Le Cinquantenaire des Amis de Pézenas (1921-1971) Il y a cinquante ans
Le Cinquantenaire des Amis de Pézenas (1921-1971) Il y a cinquante ans
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Il y a cinquante ans…..
Le 1er Mars 1921, sur l’initiative d’Albert-Paul ALLIES, un groupe de Piscénois, amoureux de leur ville et désireux de faire revivre son passé de traditions, de rappeler son histoire, de sauvegarder son capital architectural et de lui redonner la place qu’elle méritait sur le plan économique, constituaient le « Comité d’initiative Piscénois. »
Le 2 Juin 1924, sur la proposition de son Président, le Comité d’initiative prenait le nom de « Les Amis de Pézenas ». Février 1935 voyait disparaitre Albert-Paul ALLIES l’œuvre réalisée était immense, mais le Fondateur des Amis de Pézenas n’avait pu mener à terme la totalité de ses nombreux projets. La voie était cependant tracée, et Les Amis de Pézenas n’avaient qu’à poursuivre, avec la même volonté et la même foi, l’action commencée. La réussite et le succès étaient au bout du chemin. 1921 – 1971. Cinquante ans se sont écoulés ; le bilan est positif. Aussi les Amis de Pézenas ont-ils voulu, à la fois, fêter solennellement le Cinquantenaire de leur création et rendra un émouvant hommage à leur Président-Fondateur.
Par leur action commune, en collaboration avec la Municipalité de PÉZENAS, Syndicat d’initiatives, Mirondela dels Arts et Commission du Musée de Vulliod Saint-Germain ont donné, aux diverses manifestations du Cinquantenaire, un éclat tout particulier.
Le Samedi 16 Octobre, en prélude aux manifestations officielles, avait eu lieu, plus intime plus simple, mais aussi plus émouvante, la manifestation du souvenir à la mémoire d’Albert-Paul ALLIES. À l’appel des Amis de Pézenas et de la Municipalité, de nombreux Piscénois étaient venus rendre un pieux hommage à celui qui avait tant œuvré pour leur ville, pour la sauvegarde de son passé, pour son avenir.
Le Dimanche 17 Octobre, le déroulement des manifestations officielles du Cinquantenaire devait attirer à Pézenas la foule des jours de liesse.
Dès 8 h 30, les jeunes guides du Syndicat d’initiative de Pézenas, Brigitte, Marie-Hélène, Jean-François et Claude, qui avaient pour la circonstance revêtu les costumes du Grand-Siècle, accueillaient sur les marches de l’escalier d’honneur de l’Hôtel de Saint- Germain personnalités et congressistes venus assister aux Assises d’automne de l’Union des Syndicats d’initiatives et Offices de Tourisme de l’Hérault.
Mr. Jean NOUGARET, Conservateur du Musée de Vulliod Saint-Germain leur présentait brièvement l’exposition « Cinquante ans de souvenirs », une rétrospective de l’activité de l’Association des Amis de Pézenas en même temps qu’une évocation du rôle des présidents successifs Albert-Paul ALLIES, ALBAGNAC et le Général MONTAGNE. Cette exposition, dont la plupart des pièces provenaient de la Collection Albert ALLIES devait d’ailleurs se poursuivre jusqu’au 31 Octobre.
Il était 9 h 30 quand Mr. Jacques CAMBON, Président de l’U.S.l.O.T.H. et Président de la Fédération Régionale des Syndicats d’initiative et Offices du Tourisme du Languedoc-Roussillon-Rouergue et Gévaudan déclarait ouverte l’Assemblée Générale des S.I. de l’Hérault. À la table officielle avaient pris place, à côté de Mr. Jacques CAMBON, Mrs Jean BENE, Maire-Président du Conseil Général de l’Hérault, Charles ALLIES, Sénateur, Vice-président du Syndicat d’initiative de Pézenas ; François HUE, Président des Amis de Pézenas ; Alfred MAUREL, Président du Syndicat d’Initiative de Pézenas ; Me Maurice CHAUVET, Président Honoraire de la Fédération Régionale des S.I. ; BAUMEL, Président du Syndicat d’initiative de MONTPELLIER ; Albert ALLIES ; le fils du fondateur des Amis de Pézenas et le Doyen des Amis de Pézenas, Mr Charles BALSAN.
Dans l’assistance : les Présidents des Syndicats d’Initiative et leurs principaux collaborateurs, les Conseillers Généraux MERCADIER et VIDAL, MM. BERNAD, AUDIBERT, GELY et SENTENAC Adjoints au Maire de Pézenas, Mr FABRE de MORLHON, etc.
Après les vœux de bienvenue de Mr Jean BENE et de Mr François HUE et l’évocation de l’activité et du rôle des Amis de Pézenas par M. Alfred MAUREL, les représentants des divers organismes de tourisme devaient débattre des divers sujets à l’ordre du jour l’efficacité des liaisons entre les différents S. I., le financement des S. I., la publicité, la pollution, l’environnement et la protection de la nature et des sites, etc. Il appartenait au Président CAMBON qui avait, tout au long des interventions des représentants, soit apporté les précisions indispensables, soit dégagé les orientations à donner et les buts à poursuivre, de rédiger la notion de synthèse et de présenter le bilan à la fois d’une année de fonctionnement et d’une assemblée générale particulièrement constructive et efficace.
Mais, tandis que dans la grande Salle de l’Hôtel de Saint-Germain se déroulaient les débats de l’Assemblée Générale de l’U.S.I.O.T.H., les rues de Pézenas connaissaient une animation inhabituelle. Sous la conduite de Mr Jean NOUGARET, Conservateur du Musée, le secteur sauvegardé de la vieille ville révélait son immense capital architectural, l’extrême diversité de ses portes, marteaux, balcons et ferronneries et les étapes de son histoire, aux épouses des congressistes et à tous ceux nombreux, pour qui « le passé d’une ville se lit dans ses pierres. »
Parallèlement, les principales artères de la ville voyaient défiler, aux Sons de cuivres et des tambours, un « Réveil Agathois », plein de dynamisme et d’entrain, tandis que sur la place du Marché-au-Bled, les danseurs de la « Garriga Languedociana », alliant la grâce à la souplesse, la fantaisie à l’originalité, apportaient la note folklorique.
« Le Poulain » et les « Chevalets », sans lesquels aucune fête piscénoise ne saurait se concevoir, participaient également à l’allégresse générale, et, sous la conduite de Gaston RIVIÈRE, animaient les ruelles conduisant à la Place du Marché-au-Bled. Et lorsque s’ouvrit la porte du Musée de Vulliod Saint-Germain, libérant les congressistes, fifres, tambours, trompettes et clairons allaient, à leur tour, libérer les groupes folkloriques de leur immobilité temporaire et leur permettre danses, pas redoublés, sarabandes et farandoles, pour la plus grande joie de tous, Piscénois et Congressistes.
À 12 h 30, cessaient danses et sarabandes, se taisaient trompettes et tambours. C’était le silence, le recueillement, le souvenir. Successivement, Mr François HUE, Président des Amis de Pézenas, Mr Jean BENE, Maire de Pézenas et Mr PIGOULLIE, Sous-préfet de BÉZIERS, représentant Mr le Préfet de la Région du Languedoc-Roussillon, allaient prendre la parole et rendre un vibrant hommage, d’abord à Albert-Paul ALLIES, le Fondateur des Amis de Pézenas, mais aussi à tous ceux qui lui ont succédé : Mr ALBAGNAC, le Général MONTAGNE et le président HUE, à tous ceux aussi, officiels ou anonymes, qui, par leur collaboration de tous les instants et leur efficacité collective, ont permis que soit poursuivie la tâche entreprise dans le sens désiré par le fondateur. La cérémonie devait se terminer par la remise, aux personnalités et aux présidents des Syndicats d’Initiatives, de la médaille commémorative du Cinquantenaire, œuvre de deux artisans d’art piscénois : l’orfèvre Philippe BOT et le Fondeur PRATS, reproduisant sur une face l’effigie d’Albert-Paul ALLIES, Fondateur (1868-1935), sur l’autre face, le Cinquantième Anniversaire des Amis de Pézenas et les Armes de Pézenas « d’Argent à trois faces de gueule et un franc quartier or chargé d’un dauphin d’azur, le tout surmonté de trois fleurs de lys d’or sur fond d’azur », signe de propriété royale et de la fidélité au Dauphin Charles, Roi de BOURGES, bientôt Charles VII, roi de FRANCE. Un vin d’honneur offert par la Municipalité dans la Salle des Gardes de l’Ancienne Maison Consulaire, heureusement restaurée, mettait fin aux cérémonies officielles du Cinquantenaire. Un déjeuner-spectacle devait ensuite réunir personnalités, congressistes et Amis de Pézenas à « La Bonne-Marmite. »
Tout devait y être loué l’agréable composition du menu, le service irréprochable offert par Mr et Mme MAROT, l’animation souriante de Claude RIVIÈRE, l’ambiance musicale du Quatuor de l’Orchestre du Théâtre de SÈTE, le classicisme de l’interprétation de Mlle Claudie DALICHOUX de l’École de Danse Classique Maryse CHAMBERT, la chorégraphie futuriste de Mme Roselyne AUDIBERT-LERAT, Directrice de l’École de Danse Rythmique et Moderne de Pézenas, le charme des Vieilles Chansons Françaises de Daniel et Annie GROSBARD, la sensible évocation poétique de Céline GARCIA et de Régis BONICEL du Groupe ARCADIA de BÉZIERS.
Le réalisme de l’interprétation de René AZEMA, et la truculence des « machadas » de Jean SEGONZAC.
Il était 19 h 00 quand chacun réalisa soudain qu’il fallait, hélas !, se séparer.
Jean SERVIÈRES.
Monsieur le Sous-préfet,
Monsieur le Sénateur,
Monsieur le Maire,
Messieurs les Présidents,
Mesdames, Messieurs,
Après avoir parcouru les vieilles rues de Pézenas, après avoir admiré les façades et les ferronneries de nos hôtels, que cinquante ans représentent peu de choses Nous avons la chance qu’aucun américain amoureux des souvenirs de notre Renaissance ne traverse Pézenas au moment où certains d’entre eux transportaient à New York des cloîtres fameux comme ceux de St. Guilhem ou de St. Michel de Cuxa, l’hôtel Lacoste eut peut-être franchi l’Atlantique en pièces détachées. Pézenas à cette époque n’était connue et appréciée que par quelques initiés qui essayèrent de révéler à leurs concitoyens combien leur ville était belle et qu’elle méritait de sortir de cette pénombre. Et cette idée si simple et qui parait aujourd’hui si naturelle a surgi tout à coup le 1er Mars 1921 quand se constitua ce Comité d’initiative qui se transforma quelques années plus tard, exactement le 2 Juin 1924 en Association des « Amis de Pézenas ». Et c’est ce cinquantenaire que nous voulons fêter avec vous et nous nous réjouissons d’y associer tous les descendants de ces pionniers, c’est-à-dire Pézenas toute entière et ses enfants, il faut que ces derniers se souviennent qu’un soir une poignée de piscénois désintéressés décidèrent que si le hasard les avait fait naitre dans ces murs, ces murs valaient la peine non seulement d’être conservés et entretenus, mais qu’ils méritaient d’être mis en valeur pour ceux qui voudraient bien venir les admirer. Et c’est Albert-Paul Alliès qui galvanisa toutes les énergies. Il ne pouvait être question de choisir un autre président. Celui qui avait porté au fond de son cœur et de son esprit le livre qui allait connaître tant d’éditions et volait déjà de succès en succès, cette « Ville d’États » qui avait vu le jour dès 1908 et qui règne toujours dans les vitrines de nos libraires, preuve que l’on vieillit lentement dans notre ville et même que les souvenirs n’y vieillissent pas du tout. Infatigable, Albert-Paul Alliès allait consacrer toutes ses forces à la gloire de sa ville natale. Non seulement il en connaissait l’histoire et les légendes, mais son enthousiasme illusionnait son auditoire au point qu’un de ses admirateurs disait un jour : Ce diable d’homme finira par faire croire à la postérité que Molière était de Pézenas. »
Eh oui cher Monsieur, il est presqu’arrivé à nous convaincre puisque Marcel Pagnol lui-même est tombé dans le piège le jour où il a proclamé que : « Jean Baptiste était né à Paris, mais que Molière… ». Permettez-moi de ne pas terminer cette citation qui est dans toutes les mémoires. Quoiqu’il en soit, Albert-Paul Alliès a entrainé les « Amis de Pézenas » sur le chemin d’une lente et d’une longue résurrection. Jusqu’à son dernier souffle en 1935 il lutta pour son clocher.
Les « Amis de Pézenas » aidés par des municipalités successives, par les instances départementales, par toute une population étonnée parfois d’apprendre une histoire un peu oubliée, soutenue dans leurs efforts par toute une ville qui voudrait retrouver non seulement des souvenirs mais utiliser des leçons tirées de son passé, les « Amis de Pézenas » donc se lancèrent à corps perdu dans des manifestations de toute sorte dont beaucoup d’entre nous gardent la nostalgie. Que ce soit les grandes représentations officielles, ou non, les publications, l’érection du monument… Tout était prétexte. Si bien que l’Histoire avec un grand H. offre des attraits très différents pour les piscénois si leur ville a participé à l’évènement ou non. Un roi de France parce qu’il a fait cadeau d’un jeune poulain est un grand roi, un président de la République, parce qu’il est venu fêter nos vins est un grand président. Mais nous voulons ignorer ceux qui nous ignorent et malheur à ceux qui oseraient traverser Pézenas sans aller saluer l’hôtel d’Alfonce. Albert-Paul Alliès savait les retenir.
Hélas, et je suis le premier à le regretter, le président des « Amis de Pézenas » comme tous les présidents, ne possède pas l’immortalité. Un jour Alliès nous quitta et à nos regrets s’ajoutèrent bien des difficultés. Comment succéder à un tel dévouement ?, à un tel dynamisme ?
Monsieur Albagnac s’y consacra pendant quelque temps, mais ses occupations l’obligèrent à passer le flambeau. Il faut bien dire que des étoiles nouvelles surgissaient à l’horizon. Oui, les nombreuses étoiles d’un général de corps d’armée. Il allait gagner ici sa dernière bataille. Surpris par la défaite des autres, atteint par la limite d’âge, le général Alfred Montagne est revenu à Pézenas après une glorieuse campagne contre les Italiens. Nous trouvions alors un talent à la mesure de son objet. Les visites étaient organisées et fléchées, un musée nous était légué par les familles de Vulliod St Germain et grâce à d’habiles tractations que menèrent ensemble le Général et Monsieur le Maire, la collection Bastard et quelques autres dons venaient enrichir ce cadre somptueux.
À notre tour nous fûmes douloureusement surpris d’apprendre la disparition du Général « Les Amis de Pézenas » étaient à nouveau orphelins.
Du choix qu’ils firent, je ne dirai que quelques mots pour souligner combien spontanément, se groupèrent autour de lui une équipe volontaire qui sût non seulement promettre, mais tenir. Grâce à eux (nous ne nommons personne) nous avons vu naître, des Mirondela, paraître des revues, se tenir des expositions, revivre le Barbier Gély. Nous étions à l’affût de toutes les occasions. C’était facile puisqu’on nous avait donné le bon exemple. Certes nous n’avons pas tout réussi, nous avons dû nous plier souvent à de petites tâches sans envergure, mais mes chers amis, quand par lassitude vous vous plaignez certains soirs d’été d’avoir à numéroter les chaises de vos spectacles, à régler des amplificateurs et autres humbles besognes, pensez alors, je vous prie que lorsque Molière inconnu à l’époque piscénoise de sa vie allait jouer la comédie chez les Princes, lui, le futur auteur du Tartuffe devait allumer ses propres chandelles et que cependant il devint grand parmi les grands.
Je terminerai sur un souhait et une confidence. Que l’équipe qui travaille actuellement pour la gloire de sa ville, en bonne entente avec les corps constitués, que cette équipe reste soudée et ne recherche que l’efficacité. Quant à la confidence, la voici Tous mes prédécesseurs dans un anonymat modeste et généreux ont peut-être eu des craintes quant à la pérennité de notre société, moi je n’en ai aucune car je vois autour de nous tellement de talents, de jeunesse, de bonne volonté et d’énergie qu’il me serait certes difficile de faire un choix, choix que je n’ai d’ailleurs pas à faire.
J’espère donc que m’écoute aujourd’hui celui qui fêtera le premier centenaire de ces « Amis de Pézenas » qui n’ont certes aucune envie de mourir.
François HÜE
Président des Amis de Pézenas.
