à 46
L’architecture privée à Pézenas, aux époques qui nous occupent, apparaît liée, pour le XVIIe siècle, à la fortune politique de la ville et à la présence des Montmorency tout d’abord, d’Armand de Bourbon – Conti ensuite. D’où deux périodes fastes pour cette architecture le premier tiers du siècle (au cours duquel l’effort constructif sera porté dans le nouvel enclos délimité par l’enceinte moderne), puis, grosso modo, les années 1650-1680.
Le XVIIIe siècle, au contraire, verra construire peu d’édifices privés. C’est l’époque où négociants et bourgeois, alors en plein essor, aux côtés de l’aristocratie foncière traditionnelle, toujours présente, achètent terres et hôtels particuliers, qu’ils aménagent et font embellir selon le goût du moment.
Nous avons tenté ailleurs de définir les constantes de cette architecture. C’est donc maintenant le cadre de la vie quotidienne, à l’intérieur de la demeure, qui retiendra notre attention 1.
Le décor des murs
Les murs, que l’entrepreneur, selon les clauses d’un contrat de prix-fait extrêmement précis, était tenu d’enduire intérieurement ou de badigeonner à la chaux, étaient ensuite décorés de diverses manières.
Aucun témoignage n’a pu être relevé sur l’existence à Pézenas de boiseries murales, rares il est vrai en Languedoc méditerranéen. Pourtant un exemple très proche de Pézenas doit être cité, au prieuré Sainte-Marie de Cassan, près de Roujan, vers 1758 2.
Au XVIIe siècle, les murs reçoivent parfois un revêtement de cuir, comme cela se faisait, depuis quelques temps déjà, à Fontainebleau ou Cheverny. Cette mode, qui connut un remarquable succès, persistera durant tout le siècle. Il s’agissait de feuilles de cuir bouilli, aux dessins répétitifs obtenus par estampage et rehaussés de dorures, selon une technique inventée au XVe siècle. En 1675 est mentionnée une tapisserie cuir doré dholande rellevé en bosse… 3, encore en place en 1749. A la Grange-des-Près, les dix pièces de tapisserie de cuir étaient timbrées aux armes du duc de Montmorency, ce qui permet d’en situer la mise en place au moins dans le premier tiers du XVIIe siècle 4. L’abbé Cassan signale l’existence à Aniane, en 1754, d’un cuir, il est vrai tout déchiré, et d’un second en grisailhe avec les bordures dorées. Une tenture murale de ce type est encore en place au château de Villevieille, dans le Gard.
Toutefois, c’est à la tapisserie de lisse que vont surtout, suivant en cela une mode fort ancienne, les faveurs de l’aristocratie résidant à Pézenas au XVIIe siècle.
Trois contrats de prix-faits nous sont parvenus, passés avec des tapissiers marchois d’Aubusson et Felletin. Le premier, du 23 mai 1630, est établi entre le baron de Paulhan, Pierre-Jean de Vayrac et le lissier d’Aubusson, Michel Declaravaux, pour la confection d’une suite de huit pièces représentant l’Histoire de Joseph, le tout pour mille livres 5. Le second, du 21 Mai 1651, lie François Couderc, de Felletin, à Jean de Peyrat, seigneur et baron de la Redorte. Le sujet choisi est l’Histoire de Céphale et Prochris 6.
La suite de l’Histoire de Joseph constituait en fait la seconde des trois commandes du baron de Paulhan au lissier d’Aubusson. En 1628, en effet, celui-ci lui avait vendu une tapisserie a fasson de fleurs et, dans le contrat de 1630, est consignée la vente d’une pièce de tapisserie a fleurs et fruicts de mesme façon que l’autre que le sieur de Paulhan a si devant (suite illisible) … à laquelle seront les armoiries dudit sieur de Paulhan…
Notons aussi d’emblée que les repentirs portés sur les documents originaux des prix-faits (sujets des tapisseries en renvoi dans la marge ou raturés…) ne témoignent pas, de la part du commanditaire, d’une extrême précision dans le choix, laissé plutôt, semble-t-il, à la volonté du fournisseur 7.
Toujours à Pézenas, la chambre d’Antoine de Sarret, marquis de Fabrègues, dans la maison de la rue des Capucins où se trouvait déjà la tapisserie de cuir, était encore tendue en 1722 d’une tapisserie autelisse représentant l’histoire de Judix. Une autre chambre renfermait six verdures 8.
C’est la chambre dorée de Mr de Peyrat qui devait recevoir sur ses murs la suite de Céphale et Prochris, faite a double fil et d’estain fin ix, les broderies belles aux gueulles de sirène ou de lion à chasque coing jettans en abondance de fleurs, toute tissée sans assemblage ainsy que les bonnes tapisseryes se font… Ce sujet mythologique, traité ici en sept pièces, est assez rare dans les recensements des thèmes habituels aux tapissiers de la Marche 10.
L’auteur, François Couderc (ou Couderc) est bien connu. Il possède en 1680 des magasins à Montpellier et entretient avec le Languedoc de fructueuses relations commerciales, dans une période où les métiers marchois connaissaient pourtant de sérieuses difficultés.
C’est lui qui vend, le 13 septembre 1653, au baron de Lacoste deux tentes de tapisserie de tretze pans d’haulteur chacune (3 m 25)… l’une à paisages et l’autre à personnages qui sera l’histoire de Marc Anthoine et Cléopâtre bien travailhées et adjancées de la mesme façon et semblable facture que celles que led. Couderc a bailhées au sieur de Jonquières, saulf qu’a celle des paisages il y mettra plus d’oiseaux et de bestes qu’il n’y a pas à celle dud sieur de Jonquières... 11.
Ce petit trait de vanité de Mr de Lacoste, qui renchérit ainsi sur la quantité des figures tout en exigeant la même qualité, a le mérite de nous faire connaître l’existence d’une nouvelle tenture, ce qui porte à neuf le nombre des tapisseries (suites ou pièces isolées) connues à Pézenas pour le XVIIe siècle ; chiffre relativement important si l’on veut bien admettre l’existence de tentures non recensées, auquel il faut ajouter une tente tapisserie de Flandres de huict pièces 12.
La tapisserie de lisse trouvait un succédané dans les intérieurs plus modestes sous la forme de tentures de Rouen ou de Bergane, tapisseries grossières de laine et de coton, à décor sommairement traité.
Enfin, il convient de rappeler l’existence, au Musée de Vulliod-Saint-Germain de Pézenas, d’une suite en cinq pièces, le Triomphe d’Alexandre, exécutée à Aubusson après 1663. Il s’agit d’un plagiat de la célèbre tenture des Gobelins sur le même thème d’après Charles Le Brun, interprétée par le peintre François Finet, au vu des gravures de Sébastien Le Clerc. Sa provenance exacte – sans doute languedocienne – n’a pu encore être établie.
Au XVIIIe siècle, la tapisserie cède le pas à la toile peinte, qui pouvait être la joncquine 13 et surtout l’indienne. Parure des petites gens, ces toilles de coton blanches que l’on imprime de toutes sortes de couleurs et de dessins.., sont d’un grand usage pour les ameublemens et la consommation en est très considérable.., dit l’auteur, anonyme, de Montpellier en 1768 14 qui cite les deux manufactures de cette ville.
Le papier peint apparaît vers 1790. Deux chambres de la maison de Mr de Pastre étaient garnies d’une tenture de tapisserie de papier peint, ainsi qu’un cabinet de toilette attenant 15. Le 29 Thermidor an II (16 août 1794) figure sur l’inventaire de feu le citoyen Grave, dans la maison de Juvenel, une tapisserie de papier peint cloué sur le mur 16. Date bien tardive, eu égard à la vogue – spécifiquement parisienne il est vrai – que connut, dès la fin du XVIIe siècle cet ersatz de la tapisserie.
Les tableaux sont également mentionnés en bonne place dans les documents notariaux, mais surtout au XVIIIe siècle. Peintures à l’huile sur toile où prédominent les sujets religieux (Crucifixion, Vierge, figures de saints…) mais où les thèmes profanes ne sont pas absents : représentation des Sibylles, dessus de porte 17, portraits 18… En 1728, la salle basse de l’hôtel du marquis de Fabrègues était ornée de tableaux : la Nuit, les Jeux d’enfants, le portrait du roi Louis XIV, saint Pierre, Lot et ses filles… trois paisages en miniature… 19 Il faut signaler aussi le grand nombre des gravures encadrées de bois noir ou doré et l’existence de tableaux de paille 20, dans les intérieurs plus modestes.
Cependant, comme dans tout le Midi, le XVIIIe siècle verra se développer à Pézenas l’usage de la gypserie, procédé permettant l’exécution du décor mural d’une manière plus rapide et moins onéreuse que la sculpture sur pierre ou bois.
La gypserie, réservée au XVIIe siècle aux cheminées, couvre au siècle suivant les murs, les dessus de porte, les manteaux de cheminée, parfois les plafonds (Hôtel l’Épine…), mais jamais les encoignures, comme à Montpellier. La chronologie de la gypserie à Pézenas fait apparaître un temps fort : la seconde moitié du XVIIIe siècle.
En effet, l’examen du nombre des gipiers recensés au travers des documents laisse voir la plus forte proportion de ces artisans entre 1765 et 1780. Mais si les noms d’un grand nombre de maîtres-plâtriers nous sont connus, rien ne permet de distinguer parmi eux les auteurs de décorations de stuc des modestes artisans du plâtre. Les contrats ne font pas davantage allusion à ce mode décoratif, ni mention de ces maîtres sculpteurs en plâtre, à l’instar des minutiers d’Aix-en-Provence, centre de propagation, dès le XVIIe siècle, de cet art venu peut-être de Gènes 21.
Il serait donc téméraire, faute de connaître le rôle exact de ces artisans dans la facture des gypseries, d’établir une corrélation entre les résultats de ce dénombrement et le fait que les œuvres existantes soient attribuables par leur style à cette période. On peut cependant présumer que parmi les nombreux plâtriers recensés certains maîtres étaient tout à fait capables de mouler, retoucher ou de sculpter ce fragile matériau. Le fait qu’en 1775 le maître-plâtrier piscénois Jean Brunel soit appelé à Montpellier pour participer à la réception des gypseries du palais épiscopal pourrait confirmer cette hypothèse. Mais, encore une fois, cette activité artistique particulière n’est jamais spécifiée dans les actes, si ce n’est, au XVIIe siècle, pour quelques cheminées 22.
A Montpellier, l’anonyme de 1768, déjà cité, attribue cette activité au corps des plâtriers, nombreux et beaucoup occupé, écrit-il, car depuis quelques tems, l’on s’est mis dans le goût de mettre en panaux de plâtre les salles des maisons, de plafonner les appartemens et multiplier les cheminées…
Nous le verrons, certains des exemples proposés paraissent antérieurs au style correspondant à cette période. Il ne s’agit là que d’un archaïsme (d’ailleurs assez rare sur l’ensemble de la production piscénoise), d’une conception de l’esprit décoratif encore tournée vers l’emploi de la rocaille (diffusée par les nombreux recueils d’ornements de la première moitié du siècle) plutôt que vers celui des motifs alors en usage dans le style que nous appellerons, pour simplifier, Louis XVI. C’est ainsi qu’à l’hôtel Mazel, pourtant construit en 1770, le trophée de la Chasse est appendu à un cadre rocaille directement copié, avec le motif qu’il entoure, sur le modèle fourni par une cheminée du n° 2 de la rue Canabasserie… De même, à la Maison Consulaire, prévoit-on en 1769, une décoration de gypserie de style Louis XVI, mais accompagnée de girandoles rocailles et du monogramme de Louis XVI… Admettons donc que l’ensemble des gypseries piscénoises est bien contemporain et qu’il peut être attribué à la seconde moitié du XVIIIe siècle.
A l’hôtel l’Épine, des bustes à l’antique ornent l’escalier, placés sur des socles en forme de coquilles. On reconnaît un empereur romain et une figure féminine (Vénus ?). Nous voyons là une survivance, dans un XVIIIe siècle déjà très avancé, des bustes des Douze Césars qui décoraient, vers 1670, les hôtels Cardinal et Richer de Belleval à Montpellier. Le plafond de la salle du premier étage est orné de panneaux chantournés, ordonnés autour d’une rosace en coquille, elle même inscrite dans un cercle de roses (fig. 1). Un cadre de rocaille souligne la hotte de la cheminée. Ce dernier motif se retrouve à trois reprises à l’hôtel Mazel, au n° 2 de la rue Canabasserie, au n° 1, place Gambetta.
La disposition la plus courante reste le trophée. Au n° 2, rue Canabasserie, il groupe au rez-de-chaussée les attributs de la Chasse (fusil, gibecière et même un arc et son carquois) (fig. 2). Au premier étage, toujours sur la hotte de la cheminée, sont visibles des instruments de musique (violon, hautbois, partitions ouvertes) (fig. 3) ainsi que les attributs de l’Amour (arc, carquois, colombe et torche) 23 (fig. 4). Ici encore, alors que la grammaire ornementale relève indiscutablement du goût rocaille, les chutes appendues à des anneaux et les rubans du trophée de l’Amour sont bien de style Louis XVI.
A l’hôtel Mazel (rez-de-chaussée), le trophée de la Chasse est identique au précédent, à une différence près : un oiseau mort est ajouté à la gibecière (fig. 5). A l’hôtel Juvenel de Grasset, vers 1790, un certain nombre d’instruments de musique liés et suspendus par un ruban (partitions, cymbales, tambourin, mandoline, clarinette et fifre) se détachent sur quelques rameaux d’olivier (fig. 6).
Les trophées peuvent former des suites. La plus modeste, deux gypseries seulement, est visible à l’hôtel des Landes. Violon, mandoline, clarinette et cymbales y symbolisent la Musique (fig. 7), voisinant avec les emblèmes de la Vie Champêtre, cornemuse et thyrses (fig. 8).
L’hôtel Mazel traite en dessus de porte les travaux des champs (râteau, hotte, cognée) ; l’Amour (torche et cœur percé d’une flèche, comme à l’hôtel Baudon de Mauny à Montpellier, 1777) (fig. 9) ; les Arts : une palette représente la Peinture ; la Musique est figurée par une lyre (que l’on retrouve aussi à l’hôtel Haguenot à Montpellier, vers 1760) (fig. 10), un hautbois et deux partitions ; un livre signifie la Littérature, un maillet et un compas, la Sculpture.
Les ensembles les plus importants sont visibles à l’hôtel Conti et à la Main Bardoux. Le premier réunit en une série de gypseries d’une grande qualité d’exécution, disposées sur les trumeaux séparant les ouvertures de l’ancien grand salon, les symboles de la Chasse (gibecière et gibier, cor, fusil, couteau) et de la Musique (partitions, violon, mandoline, clarinette et tambourin) (fig. 11). L’ordonnance est identique à celle du trophée de l’hôtel de Landes mais le tambourin remplace ici les cymbales. Face à la cheminée s’imposent les attributs de la Guerre (casque, pelta, drapeaux et étendards, canon, faisceau de piques, trompettes et tambours) (fig. 12).
Les mêmes thèmes ont été repris par le gipier de la Maison Bardoux mais des différences apparaissent : les dimensions sont plus importantes et si une certaine confusion est introduite dans l’ordonnance générale, la qualité technique semble supérieure. La Chasse (fig. 13) offre divers éléments : fusil, cor, carnier, filet, poires à poudre, couteau et surtout un lapin mort traité en un style naturaliste qui fait rapprocher cet ensemble des gypseries montpelliéraines de l’hôtel Baschy du Cayla (fig. 14), vers 1755, du n° 8, Grand-Rue et aussi des trophées aixois de l’hôtel d’Isoard.
Ce réalisme, s’il n’est pas rare dans le domaine de la gypserie, est unique en tout cas à Pézenas et marque aussi le trophée de la Pêche (fig. 15), dans la représentation des deux poissons, celle des divers objets, empruntés directement au quotidien (nasse, rames, trident, filet, seau, vase) et de la faune aquatique — anguilles et crabes —, le tout brochant sur fond de roseaux.
Plus conventionnelle dans sa forme mais riche dans ses thèmes, la gypserie consacrée à la Musique groupe autour d’un énorme tambourin un violon et son archet, une clarinette, deux fifres, et une guitare, seule figuration de cet instrument à Pézenas, venue, peut-être, d’une des boiseries de l’hôtel de Broglie à Paris. L’association de la Comédie (sous la forme de deux masques) est à noter. Mais devons-nous être vraiment surpris de voir, dans un ensemble somme toute dédié aux jeux de l’esprit, s’introduire discrètement la Folie, avec un bonnet à grelots, deux marottes et aussi… deux flacons ? (fig. 16).
La réalité reprend ses droits sur le trophée des Travaux champêtres qui réunit, en une composition peu équilibrée, fleurs et fruits mêlés à la représentation d’outils agricoles : corbeille, hotte, râteau, fourche, houe, cognée, seau à lait… (fig. 17).
Le panneau consacré à l’Amour et sans doute aussi aux Vertus (reliées les unes à l’autre par une chaîne symbolique) (fig. 18) témoigne d’une composition plus fidèle aux conventions. Un peu comme si l’auteur anonyme de ces gypseries, plus à l’aise dans le traitement d’objets usuels, se réfugiait derrière un modèle pour traduire les abstractions. Si les attributs de l’Amour, bien connus sur les autres trophées piscénois (arc, flèche, carquois, torche et bouclier) occupent la place d’honneur, on distingue aisément une quenouille, une houlette, une massue (la Force ?), un maillet, un caducée (la Paix ?), et une balance (la Justice).
En opposition, la Guerre (fig. 19) reprend les drapeaux, les trompettes et le tambour déjà rencontrés à l’hôtel Conti, en y ajoutant fusil, coutelas, pistolet et ancre, mais aussi une mappemonde et, seul élément de fantaisie dans cet ensemble plutôt sévère, un chapeau chinois, évocateur de parades militaires.
Les jeux d’enfants connurent moins de succès que les trophées, dont les modèles étaient plus répandus. Ils ne sont représentés que par deux dessus de porte de la Maison Bardoux, associés aux attributs de l’Amour (fig. 20) ou à ceux des jeux de jardin (volant et sa raquette, maillet de croquet) (fig. 21). Dans le premier, deux enfants nus s’amusent à recouvrir d’un voile leur compagnon ; ils jouent tout simplement aux billes sur le second.30 –
Il faut noter, à propos des gypseries de la Maison Bardoux (en dépit des réserves faites) leur grande qualité d’exécution et le caractère parfois peu commun des thèmes choisis dont le symbolisme reste plus secret. Cette production apparaît différente des autres gypseries piscénoises, traitées avec honnêteté mais relevant plus du stéréotype que de la véritable création. Car nous sommes loin à Pézenas de la qualité des décorations murales montpelliéraines et provençales. Il semblerait que l’on rencontre ici comme un écho affadi et amenuisé de cette ornementation.
Plus troublantes sont les analogies constatées entre les gypseries piscénoises. Ce qui pourrait laisser supposer que les ateliers anonymes installés dans notre ville, peut-être peu nombreux, utilisaient des modèles semblables, interprétés cependant selon les cas particuliers. L’atelier (ou le stucateur) responsable des gypseries de la Maison Bardoux était-il étranger à Pézenas ? Les caractères que nous avons tenté de définir plus haut ne se retrouvent, en effet, nulle part ailleurs. Il ne serait pas sans intérêt de connaître la personnalité du commanditaire de cette décoration et les circonstances de sa mise en place. Il ne nous a pas été possible de le faire en temps utile, ni d’examiner la totalité des gypseries piscénoises.
Le mobilier
Les testaments, inventaires après décès, contrats de mariage, très nombreux à Pézenas, au moins avant 1700, nous permettront d’achever cet essai de reconstitution du cadre de vie.
Les demeures modestes étaient peu meublées. La jeune épousée recevait en dot un ensemble d’objets et de meubles dont la nature varie peu d’un contrat à l’autre. Le lit, avec son garniment de tissu, la literie, un coffre (bien de famille transmis par testament, où l’on serrait le linge et les objets les plus précieux), en constituent l’essentiel, avec quelques pièces de vaisselle d’étain, les ustensiles de cuisine indispensables et le linge de maison. A cela, nombre de contrats ajoutent une certaine quantité de farine en sac. Peu à peu se joindront à ce premier fonds une table, des bancs et une maie à pétrir. En 1661, l’inventaire après décès de Guillaume Palot, travailleur, dénombre, en plus de ce mobilier traditionnel, deux caquetoires 24.
Le cabinet, meuble de luxe au XVIIe siècle, devient plus courant dans les dots du siècle suivant, tout au moins dans les milieux aisés, car le mobilier des classes modestes change peu en nombre et en nature. En 1742, par exemple, l’inventaire de Pierre Mauran, travailleur, mentionne deux bans qui servaient pour le lit, une paillasse toile grise, avec une couverte indienne, le pendant et pelle pour le feu, une lampe bâton, un vaisselier, une mait à pétrir, une caisse couverte de peau, une table pour porter le pain au four, trois chèzes, un rideau toile teinte, le tout vieux et hors d’usage 25. Un autre travailleur, Jean Vassas, possédait, en 1762, six chaises de bois de saule garnies de bore, un vieux désabilhoir, un autre désabilhoir en bois blanc, une table et un lit de plus que son homologue de 1742.
Plus riches d’enseignement sont les mobiliers des demeures aristocratiques et bourgeoises.
Le seul élément notable de la cuisine est le fayancier (dressoir) toujours placé dans cette pièce et non dans la salle haute ou dans la salle du rez-de-chaussée contigüe à la cuisine avec laquelle elle se confond parfois.
La salle est, en fait, la pièce la plus meublée de la demeure. Celle du marquis de Fabrègues renfermait notamment en 1675 une grande table de noyer couverte d’un tapis de Turquie 26. A cette pièce maîtresse, la table, s’ajoutaient un très grand nombre de chaises. En 1725, une autre salle possède un lit et une glace 27, mais il s’agit là d’une exception, l’usage de placer le lit dans la salle n’ayant pas été pratiqué à Pézenas. Plus tard, en 1753, la salle, devenue salon à manger, du négociant Fabre, à Roujan, sera garnie d’une fontaine de cuivre, d’une table et d’un buffet pour tenir l’argenterie, les plats et les assiettes 28.
On a vu se dessiner au passage l’évolution de la pièce destinée aux repas, toujours séparée de la pièce de réception. Au XVIIe siècle, la salle à manger se confondait le plus souvent avec la cuisine. Elle en était parfois distincte selon l’importance de la demeure et prenait alors le nom de salle basse. Au milieu du XVIIIe siècle, sa destination est fixée et le salon à manger de Fabre se présente bien comme une salle à manger moderne, dans laquelle le buffet a pris désormais sa place traditionnelle, celle qu’occupait, au siècle précédent, le fayancier dans la cuisine.
Le lit, comme dans les gravures d’Abraham Bosse, reste évidemment la pièce la plus importante de l’ameublement des chambres et participe à leur décoration par la couleur et la nature des étoffes qui le composent. Bois et literie sont le plus souvent distingués dans les contrats. Le bois de lict constitue, avec le garniment, le premier élément de la dot ou du cadeau de mariage. Le 20 septembre 1665, Marie Grimaille, servante de Jacques Vassal, fermier de la Grange-des-Près, reçoit de son maître, en cadeau de mariage, un bois de lict avec ses courtines 29.
Ces lits peuvent être à buffet (1677), à bancs ou a banquettes (1713) (simple châlits ?), à tombeau (1722) ; le baldaquin descend en pente vers le pied et repose sur deux colonnettes de faible hauteur 30, à quenouilles (1754 ; les montants angulaires apparents sont parfois renflés en leur milieu), ou encore à la duchesse (1769 ; lit bas dépourvu de montants à l’avant et surmonté d’un dais de mêmes dimensions que la couche). Notons que certains de ces meubles cités dans le courant du XVIIIe siècle sont en fait caractéristiques du XVIIe ou même du XVIe siècle. Il est vrai que la date que nous donnons est celle de la mention du meuble et non celle de sa fabrication. On ne saurait donc conclure, pour l’instant, à une quelconque permanence des formes, à un archaïsme dans l’art des maîtres-menuisiers piscénois.
La literie proprement dite comprenait plusieurs éléments : une marfègue (appelée aussi couète ou pliasse – pour paillasse), sac d’épaisse toile bourré de paille ou de feuilles sèches et faisant office de sommier ; un ou plusieurs matelas de laine ; les linceuls (draps) et couvertes (couvertures), un traversin de plumes et le garniment. Ce terme, qui désigne rideaux et ciel de lit, revient très souvent dans les contrats notariaux qui en précisent parfois la composition : six courtines formées de bandes de toile assemblées, au nombre de cinquante – trois sur deux garniments de 1631 31 et 1632 32. En 1731, un lit est dit avec son fonton et surciel toile peinte en vert 33. En 1745, est mentionnée l’impériale de lit 34.
Aux côtés de ce meuble pouvaient être disposées des chaises en grand nombre – six en moyenne, parfois dix et plus – et recouvertes du même tissu que la garniture de lit. Cette abondance de sièges trahit bien une fonction mondaine et protocolaire de la chambre, encore vivace depuis le XVIe siècle. Une table et son tapis, un cabinet, un miroir à cadre de bois, complétaient presque toujours le mobilier. Aux murs, lorsqu’ils n’étaient pas tendus de tapisseries, étaient accrochés quelques tableaux. Le négociant Fabre ajoute dans sa chambre trois bergères couvertes d’indienne et un lustre doré.
Les garde-robes, voisines-des chambres, renfermaient généralement une armoire à vêtements appelée désabilhoir, en bois blanc, dont mention sera faite jusque vers 1720. Y prenaient place également les chêzes de commodité, héritières des chaières aisées du XIVe siècle. A Pézenas, en effet, ce terme ne semble pas désigner le siège à joues et oreilles connu au XVIIIe siècle, mais la présence de ce meuble dans les garde-robe témoigne d’une utilisation beaucoup plus prosaïque 35.
Plus rare reste la mention de commodes. En 1746 cependant sont signalés deux de ces meubles, dont une commode à tombeau, exécutés par le menuisier Pierre Castan pour les sommes respectives de 28 et 70 livres 36.
Les paravents achevaient au XVIIIe siècle l’ameublement et la décoration, avec les garnitures de cheminées, en verre (1732) ou faïence (1734). Le billard apparaît dans les contrats en 1696 37 et en 1773 le maître-orfèvre Antoine Sainct et Alexandre Belon, marchand, vendent à Jean Janel, maître-pâtissier suisse de nation, un billard complet avec un trou-madame qui se place sur led.billard avec douse petites billes 38.
S’il n’est nulle part fait mention de bibliothèques, les inventaires nous donnent les titres (peu nombreux) des ouvrages préférés de la bourgeoisie et de la noblesse piscénoises des XVIIe et XVIIIe siècles 39. Les œuvres de piété prédominent : Bible, Évangiles, Souffrances de Jésus – en espagnol chez le notaire François Raynaut 40 – Vies de saints, l’Année chrétienne, œuvres de Saint-Augustin… Les auteurs de l’Antiquité et les dictionnaires grecs et latins constituent l’essentiel de la bibliothèque de François Raynaut. On trouve également des manuels professionnels, livres de droit pour le notaire, Le Chirurgien d’Hôpital chez le maître-chirurgien Jean-Guillaume Jullian en 1734 41, Le parfait Négocian chez le marchand Louis Gautier en 1751 42, qui serrait ses livres dans un coffre de noyer avec l’argenterie. Peu d’ouvrages purement littéraires. Raynaut lit cependant Montaigne, Boileau, Erasme, Guez de Balzac et même l’Arioste en italien. Etienne de Court partageait ses lectures entre les ouvrages religieux, les œuvres antiques, les traités de droit, de morale et de civilité, mais aussi Montaigne, Pascal, Ronsard, Corneille et le Don Quichotte en espagnol.
Le chirurgien Jullian lisait aussi les Lettres de Monsieur Dugue. Il s’agit, ainsi qu’a bien voulu nous le confirmer Monsieur l’Abbé Xavier Azéma, des Lettres spirituelles de Jacques – Joseph Duguet, de l’Oratoire (1649-1733), connu pour sa sympathie envers le Jansénisme. La date de 1734 est aussi à noter elle correspond parfaitement avec celle du mouvement janséniste à Pézenas 43.
Les sièges, sortis des ateliers des maîtres-tourneurs faiseurs de chaises, apparaissent en très grand nombre aux époques qui nous intéressent : caquetoires, chaises à bras (en noyer), à façon antique, chaises peintes, à crapeau, à la dauphine, à la capucine…
Les tables aussi offraient une grande variété : pliantes, portées sur des tréteaux, à colonnes torses… etc. Une des tables de l’hôtel du marquis de Fabrègues avait un dessus en ardoise et, en 1661, le logis de la Daurade, place au bled, possédait, avec un buffet de salle, quatre tables rondes. En 1748, Pierre Castan fabrique pour le maître-apothicaire Milhau une table bois cerisier à pied de biche avec deux tiroirs de six pans de long sur trois pans et demi de large… 44
C’est, enfin, parmi les tables à jeu qu’il faut placer ces mystérieux équinolas, si souvent cités dans les documents, qui n’étaient rien d’autre que des tables destinées au jeu de reversi 45.
En ce qui concerne le luminaire, le lustre doré qui éclairait en 1753 la chambre du négociant Fabre semble bien être une exception L’éclairage est surtout portatif. Le caleil (lampe à huile de terre culte ou de métal), les flambeaux et les chandeliers figurent très souvent dans les testaments et les pactes de mariage. Le marchand Gautier usait, pour lire à la chandelle, d’une pièce de bois (?). Pierre Rolland, cabaretier à la rue des Selliers, utilisait pour y piquer la sienne, une plaque fer blanc fort vieille. En 1791, la famille Laurent s’éclairait au moyen de quatre lampes à croc, de lampes pompes (sans doute en étain), et de trois autres dittes sétilles à queue.
Les tissus d’ameublement sont des plus divers : toile de Hollande, toille de cambette, damas de Gènes, drap, estamet, cadis (le plus fréquemment rencontré), sarge, sargette, caramandre, boucassin, mouquette, indienne bleue, rouge ou jaune, utilisée pour les rideaux mais surtout pour les tours de lit, couvertures et taies, étoffe de Saint-Flour brodée, coutonnades variées… En 1640, à la Grange-des-Près, les dix-huit chaises de la salle étaient recouvertes, par groupes de six, de velours rouge, bleu et vert. C’est aux tissus de couleur verte que vont les préférences des utilisateurs jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. Cependant, on note l’apparition de garniments feuille morte (1675), violet (1714), couleur de cerise (1728), couleur d’or et rouge (1732), couleur aurore (1745), citron (1746)… Mais à partir de 1770 la couleur jaune prend la première place dans cette évolution du goût, tant pour les garnitures de lit que pour celle des sièges. Une seule mention est faite, en 1716, de fourreure mouchetée 46, sans que l’on puisse préciser s’il s’agit ici de peausserie véritable ou d’un tissu imitant la fourrure.
Attardons-nous maintenant sur un type de meuble caractéristique, mais sans aucune exclusive, du XVIIe siècle languedocien, les armoires à panneaux sculptés. Très nombreux dans les collections publiques et privées de notre région, ces meubles encore mal connus 47 ne sont pas clairement désignés dans les documents piscénois. Le terme de cabinet, associé, nous l’avons vu plus haut, à l’idée de luxe, les signalait peut-être, mais nous n’en avons pas la certitude. L’appartenance à l’ancienne collection du Docteur François Bastard de deux des armoires de ce type conservées au Musée de Vulliod-Saint-Germain ne suffit pas à affirmer leur origine piscénoise, attestée par contre pour l’armoire aux cavaliers et celle, plus tardive aux Quatre Saisons. La dernière provient de l’Hôpital, la première du Collège de l’Oratoire. Sur les panneaux supérieurs est figurée, d’après les gravures de Martin De Vos (Identification de M. Jacques Thirion), la victoire de César sur Ninus, reproduite à l’aide d’un calque sur le vantail qui lui fait face. Au dessous, Alexandre triomphe de Cyrus. Les noms des cavaliers vainqueurs sont identifiés mais non ceux des rois vaincus (fig. 22).
On peut donc tenir pour certaine la présence de tels meubles à Pézenas au XVIIe siècle, tout en gardant à la mémoire que les deux exemples cités proviennent de collectivités et non d’une demeure privée. En l’état actuel des connaissances il faut encore attendre avant de les rattacher avec sûreté à un domaine précis de la production languedocienne. Les résultats des travaux conduits maintenant par quelques chercheurs dans les secteurs du Languedoc où ce genre est le plus fréquent (Gard, Hérault…) permettront d’obtenir, à la suite d’un recensement méthodique, la réponse aux diverses questions qui se posent – localisation des ateliers, leur appartenance à un groupe socioreligieux défini, chronologie exacte, répartition géographique des thèmes (bibliques ou mythologiques), évolution des formes et des décors…
Cette évocation, établie à partir des sources notariales, a simplement voulu laisser apparaître la place de Pézenas dans l’art décoratif des siècles classiques. Compte tenu des lacunes documentaires et surtout de la disparition quasi totale des éléments de mobilier encore en place, notre ville ne semble pas accuser un retard important sur l’évolution générale du goût provincial en France. Au XVIIe siècle, l’apparition en 1628 de la tapisserie marchoise à Pézenas – dès 1559 cependant sept pièces de Felletin ornaient l’église paroissiale – est significative à cet égard, comme l’était le goût pour les tentures de cuir et comme le sera, au siècle suivant, l’usage généralisé de la gypserie, à partir de 1760.
Il faut bien sûr compter aussi (dans le domaine du mobilier surtout) avec le respect des biens acquis par héritage. Le marquis de Fabrègues, tel l’extravagant Mr des Yveteaux, cité par Tallemant dans ses Historiettes, conserve encore en 1749, dans sa maison de la rue des Capucins, une tapisserie de cuir passée de mode, tandis que, vers la même époque, le mobilier du négociant Fabre, à Roujan, témoigne d’un sens évident de la nouveauté, consécutif, sans aucun doute, à un rapide et récent enrichissement.
Reflet significatif d’un état de fortune et d’un sentiment de la vie sociale et familiale, la décoration intérieure et le mobilier ne sont surtout bien connus que pour les demeures de quelque importance. Cette évidence implique la nécessité d’une étude consacrée au patrimoine des classes sociales plus défavorisées. On peut cependant déduire que la société piscénoise, comme le remarquait déjà, pour le XVIIIe siècle Guy Vibarel, parait avoir ressenti, alliée à un sens réel du confort, la nécessité de l’indispensable beauté du cadre de vie, sans que soit oubliée l’expression du désir de paraître (dont témoigne l’amusante surenchère de M. de Lacoste à propos des tapisseries), beaucoup plus perceptible en ce domaine que dans l’architecture.
Notes
1. Cet article constitue le complément au chapitre consacré à la demeure privée dans notre ouvrage Pézenas, évolution urbaine et architecturale du XVIe à la fin du XVIIIe siècle. Pézenas, 1979.
2. Château de Saint-Privat (Gard), par François Valadier, d’Uzès. 1715. Château de Chalabre (Aude), seconde moitié du XVIIIe siècle.
3. Archives du château de Coussergues, A, 22.
4. Archives Départementales de l’Hérault (A.D.H.), II E 69/36, f° 163. A Narbonne, en 1613, noble François Daudric possédait neuf pièces de goudoumacin en cuyr d’Espaigne doré et argenté (Favatier Léonce, La vie municipale à Narbonne au XVIIe siècle. Les beaux-arts et les arts industriels. Bull. Commiss. Arch. de Narbonne, t. IV, p. 52). II s’agit de guadameciles ou guadamacis, basanes servant à la fabrication des cuirs de Cordoue pour tentures Gay Victor, Glossaire archéologique du moyen-âge et de la Renaissance, Paris, Picard, 1887). En 1622, le logis de Mr de Vallancay, meublé par les consuls de Montpellier renfermait au premier cabinet de Monsieur une tante de tapisserie de cuir doré (Joffre, Inventaire de la Maison Consulaire, p. 51). L’inventaire du palais épiscopal de Béziers (1er avril 1702) mentionne dans le passage de la chapelle.., une vieille tapisserie de cuir doré en quatre pièces. (Publié par Noguier L. Bull. de la Soc. Arch. de Béziers, 3e série, 1, 1ère livraison, p. 231.
5. A.D.H., II E 69/69, f° 108. Texte intégral publié par Dayras Maurice, Les tapissiers marchois à Pézenas. Mém. de la Soc. des Sc. Nat. et Arch. de la Creuse, tome XXX VI, 1968, à qui nous avions communiqué ces documents dès leur découverte. Sur la famille Declaravaux voir Dayras, Les tapissiers… p. 7, et Perathon C., Essai de catalogue descriptif des anciennes tapisseries d’Aubusson et de Felletin, Limoges, Ducourtreux, 1902, p. 397. Pour Perathon, Joseph était l’un des thèmes les plus fréquemment traités à Aubusson sous le règne de Louis XIII. (Perathon C. Iconographie des tapisseries d’Aubusson et de Felletin. Mém. de la Soc, des Sc. Nat. et Arch. de la Creuse. Tome XII, p. 397). Cet auteur s’est livré à un recensement des tapisseries de ce thème provenant d’Aubusson (Essai de catalogue… 1894, p. 503, p. 528, p. 529 ; Essai de catalogue… 1902, p. 290 et p297).
6. A.D.H., II E 68/46, f° 149 v°, Texte intégral dans Dayras (Les tapissiers… p. 5 et p. 6). La minute portait primitivement histoire de Marc Anthoine et Cléopâtre, mots barrés et remplacés. Le sujet de Céphale et Prochris ne figure dans aucun des recensements de Perathon. Pour Couderc, cf. Dayras (Les tapissiers…, p. 10). Perathon (Essai de catalogue… 1894, p. 436) cite un François Coudert établi à Montpellier en 1680. Pour la diffusion du thème à partir d’Aubusson, voir Perathon (Iconographie… p. 401 ; Essai de catalogue… 1894, p. 508 et p. 541 ; Ibidem, 1902, p. 262 et 289).
7. Il n’en va pas de même, par contre, à Montpellier en 1649 où, par contrat du 13 mai, le baron de Vauvert, Pierre d’Hauteville commande au lissier Antoine Perrier une suite de tapisseries sur le thème de l’histoire de Morse, en imposant le modèle, les dessaingz de Renaud Levieux. Le texte mentionne également une histoire de Cléopâtre dont le lissier devra s’inspirer pour la bonté et la beauté du travail demandé. (Falgairolle Prosper, Documents pour servir à l’histoire de l’art en Bas-Languedoc, 2e série. Dans Mém. de la Soc. Arch. de Montpellier. 2e série, tome II, 1er fascicule, 1924, p. 133 à p. 1 52).
8. Archives du château de Coussergues, A 22, f° 3 v°, et A 24, f° 19 v°. L’histoire de Judith constitue le sujet d’une suite d’Aubusson (fin du XVIIe siècle), conservée à ‘Hôtel de Ville de Mende (Lozère). Perathon (Essai de catalogue… 1894, p. 520 et p. 538) signale deux autres suites sur ce thème biblique, et cinq pièces attribuées au lissier Henri Goubert (Essai de catalogue… 1902, p. 264, n° 888 à n° 892).
9. Estain : laine longue et fine.
10. Éphale, fils d’Éole et mari de Prochris, fut enlevé à celle-ci par la fille du Titan et de la Terre, Aurore, qui eut de lui Phaéton, avant de le laisser retourner auprès de Prochris. Dans le domaine mythologique, rappelons que le thème de Didon et Énée a été traité à Montpellier par Etienne Barbat, d’Aubusson, pour Philippe de Bornier (Falgairolle, Documents… p. 141).
11. A.D.H., II E69/42, f° 143.
12. Ibidem, II E 68/39, f° 316.
13. Ibidem, II E 69/156, 3e feuillet encarté entre le f° 2513 et le f° 2514 ; II E 68/131, p. 5 de l’inventaire Vidal (1789).
14. Berthele Joseph, Montpellier en 1768 et en 1836 d’après deux manuscrits inédits, Montpellier, Serre et Roumégous, 1909. p. 98. La chambre de Louis Gautier, marchand, était en 1751 entièrement tendue d’indienne (A.D.H., II E 69/141, 1er cahier, p. 14 et p. 15). Cf. aussi II E 68/148, p. 5 de l’inventaire de Marguerite d’Herail (1754) et II E 68/131, p. 5 de l’inventaire de feu François Vidal, marchand de grains (1789).
15. Ibidem, II E 68/32, p. 5 de l’inventaire de Pastre.
16. Ibidem, II E 69/28, p. 118.
17. Ibidem, II E 68/104, p. 925 (1749) et II E 68/123, p. 199 (1781).
18. Ibidem, II E 68/148, p. 21 (1760) et II E 68/123, p. 199 (1781).
19. Archives du château de Coussergues, A 24, f° 15 v°.
20. A.D.H., II E 68/64, f° 485 v°, à titre d’exemple caractéristique.
21. Rappelons, sans en tirer de conclusions, le contrat d’apprentissage liant Pierre Rodes à Benoît Girard, maître-gipier d’Aix-en-Provence, au début du XVIIe siècle. (Ibidem, II E 69/13, f° 128). Sur la gypserie au XVIIe siècle à Montpellier, voir Bonnet (Émile) et Joubin (André), Montpellier aux XVIIe et XVIIIe siècles. Architecture et Décoration. Paris 1912, et surtout Claparéde Jean, Gypseries montpelliéraines de la seconde moitié du XVIIe siècle. Arte antica e moderna, n° 19. Florence, 1962.
22. Nougaret Jean, Pézenas… p. 91 et p. 92.
23. A rapprocher aussi des gypseries lodévoises contemporaines : Hôtel de Ville (1779) et hôtel Benoît de la Prunarède (1786).
24. A.D.H., II E 68/56, f° 201. Voir aussi Le Roy-Ladurie Emmanuel, Les paysans de Languedoc, Paris S.E.V.P.E.N. 1966. p. 455 et suiv. (Caquetoire siège léger à bras, comportant une tablette trapézoïdale et parfois un dossier incliné).
25. A.D.H., II E 68/104, p. 51.
26. Archives du château de Coussergues, A 22.
27. A.D.H., II E 68.85, f° 98.
28. Ibidem, II E 68/66 (Inventaire Fabre).
29. Ibidem, II E 68/60, f° 313.
30. Vibarel Guy, Contribution à l’étude de la société piscénoise au XVIIIe siècle (1715-1789). 2e partie : les fondements de la richesse et le style de vie. Études sur Pézenas et sa région, III-1972, n° 3, p. 33. Dans sa note 24 l’auteur définit le lit à tombeau comme possédant un bois de forme carrée.
31. A.D.H., II E 68/71, f° 129 (toile battiste).
32. Ibidem, f° 456, à titre d’exemple.
33. Ibidem, II E 68/86, f° 163 v°.
34. Ibidem, II E 69/281, f° 31.
35. Signalons aussi une chèze pour mettre un petit enfant faite pendant la foire de Saint Martin 1746, par le menuisier Pierre Castin pour le prix d’une livre (Ibidem, 11 E 69/281, f° 39).
36. Ibidem.
37. Ibidem, II E 68/75, f° 229.
38. Ibidem, II E 69/201, f° 744 v°.
39. Un article récent de M. Henri Michel vient de faire le point sur ce sujet : L’imprimerie à Pézenas sous l’ancien régime. Dans Pézenas Ville et Campagne (XIIIe-XXe siècles). Actes du XLVIIIe congrès de la Féd. Hist. du Lang. Méd. et du Rouss. Pézenas, 1975. Montpellier. F.H.L.M.R., 1976, p. 205 à p. 228. L’auteur souligne la faible consommation du livre à Pézenas.
40. A.D.H., II E 69/116, Livre de raison de François Rainaut, commencé en 1673.
41. Ibidem, II E 69/133, f° 186.
42. Ibidem, II E 69/141, 1er cahier, p. 33 à p. 35.
43. A noter cependant que le chirurgien Jullian ne figure pas dans « le groupe assez large des témoins du miracle Gauthier qui comporte les certificats de plusieurs de ses confrères chirurgiens et apothicaires… », ainsi que nous l’écrivait, en 1971, Monsieur l’Abbé Xavier Azéma, excellent connaisseur du mouvement janséniste dans le diocèse d’Agde, à qui nous devons aussi la communication de l’inventaire après décès d’Etienne de Court et qu’il nous est particulièrement agréable de remercier ici.
44. A.DH., II E69/281, f° 43 v°.
45. Favatier (La vie municipale… p. 95 et note 2). La carte principale, le valet de cœur, était appelée quinola.
46. A.D.H., II E 69/124, f° 20 de l’année 1716.
47. La bibliographie la plus récente figure dans Viaux Jacqueline, Bibliographie du meuble. Paris, Société des Amis de la Bibliothèque Forney, 1966. Pour l’armoire aux cavaliers du Musée de Vulliod-Saint-Germain, voir Thirion Jacques, Les cavaliers de l’histoire ancienne dans le décor du mobilier de la Renaissance. Bull. de la Soc. Nation, des Antiquaires de France, 1967.
Crédit photographique
Les clichés des figures 2 à 4, 6 à 8, 11 à 21 sont de M. Marc Huyghe, photographe à Pézenas,
Nos 9, 10, 22 : cliché Inventaire Général Languedoc-Roussillon.
Les photos 1 à 5 sont de l’auteur.
