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Description

La Révolution Nationale et l’Armée nouvelle dans l’Hérault
1ère partie, Le château de Cambous et les Compagnons de France (1940-1942)

Avec les années 1940, emporté dans le tourbillon de la défaite puis de la Révolution Nationale, le château de Cambous, à Viols-en-Laval (Hérault,) allait vivre des moments inattendus et pour le moins variés.

Avec l’été 1940, il accueille tout d’abord une troupe de quelques dizaines d’hommes de l’armée belge qui, sous le commandement d’Henry Gysels, avait en charge la protection de la trésorerie du corps d’artillerie et séjourna momentanément au château. C’était-là toutefois le lot de nombreux domaines susceptibles d’accueillir des réfugiés. Mais sans que rien ne l’y prédisposait particulièrement, il allait par contre devenir dans la foulée, dès l’automne 1940, puis en 1942, à l’époque où l’on prônait le retour à la terre, l’épicentre de deux expériences novatrices nées des idées nouvelles en matière de formation des jeunes gens, l’une civile, l’autre militaire.

Ainsi, dès l’automne 1940, un mouvement de jeunesse du régime de Vichy, les Compagnons de France, nouvellement créé, loue à Paul Pépin le château et quelques terres cultivables sises près de Saugras, y tentant de mettre en pratique, sous l’impulsion du chef Despinette (1918-2009) et d’autres leaders, les principes de la Révolution Nationale et s’efforçant surtout, en un département déjà naturellement déficitaire en céréales, fruits et légumes, de survivre comme il pouvait à la sévère disette alimentaire qui touchait alors toutes les couches de la population.

Peu après, avec l’été 1942, le nouveau chef de la XVIe division militaire, le général de Lattre de Tassigny (1889-1952), se lançait quant à lui dans l’acquisition du château et de quelques terres afin d’y mettre en pratique et développer les concepts novateurs de formation de l’Armée nouvelle qu’il avait déjà mis en œuvre, en France ou en Tunisie, à Opme et Salammbô, envisageant de créer à Cambous le premier domaine de régiment de France.

Les événements de novembre 1942 allaient toutefois faire avorter ce projet, un éphémère camp militaire, un camp léger d’instruction, avec 24 baraquements en dur, étant toutefois construit en 1945-1949, mais cédé dès 1950 à des prête-nom de l’Agence juive qui, jusqu’en 1958-1961, et profitant alors des installations militaires, utiliseront Cambous comme centre déformation et de transit pour plusieurs milliers d’enfants en partance pour Israël…

Après quelques indispensables rappels historiques sur la période 1914-1940 à Cambous, notre étude de ce jour portera sur la seule période 1940-1942 (antérieure aux projets spécifiques à l’armée dite d’armistice), en insistant notamment sur l’aspect spartiate de la formation des Compagnons de France et surtout sur leur manière de tenter de survivre ici, en Languedoc, dans le cadre d’une drastique économie de guerre et d’un milieu fort aride.

L’immense empire foncier de Paul Pépin et la commune de Viols-en-Laval en 1939

Propriété de familles aristocratiques jusqu’en 1914, le château de Cambous et le fort grand domaine agro-sylvopastoral qui en dépendait jusqu’à cette date, soit près de 24 km2 en tout, avait connu dès le début du XXe siècle de nombreuses et originales vicissitudes. Il en connaîtra bien d’autres par la suite, devenant dès 1942, et à sa manière, l’une des pièces maîtresses de la Révolution Nationale.

C’était-là, depuis longtemps, une fort belle propriété, convoitée par de multiples familles et de multiples intérêts…

Pratiquement d’un seul tenant, ce gigantesque mais fort aride domaine était en 1914 réparti sur plusieurs communes de la région de St-Martin-de-Londres, s’étendant également sur le territoire de plusieurs cantons mitoyens du département, soit les communes de Viols-en-Laval (1 390 ha), Argelliers (392 ha), St-Martin-de-Londres (226 ha), Viols-le-Fort (141 ha), Les Matelles (72 ha), Cazevieille (63 ha), Murles (62 ha), et Le Mas-de-Londres (50 ha).

Tout d’abord acquis en 1914 par le député conservateur Pierre Leroy-Beaulieu (1871-1915), l’ensemble fut dès 1920 morcelé en trois parties distinctes, l’essentiel du domaine étant cédé par la veuve de celui-ci à un spéculateur israélite, Louis Bloch (1875-1937).

Celui-ci, un agriculteur natif de Paris et domicilié à Montpellier, fit alors, pour 350 000 F, l’acquisition du château et de la majorité des terres qui en dépendaient, notamment les vignobles, plus 230 000 F pour les cheptels, le prix de vente étant majoré de 150 000 F par les services fiscaux…

Parallèlement, un riche éleveur ovin de St-Vincent-de-Barbeyrargues, Paul Pépin (1869-1954), qui s’était enrichi au cours de la guerre en fournissant des viandes aux autorités, faisait pour 60 000 F l’acquisition des immenses domaines pastoraux qui étaient sis au sud de la propriété, achetant les domaines de Lavit et Calages.

Enfin, un agriculteur local, Auguste Allègre, du Mas de Londres, faisait pour sa part, moyennant 45 000 F, l’acquisition du domaine de la Pourcaresse sis quant à lui au nord de la propriété.

Dès 1924, Paul Pépin rachetait à Louis Bloch, moyennant 400 000 F, la majeure partie des terres acquises par celui-ci en 1920, puis lui rachetait en 1928, moyennant 400 000 F supplémentaires, le château et les dernières terres qui étaient restées en possession de celui-ci. Entre-temps, dès 1925, et ce jusqu’en 1944, il devenait maire de la modeste commune de Viols-en-Laval, localité dont il était le principal employeur.

Paul Pépin représente alors, en ces années 1920, l’exemple le plus parfait de la réussite sociale dans la paysannerie languedocienne, parvenant pratiquement à recomposer à son profit, à quelques exceptions près, l’ancien domaine seigneurial.

Avec les années 1940 et 1950, le château de Cambous changera toutefois à nouveau de mains à de multiples reprises et va même connaître, malgré un sévère et chronique manque d’eau, des utilisations pour le moins inattendues : lieu d’hébergement d’une unité de l’armée belge en 1940, lieu de séjour et de formation des Compagnons de France en 1940-1942, établissement militaire en 1942-1949 sous la forme d’un camp léger d’instruction, centre de formation et de transit de jeunes juifs à destination d’Israël en 1950-1961, etc.

Ainsi, le propriétaire des lieux, le père Pépin, Paul, accueille tout d’abord au château des troupes belges en mai-juin 1940, puis loue début novembre 1940 le château aux Compagnons de France, faisant ensuite, en août 1942, promesse de vente des lieux, avec le parc attenant, à la nouvelle armée française.

Celle-ci fort réduite en hommes, armements et matériels, avait été mise en place par le régime de Vichy dans la zone non occupée, en application des sévères clauses d’armistice qui réduisait cette nouvelle armée à 100 000 hommes seulement pour la métropole, sans aucune mécanisation, sans artillerie lourde et pratiquement sans aviation.

Mais cette vente, compromise dès novembre 1942 par les évolutions de la situation militaire et la dissolution de l’armée dite d’armistice, mais aussi par l’attitude du propriétaire, ne deviendra toutefois effective qu’en 1945, comme nous le verrons ultérieurement, en seconde partie de cette étude.

Commençons cependant par les événements propres aux années 1939-1940. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2013

Nombre de pages

44

Auteur(s)

Christian PIOCH

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf